Canicule au Mali : les écoles réaménagent leurs horaires face à la forte chaleur

Face à une vague de chaleur marquée en ce mois d’avril, les autorités éducatives maliennes ont décidé de réorganiser les horaires de cours dans les écoles fondamentales. La mesure, annoncée le 17 avril 2026, vise à limiter l’exposition des élèves et des enseignants aux températures élevées.

Le ministère de l’Éducation nationale a instruit un réaménagement temporaire des emplois du temps dans l’ensemble des écoles fondamentales du pays. Les cours sont désormais dispensés de 7h30 à 12h30, sur une plage horaire recentrée sur la matinée, afin d’éviter les heures les plus chaudes de la journée.

Selon les données relevées au cours de la première quinzaine d’avril, plusieurs localités ont enregistré des températures comprises entre 41 et 44 degrés en journée, avec des pointes plus élevées dans certaines zones du nord et de l’ouest. Cette période correspond traditionnellement à la phase la plus chaude de la saison sèche dans la bande sahélienne, avant l’installation progressive de l’hivernage.

Le ministère précise que cette réorganisation n’affecte pas le volume horaire hebdomadaire. Les cours prévus dans l’après-midi doivent être redistribués sur les autres jours de la semaine ou faire l’objet de séances de récupération, selon un calendrier établi par chaque établissement. Les structures pédagogiques locales sont chargées d’en assurer le suivi.

Dans de nombreux établissements, cette décision intervient dans des conditions matérielles limitées, les salles de classe étant rarement équipées pour atténuer la chaleur en milieu de journée. La mesure vise ainsi à adapter le fonctionnement des écoles aux contraintes climatiques observées sur l’ensemble du territoire.

 

Birahim Soumaré: « Cette décision traduit une volonté de redéfinir les alliances du Mali »

Ancien ambassadeur du Mali en Turquie et ancien conseiller diplomatique à la présidence, Birahim Soumaré analyse le repositionnement de Bamako sur la question du Sahara. Il y voit un choix souverain aux implications diplomatiques, sécuritaires et économiques.

Question : Comment interprétez-vous la nouvelle position du Mali sur le Sahara occidental ?
Birahim Soumaré : La position souveraine du Mali sur la question du Sahara occidental participe du choix souverain de ses partenaires et de ses priorités diplomatiques et stratégiques. Son nouveau positionnement marque une convergence stratégique avec le royaume du Maroc, qui exerce sa souveraineté sur ce territoire depuis la Marche verte. Il s’agit d’une rupture avec sa position traditionnelle de reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), entamée depuis le 4 juillet 1980, avec une inflexion à partir du 27 décembre 2011 en lien avec le plan onusien.
Question : Quelles implications voyez-vous dans les relations avec le Maroc ?
Birahim Soumaré : La coopération économique avec le Maroc sera imprimée positivement, de même que la sécurité, les questions religieuses et d’autres sujets qui pourront être abordés lors de la prochaine commission mixte maliano-marocaine, annoncée par les deux ministres lors de leur rencontre à Bamako.
Question : Ce repositionnement peut-il affecter les relations avec d’autres partenaires ?
Birahim Soumaré : Il y aura un bouleversement par rapport à l’Algérie, qui pourra percevoir ce choix comme un désalignement sur sa position concernant la reconnaissance de la RASD, qu’elle soutient financièrement et politiquement. Il y aura également des ajustements au niveau de l’Union africaine, avec un Mali qui renforce le camp des partisans de la marocanité du Sahara, comme certains pays du Golfe partenaires des accords d’Abraham du 15 septembre 2020 et les puissances occidentales, au premier rang desquelles les États-Unis.
Question : Quels sont les enjeux stratégiques de cette orientation ?
Birahim Soumaré : Il s’agit d’affirmer une diplomatie avec une ligne claire sur les questions stratégiques qui influencent la situation du Mali, notamment la lutte contre les forces déstabilisatrices. Avec un partenariat avec le Maroc dans les domaines du renseignement, la coopération sécuritaire va évoluer de manière significative.
Question : Quelles perspectives économiques ce rapprochement ouvre-t-il ?
Birahim Soumaré : Le renforcement de l’axe Bamako-Rabat dans les domaines des infrastructures routières, portuaires, de l’énergie, de la finance et de la réassurance permettra à des structures existantes au Mali de se développer, à l’instar du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire. Cette orientation offre la possibilité de positionner le Mali comme un lien entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb, avec son intégration dans des corridors économiques entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord. Pays enclavé, le Mali aura par le Maroc un accès à l’Atlantique.
Question : Comment qualifier ce choix sur le plan diplomatique ?
Birahim Soumaré : La reconnaissance par le Mali de la marocanité du Sahara s’inscrit dans une dynamique de recomposition de sa posture diplomatique. Cette décision traduit une volonté de redéfinir ses alliances et d’inscrire son action extérieure dans une logique de souveraineté assumée. Elle repose sur une lecture réaliste des rapports de force régionaux et internationaux.
Question : Cette orientation nécessite-t-elle une coordination régionale ?
Birahim Soumaré : Une telle inflexion doit s’accompagner d’une coordination avec les partenaires de l’Alliance des États du Sahel, notamment le Burkina Faso et le Niger. L’expérience de la Fédération du Mali rappelle que l’absence d’harmonisation des orientations politiques et stratégiques peut fragiliser les dynamiques d’intégration.
Question : Que révèle cette évolution de la diplomatie malienne ?
Birahim Soumaré : Elle traduit une diplomatie davantage tournée vers la cohérence et l’efficacité, orientée vers la défense des intérêts de l’État et de son peuple. Elle prend en compte les défis géostratégiques, notamment le terrorisme et d’autres formes de déstabilisation, tout en affirmant le refus de toute partition des territoires et de toute ingérence extérieure.

Soumaïla Lah : « La démocratie s’est heurtée à des réalités structurelles profondes »

À l’occasion des 35 ans de la révolution du 26 mars 1991, le débat sur le bilan et l’avenir de la démocratie malienne est plus que jamais d’actualité. Entre espoirs déçus, crises institutionnelles et quête de refondation, l’analyste politique Soumaïla Lah livre son regard. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.

35 ans après mars 1991, quel bilan global faites-vous de la démocratie malienne aujourd’hui ?

Trente-cinq ans après la chute de Moussa Traoré, le Mali est à un tournant où l’héritage de mars 1991 est fortement questionné. Le pays est passé d’un espoir démocratique à une quête de souveraineté et de refondation, souvent sans bases solides. Il cherche encore un équilibre entre la nécessité d’un pouvoir fort pour stabiliser l’État et l’attachement aux libertés acquises en 1991. Le bilan est donc globalement mitigé.

Quels sont, selon vous, les principaux obstacles qui ont freiné l’enracinement d’une démocratie solide au Mali depuis 1991 ?

La démocratie s’est heurtée à des réalités structurelles profondes. Elle a souvent été perçue comme un outil de partage du pouvoir entre élites plutôt que comme un mécanisme au service du bien commun. Le faible taux d’alphabétisation a limité la compréhension des enjeux politiques, favorisant le populisme et l’influence des leaders religieux. À cela s’ajoute un sentiment d’injustice sociale qui a contribué aux crises, notamment les coups d’État de 2012 et 2020. Le principal problème reste l’incapacité du système à produire des résultats concrets pour les populations.

Peut-on dire que l’instabilité institutionnelle du Mali est une crise du modèle démocratique mis en place après mars 1991 ?

Oui. L’instabilité observée depuis 2012 traduit une rupture de confiance envers le modèle démocratique. Il ne s’agit pas seulement d’une crise de gouvernance, mais aussi de conception. La pratique politique a été assimilée à une logique d’intérêt financier et une partie de la population associe désormais la démocratie à la faiblesse de l’État. Cette perception a favorisé l’acceptation des interventions militaires de 2020 et 2021.

En bientôt 5 ans de pouvoir, quels sont selon vous les acquis majeurs du Président Assimi Goïta ?

On peut relever l’adoption de lois d’orientation et de programmation dans les secteurs de la défense, de la sécurité et de la justice, ainsi que des réformes dans le secteur minier. Toutefois, le bilan global est mitigé.

Quelles sont aujourd’hui les principales perspectives ou attentes des Maliens pour la suite de la Transition ?

Les attentes portent sur la sécurité, la dignité nationale et l’amélioration des conditions de vie. Si certains ont accepté la prolongation de la Transition, les résultats restent en deçà des espérances. Le défi est désormais de bâtir un système de gouvernance stable, sans retomber dans les dérives autoritaires du passé.

 

Coupe du Mali : Premiers qualifiés et suspense avant la suite des 8èmes

Entamés le 10 avril 2026, les huitièmes de finale de la 65ème édition de la Coupe du Mali de football tiennent leurs promesses. Cinq rencontres ont déjà livré leur verdict, tandis que trois tickets restent à prendre pour les quarts de finale.

Le coup d’envoi de ces huitièmes de finale a été donné le 10 avril avec une confrontation spectaculaire entre l’AS Real et Yeelen Olympique. Les Scorpions de Bamako ont dû puiser dans leurs ressources pour s’imposer 3-2 après prolongations, au terme d’un match intense et indécis.

Le lendemain, l’USFAS a signé la performance la plus aboutie de ce tour en dominant largement l’Espérance de Médine (4-1). Les militaires ont confirmé leur statut face à une formation de division inférieure sans jamais être inquiétés.

Dans le même temps, le FC Diarra a fait respecter la hiérarchie en s’imposant 2-0 contre Elewidj FC de Kidal, au terme d’une rencontre maîtrisée de bout en bout.

Dans un duel 100% Ligue 1, le Stade Malien a pris le meilleur sur l’AS Korofina (2-1), grâce notamment à un doublé décisif de Zoumana Simpara. Une victoire logique qui permet aux Blancs de Bamako de poursuivre leur parcours dans la compétition.

Surprise majeure et regards tournés vers la suite

La principale surprise de ces huitièmes de finale est venue du succès du FC Malicoura face à Binga FC (3-2 après prolongations). Longtemps dominateurs, les joueurs de Binga menaient encore 2-0 à quelques minutes du terme avant de s’effondrer, concédant l’égalisation puis la défaite en prolongations. Une contre-performance marquante face à la lanterne rouge de Ligue 1.

La suite des huitièmes de finale, prévue le 19 avril, s’annonce tout aussi intéressante. Le Djoliba AC, grand favori, affrontera Kankou FC de Gao, avec l’objectif clair de rejoindre les quarts de finale sans trembler.

De son côté, l’AS Bakaridjan part avec les faveurs des pronostics face à Avenir AC de Tombouctou, dans un duel où la logique sportive devrait être respectée.

Enfin, la rencontre entre Al Farouk de Tombouctou et l’AS Sofa de Bougouni s’annonce comme la plus indécise. Opposant deux équipes de deuxième division, ce match pourrait basculer d’un côté comme de l’autre, même si Al Farouk bénéficiera de l’avantage du terrain.

À mi-parcours, ces huitièmes de finale confirment l’attractivité de la Coupe du Mali, une compétition toujours propice aux rebondissements et aux exploits inattendus.

Mohamed Kenouvi

Confédération AES : les chefs d’état-major actent la montée en puissance de la force unifiée

Les chefs d’état-major du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis les 16 et 17 avril 2026 à Ouagadougou pour finaliser l’opérationnalisation de la force unifiée de la Confédération des États du Sahel. Les travaux ont porté sur la validation des textes encadrant son déploiement, la revue de la situation sécuritaire et l’augmentation des effectifs, dans le cadre de la feuille de route de l’An II de l’AES.

La rencontre s’est tenue à l’état-major général des armées du Burkina Faso dans le cadre de la première session du Comité des chefs d’état-major de la Confédération. Elle a réuni le général de brigade Moussa Diallo pour le Burkina Faso, le général de division Oumar Diarra pour le Mali et le général de division Moussa Salaou Barmou pour le Niger, en présence du général de brigade Daouda Traoré, commandant de la force unifiée.
Les échanges ont permis d’examiner et de valider les documents préparés lors des travaux techniques conduits du 7 au 15 avril 2026, portant sur l’organisation, les règles d’engagement et les modalités de déploiement. Ces textes définissent la coordination entre les trois armées, la structuration du commandement ainsi que les conditions d’intervention sur l’espace commun des États membres.
Les responsables militaires ont également acté une montée en puissance des effectifs, avec une projection portée à 15 000 hommes, contre une capacité initiale annoncée de 5 000 soldats lors des premières communications officielles. Cette évolution s’accompagne d’une mutualisation des moyens en renseignement, en logistique et en opérations, avec un renforcement de la coordination sur les zones frontalières.
La force unifiée de l’AES a été officiellement lancée en décembre 2025 à Bamako, en marge de la deuxième session de la Conférence des chefs d’État de la Confédération, marquant le passage d’un cadre politique à une structuration militaire. Depuis, plusieurs réunions techniques et militaires ont été organisées afin de préparer son déploiement.
La rencontre de Ouagadougou a également permis de passer en revue la situation sécuritaire dans l’espace confédéral. Les conclusions des travaux doivent être soumises aux chefs d’État de l’AES pour validation, en vue de la mise en œuvre progressive des opérations conjointes sur le terrain.

Hémophilie : Le défi du diagnostic

L’hémophilie est une maladie rare encore mal diagnostiquée au Mali. Sur une estimation d’environ 3 800 cas, seuls 243 patients sont aujourd’hui enregistrés dans le pays. Si le diagnostic peut désormais se faire sur place, son autonomie complète et son extension à d’autres structures de santé sont un défi important.

Au Mali, environ 90% des malades ne seraient pas diagnostiqués, selon la Fédération mondiale de l’hémophilie. Cette maladie chronique, le plus souvent d’origine génétique, est encore faiblement détectée dans le pays, malgré les progrès accomplis ces dernières années.

Même si les avancées sont jugées « satisfaisantes », des efforts importants restent à fournir, souligne le Pr Yacouba Diallo, hématologue à l’Hôpital du Mali. « Nous étions obligés d’expédier les prélèvements à l’étranger pour confirmer le diagnostic. Les coûts élevés, les délais d’attente et le stress que cela entraînait ont aujourd’hui laissé place à un diagnostic réalisé sur place », explique-t-il. Cette évolution constitue un progrès notable, sans pour autant régler toutes les difficultés liées à un diagnostic pleinement autonome.

En plus de la décentralisation du dépistage, d’autres difficultés persistent. Certains troubles liés aux saignements sont encore difficiles à identifier, alors qu’ils se manifestent souvent par des saignements répétés du nez ou des hémorragies inhabituelles après une blessure.

Amélioration du traitement

Les personnes atteintes reçoivent un traitement à vie pour prévenir les saignements et éviter les complications. L’accès à ces soins, souvent coûteux, est aujourd’hui facilité par la Fédération mondiale de l’hémophilie.

Les progrès ne concernent pas seulement le diagnostic. Pendant longtemps, le plasma frais congelé constituait pratiquement la seule solution disponible. Désormais, les patients maliens ont accès à des traitements plus adaptés, utilisés à la fois pour prévenir les saignements et pour traiter les épisodes hémorragiques lorsqu’ils surviennent. Des traitements plus récents existent aussi pour limiter les risques de complications chez certains malades.

Le Mali dispose aujourd’hui de trois centres de traitement : l’Hôpital du Mali, le CHU Gabriel Touré et l’Hôpital Sominé Dolo. Des équipes ont également été formées dans plusieurs structures de santé de référence ainsi que dans les centres de santé des Forces armées. Mais, en raison de la mobilité du personnel, une mise à jour régulière des compétences reste nécessaire.

Par ailleurs, la mise à disposition d’une Unité de traitement et de recherche sur l’hémophilie à l’Hôpital du Mali est saluée par les spécialistes. Pour le Pr Diallo, cet espace doit encore être renforcé afin d’améliorer durablement le diagnostic et la prise en charge des patients.

 

Conseil national de Transition : Les grands dossiers de la rentrée parlementaire

La session ordinaire d’avril 2026 du Conseil national de Transition s’est ouverte le 13 avril 2026, dans un contexte marqué par d’importantes réformes institutionnelles, sécuritaires et économiques. Pendant trois mois, les membres du CNT devront examiner des textes majeurs tout en renforçant leur mission de contrôle de l’action gouvernementale.

La rentrée parlementaire du CNT s’annonce particulièrement dense. Trente-deux textes sont inscrits à l’ordre du jour, dont vingt-quatre nouveaux projets et propositions de loi. Une activité soutenue qui s’inscrit dans la dynamique des réformes engagées depuis l’adoption de la Constitution du 22 juillet 2023.

Dès l’ouverture, le Président du CNT, le Général Malick Diaw, a appelé à la responsabilité et à la rigueur : « l’examen de ces projets de textes dans le contexte actuel exige de chacun de nous une hauteur de vue, une rigueur institutionnelle et un sens élevé de l’intérêt supérieur de la Nation malienne », a-t-il déclaré. Une invitation à dépasser les clivages pour privilégier l’efficacité et les résultats.

Des réformes au cœur des priorités nationales

Parmi les textes majeurs figure la réforme du Conseil supérieur de la magistrature. L’objectif est d’adapter un cadre juridique vieux de plus de deux décennies aux réalités institutionnelles actuelles, afin de renforcer l’indépendance de la justice et d’améliorer la gestion de la carrière des magistrats.

Sur le plan sécuritaire, plusieurs textes concernent la réorganisation des forces publiques. La ratification des ordonnances portant création des Directions générales de la Police nationale et de la Protection civile vise à intégrer les mutations liées à leur militarisation en 2022, mais aussi à répondre aux nouveaux défis, notamment le terrorisme et la cybercriminalité. Ces réformes devraient améliorer la coordination des actions de sécurité et renforcer la capacité de réponse de l’État.

Le secteur économique n’est pas en reste. La création de la Société de patrimoine minier du Mali marque une étape importante dans la consolidation de la souveraineté nationale sur les ressources naturelles. Cette structure, détenue à 100% par l’État, aura pour mission de gérer les participations publiques dans les sociétés minières et de favoriser l’implication des acteurs nationaux. Un levier stratégique pour maximiser les retombées économiques du secteur minier.

D’autres textes concernent directement les citoyens, à l’image de la réforme du Statut général des fonctionnaires, qui introduit de nouveaux mécanismes d’évaluation et des avancées en matière de carrière et de retraite. Dans le domaine sportif, la relecture de la loi de 2017 ambitionne de professionnaliser davantage les structures et d’aligner le Mali sur les standards internationaux.

Enfin, la réforme des Collectivités territoriales, avec la création d’une Agence nationale d’investissement, vise à améliorer le développement local tout en renforçant le contrôle et la transparence dans la gestion des ressources.

Par ailleurs, d’autres projets de loi déposés en 2024 et 2025 sont toujours en instance au CNT, à l’instar, entre autres, du projet de loi électorale et de celui déterminant les modalités de la destitution du Président de la République.

Renforcement du contrôle de l’Exécutif

Au-delà du travail législatif, cette session mettra un accent particulier sur le contrôle de l’action gouvernementale. Une mission essentielle pour le CNT, qui entend jouer pleinement son rôle dans l’amélioration de la gouvernance publique.

« Nous devons à tout prix éviter les dérives d’ordre partisan, idéologique, privilégier le débat constructif et inscrire notre action dans une logique de résultats concrets, car le peuple malien nous observe », a insisté Malick Diaw. Cette orientation traduit une volonté d’instaurer une culture de redevabilité au sein des institutions.

Le contrôle parlementaire se traduira notamment par des auditions, des questions adressées au gouvernement et des missions d’information. Il vise à s’assurer de l’efficacité des politiques publiques, mais aussi à identifier les insuffisances nécessitant des ajustements.

Dans un contexte de transition, cette fonction prend une dimension particulière. Elle constitue un levier essentiel pour améliorer la gouvernance, renforcer la transparence et restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions. L’évaluation des politiques publiques permettra ainsi de mesurer les avancées réalisées, tout en corrigeant les dysfonctionnements.

Mohamed Kenouvi

FEMAFOOT : Mahazou dit Baba Cisset élu nouveau président

Réunie en Assemblée générale élective extraordinaire ce 16 avril 2026, la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) a officiellement élu Mahazou dit Baba Cisset comme son nouveau président pour un mandat de quatre ans. Sans véritable suspense, le candidat unique a été largement plébiscité par les délégués présents.

Sur les 72 votants enregistrés, 69 se sont prononcés en sa faveur, contre une seule voix défavorable et deux abstentions, soit un score écrasant de 95,83 %.  Une démonstration de soutien qui traduit la volonté d’une grande majorité des acteurs du football malien d’ouvrir un nouveau cycle.

Le scrutin, supervisé par des représentants de la FIFA et de la CAF, s’est déroulé dans un climat apaisé, avec une forte mobilisation. Au total, 72 délégués étaient présents sur les 77 attendus.

L’installation officielle du nouveau comité exécutif est annoncée pour le 19 avril, tandis que les activités fédérales devraient reprendre leur rythme normal dès la semaine suivante.

Un profil entre gestion et ambition sportive

Né le 12 janvier 1973 à Bamako, Mahazou Baba Cisset présente un profil atypique, à la croisée du monde des affaires et du sport. Formé en économie et gestion à l’ENA, il a bâti l’essentiel de sa carrière dans le secteur privé, notamment à travers sa société de sous-traitance minière créée en 2015.

Son engagement dans le football s’est intensifié ces dernières années avec la fondation de l’Académie ABM Foot en 2022, puis du FC Malicoura en 2023. Une implication progressive qui lui a permis de s’imposer comme un acteur crédible du développement du football local.

À la tête de la FEMAFOOT, il succède à Mamoutou Touré dit Bavieux et hérite d’un chantier important. Son programme s’articule autour de trois axes majeurs, en l’occurrence la transparence dans la gestion, la réconciliation des acteurs du football malien et la professionnalisation du secteur.

Ambitieux, le nouveau président affiche clairement ses objectifs : structurer durablement le football national et positionner le Mali parmi les nations majeures du continent. Une nouvelle ère s’ouvre désormais, avec des attentes élevées et des défis à la hauteur des espoirs suscités.

Mohamed Kenouvi

Abdoulaye Tamboura: « Cette décision relève avant tout d’un pragmatisme diplomatique ».

Le Mali a retiré sa reconnaissance de la République arabe saharaouie démocratique (RASD), soutenant ainsi le plan marocain d’autonomie.  Abdoulaye Tamboura, analyste géopolitique, nous éclaire sur les retombées de ce virage diplomatique. Propos recueillis par Massiré Diop.

Comment interprétez-vous le changement de position du Mali sur le Sahara Occidental ?

Cette décision relève avant tout d’un pragmatisme diplomatique. Les États ajustent leurs positions en fonction de leurs intérêts stratégiques, des rapports de force régionaux et de leurs priorités du moment. Le Mali a choisi ici une ligne qu’il estime plus conforme à ses intérêts diplomatiques et sécuritaires. Cette évolution traduit aussi une lecture plus réaliste des intérêts diplomatiques du Mali dans un environnement régional en mutation. La diplomatie n’étant pas figée, les États peuvent revenir sur des positions anciennes lorsque le contexte stratégique évolue.

Cette décision peut-elle affecter les relations Mali – Algérie ?

Oui, il est possible qu’elle laisse des traces. L’Algérie est le principal soutien politique et financier du Front Polisario et cette décision pourrait être perçue comme un éloignement de sa position sur la question saharaouie. Dans le contexte actuel, elle sera forcément observée de près.

Ce choix a-t-il aussi une portée interne pour le Mali ?

Absolument. Le Mali réaffirme également le principe de son intégrité territoriale et son refus de toute remise en cause des frontières. Elle renvoie aussi à la volonté de l’État malien de réaffirmer son attachement à l’intangibilité de ces frontières. Cette dimension est importante au regard de ses propres défis sécuritaires et territoriaux.

Proche-Orient : Le blocus maritime fait monter la pression avant le 22 avril

Le cessez-le-feu conclu le 8 avril entre Washington et Téhéran tient encore, mais le blocus maritime instauré le 13 avril contre les ports iraniens fait monter la pression. À l’approche du 22 avril, date d’expiration annoncée de la trêve, les inquiétudes se concentrent sur le détroit d’Ormuz et les marchés de l’énergie.

À la suite de l’échec des discussions directes tenues à Islamabad les 11 et 12 avril, les États-Unis ont annoncé la mise en œuvre d’un dispositif de blocus maritime ciblant le trafic lié aux ports iraniens. Les navires à destination ou en provenance des installations portuaires iraniennes sont désormais concernés, tandis que la circulation vers les autres ports de la zone reste autorisée sous surveillance renforcée.

Cette décision intervient après 21 heures de pourparlers entre délégations américaine et iranienne qui se sont achevés sans accord. Le dossier nucléaire demeure le principal point de blocage. Washington continue d’exiger un engagement clair sur l’arrêt de toute capacité militaire liée à l’enrichissement, alors que Téhéran rejette les demandes portant sur le démantèlement de ses installations et lie toute avancée à la levée des sanctions.

Le détroit d’Ormuz concentre désormais l’essentiel des inquiétudes. Cette voie maritime stratégique, par laquelle transite une part majeure du commerce mondial de pétrole, fait l’objet d’une surveillance intense par les forces américaines et iraniennes. Les autorités iraniennes ont indiqué suivre étroitement les mouvements dans la zone, tandis que Washington maintient la pression sur les flux liés aux ports iraniens.

Les marchés ont immédiatement réagi à cette évolution. Les cours du Brent ont repassé le seuil des 100 dollars le baril dans un climat de forte volatilité, nourrissant les inquiétudes sur les coûts de l’énergie, le fret maritime et l’inflation mondiale. Les premières estimations des marchés tablent sur une nouvelle poussée des coûts du transport maritime et des assurances dans le Golfe si le blocus devait se prolonger au-delà de cette semaine. Des tensions durables dans le Golfe pourraient aussi peser sur les prix alimentaires mondiaux.

Dans le même temps, plusieurs capitales poursuivent leurs efforts diplomatiques pour éviter une rupture définitive du cessez-le-feu avant le 22 avril, alors que la région reste sous tension et que toute évolution à Ormuz pourrait avoir des répercussions immédiates sur les marchés mondiaux. Déjà, la Chine et le Pakistan ont appelé le 13 avril à la reprise rapide des discussions afin d’éviter une rupture définitive de la trêve avant le 22 avril.

Le temps long de la démocratie

La démocratie ne se résume ni à des journées électorales ni à des mécaniques importées. Elle repose sur des institutions capables d’organiser le débat, de garantir les libertés, de permettre l’alternance et de soumettre l’exercice du pouvoir à la règle du droit. La Constitution du Mali, promulguée en juillet 2023, consacre elle-même le caractère démocratique de la République et maintient le suffrage comme fondement de l’accession au pouvoir.

L’expérience ouest-africaine rappelle qu’aucun pays n’est condamné à l’instabilité permanente. Le Sénégal a encore démontré en 2024 la solidité de ses mécanismes institutionnels, avec une alternance opérée par les urnes. Le Ghana poursuit depuis la Constitution de 1992 une tradition de transitions électorales apaisées, tandis que le Bénin, autrefois marqué par les ruptures de régime, a fait de sa Conférence nationale de 1990 un tournant durable.

La Sierra Leone et le Liberia, sortis de longues années de guerre civile, offrent également une leçon de résilience. L’acceptation de l’alternance n’y a pas fragilisé l’État, elle a même contribué à sa reconstruction. Le vote n’est donc pas le seul pilier de la démocratie, mais il demeure le moment où la compétition pour le pouvoir cesse d’être une épreuve de force pour devenir un arbitrage collectif.

La démocratie se mesure aussi à la liberté de la presse, à l’indépendance de la justice et à la capacité des institutions à exercer leur rôle de contrôle entre deux scrutins. Une démocratie vivante ne s’arrête pas au soir des résultats, elle se construit chaque jour, dans la responsabilité publique, la participation citoyenne et le respect des contre-pouvoirs.

Adaptée à nos réalités, à nos usages et à nos légitimités traditionnelles, elle demeure avant tout la garantie du pluralisme et du choix souverain des citoyens.

Timor oriental : Le poids du multilatéralisme

Le cas du Timor oriental, devenu Timor-Leste le 20 mai 2002, est l’un des précédents les plus souvent cités dans les différends territoriaux traités sous l’égide des Nations unies. Il illustre la manière dont un contentieux de souveraineté longtemps enlisé finit par trouver une issue à travers un cadre multilatéral et un processus de consultation populaire reconnu.

Ancienne colonie portugaise, le territoire connut un tournant majeur en 1975, lorsque le Portugal s’en retira dans un contexte d’instabilité. La même année, l’Indonésie intervint militairement et intégra le Timor oriental à son territoire. Le dossier demeura ensuite inscrit à l’ordre du jour des Nations unies comme une question relevant du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le territoire figurait déjà depuis 1960 sur la liste onusienne des territoires non autonomes, ce qui renforça le cadre juridique du règlement.

Durant cette période, le Portugal joua un rôle constant en maintenant la question dans le cadre onusien. Au lieu de choisir un camp, risquant ainsi d’envenimer la situation, Lisbonne a privilégié la voie diplomatique et la recherche d’un règlement négocié. Cette démarche aboutit le 5 mai 1999 à la signature d’un accord entre le Portugal, l’Indonésie et les Nations unies.

Pour organiser la consultation populaire, le Conseil de sécurité autorisa le 11 juin 1999 la Mission des Nations unies au Timor oriental (UNAMET), chargée de superviser le vote. Le 30 août 1999, les populations concernées furent appelées à se prononcer sur l’acceptation ou le rejet d’une autonomie spéciale au sein de l’Indonésie. Le rejet massif de cette option a ouvert la voie à l’indépendance. Les résultats annoncés par l’ONU firent état d’un rejet de l’autonomie par près de 78,5% des votants.

Les violences qui ont suivi le scrutin ont conduit au déploiement, en septembre 1999, de la force internationale INTERFET pour rétablir la sécurité avant la mise en place d’une administration transitoire des Nations unies. Celle-ci assura la transition institutionnelle et politique jusqu’à la proclamation officielle de l’indépendance, le 20 mai 2002. La période post-référendaire fut marquée par d’importants déplacements de populations et de graves violences.

Le Timor oriental est devenu une référence dans les études diplomatiques et juridiques consacrées aux différends territoriaux. Il a mis en évidence le rôle que peuvent jouer les mécanismes multilatéraux, la médiation internationale et la consultation populaire dans la recherche d’une issue reconnue par les parties et par la communauté internationale.

Sahara Occidental : ce que le Mali gagne

En retirant sa reconnaissance de la République arabe saharaouie démocratique (RASD) et en soutenant désormais le plan marocain d’autonomie, Bamako opère un tournant diplomatique majeur. Au-delà du geste politique, la vraie question porte sur les gains concrets, immédiats et stratégiques que le Mali entend tirer de ce repositionnement, dans un cadre bilatéral avec Rabat mais aussi géopolitique plus large.

 

Le revirement annoncé par Bamako à l’issue d’une conférence de presse conjointe avec les autorités marocaines marque une inflexion importante de la diplomatie malienne. En rompant avec une position adoptée au début des années 1980, le Mali se rapproche nettement de Rabat sur l’un des dossiers les plus sensibles du continent africain. Mais derrière ce choix, l’enjeu dépasse la seule symbolique diplomatique : il s’agit désormais de comprendre ce que le Mali a obtenu ou espère obtenir en retour.

 

Pour saisir la portée de cette décision, il faut revenir à la genèse du dossier. Le Sahara Occidental est une ancienne colonie espagnole. En 1975, l’Espagne s’en retire, ouvrant une période de fortes tensions diplomatiques et militaires autour de l’avenir du territoire. Le 27 février 1976, le Front Polisario proclame la République arabe saharaouie démocratique, connue sous l’acronyme RASD. Le conflit oppose alors le Maroc, qui revendique sa souveraineté sur le territoire, au Polisario, soutenu notamment par l’Algérie, qui défend le principe d’autodétermination.

 

Repères historiques

 

Le dossier prend très vite une dimension continentale. Au début des années 1980, plusieurs États africains reconnaissent la RASD, dont le Mali. Cette position s’inscrit dans la lecture dominante de l’époque au sein de l’Afrique postcoloniale, où la question du Sahara Occidental est traitée comme un dossier de décolonisation. En 1982, la RASD est admise à l’Organisation de l’unité africaine. Deux ans plus tard, le Maroc quitte l’organisation pour protester contre cette admission. Rabat restera absent de l’institution africaine pendant 33 ans, avant de retrouver sa place au sein de l’Union africaine le 31 janvier 2017.

 

Sur le plan onusien, la question reste juridiquement distincte. Le Sahara Occidental est classé par les Nations unies comme territoire non autonome. Cela signifie qu’aux yeux de l’ONU le processus de décolonisation n’est pas achevé. En 1991, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental, la MINURSO, est mise en place pour surveiller le cessez-le-feu et préparer un référendum. Ce scrutin n’a jamais pu se tenir, en raison de désaccords persistants sur ses modalités. Le mandat actuel de la mission court jusqu’au 31 octobre 2026.

 

La décision prise par Bamako s’inscrit aussi dans l’évolution récente du cadre diplomatique international. La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, a prolongé le mandat de la MINURSO, tout en replaçant le plan d’autonomie proposé par le Maroc au centre des discussions. Le choix de Bamako s’inscrit aussi dans une dynamique internationale plus large, le plan marocain d’autonomie bénéficiant désormais du soutien explicite de plus de 120 États, dont les États-Unis et une majorité de pays européens, ce qui renforce la portée diplomatique du repositionnement malien.

Pour Abdoulaye Tamboura, cette décision relève d’un pragmatisme diplomatique guidé par les intérêts nationaux et l’évolution des rapports de force.

 

Axe Bamako – Rabat

 

Le changement de cap ne peut toutefois être lu uniquement à travers l’histoire du Sahara occidental. Il faut également regarder la relation entre le Mali et le Maroc telle qu’elle s’est développée ces dernières années et surtout les bénéfices potentiels qu’en attend Bamako.

 

La visite du ministre marocain des Affaires étrangères à Bamako a donné lieu à plusieurs annonces structurantes. Parmi les axes réaffirmés figure l’accès des États sahéliens à l’océan Atlantique via les infrastructures portuaires marocaines.

Pour un pays enclavé comme le Mali, la perspective d’un accès facilité aux ports marocains représente un enjeu économique majeur. Cela touche directement les coûts du transport, les délais logistiques, la circulation des marchandises et les capacités d’exportation.

 

L’ancien ambassadeur Birahim Soumaré souligne qu’en tant que « pays enclavé, le Mali trouve dans ce partenariat avec le Maroc une perspective d’accès à l’Atlantique susceptible de renforcer ses corridors économiques et ses capacités d’échanges ».

 

Pour les opérateurs économiques, les corridors d’exportation et d’importation sont un sujet central, tant pour la compétitivité que pour la sécurité des approvisionnements et la diversification des débouchés.

 

L’ancien diplomate relève également que « cette orientation pourrait faire du Mali un point de jonction entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb, à travers de nouveaux corridors économiques ».

Bamako cherche ainsi un avantage logistique durable.

 

Coopération bilatérale

 

Le rapprochement entre Bamako et Rabat s’observe également sur des dossiers très concrets qui peuvent être lus comme des contreparties directes.

Le Maroc a annoncé l’objectif de 300 bourses par an pour les étudiants maliens. Cette mesure vient renforcer une coopération académique déjà ancienne entre les deux pays.

 

De nombreux étudiants maliens poursuivent déjà leurs études supérieures au Maroc, dans des domaines allant de la médecine à l’ingénierie, en passant par les sciences sociales et le commerce.

Le volet religieux conserve lui aussi une place importante. La formation des imams maliens au Maroc se poursuit dans le cadre d’une coopération reposant sur des références doctrinales partagées, notamment le rite malékite.

 

Cette coopération, peu visible dans le débat public, participe néanmoins à la profondeur des relations entre les deux pays.

Les annonces ont également porté sur la mobilité. Les autorités ont évoqué un assouplissement des formalités d’entrée et la levée annoncée de l’autorisation électronique de voyage au Maroc pour les citoyens maliens.

 

Pour les étudiants, les hommes d’affaires et les voyageurs, cette évolution pourrait faciliter les déplacements entre Bamako et Rabat.

La 4e Commission mixte Mali – Maroc, prévue avant la fin de 2026, devra justement permettre d’évaluer si ces annonces se traduisent en engagements effectifs.

 

Répercussions régionales

 

La nouvelle position malienne intervient aussi dans un environnement régional sensible.

 

Les relations entre le Mali et l’Algérie connaissent depuis plusieurs mois une phase de fortes tensions. Or, Alger demeure un acteur majeur du dossier saharaoui et un soutien historique du Front Polisario.

Le choix de Bamako ne manquera donc pas d’être observé avec attention dans les capitales de la région.

 

Sur le volet sécuritaire, Birahim Soumaré estime que « le partenariat stratégique avec le Maroc pourrait donner un nouvel élan à la coopération en matière de renseignement et de sécurité ».

Il ajoute que ce choix pourrait être perçu par Alger comme un désalignement par rapport à sa position historique sur la RASD.

Une lecture que partage Abdoulaye Tamboura, pour qui cette décision pourrait « laisser des traces dans les relations entre Bamako et Alger ».

 

La lecture du revirement malien ne se limite toutefois pas au seul cadre maghrébin. Le soutien affiché au plan marocain d’autonomie peut également être interprété comme un signal adressé à des partenaires plus larges, au premier rang desquels les États-Unis, qui considèrent cette option comme la base la plus sérieuse de règlement du dossier saharien depuis la reconnaissance américaine de la position marocaine en 2020.

 

Sans qu’aucun accord formel ne soit établi, ce repositionnement peut ainsi être lu comme une tentative d’inscription du Mali dans une architecture diplomatique plus vaste où Rabat apparaît aussi comme une passerelle vers Washington.

 

Ainsi, le Mali n’obtient pas seulement des avantages du Maroc, il peut aussi chercher à améliorer sa lisibilité diplomatique dans un environnement international plus large.

 

Lecture stratégique

Le dossier mêle un héritage diplomatique né dans les années 1970 et un choix contemporain guidé par des intérêts concrets comme l’accès à l’Atlantique, la coopération universitaire, la mobilité, la sécurité et la diversification des partenariats. En se rapprochant du Maroc sur un dossier soutenu par Washington, Bamako pourrait aussi chercher à renforcer sa lisibilité auprès de partenaires occidentaux, dans un contexte de recomposition rapide des alliances régionales. Selon Abdoulaye Tamboura, cette décision vise également à réaffirmer le principe de l’intégrité territoriale et le refus de toute remise en cause des frontières. À la croisée du droit international, des équilibres régionaux et des stratégies nationales, le dossier ouvre une nouvelle étape diplomatique dont la portée réelle dépendra de la capacité du Mali à transformer ce repositionnement en gains tangibles.

Neguela : sept morts dans une collision sur la route de la foire

Un accident impliquant deux véhicules de transport en commun et un camion a fait sept morts et sept blessés graves, lundi 13 avril, à l’entrée de Neguela, selon des sources locales. Le drame, survenu sur un axe fréquenté de la région de Koulikoro, relance la question de la vitesse et des conditions de transport sur les routes menant aux foires rurales.

La route de Neguela s’est transformée en scène de deuil en début d’après-midi, lundi dernier, lorsqu’un accident a coûté la vie à sept personnes et blessé grièvement sept autres, selon des informations recueillies auprès de correspondants locaux et relayées sur plusieurs pages d’actualité régionales. Les victimes voyageaient à bord de deux véhicules de transport en commun quittant Kati pour la foire hebdomadaire de Neguela lorsqu’une collision s’est produite avec un camion équipé d’une grue.
D’après ces mêmes sources, le choc serait survenu aux environs de 13 heures à l’entrée de la localité. Plusieurs femmes et enfants figureraient parmi les morts. Les blessés ont été évacués vers des structures de santé à Kati, tandis que les deux chauffeurs des minibus ont été interpellés, l’un d’eux souffrant d’une fracture à la jambe, selon les autorités communales citées localement.
À Neguela, la foire hebdomadaire a été brusquement stoppée par la nouvelle. Un habitant d’un hameau voisin, qui dit avoir perdu deux filles et un petit-fils dans l’accident, faisait partie des familles plongées dans l’attente et le choc au fil de la journée, selon les témoignages recueillis sur place. Les échanges commerciaux, qui attirent chaque semaine habitants des villages et hameaux alentour, ont été marqués par la stupeur.
Ce drame s’inscrit dans une insécurité routière toujours élevée au Mali. Les chiffres officiels validés en 2024 font état de 7 673 accidents corporels, 8 828 blessés et 682 décès sur les routes du pays. L’excès de vitesse figure parmi les premières causes relevées dans les campagnes nationales de sécurité routière.
Sur les axes reliant les centres urbains aux foires rurales, la pression commerciale, la surcharge et la compétition entre véhicules de transport collectif sont régulièrement dénoncées par les usagers. À Neguela, les circonstances exactes de la collision n’avaient pas encore fait l’objet, lundi soir, d’une communication publique détaillée à l’échelle nationale. Mais pour les familles touchées, la route de la foire s’est refermée dans le silence des pertes et l’attente des suites de l’enquête.

PME-PMI : financement, risques bancaires et transformation locale au cœur des échanges

L’accès au financement des PME-PMI, la faible transformation locale des ressources et les contraintes de l’inclusion financière ont occupé le centre des échanges lors d’un afterwork organisé à Bamako par l’Institut Africain de Management et le Club Aliber. Les discussions ont réuni experts, acteurs de l’accompagnement et porteurs de projets autour des principaux freins qui pèsent sur le développement des entreprises.

Organisé le 10 avril 2026 à IAM Bamako dans le cadre du Grin du Manager, l’événement, porté par IAM Executive Education Bamako et le Club Aliber, était consacré au thème : Financement des PME-PMI : blocages et pistes de solutions. La rencontre a été ouverte par Mme Seynabou Diallo, Directrice Générale de l’IAM Bamako, qui a replacé les échanges dans la problématique du modèle de financement à adopter pour soutenir la croissance des entreprises et améliorer leur accès au crédit. Les interrogations ont notamment porté sur les mécanismes les plus adaptés pour renforcer la bancabilité des PME-PMI et les sortir durablement des difficultés de financement.
Prenant ensuite la parole, Mohamed Maïga, directeur d’Aliber Conseil et initiateur de l’activité, a présenté la vocation de sa structure ainsi que celle du Club Aliber, conçu comme un espace d’échanges entre entrepreneurs, experts et décideurs sur les enjeux de management, de financement et de développement des entreprises. L’afterwork a été présenté comme un cadre de dialogue direct, de partage d’expériences et de recherche de solutions pratiques.
Les discussions ont ensuite été animées par Modibo Mao Macalou, économiste et spécialiste des questions financières, Mahamane Badou Traoré, expert en financement des entreprises et ancien cadre de la BNDA, ainsi que Eli Sinayoko, coordinateur du FACEJ, le Fonds d’Appui à la Création d’Entreprises par les Jeunes.
Les échanges ont porté en premier lieu sur la place des PME-PMI dans l’économie nationale et sur la structure du tissu productif malien, articulé autour des secteurs primaire, secondaire et tertiaire. L’accent a été mis sur les activités agrosylvopastorales, minières, commerciales et de services, avec un rappel du poids du bétail, domaine dans lequel le Mali figure parmi les principaux pays d’Afrique de l’Ouest derrière le Nigeria, avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire parmi les principaux marchés de destination.
Le potentiel minier a également occupé une place importante dans les débats, notamment autour du lithium, avec deux projets miniers majeurs en développement dans le pays. Les échanges ont surtout mis en évidence le décalage entre l’abondance des ressources naturelles et la faiblesse de leur transformation locale, ce qui maintient une forte dépendance aux importations de produits transformés et limite la création de valeur sur le territoire national.
Sur le plan financier, les participants ont rappelé la faiblesse persistante de l’inclusion bancaire. Le chiffre de 16 % a été cité au cours des échanges comme repère de bancarisation classique, tandis que les données récentes de la BCEAO situent le taux de bancarisation strict du Mali à 24 %, avec un taux plus large d’utilisation des services financiers intégrant la microfinance et la monnaie électronique. Il a également été rappelé que le pays compte 17 établissements bancaires, mais que le problème ne réside pas uniquement dans l’existence de l’offre bancaire.
Les discussions ont mis en évidence la prudence persistante des banques commerciales vis-à-vis des PME-PMI, en raison du niveau de risque associé à ce segment, notamment l’insuffisance des garanties, la faiblesse de la structuration financière, la qualité de la gouvernance et les difficultés de remboursement rencontrées par certaines entreprises. Il a été relevé que les établissements bancaires privilégient souvent les structures jugées les plus solvables, laissant une part importante des petites et moyennes entreprises en marge du crédit classique.
À l’inverse, les dispositifs de microfinance et de microcrédit apparaissent plus accessibles pour les petites unités économiques et les activités évoluant encore dans l’informel. Les échanges ont rappelé que ces structures enregistrent généralement des taux de remboursement élevés, souvent supérieurs à 90 %, ce qui renforce leur rôle dans l’accompagnement des petits entrepreneurs et des activités à faible niveau de formalisation.
Il a toutefois été relevé que cette accessibilité s’accompagne souvent de coûts de financement plus élevés, avec des taux d’intérêt et des frais pouvant dépasser ceux du système bancaire classique. Cette réalité place de nombreuses PME-PMI face à un arbitrage entre un crédit bancaire difficilement accessible et des solutions de microfinance plus rapides, mais plus onéreuses.
Les échanges ont également porté sur les mécanismes d’accompagnement existants, notamment ceux du FACEJ, ainsi que sur les difficultés persistantes à amener certaines entreprises à formaliser leurs activités, à améliorer leur gestion et à se rapprocher des instruments de financement disponibles.
Les pistes évoquées ont porté sur le renforcement de l’inclusion bancaire, le recours aux FinTech, l’amélioration de l’environnement des affaires, la formation des promoteurs, le développement de solutions de financement adaptées et le soutien à la transformation locale des ressources nationales.

ANSSA : Blocage administratif pour la sécurité sanitaire des aliments

Depuis plusieurs années, l’Agence nationale de la sécurité sanitaire des aliments (ANSSA) évolue dans un vide juridique inédit. Entre paralysie institutionnelle et absence de cadre légal opérationnel, les travailleurs dénoncent une situation critique et multiplient les démarches pour obtenir la relance effective de la structure.

Créée en 2003 pour garantir la sécurité sanitaire des aliments au Mali, l’ANSSA constituait un maillon essentiel du dispositif national de santé publique. Unique dans l’espace UEMOA, elle assurait à la fois le contrôle, la surveillance et l’amélioration de la qualité des produits alimentaires destinés à la consommation.

Mais, en 2019, la réforme ayant conduit à la création de l’Institut national de santé publique (INSP) a profondément bouleversé son fonctionnement. L’ANSSA a alors été fusionnée avec cette structure d’analyses et de recherche, une décision contestée par ses travailleurs, qui estimaient que les missions de l’agence, centrées sur l’agroalimentaire, différaient fondamentalement de celles de l’INSP.

Un tournant intervient en 2022 avec l’adoption de la Loi n°2022-004 du 20 mai. Ce texte consacre officiellement la sortie de l’ANSSA de cette réforme et impose sa re-création ainsi que son opérationnalisation. Pourtant, malgré un processus administratif ayant franchi toutes les étapes, la mise en œuvre reste bloquée. Et une proposition de loi soumise au CNT en la matière a été rejetée par l’organe législatif de la Transition.

« Malgré les nombreuses diligences administratives et techniques accomplies, le processus d’adoption des textes subséquents nécessaires à la mise en œuvre de l’ANSSA demeure illégalement bloqué », affirme le Secrétaire général du Comité syndical des chercheurs de l’ANSSA, Dr Alassane Maïga, dans une lettre adressée au ministre de la Santé le 7 avril 2026.

Une paralysie aux impacts sanitaires et scientifiques

Ce blocage n’est pas sans conséquences. Il a entraîné un véritable arrêt du système national de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments. Aujourd’hui, aucune coordination nationale n’est assurée et les activités de contrôle, d’investigation ou d’alerte sanitaire sont suspendues.

Les programmes de sensibilisation ont été stoppés, tout comme les activités de recherche et de surveillance épidémiologique. Le pays se retrouve ainsi sans dispositif structuré opérationnel pour prévenir les risques liés à la consommation alimentaire, exposant les populations à des dangers sanitaires majeurs.

« Depuis, nous ne travaillons pas. La seule activité que nous menons, c’est à la Commission d’autorisation de mise sur le marché », confie le Dr Alassane Maïga, ajoutant que les ressources générées sont versées à l’INSP, qui « refuse de financer nos missions ».

Sur le plan scientifique et professionnel, la situation affecte profondément les chercheurs. Privés d’activités scientifiques, confrontés à des conditions de travail dégradées et à une absence de perspectives, ils dénoncent une stagnation professionnelle préoccupante. « On ne nous a pas coupé le salaire. Mais nous devons évoluer, administrativement, techniquement », souligne le responsable syndical.

Des revendications claires et urgentes

Face à cette situation jugée « honteuse », les travailleurs de l’ANSSA interpellent les autorités. Ils demandent en priorité la finalisation immédiate des textes permettant la recréation effective de l’agence, conformément à la loi de 2022.

Ils exigent également la restitution des ressources financières qui lui sont destinées, la mise en place d’une administration autonome et fonctionnelle, ainsi que la relance urgente des activités de contrôle et de recherche.

Autre sujet d’inquiétude : un projet de nouvelle réforme en préparation, visant à fusionner l’ANSSA avec deux autres structures sanitaires, notamment le Laboratoire national de la santé et la Direction de la pharmacie et du médicament. « Nous n’y avons pas été associés », déplore le Dr Maïga.

En attendant une réponse des autorités, le syndicat n’exclut pas des actions plus fermes. Plus largement que la seule situation des travailleurs, c’est la sécurité sanitaire des populations maliennes qui est en jeu.

Mohamed Kenouvi

Art contemporain au Mali : Une vitalité créative en quête de structuration

À l’occasion de la Journée mondiale de l’Art, la scène malienne révèle une dynamique artistique réelle, portée par une nouvelle génération, mais confrontée à des défis structurels majeurs.

Chaque 15 avril, la Journée mondiale de l’Art met en lumière la créativité sous toutes ses formes. Au Mali, cette célébration résonne avec une scène contemporaine en pleine effervescence, particulièrement à Bamako, où artistes plasticiens, photographes et collectifs indépendants multiplient les initiatives.

Portée par une nouvelle génération engagée, cette scène se distingue par sa capacité à interroger les identités et à dialoguer avec les traditions locales ainsi qu’avec les réalités contemporaines.

« Aujourd’hui, la scène de l’art contemporain au Mali est à la fois très vivante et en construction », observe l’artiste plasticien Ibrahim Bemba Kébé. Il évoque « une réelle énergie créative », nourrie par des projets indépendants et des dynamiques collectives, malgré un environnement encore fragile.

Cette vitalité se traduit également par une reconnaissance croissante à l’international, notamment à travers des événements comme les Rencontres de Bamako, organisées depuis 1994 pour promouvoir la photographie africaine contemporaine.

Pourtant, ce rayonnement extérieur ne s’accompagne pas toujours d’une valorisation équivalente au niveau local. « Cela crée un décalage entre la richesse de la production artistique et sa visibilité auprès du public malien », souligne l’artiste.

Un écosystème encore fragile

Outre cette effervescence, les acteurs du secteur s’accordent sur les difficultés structurelles qui freinent son développement. Le manque d’infrastructures, de financements et d’espaces d’exposition constitue un frein majeur pour les artistes.

À cela s’ajoute une question centrale, à savoir le marché local. Selon Ibrahim Bemba Kébé, il reste à construire une « véritable culture de collection et de soutien à la création contemporaine » au sein du public et de la classe moyenne.

« Il y a un public naissant, mais il n’y a pas vraiment de grands acheteurs », explique pour sa part Lassina Igo Diarra, promoteur de la Galerie Médina. Pour lui, le défi réside autant dans la sensibilisation que dans l’engagement des élites économiques : « c’est un travail d’éducation des élites afin qu’elles s’intéressent à cette discipline pour qu’elle perdure ».

Le galeriste insiste également sur la nécessité de structurer l’ensemble de la chaîne artistique. « Ce qui manque, c’est l’écosystème, de l’atelier jusqu’à l’acquisition des œuvres », affirme-t-il, évoquant le rôle essentiel des galeries, des critiques d’art et des médias dans la valorisation du secteur.

Mohamed Kenouvi

Spring Meetings de Bretton Woods : À quoi peut s’attendre le Mali ?

Du 13 au 18 avril 2026, Washington accueillera les réunions de printemps des institutions de Bretton Woods, à savoir le FMI et la Banque mondiale. Pour le Mali, ce rendez-vous intervient entre espoirs de reprise et fortes pressions sur les finances publiques.

Le premier enjeu tient à la croissance. Le FMI, qui a validé le 18 mars 2026 la seconde et dernière revue du programme de référence, estime que l’économie malienne pourrait rebondir entre 5, % et 5,5% en 2026, après un ralentissement à 4,1% en 2025, lié à la baisse de la production d’or et aux perturbations d’approvisionnement en carburant. Cette amélioration dépendra toutefois du redressement minier, de la fluidité des corridors logistiques et d’une stabilisation du climat sécuritaire.

L’autre sujet concerne les finances publiques. Le FMI souligne que le budget 2026 reste orienté vers le respect de la norme communautaire de l’UEMOA, avec un déficit attendu autour de 3% du PIB. Cette trajectoire demeure sous pression, entre dépenses sécuritaires, besoins sociaux et soutien à l’énergie. Le rendez-vous de Washington sera donc scruté pour ce qu’il peut révéler sur la capacité du pays à préserver ses marges budgétaires tout en soutenant la reprise.

La mobilisation fiscale, avec près de 1 400 milliards de francs CFA recouvrés en 2025, sera également observée comme un indicateur clé de la solidité budgétaire. L’évolution de l’inflation, attendue autour de 2% à 2,5%, restera tout aussi déterminante pour le pouvoir d’achat et la stabilité macroéconomique.

Les chocs extérieurs constituent une autre vigilance. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient entretiennent une pression sur les cours du pétrole, avec des effets directs pour un pays fortement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés. Toute nouvelle hausse se répercuterait rapidement sur le transport, l’électricité et le coût de la vie.

Le dossier de l’or sera aussi au centre des attentes. Avec des cours internationaux élevés, le Mali peut espérer une amélioration de ses recettes d’exportation et de ses rentrées fiscales. Reste à savoir si cette conjoncture constituera un levier durable pour les finances publiques.

Ce rendez-vous sera avant tout un test de crédibilité économique pour Bamako. Il devrait éclairer les perspectives d’un appui renforcé du FMI et de la Banque mondiale, tout en mesurant si les signes de reprise depuis mars peuvent ouvrir un nouveau cycle de financements et de réformes.

Jeunesse et sécurité : Un chantier inachevé

La place des jeunes dans la prévention des conflits n’est plus un sujet périphérique. Au Mali, le débat s’est imposé avec plus de force depuis la relance, le 24 mars 2026 à Bamako, du processus d’élaboration du Plan d’action national Jeunesse, paix et sécurité. Pourtant, malgré cette impulsion, le pays reste encore sans cadre formellement adopté.

Dans un pays où près de 67% de la population a moins de 25 ans, la question dépasse largement le champ de la jeunesse au sens administratif. Chômage, ruptures scolaires, déplacements forcés et manque de perspectives nourrissent un terrain fragile, particulièrement dans les zones touchées par l’insécurité. Plus de 400 000 personnes demeurent déplacées à l’intérieur du pays, avec une forte proportion de jeunes et d’enfants. Les jeunes paient aujourd’hui le plus lourd tribut à la crise : premières victimes des déplacements, de la déscolarisation et des violences, ils sont aussi les premières cibles des stratégies de recrutement des groupes armés.

Les Nations unies ont pourtant fixé le cap depuis 2015 avec la Résolution 2250, renforcée en 2018 par la Résolution 2419, qui reconnaissent les jeunes comme des acteurs de paix, de médiation et de reconstruction. Le Mali adhère à cette vision, mais la traduction institutionnelle est encore incomplète.

Constats

Pour Sidiki Koné, expert consultant au FNUAP, le constat est clair. « Aujourd’hui, la place des jeunes dans la prévention des conflits et les mécanismes de paix au Mali est reconnue comme essentielle, mais elle reste globalement insuffisamment prise en compte dans la pratique ». Selon lui, les jeunes sont très actifs sur le terrain, dans les dialogues communautaires et les actions de cohésion sociale, mais restent encore insuffisamment associés aux mécanismes décisionnels formels.

Mahamady Togola, Coordinateur national de WANEP-Mali, partage cette lecture tout en rappelant les avancées déjà enregistrées. Il cite notamment le décret du 29 janvier 2019 portant création des Comités consultatifs de sécurité, qui prévoit la participation des jeunes dans les espaces de dialogue local.

« Oui, les jeunes sont présents dans les dispositifs, mais ils ne sont pas encore pleinement intégrés de manière structurée et influente », explique-t-il.

Selon lui, le problème ne réside pas dans le manque d’engagement des jeunes, mais dans l’absence d’un environnement institutionnel suffisamment solide pour valoriser cet engagement. WANEP-Mali a ainsi développé le programme Y-TEaM, axé sur le mentorat et le renforcement des capacités des jeunes leaders en matière de paix et de sécurité.

Les résultats, selon lui, sont déjà visibles. Les jeunes formés ont contribué à améliorer les outils d’alerte précoce, notamment dans l’analyse cartographique des risques. Le Conseil national de la Jeunesse s’est également illustré lors de la récente crise des hydrocarbures, en jouant un rôle d’interface entre populations et autorités.

Failles

Pour autant, les deux experts convergent sur le principal point de faiblesse. Malgré la Politique nationale de la Jeunesse et son Plan d’actions 2023-2027, les initiatives restent dispersées.

« Il manque encore un cadre stratégique unifié », souligne Mahamady Togola, qui estime que l’absence d’un Plan d’action national Jeunesse, paix et sécurité constitue une faiblesse réelle dans la réponse à la crise. Cette relance a pourtant également permis d’associer des organisations de jeunes, des acteurs communautaires et des partenaires techniques, signe d’une volonté de bâtir un cadre fondé sur une concertation élargie.

Cette absence de coordination fait peser plusieurs risques. Le premier est celui du sentiment d’exclusion, particulièrement chez les jeunes des zones rurales ou affectées par les conflits. Le second concerne la vulnérabilité à la radicalisation et au recrutement par des groupes extrémistes.

Mais, pour WANEP, le risque ne se limite pas à la sécurité. Il touche aussi à la cohésion sociale et au potentiel économique du pays. « La jeunesse représente un potentiel énorme en termes d’innovation, de créativité et de contribution économique », rappelle Mahamady Togola.

Enjeux

La relance du processus en mars 2026 constitue donc une étape importante, mais elle ne suffira pas si elle ne débouche pas rapidement sur un cadre national structuré, inclusif et opérationnel.

La question n’est plus de savoir s’il faut impliquer les jeunes. Elle porte désormais sur la manière de le faire, de façon durable et influente. Comme le résume Mahamady Togola, « la paix au Mali se construira avec la jeunesse ou elle ne se construira pas durablement ».

Nécrologie – Mahamane Hamèye Cissé, une voix majeure de la presse s’éteint

Le monde médiatique malien est en deuil. Mahamane Hamèye Cissé, journaliste, formateur et acteur clé de la régulation des médias, est décédé aujourd’hui, laissant derrière lui une carrière marquée par l’engagement, la rigueur et une profonde conviction du rôle social de la presse.

Titulaire d’une maîtrise en Droit public, il s’était imposé au fil des années comme l’un des défenseurs les plus constants de l’amélioration des conditions d’exercice du journalisme au Mali. Son parcours l’avait conduit à multiplier les formations spécialisées — gestion d’entreprises de presse, droit de la presse, communication institutionnelle, régulation et autorégulation — avant de devenir lui‑même formateur, transmettant son expertise à plusieurs générations de professionnels.

En 2014, alors directeur de publication du Scorpion, il avait intégré le premier collège de la Haute Autorité de la Communication (HAC). Cette nomination faisait suite au choix conjoint du Groupement Patronal de la Presse Écrite (GROUPE) et de l’Association des Éditeurs de la Presse Privée (ASSEP), qui voyaient en lui un représentant naturel de la profession. Déjà à l’époque, ses pairs saluaient un homme « à la taille de l’emploi », capable de porter les enjeux de la presse avec hauteur et constance.

Son engagement dépassait le cadre national.

Mahamane Hamèye Cissé fut notamment : membre fondateur de Net Peace Africa et coordinateur pour l’Afrique de l’Ouest, membre du Conseil d’administration du Réseau des Journalistes Africains pour la Paix et la Sécurité auprès de la Commission de l’Union africaine, ancien membre du Conseil supérieur de la Communication

À travers ces responsabilités, il a contribué à renforcer la place des médias dans la prévention des crises, la promotion de la paix et la consolidation démocratique.

Homme de principes, respecté pour sa droiture et son sens du devoir, il laisse l’image d’un professionnel exigeant, profondément attaché à la dignité du métier et à la formation des jeunes journalistes.

Sa disparition constitue une perte majeure pour la presse malienne. Le Journal du Mali présente ses condoléances les plus attristées à sa famille, à ses proches et à l’ensemble de la communauté médiatique.

 

Aïda Zeba : « Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? »

À deux jours de la grande finale du West Africa Women Speakers Forum, prévue le 11 avril au CICB de Bamako, Aïda Zeba, Coordinatrice de l’initiative, revient sur les enjeux de cette deuxième édition. Entre éloquence, leadership féminin et réflexion sur la place des femmes dans la vie politique de la sous-région ouest-africaine, elle explique le sens d’un rendez-vous qui réunit des candidates issues des sept pays finalistes.

Pourquoi avoir choisi Bamako pour accueillir cette deuxième édition ?

D’abord, c’est une victoire. La première édition s’est tenue au Burkina Faso, dans un environnement qui nous était plus familier. Venir à Bamako représentait un défi, mais cela répond aussi au règlement de la compétition : le pays de la gagnante organise l’édition suivante. La lauréate de la première édition étant Malienne, il était naturel que nous venions ici. Nous avons constitué un comité d’organisation composé à 80% de Maliens. Les phases éliminatoires, les quarts et les demi-finales se sont déroulés en ligne pendant six mois.

Quelle a été la mobilisation autour de cette édition ?

Nous avons enregistré environ 350 inscriptions pour les 7 pays concernés. Après les différentes étapes, nous avons retenu une finaliste par pays, soit sept finalistes : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Togo, le Bénin, le Sénégal et la Guinée-Conakry.

Pourquoi avoir placé l’engagement politique des femmes au cœur de cette édition ?

Nous sommes partis d’un constat. Nous estimons qu’il existe assez de dames leaders, mais qu’elles sont peu nombreuses sur la scène politique, à notre humble avis. Nous ne voulons pas seulement dénoncer cette réalité ; nous voulons aussi la questionner. Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? Tous les thèmes développés, des éliminatoires à la finale, tournent autour de cette interrogation.

Que gagnera la lauréate ?

La gagnante bénéficie d’une bourse d’études de six mois, tout frais payés, à Accra, pour apprendre l’anglais. Elle peut aussi suivre un MBA en gestion de projets dans le domaine de son choix. Le billet d’avion, le logement et la nourriture sont entièrement pris en charge.

Quel message souhaitez-vous adresser au public à l’approche de la finale ?

Je voudrais déjà remercier le peuple malien, parce qu’en matière d’hospitalité, ce sont les meilleurs. Et j’ose espérer que le 11 avril nous aurons beaucoup de participants au CICB, à partir de 9 heures.

Sahel : le Groupe de la Banque mondiale engage un nouveau partenariat

Le Groupe de la Banque mondiale soutient de nouveaux cadres de partenariat pays (CPF) avec le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres sont destinés à soutenir l’emploi surtout pour les jeunes et les femmes, les infrastructures et la productivité agricole, appuyer les réformes et le développement du secteur privé.

Le nouveau partenariat annoncé ce 7 avril 2026, renforce la collaboration entre le Groupe de la Banque mondiale et les pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger et Tchad). Le cadre mobilise en outre les atouts de l’Association internationale de développement (IDA), la Société financière internationale (IFC) et de l’agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) afin d’élargir l’accès au financement des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), de renforcer les chaînes de valeur et créer davantage d’emplois de qualité.

Les CPF placeront les populations au cœur de l’action, appuieront les leviers indispensables à l’accélération de la croissance et du progrès et renforceront l’intégration transfrontalière afin de promouvoir un développement équilibré dans le Sahel », déclare Clara de Sousa directrice de division du Groupe de la Banque mondiale pour le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres ciblent des secteurs à fort potentiel, soutiennent les programmes régionaux et des projets transfrontaliers, ajoute la directrice de division. Ces cadres soutiennent également les programmes clés du Groupe de la Banque mondiale (santé, électricité, agriculture).

Les nouveaux CPF sont alignés sur les priorités nationales de développement des pays du Sahel, selon la banque mondiale.

Axés sur les résultats, les CPF visent à traiter les causes de la fragilité, des conflits et de la violence pour améliorer l’accès aux services sociaux, ajoutent la Banque mondiale. Des cadres prioritaires qui mettent l’accent sur la gouvernance, la diversification économique et l’accélération d’une croissance inclusive portée par le secteur privé.

« Un secteur privé fort et innovant est primordial pour attirer l’investissement, accroître la productivité, créer des emplois et renforcer la résilience économique face aux chocs exogènes et endogènes », note Olivier Buyoya, directeur de division d’IFC pour l’Afrique de l’Ouest.

Diplômés des Licences de l’ENSUP : Le bras de fer qui secoue l’école malienne

Le différend autour des enseignants détenteurs de la licence professionnelle issue de la formation continue à l’École normale supérieure de Bamako prend une tournure préoccupante et ravive les tensions dans le système éducatif malien. Par une note datée du 2 avril 2026, le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, a instruit les Directrices et Directeurs des Académies d’enseignement de procéder, dans un délai de quinze jours, à l’affectation ou à la réaffectation des enseignants concernés dans les écoles relevant des Centres d’animation pédagogique, conformément aux besoins des structures d’origine.

Cette décision s’inscrit dans le prolongement d’une correspondance antérieure du département déjà consacrée à la gestion de ces enseignants et relative à la nécessité de relever le niveau de l’enseignement par un redéploiement de ces diplômés dans les établissements scolaires du fondamental.

De leur côté, les Syndicats de l’Éducation signataires du 15 octobre 2016, dans une lettre datée du 24 février 2026, défendent une lecture inverse. Ils s’appuient sur les textes ayant consacré le passage de l’ENSUP au système LMD et redéfini ses missions, estimant que l’établissement n’a plus vocation à former des enseignants destinés au fondamental.

Ils réclament en conséquence le déploiement des détenteurs de licence dans l’enseignement secondaire, normal, technique et professionnel, en cohérence avec la nature de leur formation.

Ce dossier révèle un conflit de cadrage institutionnel entre l’instruction administrative du ministère et la lecture juridique portée par les organisations syndicales, sur fond de vives inquiétudes.

États-Unis – OTAN : La trêve n’efface pas la fracture

Le fragile cessez-le-feu obtenu entre Washington, Téhéran et Tel-Aviv n’a pas dissipé les tensions entre les États-Unis et leurs alliés européens. Derrière l’accalmie militaire autour du détroit d’Ormuz, la crise a ravivé les interrogations sur la solidité du lien transatlantique et sur l’avenir de l’alliance atlantique.

La trêve provisoire annoncée entre les États-Unis, l’Iran et Israël a pour l’instant éloigné le risque d’un embrasement régional. Mais elle n’a pas refermé la fracture diplomatique ouverte ces derniers jours entre Washington et plusieurs capitales européennes. Donald Trump a ravivé les interrogations sur l’engagement américain au sein de l’OTAN, reprochant à certains alliés leur refus de s’engager davantage dans la sécurisation du détroit d’Ormuz et des voies maritimes énergétiques. Cette accalmie de deux semaines, saluée avec prudence à Bruxelles, ne dissipe ni les tensions accumulées ni les doutes sur la place future de Washington au sein de l’alliance.

Le sujet dépasse désormais la crise immédiate au Moyen-Orient. C’est toute la crédibilité du pilier sécuritaire occidental qui se trouve questionnée. La visite à Washington du Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, prévue du 8 au 12 avril, vise à contenir une tension rare entre les deux rives de l’Atlantique. Il doit également s’entretenir avec Marco Rubio et Pete Hegseth dans une tentative de désamorcer les divergences.

Washington est au cœur du dispositif militaire de l’alliance. Si la direction politique est assurée par Mark Rutte, les États-Unis occupent toujours le poste militaire le plus stratégique à travers le SACEUR, Commandement suprême des forces alliées en Europe, historiquement confié à un Général américain. Cette fonction est exercée par le Général Alexus G. Grynkewich, qui supervise la dissuasion, les déploiements sur le flanc oriental et la coordination opérationnelle.

À cette présence militaire s’ajoute le rôle diplomatique central de Washington au sein du Conseil de l’Atlantique Nord, organe décisionnel de l’alliance. Plutôt qu’un simple geste politique, une éventuelle sortie américaine toucherait directement l’architecture de défense collective de l’Europe.

Sur le plan institutionnel, une telle décision reste toutefois encadrée. Depuis 2023, le Congrès américain impose qu’aucun retrait des États-Unis de l’OTAN ne puisse être acté sans l’accord des deux tiers du Sénat ou l’adoption d’une loi spécifique. Le traité prévoit en outre un délai d’un an après notification officielle.

Pour les alliés européens, la trêve avec l’Iran n’efface donc pas la question centrale : celle de la fiabilité de l’engagement américain dans une période marquée par les tensions énergétiques, les risques militaires et des divergences stratégiques persistantes.

Le sacrifice sans issue

Depuis plus de trois ans, la crise énergétique ne cesse d’éprouver les ménages, les entreprises et l’activité économique. Les délestages se prolongent, les charges explosent et le coût de la vie s’alourdit. Pourtant, les ressources ont bien été mobilisées. Au moins 24 milliards de francs CFA ont été injectés dans le secteur de l’électricité dès juillet 2025, tandis qu’une partie des prélèvements sur les services télécoms, l’internet et le mobile money alimente le fonds de soutien aux infrastructures de base. Malgré cet effort, les coupures persistent et l’horizon reste flou.

Le vrai sujet n’est plus seulement financier. Il touche désormais à la confiance. Quand les populations acceptent de contribuer davantage, dans une période déjà marquée par la hausse du carburant, des denrées et du transport, elles attendent en retour des résultats visibles, ou, dans une moindre mesure, un partage clair de l’effort.

Dans plusieurs pays confrontés à des crises sévères, des dirigeants ont choisi d’envoyer un signal fort. Au Ghana, des réductions volontaires de salaires au sommet de l’État avaient été annoncées pour accompagner les sacrifices demandés aux citoyens. Ailleurs, des dépenses de prestige ont été gelées afin de montrer que l’effort national ne reposait pas uniquement sur les ménages.

C’est cette dimension qui manque aujourd’hui au débat. Le sacrifice demandé à la population ne peut durablement tenir sans une perspective lisible ni un sentiment d’équité. Après un an de prélèvements exceptionnels sans amélioration notable du quotidien, la question que tout le monde se pose est de savoir jusqu’à quand peut-on encore demander aux populations de tenir si aucun signe concret de sortie de crise n’apparaît ?

Situation humanitaire : le plan reste sous-financé

Le Mali aborde le deuxième trimestre 2026 avec des besoins humanitaires toujours très élevés, tandis que le financement du plan de réponse demeure insuffisant. Malgré une légère progression des ressources mobilisées début avril, les acteurs humanitaires alertent sur l’urgence d’un appui plus rapide aux populations affectées.

Le Bulletin humanitaire Février–Mars 2026 publié par OCHA Mali dresse le tableau d’une crise toujours marquée par les déplacements de populations, l’insécurité, les chocs climatiques et la fragilisation des moyens d’existence. Pour l’année 2026, 5,1 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire à l’échelle nationale, tandis que 3,8 millions de personnes sont directement ciblées par le Plan de réponse humanitaire 2026, lancé le 5 février à Bamako.
L’appel de fonds fixé à 577,9 millions de dollars vise à couvrir les besoins les plus urgents en alimentation, santé, protection, éducation et soutien aux ménages déplacés. À la fin du mois de mars, le bulletin d’OCHA faisait état de 54,4 millions de dollars mobilisés, soit un taux de couverture de 9,4 %, laissant apparaître un déficit de 523,5 millions de dollars.
Les données les plus récentes du Financial Tracking Service (FTS) des Nations unies, arrêtées au 7 avril 2026, montrent une progression du financement. Le montant total rapporté atteint désormais 74,9 millions de dollars, dont 70,3 millions de dollars consacrés aux plans coordonnés, ce qui porte le niveau de couverture du plan à 12,2 %. Malgré cette évolution, plus de 500 millions de dollars restent à mobiliser, ce qui continue de peser sur la capacité d’intervention des partenaires humanitaires.
Sur le terrain, les missions conduites entre février et mars dans les régions de Mopti, Gao et Kayes ont permis d’identifier des besoins immédiats, notamment en matière de protection, de nutrition, d’accès aux services essentiels et de prise en charge des personnes déplacées internes. À Mopti, les visites des sites de déplacés et des structures d’accompagnement ont confirmé la vulnérabilité des femmes et des enfants. Le centre de prise en charge soutenu par les partenaires humanitaires y a enregistré 338 cas de violences basées sur le genre en 2025, dont 37 % de violences sexuelles liées au conflit.
Le bulletin met également en avant des réponses de proximité destinées à renforcer la résilience des ménages. À Horoguindé, dans la région de Mopti, 70 personnes déplacées internes ont bénéficié de 210 petits ruminants et d’aliments pour bétail afin de relancer leurs activités. Dans les cercles de Bandiagara et Bankass, plus de 50 femmes participent à des projets de jardins maraîchers sur plusieurs sites, destinés à améliorer à la fois l’alimentation des ménages et les revenus.
La Croix-Rouge malienne demeure l’un des principaux acteurs du dispositif, avec 612 comités communaux et près de 10 000 volontaires déployés à travers le pays. Son plan unifié pour 2026 prévoit une assistance à 2,7 millions de personnes, incluant la préparation aux catastrophes, la réponse d’urgence, le soutien aux déplacés et l’accompagnement communautaire.
Le bulletin insiste enfin sur l’urgence d’un financement plus soutenu. Pour les acteurs humanitaires, chaque retard dans la mobilisation des fonds se traduit par une réduction des distributions alimentaires, du soutien sanitaire et des mécanismes de protection, dans un pays où plusieurs millions de personnes restent exposées à une crise prolongée.

Augmentation du prix des carburants : Jusqu’où ira la flambée généralisée ?

Transport, électricité ou encore mines, les impacts de la hausse du prix des carburants sont déjà palpables dans plusieurs secteurs de la vie économique. Décidée le 28 mars dernier, cette augmentation constitue une pression supplémentaire sur le pouvoir d’achat du consommateur. Entre compromis et mesures à long terme, les autorités tentent d’atténuer les impacts de la crise.

Le prix des hydrocarbures a augmenté, mais le pain ne doit pas suivre. C’est en résumé l’esprit de la rencontre qui a réuni le 2 avril 2026 les acteurs de la filière pain et le ministre de l’Industrie et du Commerce. À l’issue de leurs échanges, ils ont convenu du maintien du prix de la farine et du pain, respectivement à 23 000 francs CFA le sac de 50 kg, 270 francs CFA pour le gros pain et 135 francs CFA pour le petit pain. Des prix concédés « jusqu’à nouvel ordre », grâce à un esprit de collaboration et à un effort exceptionnel des acteurs, sensibles à la situation de crise. Malgré le maintien des prix officiels, le secteur reste soumis aux risques. Le carburant constitue en effet un intrant essentiel pour les boulangeries. Outre le fonctionnement des fours industriels, il assure celui des groupes électrogènes, alternatives en cette période de délestage, sans compter le transport des produits.

Maintenir l’approvisionnement

Dépendant totalement des importations de produits pétroliers, le Mali est confronté depuis septembre 2025 à des difficultés d’approvisionnement, en raison notamment des attaques de convois sur ses principaux corridors, en particulier Dakar et Abidjan.

Ces importations ont connu une hausse de 1,66% par rapport à 2023. Le pays a ainsi importé 2 665 106 m³ en 2024 contre 2 621 513 m³ en 2023.

Quant au gaz butane, les importations ont atteint 15 838 tonnes en 2024 contre 13 847 tonnes en 2023, soit une hausse de 14,38%. Au mois de mars 2026, le Mali a réceptionné 2 271 camions-citernes, soit 105 millions de litres de carburant.

La dépendance à ces importations a accentué les effets des différentes crises, dans un contexte international marqué par les tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique d’une part majeure du commerce mondial des hydrocarbures, entraînant ruptures d’approvisionnement et flambée des prix, comme celle de ce mois de mars.

Cette pression ne touche pas seulement l’énergie. Selon les projections des agences internationales, la hausse des coûts du fret, des engrais et des intrants alimentaires pourrait maintenir les prix mondiaux des denrées entre 15 et 20% au-dessus de leur niveau moyen du premier semestre si la crise au Moyen-Orient se prolonge.

Pour faire face à ces défis et assurer la continuité des activités et services vitaux, les autorités ont décidé de constituer un stock national de sécurité couvrant 45 jours de consommation pour le supercarburant, le gasoil, le Jet A1 et le gaz butane.

Rendre ces dispositions opérationnelles dépendra non seulement de l’évolution de la crise au plan international, mais également des mesures d’accompagnement prévues, notamment un plan d’approvisionnement sur les trois prochains mois afin d’anticiper les corridors à emprunter et les fluctuations de prix.

Par ailleurs, le gasoil, produit central au cœur des besoins des ménages, des industries et de la société EDM-SA, nécessite un arbitrage permanent et continue d’alimenter les tensions.

Transports sous pression

Directement impacté par la hausse des carburants, le secteur des transports est l’un des premiers à avoir procédé à une hausse des prix. La hausse des prix à la pompe annoncée le 28 mars a été confirmée par le Président Directeur Général de l’Office malien des produits pétroliers, Diakaridia Dembélé, qui a également rappelé le maintien des mécanismes de soutien destinés à contenir les effets immédiats sur les ménages.

Pour contrôler cette hausse et en limiter les impacts, le Conseil national du Transport public de passagers, tenu le 1er avril 2026, a alerté sur une augmentation des tarifs interurbains, par certaines compagnies, non proportionnelle à la hausse des prix à la pompe.

Rappelant que toute augmentation des tarifs ne doit intervenir que dans le cadre d’un mécanisme de concertation regroupant administration publique et organisations socioprofessionnelles, la ministre des Transports a instruit les acteurs à se conformer aux conclusions de la réunion.

Parmi celles-ci, les augmentations des tarifs du transport urbain sont limitées à 50 francs CFA par trajet pour les minibus et entre 500 et 2 000 francs CFA pour les transports interurbains, selon les distances.

Si, au niveau urbain, les tarifs semblent pour le moment respecter les engagements, les usagers commencent déjà à ressentir la pression sur leurs dépenses quotidiennes. Entre Bamako et certaines villes, les prix dépassent déjà les normes. Ainsi, pour le trajet Bamako – Kéniéba, certaines sociétés sont passées de 9 000 à 12 000 francs CFA et pour Bamako – Sikasso de 6 000 à 9 000 francs CFA, soit une hausse de 3 000 francs. À terme, cette hausse se répercutera également sur les coûts logistiques des produits vivriers, des matériaux de construction et des intrants agricoles, renforçant le risque d’une inflation diffuse bien au-delà du seul secteur des hydrocarbures.

Crise énergétique latente

Depuis plusieurs années, le Mali est empêtré dans une crise énergétique dont le dénominateur commun est la dépendance aux importations de carburant. Accentuée par la pénurie de gasoil devenue récurrente, la crise a connu un nouvel épisode en février 2026 après l’incendie du transformateur de la SEMAF, événement qui a aggravé les délestages dans plusieurs quartiers de Bamako.

Des délestages devenus le lot quotidien des ménages et des entreprises, sans visibilité sur une programmation fiable. Variant entre 12 et 14 heures par jour, les coupures peuvent durer 24 heures ou plus par endroits. Cette tension intervient alors que la demande électrique continue de progresser plus vite que les capacités installées, notamment dans le Grand Bamako et les principaux centres urbains de l’intérieur.

Fortement dépendant des énergies fossiles, le Mali est vulnérable aux perturbations des importations et aux fluctuations des prix. L’insuffisance et la vétusté des infrastructures de production, de transport et de distribution ne permettent pas de répondre à une demande croissante. Les difficultés de gestion et de financement de EDM-SA limitent également ses capacités d’investissement.

En janvier 2026, le gouvernement a alloué 36 milliards francs CFA à EDM-SA pour sécuriser la distribution de l’énergie provenant de la Zone OMVS et de l’interconnexion autour de Bamako. En juillet 2025, 24 milliards de francs CFA avaient été mobilisés pour l’achat de combustibles, puis 6 milliards en novembre.

Selon EDM-SA, la part du solaire est de 3% dans la production énergétique du pays, une proportion que les autorités ambitionnent de porter à 40%.

La crise révèle aussi des fragilités structurelles, entre forte dépendance aux importations, faibles capacités de stockage et retard dans la diversification énergétique. Avec une part du solaire encore limitée à 3%, elle pose la question de l’anticipation et de l’efficacité des politiques publiques face à des chocs désormais récurrents.

Enjeux et perspectives

Pour contenir la flambée des prix, le gouvernement a consenti des subventions mensuelles de 3 milliards de francs CFA pour maintenir les prix à la pompe, assurent les responsables de l’Office malien des produits pétroliers. Le maintien de ces subventions mensuelles pose également la question de leur soutenabilité budgétaire, dans un contexte de fortes contraintes sur les finances publiques.

Outre les produits pétroliers, la flambée des prix a touché de nombreux autres secteurs, dont celui de la viande bovine avec os, passée de 2 300 francs CFA à 3 000 voire 3 500 le kilogramme.

En dehors des mesures urgentes, les réponses à long terme, parmi lesquelles la réduction de la dépendance aux énergies fossiles à travers le développement des énergies renouvelables, s’imposent.

Des réponses durables, notamment le développement des énergies renouvelables et un changement du mix énergétique, tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages dans une économie déjà fragilisée par les délestages et les tensions d’approvisionnement.

Prévention des inondations : Bamako muscle son dispositif avant l’hivernage

À l’approche de l’hivernage 2026, les autorités renforcent les mesures de prévention dans le district de Bamako, particulièrement exposé aux crues urbaines. Le nouveau plan met l’accent sur le curage des réseaux d’évacuation, la gestion des urgences et la protection des populations des quartiers à risque.

Le comité interministériel de gestion des crises et catastrophes, réuni autour du Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC), a validé un plan de prévention doté de 4,071 milliards de FCFA pour la saison des pluies 2026. L’objectif affiché est de limiter les risques d’inondation dans la capitale, où les débordements de caniveaux et l’occupation des lits de marigots continuent de menacer plusieurs zones habitées.
Le dispositif, élaboré sous la supervision du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, s’articule autour de quatre axes : la coordination institutionnelle, les mesures anticipatives, la gestion des urgences et la protection du système éducatif. Il prévoit des campagnes de sensibilisation dans les quartiers vulnérables, le prépositionnement de kits d’urgence, l’identification de sites d’accueil pour les éventuels sinistrés et des dispositions spécifiques pour préserver la continuité des cours pendant la saison des pluies.
Le volet urbain reste au cœur du plan. Selon les données présentées lors de la réunion, 5 des 11 marigots recensés dans Bamako ont déjà été dégagés, soit 40,6 kilomètres traités, pour un taux d’exécution de 55,54 %. Pour 2026, les services techniques annoncent le curage de 241 kilomètres de caniveaux et de 85 kilomètres de collecteurs, avec une attention particulière portée aux zones régulièrement touchées, notamment dans certaines communes du district.
Ce programme s’inscrit dans la continuité des opérations engagées l’année précédente. En 2025, 2,66 milliards de FCFA avaient été mobilisés pour les travaux de curage à Bamako, portant sur 131 kilomètres de collecteurs et 235 kilomètres de caniveaux. À cela s’ajoute un appui financier de 31,5 milliards de FCFA soutenu par la Banque mondiale pour l’assainissement urbain et la réduction des risques d’inondation.
L’enjeu reste particulièrement concret pour plusieurs quartiers de Bamako, notamment ceux installés à proximité des collecteurs naturels ou dans les zones basses, régulièrement exposés lors des fortes pluies. Les autorités cherchent ainsi à éviter la répétition des dégâts enregistrés en 2024, année durant laquelle les inondations avaient causé 75 décès et affecté près de 250 000 personnes à travers le pays.
À l’issue de la rencontre, le Premier ministre a annoncé que le comité de crise se réunira deux fois par mois avant l’entrée en phase opérationnelle du plan, afin d’assurer un suivi régulier des travaux et une meilleure réactivité pendant l’hivernage.

Corridor d’Abidjan : la Côte d’Ivoire facilite l’accès portuaire pour le Mali et le Burkina

Abidjan a décidé d’alléger les formalités douanières sur les marchandises à destination du Mali et du Burkina Faso. Cette mesure vise à réduire les délais de transit et à fluidifier un corridor essentiel pour l’approvisionnement des deux pays sahéliens.

La Côte d’Ivoire a officiellement supprimé, par une circulaire signée le 31 mars 2026, l’obligation de visa douanier préalable sur les déclarations de marchandises destinées au Mali et au Burkina Faso. Cette formalité, en vigueur depuis le 28 avril 2000, imposait jusqu’ici aux commissionnaires en douane de faire viser leurs documents par les représentations douanières malienne et burkinabè installées en territoire ivoirien avant tout dépôt auprès des bureaux compétents.
La nouvelle disposition met fin à une procédure vieille de 26 ans. Désormais, les déclarations peuvent être déposées directement auprès des services douaniers ivoiriens, sans validation préalable. Les autorités ivoiriennes s’appuient pour cela sur des outils numériques déjà opérationnels, notamment le module T1 pour le corridor ivoiro-malien et le système SIGMAT pour le corridor vers le Burkina Faso. Ces plateformes permettent le suivi en temps réel des marchandises en transit, rendant le visa papier devenu redondant.
Cette décision intervient sur un axe commercial stratégique pour les pays enclavés du Sahel. Le port autonome d’Abidjan demeure l’un des principaux points d’entrée maritime pour le commerce extérieur du Mali et du Burkina Faso. Selon les données portuaires et gouvernementales disponibles, une part importante du transit des pays de l’hinterland ouest-africain passe par Abidjan, notamment pour les hydrocarbures, les produits alimentaires, les matériaux de construction et les intrants industriels.
Pour le Mali, ce corridor reste particulièrement sensible. Le port d’Abidjan a longtemps absorbé une part majeure du commerce extérieur malien, notamment sur l’axe Abidjan–Bouaké–Korhogo–frontière–Bamako. Les autorités ivoiriennes avaient déjà indiqué que le port ambitionnait de redevenir le premier port de transit maritime du commerce malien, avec des investissements dans les quais, le canal de Vridi, les espaces logistiques et les dessertes routières.
La mesure est également significative pour le Burkina Faso, dont le corridor Abidjan–Ouagadougou constitue l’un des axes logistiques majeurs, à la fois par route et par rail. La ligne ferroviaire reliant Abidjan à Ouagadougou, longue d’environ 1 145 kilomètres, reste l’une des plus importantes de la sous-région pour le transport de marchandises.
En pratique, la suppression du visa douanier devrait réduire les délais administratifs, accélérer le passage portuaire et limiter certains coûts supportés par les opérateurs économiques. Pour le Mali comme pour le Burkina Faso, où les prix à l’importation restent sensibles aux coûts logistiques, cette simplification peut avoir un effet direct sur la rapidité d’acheminement des marchandises et, à terme, sur les délais d’approvisionnement des marchés intérieurs.
Cette évolution intervient alors que les corridors régionaux font l’objet d’une attention renforcée, avec plusieurs initiatives en cours sur les axes ouest-africains destinés à sécuriser et moderniser les chaînes logistiques reliant les ports du Golfe de Guinée aux pays sahéliens.

Hydrocarbures : 105 millions de litres importés pour stabiliser le marché

Le gouvernement a annoncé l’entrée de 105 millions de litres de carburant en mars, transportés par 2 200 camions-citernes. Cet approvisionnement intervient alors que la pression reste forte sur le gasoil, essentiel à la fois pour le transport, les activités industrielles et la production d’électricité.

Le Mali a réceptionné 105 millions de litres de carburant au cours du mois de mars 2026, selon les chiffres communiqués par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, à l’issue de la 18e réunion du Cadre de concertation avec les groupements professionnels du pétrole, tenue le 2 avril à Bamako. Ce volume, acheminé par 2 200 camions-citernes, a été présenté comme permettant d’assurer la disponibilité des produits pétroliers sur l’ensemble du territoire.
L’annonce s’inscrit dans une période d’approvisionnement soutenue depuis le début de l’année. En février, les autorités avaient déjà fait état d’environ 39 millions de litres livrés entre le 2 et le 8 février, après une première semaine à près de 34,9 millions de litres, soit plus de 73 millions de litres en deux semaines.
Le volume enregistré en mars confirme donc une montée en cadence des livraisons, dans un contexte marqué par la tension sur les corridors logistiques et la hausse de la demande intérieure.
Le ministre a indiqué que le gouvernement travaille à la diversification des axes d’approvisionnement, avec une attention particulière portée au corridor de Kayes, ainsi qu’aux axes en provenance du Nigeria, du Ghana et du port de Lomé. L’objectif affiché est de réduire les risques de rupture, de mieux répartir les flux et de sécuriser les stocks pour les trois à six prochains mois.
La pression reste particulièrement forte sur le gasoil, dont la demande demeure élevée. Le diesel alimente simultanément les ménages, les usines, les transporteurs et surtout les centrales d’EDM-SA, qui continuent de fonctionner en grande partie sur des groupes thermiques. Le ministre a d’ailleurs reconnu qu’une part importante des convois est orientée vers l’opérateur électrique, ce qui peut se traduire par des tensions dans les stations-service destinées au grand public.
Cette situation intervient alors que le pays vient de se doter d’un stock national de sécurité des produits pétroliers, avec une couverture annoncée de 45 jours pour le super, le gasoil, le jet A1 et le gaz butane. Les importations de produits pétroliers ont atteint 2 665 106 m³ en 2024, contre 2 621 513 m³ en 2023, soit une progression de 1,66 %, tandis que le gaz butane a progressé de 14,38 % sur la même période.
Chambre de Commerce et d’Industrie
Les autorités indiquent désormais vouloir passer d’une gestion de court terme à une planification plus anticipée de l’approvisionnement, avec des projections trimestrielles et semestrielles destinées à mieux répondre à la demande nationale.