Du Sénégal à l’Afrique du Sud en passant par le Kenya, l’histoire politique du continent montre que les coalitions construites pour conquérir le pouvoir peinent souvent à préserver leur unité une fois leur objectif atteint.
Dans l’histoire politique africaine, les coalitions naissent fréquemment dans l’adversité. Face à un régime contesté, à un parti dominant ou à un pouvoir jugé défaillant, des acteurs aux sensibilités parfois opposées décident de mettre de côté leurs divergences pour poursuivre un objectif commun. Mais, une fois cet objectif atteint, l’unité affichée laisse fréquemment place aux rivalités et aux désaccords.
Le phénomène est loin d’être exceptionnel. En Afrique du Sud, l’Alliance tripartite, réunissant l’ANC, le Parti communiste sud-africain et la centrale syndicale COSATU, a constitué l’un des principaux moteurs de la lutte contre l’apartheid. Pourtant, une fois au pouvoir, les divergences idéologiques et stratégiques entre ses composantes ont régulièrement alimenté des tensions et des crises internes.
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L’épreuve du pouvoir
Le Sénégal fournit plusieurs illustrations de cette réalité. En 2000, la large coalition qui avait porté Abdoulaye Wade à la présidence face au Parti socialiste s’est progressivement désagrégée après l’alternance. Plusieurs alliés de circonstance ont quitté la coalition au fil des années, révélant des divergences longtemps reléguées au second plan par la lutte contre le pouvoir en place.
Plus récemment, l’évolution des relations entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko illustre une autre difficulté propre à l’exercice du pouvoir. Contrairement aux précédents exemples, les deux hommes n’étaient pas issus d’organisations différentes, mais du même parti, le PASTEF. Leur rupture politique, intervenue deux ans après leur accession au pouvoir, rappelle toutefois qu’une victoire commune ne suffit pas toujours à préserver durablement l’unité d’un projet politique.
Le Kenya constitue également un cas emblématique. En 2002, la National Rainbow Coalition (NARC) avait réussi à mettre fin à près de quarante ans de domination du KANU. Cette alliance historique de l’opposition avait suscité un immense espoir de changement. Mais, une fois la victoire acquise, les désaccords sur le partage du pouvoir et sur les réformes institutionnelles ont progressivement fracturé la coalition.
Ces trajectoires, observées dans des contextes politiques différents, rappellent qu’une coalition se construit souvent plus facilement autour d’un objectif immédiat que d’un projet durable. Si la conquête du pouvoir peut fédérer des acteurs aux intérêts variés, sa gestion constitue généralement l’épreuve décisive qui révèle la solidité – ou les fragilités – de leur alliance.
Mohamed Kenouvi




