Tabaski 2026 au Mali : Au-delà des moutons

La Tabaski 2026 sera célébrée le 27 mai. Pour ce faire, les autorités prévoient de lancer une opération de vente promotionnelle de moutons le 22 mai 2026 au terrain municipal de Sogoniko, avec plusieurs autres sites à Bamako et dans les régions. L’initiative vise à rapprocher le bétail des populations et à proposer des prix plus accessibles, répondant ainsi à une préoccupation ancienne des familles.

Mais cette mesure, bien que bienvenue, est insuffisante face aux multiples difficultés que vivent les Maliens. Les prix des moutons dépassent souvent 100 000 francs CFA, l’électricité et le carburant restent difficiles d’accès, le transport et les denrées alimentaires essentielles s’envolent et l’insécurité complique la mobilité. Face à cette situation, la seule vente promotionnelle ne peut résoudre tous les problèmes ni protéger réellement le pouvoir d’achat des ménages.

Pourtant, d’autres pays africains, comme le Maroc, ont parfois pris des mesures plus radicales pour soulager leurs populations. En 2025, le Roi Mohammed VI avait exceptionnellement déconseillé le sacrifice rituel en raison de la sécheresse et de la raréfaction du cheptel, montrant qu’il est possible d’intervenir de manière décisive pour protéger les citoyens.

Le Mali, lui, doit aller plus loin. La Tabaski est un moment de solidarité et de dignité familiale, mais elle expose aussi les fragilités structurelles du pays. Les autorités doivent élargir leurs réponses, renforcer les filières d’approvisionnement, réguler les prix et accompagner les ménages vulnérables pour que cette fête soit accessible et sécurisée pour tous, au lieu de compter uniquement sur une opération ponctuelle.

Tabaski : Les moutons hors de prix

À deux semaines de la Tabaski, les marchés à bétail de Bamako peinent encore à se remplir. Insécurité, transport coûteux et flambée de l’aliment bétail pèsent déjà sur les prix.

Dans plusieurs points de vente de la capitale, l’offre reste limitée alors que la demande commence à monter. La situation sécuritaire sur les principaux axes d’approvisionnement, le renchérissement du transport et la cherté de l’alimentation pour le bétail compliquent l’arrivée des animaux à Bamako. Alors que les autorités et les acteurs de la filière s’activent pour garantir l’approvisionnement, les moutons présents sur les marchés sont déjà proposés à des prix élevés.

Cette « situation impacte déjà les prix, parce que le peu d’animaux disponibles coûte cher », explique Zoumana Coulibaly, Secrétaire administratif de la Filière Bétail Viande du Mali. Selon lui, la fermeture de plusieurs marchés à bétail dans la capitale et dans certaines localités du pays rend difficile la collecte des animaux. Cette contrainte est aggravée par le coût du transport et l’insécurité sur les trajets, qui limitent les déplacements vers les zones de production.

Des prix hors de contrôle

Dans ce contexte, chaque vendeur répercute sur le prix des moutons les frais supportés pour leur acquisition. « Cette année, c’est très compliqué. Avant, je me déplaçais pour acheter les animaux dans les zones de production. Cette année, ce n’est pas possible », témoigne un vendeur. Des moutons cédés entre 125 000 et 150 000 francs CFA l’année dernière sont aujourd’hui proposés entre 200 000 et 250 000 francs.

Obligé d’acheter désormais ses moutons à Bamako, ce vendeur doit encore les engraisser avant la fête. Le sac de tourteaux, passé de 9 000 francs CFA l’année dernière à 19 000 francs cette année, illustre la pression sur les coûts. Les feuilles d’arachide, l’herbe séchée et les autres aliments utilisés pour l’entretien des animaux suivent la même tendance.

Malgré ces difficultés, des acteurs de la filière espèrent l’arrivée de nouvelles commandes dans les prochains jours. Les responsables attendent aussi les autorisations des mairies afin de permettre l’installation temporaire de vendeurs, notamment si la capitale est ravitaillée dans les tout derniers jours avant la fête avec des conditions sécuritaires jugées satisfaisantes.

L’opération de vente promotionnelle annoncée sous l’égide du ministère de l’Élevage doit également contribuer à approvisionner Bamako. Des inconnues demeurent toutefois sur les volumes disponibles et les prix qui seront réellement pratiqués pour une Tabaski très attendue par de très nombreuses familles maliennes. « C’est une crise sans précédent, mais dans une telle situation, chacun doit se surpasser », conclut M. Coulibaly.