Goïta–Poutine : un échange au cœur de la nouvelle stratégie régionale de Moscou

Assimi Goïta et Vladimir Poutine ont réaffirmé le 19 août leur coordination sécuritaire au Mali et dans le Sahel. Cet échange intervient deux jours après l’annonce d’un futur mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO.

La sécurité du Mali et la lutte contre le terrorisme ont dominé l’entretien téléphonique entre les deux dirigeants. Selon le Kremlin, Assimi Goïta a salué le soutien apporté par la Russie face aux attaques des groupes armés extrémistes. Les deux présidents sont convenus de poursuivre la coordination de leurs efforts pour favoriser la stabilité du Mali et de l’ensemble de la région saharo-sahélienne.
Les échanges ont également porté sur les principales questions de l’agenda bilatéral. Bamako et Moscou souhaitent renforcer leur dialogue politique et développer davantage leur coopération commerciale, économique et humanitaire. Le communiqué ne fait toutefois état ni d’un nouvel accord sécuritaire ni d’un déploiement ou d’une livraison supplémentaire d’équipements.
Outre son contenu, le calendrier de cet entretien retient l’attention. Le 17 août à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait annoncé la signature prochaine d’un mémorandum de coopération entre la Russie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La sécurité devrait faire partie des domaines couverts par ce texte, dont le contenu et la date de signature restent à préciser.
L’annonce avait été faite à l’issue d’une rencontre avec le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa. Lavrov avait également exprimé la disponibilité de la Russie à soutenir les efforts de rapprochement entre la CEDEAO et les pays de la Confédération des États du Sahel.
Élargissement
Ce projet de mémorandum révèle une diplomatie russe qui ne se limite plus à ses partenaires sahéliens. Depuis plusieurs années, Moscou a considérablement renforcé sa présence au Mali, au Burkina Faso et au Niger, notamment dans les domaines militaire, sécuritaire, énergétique et minier.
Cette coopération s’est progressivement structurée à l’échelle de l’AES. Lors des consultations ministérielles du 8 juillet 2026 à Niamey, la Russie a renouvelé son soutien à l’opérationnalisation de la Force unifiée de la Confédération. Les discussions ont porté sur l’acquisition d’équipements militaires, les formations adaptées et l’assistance technique, selon le gouvernement nigérien.
En préparant parallèlement un cadre de coopération avec la CEDEAO, Moscou cherche désormais à disposer de canaux institutionnels auprès des deux ensembles ouest-africains. La démarche intervient après le retrait formel du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025, sur fond de profondes divergences politiques.
Ce rapprochement avec la CEDEAO ne marque pas nécessairement une inflexion au détriment de l’AES. Il traduit plutôt une volonté russe d’étendre son influence aux États côtiers, eux aussi confrontés à la progression des groupes armés vers le nord du Bénin et du Togo ainsi qu’aux risques pesant sur leurs frontières.
La relation entre Moscou et l’organisation régionale avait d’ailleurs commencé à se dessiner avant l’annonce du 17 août. En décembre 2025 au Caire, Sergueï Lavrov avait rencontré le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray. Les discussions avaient déjà porté sur la paix, la sécurité régionale et la nécessité d’un dialogue pragmatique avec l’AES.
Équilibre
La Russie se retrouve ainsi dans une position singulière. Elle demeure l’un des principaux partenaires sécuritaires des trois pays sahéliens tout en proposant son accompagnement à une organisation avec laquelle leurs relations restent difficiles.
Cette position pourrait permettre à Moscou de faciliter certains échanges, notamment sur la circulation des personnes et des marchandises, le partage d’informations ou la lutte contre des groupes armés qui opèrent au-delà des frontières. Elle ne suffit cependant pas à faire de la Russie un médiateur reconnu. Une telle fonction supposerait une demande ou, au minimum, l’adhésion publique de la CEDEAO et de l’AES.
Pour autant, l’entretien entre Assimi Goïta et Vladimir Poutine constitue surtout une réaffirmation de la solidité du partenariat russo-malien. La proximité entre l’appel et l’annonce concernant la CEDEAO mérite d’être relevée, mais elle ne permet pas d’établir que les deux événements sont directement liés ou que le projet de mémorandum a été abordé par les deux présidents.
Les prochaines étapes permettront de mesurer la portée réelle de cette stratégie. Le mémorandum Russie–CEDEAO reste à signer et ses mécanismes sécuritaires ne sont pas encore connus. Le troisième Sommet Russie–Afrique, programmé les 28 et 29 octobre à Moscou, pourrait apporter de nouvelles précisions sur la manière dont la Russie entend articuler ses partenariats avec l’AES, la CEDEAO et l’Union africaine.
Massiré Diop

18 août 2020 – 18 août 2026 Six ans après, ce que la transition a changé

Le 18 août 2020, un coup d’État mettait fin au second mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta et ouvrait une transition annoncée pour dix-huit mois. Six ans plus tard, le Mali a changé de Constitution, d’alliances, de cadre sécuritaire et de système politique, tandis que le retour à des institutions élues reste sans calendrier.

La chute d’IBK avait été précédée par plusieurs mois de contestation. Le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques mobilisait contre les résultats contestés des élections législatives, la corruption, les difficultés économiques et la dégradation de la sécurité. Le 18 août 2020, des militaires partis de Kati avaient arrêté le chef de l’État et son Premier ministre, Boubou Cissé. Dans la nuit, Ibrahim Boubacar Keïta avait annoncé sa démission ainsi que la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale.
Les militaires avaient ensuite constitué le Comité national pour le salut du peuple, présidé par le colonel Assimi Goïta. Sous la pression de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, Bah N’Daw, colonel-major à la retraite et ancien ministre de la Défense, avait été désigné président de la Transition. Il avait prêté serment le 25 septembre 2020 avec Assimi Goïta comme vice-président. La période transitoire devait durer dix-huit mois et conduire à des élections nationales en février 2022.
Cette première organisation a pris fin le 24 mai 2021. Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane avaient été arrêtés quelques heures après la formation d’un gouvernement qui écartait deux officiers influents du pouvoir. La Cour constitutionnelle a déclaré Assimi Goïta président de la Transition le 28 mai. Il a prêté serment le 7 juin et nommé Choguel Kokalla Maïga à la Primature.
L’échéance de février 2022 n’a pas été respectée. Après des sanctions économiques et financières imposées par la CEDEAO, un décret du 6 juin 2022 a fixé une nouvelle durée de 24 mois à compter du 26 mars 2022. Le retour à un pouvoir élu devait ainsi intervenir en mars 2024. L’élection présidentielle programmée en février 2024 a été reportée en septembre 2023 pour des raisons techniques, sans qu’une nouvelle date soit arrêtée.
La refondation institutionnelle constitue l’une des principales réalisations revendiquées par les autorités. Une nouvelle Constitution a été adoptée par référendum le 18 juin 2023, puis promulguée le 22 juillet. Elle reconnaît les langues nationales comme langues officielles, maintient le français comme langue de travail, prévoit un Parlement composé d’une Assemblée nationale et d’un Sénat et crée une Cour des comptes distincte de la Cour suprême.
Le texte modifie surtout l’organisation du pouvoir exécutif. Son article 44 dispose que le président de la République détermine la politique de la Nation. Il nomme le Premier ministre, met fin à ses fonctions, désigne les ministres, préside le Conseil des ministres et peut dissoudre l’Assemblée nationale. Il demeure chef suprême des forces armées et président du Conseil supérieur de la magistrature. Le gouvernement conduit la politique définie par le chef de l’État.
Les institutions élues prévues par cette Constitution restent à installer. Le Conseil national de Transition continue d’exercer la fonction législative. Ses membres ont été désignés et son président, le général Malick Diaw, appartient au groupe d’officiers ayant dirigé le renversement d’août 2020. Les mandats électifs nationaux n’ont pas été renouvelés depuis le changement de pouvoir.
L’espace politique a également connu une transformation profonde. Les activités des partis avaient été suspendues en avril 2024, avant d’être autorisées de nouveau trois mois plus tard. Le 13 mai 2025, un décret a dissous l’ensemble des partis et organisations à caractère politique, après des consultations nationales boycottées par les principales formations. Leurs réunions et leurs activités ont depuis perdu leur cadre légal.
En juillet 2025, la Charte révisée a fixé la durée de la Transition à cinq ans à compter de 2025, sous la présidence du général Assimi Goïta. Cette période peut être renouvelée « autant de fois que nécessaire » jusqu’à la pacification du pays. Le texte autorise aussi le président de la Transition à se présenter aux futures élections. La Constitution limite pourtant à deux le nombre de mandats d’un président élu au suffrage universel. La durée réelle de la transition dépend désormais d’une notion de pacification qui n’est assortie d’aucun calendrier électoral public.
Souveraineté
La politique extérieure a connu une rupture comparable. Les derniers soldats de l’opération française Barkhane ont quitté le Mali en août 2022. À la demande de Bamako, le Conseil de sécurité des Nations unies a mis fin au mandat de la MINUSMA en juin 2023. Le retrait de cette mission, présente depuis dix ans et dont l’effectif autorisé dépassait 13 000 militaires et 1 900 policiers, s’est achevé le 31 décembre de la même année. La mission militaire de formation de l’Union européenne a pris fin en mai 2024.
Dans le même temps, Bamako a renforcé sa coopération militaire officielle avec Moscou. À partir de 2021, les autorités maliennes ont présenté le personnel russe déployé dans le pays comme des instructeurs intervenant dans le cadre d’accords bilatéraux et ont toujours démenti avoir fait appel au groupe Wagner. Après l’annonce du départ de cette organisation en juin 2025, l’appui russe s’est poursuivi sous une forme ouvertement étatique avec l’Africa Corps, une structure créée et contrôlée par le ministère russe de la Défense, désormais engagée publiquement aux côtés des FAMa. Cette coopération a accompagné le développement des capacités aériennes, l’acquisition de drones et l’intensification des opérations terrestres.
Le 14 novembre 2023, les FAMa et leurs partenaires russes avaient repris Kidal, que l’État ne contrôlait plus réellement depuis 2014. Cette reconquête avait été présentée comme le rétablissement de la souveraineté sur l’ensemble des capitales régionales. Deux mois plus tard, le gouvernement a mis fin à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015 avec les groupes armés du Nord. Les autorités accusaient certains signataires de ne plus respecter leurs engagements et l’Algérie, médiatrice du processus, d’actes hostiles. La décision a été annoncée le 25 janvier 2024.
Le Mali s’est parallèlement rapproché du Burkina Faso et du Niger. Les trois pays ont signé la Charte du Liptako-Gourma le 16 septembre 2023, donnant naissance à l’Alliance des États du Sahel. Ils ont créé une confédération le 6 juillet 2024 et quitté officiellement la CEDEAO le 29 janvier 2025. Un passeport commun a été mis en circulation. Une Force unifiée, initialement annoncée à 5 000 militaires, a ensuite été officiellement lancée, mais sa montée en puissance reste progressive.
La Banque confédérale d’investissement et de développement a également vu le jour avec un capital annoncé de 500 milliards de FCFA. Son opérationnalisation demande encore la libération complète du capital, la mise en place de ses équipes et le démarrage des premiers financements.
Le repositionnement diplomatique s’est aussi traduit par une prise de distance avec plusieurs cadres multilatéraux. Le Mali a officiellement quitté l’Organisation internationale de la Francophonie en mars 2025, puis annoncé avec le Burkina Faso et le Niger, en septembre, son retrait de la Cour pénale internationale. Ce retrait doit prendre effet un an après sa notification et restera sans incidence sur les procédures déjà engagées.
Les relations avec l’Algérie, fortement dégradées après la dénonciation de l’Accord d’Alger et la crise provoquée par la destruction d’un drone malien, ont amorcé une normalisation le 10 juillet 2026 avec le retour des ambassadeurs et la réouverture réciproque des espaces aériens. Parallèlement, Bamako a resserré ses liens avec Rabat, comme l’illustrent les 21 accords signés le 24 juillet 2026 et l’engagement du Mali en faveur de l’initiative marocaine destinée à faciliter l’accès des États du Sahel à l’Atlantique.
Sécurité
La sécurité reste le premier critère d’évaluation du pouvoir né en août 2020. L’armée dispose aujourd’hui de moyens aériens, de drones, de blindés et d’unités d’intervention bien supérieurs à ceux du début de la transition. Elle opère avec un soutien russe après le départ des forces françaises, des missions européennes et de la MINUSMA.
Ces acquis territoriaux ont toutefois été fortement éprouvés par les attaques coordonnées des 25 et 26 avril 2026. À Kidal, reprise par l’armée en novembre 2023, les combats ont été suivis d’un redéploiement des FAMa, tandis que l’Africa Corps a annoncé, le 27 avril, le retrait de ses unités de la ville. Des mouvements similaires ont ensuite été signalés à Tessalit et à Aguelhok. Des attaques ont également touché Kati, Bamako, Gao, Mopti, Sévaré et plusieurs emprises militaires.
La pression s’est aussi étendue vers l’ouest. Kayes, Nioro, Diboli, Sandaré et d’autres localités ont été attaquées depuis 2025. Des axes de ravitaillement, des convois de carburant et des zones minières sont devenus des cibles. Cette progression a obligé l’armée à renforcer ses escortes et à ouvrir plusieurs opérations autour des corridors économiques.
L’état-major revendique de son côté des résultats importants. Lors d’un point de presse tenu le 11 août 2026, le colonel-major Bakary Bocar Maïga a annoncé la neutralisation de 1 850 membres de groupes armés et la destruction de 45 bases durant les mois de juin et juillet.
Les indicateurs indépendants décrivent pourtant une violence plus étendue qu’en 2020. Le Centre d’études stratégiques de l’Afrique estime, à partir des données de l’ACLED, que le nombre annuel de morts liés aux groupes islamistes armés a triplé depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Pour 2026, les organisations humanitaires évaluent à 5,1 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance au Mali, soit environ un habitant sur cinq.
Résultats
L’économie a résisté aux sanctions, à la baisse de l’aide extérieure et à l’insécurité. La Banque mondiale estime la croissance à 4,9 % en 2025 et prévoit une moyenne proche de 5 % en 2026 et 2027, grâce à l’agriculture, aux services, aux télécommunications et au démarrage de la production de lithium. Le Fonds monétaire international a achevé, le 18 mars 2026, la deuxième et dernière revue du programme suivi par ses services au Mali, en relevant le respect de la plupart des objectifs quantitatifs et des réformes convenues.
La réforme minière constitue l’un des changements économiques les plus visibles. Le Code adopté en 2023 a augmenté la participation de l’État et des investisseurs nationaux dans les nouveaux projets. Le gouvernement affirme avoir récupéré 761 milliards de FCFA d’arriérés auprès des compagnies minières. Un fonds alimenté par les contributions du secteur avait mobilisé 109,14 milliards de FCFA au 30 juin 2026 pour de futurs investissements dans l’énergie, l’eau et les transports.
Cette politique a aussi provoqué de longues négociations avec plusieurs exploitants. La production industrielle d’or est tombée de 54,8 tonnes en 2024 à 42,2 tonnes en 2025, soit une baisse de 22,9 %. Le ministère des Mines prévoit 43,2 tonnes en 2026. Le retour à une production normale et la transformation des recettes récupérées en infrastructures détermineront la portée réelle de la réforme.
Les indicateurs sociaux demeurent plus difficiles. La Banque mondiale estime que 235 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail et situe la pauvreté à 36,4 % de la population en 2025. Les coupures d’électricité, les perturbations du carburant et l’insécurité sur les routes pèsent sur les entreprises et les ménages, malgré le retour d’une croissance proche de 5 %.
Le Mali du 18 août 2026 n’est certes plus celui d’IBK. L’armée a été rééquipée, une nouvelle Constitution a été adoptée, le retrait des forces françaises et de la MINUSMA a accompagné le renforcement de la coopération militaire avec la Russie, tandis que l’AES a redéfini l’ancrage régional du pays. La réforme minière a accru la part revenant à l’État dans les nouveaux projets et le pouvoir présidentiel s’est considérablement renforcé.
La transition n’a toutefois pas encore atteint les objectifs qui devaient marquer sa fin. Le pays reste confronté à une insécurité étendue, les institutions prévues par la Constitution attendent leurs élections et les partis politiques ont disparu du cadre légal. Six ans après la chute d’IBK, la question n’est plus seulement de savoir ce que la transition a changé. Elle porte désormais sur les conditions concrètes dans lesquelles le Mali retrouvera des institutions élues, sans perdre les transformations engagées depuis 2020.
Massiré Diop

CEDEAO – AES : Les contours d’une coexistence régionale

À quelques jours du sommet du 19 juillet à Lungi, en Sierra Leone, les contacts entre l’AES, l’Union africaine et la Russie redessinent les rapports régionaux. Libre circulation, commerce et sécurité deviennent les terrains concrets d’une coexistence encore provisoire.

Cette 69ème session demeure un rendez-vous interne à la CEDEAO. Aucune rencontre officielle avec l’AES n’est annoncée. Le programme rendu public met en avant la paix, la gouvernance, le commerce et l’intégration, des dossiers liés aux rapports avec les voisins sahéliens.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la Communauté le 29 janvier 2025. Pour prévenir une rupture, la CEDEAO a maintenu, « jusqu’à nouvel ordre », la reconnaissance des passeports, la circulation sans visa, les droits de résidence et d’établissement et le régime préférentiel des biens et services.

Le sommet suit plusieurs gestes diplomatiques récents. Les ministres de l’AES ont reçu Sergueï Lavrov à Niamey, Bamako et Alger ont rétabli leurs ambassadeurs et rouvert leurs espaces aériens, puis Mahmoud Ali Youssouf de l’UA a effectué une visite au Mali les 12 et 13 juillet.

Dégel

D’ailleurs, le communiqué Russie – AES du 8 juillet saluait la « dynamique positive du dialogue » avec la CEDEAO et l’Union africaine. Moscou confirmait aussi son soutien militaire et diplomatique à la Confédération. Toutefois, le partenariat russe n’exclut pas la reprise des contacts africains.

À Bamako, Mahmoud Ali Youssouf a qualifié ses échanges de « francs, approfondis et constructifs ». À sa sortie d’audience avec le chef de l’État, il a reconnu l’AES comme « une réalité du paysage régional » et plaidé pour le dialogue, le bon voisinage et une réponse collective au terrorisme.

Le dégel entre le Mali et l’Algérie complète ce tableau. Pour l’heure, aucun élément public n’établit une médiation russe. Le retour des canaux facilite les consultations, mais le contentieux du drone abattu et les divergences sur les groupes armés demeurent.

Passerelles

L’AES a déclaré son territoire sans visa pour les ressortissants de la CEDEAO et leur reconnaît les droits d’entrée, de circulation, de résidence et d’établissement. Ces décisions réciproques ont limité les perturbations, sans constituer encore un accord commun durable.

Pour les voyageurs et les opérateurs, les incertitudes concernent les contrôles, les assurances, les diplômes, la protection sociale, les titres de séjour et les documents de l’AES. Des réglementations divergentes compliqueraient des pratiques jusque-là encadrées par les protocoles communautaires.

L’économie impose aussi des passerelles. Les pays de l’AES, sans accès maritime, dépendent des corridors vers les ports côtiers. Les États littoraux profitent du transit et des débouchés sahéliens. Des écarts tarifaires ou douaniers augmenteraient les délais, les coûts de transport et les prix.

Sécurité

La coopération sécuritaire constitue le dossier le plus urgent. Groupes armés, trafics et réseaux criminels franchissent les frontières entre le Sahel et les pays côtiers. Le renseignement, les alertes précoces et la coordination locale restent nécessaires, malgré des doctrines militaires et des partenariats extérieurs différents.

Pourtant, la confiance politique demeure fragile. Les sanctions, la menace d’intervention militaire au Niger et les désaccords sur les transitions ont laissé des contentieux. Les autorités sahéliennes placent l’égalité souveraine, la non-ingérence et la reconnaissance de leur Confédération au centre de leurs relations extérieures.

Le dialogue ne possède pas encore de cadre conjoint stabilisé. En juin, des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger se sont réunis à Ouagadougou pour préparer une position commune avant de futures consultations avec la CEDEAO sur la sécurité, le commerce et la stabilité régionale.

Horizon

Lungi peut préciser la position des Douze et leur mandat pour les négociations futures. Des interlocuteurs désignés, un calendrier et des groupes techniques permettraient de passer des mesures unilatérales à des arrangements négociés sur la circulation, les échanges et la sécurité transfrontalière.

Les limites restent visibles. Le programme public du sommet ne garantit aucune décision spécifique sur l’AES. La visite de Mahmoud Ali Youssouf n’a été accompagnée d’aucune annonce levant la suspension du Mali par l’Union africaine. Le rapprochement entre Bamako et Alger a rétabli le dialogue sans régler les différends.

La recomposition régionale se joue moins dans un retour à l’ancienne CEDEAO que dans l’organisation d’une coexistence prévisible. Son contenu se mesurera aux garanties offertes aux citoyens, aux commerçants et aux transporteurs, ainsi qu’à la capacité des institutions séparées à coopérer face aux menaces communes, dans un cadre clairement défini et durable.

Burkina Faso : L’épargne de la diaspora finance les grands projets

Le premier « Diaspora Bond » burkinabè a mobilisé 151,5 milliards de francs CFA en un mois, dépassant nettement l’objectif fixé. L’opération transforme l’épargne des ressortissants établis à l’étranger et des investisseurs nationaux en ressources destinées à l’industrie, aux mines et aux infrastructures.

« L’Emprunt patriote » ne repose pas sur un don. Chaque souscripteur acquiert une obligation de l’État, rémunérée puis remboursée selon un calendrier établi. Lancée le 6 mai 2026, l’émission proposait des titres de 10 000 francs CFA, avec deux formules : 6,75% sur cinq ans et 6,85% sur sept ans. Les revenus sont exonérés d’impôts et le capital est amorti de manière constante. La souscription passait par une société de gestion et d’intermédiation.

Cette première phase visait 125 milliards de francs CFA sur un programme pluriannuel de 240 milliards. À sa clôture, le 6 juin, elle avait recueilli 151,5 milliards, soit 26,5 milliards de plus que prévu. Les ambassades, les consulats, une plateforme numérique et les intermédiaires financiers ont accompagné la mobilisation.

La documentation initiale annonçait notamment une zone franche agro-industrielle et la centrale hydroélectrique de Bagré Aval. Une usine d’engrais, des routes, des équipements énergétiques, des unités de valorisation des déchets et des logements sociaux figuraient aussi parmi les projets présentés.

Affectations

Le 6 juillet, le gouvernement a signé quatre conventions représentant 85 milliards de francs CFA. Quinze milliards doivent renforcer CIM Sahel, 30 milliards financer une nouvelle unité de SN BRAFASO à Bobo-Dioulasso et 40 milliards soutenir, par l’intermédiaire de la SOPAMIB, la relance des mines de Perkoa et de Taparko.

Le mécanisme convertit ainsi une partie de l’épargne disponible en financement à long terme. À la différence d’un transfert familial, l’argent est placé dans un instrument financier : l’État emprunte, le souscripteur devient créancier et perçoit un rendement en contrepartie du risque pris. Cette architecture peut réduire la dépendance à certains financements extérieurs, sans supprimer l’obligation de rembourser.

Le résultat constitue un succès de mobilisation, désormais suivi d’une première affectation. Il ne mesure encore ni l’exécution des conventions, ni les capacités industrielles créées, ni les emplois générés. L’impact productif se lira dans l’avancement des projets, la traçabilité des décaissements, la publication des résultats et le respect des échéances dues aux souscripteurs. Il faudra aussi préciser comment les 66,5 milliards restants seront engagés et articulés avec les projets initialement annoncés au public, de manière transparente.

Mohamed Kenouvi

Confédération AES : Deux ans après, l’heure du concret

Vingt-quatre mois après sa création officielle, la Confédération des États du Sahel poursuit sa structuration autour de trois priorités : défense, diplomatie et développement. Si plusieurs réalisations marquent son parcours, les ambitions affichées sont confrontées à des défis institutionnels, sécuritaires et économiques.

Née le 6 juillet 2024 à Niamey de la volonté du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la Confédération AES célèbre son deuxième anniversaire dans un contexte où ses dirigeants revendiquent une coopération renforcée. Créée moins d’un an après l’Alliance des États du Sahel, fondée le 16 septembre 2023 face aux défis sécuritaires, elle entend dépasser l’alliance de défense pour bâtir un espace d’intégration politique, économique et diplomatique.

À l’occasion de cette commémoration, le Président en exercice, le Capitaine Ibrahim Traoré, a salué « une étape décisive » dans l’histoire des trois États membres. « Deux années plus tard, cette date est devenue bien plus qu’un anniversaire institutionnel. Elle symbolise désormais l’espérance d’une renaissance africaine », a-t-il déclaré le 5 juillet 2026 aux populations du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Une intégration qui prend forme

En deux ans, la Confédération s’est dotée de ses premiers instruments communs. Après une première année sous la présidence du Général d’armée Assimi Goïta, le Capitaine Ibrahim Traoré a pris le relais en décembre 2025 avec une feuille de route axée sur la consolidation des acquis.

Sur le plan sécuritaire, les trois États ont poursuivi le rapprochement de leurs forces armées, à travers des opérations coordonnées contre les groupes armés terroristes. La Force unifiée de l’AES, composée d’environ 5 000 militaires, s’inscrit dans cette mutualisation des moyens, du renseignement et de la coopération transfrontalière.

Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, l’une des avancées majeures réside dans cette coopération militaire intégrée. « On a domestiqué la formation des États-majors. Les Écoles de guerre sont désormais créées chez nous, avec des formations adaptées à nos réalités. À cela s’ajoutent la mutualisation des équipements et des renseignements et une confiance accrue entre les armées », souligne-t-il. Selon lui, « l’AES, en termes militaire et sécuritaire, a obtenu plus que l’intégration des peuples ».

Parallèlement au volet sécuritaire, la coopération s’est élargie aux domaines diplomatique et économique. Les trois pays ont multiplié les positions communes, tout en poursuivant la mise en place d’outils d’intégration comme le passeport confédéral, la Banque confédérale d’investissement et de développement ou une chaîne de télévision et une radio communes.

Mais la structuration institutionnelle reste incomplète. Le Collège des chefs d’État et le Conseil des ministres confédéral constituent les principaux cadres de décision, tandis qu’un Parlement confédéral est en gestation. En revanche, l’AES ne dispose pas encore d’un Secrétariat général confédéral clairement visible et opérationnel. Or cette structure est l’épine dorsale d’une organisation régionale. Elle assure la mémoire institutionnelle, le suivi des décisions, la conservation des actes, la coordination technique et la continuité administrative au-delà des présidences tournantes.

Sans cet outil permanent, la Confédération risque de dépendre surtout de l’impulsion politique des chefs d’État et des réunions ministérielles. L’intégration se mesure aussi à la capacité de transformer les décisions en programmes suivis, documentés et évalués.

Des ambitions à concrétiser

Pour l’économiste Abdoulaye N’Tigui Konaré, ces deux premières années ont surtout permis de poser les fondements d’un projet d’intégration. « Les orientations affichées sont ambitieuses et répondent à des préoccupations réelles de souveraineté et de développement. Toutefois, le véritable succès se mesurera à travers des résultats concrets comme l’augmentation des échanges intra-AES, la création d’emplois, l’amélioration de la production industrielle et agricole ou encore la progression des investissements », analyse-t-il.

À ses yeux, la priorité consiste maintenant à transformer la volonté politique en performances économiques durables. Les défis concernent le financement des projets, la sécurité, les infrastructures communes, l’harmonisation des réglementations, la facilitation des échanges commerciaux et le maintien d’un dialogue constructif avec les partenaires régionaux et internationaux.

Deux ans après sa création, la Confédération AES entre dans une phase plus exigeante. Après le temps de l’affirmation politique et les premiers outils communs, l’enjeu est de donner un contenu concret à l’intégration annoncée, avec des résultats visibles sur la sécurité, l’économie, les institutions et les conditions de vie des populations.

Mohamed Kenouvi

AES – CEDEAO : Le dialogue se prépare

Les futures négociations entre la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) prennent forme. Si leur calendrier reste inconnu, les initiatives engagées de part et d’autre montrent que les deux organisations préparent déjà leur dialogue.

Les préparatifs des futures négociations entre la Confédération AES et la CEDEAO franchissent une nouvelle étape. Après les premières consultations engagées entre les deux organisations, l’AES s’est dotée le 26 juin 2026 d’un document-cadre stratégique destiné à servir de référence commune lors des discussions à venir.

Élaboré à l’issue d’un atelier ayant réuni à Ouagadougou des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ce document vise notamment à harmoniser les positions des trois États, à identifier leurs intérêts stratégiques et à préparer un argumentaire commun. Il doit permettre à la Confédération d’aborder les futures discussions avec une position unifiée, tout en préservant les acquis jugés essentiels, notamment en matière de libre circulation, de développement, d’infrastructures et de sécurité.

Cette démarche s’inscrit dans le prolongement des premières consultations officielles engagées entre l’AES et la CEDEAO. En mai 2025, les deux parties avaient convenu d’un cadre général devant régir leurs futurs échanges, avant que les chefs d’État de la Confédération n’en approuvent les conclusions quelques mois plus tard, en décembre 2025, à Bamako.

Dans la continuité de ce processus, la CEDEAO a désigné le 25 mars dernier l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme Négociateur en chef chargé de conduire les discussions avec l’AES. Deux mois plus tard, il s’est rendu à Ouagadougou, où il a été reçu par le Président burkinabè, le Capitaine Ibrahim Traoré, dans le cadre de cette mission. Une démarche qui témoigne elle aussi de la volonté de l’organisation sous-régionale de préparer les futures négociations avec la Confédération.

Une position commune avant le dialogue

Pour le spécialiste des relations internationales Dr Oumar Sidibé, le document-cadre stratégique de l’AES marque une évolution dans la stratégie de la Confédération. « Il cherche à préserver les acquis fonctionnels, comme la libre circulation ou les échanges, alors même que la rupture politique est considérée comme acquise », résume-t-il.

À ses yeux, cette démarche traduit surtout la volonté de l’AES de transformer son projet politique en une stratégie diplomatique structurée. « On peut quitter une organisation sans quitter une région », observe-t-il, estimant que la Confédération cherche à organiser ses relations avec la CEDEAO plutôt qu’à remettre en cause son départ.

L’expert insiste également sur l’importance d’une position commune avant toute négociation. « Trois États font face à un bloc de douze. Une position harmonisée évite les approches dispersées et donne davantage de poids à la Confédération », explique-t-il. Au-delà de l’aspect stratégique, cette démarche contribue aussi, selon lui, à consolider l’AES comme un acteur régional capable de parler d’une seule voix.

Des défis avant l’ouverture des discussions

Si les discussions devraient, dans un premier temps, porter sur des questions techniques et pratiques, leur déroulement dépendra aussi de la capacité des deux organisations à dépasser les différends hérités de leur séparation.

« En apparence, la négociation sera technique. En réalité, elle reste marquée par un désaccord sur la légitimité », analyse Dr Oumar Sidibé, en référence aux tensions nées des sanctions imposées par la CEDEAO et aux trajectoires politiques suivies par les États de l’AES.

Le spécialiste évoque également la nécessité de restaurer la confiance entre les deux parties, mais aussi de trouver des solutions durables à plusieurs questions concrètes, notamment la reconnaissance mutuelle des documents de voyage, afin de préserver la libre circulation des personnes. À cela s’ajoutent les enjeux liés à la coopération sécuritaire et aux questions monétaires, qui pourraient également influencer le climat des discussions.

Les négociations ne sont donc pas encore ouvertes, mais leur préparation s’organise des deux côtés. Les démarches entreprises ces derniers mois montrent que l’AES et la CEDEAO sont désormais entrées dans une phase où il s’agit moins de revenir sur la rupture que de définir les contours de leurs futures relations.

Mohamed Kenouvi

Deux et trois roues : Un encadrement renforcé en Afrique de l’Ouest

Du Sénégal à la Côte d’Ivoire, en passant par le Niger et le Burkina Faso, plusieurs pays ouest-africains ont renforcé ces dernières années l’encadrement des deux et trois roues. Une évolution qui traduit la volonté des États de mieux suivre un parc en pleine expansion.

Les motos occupent aujourd’hui une place centrale dans les déplacements quotidiens à travers l’Afrique de l’Ouest. Face à leur multiplication, plusieurs États ont engagé des réformes destinées à mieux identifier les engins en circulation et leurs propriétaires.

Au Sénégal, cette volonté s’est traduite, début 2025, par une vaste campagne de régularisation des deux-roues motorisés. Les propriétaires ont été invités à obtenir les documents nécessaires et à faire immatriculer leurs engins, sous peine de sanctions. Face à l’affluence, les délais accordés aux usagers ont même été prolongés afin de permettre au plus grand nombre de se conformer aux exigences réglementaires.

Du côté du Niger, les autorités nationales ont également renforcé les contrôles des engins circulant sans plaque ou sans documents réglementaires. Cette politique s’accompagne, depuis le 22 octobre 2024, de mesures destinées à faciliter les démarches administratives et à encourager la mise en règle des propriétaires.

Même logique d’encadrement

Le Burkina Faso s’inscrit lui aussi dans cette dynamique. Si l’immatriculation des motos y est obligatoire depuis plusieurs années, le gouvernement a renforcé depuis novembre dernier les mécanismes d’identification des engins. Les vendeurs sont notamment tenus d’accomplir certaines formalités administratives avant la remise des motos à leurs acquéreurs, limitant ainsi les risques de circulation sans identification.

Sur le littoral ouest-africain, la Côte d’Ivoire poursuit des objectifs similaires. Les motos doivent être enregistrées et disposer de documents permettant d’identifier clairement leurs propriétaires. Cette politique accompagne les efforts de formalisation d’un secteur en pleine croissance, notamment dans les grandes villes, où les deux-roues occupent une place croissante dans les activités de transport et de livraison.

D’un pays à l’autre, les modalités diffèrent, mais les objectifs poursuivis restent largement les mêmes. Les États cherchent à mieux connaître leur parc roulant, à faciliter l’identification des propriétaires en cas de vol ou d’infraction et à renforcer le suivi administratif d’un secteur longtemps marqué par l’informel.

À mesure que les motos et tricycles s’imposent dans les économies ouest-africaines, leur encadrement apparaît de plus en plus comme un enjeu de gouvernance, de mobilité et de modernisation des services publics.

Mohamed Kenouvi 

Grosses cylindrées : les autorités resserrent l’étau hors des agglomérations

La circulation des motos de 125 cm³ et plus est désormais suspendue hors des grandes agglomérations. En parallèle, l’importation, la vente, le transit et la distribution de ces engins sont gelés pour un an renouvelable.

Les motocyclettes de 125 cm³ et plus ne pourront plus circuler librement en dehors des grands centres urbains. La décision, prise par arrêté interministériel le 3 juin 2026, s’inscrit dans le dispositif de sécurisation engagé dans le cadre de l’opération « Dougoukoloko ».
La restriction concerne l’ensemble du territoire national, à l’exception du District de Bamako, des chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement. Les représentants de l’État au niveau régional peuvent toutefois étendre la mesure à certains chefs-lieux, lorsque la situation sécuritaire l’exige.
Les forces chargées de l’application du texte sont les commandants des théâtres d’opération, la Police nationale et la Gendarmerie nationale. Les autorités cherchent ainsi à réduire les déplacements suspects sur les pistes rurales, les zones de brousse et les axes secondaires, où les contrôles restent plus difficiles.
Une autre décision complète ce dispositif. Elle suspend pour un an renouvelable l’importation, le transit, la commercialisation, la vente et la distribution gratuite des motos de 125 cm³ et plus, ainsi que de leurs accessoires. Les commerçants disposant de stocks ou de commandes en cours doivent les déclarer dans un délai de 90 jours auprès des services compétents. Les engins non déclarés peuvent être saisis.
Cette double mesure intervient dans un climat sécuritaire tendu, après les attaques coordonnées du 25 avril 2026 contre plusieurs localités et positions stratégiques, notamment Bamako, Kati, Gao, Sévaré, Mopti et Kidal. Ces attaques ont remis au premier plan la question de la mobilité des groupes armés, qui utilisent les motos pour se déplacer rapidement, contourner les postes de contrôle, mener des reconnaissances et se replier après des opérations.
Dans le Sahel, la moto est devenue un outil central des conflits. Peu coûteuse, robuste, facile à réparer et adaptée aux pistes, elle permet à de petits groupes de parcourir de longues distances avec peu de carburant. Les mêmes qualités qui en font un moyen de transport indispensable pour les populations rurales en font aussi un instrument recherché par les groupes armés.
Cette réalité complique l’application de la mesure. Dans de nombreuses localités, la moto sert à aller au champ, rejoindre un marché, transporter un malade, acheminer des marchandises ou assurer de petits services entre villages. Plus de la moitié de la population vit encore en milieu rural, selon les données de la Banque mondiale, dans un pays où les distances, l’état des routes et la rareté des transports publics rendent les deux-roues difficiles à remplacer.
Les restrictions de motos ne sont pas nouvelles dans la région. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger et d’autres pays confrontés à l’insécurité ont déjà utilisé des interdictions de circulation, des couvre-feux ou des limitations par type d’engin pour freiner les mouvements des groupes armés. Les résultats restent toutefois liés à la capacité des forces de sécurité à contrôler les axes, surveiller les marchés, suivre les stocks et éviter les contournements.
L’enjeu sera donc autant sécuritaire que social. Les autorités devront concilier la nécessité de couper les moyens de mobilité des groupes armés avec les besoins quotidiens des populations, notamment dans les zones rurales et périurbaines. Dans un contexte humanitaire déjà fragile, où 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance en 2026, toute restriction de mouvement peut avoir des effets directs sur l’accès aux services, aux marchés et aux moyens de subsistance.
La mesure ouvre aussi une phase de surveillance économique. L’arrêt de l’importation et de la vente des grosses cylindrées pourrait modifier les circuits commerciaux, renchérir certaines pièces et favoriser des marchés parallèles si les contrôles ne sont pas stricts. Les mécaniciens, revendeurs et usagers devront désormais s’adapter à un cadre plus contraignant.
Pour les autorités, l’objectif immédiat est de réduire la liberté de mouvement des assaillants dans les zones hors agglomérations. Son efficacité dépendra de la coordination entre les forces de sécurité, les autorités administratives, les commerçants et les communautés locales, mais aussi de la clarté des exemptions pour les urgences, les services publics et les activités économiques essentielles.

La mer et le désert : Pourquoi Côte d’Ivoire, Bénin et Togo doivent impérativement s’allier avec les États du Sahel

Depuis plusieurs années, la menace djihadiste ne connaît plus les frontières artificielles héritées de la colonisation. Ce qui n’était autrefois qu’un conflit lointain, cantonné aux sables du Sahel central, a désormais atteint les côtes atlantiques du Golfe de Guinée. Aujourd’hui, les Nord du Bénin et du Togo sont devenus de véritables champs de bataille, tandis que la Côte d’Ivoire vit sous la pression constante d’une menace rampante. La porosité des frontières entre le Sahel et les pays côtiers impose une conclusion brutale : aucune nation ne peut faire face seule à ce fléau. Une nouvelle architecture de coopération régionale, dépassant les clivages politiques actuels, est devenue une nécessité vitale.

Une marée noire venue du désert

Longtemps considéré comme un problème exclusivement sahélien, le terrorisme a opéré une lente mais inexorable « descente » vers le Sud. Cette extension de la menace vers les pays côtiers du Golfe de Guinée est désormais une réalité documentée. Au cœur de cette expansion se trouve le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (Jnim), la principale filiale d’Al-Qaïda au Sahel. Créé au Mali en 2017, le groupe a étendu ses opérations au Burkina Faso et au Niger avant de viser, à partir de 2019, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo.

La situation au Togo et au Bénin est particulièrement alarmante. Les deux pays subissent des attaques quasi sans discontinuité depuis plusieurs années. Rien que depuis janvier 2025, au moins 62 personnes (54 civils et 8 militaires) ont été tuées dans une quinzaine d’attaques djihadistes dans le seul nord du Togo, selon une déclaration du ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey.

Pour le Bénin, le constat est tout aussi sombre. Estimé à 575 morts en 2025, le nombre de victimes a été multiplié par sept depuis les premiers attentats en 2019. Ces groupes armés, agiles et provenant des pays sahéliens voisins, infligent de lourdes pertes et s’emparent régulièrement de matériel militaire.

Bien que plus épargnée en apparence, la Côte d’Ivoire n’est pas à l’abri. Des régions entières du nord du pays, en raison de leur porosité frontalière avec le Burkina Faso et le Mali, sont infiltrées par des cellules terroristes. L’efficacité des mesures militaires, sécuritaires et socio-économiques mises en place explique en partie cette accalmie relative, mais elle ne saurait masquer la persistance d’une menace silencieuse. La menace est réelle, collective, et ne peut être contenue que par une action commune.

L’Alliance des États du Sahel (AES) : un partenaire incontournable

Pour faire face à cette menace transnationale, la réponse sécuritaire doit provenir des pays de première ligne que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois États, aujourd’hui regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) transformée en confédération, sont en première ligne contre les groupes djihadistes. Créée en septembre 2023 comme un pacte de défense mutuelle, l’AES a franchi une étape majeure en lançant officiellement une Force unifiée (FU-AES).

Composée de 5 000 soldats des trois pays, cette force multinationale vise à coordonner les armées et à lutter conjointement contre les groupes armés sur l’ensemble de l’espace sahélien. L’objectif affiché est de mener des opérations régulières et permanentes sur le terrain pour ne laisser « pas un seul centimètre aux terroristes ». Pour la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo, cette force unifiée représente un partenaire potentiel unique. Ses opérations dans le nord du Burkina Faso, par exemple, pourraient être synchronisées avec celles menées dans les régions voisines du Togo et du Bénin, créant ainsi une véritable ceinture de sécurité continue.

Une coopération à inventer au-delà des clivages

Le principal obstacle à une collaboration renforcée entre les pays côtiers et l’AES est politique. La rupture entre l’AES et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), consommée par le retrait officiel des trois pays sahéliens en janvier 2025, a fragilisé les anciens cadres de coopération régionale. Il est donc illusoire d’envisager un retour pur et simple aux anciennes mécaniques.

Cependant, la coopération sécuritaire de terrain montre la voie. Une coopération bilatérale pragmatique s’est déjà mise en place entre l’AES et certains pays, comme le Togo ou le Sénégal. Des appels à une collaboration plus large émergent. En mai, l’AES et la CEDEAO ont convenu de la nécessité de lutter ensemble contre le terrorisme. Par ailleurs, le Burkina Faso et le Niger ont déjà exprimé leur souhait de renforcer leur coopération avec le Bénin pour en finir avec les poches terroristes aux frontières.

La Côte d’Ivoire, de son côté, a mené des discussions avec le Burkina Faso pour renforcer leurs coopérations militaires. Ces initiatives, bien que bilatérales et encore limitées, démontrent que les impératifs sécuritaires peuvent et doivent transcender les considérations politiques.

Une coopération contre le terrorisme en 5 axes stratégiques

Face à l’urgence de la situation, nous formulons les recommandations suivantes pour construire une collaboration structurée et efficace entre Abidjan, Cotonou, Lomé et l’AES.

      Mettre en place un mécanisme permanent de coordination antiterroriste « 5+3 »

      La coopération actuelle, essentiellement bilatérale, atteint ses limites. La Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo (les « 3 côtiers ») devraient proposer aux États de l’AES (les « 5 Sahéliens ») la création d’un cadre de concertation stratégique permanent. Ce mécanisme, distinct de l’appareil politique de la CEDEAO, serait exclusivement dédié à l’évaluation de la menace, la planification d’opérations conjointes et le partage de renseignements. Comme l’a souligné un commandant de l’opération béninoise « Mirador », la réussite passe par une coopération régionale pleine et entière, que nous n’avons pas encore dans son intégralité.

      Opérationnaliser le partage de renseignements en temps réel

      La menace terroriste est mobile et opportuniste. Sa traque exige un flux d’informations quasi instantané entre les services de renseignement militaire et civil de tous les pays concernés. Il est impératif de créer des cellules de liaison dédiées, basées dans les régions frontalières (par exemple, entre le Burkina Faso et le Togo/Bénin), pour centraliser et analyser les données sur les mouvements des groupes armés et prévenir les infiltrations.

      Synchroniser les opérations militaires et sécuriser les zones frontalières

      La nouvelle force unifiée de l’AES (FU-AES) offre une opportunité majeure. Les armées des pays côtiers doivent impérativement synchroniser leurs propres opérations comme l’opération « Mirador » au Bénin avec les missions de la FU-AES dans le nord du Burkina Faso et du Niger. Cette approche coordonnée permettrait de verrouiller les zones frontalières, empêchant les groupes terroristes de se réfugier d’un côté de la frontière lorsqu’ils sont sous pression de l’autre. Un grand effort de mutualisation des formations et des équipements est également nécessaire.

      Lancer un plan Marshall socio-économique pour les zones vulnérables

      La lutte contre le terrorisme ne se gagnera pas uniquement par les armes. Les groupes djihadistes prospèrent sur les fragilités : la pauvreté, l’absence de services de base et le sentiment d’abandon par l’État. Il est impératif que la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo lancent, de concert avec l’AES, un grand programme de développement économique et social pour leurs zones septentrionales. Ce plan pourrait inclure des infrastructures, des programmes d’emploi pour les jeunes et un accès facilité à l’éducation, afin de réduire l’attractivité du discours djihadiste.

      S’engager résolument dans une guerre de l’information

      Le Jnim et ses affidés utilisent la propagande pour recruter et intimider. Les messages diffusés sur les réseaux sociaux, comme ceux visionnés par des habitants du nord de la Côte d’Ivoire, sont très efficaces. Il est urgent d’établir une stratégie de communication conjointe pour contrer la désinformation, valoriser les réussites des forces armées et expliquer les enjeux aux populations. La coopération doit également inclure la formation de personnels spécialisés dans la lutte contre la désinformation.

 La survie ou l’implosion

L’extension continue de la menace terroriste vers les pays du Golfe de Guinée impose une refonte de notre approche sécuritaire. Le temps n’est plus aux postures ou aux susceptibilités politiques. La survie de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Togo est intrinsèquement liée à la stabilité du Sahel. En franchissant le pas d’une collaboration étroite avec les États de l’AES, ces trois nations peuvent non seulement protéger leurs propres citoyens mais aussi contribuer à bâtir un nouvel ordre sécuritaire ouest-africain. L’alternative est un recul progressif, inacceptable, du terrorisme sur l’ensemble de la région.

Mohamed Abdellahi Elkhalil 

Spécialiste des Questions Sociales et

 Sécuritaire du Sahel/Écrivain

Confédération AES : les chefs d’état-major actent la montée en puissance de la force unifiée

Les chefs d’état-major du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis les 16 et 17 avril 2026 à Ouagadougou pour finaliser l’opérationnalisation de la force unifiée de la Confédération des États du Sahel. Les travaux ont porté sur la validation des textes encadrant son déploiement, la revue de la situation sécuritaire et l’augmentation des effectifs, dans le cadre de la feuille de route de l’An II de l’AES.

La rencontre s’est tenue à l’état-major général des armées du Burkina Faso dans le cadre de la première session du Comité des chefs d’état-major de la Confédération. Elle a réuni le général de brigade Moussa Diallo pour le Burkina Faso, le général de division Oumar Diarra pour le Mali et le général de division Moussa Salaou Barmou pour le Niger, en présence du général de brigade Daouda Traoré, commandant de la force unifiée.
Les échanges ont permis d’examiner et de valider les documents préparés lors des travaux techniques conduits du 7 au 15 avril 2026, portant sur l’organisation, les règles d’engagement et les modalités de déploiement. Ces textes définissent la coordination entre les trois armées, la structuration du commandement ainsi que les conditions d’intervention sur l’espace commun des États membres.
Les responsables militaires ont également acté une montée en puissance des effectifs, avec une projection portée à 15 000 hommes, contre une capacité initiale annoncée de 5 000 soldats lors des premières communications officielles. Cette évolution s’accompagne d’une mutualisation des moyens en renseignement, en logistique et en opérations, avec un renforcement de la coordination sur les zones frontalières.
La force unifiée de l’AES a été officiellement lancée en décembre 2025 à Bamako, en marge de la deuxième session de la Conférence des chefs d’État de la Confédération, marquant le passage d’un cadre politique à une structuration militaire. Depuis, plusieurs réunions techniques et militaires ont été organisées afin de préparer son déploiement.
La rencontre de Ouagadougou a également permis de passer en revue la situation sécuritaire dans l’espace confédéral. Les conclusions des travaux doivent être soumises aux chefs d’État de l’AES pour validation, en vue de la mise en œuvre progressive des opérations conjointes sur le terrain.

Aïda Zeba : « Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? »

À deux jours de la grande finale du West Africa Women Speakers Forum, prévue le 11 avril au CICB de Bamako, Aïda Zeba, Coordinatrice de l’initiative, revient sur les enjeux de cette deuxième édition. Entre éloquence, leadership féminin et réflexion sur la place des femmes dans la vie politique de la sous-région ouest-africaine, elle explique le sens d’un rendez-vous qui réunit des candidates issues des sept pays finalistes.

Pourquoi avoir choisi Bamako pour accueillir cette deuxième édition ?

D’abord, c’est une victoire. La première édition s’est tenue au Burkina Faso, dans un environnement qui nous était plus familier. Venir à Bamako représentait un défi, mais cela répond aussi au règlement de la compétition : le pays de la gagnante organise l’édition suivante. La lauréate de la première édition étant Malienne, il était naturel que nous venions ici. Nous avons constitué un comité d’organisation composé à 80% de Maliens. Les phases éliminatoires, les quarts et les demi-finales se sont déroulés en ligne pendant six mois.

Quelle a été la mobilisation autour de cette édition ?

Nous avons enregistré environ 350 inscriptions pour les 7 pays concernés. Après les différentes étapes, nous avons retenu une finaliste par pays, soit sept finalistes : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Togo, le Bénin, le Sénégal et la Guinée-Conakry.

Pourquoi avoir placé l’engagement politique des femmes au cœur de cette édition ?

Nous sommes partis d’un constat. Nous estimons qu’il existe assez de dames leaders, mais qu’elles sont peu nombreuses sur la scène politique, à notre humble avis. Nous ne voulons pas seulement dénoncer cette réalité ; nous voulons aussi la questionner. Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? Tous les thèmes développés, des éliminatoires à la finale, tournent autour de cette interrogation.

Que gagnera la lauréate ?

La gagnante bénéficie d’une bourse d’études de six mois, tout frais payés, à Accra, pour apprendre l’anglais. Elle peut aussi suivre un MBA en gestion de projets dans le domaine de son choix. Le billet d’avion, le logement et la nourriture sont entièrement pris en charge.

Quel message souhaitez-vous adresser au public à l’approche de la finale ?

Je voudrais déjà remercier le peuple malien, parce qu’en matière d’hospitalité, ce sont les meilleurs. Et j’ose espérer que le 11 avril nous aurons beaucoup de participants au CICB, à partir de 9 heures.

Sahel : le Groupe de la Banque mondiale engage un nouveau partenariat

Le Groupe de la Banque mondiale soutient de nouveaux cadres de partenariat pays (CPF) avec le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres sont destinés à soutenir l’emploi surtout pour les jeunes et les femmes, les infrastructures et la productivité agricole, appuyer les réformes et le développement du secteur privé.

Le nouveau partenariat annoncé ce 7 avril 2026, renforce la collaboration entre le Groupe de la Banque mondiale et les pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger et Tchad). Le cadre mobilise en outre les atouts de l’Association internationale de développement (IDA), la Société financière internationale (IFC) et de l’agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) afin d’élargir l’accès au financement des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), de renforcer les chaînes de valeur et créer davantage d’emplois de qualité.

Les CPF placeront les populations au cœur de l’action, appuieront les leviers indispensables à l’accélération de la croissance et du progrès et renforceront l’intégration transfrontalière afin de promouvoir un développement équilibré dans le Sahel », déclare Clara de Sousa directrice de division du Groupe de la Banque mondiale pour le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres ciblent des secteurs à fort potentiel, soutiennent les programmes régionaux et des projets transfrontaliers, ajoute la directrice de division. Ces cadres soutiennent également les programmes clés du Groupe de la Banque mondiale (santé, électricité, agriculture).

Les nouveaux CPF sont alignés sur les priorités nationales de développement des pays du Sahel, selon la banque mondiale.

Axés sur les résultats, les CPF visent à traiter les causes de la fragilité, des conflits et de la violence pour améliorer l’accès aux services sociaux, ajoutent la Banque mondiale. Des cadres prioritaires qui mettent l’accent sur la gouvernance, la diversification économique et l’accélération d’une croissance inclusive portée par le secteur privé.

« Un secteur privé fort et innovant est primordial pour attirer l’investissement, accroître la productivité, créer des emplois et renforcer la résilience économique face aux chocs exogènes et endogènes », note Olivier Buyoya, directeur de division d’IFC pour l’Afrique de l’Ouest.

Sahel : les limites d’une réponse exclusivement sécuritaire

L’insécurité demeure élevée au Sahel et les attaques se poursuivent dans plusieurs pays de la région. L’Union africaine et la CEDEAO misent sur le renforcement des dispositifs militaires, tandis que le débat s’ouvre sur les limites d’une réponse centrée principalement sur la force.

En février 2026 à Addis-Abeba, les chefs d’État africains ont placé la lutte contre le terrorisme au centre de leurs priorités. Quelques jours plus tard à Freetown, les chefs d’État-major de la CEDEAO ont évoqué l’activation et le financement de la force régionale en attente, confirmant que la sécurité reste l’urgence. Cette orientation reflète la réalité du terrain. Le Sahel concentre plus de la moitié des décès mondiaux liés au terrorisme et les attaques se poursuivent au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Les groupes armés adaptent leurs tactiques et exploitent les zones où l’administration demeure faible, ce qui pousse les autorités à faire de la sécurisation des territoires un préalable à la restauration durable de l’autorité de l’État.
L’argument est compréhensible. Sans sécurité minimale, ni école ni centre de santé ne fonctionnent durablement. Les axes commerciaux restent exposés. L’aide humanitaire circule difficilement. Les armées sont devenues le premier rempart visible face à la progression des groupes armés.
Au-delà du militaire
L’expérience d’autres pays montre cependant les limites d’une approche strictement sécuritaire. En Afghanistan, deux décennies d’intervention armée internationale n’ont pas produit une stabilité durable. Malgré un appareil sécuritaire considérable, les institutions sont restées fragiles et le retrait a révélé cette faiblesse. En Irak, la défaite territoriale de l’organisation État islamique en 2017 n’a pas empêché la persistance de cellules clandestines. Les causes politiques et sociales n’ont pas disparu. En Somalie, malgré plus de quinze ans d’engagement militaire régional, la menace des Shebab demeure active, notamment dans les zones où la gouvernance locale reste défaillante.
Ces précédents nourrissent une réflexion plus large sur l’équilibre entre réponse militaire et consolidation politique. Les gains obtenus sur le terrain peuvent s’éroder lorsque les institutions ne suivent pas.
Le regard des chercheurs
Plusieurs spécialistes du Sahel tirent un constat similaire. Le politologue Marc-Antoine Pérouse de Montclos estime que la militarisation progressive de la région n’a pas empêché l’extension géographique des groupes armés et que l’absence de réformes politiques crédibles fragilise les avancées obtenues. Niagalé Bagayoko souligne que la réforme du secteur de la sécurité et la responsabilisation des forces armées sont indispensables pour restaurer la confiance entre l’État et les populations. De son côté, Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, rappelle que les groupes armés prospèrent dans des contextes marqués par des fractures sociales, la marginalisation territoriale et un déficit de gouvernance. Selon lui, la sécurité ne peut être dissociée de l’inclusion politique et de la cohésion sociale.
Ces analyses trouvent un écho dans le débat malien. Housseini Amion Guindo estime que réduire la crise à la seule dimension terroriste revient à négliger ses aspects politiques et institutionnels. Yeah Samaké insiste sur la primauté des institutions et la nécessité de contre-pouvoirs solides. Aucun ne minimise la menace sécuritaire, mais tous deux contestent son exclusivité comme clé d’explication.
Contraintes budgétaires
La question financière alimente également la réflexion. Dans plusieurs pays sahéliens, les dépenses militaires augmentent sous la pression des combats, tandis que les finances publiques restent limitées. Lorsque la part consacrée à la défense progresse fortement, celle destinée à l’éducation, à la santé ou à l’emploi peut se réduire. Or l’accès à ces services influence directement la résilience des communautés et la capacité des États à prévenir le recrutement par les groupes armés.
La CEDEAO évoque une force régionale mobilisable. L’Union africaine insiste sur un financement plus durable des opérations de paix. Ces mécanismes peuvent améliorer la coordination et la réactivité. Ils ne remplacent pas la réforme des administrations locales, la lutte contre la corruption ou la résolution des conflits communautaires. Les groupes armés trouvent souvent un terrain favorable dans les espaces où l’État est absent ou contesté.
Au Sahel, il ne s’agit pas d’opposer les armes aux institutions. La sécurité est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Les expériences ailleurs montrent qu’une victoire militaire sans base politique solide reste fragile. La force peut freiner la menace. Elle ne règle pas, à elle seule, les causes profondes. Le défi demeure entier pour les États sahéliens et leurs partenaires.
Massiré DIOP

Confédération AES : la stratégie d’action de l’An II en ligne de mire

Réunis à Ouagadougou du 24 au 26 février 2026, experts et ministres de la Confédération des États du Sahel (AES) travaillent à l’élaboration d’une feuille de route pour la deuxième année d’existence de l’organisation. Le document, proposé par le Burkina Faso et enrichi par le Mali et le Niger, doit servir de cadre stratégique aux prochaines étapes de l’intégration confédérale.

Ce travail s’inscrit dans la continuité de la première année de la Confédération, marquée par la mise en place progressive des mécanismes de coopération entre les trois États. La nouvelle feuille de route vise à consolider ces acquis tout en accélérant l’opérationnalisation de l’espace confédéral.
Proposé par le Burkina Faso, qui assure la présidence tournante depuis le 23 décembre 2025, le projet repose sur les trois piliers fondateurs de l’AES : la défense et la sécurité, la diplomatie et le développement.
Un document construit dans la concertation
Avant leur arrivée à Ouagadougou, les États membres ont procédé à un examen approfondi du texte initial. Au Niger, une réunion préparatoire a permis d’introduire plusieurs amendements afin de mieux prendre en compte les priorités nationales, dans un esprit de cohésion et de responsabilité collective.
Les autorités nigériennes ont veillé à harmoniser leurs positions avant les discussions techniques et ministérielles. Ce travail en amont a permis de valider certaines propositions, d’apporter des corrections et d’introduire de nouvelles orientations jugées nécessaires.
Pour Mme Bayard Mariama Gamatié, vice-présidente du Comité national AES du Niger et cheffe de la délégation nigérienne, la feuille de route finale doit refléter « une vision politique partagée et stratégiquement cohérente, des actions prioritaires clarifiées, hiérarchisées et validées, ainsi que la consolidation des acquis de l’An I, dans un instrument consensuel prêt à être mis en œuvre pour l’An II ».
Le Mali a également contribué à l’enrichissement du document avec l’objectif d’aboutir à un texte véritablement consensuel, hiérarchisant clairement les actions prioritaires.
Les conclusions des travaux des experts doivent être examinées le 26 février par les ministres en charge des trois piliers de la Confédération, avant leur transmission aux chefs d’État pour adoption définitive.
Une feuille de route tournée vers l’action
Au-delà de l’exercice institutionnel, la feuille de route de l’An II devrait marquer un passage à une phase plus concrète. Selon plusieurs observateurs, le document devrait mettre l’accent sur la coordination des opérations de sécurité, l’approfondissement de la libre circulation des personnes et des biens, ainsi que la mise en œuvre de projets économiques communs.
Pour l’analyste politique Amadou Haidara, la nouvelle feuille de route pourrait constituer un tournant dans la consolidation de l’AES. « L’enjeu n’est plus seulement d’affirmer une vision politique commune, mais de produire des résultats visibles pour les populations », estime-t-il.
Il plaide pour des actions à impact direct, notamment dans les domaines des infrastructures, du désenclavement et du développement économique.
Les priorités identifiées concernent la lutte contre le terrorisme, la sécurité des populations, le développement endogène et le renforcement de partenariats internationaux fondés sur le respect de la souveraineté des États membres.
Si elle est adoptée par les trois chefs d’État, la feuille de route de l’An II pourrait devenir le principal instrument stratégique de la Confédération pour transformer l’élan politique initial en réalisations concrètes et durables.
Mohamed Kenouvi

Données publiques : une infrastructure dédiée

Un centre de données certifié Tier III a été mis en service à Bamako pour l’hébergement des données publiques et des services numériques de l’État. L’infrastructure a été inaugurée en marge de la Semaine du Numérique, en présence des autorités maliennes et de représentants du Burkina Faso et du Niger.

 

Ce data center est destiné à accueillir les plateformes de l’administration électronique, les bases de données publiques et les systèmes d’information de l’État. Jusqu’à présent, une partie des données administratives maliennes était hébergée sur des infrastructures situées hors du territoire national, principalement en Europe et en Amérique du Nord, via des prestataires internationaux.

 

La certification Tier III garantit une disponibilité théorique de 99,982 %, correspondant à une indisponibilité maximale annuelle de 1 heure et 35 minutes. Ce niveau repose sur la redondance complète des systèmes critiques, incluant l’alimentation électrique, le refroidissement et les équipements réseau, permettant la continuité des services numériques publics.

 

Les autorités maliennes n’ont pas communiqué de chiffres officiels sur la capacité installée du centre de Bamako. À titre de comparaison documentée, le data center national public du Niger, conçu selon des standards équivalents, représente un investissement de 9 000 000 000 FCFA et dispose d’une capacité adaptée à l’hébergement des services numériques de l’État nigérien. Au Burkina Faso, deux data centers publics ont été réalisés pour un coût global de 15 000 000 000 FCFA, avec une capacité de stockage annoncée de 3 000 téraoctets.

 

La cérémonie a été présidée par le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’administration, Alhamdou Ag Ilyène. Les autorités ont indiqué que l’infrastructure constitue un support pour la dématérialisation des procédures administratives et pour l’hébergement des services numériques de l’État.

 

Les données économiques disponibles pour des projets comparables en Afrique indiquent que le coût annuel d’exploitation d’un data center public certifié Tier III, incluant l’énergie, la maintenance et la sécurité, s’établit à environ 1 000 000 000 FCFA par an. Ce niveau de dépense est principalement lié aux besoins énergétiques continus et à la maintenance des équipements critiques.

 

La présence des ministres en charge du numérique du Burkina Faso et du Niger inscrit cette infrastructure dans la dynamique de la Confédération des États du Sahel.

 

Dans les pays disposant de centres de données publics certifiés, les premières migrations concernent les portails administratifs, les systèmes budgétaires et financiers et certaines bases de données d’état civil. Les volumes de données rapatriées atteignent plusieurs dizaines de téraoctets dès les premières phases d’exploitation.

 

À l’échelle continentale, l’Afrique concentre moins de 5 % de la capacité mondiale des centres de données, une part majoritairement localisée en Afrique du Sud, au Nigeria, au Kenya et en Égypte. Les centres certifiés Tier III restent rares dans l’espace sahélien.

 

Avec cette infrastructure, le Mali dispose désormais d’un outil conforme aux standards internationaux pour l’hébergement des données publiques.

 

L’évolution des volumes hébergés, le nombre de services migrés et l’exploitation effective du site permettront d’en mesurer l’impact dans l’organisation numérique de l’État et dans l’environnement régional.

 

Burkina Faso : l’AES précise son architecture institutionnelle par de nouveaux protocoles

Le Conseil des ministres du Burkina Faso a adopté, le 22 janvier 2026, quatre projets de loi autorisant la ratification de protocoles additionnels au traité portant création de la Confédération des États du Sahel. Ces textes, signés le 23 décembre 2025 à Bamako, visent à encadrer les mécanismes de fonctionnement de l’Alliance réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Les projets de loi concernent respectivement l’organisation des sessions confédérales des Parlements, la coordination en matière de défense et de sécurité, l’harmonisation de l’action diplomatique ainsi que la coordination des politiques de développement. Leur adoption en Conseil des ministres marque une étape institutionnelle dans la structuration juridique de l’AES, moins de deux mois après sa proclamation officielle.
Ces protocoles additionnels ont pour objectif de préciser les modalités d’application du traité fondateur, entré en vigueur à la suite des décisions politiques prises par les trois États sahéliens à la fin de l’année 2025. Ils visent notamment à définir les cadres de concertation entre institutions nationales, à formaliser la coopération militaire déjà engagée sur le terrain et à organiser la représentation diplomatique commune sur certaines questions internationales.
Sur le plan institutionnel, la démarche s’inscrit dans une logique progressive connue en droit international. À l’image de l’Union européenne, dont la construction s’est faite par traités successifs venant compléter le texte initial, l’AES opte pour une consolidation par étapes plutôt que par la création immédiate d’institutions supranationales.
La comparaison s’arrête toutefois à la méthode. Contrairement à l’Union européenne, l’AES ne dispose pas, à ce stade, d’organes permanents autonomes, de budget commun consolidé ni de parlement élu à l’échelle confédérale. Les protocoles visent avant tout à organiser la coopération interétatique, sans transfert formel de souveraineté.
L’approche diffère également de celle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La CEDEAO repose sur un traité révisé qui encadre une intégration économique étendue, dotée d’institutions communautaires et de mécanismes juridictionnels. L’AES, pour sa part, concentre ses priorités sur la sécurité, la diplomatie et le développement, dans un contexte marqué par la crise sécuritaire persistante au Sahel central.
La comparaison avec le G5 Sahel, aujourd’hui inactif, apparaît plus directe. Alors que cette structure était essentiellement sécuritaire et largement dépendante de financements extérieurs, les textes adoptés par l’AES visent à intégrer les volets militaire, diplomatique et de développement dans un cadre confédéral unique, fondé sur une gouvernance interne.
L’adoption de ces projets de loi par le Burkina Faso intervient alors que les autres États membres sont également engagés dans leurs procédures nationales de ratification. Conformément aux règles constitutionnelles propres à chaque pays, les textes doivent encore être examinés par les organes législatifs de transition avant leur entrée en vigueur.
Cette phase juridique conditionne la mise en œuvre effective des mécanismes prévus par les protocoles. Elle constitue une étape déterminante pour la transformation de l’AES, encore largement politique, en un dispositif institutionnel opérationnel.
À travers ces ratifications, les autorités sahéliennes cherchent à doter la Confédération d’un socle normatif capable d’encadrer durablement leur coopération, dans un contexte régional marqué par la recomposition des alliances et la redéfinition des cadres d’intégration en Afrique de l’Ouest.

Gilles Yabi : « La force unifiée de l’AES ne peut pas, à elle seule, résoudre la crise sécuritaire »

Dans un entretien qu’il nous a accordé, Gilles Yabi, fondateur et directeur exécutif du think tank ouest-africain WATHI, analyse les apports et les limites de la force unifiée de l’Alliance des États du Sahel face à la crise sécuritaire. Il souligne que son efficacité dépendra d’une coordination réelle, de la protection des civils et d’une coopération régionale encore fragilisée. Propos recueillis par Massiré Diop.

La force unifiée de l’AES, lancée en décembre 2025, peut-elle réellement changer la dynamique sécuritaire en 2026 ? À quelles conditions concrètes ?

La force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (FU-AES) composée à son lancement en décembre 2025 de 5000 militaires issus des trois pays membres de l’AES peut et devrait constituer une contribution significative à la lutte contre les groupes armés divers opérant dans la région sahélienne. Elle pourra modifier le rapport de forces avec ces groupes armés dans les zones de déploiement mais elle ne me semble pas en mesure de constituer, seule, une réponse décisive à la crise sécuritaire sahélienne qui est profonde, multidimensionnelle et exige des réponses qui ne se limitent pas aux actions des armées nationales individuellement et collectivement.

Le principal apport potentiel de la Force unifiée réside dans la coordination opérationnelle transfrontalière qui sera rendue possible par un commandement unifié, là où les armées nationales ont longtemps agi de manière fragmentée, souvent de façon ponctuelle et réactive. La FU-AES s’inscrit dans la continuité d’expériences antérieures de coopération militaire, notamment les opérations conjointes dans le Liptako-Gourma, comme le plan Yéréko en 2025, mais aussi les actions à l’époque du G5 Sahel, avant les changements politiques consécutifs aux coups d’Etat. Ces initiatives ont montré que la coordination des armées et des appareils de sécurité, de défense et de renseignement est nécessaire et possible, mais qu’elle est toujours limitée dans un espace donné, essentiellement dans les zones frontalières, et qu’elle ne constitue pas un substitut aux efforts d’amélioration des réponses de chaque État concerné. La menace incarnée par les groupes armés djihadistes dans ces trois pays est vaste et diffuse. Elle ne se limite pas aux zones frontalières. Les groupes armés exploitent aussi bien l’isolement des zones rurales enclavées que les failles de gouvernance, les tensions communautaires et les fragilités économiques.

Pour que la FU-AES ait un impact réel en 2026, il me semble qu’il faut veiller à ce que la chaîne de commandement soit réellement intégrée, avec le degré de confiance entre les officiers des trois pays qui permet de prendre rapidement des décisions opérationnelles, et de les exécuter efficacement. Il faudra s’assurer que la Force ne soit pas une juxtaposition de contingents nationaux. Et il faudra s’assurer qu’elle dispose effectivement des moyens logistiques adaptés avec un accent particulier sur la mobilité terrestre et aérienne, le partage de renseignements. Une articulation claire avec les autorités civiles locales me semble aussi indispensable. Les opérations militaires qui ne s’accompagnent pas d’une volonté délibérée de protection des civils, de fourniture d’un accès minimal aux services de base et de possibilités et cadres de dialogue avec les communautés tendent à nourrir les dynamiques que les groupes armés exploitent.

La CEDEAO travaille en parallèle sur une force antiterroriste régionale : comment éviter une duplication inefficace avec la force de l’AES ?

Le risque de duplication est réel mais le cœur du problème réside dans le contexte de fragmentation politique en Afrique de l’Ouest, espace dont font partie les trois pays du Sahel central qui ont créé l’AES et qui sont ensuite sortis de la CEDEAO. J’ai toujours estimé qu’il fallait dans l’analyse distinguer la décision des dirigeants de trois États de créer un dispositif d’intégration poussé comme une confédération de celle de sortir leurs pays respectifs – et leurs populations – d’une organisation régionale plus large comme la CEDEAO. À partir du moment où les pays de l’AES ne sont plus membres de la CEDEAO, on ne peut pas s’attendre à ce que cette dernière ne se préoccupe pas de ses dispositifs de sécurité régionale et s’en remette à ceux mis en place par la Confédération de l’AES. On sait en plus dans quel contexte de défiance et d’animosité s’est opéré le divorce entre ces États sahéliens, d’une part, les pays côtiers voisins et la CEDEAO, de l’autre.

Les divergences et les tensions politiques entre certains États sont telles qu’on ne peut espérer à court terme un travail commun de l’AES et de la CEDEAO à douze États pour mettre en place une force anti-terroriste ouest-africaine. Ceci dit, je ne suis pas sûr que la priorité au niveau de la CEDEAO soit celle de la création d’une force anti-terroriste qui prendra des années encore à faire émerger, alors que le contexte sécuritaire continue à se dégrader. Il y a des alternatives plus souples, flexibles, moins coûteuses et plus réalistes qui pourraient être envisagées, donnant la priorité au partage de renseignements et éventuellement à des opérations conjointes ponctuelles aux frontières. Mais si ces alternatives ne permettent pas la jonction entre des pays comme le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire et même le Sénégal d’une part et de l’autre, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, les groupes armés continueront probablement à tirer profit du déficit de coopération régional ancré dans le déficit de confiance entre les États concernés par la menace.

Quel minimum de coopération AES–CEDEAO est aujourd’hui indispensable, sachant que la menace jihadiste s’étend désormais vers les pays côtiers et le golfe de Guinée ?

Il faut de la coopération sécuritaire au niveau opérationnel, mais c’est difficile d’aller loin dans cette direction et de partager notamment des renseignements lorsque la méfiance plutôt que la confiance règne entre les autorités politiques de pays voisins. C’est la qualité des relations bilatérales qui est déterminante en l’absence d’un cadre sécuritaire régional comme celui de la CEDEAO. Malgré toutes ses faiblesses, le dispositif de la CEDEAO permettait par exemple aux chefs d’état-major des pays membres, aux hauts responsables de la police et des services de renseignements et d’autres institutions sécuritaires des pays membres de se retrouver dans des réunions régulières, de tisser des liens de confiance qui facilitent des initiatives communes.

Lorsqu’on n’a plus ces cadres formels, il est toujours possible de coopérer entre États dans le cadre de relations bilatérales ou dans des cadres ad hoc réunissant quelques pays volontaires. À court terme, et peut-être même à moyen terme, donc pendant quelques années, les alternatives que je viens de citer sont sans doute les plus réalistes. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas pousser parallèlement la CEDEAO et l’AES à créer et à maintenir un canal de dialogue structuré sur les questions cruciales d’intérêt commun. Il ne faut juste pas oublier que ces organisations n’existent pas indépendamment de leurs États membres et que les relations entre ces États resteront déterminantes pour l’avenir de la coopération dans la région.

La question du financement des forces régionales est centrale : quelles garanties de transparence et de contrôle devraient être exigées ?

Le financement des forces régionales est toujours un défi majeur. Il renvoie de manière générale au financement de toutes les initiatives les plus stratégiques à l’échelle d’une région ou d’un groupe d’États. Que ce soit au niveau des États individuellement ou d’une région, il faut des mécanismes de transparence et de contrôle pour s’assurer que les ressources affectées à une initiative comme une force militaire soient utilisées efficacement et échappent aux formes diverses de malversations bien connues dans les pays de la région. L’absence de transparence et de mécanismes de contrôle crédibles alimente la défiance des populations et fragilise durablement la légitimité des dispositifs sécuritaires.

Des garanties minimales sont indispensables, même dans des contextes sécuritaires difficiles avec un besoin de rapidité dans les procédures, notamment l’identification claire des budgets alloués, un contrôle parlementaire ou « quasi-parlementaire », y compris en période de transition, ainsi qu’une traçabilité effective des principales dépenses militaires. Dans les faits, ces exigences se heurtent fortement aux logiques de transition politique et de secret-défense, qui tendent à restreindre l’accès à l’information et à affaiblir les mécanismes de redevabilité. Cette opacité a contribué, par le passé, à fragiliser des régimes pourtant élus, notamment dans les trois pays du Sahel central.

Les détournements liés aux équipements militaires, même lorsqu’ils ne sont pas parfaitement documentés et confirmés par la justice, constituent un problème récurrent et structurel grave dès lors que la perception populaire est celle d’une corruption au sein des forces armées et des acteurs politiques et militaires en charge de la défense et de la sécurité d’un pays. Mais il faut aujourd’hui observer que dans le Sahel et dans plusieurs autres pays de la région ouest-africaine, les pouvoirs exécutifs en place sont en roue libre et que les organisations et acteurs de la société civile ainsi que les médias indépendants ne sont plus en mesure ne serait-ce que de poser des questions sensibles aux dirigeants, comme celles qui touchent aux dépenses de sécurité.

Quels mécanismes de contrôle civil et de respect des droits humains doivent encadrer ces forces pour éviter les dérives en 2026 ?

C’est un point absolument central. Les violations des droits humains ne constituent pas seulement un problème moral ou juridique. Elles sont un facteur direct d’insécurité, car elles alimentent la défiance des populations, fragilisent la légitimité des forces de sécurité et offrent aux groupes armés un puissant levier de recrutement et de propagande. Toute stratégie sécuritaire qui néglige cette dimension est, à terme, contre-productive. Il est donc indispensable de disposer de règles d’engagement claires, connues et publiquement assumées, alignées sur le droit international humanitaire et intégrées dans la conduite quotidienne des opérations. Ces règles doivent être accompagnées de mécanismes d’enquête indépendants, capables de traiter rapidement, de manière crédible et transparente les allégations d’abus.

Plusieurs enquêtes ont été annoncées ces dernières années, notamment à la suite des événements de Moura au Mali en 2022, mais l’absence de conclusions rendues publiques continue d’alimenter le doute et le sentiment d’impunité. Par ailleurs, il est essentiel d’intégrer des formations systématiques et continues sur la protection des civils, la gestion des interactions avec les populations et la prévention des abus, y compris dans les unités engagées en opérations conjointes. Ces formations ne doivent pas être perçues comme un volet accessoire, mais comme une composante opérationnelle à part entière. Enfin, même en période de transition politique sous présidence militaire, un contrôle civil minimal demeure indispensable.

Sans mécanismes de redevabilité, les forces régionales risquent de devenir des forces autonomes, échappant à tout encadrement institutionnel et au service exclusif de leurs donneurs d’ordre au sommet des États et des armées nationales. En l’absence de garde-fous, les forces censées protéger les populations risquent, paradoxalement, de renforcer l’ancrage et la légitimité des groupes armés, compromettant ainsi les objectifs de la lutte contre l’insécurité. Et il ne faut pas oublier que l’objectif dans les pays du Sahel et dans la région ouest-africaine ne devrait pas se limiter à la lutte contre les groupes armés recourant, entre autres moyens, au terrorisme. Il doit être de créer les conditions d’un retour effectif et durable à la paix, à la stabilité et à la sécurité collective dans la région.

CPI : La procédure de retrait de l’AES toujours en attente

Annoncé en 2025, le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cour pénale internationale n’a pas encore été formalisé. En l’absence de notification officielle, la procédure prévue par le Statut de Rome demeure juridiquement inchangée.

En septembre 2025, les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont annoncé leur intention de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), dans le cadre d’une démarche présentée comme concertée au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette déclaration intervenait dans un contexte de redéfinition des relations entre les États sahéliens et certaines institutions internationales. Plusieurs mois plus tard, aucune évolution juridique formelle n’a toutefois été enregistrée.

La Cour pénale internationale est régie par le Statut de Rome, traité entré en vigueur en 2002. Celui-ci prévoit, en son article 127, la possibilité pour tout État partie de se retirer selon une procédure précise. Le retrait doit être notifié par écrit au Secrétaire général des Nations unies, dépositaire du traité. Ce n’est qu’à compter de la réception officielle de cette notification que le processus juridique est engagé.

Procédure

Conformément aux dispositions du Statut, le retrait n’entre en vigueur qu’un an après cette notification. Durant cette période, l’État concerné demeure pleinement partie au traité, avec l’ensemble des droits et obligations qui en découlent. En l’absence de notification formelle, une annonce politique ne produit donc aucun effet juridique.

À ce stade, aucune communication publique de la CPI ni des Nations unies ne fait état de la réception d’une notification de retrait émanant du Mali, du Burkina Faso ou du Niger. Les trois pays demeurent ainsi, sur le plan juridique, États parties au Statut de Rome. À la date de consultation des registres officiels du dépositaire du Statut de Rome, aucune notification de retrait concernant le Mali, le Burkina Faso ou le Niger n’est enregistrée.

Obligations

Selon une source institutionnelle proche de la Cour pénale internationale, la procédure repose sur plusieurs principes essentiels. Le retrait doit être notifié individuellement par chaque État, même lorsqu’une démarche est politiquement coordonnée. Il ne devient effectif qu’un an après la notification officielle. Par ailleurs, le retrait ne soustrait pas l’État à son obligation de coopérer pour toutes les procédures engagées durant la période où il était partie au Statut.

Cette règle constitue un élément central du fonctionnement de la justice pénale internationale. Les enquêtes ouvertes avant la date effective d’un éventuel retrait demeurent juridiquement valables et la Cour conserve sa compétence pour les faits concernés.

Dans le cas du Mali, l’intervention de la CPI remonte à 2012, lorsque l’État avait saisi la juridiction afin qu’elle enquête sur les crimes commis sur son territoire dans le contexte d’un conflit armé. La Cour dispose toujours d’un bureau à Bamako, relevant du Greffe, organe administratif chargé du soutien aux activités judiciaires.

Deux affaires sont actuellement publiques. La première concerne Al-Hassan Ag Abdoul Aziz, ancien membre de la police islamique d’Ansar Eddine, condamné en juin 2024 à 10 ans d’emprisonnement pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La seconde porte sur un mandat d’arrêt délivré en 2017 contre Iyad Ag Ghali, chef du Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans, toujours en fuite.

Précédents

Des précédents existent dans d’autres pays. En 2016, l’Afrique du Sud avait engagé une procédure de retrait, avant qu’elle ne soit suspendue pour des raisons constitutionnelles. En Gambie, une annonce similaire avait été abandonnée en 2017 à la suite d’un changement politique. À l’inverse, le Burundi (2016 – 2017) et les Philippines (2018 – 2019) ont mené à terme leur retrait, sans que cela n’empêche la CPI de poursuivre les enquêtes ouvertes antérieurement.

Ces expériences montrent que seules les démarches formalisées conformément au Statut de Rome produisent des effets juridiques. Dans l’espace AES, le processus demeure donc, à ce stade, au niveau déclaratif.

L’évolution du dossier dépendra de la transmission éventuelle d’actes officiels aux instances compétentes et de leur enregistrement. En attendant, les règles du droit international continuent de s’appliquer, la distinction entre annonce politique et effectivité juridique restant au cœur de la compréhension de cette procédure.

Niger : des transporteurs sanctionnés pour refus d’acheminer du carburant vers le Mali

Les autorités nigériennes ont récemment pris des mesures disciplinaires contre plusieurs transporteurs et chauffeurs ayant refusé d’acheminer du carburant vers le Mali, confronté depuis plusieurs mois à de fortes tensions d’approvisionnement en hydrocarbures. Les sanctions ont été officialisées par un arrêté du ministère nigérien des Transports.

Selon les autorités, 14 sociétés de transport spécialisées dans les hydrocarbures ont vu leur autorisation d’exercer retirée de manière définitive, tandis que 19 chauffeurs se sont vu retirer leur permis de conduire. Un autre opérateur a été suspendu pour une durée d’un an. Les personnes concernées sont accusées de ne pas avoir respecté une réquisition administrative les enjoignant d’assurer le transport de carburant vers le Mali.

Les transporteurs mis en cause avaient invoqué des risques sécuritaires élevés sur les axes routiers reliant le Niger au Mali, plusieurs convois ayant été ciblés par des groupes armés ces derniers mois. Les autorités nigériennes estiment toutefois que des dispositifs de sécurisation avaient été mis en place et que le refus de livraison constituait une infraction aux obligations réglementaires.

Cette décision s’inscrit dans le cadre de la coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Niger et le Mali sont membres, et vise à garantir la continuité des flux stratégiques, notamment énergétiques. Elle intervient dans un contexte régional marqué par des attaques répétées contre les infrastructures et les convois logistiques, aggravant les pénuries et les tensions économiques.

À Niamey, le gouvernement affirme vouloir envoyer un signal de fermeté, tout en réaffirmant sa volonté d’assurer la sécurité des transporteurs sur les corridors stratégiques reliant les États membres de l’AES.

 

 

Confédération AES : Une feuille de route consolidée pour la souveraineté, la sécurité et le développement

Réunis le 23 décembre 2025 à Bamako, les Chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES) ont clos leur 2ème session ordinaire par une série de décisions majeures. Sécurité collective renforcée, approfondissement de l’intégration institutionnelle, affirmation diplomatique et priorités de développement endogène ont marqué les conclusions de ce sommet stratégique pour l’avenir de l’espace confédéral.

Le Collège des Chefs d’État a d’abord passé en revue l’état d’exécution des décisions issues de la première session tenue à Niamey en juillet 2024. Les dirigeants ont pris note, avec satisfaction, du relevé des conclusions de la première session du Conseil des ministres de l’AES, organisée à Bamako les 20 et 21 décembre 2025, et en ont entériné les recommandations jugées pertinentes. Les rapports relatifs à la mise en œuvre de la feuille de route de l’An I ainsi qu’aux négociations entre l’AES et la CEDEAO ont également été examinés et approuvés.

Le sommet a salué le leadership exercé par le Président Assimi Goïta dans la phase de mise en place de la Confédération. Les Chefs d’État se sont félicités des progrès réalisés dans la consolidation de l’identité politique et institutionnelle de l’AES, matérialisée notamment par l’adoption d’un logo, d’un drapeau, d’un hymne, d’une devise, de documents d’identité confédéraux, ainsi que par la création d’outils médiatiques et financiers communs, dont la Télévision et la Radio AES et la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement.

Quatre protocoles structurants adoptés

L’un des temps forts de cette session a été l’adoption de plusieurs protocoles additionnels destinés à renforcer l’architecture institutionnelle de la Confédération. Les Chefs d’État ont ainsi validé des instruments juridiques relatifs à la défense et à la sécurité, à la coordination diplomatique, à la coordination des actions de développement, ainsi qu’à l’organisation des sessions confédérales des Parlements. Il a été instruit au Conseil des ministres de veiller à leur mise en œuvre diligente et efficace.

Dans le domaine sécuritaire, le Collège a réaffirmé sa détermination à éradiquer le terrorisme sous toutes ses formes. Les tentatives de déstabilisation des États membres, y compris celles soutenues par des acteurs étatiques étrangers, ont été fermement condamnées.

Les Chefs d’État se sont également félicités de l’excellence de la coordination entre les Forces de défense et de sécurité, notamment à travers les opérations conjointes ayant permis de réduire significativement les capacités de nuisance des groupes terroristes.

Sécurité et souveraineté renforcées

La session a également consacré l’entrée en activité officielle de la Force unifiée de la Confédération AES (FU-AES), marquée par la remise solennelle de son étendard le 20 décembre 2025.

Dans un contexte géopolitique jugé complexe, les Chefs d’État ont appelé à un renforcement de la coopération judiciaire afin de mieux défendre la souveraineté juridique des États membres et de contrer les campagnes de désinformation et de harcèlement judiciaire visant les ressources naturelles de la Confédération.

Sur le plan diplomatique, le Collège a salué les efforts ayant permis à l’AES de s’imposer comme un acteur géopolitique crédible dans la sous-région et au-delà. La concertation préalable aux grandes rencontres internationales et la coordination des positions communes ont été encouragées, tout comme l’implication accrue de la diaspora dans la dynamique de développement et de communication confédérale.

Développement endogène

En matière de développement, les Chefs d’État se sont réjouis des résultats enregistrés, notamment l’opérationnalisation du prélèvement confédéral et la création de la Banque confédérale pour l’Investissement et le Développement, instruments clés du financement endogène.

La convergence des politiques économiques, la transformation locale des matières premières, ainsi que l’implication des jeunes et des femmes ont été identifiées comme des priorités pour bâtir une AES des peuples.

Ibrahim Traoré prend les commandes

À l’issue des travaux, le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré a été désigné Président de la Confédération des États du Sahel pour un mandat d’un an.

Dans son discours d’acceptation, il a placé son action sous le sceau de la continuité, tout en appelant à une mobilisation accrue pour répondre aux aspirations des populations.

En clôturant la session, le Président Assimi Goïta a exprimé sa confiance dans l’avenir de l’AES, affirmant que la Confédération poursuit sa marche résolue vers l’émancipation, la stabilité et la prospérité partagée.

Mohamed Kenouvi

Confédération AES : Bamako accueille l’ouverture de la 2ᵉ session du collège des Chefs d’État

La 2ᵉ session du collège des Chefs d’État de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) s’est ouverte solennellement ce mardi 23 décembre 2025 au Centre international de conférences de Bamako. Réunis autour d’une vision commune de souveraineté et d’intégration, les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont dressé le bilan de la première année de la Confédération et réaffirmé leur détermination à consolider ce projet stratégique.

Aux côtés des Chefs d’État, l’ensemble des membres des gouvernements des trois pays, des représentants du corps diplomatique ainsi que des autorités administratives, coutumières et religieuses, ont assisté à la cérémonie, témoignant de l’importance politique et symbolique de cette session.

La cérémonie s’est ouverte par la projection d’un film institutionnel retraçant les réalisations de la première année d’existence de la Confédération AES. Cette rétrospective a permis de mettre en lumière les avancées enregistrées depuis la création de l’organisation, malgré un environnement régional et international jugé complexe.

Prenant la parole, le Capitaine Ibrahim Traoré a livré un discours aux accents mobilisateurs. Évoquant les défis à venir, le Président du Faso a parlé d’un « hiver noir » qui menacerait l’Afrique de l’Ouest, soulignant que la création de l’AES répondait à la nécessité d’anticiper et de faire face collectivement à ces périls. Pour lui, l’unité des trois États constitue un rempart face aux épreuves annoncées. Il a reconnu que le chemin emprunté n’est pas exempt de difficultés, tout en affirmant que la Confédération progresse avec sérénité vers ses objectifs. « Une chose est sûre, l’AES vaincra », a-t-il martelé, réaffirmant la foi des dirigeants dans le projet confédéral.

Le Président nigérien, le Général d’armée Abdourahamane Tiani, a pour sa part insisté sur la dimension souverainiste de l’Alliance. Selon lui, la création de l’AES marque une prise en main effective du destin des peuples concernés. Il a souligné que la souveraineté recherchée n’est pas un simple slogan, mais un engagement quotidien qui se traduit par des actes concrets. Pour le Chef de l’État nigérien, le combat mené par l’AES s’inscrit dans une dynamique plus large de renaissance africaine, porteuse des germes d’une Afrique libre et souveraine.

Abdourahamane Tiani a également replacé cette session dans un contexte mondial en pleine mutation, caractérisé par des défis multiformes. Il a indiqué que cette rencontre offre l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis un peu plus d’un an, malgré les adversités internes et externes, tout en réfléchissant collectivement aux perspectives d’approfondissement et d’opérationnalisation de la Confédération afin de répondre aux aspirations des populations.

Clôturant la série d’interventions, le Général d’armée Assimi Goïta a rappelé le contexte ayant présidé à la création de l’AES et a dressé le bilan de la présidence malienne de la Confédération, exercée depuis le 6 juillet 2024. Il a estimé que la Confédération a posé, en une année, les fondations d’une coopération renforcée et intégrée entre les États membres, guidée par l’intérêt exclusif et le bien-être des populations.

Le Président de la Transition a salué l’engagement des peuples de l’AES, qu’il a qualifiés de vaillants et résilients. Selon lui, leur adhésion précoce aux idéaux portés par la Confédération constitue un facteur déterminant dans la consolidation du projet commun et dans la poursuite des choix stratégiques opérés.

À noter que cette cérémonie d’ouverture a été précédée de deux inaugurations majeures à Bamako : celle de la Télévision de l’AES et celle de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BICD-AES). Deux instruments présentés comme essentiels pour accompagner la visibilité, le financement et l’opérationnalisation de la Confédération.

Par cette 2ᵉ session, les dirigeants de l’AES entendent ainsi franchir une nouvelle étape dans la structuration de leur alliance, en consolidant les acquis et en traçant les perspectives d’un espace sahélien plus souverain, solidaire et intégré.

Mohamed Kenouvi

Dr Bréhima Ely Dicko :  » Le rendez-vous de Bamako doit désormais confirmer la continuité politique de l’AES et clarifier son mode de fonctionnement ».

Une année après sa création, la confédération des Etats du Sahel tient son deuxième sommet à Bamako. Une réunion décisive pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger réunis au sein de la confédération. Bréma Ely Dicko, sociologue, répond aux questions de Journal du Mali.

Le sommet de Bamako marque-t-il un tournant pour l’AES ?

Ce sommet constitue d’abord un moment d’évaluation. Deux ans après la création de la Confédération, il permet de mesurer ce qui a été effectivement mis en place. Des avancées sont déjà visibles, notamment la force conjointe réunissant des contingents des trois pays sous un commandement commun, ainsi que la régularité des concertations ministérielles et institutionnelles. Le rendez-vous de Bamako doit désormais confirmer la continuité politique de l’AES et clarifier son mode de fonctionnement.

La multiplication des instruments confédéraux suffit-elle à crédibiliser le projet ?

La crédibilité tient avant tout à la volonté politique et à l’exécution. L’AES reprend des mécanismes déjà éprouvés, comme le passeport commun ou la coordination sécuritaire. Leur pertinence se mesurera à leur cohérence et à leurs effets concrets sur la sécurité et l’accès aux services essentiels, conditions du soutien des populations.

Quelle posture extérieure l’AES doit-elle adopter après la sortie de la CEDEAO ?

La sortie de la CEDEAO n’efface pas l’environnement régional. Enclavés, les pays de l’AES restent liés aux États côtiers par des interdépendances économiques et sécuritaires. Des relations pragmatiques s’imposent donc. À l’échelle internationale, la crédibilité de l’AES dépendra aussi de sa capacité à éviter les partenariats exclusifs et à diversifier ses coopérations dans un contexte mondial fragmenté.

Alliance des États du Sahel : L’architecture confédérale se dessine

À l’approche du deuxième sommet de l’AES, prévu les 22 et 23 décembre 2025 à Bamako, le Mali, le Burkina Faso et le Niger veulent installer dans la durée ce qui n’était il y a encore un an qu’une promesse d’intégration accélérée. Force unifiée, banque confédérale et modalités de cohabitation avec l’espace CEDEAO après la sortie effective du 29 janvier 2025 structurent l’attente autour de ce rendez-vous.

La tenue du sommet s’inscrit dans une montée en régime voulue par les autorités des trois pays. Une réunion de hauts fonctionnaires a ouvert le cycle, suivie d’une session confédérale du Conseil des ministres, avant la rencontre des chefs d’État en clôture. Les documents examinés portent notamment sur l’évaluation de la mise en œuvre de la feuille de route de la première année et sur les instruments juridiques destinés à accélérer l’opérationnalisation de la Confédération.

L’architecture institutionnelle est récente et son calendrier est balisé. Rappelons que l’Alliance des États du Sahel a été créée le 16 septembre 2023, puis érigée en Confédération lors du sommet de Niamey du 6 juillet 2024. À Bamako, l’enjeu est donc moins de proclamer un projet que d’établir sa capacité à fonctionner, dans un environnement régional où l’interdépendance économique et sécuritaire demeure une donnée centrale.

Bilan

Pour le chercheur Bréhima Ely Dicko, le rendez-vous de Bamako relève d’abord d’un exercice d’inventaire. Il y voit un moment de consolidation et de continuité au sommet de la Confédération, dans un schéma de présidence tournante qui, selon lui, doit donner de la lisibilité à l’édifice en construction. Son propos s’attache à une mécanique interne qu’il estime déjà enclenchée, faite de réunions ministérielles tenues alternativement dans les trois pays, d’échanges entre institutions et d’une circulation plus régulière de délégations.

Dicko met également en avant des dispositifs encore inachevés mais présentés comme structurants, dont la mise en place d’une force conjointe avec commandement commun, la préparation d’outils de communication confédéraux et la construction d’une agence de développement. Il insiste sur un fil directeur qui traverse la plupart des annonces officielles : prouver que des décisions peuvent être prises ensemble et traduites en mécanismes, au-delà de la seule coordination politique.

Dans le même temps, l’AES a cherché à se doter d’une identité visible. Les symboles ont été publiquement mis en avant et des instruments administratifs ont été annoncés, dont le passeport biométrique de l’AES, mis en circulation le 29 janvier 2025, souvent présenté comme l’un des marqueurs les plus concrets car il touche directement la mobilité. La question, toutefois, ne se résume pas à l’affichage. La crédibilité dépend des textes d’application, des procédures, du financement et de la capacité d’exécution, éléments encore inégalement documentés dans le détail.

Sécurité

Le socle du projet demeure sécuritaire. L’AES a annoncé la montée en puissance d’une force unifiée rassemblant des contingents des trois pays, avec un commandement commun. L’effectif est fréquemment évoqué autour d’environ 5 000 hommes et un poste de commandement est souvent cité à Niamey. À ce stade, ce qui est publiquement observable renvoie surtout à une coordination accrue, sans que l’ensemble des règles d’engagement, de financement et d’intégration opérationnelle ne soit rendu public de manière exhaustive.

C’est pourtant sur ce passage vers l’opérationnel que se concentrent les attentes. Dicko souligne le signal politique que constitue un commandement commun et l’utilise comme argument de cohérence interne. Il insiste aussi sur l’idée que l’organisation doit démontrer sa capacité à transformer les décisions en actes, en assumant le coût d’une telle trajectoire, qu’il qualifie d’exigeante pour des États soumis à de fortes contraintes.

L’ancien ambassadeur Birahim Soumaré place la sécurité dans une logique régionale plus large. Il rappelle que les groupes armés ne se conforment ni aux frontières ni aux cadres institutionnels et que la coopération est, au minimum, une nécessité en matière d’information et de coordination. Son raisonnement s’appuie sur une contrainte que les autorités ne contestent pas : les populations sont exposées dans des espaces imbriqués et une rupture institutionnelle ne supprime pas les continuités de terrain.

Soumaré revient aussi sur la dimension logistique, indissociable du sujet. Les trois États étant enclavés, leur ravitaillement dépend de corridors traversant des pays côtiers. Il cite les difficultés d’approvisionnement en carburant comme illustration de la fragilité des chaînes logistiques lorsqu’une tension politique se traduit en blocage matériel. Dans cette logique, la coopération sécuritaire ne peut être pensée sans arrangements pragmatiques avec les voisins, car les mêmes routes servent à la fois aux échanges économiques, à l’aide humanitaire et à la stabilité quotidienne.

Banque

Le chantier économique le plus structurant s’est précisé avec la Banque confédérale d’investissement et de développement. L’économiste Modibo Mao Makalou indique que la création de l’institution a été actée le 11 décembre 2025 par la finalisation des statuts constitutifs, avec l’objectif de financer des priorités communes et des projets structurants, dans une logique d’autonomie économique et financière de l’ensemble confédéral.

La question du financement reste centrale. Makalou évoque un capital initial de 500 milliards de francs CFA engagé par les trois États, complété par un prélèvement confédéral et par la recherche de ressources additionnelles pour soutenir l’activité de la banque. Il présente l’institution comme un outil de financement endogène, tout en soulignant que son efficacité dépendra aussi de sa capacité à attirer des financements externes et à clarifier un point déterminant, l’ouverture éventuelle du capital à d’autres pays ou à des institutions financières régionales ou internationales.

Sur les secteurs prioritaires, le mandat décrit est large mais cohérent avec les urgences publiques des trois pays. Les infrastructures de transport et de désenclavement, l’énergie et les interconnexions régionales, l’agriculture et la sécurité alimentaire figurent au premier rang. Makalou y associe l’appui à des initiatives privées alignées sur les priorités nationales et cite également des domaines sociaux comme l’éducation et la santé, l’habitat social, l’assainissement et l’agriculture familiale, qu’il présente comme une source de revenus essentielle pour une grande partie des populations des trois pays.

Dans ses réponses, Makalou replace cette banque dans une logique de politique publique. Les banques publiques de développement, explique-t-il, servent à orienter l’investissement vers des secteurs jugés prioritaires par l’État et à intervenir dans des domaines peu attractifs pour le privé à court terme, alors même qu’ils sont essentiels à la cohésion sociale et au fonctionnement de l’économie. L’intérêt, dans la trajectoire AES, est d’adosser un discours de transformation à un outil capable de financer des infrastructures, de réduire certains coûts structurels et de soutenir des projets à impact visible.

Sur l’indicateur permettant, à l’horizon d’un an, d’évaluer un début d’impact, Makalou renvoie à l’Indice de développement humain, en rappelant son origine et sa logique composite, combinant revenu, éducation et espérance de vie. Il en souligne les limites, mais le considère comme un repère utile pour apprécier dans le temps l’évolution du bien-être et des inégalités. Dans une logique de banque de développement orientée vers l’énergie, le désenclavement et les services essentiels, une progression graduelle de ces paramètres constituerait selon lui un signal de trajectoire.

Voisinage

La consolidation interne de l’AES se déroule dans un environnement régional qui continue de structurer les échanges. La CEDEAO s’est réunie à Abuja le 14 décembre 2025 en sommet ordinaire, dans une configuration ramenée à douze États membres après le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Dans le même temps, des passerelles techniques demeurent et certaines structures régionales restent des points de contact possibles.

Ainsi, deux repères reviennent dans le communiqué final de la rencontre des dirigeants ouest-africains. La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO constitue un outil régional de financement des infrastructures et du développement. Le GIABA, organisme intergouvernemental ouest-africain, est chargé de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Le fait que des formules de participation soient évoquées pour les pays sortants, même sous un statut spécifique, nourrit l’idée qu’une coexistence fonctionnelle peut se maintenir sur certains instruments, malgré la rupture politique.

C’est précisément cette cohabitation que certains interrogent. Soumaré insiste sur la nécessité d’une diplomatie unifiée et d’une diversification des partenariats, en estimant qu’une fermeture durable risquerait de se heurter à la réalité des échanges et des contraintes sécuritaires. Il défend l’idée d’arrangements bilatéraux ou ad hoc avec les voisins, sans remise en cause de l’affirmation politique, parce que la géographie impose une interdépendance que ni l’AES ni la CEDEAO ne peuvent effacer. Sur ce sujet, Bréhima Ely Dicko met également en garde contre le risque d’un partenariat perçu comme exclusif avec la Russie. Il estime que la crédibilité de l’AES passera par une diversification de ses relations extérieures, en citant l’exemple de la Côte d’Ivoire, qui coopère avec plusieurs partenaires sans s’enfermer dans un seul alignement.

L’analyste Alassane Maïga formule une hypothèse de coexistence structurée. Il avance l’idée d’un cadre parallèle de concertation entre l’AES et la CEDEAO sur des normes institutionnelles et politiques, afin de préserver les liens économiques, et propose une répartition pragmatique des priorités, la CEDEAO gardant une portée macro-régionale tandis que l’AES concentrerait son effort sur la lutte antiterroriste dans son espace. Il évoque aussi, pour l’après-sommet, des scénarios attendus sur trois registres, une intégration soutenue des moyens de défense, une banque capable de fluidifier les échanges internes et des projections politiques qui pourraient inclure des élections synchronisées, tout en observant que la sortie rapide des transitions ne paraît pas, à ce stade, être l’axe prioritaire.

Le sommet de Bamako intervient à un moment où la Confédération AES est attendue sur des résultats mesurables. La capacité à traduire les annonces sécuritaires et financières en mécanismes opérationnels, tout en organisant une relation fonctionnelle avec un environnement régional interdépendant, constitue désormais le principal test de crédibilité de l’architecture confédérale.

MD

Mali/Niger : le Premier ministre nigérien à Bamako pour les préparatifs du sommet de l’AES

Le Premier ministre du Niger s’est rendu à Bamako le 11 décembre dans le cadre des préparatifs du deuxième sommet de l’Alliance des États du Sahel. La visite a porté sur les dossiers institutionnels de la Confédération, dont l’état d’avancement de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement.

Reçu à l’aéroport Modibo Keïta-Sénou par le général Abdoulaye Maïga, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a rejoint Bamako.

Il a pris part à des échanges de travail avec les responsables économiques de l’Alliance des États du Sahel..

Ce déplacement ne constitue pas une première pour le chef du gouvernement nigérien à Bamako. Depuis la création de l’Alliance, Ali Mahaman Lamine Zeine a déjà effectué plusieurs visites de travail dans la capitale malienne. La séquence d’hier intervient toutefois à un moment particulier, à l’approche du deuxième sommet des chefs d’État de l’AES prévu les 22 et 23 décembre, et s’inscrit dans une phase de consolidation des dossiers appelés à être examinés à ce niveau.

Les discussions ont principalement porté sur la Banque confédérale pour l’investissement et le développement, conçue comme l’instrument financier commun de la Confédération. Selon les informations communiquées à l’issue des échanges, les statuts de la banque ont été validés et signés, ouvrant la voie à la mise en place des organes de gouvernance et à la désignation des responsables chargés de conduire l’institution. Ces avancées s’inscrivent dans la continuité des travaux menés ces derniers mois par les ministres des Finances de l’AES.

La question du capital de la banque demeure toutefois peu détaillée dans les communications officielles. Lors de l’annonce de sa création, un capital initial de 500 milliards de francs CFA avait été évoqué, ce qui a parfois nourri des interprétations divergentes. À ce stade, les autorités indiquent qu’un capital est validé et partiellement libéré, sans précision publique sur les montants effectivement mobilisés ni sur le calendrier exact de démarrage des activités opérationnelles.

La visite s’inscrit enfin dans un agenda institutionnel plus large, marqué par une série de réunions techniques et ministérielles organisées en amont du sommet. Ces rencontres visent à examiner les textes confédéraux, les mécanismes de coordination et les projets communs appelés à être consolidés avant leur présentation aux chefs d’État.

Ali Mahaman Lamine Zeine a quitté Bamako à l’issue de cette mission de travail. Cette étape s’ajoute aux consultations engagées par les États membres de l’Alliance dans la phase préparatoire du sommet, appelé à marquer une nouvelle étape dans la structuration institutionnelle et économique de la Confédération des États du Sahel.

 

Confédération AES : les experts en conclave à Ouagadougou avant la réunion des ministres  

Les hauts fonctionnaires de la Confédération des États du Sahel se sont retrouvés à Ouagadougou ce 24 novembre pour deux jours de travaux préparatoires à la réunion des ministres des Affaires étrangères attendue le 26 novembre.

Les délégations du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont ouvert leurs sessions en présence des experts des trois piliers de la Confédération : la diplomatie, la défense-sécurité et le développement.
Cette rencontre intervient un an après la première session du Collège des Chefs d’État, tenue en juillet 2024 à Niamey. Depuis cette date, les trois pays travaillent à structurer les mécanismes internes de l’espace confédéral, en lien avec la feuille de route adoptée sous présidence malienne. Les travaux d’Ouagadougou visent à évaluer les acquis de cette période, actualiser les documents stratégiques et consolider les textes qui régissent les organes de la Confédération.
Le chef de la délégation burkinabè, l’ambassadeur Yirigouin Hermann Toe, a rappelé que cette étape doit permettre d’harmoniser les positions diplomatiques pour que l’AES s’exprime d’une voix cohérente sur les scènes régionale et internationale. Cette harmonisation, selon lui, est indispensable avant la rencontre ministérielle et la session du Collège des Chefs d’État prévue en décembre 2025.
Pour l’ambassadeur Mahamane Amadou Maïga, chef de la délégation malienne, les travaux doivent dégager des perspectives communes dans les domaines de la paix, de la coopération et de la souveraineté. L’ambassadeur nigérien Ousmane Alhassane a indiqué que plusieurs documents seront finalisés, dont les projets de protocole additionnel relatifs aux trois piliers, les dispositions encadrant les sessions des Parlements confédéraux, le projet de règlement intérieur du Conseil des ministres et le document préparatoire à la réunion des ministres des Affaires étrangères.
Les résultats des 48 heures de concertation seront soumis mercredi aux ministres du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Ils constitueront la base de travail de la deuxième session du Collège des Chefs d’État, attendue en décembre 2025, un rendez-vous qui doit marquer une nouvelle étape dans l’opérationnalisation de la Confédération des États du Sahel.

Réfugiés : le Mali accueille plus de 230 000 Burkinabè et Nigériens

Publié le 31 octobre 2025, le rapport conjoint du gouvernement malien et du HCR confirme une hausse marquée des arrivées de réfugiés burkinabè et nigériens dans plusieurs régions du pays. Le document montre l’ampleur d’un mouvement de population étroitement lié à la crise sécuritaire qui frappe le Sahel.

Depuis début 2024, le Mali est devenu l’un des principaux territoires d’accueil pour les populations fuyant les violences au Burkina Faso et au Niger. Selon les données officielles, 150 300 Burkinabè et Nigériens ont été enregistrés au 31 octobre 2025, tandis qu’environ 83 400 personnes supplémentaires de ces deux nationalités n’ont pas encore pu être enregistrées, faute d’accès ou en raison de déplacements récents. Le total estimé dépasse ainsi 230 000 réfugiés, concentrés notamment dans les régions de Gao, Ménaka, Ansongo, Tombouctou, Gourma-Rharous et Niono.
Les causes de cet afflux sont clairement identifiées dans le rapport : attaques contre des villages, incursions répétées de groupes armés, intimidations, enlèvements, affrontements entre acteurs armés non étatiques et forces engagées dans des opérations contre les groupes radicaux. En un peu moins de deux ans, 154 637 nouveaux arrivants ont été recensés, avec un pic exceptionnel dépassant 120 000 personnes en un seul mois lorsque les violences se sont intensifiées dans le Sahel burkinabè.
Ces mouvements touchent des populations particulièrement vulnérables. Les femmes représentent 56 % des réfugiés enregistrés, les hommes 44 %, et les enfants constituent une proportion très importante dans les tranches d’âge 0–17 ans. Le rapport identifie également plus de 41 000 personnes ayant des besoins de protection spécifiques, qu’il s’agisse de femmes exposées aux risques, de personnes âgées vulnérables, de personnes vivant avec un handicap, d’enfants non accompagnés ou de cas médicaux critiques nécessitant une prise en charge urgente.
Les opérations conjointes d’enregistrement menées par l’État et le HCR ont permis de structurer la réponse, mais de nombreuses zones restent difficiles d’accès en raison de l’insécurité. Cela explique la présence d’un nombre élevé de personnes non enregistrées et complique l’évaluation précise des besoins, notamment en matière de santé, d’abris, de protection et d’aide alimentaire. Le HCR souligne que les chiffres disponibles pourraient être en deçà de la réalité, compte tenu de la dynamique encore active des déplacements.
Cet afflux s’ajoute à une situation interne déjà tendue. Le Mali compte par ailleurs plus de 400 000 déplacés internes, principalement dans le nord et le centre, où les populations subissent les effets conjugués des violences, de l’effondrement des services sociaux de base et des chocs climatiques. Les régions d’accueil doivent ainsi gérer des besoins croissants dans un contexte de ressources limitées, ce qui renforce la pression sur les mécanismes humanitaires et institutionnels.
Le rapport appelle à un renforcement de l’enregistrement, de la protection et de l’assistance, tout en soulignant la nécessité de maintenir un accès humanitaire régulier dans les zones concernées. Il insiste sur l’importance des efforts conjoints entre les autorités et les partenaires humanitaires pour faire face à une situation qui évolue rapidement et dont les implications touchent autant la stabilité locale que la cohésion des communautés.

Niger : enlèvement d’un pilote humanitaire à Niamey et libération de l’ancien préfet d’un département du nord-est

Dans la nuit du 21 au 22 octobre 2025, un ressortissant américain, pilote de l’ONG Serving In Mission (SIM) présent au Niger depuis 2010, a été enlevé à Niamey. Le lendemain, le 22 octobre, le commandant Amadou Torda, ancien préfet du département de Bilma, ainsi que quatre de ses compagnons (deux gendarmes, deux soldats de la Garde nationale) ont été libérés après plus d’un an de captivité.

Le pilote américain, âgé de 48 ans selon plusieurs sources, a été retiré de son domicile situé dans le quartier Château 1, un secteur sécurisé près de l’hôtel Bravia et du palais présidentiel. Trois hommes armés non identifiés l’ont emmené. Le Département d’État des États-Unis a indiqué que l’ambassade américaine à Niamey travaille avec les autorités nigériennes pour obtenir sa libération. Aucune revendication n’a encore été faite, et les forces de sécurité nigériennes ont engagé des recherches dès le mercredi 22 octobre. Il s’agit, selon les médias, du premier enlèvement d’un ressortissant étranger à Niamey depuis 2011.
Le pilote enlevé exerçait des missions de transport aérien d’urgence humanitaire pour SIM International, organisation active dans plusieurs pays du Sahel. SIM confirme sa présence au Niger, en soulignant les défis sécuritaires grandissants dans la région.

La seconde situation concerne la libération du commandant Amadou Torda et de ses quatre compagnons qui avaient été enlevés le 21 juin 2024 alors qu’ils revenaient vers Bilma, dans la région d’Agadez. L’enlèvement avait été attribué à un groupe armé non identifié. Des documents de l’époque mentionnaient la mort d’un membre de la délégation et la mise en œuvre d’une vaste opération de recherche par les forces de défense et de sécurité nigériennes. Leur libération, intervenue le 22 octobre 2025 après plus de 16 mois de détention, marque un soulagement dans la communauté locale mais s’inscrit dans un contexte d’insécurité récurrente dans cette zone du nord-est du pays.

Ces deux affaires reflètent la persistance des risques sécuritaires au Niger où les enlèvements – tant de ressortissants étrangers que de représentants de l’État – interviennent dans un contexte de dégradation de la sécurité, en particulier dans les régions du Sahel et du nord-est. L’enlèvement à Niamey d’un humanitaire opérant dans un quartier hautement sécurisé illustre notamment l’extension des menaces urbaines. De son côté, la libération des otages de Bilma souligne la lenteur du processus de réponse, mais aussi la capacité de l’État à conduire des opérations de recherche et de négociation.

L’ONG humanitaire concernée, active depuis des années au Niger, signale que le contexte opérationnel s’est durement complexifié ces dernières années, avec une multiplication d’attaques et d’enlèvements dans les zones rurales et frontalières. Les otages libérés de Bilma étaient détenus dans des conditions qui restaient obscures jusqu’à récemment, et leur retour pose la question de la prise en charge et de la réinsertion de personnels de sécurité confrontés à de tels conflits.

Enfin, la multiplication de ces opérations d’enlèvement met en lumière les défis de l’État nigérien en matière de sécurisation de ses frontières, de protection des humanitaires et de maintien de l’ordre dans des zones de faible densité administrative. Le retour à la normale pour les familles et les organisations concernées va nécessiter une gestion psychologique, matérielle et institutionnelle.

Dr. Amidou Tidiani : « C’est du fait que l’AES ait permis à ses États membres de résister collectivement face à la CEDEAO qu’a résulté l’idée d’en faire un outil politique et idéologique ».  

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont crée l’Alliance des Etats du Sahel, devenue confédération AES en juillet 2024. De quoi raviver le rêve fédéral du Mali. Dr Amidou Tidiani, enseignant-chercheur à l’Université Paris 13, répond à nos questions. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.

65 ans après l’échec de la Fédération du Mali, la Confédération AES pourrait-elle aboutir à une Fédération des États du Sahel ?

Par comparaison à la fédération du Mali, l’AES a une construction paradoxale. Initialement, il s’agissait d’une alliance d’infortune et de circonstance, dans un contexte d’opposition à la CEDEAO. Cette alliance n’avait initialement aucune consistance politique, ni idéologique.

C’est du fait que l’AES ait permis à ses États membres de résister collectivement face à la CEDEAO qu’a résulté l’idée d’en faire un outil politique et idéologique. On est ainsi passé d’une alliance de protection de régimes militaires à un projet politique.

Aujourd’hui, force est de constater que ce projet se renforce, se concrétise et prend un air beaucoup plus concret. Cependant, on est encore loin d’un véritable État fédéral comme le Mali d’il y a 65 ans.

En tant que précurseur de l’aspiration fédérale sous Modibo Keita, quel rôle pourrait jouer le Mali dans la concrétisation d’un État fédéral sahélien ?

Le Mali fait déjà office de locomotive de l’AES. C’est le précurseur de la résistance d’un régime militaire issu d’un coup d’Etat face à la CEDEAO. Les autres ont capitalisé sur l’expérience malienne. À cet égard, le Mali détermine le tempo de l’Alliance. Tant que l’AES restera gouvernée par des régimes militaires comme c’est le cas aujourd’hui, la dynamique malienne perdurera.

La consistance politique et idéologique de la fédération au sens de Modibo Keita est totalement différente de celle de Assimi Goita. Mais il me semble effectivement que l’AES inspire l’intégration sous régionale, idée chère à Modibo Keita.

Aujourd’hui, un peu plus d’un an après la création de la Confédération AES, quel regard portez-vous sur son évolution ?

S’il faut faire bilan, force est de constater que l’AES a réussi son  premier combat : celui de la résistance de ses membres face à la CEDEAO.

Cependant, le second volet sur lequel s’est construite l’AES (le volet sécuritaire) offre un bilan assez mitigé. La communication est importante mais les résultats restent à percevoir. Si l’AES atteint l’objectif de la sécurisation des territoires de ses Etats membres, elle s’inscrira définitivement dans le décor institutionnel sous-régional comme un acteur incontournable et attirera alors de nouveaux membres.

 

Le Sahel central en crise prolongée selon OCHA

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) alerte dans son rapport couvrant la période de janvier à août 2025 sur la gravité de la situation au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Le document indique que les besoins humanitaires sont importants alors que les financements restent très limités.

Près de trois mille incidents sécuritaires ont été enregistrés au cours des huit premiers mois de l’année, entraînant des déplacements massifs. Plus de 2,7 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées internes et environ 390 000 ont trouvé refuge à l’étranger, soit une hausse de 14 % depuis janvier. Au Mali, l’éducation est particulièrement touchée avec plus de 2 036 écoles fermées en juin, ce qui concerne plus de 610 000 élèves et 12 216 enseignants.

Dans l’ensemble de la région, plus de 8 200 écoles sont non fonctionnelles et plus de 900 centres de santé hors service. L’alimentation reste un point sensible avec 8,26 millions de personnes classées en phase de crise et 906 000 enfants admis pour malnutrition aiguë sévère.

Le financement disponible reste faible par rapport aux besoins. Sur 2,1 milliards de dollars recherchés pour 2025, seuls 379 millions ont été mobilisés à la mi-septembre, soit 18 % du total. Ces chiffres s’appuient sur plusieurs sources regroupées par OCHA, dont ACLED pour les incidents sécuritaires, UNICEF pour la nutrition et le Cluster Éducation pour la scolarité.

Le rapport souligne enfin que sans un renforcement rapide des financements, la réponse humanitaire restera limitée face à l’ampleur des besoins, laissant des millions de personnes sans assistance dans le Sahel central.

 

 

AES : Bamako accueillera un forum sur le développement de l’agriculture

La capitale malienne abritera les 18, 19 et 20 septembre prochain, au CICB, un forum sur le développement de l’Agriculture, dans l’espace de la Confédération des États du Sahel. Ce forum servira de cadre d’échanges et de partage d’expériences entre les professionnels du secteur agricole des pays membres de l’AES, en vue d’identifier les actions de synergie dans le domaine Agricole.

 

La capitale malienne servira de cadre à un forum sur le développement agricole, secteur stratégique pour les pays de l’AES. Pour aider à bien préparer la rencontre, une commission d’organisation a été mise en place et comprend des représentants de plusieurs départements ministériels maliens. Elle s’est réunie ce mardi 09 septembre 2025, dans la salle de réunion du ministère de l’Agriculture, sous la co présidence des Secrétaires Généraux des ministères de l’Agriculture et de celui de l’Élevage et de la Pêche.

 

Placé sous le parrainage du Général Assimi GOÏTA, président de la Confédération AES et placé sous la présidence du Premier Ministre, Abdoulaye MAÏGA, ce forum s’inscrit dans la perspective de parvenir à une vison partagée du développement agricole, afin d’accélérer la transformation durable des systèmes agricoles dans l’espace de la confédération. L’agriculture est le pilier clé de l’économie des Etats du sahel. Au Mali, il emploie près de 80 % de la population et contribue à hauteur de 38 % au PIB. Selon le rapport de revue du secteur agricole de la banque mondiale, le Mali possède un potentiel agricole considérable.

 

Environ 44 millions d’hectares sont utilisables pour l’agriculture et l’élevage, dont seulement 7 millions d’hectares (soit 16%) sont cultivés à l’heure actuelle. Cette grande rencontre servira de cadre d’échanges et de partage d’expériences entre les professionnels du secteur agricole des pays membres de l’AES, dans l’optique d’identifier les actions de synergie dans le domaine Agricole dont la mise en œuvre pourrait contribuer à l’atteinte de la souveraineté alimentaire et l’amélioration des conditions de vie des exploitantes et exploitants agricoles de la zone AES. Les échanges de cette première réunion ont porté essentiellement sur la tenue et la réussite du forum.

Joseph Amara DEMBELE