L’Éthiopie a organisé, le 1er juin 2026, des élections législatives et régionales dans un contexte politique et sécuritaire tendu. Plus de 50 millions d’électeurs étaient inscrits, mais le scrutin ne s’est pas tenu dans la région du Tigré et a été perturbé dans l’Amhara et l’Oromia. Trois espaces qui concentrent une large part des fragilités internes du pays.
Le vote doit renouveler la Chambre des représentants du peuple, dont les membres désignent ensuite le chef du gouvernement. Le Parti de la prospérité du Premier ministre Abiy Ahmed, largement majoritaire depuis les élections de 2021, part favori face à une opposition divisée, affaiblie par les restrictions politiques, les arrestations dénoncées par plusieurs formations et les difficultés de campagne dans les régions instables.
L’absence du Tigré constitue le principal point de tension. Cette région du nord, frontalière de l’Érythrée et proche du Soudan, est administrée par une structure intérimaire depuis l’accord de Pretoria, signé en 2022 et mettant fin à deux ans de guerre entre le gouvernement fédéral et les forces tigréennes. Le vote n’y a pas eu lieu en raison de conditions jugées défavorables par le Conseil électoral national d’Éthiopie. Le Front de libération du peuple du Tigré conserve une influence majeure dans la région, mais ne participe pas au processus.
Tensions
Dans l’Amhara, au nord-ouest, l’activité de la milice Fano a empêché la tenue du vote dans plusieurs circonscriptions, au moins huit selon les informations disponibles. Cette région est marquée par des tensions armées avec le pouvoir fédéral et par des enjeux frontaliers sensibles vers le Soudan. En Oromia, au centre-sud et autour d’Addis-Abeba, l’insécurité liée à l’Armée de libération Oromo continue aussi de limiter les déplacements, les campagnes politiques et l’organisation normale du scrutin. Le contexte régional est tout aussi sensible, sur fond de tensions avec l’Érythrée et de revendications éthiopiennes autour de l’accès à la Mer Rouge.
Ces fractures donnent au vote une portée qui dépasse le renouvellement institutionnel. Elles renvoient aux débats sur le fédéralisme, la gouvernance, l’unité nationale et la représentation des régions affectées par les conflits. Une mission d’observation de l’Union africaine, conduite par l’ancien Président kényan Uhuru Kenyatta, a déployé 73 observateurs venus de 37 pays. Les premiers résultats sont attendus dans les jours suivant le vote, avec une proclamation annoncée au plus tard le 11 juin. Le score du parti au pouvoir comptera, mais le scrutin posera surtout la question de la réintégration politique des régions en crise.

