La circulation des motos de 125 cm³ et plus est désormais suspendue hors des grandes agglomérations. En parallèle, l’importation, la vente, le transit et la distribution de ces engins sont gelés pour un an renouvelable.
Les motocyclettes de 125 cm³ et plus ne pourront plus circuler librement en dehors des grands centres urbains. La décision, prise par arrêté interministériel le 3 juin 2026, s’inscrit dans le dispositif de sécurisation engagé dans le cadre de l’opération « Dougoukoloko ».
La restriction concerne l’ensemble du territoire national, à l’exception du District de Bamako, des chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement. Les représentants de l’État au niveau régional peuvent toutefois étendre la mesure à certains chefs-lieux, lorsque la situation sécuritaire l’exige.
Les forces chargées de l’application du texte sont les commandants des théâtres d’opération, la Police nationale et la Gendarmerie nationale. Les autorités cherchent ainsi à réduire les déplacements suspects sur les pistes rurales, les zones de brousse et les axes secondaires, où les contrôles restent plus difficiles.
Une autre décision complète ce dispositif. Elle suspend pour un an renouvelable l’importation, le transit, la commercialisation, la vente et la distribution gratuite des motos de 125 cm³ et plus, ainsi que de leurs accessoires. Les commerçants disposant de stocks ou de commandes en cours doivent les déclarer dans un délai de 90 jours auprès des services compétents. Les engins non déclarés peuvent être saisis.
Cette double mesure intervient dans un climat sécuritaire tendu, après les attaques coordonnées du 25 avril 2026 contre plusieurs localités et positions stratégiques, notamment Bamako, Kati, Gao, Sévaré, Mopti et Kidal. Ces attaques ont remis au premier plan la question de la mobilité des groupes armés, qui utilisent les motos pour se déplacer rapidement, contourner les postes de contrôle, mener des reconnaissances et se replier après des opérations.
Dans le Sahel, la moto est devenue un outil central des conflits. Peu coûteuse, robuste, facile à réparer et adaptée aux pistes, elle permet à de petits groupes de parcourir de longues distances avec peu de carburant. Les mêmes qualités qui en font un moyen de transport indispensable pour les populations rurales en font aussi un instrument recherché par les groupes armés.
Cette réalité complique l’application de la mesure. Dans de nombreuses localités, la moto sert à aller au champ, rejoindre un marché, transporter un malade, acheminer des marchandises ou assurer de petits services entre villages. Plus de la moitié de la population vit encore en milieu rural, selon les données de la Banque mondiale, dans un pays où les distances, l’état des routes et la rareté des transports publics rendent les deux-roues difficiles à remplacer.
Les restrictions de motos ne sont pas nouvelles dans la région. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger et d’autres pays confrontés à l’insécurité ont déjà utilisé des interdictions de circulation, des couvre-feux ou des limitations par type d’engin pour freiner les mouvements des groupes armés. Les résultats restent toutefois liés à la capacité des forces de sécurité à contrôler les axes, surveiller les marchés, suivre les stocks et éviter les contournements.
L’enjeu sera donc autant sécuritaire que social. Les autorités devront concilier la nécessité de couper les moyens de mobilité des groupes armés avec les besoins quotidiens des populations, notamment dans les zones rurales et périurbaines. Dans un contexte humanitaire déjà fragile, où 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance en 2026, toute restriction de mouvement peut avoir des effets directs sur l’accès aux services, aux marchés et aux moyens de subsistance.
La mesure ouvre aussi une phase de surveillance économique. L’arrêt de l’importation et de la vente des grosses cylindrées pourrait modifier les circuits commerciaux, renchérir certaines pièces et favoriser des marchés parallèles si les contrôles ne sont pas stricts. Les mécaniciens, revendeurs et usagers devront désormais s’adapter à un cadre plus contraignant.
Pour les autorités, l’objectif immédiat est de réduire la liberté de mouvement des assaillants dans les zones hors agglomérations. Son efficacité dépendra de la coordination entre les forces de sécurité, les autorités administratives, les commerçants et les communautés locales, mais aussi de la clarté des exemptions pour les urgences, les services publics et les activités économiques essentielles.

