Canicule et pénurie d’eau : Double peine pour les Bamakois

Depuis plusieurs semaines, les coupures d’eau et d’électricité se sont accentuées dans la capitale. Désormais, les six communes sont concernées par ces perturbations, qui impactent fortement le quotidien des habitants. Entre recherche d’alternatives et lassitude, les populations ne sont pas au bout de leurs peines.

La capitale malienne vit au rythme des coupures d’eau et d’électricité. Avec des températures dépassant régulièrement 40°C et des délestages prolongés, les habitants doivent composer avec des coupures d’eau de plusieurs heures, voire de plusieurs jours.

Des défaillances dans l’alimentation électrique des stations de pompage stratégiques de Kabala, Djicoroni Para, Kalabanbougou et Missabougou perturbent la fourniture d’eau dans toute la ville, selon la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP). Aucun quartier n’est désormais épargné par ces coupures, qui compliquent la vie des ménages. Alors que la société dit tout mettre en œuvre pour rétablir la situation, l’issue de la crise ne semble pas proche.

Cercle vicieux

Liée à la fourniture d’électricité, la distribution de l’eau potable s’est fortement dégradée. Estimé à 83,2% en milieu urbain et semi-urbain en 2024, le taux d’accès à l’eau potable demeure un enjeu majeur à Bamako, où les coupures montrent l’écart entre accès théorique au service et disponibilité régulière au robinet.

Les besoins journaliers en eau potable de Bamako sont estimés autour de 300 000 m³ par jour, un niveau que le projet Kabala devait contribuer à atteindre par phases. Selon les données disponibles, la production totale d’eau de la SOMAGEP a atteint environ 198,2 millions de m³ en 2024, mais la régularité du service reste dépendante du réseau électrique et de la capacité de distribution.

Dans cette situation, les forages, et parfois les puits, sont pris d’assaut. Même des zones habituellement épargnées subissent désormais les coupures. « Nous venons de passer toute la journée sans une goutte d’eau », témoigne une habitante de Kalaban Coura, qui s’appuie sur un forage voisin pour ses tâches quotidiennes, avant d’attendre tard dans la nuit un éventuel retour de l’eau.

En juillet 2025, la SOMAGEP avait déjà lié certaines perturbations à la dégradation de la qualité de l’eau provoquée par le dragage dans le lit du fleuve.

Le projet Kabala reste central pour renforcer l’alimentation en eau potable de Bamako, avec une capacité prévue par phases de 144 000 m³ par jour chacune. Mais pression démographique, besoins croissants et délestages limitent la régularité du service. En attendant une solution durable, les populations s’organisent, entre solidarité et résignation.

 

Crise d’eau à Bamako : Un retour progressif à la normale

Depuis début juillet, Bamako fait face à une crise d’eau potable qui a durement éprouvé les habitants de plusieurs quartiers. Coupures prolongées, dégradation de la qualité de l’eau, inquiétudes sanitaires, etc. la capitale a vécu des jours difficiles avant un retour progressif à la normale ces derniers jours.

« La semaine dernière, nous avons passé trois jours sans une goutte d’eau dans les robinets. Nous étions obligés d’aller chercher de l’eau à la fontaine publique, après de longues heures d’attente », raconte avec amertume Aminata Tounkara, une habitante de Kalaban Coura.

Djénébou Doumbia, mère de famille à Lafiabougou, témoigne d’un autre aspect de la crise : « l’eau du robinet présentait des couleurs inhabituelles. Nous avions même peur de l’utiliser pour la cuisine. C’était vraiment préoccupant ».

Selon Mamadou Dembélé, Directeur de la Production d’eau à la Société malienne de gestion de l’eau potable (SOMAGEP – SA), cette situation résulte essentiellement de deux facteurs. D’abord, en saison des pluies, les matières en suspension et certains produits liquides sont drainés vers le fleuve Niger, source principale d’approvisionnement de Bamako. Ensuite, ce phénomène est aggravé par les activités d’orpaillage, notamment les dragues, qui polluent davantage l’eau.

« Pour renforcer le traitement et garantir la conformité aux recommandations de l’OMS, nous avons réduit le débit d’entrée afin de mieux traiter l’eau avant de la distribuer à la population », explique-t-il.

Une amélioration progressive

Depuis quelques jours, la situation s’améliore. Abdoul Karim Koné, Chargé de Communication de la SOMAGEP, se veut rassurant. « Il y a une grande amélioration, car la turbidité de l’eau du fleuve a commencé à baisser. Comme l’eau était très dégradée, presque jaune, nous étions obligés de réduire la quantité traitée. Mais présentement la qualité de l’eau brute s’est améliorée, ce qui nous a permis de reprendre un peu la vitesse de croisière », nous confie-t-il.

Koné précise par ailleurs que « le niveau de production est revenu à la normale », même si la distribution complète prend du temps. « Quand le réseau est déstabilisé, il faut un moment pour qu’il se regonfle. Avec la réduction de la production, le réseau s’est vidé. Même si la production est redevenue normale, il faut du temps avant que l’eau n’arrive chez tous les consommateurs », souligne-t-il.

Dans plusieurs quartiers de Bamako, les habitants confirment un retour progressif de l’eau potable depuis le week-end dernier. Toutefois, la crise aura dévoilé la vulnérabilité de l’approvisionnement de Bamako alors que la saison des pluies ne fait que commencer.

Mohamed Kenouvi

« Djenné clean water initiative » : le projet prend fin

Mise en œuvre depuis 3 ans par les anciens du programme  Mandela Washington Fellowship, l’initiative « Djenné Clean Water »  s’est achevée le 21 mars 2024 lors d’une cérémonie de clôture tenue à Bamako. Son objectif était d’atténuer les effets du changement climatique et de renforcer les capacités locales à Djenné par le biais de solutions innovantes telles que les filtres Biosand .

Le projet  a permis de déployer 20 filtres Biosand dans 4 villages et dans la ville de Djenné ainsi que le développement de  35 autres par la suite par les communautés locales elles-mêmes. Ces filtres, selon Bilaly Dicko, Directeur exécutif du projet,  ont non seulement répondu aux préoccupations sanitaires liées aux sources d’eau contaminées, mais ont également favorisé la protection de l’environnement en réduisant la dépendance aux ressources non renouvelables.

« L’initiative Djenne Clean Water a aussi permis une large diffusion d’informations sur l’adaptation au changement climatique, touchant des milliers de personnes à travers les émissions de radio et le matériel distribué, renforçant l’engagement communautaire face aux défis environnementaux », a-t-il indiqué.

« L’accès à l’eau potable n’est pas seulement une nécessité humaine de base, mais aussi un élément essentiel du développement durable. En fournissant de l’eau propre aux communautés dans le besoin, nous améliorons non seulement  la santé publique , mais nous autonomisons également les individus pour prospérer », a souligné pour sa part Rachna Korhonen, ambassadrice des Etats Unis au Mali.

Impact positifs

A en croire Abdrahamane Dembélé, adjoint au maire de la commune urbaine de Djenné, le déploiement de filtres Biosand dans les 4 villages et dans la ville de Djenné,  a permis la réduction considérable du taux de maladie liées à la consommation de l’eau.

« Ces maladies ont beaucoup baissé avec l’utilisation de ce système. Contrairement aux années précédentes, les statistiques de nos centres de santé montrent que le nombre de personnes atteintes est à la baisse », a-t-il témoigné.

Par ailleurs, les femmes formées, peuvent désormais mettre sur pied elles-mêmes les filtres, même après la fin du projet.  « Nous avons beaucoup appris à travers ce projet. En tant que femmes nous ne savions pas que nous pouvons traiter l’eau et la rendre potable sans recourir à des traitements en laboratoire. Nous avons découvert qu’il est possible de purifier l’eau en utilisant simplement du sable, du gravier et du charbon, des matériaux que nous avons tous à notre disposition chez nous », a confié Mme Maiga Begna Maiga, représentante des femmes participantes du projet.

Soutenue par le département d’Etat des Etats-Unis à hauteur de 22 millions FCFA, l’initiative « Djenné Clean Water » a réalisé d’importantes avancées dans l’autonomisation des communautés et à la promotion de la résilience environnementale.