Sécurité routière : les mauvais comportements au cœur des accidents

 La 22e Semaine nationale de la sécurité routière, ouverte le 29 juin 2026, place l’occupation anarchique du domaine public routier au centre du débat. Ce thème renvoie à une réalité quotidienne où trottoirs, chaussées, carrefours et gares routières deviennent des zones de conflit entre piétons, deux-roues, tricycles, voitures, transporteurs et activités commerciales.

Organisée du 29 juin au 4 juillet par le ministère des Transports et des Infrastructures, à travers l’Agence nationale de la sécurité routière, cette édition s’accompagne d’actions de sensibilisation et de sommation menées à Bamako par des équipes mixtes de l’ANASER, de la Police nationale et des services d’urbanisme. Elle intervient aussi après le lancement, le 15 juin, de l’opération spéciale d’immatriculation des engins motorisés à deux et trois roues, destinée à identifier les motos et tricycles circulant sans plaque et à renforcer le suivi des véhicules les plus nombreux dans la circulation urbaine.

Les statistiques de 2025 donnent la mesure de l’urgence. Selon les données validées par l’ANASER à partir des chiffres de la police et de la gendarmerie, le Mali a enregistré 7 691 accidents et 9 511 victimes, dont 8 863 blessés et 648 tués. En 2024, le pays avait compté 7 673 accidents, 9 510 victimes, 8 828 blessés et 682 décès. La mortalité recule, mais le nombre d’accidents et de blessés reste presque inchangé. La route continue donc d’endeuiller des familles, de remplir les urgences hospitalières et de réduire la capacité de travail de milliers de ménages.

Facteurs humains

La route malienne tue d’abord par les mauvais comportements. Vitesse excessive, dépassements dangereux, téléphone au volant, non-respect des feux tricolores, circulation en sens interdit, arrêts gênants, surcharge et conduite sans maîtrise reviennent dans les constats des acteurs de la sécurité routière. Dans les villes comme sur les axes interurbains, la vitesse reste l’un des facteurs les plus redoutés, parce qu’elle transforme l’erreur en choc grave et réduit les chances de survie des piétons, des passagers et des motocyclistes.

L’axe Bamako-Ségou demeure l’un des couloirs les plus sensibles. Les cars de transport en commun y sont régulièrement cités après des accidents graves. Des transporteurs dénoncent aussi la logique de la « course à la prime », qui récompense certains chauffeurs selon le nombre de rotations effectuées. Dans un tel système, la rapidité prend le dessus sur le repos, la prudence et le respect des horaires sûrs. Des acteurs du secteur plaident pour une prime à la conduite sans accident, afin de valoriser les chauffeurs les plus prudents, de limiter la fatigue au volant et de responsabiliser les compagnies sur la gestion de leurs équipages.

Les deux et trois roues occupent une place centrale dans l’insécurité routière. Motocyclettes, tricycles et motos-taxis sont devenus indispensables à la mobilité urbaine, mais leur usage reste faiblement encadré. Beaucoup circulent sans plaque, d’où l’opération spéciale d’immatriculation lancée en juin 2026. La réglementation impose aussi le port du casque aux conducteurs et passagers de motocyclettes, vélomoteurs et cyclomoteurs. Le décret publié en 2023 sanctionne le non-respect du port du casque par une amende de 15 000 francs CFA.

Malgré cette obligation, le casque reste rare dans la circulation ordinaire. L’ANASER indiquait que la sensibilisation a permis de faire passer le taux de port du casque de 20 % à 60 % chez les conducteurs de moto-taxis et tricycles, contre un taux national de 9 %. L’enjeu est vital. Selon l’Organisation mondiale de la santé, un casque sûr et correctement porté réduit le risque de décès de plus de six fois et le risque de lésion cérébrale jusqu’à 74 %. Cette donnée rappelle que la prévention ne relève pas seulement du civisme, mais aussi de gestes simples capables de sauver des vies.

L’occupation anarchique du domaine routier complète ce tableau. À Bamako, des étals débordent sur les chaussées, des matériaux de construction occupent les trottoirs, des véhicules stationnent en double file et des deux-roues se faufilent dans les carrefours saturés. Les piétons sont parfois contraints de marcher sur la chaussée, pendant que les motocyclistes contournent les obstacles et que les automobilistes se disputent des voies rétrécies. La rue cesse alors d’être un espace organisé de circulation. Elle devient un parcours d’évitement permanent. La vétusté d’une partie du parc automobile, avec des véhicules mal entretenus, sans éclairage fiable ou avec des freins défaillants, renforce encore la vulnérabilité des usagers.

Conséquences irréversibles

Derrière les chiffres, la route laisse des familles brisées. Mohamed Ali Cissé, président de l’Association des encadreurs d’enfants, s’est engagé dans la sécurité routière après avoir assisté à la mort d’un enfant devant une école de Dravéla, en Commune III du District de Bamako. « C’est un taxi qui a percuté un écolier et l’a traîné sur environ 15 m », raconte-t-il. L’enfant est décédé à l’entrée de l’hôpital. Depuis, son association intervient aux abords des établissements scolaires pour aider à protéger les élèves, organiser les traversées et rappeler aux conducteurs que les abords des écoles exigent une vigilance particulière.

Les enfants, les personnes âgées, les piétons et les personnes à mobilité réduite figurent parmi les usagers les plus exposés. Les jeunes actifs et les chefs de famille paient aussi un lourd tribut, avec des conséquences directes sur les revenus des ménages. Une blessure grave peut immobiliser un travailleur, priver une famille de ressources, imposer des dépenses médicales et ouvrir une longue période de dépendance. Les accidents coûtent à la plupart des pays environ 3 % de leur produit intérieur brut, selon les références internationales de sécurité routière. De plus, les pertes peuvent être plus lourdes dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Le système hospitalier subit cette pression au quotidien. Au CHU Gabriel Touré de Bamako, le directeur général indiquait en novembre 2025 que 70 % des admis au service des urgences étaient des accidentés de la route. Ce chiffre dit la place prise par les traumatismes routiers dans les urgences, la chirurgie, la traumatologie et les soins de rééducation. Il dit aussi la charge supplémentaire supportée par les familles, les soignants et les structures déjà sollicitées par d’autres urgences médicales.

Pistes de solutions

Pourtant, les réponses existent, mais elles exigent une continuité. La sensibilisation reste utile, surtout lorsqu’elle touche les écoles, les gares routières, les syndicats de transport, les conducteurs de deux-roues et les quartiers commerçants. Elle ne suffit pas sans contrôle. L’application des textes sur le port du casque, le téléphone au volant, les plaques d’immatriculation, la surcharge, les arrêts gênants et l’occupation illicite des voies doit devenir régulière et lisible pour les usagers. La sanction doit être connue, appliquée et comprise comme un outil de protection, non comme une formalité administrative.

Les infrastructures comptent autant que les comportements. Des routes sans signalisation, sans marquage, sans passages piétons protégés ou sans éclairage augmentent le risque. Lorsqu’elles existent, les chaussées sont souvent détournées de leur usage par le commerce, le stationnement ou les dépôts de matériaux. Les nouvelles routes doivent intégrer des espaces séparés pour piétons, deux-roues, transports collectifs et véhicules particuliers. Les carrefours, les abords des écoles, les marchés et les gares doivent aussi devenir des points prioritaires de contrôle et d’aménagement.

Le secteur des motos-taxis et des tricycles demande un encadrement spécifique, avec immatriculation, formation, identification des conducteurs et règles de circulation. Le transport collectif doit aussi être repensé pour réduire la dépendance aux déplacements individuels. Le plan de mobilité annoncé par le ministère des Transports peut servir de cadre, à condition d’associer sécurité, transport public, signalisation, contrôle technique, discipline des opérateurs et partage clair de l’espace routier.

La sécurité routière ne dépend donc pas d’une seule campagne annuelle. Elle suppose une nouvelle culture de la route, où l’État contrôle, où les transporteurs assument leurs responsabilités, où les communes libèrent les voies et où les usagers acceptent que la prudence n’est pas une contrainte, mais une condition de survie.

 

Femafoot : les premiers entraîneurs de gardiens de but certifiés au Mali

La Fédération malienne de football (Femafoot) a procédé, vendredi 3 juillet 2026 à son siège de Bamako, à la remise des attestations aux participants de la première formation nationale destinée aux entraîneurs spécialisés des gardiens de but. Organisée du 6 au 11 avril 2026, cette initiative marque une étape importante dans la professionnalisation de l’encadrement technique du football malien.

 

La cérémonie de remise des attestations a réuni les responsables de la Femafoot, les encadreurs de la formation ainsi que les stagiaires venus recevoir leur certification.

Dans son intervention, le directeur technique national, Ousmane Guindo, a rappelé que cette formation répond à une volonté de renforcer les compétences des acteurs du football national et d’adapter l’encadrement technique aux exigences du football moderne.

Selon lui, la spécialisation des entraîneurs des gardiens de but est devenue indispensable, dans un contexte où ce poste exige désormais des compétences techniques, tactiques, physiques et mentales spécifiques.

« Autrefois, les formations étaient principalement assurées par la FIFA. Aujourd’hui, nous avons jugé nécessaire de lancer cette formation au Mali afin de réduire notre retard et de disposer de spécialistes capables d’accompagner le développement de notre football », a-t-il expliqué.

Une formation alliant théorie et pratique

Durant six jours, les stagiaires ont bénéficié d’enseignements théoriques et pratiques portant notamment sur le profil de l’entraîneur des gardiens de but, les qualités requises pour exercer cette fonction, le profil du gardien moderne, les techniques fondamentales du poste ainsi que la préparation physique et mentale.

Le directeur technique national a également insisté sur la place stratégique du gardien de but au sein d’une équipe.

Selon lui, ce poste représente près de 60 % de la performance collective, d’où la nécessité de disposer d’entraîneurs qualifiés capables d’assurer une préparation adaptée.

Il a enfin annoncé que d’autres sessions de formation seront organisées afin de poursuivre la professionnalisation des encadreurs techniques et de mettre en place une véritable catégorisation des entraîneurs spécialisés.

Présidant la cérémonie, le président de la Femafoot a rappelé que le renforcement des ressources humaines constitue l’une des priorités de l’instance dirigeante.

Il a salué le travail des formateurs ainsi que l’engagement des stagiaires, tout en soulignant que cette certification ne doit pas constituer une finalité.

« Cette formation doit servir le football malien. Les connaissances acquises doivent être transmises sur les terrains, dans les clubs et les centres de formation », a-t-il déclaré.

Le président de la Fédération a également demandé à la Direction technique nationale d’établir un répertoire des entraîneurs spécialisés déjà formés, en distinguant ceux qui exercent effectivement dans les clubs de ceux qui sont encore sans emploi.

Pour lui, il est essentiel que les techniciens formés puissent mettre leurs compétences au service du football national afin d’améliorer l’encadrement des gardiens de but.

Il a enfin encouragé les bénéficiaires à poursuivre leur perfectionnement, estimant que la formation continue demeure un levier essentiel pour accompagner la professionnalisation des clubs et élever le niveau du championnat malien.

S’exprimant au nom des bénéficiaires, Bounafou Doumbia, porte-parole des stagiaires, a remercié la Fédération malienne de football pour cette initiative inédite.

Il a souligné l’importance d’accorder une place plus importante aux gardiens de but dans les projets de développement du football malien, tout en plaidant pour la multiplication de ce type de formation afin de renforcer durablement les compétences des encadreurs techniques.

Par cette première promotion d’entraîneurs spécialisés des gardiens de but, la Femafoot franchit une nouvelle étape dans sa politique de formation et affiche son ambition de professionnaliser davantage l’encadrement technique du football malien.

Salimata Wagué

Faits contre affabulations : Réévaluation du débat sur les eaux du bassin de l’Indus

Les récentes affirmations du Pakistan, qui projettent une crise de l’eau imminente dans le bassin de l’Indus et attribuent les variations du débit des fleuves à des actions en amont, ne résistent pas à l’examen lorsque l’on analyse les propres données hydrologiques, les relevés de réservoirs et les réalités opérationnelles du Pakistan. Une évaluation plus approfondie des faits révèle une réalité bien différente — une réalité définie non pas par une pénurie systémique, mais par des flux entrants abondants, des déversements importants en aval et des limites structurelles de longue date dans la gestion de l’eau.

La caractéristique la plus marquante du cycle hydrologique de 2025 a été l’excédent substantiel de la disponibilité de l’eau pendant la saison du Kharif (d’avril à septembre). Selon les données de l’Autorité du système fluvial de l’Indus (IRSA) du Pakistan, les apports réels ont atteint environ 122,36 MAF (millions d’acres-pieds), soit près de 18% de plus que les apports prévus de près de 104 MAF pour le Kharif 2025. De fortes précipitations à travers le bassin ont également réduit la demande d’irrigation et allégé la pression sur les allocations provinciales. De telles conditions sont fondamentalement incompatibles avec des affirmations de pénuries d’eau aiguës ou artificiellement provoquées.

Une contradiction encore plus flagrante avec le récit de la pénurie réside dans la quantité extraordinaire d’eau qui s’est finalement déversée en aval de Kotri vers la mer d’Arabie. Pendant le Kharif 2025, les volumes rejetés en aval de Kotri se sont élevés à près de 30,848 MAF — soit environ 71% de plus que la moyenne des cinq dernières années, qui était de 18,034 MAF. Des rejets importants vers la mer (environ 3,6 MAF) se sont poursuivis en aval, même pendant la saison du Rabi 2025 (d’octobre à mars), période où les débits sont pourtant plus faibles. Si le bassin était véritablement confronté à une grave pénurie prétendument due à des interférences en amont, de tels volumes d’eau ne seraient pas restés inutilisés pour finir leur course dans la mer. Les données mettent plutôt en évidence les limites des infrastructures de stockage, de la gestion des crues et de l’efficacité de la distribution au sein même du bassin inférieur.

Le comportement des réservoirs au cours de la même période affaiblit un peu plus les affirmations de détresse hydrologique prolongée. Comme prévu, la saison du Kharif a débuté avec des niveaux de stockage relativement bas, un phénomène normal à moins que les réservoirs ne soient conçus pour un stockage de report d’une année sur l’autre. Par la suite, la combinaison d’apports plus élevés et d’épisodes de crues a permis de reconstituer rapidement les principaux réservoirs. En septembre 2025, les niveaux de stockage avaient atteint près de 99% de leur capacité, créant une situation de disponibilité de l’eau nettement plus favorable pour le Rabi 2025-2026.

Les perspectives pour le Kharif 2026 restent également stables. Les apports projetés aux stations de jaugeage de référence (rim-stations) s’élèvent à environ 103,3 MAF pour le Kharif 2026. Conjugués à un stockage de report estimé à environ 2,3 MAF — supérieur à la fois à l’année précédente et aux moyennes à long terme —, ces chiffres indiquent que le bassin entame son nouveau cycle dans une situation de confort hydrologique relatif plutôt que de crise.

Parallèlement, les récentes tentatives du Pakistan de présenter les fluctuations de la rivière Chenab comme une preuve de manipulations en amont ignorent à la fois les réalités hydrologiques et les pratiques opérationnelles établies des projets hydroélectriques au fil de l’eau. Les débits des cours d’eau dans les zones situées en aval, comme à Marala, sont intrinsèquement influencés par les régimes saisonniers de fonte des neiges dans l’Himalaya. Les variations des chutes de neige hivernales, une fonte tardive ou des températures printanières plus fraîches affectent naturellement les niveaux de débit en début de saison. De telles fluctuations sont une caractéristique courante des systèmes fluviaux himalayens et ne peuvent, en elles-mêmes, être interprétées comme la preuve d’une ingérence délibérée.

La dynamique opérationnelle de projets hydroélectriques tels que le projet hydroélectrique de Baglihar a également fait l’objet de fausses représentations répétées. La gestion des réservoirs dans les systèmes au fil de l’eau implique nécessairement des lâchers d’eau variables liés au dévasement (chasses de sédiments), aux exigences de maintenance, à l’optimisation de l’hydroélectricité, aux considérations de sécurité technique et aux protocoles de gestion des crues. La gestion des sédiments est particulièrement critique dans les rivières himalayennes qui charrient de lourdes charges de limon. Des ajustements opérationnels temporaires pendant les cycles de chasse ou de maintenance sont donc intrinsèques au fonctionnement du projet.

Il est important de souligner que le projet de Baglihar a déjà fait l’objet d’un examen international approfondi. Le Pakistan a lui-même invoqué les dispositions de règlement des différends du Traité des eaux de l’Indus, ce qui a conduit à la nomination d’un expert neutre conformément à l’article IX et à l’annexe F. La décision de l’expert neutre en 2007 a validé les paramètres essentiels de conception et d’exploitation du projet, rejetant la plupart des objections relatives à la retenue d’eau (pondage) et à la revanche (freeboard). Il a été confirmé que le projet était conforme aux dispositions du traité régissant le développement de l’hydroélectricité au fil de l’eau.

Tout aussi significative est l’absence de toute démonstration d’un préjudice tangible en aval découlant des prétendues variations de débit. Les allégations reposent en grande partie sur des instantanés sélectifs, des observations isolées et des récits médiatiques, plutôt que sur une analyse hydrologique rigoureuse établissant un lien de causalité, des dommages économiques ou un impact agricole quantifiable. Aucune preuve concrète n’a été apportée pour relier les variations opérationnelles des projets en amont à une détresse prolongée en aval.

De plus, les accusations de manipulation à motivation politique négligent une réalité pratique majeure : toute ingérence délibérée dans l’exploitation hydroélectrique imposerait non seulement des coûts économiques directs à l’opérateur en amont par une baisse de l’efficacité de la production d’électricité, mais pourrait également causer des dommages à long terme à la centrale. Un seul cycle de chasse pendant la saison de la mousson au barrage de Baglihar peut entraîner une perte estimée à environ 150 millions d’unités de production d’électricité et le manque à gagner financier correspondant. Ces opérations de chasse sont entreprises par l’exploitant uniquement pour des motifs techniques et de maintenance. Il est difficile de concilier des allégations de perturbation intentionnelle avec des choix opérationnels qui réduisent simultanément la production d’énergie et imposent des pertes financières.

Mis bout à bout, les faits mènent à une conclusion claire. Le bassin de l’Indus a récemment connu des apports supérieurs aux prévisions, des déversements substantiels en aval, une reconstitution rapide des réservoirs et des projections futures stables. Les variations du débit des fleuves restent parfaitement dans la limite des processus hydrologiques naturels et des opérations standard des réservoirs.

Le véritable défi auquel fait face le bassin ne réside pas dans des affirmations spéculatives de privation d’eau par l’amont, mais dans des problèmes structurels non résolus : une capacité de stockage limitée, des pressions liées à la sédimentation, une utilisation inefficace et des contraintes plus larges de gouvernance de l’eau. Externaliser ces défaillances de gestion interne à travers des récits de pénurie artificielle ne contribue en rien à résoudre les véritables défis à long terme auxquels le bassin est confronté.

Atul Jain, ancien président, Commission Centrale de l’Eau

Forum de la diaspora : le Mali lance une 2e édition axée sur l’investissement productif 

Le ministre Mossa Ag Attaher a lancé, jeudi 2 juillet à Bamako, la 2e édition du Forum international de la diaspora, prévue du 16 au 18 juillet 2026 au CICB. L’événement vise à renforcer la contribution de la diaspora malienne au développement économique, à travers l’investissement productif.

La conférence de lancement, organisée à l’hôtel Radisson Collection de Bamako, s’est ouverte par la projection d’un film promotionnel retraçant les acquis de la première édition ainsi que les ambitions de cette deuxième édition.
Cette rencontre a permis de présenter les grands axes du forum et ses principales innovations, dans un contexte où les autorités entendent mieux structurer la participation de la diaspora au développement national.

Prenant la parole, le ministre Mossa Ag Attaher a rappelé que la réussite de la première édition avait encouragé la poursuite de cette initiative.

Selon lui, cette deuxième édition vise à offrir davantage d’opportunités aux jeunes entrepreneurs, aux porteurs de projets et aux Maliens établis à l’extérieur désireux de contribuer au développement économique du pays.
Le forum s’inscrit dans plusieurs cadres stratégiques, notamment l’Agenda 2063 de l’Union africaine, la feuille de route de la Confédération des États du Sahel, le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, la Vision Mali Kura Taasira ainsi que la Politique nationale de migration.
Investissements productifs
Le ministre a souligné que la diaspora constitue déjà un acteur majeur de l’économie nationale, notamment à travers les transferts financiers effectués chaque année au bénéfice des familles et des communautés.
L’enjeu actuel, selon lui, est de transformer une partie de ces contributions en investissements structurants, capables de générer des emplois, de soutenir les entreprises locales et d’accompagner durablement la croissance économique.
Il a également évoqué les acquis du premier forum, notamment la mise en place d’un guide d’investissement destiné à mieux orienter les porteurs de projets et à accompagner les Maliens établis à l’extérieur dans leurs démarches.
Selon les organisateurs, près de 700 participants sont attendus à cette édition. Ils proviendront des institutions publiques, du secteur privé, des partenaires techniques et financiers, des institutions financières, des universités, de la société civile ainsi que de la diaspora.
Les travaux seront organisés autour de quatre panels consacrés aux opportunités d’investissement dans les secteurs porteurs, à la diplomatie économique et au rayonnement international du Mali. Ils porteront également sur les mécanismes de financement bancaire et financier, ainsi que sur le rôle de la diaspora dans la protection et la valorisation du capital humain.
Des rencontres d’affaires, des expositions et des sessions de réseautage sont aussi prévues en marge des panels, afin de favoriser les échanges directs entre porteurs de projets, investisseurs, institutions d’accompagnement et partenaires financiers.
Parmi les principales innovations annoncées figure la mise en place du guichet unique « Diaspora Invest », destiné à simplifier les procédures administratives, à orienter les investisseurs de la diaspora et à faciliter leur accès aux informations utiles.
Une réunion ministérielle de haut niveau réunissant les pays de l’AES et l’Organisation internationale pour les migrations est également programmée, avec l’objectif de renforcer la concertation autour des questions migratoires et de l’investissement de la diaspora.
La séance d’échanges a réuni plusieurs partenaires internationaux, notamment les représentants du Royaume du Maroc, du Sénégal, de l’Union européenne, de l’Allemagne, de la Tunisie, de la Banque africaine de développement au Mali ainsi que de la Chambre de commerce américaine au Mali.
Tous ont salué l’initiative et réaffirmé leur disponibilité à accompagner le processus de mobilisation de la diaspora, de promotion des investissements et de valorisation des compétences maliennes établies à l’extérieur.
En réponse, le ministre a remercié les partenaires pour leur accompagnement, tout en rappelant que la migration irrégulière demeure un défi partagé entre les pays d’origine, de transit et d’accueil.
Il a lancé un appel à l’ensemble des Maliens établis à l’extérieur, aux investisseurs et aux partenaires afin de s’inscrire dans cette dynamique de développement et de faire du forum un espace concret de projets, d’engagements et de résultats.
En misant sur l’énergie, les compétences et l’attachement de sa diaspora, le Mali espère faire de cette deuxième édition un véritable tremplin vers une prospérité partagée, durable et mieux organisée autour de l’investissement productif.
Salimata Wagué

Humanitaire : MSF alerte sur l’isolement des communautés frontalières au Mali

Dans les zones frontalières, la tension sécuritaire complique l’accès aux soins, à l’eau potable et aux services de base pour les populations locales et déplacées, selon Médecins Sans Frontières. L’organisation indique adapter ses activités face à des besoins croissants, alors que l’insécurité limite la présence des acteurs humanitaires.

Près de la frontière mauritanienne, le cercle de Nampala fait face depuis plus de deux ans à d’importants défis sécuritaires. Selon MSF, les opérations menées par l’armée malienne et ses partenaires, ainsi que les activités de groupes armés, ont perturbé les interventions humanitaires et poussé des civils à se déplacer vers le centre-ville de Nampala ou à chercher refuge en Mauritanie.
L’organisation avait suspendu ses activités en novembre 2024 après des violences contre ses équipes, avant de les relancer en mars 2025. Elle intervient aujourd’hui au centre de santé communautaire de Nampala, où elle soigne les personnes déplacées et les communautés hôtes, et mène aussi des activités dans les villages de Toulé et Touladji.
À Touladji, un éleveur cité par MSF dit avoir parcouru 25 kilomètres en charrette pour faire soigner sa femme. « Nous sommes partis à 5 heures du matin et sommes arrivés épuisés à 10 heures », rapporte-t-il, en soulignant l’absence de site de soins communautaire dans son village.
Koro face à l’afflux de réfugiés
Dans le cercle de Koro, près de la frontière burkinabè, les besoins ont aussi augmenté après des attaques contre plusieurs villages. MSF indique que plus de 7 000 réfugiés fuyant les violences au Burkina Faso sont arrivés à Koro en mai, s’ajoutant aux près de 68 000 réfugiés déjà enregistrés par le HCR.
MSF prend en charge les réfugiés burkinabè au centre de santé communautaire et à l’hôpital de Koro, tout en organisant des cliniques mobiles en périphérie. Ses équipes interviennent aussi dans des villages enclavés comme Diougani, Diankabou et Baye, où l’accès reste difficile en raison de l’insécurité. Après des attaques contre plusieurs villages de Bankass le 6 mai, l’organisation dit avoir pris en charge une vingtaine de blessés à l’hôpital de Bankass.
Entre janvier et avril, plus de 37 400 consultations ont été réalisées par les équipes de MSF dans la région. L’organisation relève toutefois que les ressources humanitaires restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins, alors que plusieurs acteurs ont réduit ou interrompu leurs activités en raison de l’insécurité et de la baisse des financements.
Koutiala, des villages frontaliers sous contrainte
La pression sécuritaire touche également des zones du sud du pays jusque-là relativement préservées. À Tiéré, dans le cercle de Molobala, région de Koutiala, MSF soutient un centre de santé local pour offrir des soins aux habitants confrontés à des difficultés d’accès aux structures médicales.
« L’ambulance du district ne vient plus à Tiéré à cause de l’insécurité », explique Ousmane Dao, assistant au coordinateur MSF. Selon lui, cette situation complique le transfert des malades vers l’hôpital de Koutiala.
Les habitants subissent aussi les effets économiques de l’insécurité. Djénéba Keïta, habitante de Tiéré, affirme que les populations ne viennent plus au marché du village par peur et que les marchandises se font plus rares. « Nous souffrons ici. Il nous est difficile d’avoir suffisamment à manger », dit-elle, selon MSF.
Pour répondre aux besoins, MSF mène des activités dans plusieurs villages frontaliers, notamment Tiéré, Sanguéla, Molobala et Sougoumba. L’organisation a aussi élargi ses interventions à la prise en charge des enfants de moins de 15 ans, des femmes enceintes et des victimes de violences, notamment sexuelles.
L’accès à l’eau potable reste difficile dans plusieurs zones isolées. MSF indique avoir fourni près de 19 millions de litres d’eau aux réfugiés de Koro en 2025 et réhabilité cinq forages dans les communautés enclavées de Nampala et de Koutiala.
À Sougoumba, dans la région de Koutiala, MSF cite le témoignage de Djénébou Berthé, dont le village a bénéficié de la réhabilitation d’un forage en avril. « Avant, nos puits se tarissaient et l’eau n’était pas de bonne qualité. Cela nous rendait malades », explique-t-elle. Elle ajoute que l’accès à l’eau potable a amélioré la santé et les tâches ménagères.
La baisse des financements et l’insécurité réduisent la présence humanitaire dans plusieurs zones. Selon OCHA, 753 incidents ont visé des humanitaires au Mali en 2025, soit une hausse de 40 % par rapport à 2024. Plus de 5 millions de personnes auraient besoin d’une assistance dans le pays.
MSF estime que l’escalade récente des violences, marquée notamment par les attaques de groupes armés contre plusieurs villes le 25 avril, expose davantage les populations civiles. L’organisation appelle à garantir un accès humanitaire sûr et durable aux communautés les plus exposées.

Sénégal : La constitution au cœur du duel Faye – Sonko 

L’Assemblée nationale sénégalaise a adopté le 29 juin une réforme constitutionnelle qui recompose plusieurs équilibres institutionnels, dans un climat de tension entre le Président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, ancien Premier ministre devenu Président du Parlement.

Les tensions continuent entre le Président sénégalais Diomaye Faye et le Président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko.
Porté par six députés du groupe Pastef, le texte révise la Constitution de 2001. Il reprend les corrections demandées par le Conseil constitutionnel dans sa décision du 13 mai, après validation de l’architecture générale de l’avant-projet. La réforme transforme le Conseil constitutionnel en Cour constitutionnelle. La nouvelle juridiction compte neuf membres au lieu de sept, avec trois membres nommés à partir d’une liste de cinq personnalités proposée par le Président de l’Assemblée nationale, après consultation du Bureau. Le texte renforce aussi le contrôle parlementaire. Il consolide les commissions d’enquête et impose une information accrue de l’Assemblée sur certains accords engageant l’État, notamment dans les ressources naturelles. De plus, il encadre les décisions majeures de l’Exécutif entre l’élection présidentielle et la proclamation définitive des résultats.
Pouvoirs
La partie la plus sensible concerne l’Exécutif. Le Président détermine la politique de la Nation en concertation avec le Premier ministre. Le Chef du gouvernement reçoit aussi la faculté de présider le Conseil des ministres sur délégation expresse du Président et selon un ordre du jour fixé par celui-ci. La réforme introduit une incompatibilité politique majeure. Le Président de la République ne dirige plus effectivement un parti politique ou une coalition, sauf à titre honorifique. Les ministres sont également soumis à de nouvelles incompatibilités, notamment avec certaines fonctions locales.
Ces dispositions prennent une portée particulière depuis la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Élus en 2024 dans une même dynamique, les deux hommes incarnent désormais deux pôles du pouvoir. Le Président conserve la légitimité de l’élection présidentielle, tandis que Sonko garde une forte emprise sur le Pastef et la majorité parlementaire.
La réforme dépasse aussi le face-à-face personnel. Elle ouvre un test sur l’hyper-présidentialisme, la séparation des pouvoirs et l’organisation d’une majorité traversée par un conflit de leadership. Le gouvernement a annoncé un référendum, sans fixer de date.
La question n’est plus seulement de savoir qui de Diomaye Faye ou de Sonko impose son tempo politique. Elle est de savoir si le Sénégal peut transformer une crise de commandement au sommet en réforme durable de ses institutions, dans un pays souvent présenté comme une référence démocratique en Afrique de l’Ouest.

Fiscalité numérique : Le Mali cherche l’adhésion des contribuables

À partir du 1er juillet 2026, le paiement du droit de timbre de 7 500 francs CFA sur les quitus fiscaux approuvés devient obligatoire par voie électronique. Cette mesure s’inscrit dans une dynamique plus large de digitalisation des paiements et de mobilisation des recettes publiques.

En 2025, la DGI a versé 1 403,160 milliards de francs CFA au Trésor public, contre 1 387 milliards attendus, soit 101% de réalisation. Pour 2026, l’objectif est fixé à 1 537 milliards, soit environ 150 milliards supplémentaires à mobiliser.

Cette réforme s’inscrit dans un mouvement régional. Dans l’UEMOA, les paiements électroniques sont passés de 260 millions d’opérations en 2014 à plus de 11 milliards en 2024, tandis que les comptes de monnaie électronique sont passés de 18 millions à près de 248 millions. La BCEAO porte aussi PI-SPI, une plateforme destinée à connecter banques, établissements de monnaie électronique, microfinance et établissements de paiement.

Initialement attendue au 30 juin 2026, la généralisation de PI-SPI entre dans une nouvelle phase après la prolongation du délai de connexion par la BCEAO. Au 2 avril, 80 participants étaient connectés.

Adoption

Reste désormais la question de l’adoption par les contribuables et les entreprises. Pour Amara Nimaga, Maître de conférences agrégé en Sciences de gestion, la digitalisation peut améliorer les recettes fiscales, réduire les paiements informels, limiter les négociations directes avec les agents du fisc et freiner les faux documents. Elle peut aussi favoriser la formalisation progressive de l’informel, à condition d’alléger certains montants fiscaux, de simplifier les outils, d’accompagner les usagers et d’intégrer les langues nationales.

Dr Diawara Daman-Guilé estime que PI-SPI peut réduire progressivement l’usage du cash, rendre les paiements instantanés disponibles 24 h sur 24 et fluidifier les échanges entre banques, mobile money, commerçants, entreprises et ménages. Cette transition dépendra toutefois de coûts accessibles, d’une meilleure connectivité, de la formation des usagers et de la confiance des PME, avec des risques d’exclusion numérique, de cybersécurité et de fiscalisation plus visible des flux.

Nouhoum Diakité du CNPM voit dans la digitalisation des paiements et du quitus fiscal une nécessité pour consolider les recettes et mieux répartir les charges, ainsi qu’un gain de temps pour les PME. Il alerte sur les pannes techniques et les difficultés d’accès aux plateformes, susceptibles de générer pénalités et contentieux.

Au Mali, où le taux de bancarisation élargi est tombé à 28,3% en 2024, le véritable test sera l’adoption des paiements numériques et des procédures fiscales dématérialisées par les entreprises et les contribuables.

 

MDS Health : Une Malienne fait rayonner l’IA médicale africaine

Le Mali continue de révéler des talents capables de contribuer à la transformation numérique du continent. Parmi eux figure Maimouna Dicko, data scientist malienne, qui s’est distinguée grâce à MDS Health, un projet d’Intelligence Artificielle appliquée à la santé présenté lors du Transform Africa Summit 2025 à Conakry, en Guinée.

MDS Health est présentée comme une innovation développée dans le cadre des travaux académiques de Maimouna Dicko, avec une vocation concrète pour le secteur médical. L’objectif de cette solution est de répondre à un défi majeur auquel font face de nombreux systèmes de santé africains : le manque de radiologues. Grâce à l’intelligence Artificielle, MDS Health assiste les professionnels de santé dans l’analyse des radiographies thoraciques afin d’améliorer la rapidité et la précision du diagnostic. L’outil ne remplace pas le médecin, mais constitue une aide à la décision clinique.
Selon les informations rendues publiques par Cluster Digital Africa, la plateforme repose sur quatre modèles d’intelligence artificielle dédiés à la segmentation, à la détection, à la classification et à l’analyse multi-labels des images médicales. Les premiers essais ont été réalisés à partir de radiographies de la Polyclinique Pasteur de Bamako, avec notamment la détection de plus de 200 cas de cardiomégalie modérée. Cette innovation a valu à Maimouna Dicko la deuxième place du concours Youth Innov-Tech, organisé dans le cadre du Transform Africa Summit 2025, rendez-vous continental consacré à l’innovation numérique et placé sous le thème « AI for Africa : Innovate Locally, Impact Globally ».
Cette distinction souligne le potentiel des jeunes innovateurs africains à développer des solutions adaptées aux réalités locales tout en répondant à des enjeux de santé publique.
À travers MDS Health, Maimouna Dicko illustre la capacité de la recherche et des compétences maliennes à produire des innovations de pointe en Intelligence Artificielle. Son parcours témoigne également de l’importance d’investir dans les technologies de santé afin de renforcer l’accès à des diagnostics de qualité et d’accompagner la modernisation des systèmes de soins en Afrique.
IBRAHIM BABY

Carburant : La parole manque à la pompe

À Bamako, les files devant les stations-service sont devenues presque ordinaires. Des citernes arrivent, parfois par centaines, escortées par les forces armées, mais des usagers cherchent encore de l’essence ou du gasoil pendant des heures. Certaines stations restent fermées, d’autres sont prises d’assaut dès qu’un camion est annoncé. Entre l’arrivée des produits et leur disponibilité réelle, une zone d’ombre nourrit l’inquiétude.
Il faut reconnaître que des efforts sont faits. Les convois sont sécurisés, les stocks suivis, les autorités communiquent sur les volumes acheminés et les difficultés logistiques. Mais encore faut-il que le terrain suive. Sinon, l’effort donne l’impression de transpirer sous la pluie : beaucoup d’énergie dépensée, peu de soulagement pour celui qui attend le liquide précieux avec son réservoir ou son bidon.
Certes, la situation n’est pas celle de septembre 2025, lorsque des citernes incendiées avaient provoqué une crise plus grave. Mais le malaise demeure. Le carburant conditionne le transport, les marchés, les hôpitaux, les groupes électrogènes, les écoles, les prix et le travail quotidien. Quand il manque, tout ralentit. Quand l’information manque aussi, chacun cherche une explication ailleurs.
Dans une période où les rumeurs circulent vite, le silence devient un risque. Informer régulièrement ne signifie pas tout justifier. Cela signifie dire où sont les blocages, quels volumes sont disponibles, quelles stations sont servies et quelles mesures évitent les abus. La confiance se construit à la pompe lorsque la parole publique rejoint la réalité vécue. Dans une crise durable, l’explication ne doit pas être un luxe. Elle est une partie de la réponse, au même titre que l’approvisionnement attendu par les citoyens.

AES – CEDEAO : Le dialogue se prépare

Les futures négociations entre la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) prennent forme. Si leur calendrier reste inconnu, les initiatives engagées de part et d’autre montrent que les deux organisations préparent déjà leur dialogue.

Les préparatifs des futures négociations entre la Confédération AES et la CEDEAO franchissent une nouvelle étape. Après les premières consultations engagées entre les deux organisations, l’AES s’est dotée le 26 juin 2026 d’un document-cadre stratégique destiné à servir de référence commune lors des discussions à venir.

Élaboré à l’issue d’un atelier ayant réuni à Ouagadougou des experts du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ce document vise notamment à harmoniser les positions des trois États, à identifier leurs intérêts stratégiques et à préparer un argumentaire commun. Il doit permettre à la Confédération d’aborder les futures discussions avec une position unifiée, tout en préservant les acquis jugés essentiels, notamment en matière de libre circulation, de développement, d’infrastructures et de sécurité.

Cette démarche s’inscrit dans le prolongement des premières consultations officielles engagées entre l’AES et la CEDEAO. En mai 2025, les deux parties avaient convenu d’un cadre général devant régir leurs futurs échanges, avant que les chefs d’État de la Confédération n’en approuvent les conclusions quelques mois plus tard, en décembre 2025, à Bamako.

Dans la continuité de ce processus, la CEDEAO a désigné le 25 mars dernier l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme Négociateur en chef chargé de conduire les discussions avec l’AES. Deux mois plus tard, il s’est rendu à Ouagadougou, où il a été reçu par le Président burkinabè, le Capitaine Ibrahim Traoré, dans le cadre de cette mission. Une démarche qui témoigne elle aussi de la volonté de l’organisation sous-régionale de préparer les futures négociations avec la Confédération.

Une position commune avant le dialogue

Pour le spécialiste des relations internationales Dr Oumar Sidibé, le document-cadre stratégique de l’AES marque une évolution dans la stratégie de la Confédération. « Il cherche à préserver les acquis fonctionnels, comme la libre circulation ou les échanges, alors même que la rupture politique est considérée comme acquise », résume-t-il.

À ses yeux, cette démarche traduit surtout la volonté de l’AES de transformer son projet politique en une stratégie diplomatique structurée. « On peut quitter une organisation sans quitter une région », observe-t-il, estimant que la Confédération cherche à organiser ses relations avec la CEDEAO plutôt qu’à remettre en cause son départ.

L’expert insiste également sur l’importance d’une position commune avant toute négociation. « Trois États font face à un bloc de douze. Une position harmonisée évite les approches dispersées et donne davantage de poids à la Confédération », explique-t-il. Au-delà de l’aspect stratégique, cette démarche contribue aussi, selon lui, à consolider l’AES comme un acteur régional capable de parler d’une seule voix.

Des défis avant l’ouverture des discussions

Si les discussions devraient, dans un premier temps, porter sur des questions techniques et pratiques, leur déroulement dépendra aussi de la capacité des deux organisations à dépasser les différends hérités de leur séparation.

« En apparence, la négociation sera technique. En réalité, elle reste marquée par un désaccord sur la légitimité », analyse Dr Oumar Sidibé, en référence aux tensions nées des sanctions imposées par la CEDEAO et aux trajectoires politiques suivies par les États de l’AES.

Le spécialiste évoque également la nécessité de restaurer la confiance entre les deux parties, mais aussi de trouver des solutions durables à plusieurs questions concrètes, notamment la reconnaissance mutuelle des documents de voyage, afin de préserver la libre circulation des personnes. À cela s’ajoutent les enjeux liés à la coopération sécuritaire et aux questions monétaires, qui pourraient également influencer le climat des discussions.

Les négociations ne sont donc pas encore ouvertes, mais leur préparation s’organise des deux côtés. Les démarches entreprises ces derniers mois montrent que l’AES et la CEDEAO sont désormais entrées dans une phase où il s’agit moins de revenir sur la rupture que de définir les contours de leurs futures relations.

Mohamed Kenouvi

Attaques du 25 avril : la Croix-Rouge malienne soutient 270 ménages à Kati

Deux mois après les attaques terroristes du 25 avril 2026, qui ont durement frappé plusieurs localités du Mali, la Croix-Rouge malienne a remis, jeudi 25 juin, à Kati, une assistance financière d’urgence à 270 ménages affectés. Une action destinée à accompagner les familles dans leur relèvement, tout en leur laissant la liberté de répondre à leurs besoins les plus urgents.

Le soulagement se lisait sur les visages des bénéficiaires réunis à la préfecture de Kati. Au total, 270 ménages affectés par les événements du 25 avril 2026 y ont reçu une assistance financière d’urgence de la Croix-Rouge malienne, à raison de 125 000 FCFA par foyer. Remise en espèces, cette aide permettra aux familles de répondre aux besoins qu’elles jugent prioritaires, qu’il s’agisse de se reloger, de réparer leur habitation, de financer des soins ou de couvrir d’autres dépenses urgentes.
Présidée par le 2e adjoint au préfet du cercle de Kati, Arouna Berthé, la cérémonie s’est déroulée en présence de la présidente nationale de la Croix-Rouge malienne, Assitan Coulibaly, du directeur général de l’organisation, Nouhoum Maïga, du directeur national du Développement social, représentant le ministre de la Santé et du Développement social, ainsi que des partenaires humanitaires et des autorités locales.
Une assistance fondée sur les besoins des familles
Prenant la parole, le directeur général de la Croix-Rouge malienne, Nouhoum Maïga, a rappelé que cette intervention s’inscrit pleinement dans la mission humanitaire de l’institution, fondée sur les principes de neutralité, d’humanité et d’impartialité.
Il a expliqué que les équipes de la Croix-Rouge se sont rapidement rendues à Kati après les attaques afin d’évaluer les besoins des populations, avant de mobiliser, avec l’appui de partenaires comme les Croix-Rouges de Belgique et du Danemark, les ressources nécessaires pour venir en aide aux familles. À l’issue du recensement, plus de 300 ménages avaient été identifiés, mais les financements réunis ont permis de soutenir 270 foyers, soit près de 2 680 personnes.
Il a aussi précisé que cette opération est conduite simultanément dans d’autres régions touchées par les événements, notamment à Gao, Mopti, Kayes et Sikasso.
La présidente nationale de la Croix-Rouge malienne, Assitan Coulibaly, a souligné que cette assistance constitue avant tout un témoignage de solidarité envers des familles durement éprouvées. Selon elle, le choix d’une aide financière en espèces permet aux bénéficiaires de décider eux-mêmes des priorités de leur ménage et de préserver leur dignité.
Elle a également salué le courage des populations de Kati ainsi que l’engagement des autorités administratives, des leaders communautaires, des partenaires et des volontaires qui ont contribué à la réussite de cette opération.
Représentant le ministre de la Santé et du Développement social, le directeur national du Développement social, Ibrahim Abba, a, pour sa part, salué l’engagement constant de la Croix-Rouge malienne aux côtés des populations en situation de crise. Au-delà du montant remis, a-t-il indiqué, cette assistance traduit la solidarité des autorités et de leurs partenaires envers les familles affectées.
Un message partagé par le 2e adjoint au préfet du cercle de Kati, Arouna Berthé, qui a salué le rôle de premier plan joué par la Croix-Rouge malienne auprès des communautés vulnérables et exprimé l’espoir que cet appui contribuera à alléger les difficultés des ménages bénéficiaires.
Mohamed Kenouvi

Au Mali, la souveraineté commence à l’école

Analyse. On débat du drapeau à hisser et du partenaire à choisir. Pendant ce temps, la fondation dont dépendent toutes les souverainetés — un peuple instruit — s’érode. Et le vrai obstacle n’est pas, comme on le dit trop vite, un peuple inapte : ce sont des institutions qui n’ont jamais fini de le former.

En novembre 2025, près de 2 300 écoles maliennes étaient fermées ou non fonctionnelles, privant d’enseignement environ 700 000 enfants et tenant à l’écart près de 14 000 maîtres. Dans 74 % des cas, la cause est l’insécurité, selon le bulletin du Cluster Éducation publié en janvier 2026. Les régions de Bandiagara, Kidal, Taoudénit, Douentza et Ménaka sont les plus touchées. Le chiffre n’a cessé de croître depuis 2023. Voilà le fait que masquent les débats sur la rupture : tandis que l’on discute des symboles de la souveraineté, la fondation qui les rendrait tous solides — une population éduquée — est, dans des pans entiers du pays, en train d’être méthodiquement démantelée.

Il faut le dire nettement, car c’est l’angle mort du débat malien : la dernière frontière de la souveraineté n’est ni la monnaie, ni la diplomatie, ni même le territoire. C’est celle du capital humain. Depuis l’indépendance, aucun régime n’a véritablement réussi à en faire le socle de la puissance nationale.

L’ampleur du déficit

Les ordres de grandeur donnent le vertige. Au Mali, à peine plus d’un adulte sur trois, environ 37 %, sait lire et écrire dans une langue quelconque, et un adulte sur quatre seulement en français. L’écart entre les sexes est béant : autour de 50 % d’alphabétisés chez les hommes, 33 % chez les femmes. La jeunesse fait mieux, près de 58 % des 15-24 ans, signe que la tendance s’améliore, mais le nombre moyen d’années d’études d’un adulte plafonne autour de cinq. Dans les campagnes du Nord, où l’État s’est retiré, ces taux s’effondrent au point que les enquêtes statistiques elles-mêmes n’y parviennent plus.

Deux remarques préalables sont nécessaires. D’abord, ce déficit n’est pas l’œuvre de la transition : il est structurel et ancien. Le taux d’alphabétisation tournait déjà autour de 26 % en 2010, et l’école monolingue héritée de la colonisation échouait dès les années 1980, ce qui avait justement conduit le Mali à expérimenter, avant beaucoup d’autres, un enseignement bilingue en langues nationales.

Ensuite, l’effort budgétaire est réel et mérite d’être crédité : les investissements publics dans l’éducation sont passés de 233 milliards de francs CFA en 2010 à 558 milliards en 2025, et les autorités de la transition ont tenu, en 2023-2024, des États généraux de l’éducation. La volonté et les moyens ont augmenté. Ce sont les résultats qui ne suivent pas, parce que le problème est de fond, et parce que la crise sécuritaire détruit les capacités plus vite qu’on ne les bâtit.

Pourquoi tout en dépend

Que le capital humain soit le verrou décisif n’est pas une intuition : c’est l’acquis le plus solide de l’économie du développement. Theodore Schultz et Gary Becker ont montré, voici un demi-siècle, que l’éducation est le multiplicateur de toutes les autres ressources. On peut relever de 20 à 30 % la part de l’État dans les mines ; encore faut-il des ingénieurs, des juristes, des inspecteurs pour négocier les contrats et contrôler les flux. On peut rêver d’une monnaie souveraine, mais une banque centrale crédible suppose des cadres formés et une administration capable. On peut proclamer la reconquête du territoire ; une armée moderne, un renseignement, une justice de proximité réclament d’abord des hommes instruits. La souveraineté positive — la capacité effective de gouverner, par opposition au simple droit de le faire — repose tout entière sur cette base. Un État ne s’administre pas à 37 % d’alphabétisation.

L’économiste Amartya Sen a poussé l’idée plus loin : le développement n’est pas l’accumulation de biens, c’est l’élargissement des capacités humaines, dont l’éducation est à la fois le moyen et la fin. Dans cette perspective, l’école n’est pas un secteur parmi d’autres : c’est la matrice de tous les autres. La frontière ultime de la souveraineté malienne n’est donc pas tracée dans le désert du Nord ni dans les coffres d’une banque centrale. Elle passe dans une salle de classe.

Le piège qu’il faut refuser

Devant ces chiffres, une conclusion vient trop facilement à l’esprit : et si le problème, au fond, c’était le peuple lui-même, une fatalité, une paresse, une incompatibilité avec le développement ? Cette conclusion doit être rejetée, non par convenance, mais par rigueur, car elle est fausse.

Les travaux de Daron Acemoglu et James Robinson l’ont établi : les écarts de développement entre nations ne s’expliquent ni par les cultures, ni par la prétendue nature des peuples, mais par les institutions. Mêmes hommes, institutions opposées, destins inverses. Les deux Corées en sont la démonstration. La preuve est d’ailleurs sous nos yeux : le Malien qui émigre, placé dans un cadre institutionnel qui fonctionne, réussit comme n’importe qui. Un peuple n’est jamais inapte au développement ; ce sont les institutions qui sont, ou non, aptes à développer un peuple. Le déficit n’est pas dans les têtes maliennes : il est dans les écoles qu’on n’a pas construites, les maîtres qu’on n’a pas formés, les budgets qu’on n’a pas tenus.

Une intuition voisine mérite d’être corrigée, parce qu’elle circule beaucoup : l’idée que l’ignorance nourrirait l’extrémisme. La recherche ne la confirme pas. Les travaux de Krueger et Malečková n’établissent aucun lien robuste entre faible éducation et engagement violent, et d’autres ont même relevé une surreprésentation de diplômés parmi les militants. Le vrai facteur de risque n’est pas l’inculte, c’est le diplômé sans avenir, l’attente déçue. Ce qui déplace l’enjeu : le danger n’est pas un peuple inéduqué, c’est une jeunesse éduquée sans horizon. La réponse n’est donc pas seulement l’école, mais l’école qui mène quelque part.

Pourquoi la fondation ne se bâtit jamais

Reste à comprendre pourquoi ce chantier, en soixante ans et sous tous les régimes, n’aboutit pas. Quatre causes, structurelles et non morales, se conjuguent.

La démographie d’abord : avec l’une des fécondités les plus élevées du monde et une population qui pourrait doubler en une génération, le système éducatif doit courir à perdre haleine pour ne pas reculer. Le legs colonial ensuite : une école jamais véritablement refondée depuis 1960, inadaptée dans sa langue comme dans ses contenus. L’instabilité chronique, qui disperse les efforts à chaque soubresaut. Et aujourd’hui la guerre, qui ferme physiquement les écoles et referme un cercle vicieux implacable : l’insécurité prive d’école une jeunesse rurale qui, sans instruction ni emploi, devient plus vulnérable aux économies de guerre, aux pressions locales et aux recrutements armés, lesquels nourrissent à leur tour l’insécurité.

À cela s’ajoute un courant plus diffus, qu’il serait malhonnête de taire : une certaine dévalorisation du savoir et de l’intellectuel, qui se pare aujourd’hui du langage de l’entrepreneuriat — « l’école ne sert à rien, seul compte l’argent ». Ce courant n’est pas malien, il est mondial ; l’historien Richard Hofstadter en décrivait déjà la version américaine. Mais il coûte plus cher à un pays qui peut le moins se permettre ce luxe, et il prospère sur une vieille ambivalence malienne envers son élite instruite. Valoriser la rupture spectaculaire au détriment de la construction patiente, c’est risquer d’aggraver ce penchant au moment où il faudrait l’inverser.

La refondation qui ne se décrète pas

La transition a fait de la refondation son mot d’ordre. Or la refondation la plus profonde est aussi la moins spectaculaire et la moins inscriptible sur un drapeau : c’est l’école. L’historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo le résumait d’une formule devenue célèbre : « éduquer ou périr », et rappelait qu’« on ne développe pas, on se développe », ce qui suppose précisément la capacité que seule l’instruction édifie.

Le geste le plus souverain qu’un gouvernement malien puisse accomplir n’est pas d’expulser une force ni de battre monnaie. C’est de faire en sorte que, dans vingt ans, l’enfant de Douentza ou de Kidal sache lire, écrire et choisir. La souveraineté qu’on proclame est l’affaire d’un jour ; celle qui se construit est l’affaire d’une génération, et elle passe par une salle de classe qui reste ouverte. En 1962 déjà, le Mali croyait conquérir sa souveraineté en battant sa propre monnaie ; il l’a perdue faute de fondations. Le pays risque de revivre la même leçon, sur un autre terrain, s’il continue de confondre les symboles de l’indépendance avec ses conditions réelles. La dernière frontière n’est pas au-dehors. Elle est dans ce que nous transmettons ou non à nos enfants. Et c’est celle qui vaut toutes les autres.

Dr. Oumar SIDIBE

 

Paix et réconciliation : Bamako redessine les contours du dialogue

Le Mali crée une Agence nationale pour la Consolidation de la Paix dans le prolongement de la Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale. Cette relance intervient après la dénonciation de l’Accord issu du processus d’Alger et alors que plusieurs anciens acteurs du processus sont poursuivis ou sanctionnés.

Adoptée le 19 juin 2026, la création de cette agence prend la suite de l’Agence de Développement du Nord du Mali, créée en 2005 pour Tombouctou, Gao et Kidal. Le gouvernement justifie cette restructuration par les difficultés de l’ancienne structure dans l’exécution de sa mission et par l’appropriation nationale du processus de réconciliation. La nouvelle agence doit « contribuer durablement à la consolidation de la paix, à la réconciliation nationale et au renforcement de la cohésion sociale », notamment dans les zones fragiles ou affectées par les crises.

Cette réforme suit une chronologie assumée par Bamako. En 2015, l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger avait réuni l’État, la Plateforme et la Coordination des mouvements de l’Azawad autour du désarmement, de la réintégration des ex-combattants, de la décentralisation et du développement du Nord. Ses mécanismes avaient associé des responsables politico-militaires alors considérés comme des interlocuteurs nécessaires.

Rupture

Après la dénonciation de l’accord, en janvier 2024, les autorités ont lancé le Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation nationale. Son Comité de pilotage, créé le 26 janvier 2024, avait été confié à l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. À son installation, celui-ci conditionnait la réussite de cette mission au « précieux concours de toutes les Maliennes et de tous les Maliens ».

Ousmane Issoufi Maïga avait ensuite présidé la Commission chargée de rédiger la Charte nationale, après des consultations avec autorités coutumières, responsables religieux, femmes, jeunes, partis, syndicats et universitaires. Remis au Président de la Transition en juillet 2025, le texte a été adopté le mois suivant par le CNT. Lors de sa remise, Assimi Goïta avait appelé les Maliens des groupes armés à « déposer les armes » et à « revenir dans la République ».  Un Observatoire de la Paix et de la Réconciliation nationale, rattaché à la Présidence et présidé également par Ousmane Issoufi Maïga, assure depuis mars 2026 le suivi de cette Charte.

La nouvelle agence apparaît comme l’instrument administratif censé traduire cette orientation en actions concrètes. Mais ce nouveau cadre se met en place dans un paysage transformé. Des figures de l’ancien processus d’Alger sont visées. Certaines font l’objet de sanctions financières ciblées, avec gel des biens et ressources économiques pour six mois renouvelables. D’autres ont été citées dans l’enquête judiciaire ouverte en novembre 2023 contre des responsables proches des groupes signataires.

Interlocuteurs

Parmi les profils récemment visés figurent Mohamed Elmaouloud Ould Ramadane, ancien Porte-parole de la CMA devenu voix du FLA, Ahmada Ag Bibi, ancien député d’Abeïbara et figure du HCUA, Almouzamil Ag Mohamed, ancien responsable de communication de la CMA, Boubacar Siddigh Ould Taleb, lié aux mouvements arabes du Nord, et Haballah Ag Hamzatta, passé par le GATIA avant de rejoindre les rangs de la rébellion. Alghabass Ag Intalla, figure du HCUA, Bilal Ag Acherif, figure du MNLA et de la CMA, et Achafagui Ag Bouhada, chef militaire du HCUA, avaient déjà été associés aux premières mesures.

Le volet judiciaire renvoie à Ibrahim Ould Handa, cadre du MAA – CMA, Hanoune Ould Ali, acteur d’arrangements locaux entre mouvements du Nord, Mohamed Ag Najim, ancien chef militaire du MNLA et de la CMA, et Housseine Ould Ghoulam, responsable militaire du MAA dans la région de Tombouctou. Fahad Ag Almahmoud, ancien Secrétaire général du GATIA, lui aussi poursuivi, a été tué en décembre 2024 à Tinzaouatène. Cette lecture sécuritaire des anciens acteurs du processus éclaire aussi la rupture politique autour du nouveau cadre, que Mohamed Elmaouloud Ould Ramadane avait rejeté, y voyant un « simulacre ».

La question centrale reste celle de l’inclusion. Les initiatives nationales récentes se sont construites sans une partie des anciens interlocuteurs du Nord, alors que les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont rappelé que les anciens équilibres gardent une capacité de nuisance. La réussite de l’agence dépendra de relais crédibles dans les territoires et auprès des communautés. Pour Bamako, le défi est de refonder le dialogue sans revenir à l’ancien cadre, tout en évitant que l’exclusion des interlocuteurs d’hier ne devienne un blocage supplémentaire.

 

Modibo Fofana : « La rapidité ne doit jamais se faire au détriment de la rigueur »

Pour Modibo Fofana, Président de l’Association des professionnels de la presse en ligne (APPEL Mali), la presse en ligne doit rester un espace d’information fiable malgré la pression des réseaux sociaux. Il insiste sur la vérification, la modération et la responsabilité professionnelle face à la course au buzz.

Quel rôle les médias en ligne doivent-ils jouer dans le contexte actuel ?

Les médias en ligne ont une responsabilité majeure dans la qualité de l’information diffusée au public. Ils doivent vérifier les contenus avant publication et éviter de relayer des messages pouvant inciter à la violence ou à la discrimination. Leur rôle ne se limite pas à informer rapidement. Ils doivent aussi mettre en place des mécanismes de modération, promouvoir une information équilibrée et respecter la dignité humaine. Ils ont également une mission éducative, en aidant les citoyens à développer leur esprit critique et à participer à un débat public fondé sur le respect.

Quels sujets exigent le plus de prudence au Mali ?

Les sujets liés à la sécurité, à la politique et aux relations entre communautés sont particulièrement sensibles, parce qu’ils suscitent de fortes émotions. Les questions religieuses et diplomatiques demandent aussi beaucoup de précaution lorsqu’elles touchent à l’identité, à la souveraineté nationale ou aux valeurs sociales. Dans ces domaines, une rumeur ou une information mal traitée peut rapidement accentuer les tensions.

La vitesse imposée par les réseaux sociaux change-t-elle le métier ?

Oui, l’information circule aujourd’hui à une vitesse sans précédent. Mais la rapidité ne doit jamais se faire au détriment de la rigueur. Une information vérifiée, contextualisée et traitée avec sérieux peut prendre plus de temps à publier qu’un contenu brut. Sa crédibilité lui permettra toutefois de s’imposer durablement et de gagner la confiance du public.

Le buzz menace-t-il la crédibilité des médias ?

Le goût du buzz et la recherche d’audience peuvent pousser certains acteurs à privilégier l’émotion, la vitesse ou le sensationnel. Cette logique augmente le risque de diffuser des contenus inexacts ou trompeurs. Pour préserver la confiance, les médias doivent rester attachés aux règles déontologiques et aux procédures de vérification.

Que fait APPEL Mali pour accompagner les journalistes en ligne ?

APPEL Mali travaille au renforcement des capacités des journalistes afin de promouvoir un exercice plus professionnel du métier. Deux commissions ont été mises en place pour rappeler l’importance de l’éthique et de la déontologie. La Charte de la presse en ligne sert aussi de cadre de référence pour encourager la modération des contenus et une plus grande responsabilité dans la diffusion de l’information.

Solaire : Prudence sur les toits

Les délestages ont poussé de nombreux Bamakois à chercher leur propre lumière. Dans les familles, les ateliers, les commerces et les immeubles, les panneaux solaires se multiplient, souvent comme une réponse de survie à une fourniture électrique devenue irrégulière. Ce choix est légitime. Quand le courant manque pendant de longues heures, il faut préserver la nourriture, travailler, étudier, communiquer et même tout simplement vivre.

Mais l’hivernage impose une autre urgence. Les vents violents accompagnant les orages peuvent arracher des tôles, déraciner des arbres et projeter des objets lourds à plusieurs mètres. Un panneau solaire mal fixé, installé sur une toiture fragile ou posé sans résistance, est un danger pour les habitants, les voisins et les passants.

Le solaire ne peut pas être seulement une affaire de vente rapide et de pose approximative. Il doit être mieux encadré, avec des installateurs identifiés, des règles minimales d’ancrage, des contrôles avant l’hivernage et une information claire des propriétaires. La solidité des bâtiments varie, les toitures n’ont pas toutes la même capacité de résistance et aucune installation ne devrait être posée sans vérification sérieuse.

L’État, les mairies, les services techniques et les professionnels ont ici une responsabilité partagée. Il ne s’agit pas de freiner le recours au solaire, mais de le sécuriser. À Bamako, cette énergie est devenue une nécessité. Elle peut alléger la souffrance des ménages et soutenir les petites activités.

Encore faut-il qu’elle ne crée pas d’autres risques. Sortir de l’obscurité ne doit pas signifier installer au-dessus de nos têtes des équipements capables de blesser ou de tuer au premier grand vent. Le solaire protège lorsqu’il est maîtrisé, mais il expose lorsqu’il est improvisé.

 

Deux et trois roues : Un encadrement renforcé en Afrique de l’Ouest

Du Sénégal à la Côte d’Ivoire, en passant par le Niger et le Burkina Faso, plusieurs pays ouest-africains ont renforcé ces dernières années l’encadrement des deux et trois roues. Une évolution qui traduit la volonté des États de mieux suivre un parc en pleine expansion.

Les motos occupent aujourd’hui une place centrale dans les déplacements quotidiens à travers l’Afrique de l’Ouest. Face à leur multiplication, plusieurs États ont engagé des réformes destinées à mieux identifier les engins en circulation et leurs propriétaires.

Au Sénégal, cette volonté s’est traduite, début 2025, par une vaste campagne de régularisation des deux-roues motorisés. Les propriétaires ont été invités à obtenir les documents nécessaires et à faire immatriculer leurs engins, sous peine de sanctions. Face à l’affluence, les délais accordés aux usagers ont même été prolongés afin de permettre au plus grand nombre de se conformer aux exigences réglementaires.

Du côté du Niger, les autorités nationales ont également renforcé les contrôles des engins circulant sans plaque ou sans documents réglementaires. Cette politique s’accompagne, depuis le 22 octobre 2024, de mesures destinées à faciliter les démarches administratives et à encourager la mise en règle des propriétaires.

Même logique d’encadrement

Le Burkina Faso s’inscrit lui aussi dans cette dynamique. Si l’immatriculation des motos y est obligatoire depuis plusieurs années, le gouvernement a renforcé depuis novembre dernier les mécanismes d’identification des engins. Les vendeurs sont notamment tenus d’accomplir certaines formalités administratives avant la remise des motos à leurs acquéreurs, limitant ainsi les risques de circulation sans identification.

Sur le littoral ouest-africain, la Côte d’Ivoire poursuit des objectifs similaires. Les motos doivent être enregistrées et disposer de documents permettant d’identifier clairement leurs propriétaires. Cette politique accompagne les efforts de formalisation d’un secteur en pleine croissance, notamment dans les grandes villes, où les deux-roues occupent une place croissante dans les activités de transport et de livraison.

D’un pays à l’autre, les modalités diffèrent, mais les objectifs poursuivis restent largement les mêmes. Les États cherchent à mieux connaître leur parc roulant, à faciliter l’identification des propriétaires en cas de vol ou d’infraction et à renforcer le suivi administratif d’un secteur longtemps marqué par l’informel.

À mesure que les motos et tricycles s’imposent dans les économies ouest-africaines, leur encadrement apparaît de plus en plus comme un enjeu de gouvernance, de mobilité et de modernisation des services publics.

Mohamed Kenouvi 

Motos au Mali : Le défi de la traçabilité

Entre opération spéciale d’immatriculation et restrictions visant les grosses cylindrées, les autorités entendent mieux encadrer un parc de deux et trois roues devenu incontournable. Une démarche portée par des impératifs de sécurité, mais qui soulève aussi des enjeux de mobilité pour les populations.

Dans la cour de la Direction régionale des transports du District de Bamako, à Sogoniko, les motos occupent plusieurs espaces. En ce lundi 22 juin 2026, alors qu’il sonne 12h20, quelques dizaines d’engins sont garés, en attente d’expertise. Sous une tente, des usagers patientent ou s’informent sur l’état d’avancement de leur dossier. L’affluence est modérée à cette heure de la journée, mais les agents et bénévoles mobilisés assurent que les matinées sont généralement plus animées.

Parmi les usagers présents, Moussa Koné ne cache pas son impatience. « J’ai fait le dépôt mardi dernier et chaque jour je reviens, mais mon dossier n’est toujours pas sorti », confie-t-il.

Depuis le 15 juin, le ministère des Transports et des Infrastructures a lancé une opération spéciale d’immatriculation des motos et tricycles sur l’ensemble du territoire national. L’opération concerne les engins motorisés à deux et trois roues, pour un coût fixé à 12 000 francs CFA par engin, avec paiement via Trésor Pay. Elle intervient quelques jours seulement après l’annonce de mesures restrictives visant les motos de 125 cm³ et plus, désormais interdites de circulation hors des grandes agglomérations. Leur importation, leur transit, leur commercialisation, leur vente et leur distribution gratuite, ainsi que celles de leurs accessoires et composants, ont également été suspendus pour une durée d’un an renouvelable.

Derrière ces décisions se dessine une volonté plus large : mieux identifier les engins en circulation dans un contexte marqué par les défis sécuritaires.

Passage obligé

Au centre de Sogoniko, le processus suit un parcours bien défini. Les propriétaires doivent d’abord se présenter avec leur engin et les documents requis : copie de la carte biométrique, du passeport ou du permis de conduire, certificat de résidence, facture d’achat ou vignette en cours de validité.

Les experts procèdent ensuite à l’examen des motos. Certains sont affectés aux motos de faible cylindrée, en l’occurrence les motos « Jakarta », d’autres aux engins de 125 cm³ et plus ainsi qu’aux tricycles. Une déclaration de mise en circulation est établie avant la transmission du dossier aux services chargés du traitement.

Bénévole sur le site, Modibo Bengaly participe à l’accompagnement des usagers. Une fois les dossiers traités, il contacte les propriétaires afin de leur permettre de récupérer leur référence de paiement via Trésor Pay.

« Toute personne ayant son numéro de dossier reçoit une référence lui permettant d’effectuer son paiement directement sur le site officiel du Trésor. Ici, nous n’encaissons aucun argent », explique-t-il.

Selon lui, l’opération connaît un intérêt réel de la part des propriétaires d’engins. Mais elle n’est pas exempte de difficultés. « Certains usagers s’énervent parce qu’ils ont déposé leur dossier depuis plusieurs jours sans recevoir la référence leur permettant de finaliser la procédure », indique-t-il.

Au lancement de l’opération, les délais de traitement étaient relativement courts. Avec l’afflux progressif des demandes, ils ont été rallongés, afin de permettre une meilleure gestion des dossiers, à en croire un technicien chargé de l’expertise des motos ayant requis l’anonymat.

Cadre formel

L’immatriculation des engins à deux et trois roues n’est pourtant pas une nouveauté au Mali. L’arrêté n°2023-5150/MTI-SG du 29 décembre 2023 fixant les conditions et modalités d’immatriculation de ces engins est venu renforcer une réglementation déjà en vigueur de longue date. Dans les faits toutefois, une part importante du parc roulait sans plaque.

L’opération actuellement en cours vise ainsi à accélérer la mise en conformité des propriétaires tout en renforçant la traçabilité des engins. Pour les usagers, l’immatriculation peut constituer une garantie supplémentaire en cas de vol ou de litige. Elle permet également d’établir un lien officiel entre le propriétaire et son engin.

Pour les services de l’État, les bénéfices attendus sont multiples. L’opération devrait contribuer à une meilleure connaissance du parc roulant national, à améliorer l’identification des propriétaires et à faciliter les enquêtes lorsqu’un engin est impliqué dans un accident ou une infraction.

Plus que la simple délivrance de plaques, l’objectif est aussi de faire entrer un secteur longtemps marqué par l’informel dans un cadre davantage structuré. Les commerçants disposant de stocks ou de commandes en cours de motos de 125 cm³ et plus ont quant à eux 90 jours pour les déclarer auprès de la DGCC ou de ses Directions régionales.

Sécurité, donc nouvelles règles

La dimension sécuritaire est toutefois au cœur des mesures récemment adoptées. Le 3 juin dernier, le gouvernement a annoncé l’interdiction de circulation des motos de 125 cm³ et plus hors des grandes agglomérations. Une décision qui s’inscrit dans le cadre du renforcement de la lutte contre le terrorisme.

La mesure ne concerne pas le District de Bamako ni les chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement. Le représentant de l’État peut toutefois l’étendre localement en cas de nécessité.

Pour l’analyste sécuritaire Yacouba Sogoré, ces engins occupent aujourd’hui une place centrale dans les modes opératoires des groupes armés. « Les motos sont considérées aujourd’hui comme emblématiques pour les groupes armés. Elles constituent leur moyen de déplacement privilégié et jouent un rôle stratégique dans leurs opérations », explique-t-il. Selon lui, leur maniabilité constitue l’un de leurs principaux atouts.

« Dans des zones où les véhicules ont du mal à circuler, les motos peuvent emprunter des pistes étroites et difficiles d’accès. Elles permettent également des déplacements rapides, des attaques éclairs et facilitent la fuite après les opérations ». Leur coût relativement faible et leur disponibilité sur les marchés locaux expliquent également leur popularité auprès des groupes armés.

Dans ce contexte, l’immatriculation généralisée apparaît comme un outil complémentaire. « Chaque moto enregistrée devient plus facile à identifier. Le propriétaire est connu et toute moto circulant sans plaque devient plus facilement repérable », souligne l’expert.

Sans constituer une réponse unique aux défis sécuritaires, la mesure pourrait ainsi renforcer les capacités de contrôle des forces de défense et de sécurité.

Entre sécurité et mobilité

L’application des nouvelles règles soulève cependant une autre question : celle de leurs conséquences sur les populations. Dans de nombreuses localités rurales, la moto constitue bien plus qu’un simple moyen de transport. Elle permet de rejoindre les champs, les marchés hebdomadaires, les centres de santé ou encore les établissements scolaires.

Les motos de forte cylindrée sont également utilisées pour transporter des produits agricoles, des intrants ou encore de petites marchandises sur des pistes parfois difficilement praticables.

L’interdiction de circulation des motos de 125 cm³ et plus hors des grandes agglomérations pourrait donc avoir des répercussions sur certaines habitudes de déplacement, notamment dans les zones où les alternatives demeurent limitées.

Les enseignants affectés en milieu rural, les agents de santé ou encore certaines organisations humanitaires utilisent eux aussi régulièrement ces engins pour accéder à des localités éloignées.

Pour Yacouba Sogoré, la recherche d’un équilibre sera déterminante. « Les motos de forte cylindrée sont essentielles pour la plupart de nos concitoyens. Tout se fait avec elles, qu’il s’agisse du transport des vivres ou des déplacements entre villages », rappelle-t-il.

Selon lui, la réussite des mesures passera notamment par la sensibilisation des populations, la collaboration avec les communautés locales et la mise en place de mécanismes permettant de signaler les engins circulant en violation des restrictions.

L’expert estime également que les autorités devront accompagner les populations dans cette phase d’adaptation afin de limiter les perturbations pour les activités quotidiennes.

Avec l’opération d’immatriculation et des restrictions visant les grosses cylindrées, le gouvernement cherche à reprendre le contrôle d’un secteur longtemps resté peu encadré. L’enjeu dépasse la simple question administrative : il touche à la sécurité, à la mobilité et à l’organisation d’un mode de transport indispensable pour des millions de Maliens.

Campagne agricole : Les producteurs attendent les moyens

Pour la campagne agricole 2026, le Mali vise près de 12 millions de tonnes de céréales, et environ 600 000 tonnes de coton. Une hausse respective de 4% et 34% par rapport à la campagne précédente. Des objectifs ambitieux dont la concrétisation reste confrontée à des défis importants.

La 16ème session du Conseil supérieur de l’Agriculture tenue ce 9 juin 2026 sous la présidence du chef de l’Etat lance officiellement la campagne agricole. Elle prévoit notamment la production de 11 916 000 tonnes de céréales, 598 000 tonnes de coton ou encore 328 000 tonnes de pomme de terre. Mais la réalisation de ces objectifs ambitieux fait face à de nombreux défis.

Avec un coût estimé à 164 milliards 389 000 000 FCFA, la campagne maintient le prix du coton au producteur à 300 FCFA, celui de l’engrais minéral subventionné dont le sac de 50 Kg est à 15 000 FCFA, soit 1 000 Fcfa de plus que l’année dernière, et l’engrais organique à 3 000 FCFA.

Les « projections sont importantes, mais elles doivent être en adéquation avec les réalités du moment », note Abdrahamane Tamboura, économiste.

Coton en recul

Concernant la production de coton, « le constat est que les producteurs ne sont pas très motivés ». Le retard dans le paiement des producteurs et l’accès aux intrants ont entravé le déroulement serein de la campagne. Une situation qui n’encouragera pas les producteurs, attirés vers d’autres spéculations plus « rentables », comme le maïs, l’arachide ou encore le sésame dont la demande reste forte. En outre, le prix au producteur qui stagne ne pousse pas davantage les producteurs à maintenir le niveau de production ou même à motiver d’autres acteurs. Une stratégie plus incitative serait donc appréciée.

L’autre défi est la disponibilité à temps des engrais. Si la campagne est officiellement lancée, elle tarde à se mettre en place, relève Monsieur Tamboura. Pour une saison annoncée « irrégulière » par la météo, il faut une anticipation, or la distribution de l’engrais subventionné n’a pas encore démarré, alors que l’hivernage est déjà en cours.

Scepticisme

Cette campagne ambitieuse, démarre dans un contexte particulier marqué par  l’interdiction de certains engins, notamment dans les zones de production, ce qui va provoquer des restrictions de mouvement et jouer sur la mobilité et la performance des producteurs, note M. Abdoulaye Koureissy, coordinateur national de la plateforme nationale des producteurs de riz du Mali.  L’accès difficile aux engrais dont la quantité subventionnée a drastiquement diminué depuis 5 ans fait aussi partie  des contraintes à regarder de près au cours de cette campagne.

Si des « efforts louables » sont à reconnaître, sur le plan sécuritaire, il faut dire que le rendement reste l’une des faiblesses de « notre agriculture », ajoute M. Koureissy.

En effet, alors que l’engrais subventionné coûte 15 000 FCFA le sac, il faut compter le triple pour un producteur qui n’a accès qu’à un sac sur six, normalement pour un hectare. A cela s’ajoute, le retard récurrent pour disposer de l’engrais.

Même si elle ne fait pas partie intégrante de la campagne de production, la commercialisation, reste un goulot d’étranglement pour les producteurs. Les acteurs de la filière riz, ont dû mener « un fort plaidoyer », ayant conduit à l’achat d’urgence par les autorités de 26 030 tonnes de riz invendu de la précédente campagne.

Aussi, pour faire du Mali un pays producteur et exportateur de céréales, selon les objectifs, il faut se donner les moyens, en assurant davantage la sécurité et en garantissant l’accès à temps opportun des facteurs de production dont l’engrais.

 

Arrivées de réfugiés vers Koro : Moins de nouveaux arrivants

Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) et le Gouvernement du Mali , à travers la Commission nationale chargée des réfugiés (CNCR) avaient recensé depuis juin, 1 419 ménages soit 4 257 personnes arrivées du Burkina Faso vers le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara. Depuis, certaines d’entre elles sont retournées au Burkina Faso et d’autres se sont rendues dans d’autres villes du Mali, mais le nombre de nouvelles arrivées est en baisse, selon le HCR.

Dans une note publiée ce 18 juin 2026, le HCR indique que certains réfugiés ont quitté la ville de Koro pour le Burkina Faso, notamment vers Dédougou et Bobo-Dioulasso, alors que

d’autres ont choisi  différentes localités du Mali, dont Bankass, Mopti, Ségou et Sikasso.

« De nouvelles arrivées continuent d’être enregistrées à Koro, mais à un rythme inférieur à celui observé fin mai et début juin », ajoute le HCR.

Pour les nouveaux arrivants, ce sont des contraintes liées au transport qui avaient retardé leur arrivée dans la ville de Koro. Ils sont aussi nombreux à ne pas vouloir quitter leurs localités d’accueil (Mopti, Koro) à court terme. La plupart d’entre eux, ayant été dépouillés de leurs biens, ce qui souligne l’importance des besoins de protection et d’assistance.

Au 16 juin 2026, l’exercice de préenregistrement effectué par le HCR et le Gouvernement a permis de dénombrer 1 008 ménages soit 3 336 personnes, indique le HCR. Ces données partagées avec les partenaires, permettent d’établir la planification des besoins prioritaires, notamment dans les domaines de l’eau,  l’hygiène, l’assainissement, la santé et l’assistance alimentaire.

Par ailleurs, les sites initialement occupés par les réfugiés ont été libérés, suite au retour vers le Burkina Faso et le départ vers d’autres villes du Mali, ainsi que l’accueil des nouveaux arrivants dans les familles hôtes, à Koro et environs.

 

AES : les ministres veulent une diplomatie coordonnée

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger veulent mieux coordonner leur action diplomatique au sein de la Confédération des États du Sahel. Réunis le 20 juin 2026 à Bamako, leurs ministres des Affaires étrangères ont mis l’accent sur les positions communes, les partenariats internationaux, la sécurité et la communication.

Bamako a accueilli, vendredi 20 juin, une réunion des ministres des Affaires étrangères de la Confédération des États du Sahel. La rencontre s’inscrit dans la mise en œuvre de la Feuille de route de l’An II de l’AES, précisément dans son pilier Diplomatie. Elle intervient dans un contexte où le Mali, le Burkina Faso et le Niger cherchent à donner plus de cohérence à leur présence extérieure et à porter davantage de positions communes sur les grands dossiers régionaux et internationaux.

La réunion était présidée par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré. La délégation malienne était conduite par Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, tandis que celle du Niger était conduite par Bakary Yaou Sangaré, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’Extérieur. Avant la rencontre ministérielle, les hauts fonctionnaires des trois pays s’étaient réunis les 17 et 18 juin pour préparer les dossiers soumis aux ministres.

Parler d’une seule voix

L’un des principaux enseignements de cette rencontre est la volonté des trois États de renforcer leur coordination diplomatique. Le communiqué final insiste sur la nécessité de consolider les mécanismes existants afin de permettre au Mali, au Burkina Faso et au Niger de “parler d’une seule voix” sur les sujets d’intérêt commun.

Cette orientation traduit la volonté de faire du cadre de dialogue diplomatique de l’AES un outil plus régulier de concertation. Pour les trois capitales, l’objectif est de mieux préparer les positions défendues dans les rencontres internationales et de réduire les écarts de discours entre les représentations des États membres.

La réunion a aussi porté sur la diversification et le raffermissement des partenariats internationaux de la Confédération. Dans la vision portée par les autorités des trois pays, l’AES doit pouvoir défendre ses propres priorités, élargir ses relations extérieures et organiser ses alliances en fonction de ses intérêts politiques, sécuritaires et économiques.

Des représentations extérieures mieux organisées

Les ministres ont également abordé la coordination entre les missions diplomatiques et les postes consulaires des trois pays. Les chefs de missions diplomatiques et consulaires sont invités à renforcer les initiatives communes dans leurs pays de résidence, afin de donner plus de visibilité aux positions de l’AES.

Un autre point important concerne l’étude d’une carte diplomatique confédérale. Cette réflexion vise à améliorer la couverture du monde par les trois États, en tenant compte de leurs moyens, de leurs priorités et de la nécessité d’être présents dans les espaces jugés stratégiques.

La 81e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies, prévue en septembre 2026 à New York, apparaît comme l’un des prochains rendez-vous majeurs pour cette coordination. Les trois pays entendent y poursuivre leur synergie diplomatique et défendre des positions mieux concertées dans une enceinte internationale de premier plan.

Le communiqué évoque aussi les progrès réalisés dans la construction institutionnelle de la Confédération, notamment la ratification et l’entrée en vigueur de plusieurs instruments juridiques confédéraux. Ces avancées sont présentées comme une étape dans la mise en œuvre des orientations données par les chefs d’État du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Sécurité et communication au cœur des échanges

La rencontre de Bamako a également accordé une place importante aux questions sécuritaires. Les ministres ont condamné les actions terroristes et de déstabilisation visant les trois États membres de l’AES. Ils ont notamment évoqué les attaques du 25 avril 2026 au Mali, présentées dans le communiqué comme des attaques contre les institutions de la Transition, et ont salué la réaction des Forces armées maliennes ainsi que la mobilisation des populations civiles.

Le Niger a aussi été mentionné après la tentative d’incursion contre l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, survenue le 18 juin 2026. Les ministres ont condamné cette attaque et salué le professionnalisme des Forces armées nigériennes.

La communication constitue un autre axe de travail. Les ministres ont dénoncé les campagnes de désinformation et de manipulation visant les pays de la Confédération. Ils ont convenu de renforcer la coordination entre les structures chargées de la communication dans les trois États, afin d’apporter des réponses plus concertées aux discours jugés hostiles à l’AES.

À Bamako, les ministres des Affaires étrangères ont donc cherché à poser les bases d’une action extérieure plus organisée. Pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, l’enjeu est désormais de faire fonctionner cette coordination dans la durée, aussi bien dans les chancelleries que dans les grandes tribunes internationales.

Contrôle fiscal : Marcel Dembélé publie un guide pratique pour les entreprises maliennes

Le paysage éditorial malien s’enrichit d’une nouvelle référence en matière de fiscalité. L’auteur et spécialiste du droit fiscal Marcel Dembélé vient de publier Fiscalité des entreprises au Mali – Le contrôle fiscal des entreprises : techniques et pratiques, un ouvrage qui se veut à la fois pédagogique, pratique et ancré dans les réalités du terrain.

Cette deuxième édition, parue en ce mois de juin 2026 aux Bandama Éditions, s’inscrit dans la continuité d’un premier volume publié en 2024 et consacré à une présentation générale de la fiscalité applicable aux entreprises au Mali. Cette fois, l’auteur choisit de concentrer son analyse sur une question devenue centrale pour les acteurs économiques : le contrôle fiscal.

Dans un environnement réglementaire en constante évolution, où les exigences de conformité prennent une importance croissante, l’ouvrage entend fournir aux entreprises les clés nécessaires pour comprendre les procédures de vérification, anticiper les risques fiscaux et mieux appréhender les méthodes mises en œuvre par l’administration fiscale.

Au plus près du terrain

L’une des principales originalités du livre réside dans son approche résolument opérationnelle. À travers 21 cas pratiques corrigés, couvrant notamment les secteurs bancaire, assurantiel, minier, pétrolier, industriel, commercial, des télécommunications ou encore de la monnaie électronique, Marcel Dembélé met en lumière les situations concrètes auxquelles peuvent être confrontées les entreprises lors d’un contrôle fiscal.

L’ouvrage aborde notamment les procédures de rectification et de taxation d’office, les méthodes de reconstitution du chiffre d’affaires, les techniques de contrôle appliquées à différents secteurs économiques, ainsi que les modalités de calcul des principaux impôts et taxes. Des recommandations destinées à renforcer l’efficacité du contrôle fiscal y sont également développées.

Inspecteur des Impôts, docteur en droit privé spécialisé en fiscalité pétrolière et enseignant dans plusieurs universités maliennes, Marcel Dembélé s’appuie sur une solide expérience professionnelle et académique pour proposer un contenu accessible aux praticiens comme aux universitaires.

Actuellement chargé de la législation fiscale à la Direction générale des Impôts du Mali, il signe avec cette publication un guide de référence destiné aux entreprises, aux administrations, aux experts-comptables, aux juristes et à l’ensemble des acteurs concernés par les enjeux fiscaux.

 

Rapport ITIE 2024 : 978,3 milliards de FCFA de revenus miniers injectés dans les finances publiques

À travers une séance d’échanges avec les médias, le 17 juin 2026 à Bamako, l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-Mali) a présenté les principaux résultats de son rapport 2024. Revenus miniers, contribution à l’économie nationale, retombées pour les collectivités et contenu local : les chiffres confirment le poids stratégique du secteur extractif dans l’économie malienne.

Présidée par Rakiatou Arbi, conseillère technique représentant le ministre des Mines, la séance de dissémination du rapport ITIE 2024 a permis aux journalistes de prendre connaissance des principaux indicateurs du secteur extractif malien. Production minière, revenus publics, retombées pour les collectivités territoriales, dépenses sociales et contenu local figuraient au cœur des échanges.

À l’ouverture des travaux, la représentante du ministre a rappelé que les ressources minières du pays appartiennent à l’ensemble de la population et que leur exploitation doit s’effectuer dans la transparence et la redevabilité. Elle a également souligné le rôle de l’ITIE dans la mise à disposition d’informations fiables sur les paiements effectués par les sociétés extractives, les revenus perçus par l’État ainsi que les bénéfices générés pour les communautés.

Le secteur extractif demeure un pilier de l’économie malienne. En 2024, il a représenté 9,5% du produit intérieur brut (PIB), 40,9% des recettes fiscales de l’État et 78,8% des recettes d’exportation du pays.

Des revenus miniers en nette progression

L’un des faits marquants du rapport est la progression significative des revenus miniers collectés par le Trésor public. Ceux-ci sont passés de 641,6 milliards de FCFA en 2023 à 978,3 milliards de FCFA en 2024, soit une hausse de plus de 52%.

La quasi-totalité de ces ressources a été orientée vers le budget national, qui a reçu 954,19 milliards de FCFA. D’autres prélèvements ont alimenté notamment l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Fonds national de logement ainsi que plusieurs structures liées au secteur.

Présentant la synthèse du rapport, le secrétaire permanent par intérim de l’ITIE-Mali, Boureima Cissé, a insisté sur l’importance de ces ressources pour le fonctionnement de l’État.

« Dire que l’or ne brille pas pour les Maliens, il faut relativiser. Sur les 978 milliards, 90% sont partis au budget national », a-t-il affirmé.

Pour illustrer son propos, il a ajouté : « Si on paye les salaires des fonctionnaires, si on équipe l’armée nationale et qu’on est fier aujourd’hui de notre armée, il y a la part du secteur minier. »

Le rapport révèle également que les collectivités territoriales des zones minières ont bénéficié de 10,56 milliards de FCFA au titre de la patente et de la taxe de voirie. Avec plus de 8,5 milliards de FCFA, la région de Kayes concentre l’essentiel de ces transferts, loin devant Sikasso (1,56 milliard de FCFA) et Bougouni (près de 486 millions de FCFA).

Une production en baisse mais un secteur toujours dominant

Si l’activité extractive continue de soutenir fortement l’économie nationale, la production aurifère a toutefois enregistré un recul en 2024. La production déclarée s’est établie à 54,88 tonnes contre 66,42 tonnes en 2023, soit une baisse d’environ 21%.

L’or reste néanmoins la substance largement dominante du secteur. À lui seul, il représente près de 95% de la valeur totale de la production minérale nationale, estimée à plus de 1 719 milliards de FCFA. La région de Kayes demeure le principal bassin de production avec 79% du volume national, devant Sikasso (20%) et Koulikoro (1%).

Les exportations du secteur industriel ont dépassé 52 tonnes d’or pour une valeur avoisinant 1 600 milliards de FCFA. L’Afrique du Sud demeure la principale destination de l’or malien, suivie de l’Australie, de la Suisse et des Émirats arabes unis.

Au-delà des recettes fiscales, le rapport met également en lumière les retombées économiques et sociales du secteur. Les entreprises extractives ont déclaré près de 2,8 milliards de FCFA de dépenses sociales en 2024 au profit des communautés.

Dans le même temps, leurs achats auprès des fournisseurs locaux ont atteint 556 milliards de FCFA, dont 112 milliards réalisés auprès d’entreprises répondant aux critères du contenu local définis par la législation malienne.

Le rapport couvre un périmètre de 37 entreprises extractives et 10 administrations publiques, avec un taux de couverture de 90%. Pour les responsables de l’ITIE-Mali, ces données doivent désormais nourrir le débat public sur la gouvernance des ressources naturelles, le développement des collectivités minières et la contribution réelle du secteur à l’économie nationale. Les échanges avec les journalistes ont d’ailleurs permis d’ouvrir la réflexion sur ces enjeux, au cœur des préoccupations des populations.

Mohamed Kenouvi

 

Radikal : Une startup pour moderniser les PME

Au Mali, trois jeunes de la diaspora ont lancé Radikal pour aider les PME à se moderniser numériquement. La startup veut automatiser certaines tâches et accompagner les entreprises dans leur transformation.

Diplômés au Canada, ils auraient pu poursuivre leur carrière à l’étranger. Pourtant, ils ont choisi de revenir à Bamako pour lancer Radikal, une startup spécialisée dans l’optimisation des opérations d’entreprise par la technologie. Leur ambition est d’accompagner les structures maliennes dans leur transformation numérique grâce à des solutions conçues pour les réalités locales.

Automatisation des tâches répétitives, développement d’applications sur mesure et tableaux de bord décisionnels en temps réel figurent parmi les services proposés. Dans un environnement où les PME maliennes restent encore peu digitalisées, l’arrivée d’outils adaptés peut accélérer leur passage vers des pratiques de gestion plus rigoureuses et plus lisibles. Selon les fondateurs, les logiciels importés peinent souvent à répondre aux besoins spécifiques des entreprises africaines.

Tremplin

Le contexte est révélateur. D’après l’INSTAT, le taux de chômage officiel au Mali s’élevait à 3,5% en 2024. Derrière cette statistique se cache une réalité plus complexe : près de 300 000 jeunes arrivent chaque année sur un marché du travail incapable de les absorber. Dans un pays où 60% de la population a moins de 40 ans, les diplômés font face à une inadéquation persistante entre leur formation et les besoins du secteur privé.

Du côté des entreprises, la situation n’est guère plus favorable. En 2025, seulement 38% des PME de l’UEMOA disposaient d’une stratégie numérique structurée. Beaucoup continuent de fonctionner sans outils de suivi performants ni données fiables pour orienter leurs décisions.

C’est précisément cet espace que Radikal souhaite investir, en confiant certaines tâches chronophages à des solutions automatisées afin de libérer du temps pour des activités à plus forte valeur ajoutée.

Pour les fondateurs, les défis sont nombreux, notamment dans un environnement encore peu familiarisé avec les nouvelles technologies. L’un des enjeux majeurs sera aussi de rendre ces solutions compatibles avec les contraintes locales, notamment la connectivité, la disponibilité énergétique et les exigences réglementaires de l’espace UEMOA.

Selon la Banque mondiale, les pays engagés dans la numérisation progressent plus rapidement vers leurs objectifs de développement. Pour le Mali, le chantier est immense, pour Radikal, il représente une opportunité d’avenir. Reste désormais à convaincre un tissu économique souvent prudent face aux innovations technologiques et au changement.

Ibrahim Baby

 

Sanctions financières ciblées : Bamako élargit son outil de pression sécuritaire

L’arrêté du 18 juin signé par le ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, dépasse la seule inscription de douze personnes sur la liste nationale des sanctions financières ciblées. Il confirme l’installation progressive du gel administratif des avoirs comme instrument de sécurité intérieure, mais aussi comme moyen de pression contre des réseaux d’influence, des relais politiques et des figures liées aux anciens mouvements armés du Nord.

Le texte prévoit le gel des biens et ressources économiques des personnes visées pour six mois renouvelables. Il s’appuie sur les textes nationaux relatifs à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Les griefs retenus sont formulés de manière identique pour les douze noms : soutien présumé au JNIM et au Front de libération de l’Azawad, promotion ou apologie du terrorisme, association de malfaiteurs et facilitation d’actes terroristes.
La première particularité de cette décision tient à la composition de la liste. Elle ne vise pas seulement des acteurs directement issus des groupes politico-militaires du Nord. Elle inclut aussi des personnalités du débat public, des activistes numériques, des figures politiques et des personnes dont l’influence se déploie largement hors des circuits institutionnels classiques.
Profils
Malick Konaté, fondateur de Horon TV, appartient à cette catégorie. Journaliste,  il avait quitté le Mali après avoir affirmé avoir reçu des menaces en lien avec ses productions et ses prises de position sur les partenaires sécuritaires du pays. Sékou Tounkara, connu sous le surnom de « politologue de New York », incarne une autre forme d’influence, plus directe, plus numérique, construite autour de vidéos, d’interventions publiques et d’un discours politique fortement relayé dans la diaspora. Ironie du dossier, les deux hommes s’étaient déjà opposés devant la justice malienne en 2022, après une plainte de Malick Konaté contre Sékou Tounkara pour calomnie, diffamation et dénigrement. L’affaire avait été close après retrait de la plainte et compromis entre les parties.
Kadidia Fofana offre un autre profil. Ancienne conseillère municipale en commune II de Bamako, figure féminine de la contestation « Antè A Bana », militante du Collectif des Amazones et ancienne chargée de mission au ministère de la Réconciliation nationale, elle illustre le glissement d’une partie de l’activisme civique vers une opposition plus frontale depuis l’extérieur. L’arrêté vise également Boubacar Soumahoro, dit Bouba Fané, influenceur et acteur de l’événementiel, ainsi que Youssouf Doumbia, dit Delfro, jeune créateur de contenus dont l’activité se déploie surtout sur les réseaux sociaux.
Le cas d’Ismaïla Sacko appelle une précision. Il s’agit du président du Parti social-démocrate africain, PSDA, ancien conseiller politique à la Présidence et figure de l’opposition en exil. Son parti avait déjà connu des démêlés judiciaires, avec une décision de dissolution en 2023 contestée par ses responsables. Cheick Mohamed Chérif Koné, ancien magistrat de grade exceptionnel et ancien responsable syndical de la magistrature, complète ce groupe de personnalités issues de la sphère politique, judiciaire ou citoyenne.
Nord
L’autre volet de l’arrêté renvoie aux anciennes architectures politico-militaires du Nord. Almouzamil Ag Mohamed est connu comme figure de la communication de la Coordination des mouvements de l’Azawad, ancienne coalition de groupes rebelles signataires de l’accord d’Alger. Boubacar Siddigh Ould Taleb Sidi Aly a été secrétaire général du Mouvement populaire pour le salut de l’Azawad, MPSA, groupe né en 2014 d’une scission du Mouvement arabe de l’Azawad, puis porté à la tête de la Coordination des mouvements de l’Entente, CME.
Haballah Ag Hamzatta a suivi une trajectoire plus singulière. Il a d’abord été secrétaire général adjoint du GATIA, mouvement longtemps classé parmi les groupes d’autodéfense favorables à l’unité du Mali et souvent perçu comme proche du camp pro-Bamako. En 2019, il a été exclu du GATIA avec d’autres responsables, après avoir été soupçonné de travailler au profit des séparatistes. Cette évolution résume à elle seule la complexité des alliances du Nord, où les trajectoires individuelles ont souvent traversé plusieurs camps.
Mohamed Elmaouloud Ould Ramadane est l’une des voix publiques du Front de libération de l’Azawad. Il s’est exprimé à plusieurs reprises au nom de la rébellion dans les médias internationaux, notamment après la reprise des combats entre l’armée malienne et les groupes armés du Nord. Ahmada Ag Bibi, ancien député de Kidal et notable touareg, est connu pour son poids politique dans le septentrion et pour avoir été cité par le passé dans des médiations liées à des libérations d’otages.
Portée
La portée de l’arrêté se joue donc à deux niveaux. Le premier est financier. Banques, systèmes financiers décentralisés, services de transfert d’argent, opérateurs de mobile money, notaires, intermédiaires et autres assujettis doivent bloquer les fonds, comptes, biens ou ressources économiques identifiés. Pour les personnes ayant encore des comptes, biens immobiliers, revenus, participations ou relais financiers au Mali, l’effet peut être immédiat.
Le second niveau est politique et réputationnel. Plusieurs personnes visées résident ou agissent depuis l’étranger. Dans ces cas, la mesure malienne aura un effet direct surtout sur les avoirs situés au Mali et les flux transitant par des canaux soumis au droit malien. Pour atteindre des comptes, revenus numériques, biens ou soutiens financiers localisés en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs, Bamako devra s’appuyer sur la coopération entre cellules de renseignement financier, autorités judiciaires, banques correspondantes ou mécanismes d’entraide. Sans relais extérieur, le gel risque de produire davantage un effet de signalement qu’un assèchement financier total.
Cet effet de signalement n’est pas secondaire. Être placé sur une liste nationale liée au financement du terrorisme peut compliquer l’accès aux circuits bancaires, dissuader des soutiens, refroidir des partenaires, fragiliser des collectes de fonds et réduire la marge de manœuvre de relais militants. Pour des personnalités vivant de leur exposition publique, de leurs réseaux communautaires ou de leur audience numérique, le coût peut être autant réputationnel que matériel.
Doctrine
La décision s’inscrit dans un durcissement déjà visible. En mai, les autorités avaient inscrit Oumar Mariko, Étienne Fakaba Sissoko et le Front de libération de l’Azawad sur la même liste nationale. Le nouvel arrêté élargit encore le champ, en intégrant des profils qui relèvent à la fois de l’ex-rébellion, de l’opposition politique, de la diaspora militante et de l’influence numérique. Bamako semble ainsi traiter la menace sécuritaire comme un ensemble hybride, où les armes, les flux financiers, les mots d’ordre politiques et la communication en ligne peuvent se renforcer mutuellement.
C’est précisément là que se trouve le point sensible. L’outil peut être efficace lorsqu’il cible des flux documentés, des circuits de financement, des comptes relais ou des soutiens matériels à des groupes armés. Il devient plus délicat lorsqu’il touche des prises de parole, des positions politiques ou des activités numériques dont le lien avec une facilitation concrète d’actes terroristes doit être solidement établi. La force d’une sanction financière ciblée repose sur la qualité de la documentation, la traçabilité des avoirs et la capacité à convaincre les institutions financières de l’appliquer sans exposer le dispositif à une contestation durable.
La liste du 18 juin ne clôt donc pas le débat ; elle l’ouvre. Elle montre que l’État malien veut frapper plus loin que le champ militaire, en s’attaquant aux soutiens présumés, aux relais d’influence et aux circuits financiers visibles ou supposés. Mais son efficacité réelle dépendra de trois conditions : l’identification précise des biens, la coopération des assujettis et la solidité des éléments reliant chaque personne à des faits matériels de financement, de facilitation ou de soutien opérationnel.
À défaut, le gel peut rester surtout symbolique, particulièrement pour les profils installés hors du Mali. Bien documenté, il peut au contraire devenir un outil puissant d’assèchement des réseaux hostiles. Toute la question est donc de savoir si cette nouvelle étape relève d’une stratégie financière structurée ou d’un élargissement politique du registre sécuritaire. C’est sur ce terrain que se mesurera la portée réelle de l’arrêté.
Massiré DIOP

FEMAFOOT : Moustaph Maïga mise sur la modernisation

Moustaph Maïga veut mettre son expérience de terrain au service de l’administration fédérale. Le président de la Ligue régionale de football de Ségou postule au poste de secrétaire général de la FEMAFOOT avec une vision axée sur la modernisation, la digitalisation et la transparence.

À l’occasion d’une rencontre d’échanges organisée le 12 juin à Bamako, Moustaph Maïga a présenté son bilan à la tête de la Ligue régionale de football de Ségou et les grandes lignes de sa vision pour l’administration de la Fédération malienne de football. Sa démarche intervient dans une période de réorganisation de l’instance fédérale, après l’élection de Mahazou dit Baba Cisset à la présidence de la FEMAFOOT, le 16 avril 2026.
Journaliste de formation, ancien responsable de radios Jamana et fondateur du groupe de communication Sikoro-Le Ségovien, Moustaph Maïga met en avant deux atouts : sa connaissance des textes qui régissent le football et sa capacité à communiquer. Il revendique également une expérience acquise dans les structures locales, du District de football de Ségou à la Ligue régionale, dont il assure la présidence depuis 2022.
Son bilan ségovien occupe une place importante dans son argumentaire. Il affirme avoir instauré une régularité dans l’organisation des saisons sportives, avec un démarrage chaque 1er octobre et une clôture dans les délais. Son équipe met aussi en avant l’organisation de forums et colloques, la tenue annuelle d’une soirée du mérite sportif, quatre éditions de la Coupe de la Ligue, de la Ligue 2, du football féminin, des championnats de jeunes, du futsal et de plusieurs compétitions régionales.
La Ligue de Ségou revendique également deux trophées nationaux durant son mandat : le championnat national des cadets et la Supercoupe Assimi Goïta. Elle souligne aussi l’organisation dans la région de grandes affiches nationales, dont le derby Djoliba-Stade malien et des demi-finales de la Coupe du Mali, malgré les contraintes liées notamment à la crise de l’électricité.
Sur le plan structurel, Moustaph Maïga met en avant la réforme de la Ligue 2 régionale, passée de 48 clubs à 20, puis 16, avec une projection à 14 clubs, ainsi que la mise en place d’une Ligue 3 plus dynamique. Il cite également l’accompagnement des champions régionaux, dont l’ASAC, le FC Sido et le Centre de formation Balanzan, ainsi que la formation des secrétaires généraux, des délégués médicaux et des arbitres.
Pour la FEMAFOOT, son projet repose sur huit axes. Le premier concerne la modernisation de l’administration fédérale, avec la réduction des lenteurs, la mise en place d’un système de gestion électronique des documents, un tableau de bord de suivi des décisions et l’instauration d’une culture de responsabilité.
Le deuxième axe porte sur la transformation numérique. Moustaph Maïga propose une plateforme unique, la gestion en ligne des licences, une base de données centralisée des joueurs, entraîneurs, arbitres et clubs, ainsi qu’un renforcement de la cybersécurité. L’objectif est de limiter les déplacements inutiles et de fluidifier les démarches administratives.
Le troisième axe vise l’amélioration des services aux clubs et aux ligues, à travers un guichet unique d’assistance, la formation des dirigeants et l’accompagnement à la professionnalisation des structures. Le quatrième porte sur l’excellence des compétitions, avec un calendrier national stabilisé, des compétitions régionales mieux harmonisées, des rapports de match améliorés et la digitalisation des feuilles de match.
Le cinquième axe concerne les ressources financières. Le candidat propose la création d’un observatoire économique du football malien, la valorisation des données, des contenus numériques, des droits commerciaux, du marketing sportif et du naming des compétitions nationales. Le sixième axe est consacré au capital humain, avec un plan annuel de formation du personnel et des acteurs du football.
Les deux derniers axes portent sur la communication institutionnelle et la mémoire du football malien. Moustaph Maïga propose un site web officiel dynamique, la publication régulière des décisions et rapports non confidentiels, ainsi qu’une médiathèque destinée à conserver archives, trophées, fanions, textes, articles de presse et témoignages des anciennes gloires.
À travers cette vision, Moustaph Maïga veut faire du secrétariat général un outil de réforme administrative. Son ambition est de rapprocher davantage la FEMAFOOT des clubs, des ligues, des districts et des acteurs du football, tout en donnant à l’administration fédérale des mécanismes plus modernes, plus lisibles et plus efficaces.

Souveraineté numérique : Le Mali renforce ses lignes de défense

Face à la multiplication des cybermenaces et à l’essor des usages numériques, le Mali poursuit la consolidation de son dispositif de cybersécurité. De la répression des infractions à la protection des infrastructures stratégiques, l’État renforce ses outils pour sécuriser son cyberespace.

La transformation numérique s’accélère au Mali. Paiement de services administratifs en ligne, mobile money, plateformes publiques, dématérialisation de certaines procédures : le numérique occupe une place croissante dans l’État et la vie quotidienne des citoyens.

Mais cette évolution s’accompagne de nouveaux risques. Piratage de données, escroqueries en ligne, phishing, rançongiciels et campagnes de désinformation figurent parmi les principales menaces numériques.

C’est dans ce cadre que le Conseil des ministres du 10 juin 2026 a adopté les projets de texte relatifs à la création, à l’organisation et au fonctionnement de l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information. Cette structure aura pour mission d’assurer la cybersécurité, la sécurité des systèmes d’information et des communications électroniques, ainsi que la coordination de la réponse aux cyberattaques.

Pour Alou Traoré, consultant en cybersécurité et expert en innovation, cette initiative répond à une nécessité devenue incontournable. « Le pays se numérise vite. Les services publics en ligne, le mobile money, les administrations connectées ou encore les nouvelles plateformes numériques créent de nouvelles failles », explique-t-il.

Une architecture en construction

La création de l’ANSSI s’inscrit dans un processus engagé depuis plusieurs années. En 2019, le Mali s’est doté d’une loi portant répression de la cybercriminalité, destinée à prévenir et sanctionner les infractions commises à travers les technologies de l’information et de la communication.

L’État a ensuite renforcé le volet judiciaire avec la mise en place du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, chargé des enquêtes et des poursuites liées aux infractions numériques. Plusieurs affaires impliquant des utilisateurs des réseaux sociaux ou des auteurs présumés de cybercriminalité ont été traitées par cette juridiction spécialisée.

La nouvelle agence vient compléter cet édifice. Contrairement au Pôle judiciaire, dont la mission est surtout répressive, l’ANSSI sera attendue sur la prévention, la veille, l’alerte et la protection des infrastructures critiques.

Sa création découle de la Stratégie nationale de cybersécurité du Mali et de son Plan d’actions 2026-2030, adoptés par décret le 25 février 2026. Ce document vise à renforcer la résilience numérique du pays et à mieux coordonner la réponse nationale face aux incidents du cyberespace.

La souveraineté des données

Outre la cybersécurité, la souveraineté numérique renvoie aussi à la maîtrise des données. L’inauguration d’un data center Tier III à Bamako en 2026 constitue un signal fort. Cette infrastructure permet d’héberger localement des données stratégiques, administratives et institutionnelles, tout en réduisant la dépendance extérieure.

Cette dimension est essentielle. Un pays qui ne maîtrise ni ses données ni ses infrastructures reste vulnérable, même lorsqu’il dispose d’un arsenal juridique. La cybersécurité implique donc aussi le contrôle des flux, la localisation des informations sensibles et la continuité des services publics.

Des menaces réelles

Selon Alou Traoré, les risques auxquels le Mali est confronté sont multiples. « Les fraudes liées au mobile money, les faux messages, le phishing, les vols de données ou encore les attaques contre les sites institutionnels constituent des menaces réelles », souligne-t-il.

À cela s’ajoutent les rançongiciels, capables de paralyser une administration ou une entreprise en bloquant l’accès à ses données, ainsi que les campagnes de désinformation qui prospèrent sur les plateformes numériques.

Pour l’expert, la question dépasse le simple cadre technique. Elle touche à la souveraineté même de l’État. « On ne peut pas dépendre uniquement de l’extérieur pour protéger nos infrastructures sensibles », affirme-t-il.

L’épreuve du terrain

Si la création de l’ANSSI marque une nouvelle étape, plusieurs défis restent à relever. Le recrutement d’experts qualifiés, leur maintien dans l’administration, la mobilisation de ressources suffisantes, la coordination entre services et le renforcement du cadre juridique figurent parmi les principaux chantiers.

La sensibilisation des citoyens apparaît également comme un enjeu majeur. « Tant que le facteur humain reste le maillon faible, les meilleures technologies ne suffiront pas », rappelle Alou Traoré.

L’enjeu n’est donc pas seulement de créer des institutions, mais de les rendre opérationnelles, coordonnées et durables. C’est à ce prix que le Mali pourra transformer sa défense numérique en véritable souveraineté.

Kenya : La paix surveillée sur les réseaux

Après les violences postélectorales de 2007-2008, le Kenya a fait de la lutte contre les discours de haine un pilier de sa prévention des crises. Sans les faire disparaître, le pays a construit une réponse mêlant loi, veille numérique, alerte citoyenne, médiation et pression sur les plateformes.

La crise de 2007-2008 reste le point de départ. Le scrutin contesté avait provoqué plus de 1 000 morts et environ 600 000 déplacés, dans un climat où les messages politiques, les références ethniques, les rumeurs et certains médias locaux avaient contribué à attiser les tensions. En 2008, Nairobi a créé la National Cohesion and Integration Commission, chargée de promouvoir la cohésion nationale, de surveiller les propos d’incitation et de rappeler les responsables publics à l’ordre.

Le modèle kenyan repose surtout sur la coordination. Avec la plateforme Uwiano for Peace, mise en place avant le référendum constitutionnel de 2010, les autorités, la société civile, les acteurs de paix et les partenaires internationaux ont développé un système d’alerte précoce. Les citoyens peuvent signaler des incidents ou contenus dangereux par SMS, courriel, réseaux sociaux ou rapports en ligne. Ces informations servent à détecter rapidement les foyers de tension, à mobiliser les médiateurs locaux et à prévenir les violences avant leur propagation.

Numérique

Le dispositif s’est adapté au numérique. Avant les élections de 2022, la Commission kényane de cohésion avait signalé une hausse des discours haineux sur Twitter, Facebook et TikTok. En juin 2022, elle avait recensé 31 cas de discours de haine en ligne, dont 16 sur Twitter, 7 sur Facebook et 5 sur TikTok, souvent liés aux rassemblements de campagne. La Commission a également interpellé Meta après des alertes sur des contenus et publicités susceptibles d’alimenter des tensions ethniques.

L’exemple kényan n’est pas parfait. Des contenus dangereux continuent de circuler, notamment dans les périodes électorales, et la modération des contenus en langues locales est difficile. Mais le pays a montré qu’une réponse efficace ne repose pas uniquement sur la répression. Elle combine surveillance, signalement citoyen, fact-checking, éducation, dialogue communautaire, responsabilisation des médias, action judiciaire et échanges avec les plateformes. Cette méthode demande des moyens, de la confiance entre institutions et citoyens, ainsi qu’une vigilance constante face aux usages changeants des réseaux sociaux. Pour un pays confronté à la viralité des rumeurs et aux fractures sociales, cette approche offre surtout une leçon, celle d’agir avant que les mots ne deviennent violence réelle collective.

Ambulances bloquées : Quand l’incivisme menace la vie

À Bamako, une sirène d’ambulance ne devrait jamais être une simple nuisance sonore dans les embouteillages. Elle devrait être comprise pour ce qu’elle est : le signal d’une urgence, parfois d’une vie suspendue à quelques minutes. Pourtant, trop d’usagers refusent encore de céder le passage, doutent de la présence d’un malade à bord ou collent au véhicule de secours pour profiter de l’ouverture créée dans la circulation.

Cette pratique est plus qu’une mauvaise habitude. Elle révèle une faiblesse grave de civisme routier dans une ville déjà éprouvée par les accidents, la congestion et les difficultés d’accès rapide aux soins. Les statistiques routières récentes rappellent l’ampleur du risque. En 2025, le Mali a enregistré 648 morts et 8 863 blessés sur les routes. Dans une telle réalité, chaque minute perdue entre le lieu de l’accident et l’hôpital peut peser lourd. Le passage d’une ambulance devrait donc être considéré comme une priorité absolue, non comme une occasion de gagner quelques mètres dans la circulation.

Une ambulance ne transporte pas toujours un patient visible. Elle peut aller chercher un blessé, une femme en détresse, un enfant en danger, une personne en arrêt respiratoire ou un malade dont l’état se dégrade. Contester son urgence depuis son guidon ou son volant, c’est prendre une responsabilité que personne ne devrait s’autoriser.

Le respect du passage des ambulances doit devenir un réflexe collectif. Il faut sensibiliser, sanctionner si nécessaire et rappeler que la route n’est pas seulement un espace de circulation, mais aussi un lieu où se mesure notre rapport à la vie des autres.

Mali-Inde : Bamako accueille un premier forum pour renforcer les exportations

Le premier Forum Inde-Mali pour la promotion des exportations se tient les 18 et 19 juin 2026 au Radisson Collection Hotel de Bamako. L’événement vise à structurer les échanges commerciaux entre les deux pays, dans une dynamique bilatérale portée par plus de 326 millions de dollars d’échanges sur l’exercice 2025-2026.

L’ambassadeur de l’Inde au Mali, Dr N. Nandakumar, et le chef de chancellerie, Dr Praveen Kumar, ont présenté, mercredi 17 juin, les grandes lignes du premier Forum Inde-Mali pour la promotion des exportations. La conférence de presse, organisée dans les locaux de la chancellerie indienne à Badalabougou Est, a également porté sur la 12e Journée internationale du yoga et sur les résultats de l’Enquête nationale sur la santé familiale du gouvernement indien.

Le forum, placé sous le haut patronage du président de la Transition, Assimi Goïta, et sous la direction du Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, est organisé par le ministère malien de l’Industrie et du Commerce, en collaboration avec l’ambassade de l’Inde. L’Agence malienne de promotion des exportations, APEX-Mali, assure la coordination du côté malien.

Forum

New Delhi sera représentée par une délégation gouvernementale conduite par Sunil Kumar, secrétaire conjoint chargé du commerce de l’Inde avec l’Afrique, dont le Mali. Une trentaine d’opérateurs économiques indiens sont également attendus dans une dizaine de secteurs, notamment l’agriculture, l’agro-industrie, l’énergie, les énergies renouvelables, le textile, l’industrie manufacturière, l’automobile, la construction, la pharmacie, la santé, le tourisme, les mines, les minéraux, le commerce et la distribution.

La rencontre prévoit une cérémonie d’ouverture officielle, des présentations sur les politiques commerciales et les cadres réglementaires des deux pays, des rencontres B2B, B2G et G2G, ainsi que des échanges entre la délégation indienne et les autorités maliennes. L’objectif est de favoriser des partenariats concrets, d’encourager le transfert de technologies et de compétences, mais aussi d’aborder la maîtrise des flux financiers liés aux exportations.

Échanges

Les chiffres présentés traduisent une progression des échanges. Entre avril 2025 et mars 2026, le commerce bilatéral a dépassé 326 millions de dollars. Les exportations maliennes vers l’Inde ont atteint 198 millions de dollars, un niveau supérieur aux exportations indiennes vers le Mali. En septembre 2025, elles se sont élevées à 16,5 millions de dollars, contre 7,47 millions de dollars un an plus tôt, soit une hausse de 121 %.

Cette dynamique s’explique notamment par l’accès en franchise de droits accordé par l’Inde à certains produits maliens dans le cadre de son schéma de préférences tarifaires. Les exportations maliennes vers le marché indien portent principalement sur le coton, la gomme arabique, la noix de cajou, le sésame et le plomb. Les ventes indiennes vers le Mali concernent surtout les produits pharmaceutiques, les machines, les équipements, le riz, ainsi que des produits industriels et technologiques.

Débouchés

Côté malien, l’enjeu est de diversifier les débouchés, de mieux valoriser les produits exportables et d’attirer des investissements dans des secteurs productifs. Du côté indien, le forum traduit une volonté d’approfondir la présence économique au Mali, à un moment où les partenariats Sud-Sud prennent davantage de poids dans les choix commerciaux et diplomatiques des États sahéliens.

Les organisateurs attendent de cette première édition la signature de contrats commerciaux ou de protocoles d’accord, la mise en place d’un comité conjoint Mali-Inde de suivi des partenariats commerciaux, ainsi que l’implication de banques maliennes et indiennes dans le financement de projets d’exportation. Le forum doit aussi permettre d’identifier des mécanismes pour mieux contrôler les flux financiers liés aux transactions commerciales.

Yoga

La conférence de presse a aussi permis d’annoncer la célébration de la 12e Journée internationale du yoga, prévue le 21 juin 2026 au Palais des Sports de Bamako, à partir de 8 heures, en partenariat avec le ministère malien de la Jeunesse et des Sports. Le thème retenu cette année est « Le yoga pour un vieillissement actif et en bonne santé ». Des activités préparatoires ont déjà eu lieu à la Tour de l’Afrique, à la chancellerie et à la résidence de l’ambassade.

L’ambassade de l’Inde a enfin présenté des résultats de la sixième Enquête nationale sur la santé familiale. Les données évoquent notamment 90,6 % d’accouchements en milieu hospitalier, 91,3 % de naissances assistées par du personnel qualifié, 87,1 % d’enfants de 12 à 23 mois entièrement vaccinés, une couverture électrique de 98,3 % et un accès à l’eau potable de 96,5 %.

À Bamako, New Delhi cherche ainsi à articuler diplomatie économique, coopération culturelle et partage d’expérience sociale. Le forum des 18 et 19 juin dira si cette dynamique peut déboucher sur des contrats, des partenariats durables et des circuits d’exportation plus solides entre le Mali et l’Inde.

 

Deux et trois roues : l’immatriculation spéciale démarre ce lundi

Le Mali lance ce lundi 15 juin une opération spéciale d’immatriculation des engins motorisés à deux et trois roues non encore identifiés par une plaque.

L’opération concerne les motos, tricycles et autres engins motorisés circulant sans immatriculation sur la voie publique. Elle est conduite sur l’ensemble du territoire national par la Direction générale des Transports, ses services régionaux et subrégionaux, ainsi que les centres dédiés.
Selon le ministère des Transports et des Infrastructures, cette campagne vise à amener les propriétaires concernés à se conformer à la réglementation en vigueur. Les usagers sont donc invités à faire identifier leurs engins afin de permettre une meilleure traçabilité du parc roulant.
L’immatriculation des engins à deux et trois roues n’est pas nouvelle dans le principe. En 2021 déjà, une opération spéciale avait été annoncée autour des permis, cartes grises et plaques d’immatriculation des vélomoteurs, motocyclettes et tricycles. La campagne qui démarre ce lundi apparaît donc comme une nouvelle étape dans la volonté des autorités de mieux encadrer un parc très répandu, mais encore largement marqué par l’informel.
Cette mesure intervient dans un contexte où les deux et trois roues occupent une place centrale dans la mobilité quotidienne. À Bamako comme dans les régions, ils servent au transport des personnes, des marchandises, aux activités commerciales et à de nombreux petits métiers. Mais leur circulation massive, souvent sans plaques, complique aussi le travail d’identification en cas d’accident, d’infraction ou d’enquête sécuritaire.
L’enjeu dépasse donc la simple régularisation administrative. Dans le contexte sécuritaire actuel, les autorités cherchent également à mieux contrôler les moyens de déplacement susceptibles d’être utilisés par des groupes armés. Les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont rappelé l’importance de la mobilité dans les modes opératoires des assaillants, notamment à travers l’usage de motos et de pick-up dans plusieurs zones ciblées.
Cette opération spéciale s’ajoute à d’autres décisions récentes touchant les motocyclettes, notamment les restrictions visant les engins de forte cylindrée. Elle traduit la volonté des pouvoirs publics de renforcer l’identification des véhicules légers, particulièrement difficiles à suivre lorsqu’ils circulent sans documents ni plaques.
Pour les propriétaires, la démarche devrait permettre de mettre leurs engins en règle et de limiter les risques de sanctions lors des contrôles. Les autorités appellent au civisme et à la compréhension des usagers afin de faciliter le bon déroulement de la campagne.
Reste maintenant le défi de la mise en œuvre. L’opération devra être suffisamment accessible pour éviter les longues files, les retards et les incompréhensions dans les centres d’immatriculation. Dans un pays où les deux et trois roues sont devenus indispensables au quotidien de milliers de familles, l’efficacité de la mesure dépendra aussi de sa capacité à concilier impératif sécuritaire, sécurité routière et réalités économiques des usagers.