Bréhima Mamadou Koné: « À mes yeux, il s’agissait davantage d’un mouvement spontané que d’une organisation politique structurée »

Bréhima Mamadou Koné est politologue, il nous donne son regard sur le M5-RFP, les divisions qui l’ont fracturé et l’esprit qui reste du mouvement. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.

Six ans après sa création, quel regard portez-vous sur le parcours du M5-RFP ?

Le M5-RFP était un mouvement hétéroclite regroupant des acteurs aux sensibilités et aux objectifs différents. À mes yeux, il s’agissait davantage d’un mouvement spontané que d’une organisation politique structurée. Pourtant, compte tenu de son ampleur et de sa capacité de mobilisation, il aurait pu évoluer vers une véritable coalition politique, voire vers un parti capable de s’inscrire dans la durée. Pour cela, il aurait fallu dès le départ un pacte politique clair, une doctrine et une vision communes.

Comment expliquer que le mouvement soit passé d’un symbole d’unité à une coalition profondément fragmentée ?

À partir du moment où les ambitions individuelles et les questions de leadership ont pris le dessus, les divisions sont devenues inévitables. Au lieu de construire un cadre durable, les acteurs se sont progressivement opposés sur des questions de légitimité. On a assisté à des rivalités internes et à des attaques par presse interposée. Cette dynamique a affaibli le mouvement et accéléré sa désintégration.

Que reste-t-il aujourd’hui de l’esprit du M5 ?

Certains continuent de se réclamer du M5-RFP, mais, dans les faits, le mouvement n’existe plus. Les partis politiques et les associations à caractère politique ont été dissous et le cadre qui portait cette dynamique a disparu. Ce qui demeure aujourd’hui, c’est surtout le souvenir d’une mobilisation qui a marqué un moment important de la vie politique malienne.

 

M5-RFP : Que reste-t-il du 5 juin 2020 ?

Né de la contestation contre le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, le M5-RFP a été l’un des principaux acteurs du basculement politique intervenu au Mali en 2020. Six ans après sa création, alors que le mouvement a disparu et que ses principales figures connaissent des destins contrastés, son bilan et son héritage continuent d’alimenter le débat.

Le 5 juin 2020, des milliers de Maliens descendaient dans les rues de Bamako pour réclamer le départ du Président Ibrahim Boubacar Keïta. À l’origine de cette mobilisation, une coalition inédite réunissant partis politiques, organisations de la société civile, mouvements citoyens et leaders religieux : le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques, M5-RFP.

À sa naissance, le M5-RFP apparaît comme la convergence de plusieurs colères. La contestation des résultats des élections législatives de mars et avril 2020, après des arrêts de la Cour constitutionnelle ayant modifié les résultats dans plusieurs circonscriptions, nourrit une crise politique déjà profonde. À cette colère électorale s’ajoutent la dégradation de la situation sécuritaire, les difficultés socio-économiques et la défiance grandissante envers les institutions.

Le mouvement rassemble alors des personnalités et des sensibilités très diverses. Autour de l’Imam Mahmoud Dicko, de Choguel Kokalla Maïga, de Me Mountaga Tall et de plusieurs responsables politiques et associatifs, une même revendication s’impose : obtenir le départ du chef de l’État.

Entre juin et août 2020, le M5-RFP devient le principal pôle de contestation du régime. Les manifestations des 10, 11 et 12 juillet, marquées par des affrontements meurtriers, font basculer la crise dans une confrontation directe avec l’État. La CEDEAO tente alors une médiation et propose plusieurs pistes de sortie de crise, mais le mouvement maintient la pression. Le 18 août, Ibrahim Boubacar Keïta est renversé par un coup d’État militaire.

Un mouvement sans projet commun

L’une des principales limites du M5-RFP réside dans sa nature même. Derrière l’unité affichée contre le pouvoir d’alors se cachent des acteurs aux visions parfois très différentes.

« Le M5 était un conglomérat d’acteurs avec des revendications et idéologies différentes », analyse le politologue Bréhima Mamadou Koné. Selon lui, le mouvement était avant tout uni par un objectif immédiat : obtenir le départ du Président de la République. « Ils n’avaient qu’un seul objectif, comment faire partir le Président Keïta. Mais après son départ, quel était le plan du M5 ? », s’interroge-t-il.

Pour le politologue, le mouvement n’a jamais réussi à se doter d’une véritable doctrine politique ou d’un projet de société capable de fédérer durablement ses composantes. « Après la prise du pouvoir, qu’est-ce que le M5 a proposé comme orientations stratégiques dans les domaines sécuritaire, économique, de la fiscalité ou encore de la gouvernance politique ? Il n’y a pas eu de propositions, il n’y a pas eu de projet », estime-t-il.

Le constat est partagé par le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry. Selon lui, le mouvement portait des revendications réelles mais n’avait pas suffisamment anticipé les conséquences de leur aboutissement. « Quand un mouvement demande le départ d’un pouvoir légalement élu et n’est pas à même d’avoir une alternative lorsque ce pouvoir tombe effectivement, alors on se pose des questions », souligne-t-il.

Quand le pouvoir remplace le combat

La Transition ouvre une nouvelle étape. Le M5-RFP, qui incarnait jusque-là la contestation, se retrouve confronté aux réalités du pouvoir, même si le mouvement n’en avait pas la plénitude et devait cohabiter avec les militaires, qui en détenaient les rênes.

La nomination de Choguel Kokalla Maïga à la Primature, en juin 2021, est perçue par certains comme une consécration politique. Pour d’autres, elle marque le début d’un éloignement entre le mouvement et sa base initiale. Très vite, les divergences émergent. Certaines composantes choisissent d’accompagner les autorités de la Transition, tandis que d’autres prennent progressivement leurs distances.

Les débats sur l’orientation du processus, la répartition des responsabilités, la durée de la Transition ou encore le leadership interne accentuent les tensions. « La lutte unit, le pouvoir divise », résume Alexis Kalambry. « Dès lors que le régime IBK est tombé, les ambitions et calculs personnels ont vu le jour. »

Pour Bréhima Mamadou Koné, les querelles de leadership ont rapidement pris le pas sur la cohésion initiale. « Les querelles de postes et de légitimité ont fait qu’après le M5 s’est retrouvé comme une coquille vide. Chacun est parti de son côté », affirme-t-il.

De l’unité à l’éclatement

Au fil des années, les fractures deviennent de plus en plus visibles. Une première dissidence donne naissance au M5-RFP Malikura. Par la suite, la branche restée fidèle à l’organisation originelle se fragmente à son tour. D’un côté, des responsables continuent de soutenir le leadership de Choguel Kokalla Maïga. De l’autre, une nouvelle tendance se structure autour de l’Imam Oumarou Diarra, à la tête du Comité stratégique, avec notamment Jeamille Bittar, Me Mountaga Tall, Paul Ismaël Boro et d’autres figures du mouvement. Cette multiplication des centres de décision fragilise l’unité de 2020.

Selon Bréhima Mamadou Koné, cette évolution était presque inévitable. « Tant qu’un mouvement n’est pas structuré autour d’une vision et d’une idéologie, à un certain moment de l’histoire il tombe dans ses propres contradictions ».

À mesure que les divisions s’approfondissent, le mouvement perd progressivement son influence sur la scène politique. Les rivalités internes prennent le dessus sur les ambitions collectives qui avaient présidé à sa création. Lorsque les autorités décident, par décret du 13 mai 2025, de dissoudre les partis politiques et les organisations à caractère politique, le M5-RFP apparaît déjà comme une structure largement désarticulée.

Une fin en ordre dispersé

La dissolution des partis politiques porte un coup définitif aux différentes composantes du mouvement. Selon un juriste ayant requis l’anonymat, le M5-RFP ne disposait d’ailleurs pas d’une existence juridique propre. « Juridiquement, le M5 n’existait pas. Pour exister, il faut avoir un récépissé. Or le M5 ne l’a jamais demandé et ne l’a jamais obtenu. C’était un simple regroupement informel d’organisations politiques et de personnalités », explique-t-il.

La disparition officielle du mouvement intervient ainsi au terme d’un long processus de désagrégation politique. Les trajectoires empruntées par plusieurs de ses figures emblématiques illustrent cette évolution. Longtemps considéré comme l’autorité morale du mouvement, l’Imam Mahmoud Dicko vit aujourd’hui en exil. Choguel Kokalla Maïga, qui fut l’une des principales figures du M5-RFP avant d’accéder à la Primature, est aujourd’hui détenu, après avoir été limogé dans un contexte de tensions avec les autorités de la Transition.

Me Mountaga Tall, autre acteur majeur des mobilisations de 2020, est porté disparu depuis le 2 mai 2026, après son enlèvement par des hommes armés. Jeamille Bittar, ancien porte-parole du mouvement, a annoncé son retrait de la vie politique en juillet 2024. D’autres figures issues du versant militant ou activiste de cette période connaissent aussi une trajectoire heurtée, notamment Adama Diarra dit Ben le Cerveau, détenu après avoir été l’un des visages les plus visibles de la mobilisation souverainiste, et le Professeur Clément Dembélé, figure de la lutte contre la corruption, également emprisonné.

Héritage en débat

Au-delà de sa disparition, la question de l’héritage politique du M5-RFP continue de susciter des lectures divergentes. Pour le politologue Bréhima Mamadou Koné, le mouvement n’a laissé ni héritage structuré ni héritiers politiques identifiables. « Pour moi, aujourd’hui le M5 est une coquille vide, qui a été vidée de son contenu. Le mouvement n’a pas laissé d’héritage politique, encore moins d’héritiers », tranche-t-il.

D’autres observateurs se montrent plus prudents. Alexis Kalambry estime qu’il est encore prématuré de porter un jugement définitif sur les conséquences de cette période ouverte en 2020. « Un jour, on fera le bilan. L’histoire jugera et redonnera à chacun la place et le rôle qu’il a joués dans ce qui nous arrive aujourd’hui. Pour l’instant, il est peut-être trop tôt pour se prononcer sur l’héritage politique », affirme-t-il.

Six ans après le 5 juin 2020, le M5-RFP n’existe plus comme force politique structurée, mais sa trajectoire interroge encore sur la capacité d’une mobilisation populaire à transformer durablement l’ordre qu’elle avait contribué à renverser.

 

Vœux à la presse: Modibo Sidibé plaide pour un « Mali Kura » fondé sur la souveraineté, la justice et la prospérité

Lors de la traditionnelle présentation de vœux aux médias, le 12 février 2025, le président du Comité Stratégique du M5-RFP Mali Kura, Modibo Sidibé, a dressé un bilan sans complaisance de l’année écoulée et tracé les perspectives d’un Mali tourné vers l’avenir. Entre avancées sécuritaires, défis économiques et tensions politiques, l’ancien Premier ministre a appelé à un sursaut national pour refonder le pays sur des bases solides et inclusives.

Modibo Sidibé a d’abord rendu hommage aux victimes des crises successives, militaires et civiles, avant de rappeler les engagements initiaux du M5-RFP : instaurer une gouvernance vertueuse et poser les bases d’un État refondé. Il a souligné que malgré la reconquête territoriale symbolisée par la libération de Kidal, les défis sécuritaires persistent. « La montée en puissance des FAMAs est une réalité, mais la menace terroriste demeure omniprésente », a-t-il averti, évoquant notamment l’attaque meurtrière de Bamako en septembre dernier et l’embuscade récente sur l’axe Ansongo-Gao.
Le président du Comité Stratégique a plaidé pour une approche globale : « La lutte contre le terrorisme ne saurait se limiter au ‘tout militaire’. Elle doit s’accompagner d’un développement socio-économique ambitieux, de formations adaptées pour la jeunesse et d’une éducation civique renforcée ». Il a ainsi exhorté les autorités à une meilleure prise en compte des besoins des déplacés, des victimes des inondations et des populations vulnérables, rappelant que 4,5 millions de Maliens nécessiteront une assistance alimentaire en 2025.
Si le Mali affiche une prévision de croissance de 5,3 % en 2025, principalement portée par l’or, le coton et le lithium, l’économie reste fragile et dépendante des fluctuations mondiales. Modibo Sidibé a dressé un tableau sombre : flambée des prix des denrées de première nécessité, crise énergétique persistante, manque d’investissements publics structurants et crise de liquidités touchant l’ensemble des secteurs. « Le panier de la ménagère est de plus en plus léger, et les entreprises souffrent d’un environnement des affaires dégradé », a-t-il déploré.
La question de la dette publique, qui s’élève à 56 % du PIB, a également été soulevée. « Un surendettement qui ne se traduit pas par une amélioration des conditions de vie des populations devient un véritable goulot d’étranglement », a-t-il soutenu, appelant à une gestion transparente et rigoureuse des ressources, notamment les 500 milliards de FCFA d’investissements exceptionnels récemment annoncés.
Modibo Sidibé a sévèrement critiqué les décisions unilatérales prises par les autorités, notamment la dénonciation de l’Accord d’Alger et le retrait de la CEDEAO, sans concertation nationale préalable. « Nous sommes aujourd’hui dans une situation où les perspectives de retour à l’ordre constitutionnel sont floues. L’interdiction des activités politiques et l’emprisonnement de leaders d’opinion en 2024 sont des signaux inquiétants », a-t-il déclaré.
S’il salue la libération des 11 leaders politiques détenus durant cinq mois, il estime que cela ne constitue pas une garantie d’élections libres en 2025. « L’absence de visibilité et le silence des autorités sur le calendrier électoral alimentent les doutes », a-t-il insisté, appelant à un dialogue inclusif sur l’avenir institutionnel du pays.
Un appel à la souveraineté et à l’intégration africaine
Concernant la sortie du Mali de la CEDEAO, Modibo Sidibé reconnaît les griefs du gouvernement, mais regrette une rupture brutale sans alternative claire. « Nous devons transformer cette crise en opportunité en refondant la CEDEAO plutôt que de la quitter. L’intégration sous-régionale est une nécessité historique et stratégique pour le Mali », a-t-il affirmé, tout en proposant une double dynamique : structurer l’Alliance des États du Sahel (AES) en pôle de stabilité et engager un dialogue sur l’avenir de la communauté ouest-africaine.
Vers un « Mali Kura » : entre espoir et engagement
Dans son discours, l’ancien Premier ministre a rappelé l’ambition du M5-RFP Mali Kura : un Mali maître de son destin, fondé sur la souveraineté, la justice et la prospérité. « Nous devons mobiliser toutes les forces vives pour construire un avenir conforme aux aspirations profondes du peuple malien », a-t-il déclaré.
Il a enfin lancé un appel aux médias, soulignant leur rôle crucial dans la construction d’un débat national apaisé et constructif. « Un journalisme engagé, intègre et responsable est essentiel pour éclairer les citoyens et renforcer la cohésion sociale ».
Pour finir, Modibo Sidibé a formulé ses vœux pour 2025, souhaitant une année de paix, de solidarité et de progrès pour le Mali. Un message d’espoir synonyme à un appel à la responsabilité collective pour sortir durablement le pays de la crise.

Primature : Choguel Kokalla Maiga sur un siège éjectable ?

La crise au sein du M5-RFP a pris de nouvelles proportions le 5 mars 2024,  avec la révocation de Choguel Kokalla Maiga de la tête du Comité stratégique par la tendance Imam Oumarou Diarra. Alors qu’il a été nommé Premier ministre en juin 2021 en tant que Président de ce Comité stratégique, le chef du gouvernement est-il désormais menacé à la Primature ?

Lors de sa conférence de presse du 2 mars 2024, le Comité stratégique du M5-RFP tendance Imam Oumarou Diarra avait donné un ultimatum de 72 heures à Choguel Kokalla Maiga pour « rassurer face aux graves accusations de manipulation qui pèsent sur lui et sur sa responsabilité éminente dans la situation actuelle ».

« À défaut, il sera purement, simplement et démocratiquement démis de ses fonctions de Président du Comité stratégique et ramené au niveau de militant à la base, sans qu’il soit besoin de suspensions ou d’exclusions, qui restent les armes des faibles », avait avertit l’Imam Oumarou Diarra, épaulé par d’autres figures du mouvementn à l’instar de Me Mountaga Tall et de Jeamille Bittar.

De la parole ils sont passés à l’acte le mardi 5 mars, après une réunion extraordinaire tard dans la nuit, à l’issue de laquelle ils ont annoncé avoir démis Choguel Maiga de ses fonctions de Président du Comité stratégique.

« Réunis en session extraordinaire ce mardi 5 mars 2024 pour examiner les suites réservées par Choguel Kokalla Maiga aux demandes l’invitant à se hisser à la hauteur de ses responsabilités, constatant l’expiration du délai qui lui a été imparti pour ramener la cohésion et la sérénité au sein du mouvement M5-RFP, regrettant au contraire les propos injurieux et diffamatoires de ses porte-voix attitrés, décident de révoquer purement, simplement et démocratiquement le mandat de Président du Comité stratégique initialement confié à Choguel Kokalla Maiga » ont-ils déclaré.

Secousses à la Primature ?

Si cette révocation de Choguel Maiga de la tête du Comité stratégique est un « non-évènement » pour le camp qu’il incarne, parce que « la plupart de ceux qui ont pris la décision ont été déjà suspendus du Comité stratégique », pourrait-elle toutefois avoir des conséquences sur le Premier ministre pour la suite de la Transition ?

Lors d’une intervention, le 1er mars dernier, le chef du gouvernement lui-même avait déclaré être la cible de certains militaires qui mettent tout en œuvre pour l’affaiblir. « Il y a des militaires qui veulent affaiblir le M5. Ils font des réunions toutes les nuits, appellent des membres du M5 et leur disent qu’ils ne savent pas si je veux devenir Président ou pas. Donc, pour m’affaiblir, il faut qu’ils disent qu’ils ne veulent plus de moi et quand je serai faible je vais me rendre », a-t-il révélé.

Pour certains observateurs, la crise au sein du M5 fragilise incontestablement le Premier ministre et cela pourrait lui coûter son départ de la Primature. « Sa base solide était le M5. Il menaçait et parlait au nom du M5. Si ce mouvement se trouve aujourd’hui en lambeaux, les militaires en face sauront que le Premier ministre n’a plus d’arrière-garde. Il est forcément plus affaibli et devient une proie facile », confie un analyste.

Mais, pour un autre analyste politique, Boubacar Bocoum, le « cinéma » de certains membres du comité stratégique du M5-RFP ne devrait pas remettre en cause le poste de Premier ministre de Choguel Kokalla Maiga. « Ce n’est pas le Comité stratégique du M5-RFP qui gère le pays, mais plutôt le Colonel Assimi Goïta et ses collègues. Tant que le Président voudra de Choguel Maiga en tant que chef du gouvernement, il va le garder », soutient-il.

Même son de cloche chez une source proche du M5-RFP, tendance Boubacar Karamoko Traoré, qui a requis l’anonymat. « Tant que les militaires reconnaitront le seul Comité stratégique qu’incarne Boubacar Traoré, le Premier ministre ne pourra pas être inquiété. La preuve, quand d’autres sont partis créer un autre mouvement, cela n’a eu aucun effet », glisse-t-elle.

M5-RFP : La guerre des clans bat son plein

Le M5-RFP est au bord de l’implosion. Déjà diminué par le  départ de certains de ses cadres, réunis depuis au sein du M5-RFP Malikura, le mouvement continue de traverser des remous internes. Depuis  quelques semaines, deux tendances opposées à l’intérieur du Comité stratégique se battent pour son contrôle.

Le malaise interne au M5-RFP depuis plusieurs semaines a fini par se révéler au grand jour le 22 février 2024, lors de la réunion ordinaire hebdomadaire marquée par des invitées inhabituelles : les forces de l’ordre.

Si cette présence de la police à une réunion ordinaire du Comité stratégique n’a pas été du goût de certains membres opposés à la gestion du Vice-président Boubacar Karamoko Traoré, qui l’ont donc boycottée, pour les partisans de ce dernier elle est était justifiée.

« C’est parce que le Vice-président a reçu des informations selon lesquelles les jeunes se préparaient à venir le faire sortir de force qu’il a demandé à la police de venir sécuriser la réunion », confie un membre du Comité stratégique proche de lui.

Deux « Présidents » à bord

Suite aux évènements du 22 février, le Comité stratégique présidé par Boubacar Karamoko Traoré a décidé dans la foulée de suspendre « jusqu’à nouvel ordre » certains membres dudit Comité pour, entre autres, la « gravité des incidents et des agissements » qu’ils ont posés lors de la réunion, les « atteintes graves à la cohésion et la violation de l’esprit d’union sacrée autour des idéaux du peuple malien portés par le M5-RFP » et « leur mépris à l’endroit des forces de l’ordre ».

Parmi les membres du Comité stratégique suspendus figurent entre autres le Coordinateur du mouvement EMK, Tiémoko Maïga, le Président du Pôle politique du consensus (PPC) et Porte-parole du M5, Jeamille Bittar, Paul Ismaël Boro, membre du FSD ou encore Ibrahim Traoré dit Jack Bauer, membre de la Coordination des jeunes du M5.

Mais ces derniers et d’autres membres du Comité stratégique issus de diverses entités ont également annoncé le 23 février avoir mis « un terme, avec effet immédiat, à la mission de Boubacar K. Traoré comme Vice-président du Comité stratégique du M5-RFP » et désigné « à titre d’intérimaire l’Imam Oumarou Diarra, 3ème Vice-président, en qualité de Vice-président du Comité stratégique jusqu’à  nouvel ordre ».

Pour le camp Traoré, la destitution du Vice-président est sans effet. « Ils ont tenté de destituer Boubacar Karamoko Traoré mais ils ne le peuvent pas. Non seulement ils n’ont pas la majorité, mais ils ne peuvent pas destituer quelqu’un étant suspendus », argue une source interne du Comité stratégique.

Mais, dans une déclaration en date du 26 février 2024 signée du Président par intérim désigné, l’Imam Oumarou Diarra, cette tendance du M5 a qualifié de « puéril, enfantin et dérisoire » le communiqué de « l’ancien Vice-président » portant  suspension de certains membres du Comité stratégique.

Elle a également demandé au Premier ministre, Président du Comité stratégique, de « sortir sans délai de son mutisme pour rassurer face aux graves accusations de manipulation qui pèsent sur lui »

Quête d’intérêts ?

À en croire des membres du Comité stratégique que nous avons approchés, la situation actuelle au sein du M5-RFP résulte de la quête d’intérêts personnels de certains. « Certains responsables du M5 qui étaient nommés comme chargés de mission dans certains ministères ont perdu leurs fonctions ces derniers temps. C’est eux qui sont en train de nourrir la protestation », accuse un membre du Comité stratégique proche de Boubacar Karamoko Traoré.

« Si vous regardez bien les visages, ce sont des gens soit qui ont été limogés, soit qui voulaient des postes ou des marchés, en plus de quelques jeunes qui demandaient à avoir du boulot mais qui n’en ont pas eu », appuie pour sa part un autre proche du Premier ministre.

Des accusations que Jeamille Bittar réfute. Lors de la lecture de la déclaration destituant le Vice-président, le Porte-parole du M5 a affirmé que ni les questions de poste ni les calculs politiques ne motivaient leur démarche.

Toutes nos tentatives pour avoir les versions de cette tendance sur les causes de la situation actuelle au sein du M5-RFP ont été sans suite. Elle prévoit une conférence de presse ce jeudi 29 février, où « aucune question ne sera taboue », assure M. Bittar.

Jeamille Bittar : « Le M5 est un mouvement, pas une formation politique »

Le M5-RFP a célébré ses 3 ans d’existence le 5 juin 2023. Bilan, parcours, poids actuel du mouvement, entre autres, son Porte-parole Jeamille Bittar, répond aux questions du Journal du Mali.

Quel bilan faites-vous de ces 3 ans ?

Le bilan est mitigé, je veux dire qu’il y a du positif comme du négatif. Aujourd’hui, c’est vrai,  la gouvernance n’est pas au top, pas comme nous l’avions souhaité. Mais à ce niveau il faut quand même noter des avancées significatives, notamment pour les réformes politiques et institutionnelles. Notre accession à la Primature a permis l’organisation des ANR. Il y a également le projet de Constitution actuel qui faisait partie de nos 10 points. Aujourd’hui, on peut aussi dire que le premier point qu’on avait évoqué à l’époque, la sécurité, est pris en compte. Tout le monde reconnaît que le Mali est maintenant nanti dans le renforcement sécuritaire. Par rapport à nos forces armées et de sécurité, il y a eu une montée considérable. Mais le fait que certaines organisations se soient muées en adversaires ne nous a pas facilité la tâche. La marmite a souffert entre-temps. L’économie a pris un coup sérieux.

Le changement pour lequel vous vous battiez est-il aujourd’hui une réalité sous la Transition ?

Le changement est un processus continuel. Je disais tantôt qu’il y a eu des améliorations. La lutte contre la corruption s’est intensifiée. Au niveau de la gestion des finances publiques,  il y a eu une nette amélioration par rapport aux dépenses de l’État. Aujourd’hui, l’armée est équipée et les recrutements que nous avons faits prouvent à suffisance qu’il y a de nettes améliorations. Il y a surtout eu un regain de confiance, tant sur le plan national qu’international. Aujourd’hui, le Mali n’est plus à la solde de qui que ce soit.

Le M5 s’est divisé chemin faisant. Cela n’impacte-t-il pas votre poids ?

C’est regrettable. Moi je pars du principe que « quand on commence ensemble, on doit terminer le boulot ensemble ». Vous avez vu que le Président du Comité stratégique, non moins Premier ministre du Mali, a encore lancé un appel à nos camarades qui ont quitté le navire. Ceci étant, la nature ayant horreur du vide, il y a certains qui sont partis, il y a certains qui sont venus. C’est un mouvement, ce n’est pas une formation politique en soi. Mais ils est évident que cela n’a entaché en rien la ferveur et l’engagement de tous ceux qui se battent aujourd’hui pour le Mali.

Bréhima Sidibé : « nous sommes la Transition »

URD, RPM… Au Mali, ils sont légion les partis politiques à souffrir d’instabilité interne après le décès de leurs leaders. Comment l’expliquer ? Entretien avec Bréhima Sidibé, analyste politique et Secrétaire général du parti FARE An Ka Wili.

Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Il faut l’analyser dans son contexte. Est-ce que nous sommes dans une société qui a des convictions fortes, une conscience de soi-même, c’est à dire qui est prête à se battre pour sa pensée, ses opinions et croyances, entre autres ? Quand on est issu d’une telle société volatile, d’une telle société en perpétuel mouvement, il faut s’attendre à ce phénomène. Les partis politiques ne sont qu’une partie de la société. Ce  phénomène est si visible dans les partis politiques, dans la classe politique, parce qu’aujourd’hui tout est fait pour attirer l’attention de l’opinion sur la classe politique. Sinon, ce qui est fait au sein des partis politiques se fait aussi dans nos familles et dans toutes les sphères de notre société. Ce n’est pas l’apanage des politiques.

Comment travaillez-vous dans votre parti pour éviter cela ?

Nous sommes un Secrétariat exécutif de 99 membres, des hommes et des femmes de conviction. Nous espérons que l’idée qui nous a amenés à créer les FARE, à nous constituer en parti politique, résistera quel que soit celui où celle qui sera là. Quand on est convaincu d’un idéal, quand on a des ambitions pour son pays, quels que soient les hommes ou les femmes qui sont là, l’idéal peut résister, aller de l’avant et se réaliser.

Quelle est la posture de votre parti vis à vis de la Transition aujourd’hui ?

Étant donné que les militaires qui ont pris le pouvoir en août 2020 ont dit qu’ils étaient venus parachever l’œuvre du M5-RFP, nous considérons que c’est nous la Transition, et non un soutien de la Transition. En fait, il y a ceux qui la soutiennent et les autres. La Transition, c’est nous. C’est nous qui l’avons souhaitée depuis IBK, puisque nous sommes l’un des acteurs majeurs du M5-RFP, qui a sollicité son départ.

Qui du M5 aujourd’hui M5 ?

Il a connu des difficultés mais cela n’empêche que l’idéal perdure. Au-delà des hommes, nous avons voulu qu’il soit un esprit. Et cet esprit existe toujours.

Le mouvement s’est quand même scindé en deux ? 

Non, il n’y a qu’un seul M5. C’est au niveau du Comité stratégique qu’il y a eu des problèmes, avec la création du Comité stratégique M5 Mali Kura. Sinon, au niveau des militants, tout le monde se réclame du même M5.