Parler n’est pas informer

Dans un pays fragile, la parole publique n’est jamais un simple bruit. Elle peut éclairer, rassurer et rassembler. Elle peut aussi diviser, enflammer et ouvrir la voie aux malentendus les plus dangereux.

Au Mali, les réseaux sociaux ont donné à chacun la possibilité de s’exprimer. Cette liberté est précieuse et personne ne doit la mépriser. Mais elle devient préoccupante lorsque des sujets sensibles de l’État sont transformés en scènes de spectacle, commentés sans recul, sans information vérifiée, sans compétence particulière et parfois sans le moindre sens de la responsabilité.

Sécurité, diplomatie, justice, armée, cohésion nationale ou stabilité des institutions ne peuvent pas être traitées comme des faits divers. Le problème n’est pas que des citoyens donnent leur avis. Le problème commence lorsque l’opinion se présente comme une vérité, lorsque la rumeur devient accusation, lorsque l’ignorance prend le ton de l’expertise et lorsque le buzz remplace la prudence.

Dans le contexte actuel, une parole légère peut avoir des conséquences lourdes. Une phrase mal maîtrisée, une insinuation, un montage, un appel voilé à la haine ou à la violence peuvent troubler l’ordre public et fragiliser davantage la confiance collective. Là où des tensions existent déjà, la moindre étincelle peut provoquer un incendie.

L’État doit donc assumer pleinement sa part. Il lui revient d’informer plus vite, d’expliquer plus clairement, de démentir sans tarder les fausses nouvelles et de rappeler les limites fixées par la loi. Réguler ne signifie pas étouffer la liberté d’expression. C’est protéger l’espace public contre les dérives qui menacent la paix sociale.

Certes, parler est un droit, mais informer exige de la responsabilité. Dans un pays en quête de stabilité, cette différence doit être comprise par tous.

 

Bamako : un Fonds de solidarité pour la presse malienne lancé par la Maison de la Presse

Le samedi 10 mai 2025, la Maison de la Presse de Bamako a marqué la clôture de la Semaine nationale de la liberté de la presse par un geste fort et symbolique : le lancement officiel du Fonds de Solidarité de la Presse (FonsoPress). Ce mécanisme inédit vise à répondre à la précarité grandissante des journalistes maliens en leur offrant un soutien structuré, durable et autonome.

L’objectif principal du FonsoPress est d’améliorer les conditions de vie et de travail des professionnels des médias au Mali. Il s’agit notamment d’apporter des aides ponctuelles en cas de détresse, de faciliter l’accès à la protection sociale, de financer des formations qualifiantes, et de garantir un minimum de sécurité pour les journalistes les plus exposés ou marginalisés. Pour le président de la Maison de la Presse, Bandiougou Danté, ce fonds est une réponse à une réalité souvent tue : celle de la vulnérabilité extrême de nombreux acteurs de la presse, confrontés à des rémunérations irrégulières, au manque de couverture sociale, et à des pressions permanentes.

Le FonsoPress est structuré autour de trois organes clés : un Conseil d’Administration de 13 membres, un Comité de Gestion de sept personnes chargé de la mobilisation et de la répartition équitable des ressources, et un Comité Technique constitué d’experts spécialisés dans les domaines d’intervention du Fonds. Cette organisation a été pensée pour garantir la transparence, l’efficacité et l’orientation stratégique des actions menées.

L’adhésion au fonds est volontaire et ouverte à tous les professionnels de médias enregistrés légalement. Chaque membre cotise à hauteur de 1 000 francs CFA par mois, un montant modeste qui donne accès à l’ensemble des services proposés. La philosophie du FonsoPress repose sur la solidarité de la profession elle-même, soutenue par des partenaires techniques, institutionnels et privés.

Parrainée par Issa Arsina Cissé, président du Forum des Cadres et Notabilités des Régions du Nord et du Centre, la cérémonie de lancement a rassemblé de nombreuses figures du monde médiatique et associatif. Le parrain a salué une initiative ambitieuse, susceptible de transformer en profondeur le paysage de la presse au Mali, en posant les bases d’un écosystème plus résilient et mieux organisé.

Dans un contexte politique tendu et un environnement économique instable, où les journalistes sont souvent en première ligne, le lancement du FonsoPress apparaît comme une avancée significative. Il témoigne aussi de la capacité de la profession à s’organiser pour défendre ses intérêts de manière autonome et responsable.