Gao : l’explosion qui impose un inventaire des risques

Une explosion a tué cinq personnes et grièvement blessé deux autres, samedi 29 août, dans le quartier d’Anoura. La piste d’un obus manipulé doit encore être confirmée, mais le drame rappelle la présence durable d’engins explosifs au milieu des populations.

Cinq personnes ont perdu la vie et deux autres ont été grièvement blessées à Anoura, dans le secteur de Bagoundié 2 à Gao. L’explosion s’est produite samedi, loin d’un affrontement militaire signalé au même moment dans ce quartier.
Des sources locales citées par Studio Tamani avancent que les victimes auraient manipulé un obus. Ce point reste à établir par une expertise. La nature exacte de l’engin, sa provenance, son ancienneté et les conditions dans lesquelles il s’est retrouvé à cet endroit n’ont pas encore fait l’objet d’une communication officielle accessible au public.
Cette incertitude ne diminue pas la gravité du fait établi. Un engin suffisamment puissant pour tuer cinq personnes se trouvait dans un espace habité et a pu être approché ou déplacé. Après l’évacuation des blessés et l’inhumation des victimes, la priorité doit être de déterminer si l’explosion constitue un accident isolé ou le signe d’une contamination plus étendue du quartier.
Périmètre
Une enquête ordinaire ne suffira pas. Le site doit être examiné par des spécialistes des munitions afin d’identifier les fragments, de reconstituer le fonctionnement de l’engin et de rechercher d’autres objets suspects dans les environs. Un obus peut provenir d’un ancien dépôt, avoir été abandonné après des combats, transporté avec de la ferraille ou récupéré sans connaissance de son danger.
La réponse doit donc couvrir toute la chaîne. Il faut savoir où l’objet a été découvert, combien de temps il a circulé, qui l’a vu avant l’explosion et si d’autres munitions ont été conservées ou revendues dans le même secteur. Ces informations peuvent empêcher un second drame.
La récupération de métaux constitue un moyen de subsistance pour certaines familles. Des objets militaires peuvent être confondus avec de la ferraille commercialisable, surtout lorsque leur aspect est altéré par le temps. Une munition ancienne, rouillée ou partiellement enterrée reste pourtant capable d’exploser.
Les habitants ont besoin d’une consigne claire. Tout objet ressemblant à un obus, une grenade, une roquette ou un élément de munition doit être laissé sur place. Il ne faut ni le toucher, ni le déplacer, ni tenter de l’ouvrir. La zone doit être évacuée et signalée aux services de sécurité ou de protection civile.
Une menace sous-documentée
Le Mali paie déjà un lourd tribut aux mines et aux restes explosifs de guerre. Le Landmine Monitor a recensé 268 victimes en 2024, dont 119 morts et 149 blessés. Les victimes enregistrées cette année-là étaient toutes civiles.
Ce chiffre ne concerne pas uniquement les munitions non explosées. Il regroupe les accidents provoqués par les mines, les engins improvisés et d’autres restes explosifs. Sur les 2 607 victimes documentées entre 2007 et 2024, environ 61 % ont été touchées par des mines improvisées.
La comptabilité reste incomplète. Le dispositif national ne dispose pas encore d’une base centralisée couvrant les accidents, les zones contaminées et les besoins des survivants. Le retrait de la MINUSMA, achevé en 2023, a également affaibli la collecte de certaines données auparavant consolidées avec l’appui du Service de lutte antimines des Nations unies.
Les 268 victimes de 2024 représentent donc un bilan documenté, pas la totalité certaine des personnes tuées ou blessées. Le Monitor estime d’ailleurs qu’environ 350 victimes civiles auraient été signalées cette année-là, sans que tous les cas aient pu être suffisamment vérifiés pour être intégrés à son décompte.
Après l’urgence
La situation de Gao justifie une campagne ciblée dans les quartiers, les écoles, les ateliers de ferraille et les marchés de récupération. Une affiche générale sur les dangers des mines aura peu d’effet si les habitants ne savent pas reconnaître les objets suspects ni quel service prévenir.
Les enfants doivent faire l’objet d’une attention particulière. Un objet métallique inhabituel peut être ramassé par curiosité ou utilisé comme jouet. Les messages de prévention doivent être diffusés dans les langues locales et accompagnés d’illustrations compréhensibles, sans exposer les élèves à la manipulation de véritables engins.
Les blessés et les familles des personnes décédées auront également besoin d’un accompagnement durable. Les structures de Gao peuvent assurer les premiers soins et une partie de la réadaptation, mais les traumatismes graves nécessitent parfois des transferts, des opérations successives, un appareillage et un soutien psychologique. La prise en charge ne doit pas s’arrêter à la sortie de l’hôpital.
Le drame d’Anoura appelle enfin une information publique précise. Les autorités doivent confirmer le type d’engin, expliquer comment il s’est retrouvé dans le quartier et indiquer les vérifications effectuées autour du lieu de l’explosion. Le silence laisserait les habitants seuls face à un risque dont ils ignorent encore l’étendue.
Massiré Diop

Abdoulaye Maïga à Alger : plusieurs dossiers sur la table

Abdoulaye Maïga est arrivé ce lundi 24 août à Alger pour donner un contenu concret au rapprochement engagé en juillet. Sécurité frontalière, crise du Nord et échanges économiques seront au cœur des attentes.

Le déplacement du Premier ministre intervient dans un climat plus favorable, mais encore chargé du contentieux récent entre les deux voisins. Invité par son homologue algérien Sifi Ghrieb, Abdoulaye Maïga doit remettre au président Abdelmadjid Tebboune un message d’Assimi Goïta. Des entretiens entre les deux chefs de gouvernement sont également prévus, selon la Primature malienne.

Cette visite est la première de ce niveau depuis le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens décidés le 10 juillet. Ces mesures ont mis fin à quinze mois de tensions provoquées par la destruction d’un drone malien près de Tinzawatène. Elles ont rétabli le contact sans régler les divergences qui avaient conduit au rappel des diplomates et à la suspension de plusieurs mécanismes de coopération.

L’entretien téléphonique du 9 août entre les deux Premiers ministres avait déjà fait apparaître une volonté de renouer le dialogue. Alger affirme vouloir faire du Sahel un espace de coopération et de développement partagé. Bamako insiste, de son côté, sur la souveraineté, la non-ingérence et la prise en compte de ses intérêts sécuritaires.

Frontière

Le premier enjeu sera de définir une méthode de travail le long des quelque 1 400 kilomètres de frontière commune. La zone demeure traversée par les groupes armés, les trafics, les mouvements de population et des activités économiques qui échappent largement aux administrations centrales.

Depuis le différend sur le drone, le Mali ne participe plus au Comité d’état-major opérationnel conjoint, installé à Tamanrasset. Cette structure associait l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie dans le partage de renseignements et la lutte contre les menaces transfrontalières. Le retour de Bamako dans ce dispositif n’est pas annoncé. Les deux pays pourraient cependant convenir d’un nouveau cadre, plus souple, comprenant des échanges d’informations, un canal militaire permanent et un mécanisme destiné à prévenir les incidents aériens ou frontaliers.

Les évolutions sécuritaires autour de Kidal donnent à la coopération avec Alger une importance particulière. À la suite des combats du 25 avril, le FLA a revendiqué la prise de la ville, tandis que les autorités maliennes ont assuré avoir maîtrisé les offensives visant plusieurs localités et poursuivi leurs opérations dans la région. Le retrait de Kidal annoncé par l’Africa Corps et le repositionnement rapporté des forces maliennes vers Anéfis ont néanmoins installé une nouvelle configuration sécuritaire à proximité de la frontière algérienne. L’organisation séparatiste a conduit son offensive parallèlement à des attaques du JNIM dans plusieurs localités du Nord. L’Algérie a depuis réaffirmé son soutien à l’unité du Mali et son rejet du terrorisme.

Ce positionnement pourrait faciliter une coopération pragmatique, sans signifier le rétablissement immédiat d’une médiation politique. Bamako a dénoncé en janvier 2024 l’Accord issu du processus d’Alger, tandis que les autorités algériennes continuent de défendre une solution politique inclusive. La visite permettra surtout de savoir si les deux capitales peuvent dissocier leur coopération frontalière de leurs désaccords sur le traitement de la crise du Nord.

Corridors

Le rapprochement comporte aussi un volet économique important pour le Mali. La dernière Grande Commission mixte, tenue à Bamako en 2016, avait abouti à treize accords portant notamment sur l’énergie, les hydrocarbures, les mines, l’eau, la santé et le commerce. La fixation d’une nouvelle session offrirait aux deux gouvernements l’occasion de réexaminer ces engagements et de retenir quelques projets réalisables.

La route transsaharienne figure parmi les dossiers les plus prometteurs. Son réseau continental est achevé à plus de 90 %, mais la liaison entre Tamanrasset, Gao et Bamako reste handicapée par l’état de certains tronçons et par l’insécurité dans le Nord. Sa mise en valeur donnerait au Mali une possibilité supplémentaire d’approvisionnement et d’accès aux infrastructures portuaires algériennes. Elle ouvrirait aussi les marchés sahéliens aux entreprises d’Algérie. Le projet de zone franche annoncé par Alger en 2024 pourrait compléter ce dispositif, à condition d’obtenir un emplacement, un calendrier et des règles de fonctionnement.

Le véritable bilan de la visite dépendra donc des décisions prises après les audiences. La création de groupes techniques, la relance de la Commission mixte ou l’adoption d’un mécanisme frontalier donneraient une traduction pratique au dégel. Sans calendrier ni engagements identifiables, le déplacement restera principalement une étape politique dans une normalisation encore fragile.

Situation sanitaire : l’insécurité et le sous-financement freinent la réponse

La réponse sanitaire aux besoins humanitaires reste entravée par l’insécurité et le manque de ressources, selon le bulletin de juillet du Cluster Santé publié le 13 août 2026. Les déplacements de populations, les difficultés d’accès aux soins et la circulation simultanée de plusieurs maladies accentuent la pression sur les services de santé.

Environ 3,7 millions de personnes ont besoin d’une assistance sanitaire, sur une population nationale estimée à 24,5 millions. Le Cluster Santé en cible 1,6 million et fait état de 61 333 personnes atteintes. Ces chiffres figurent dans un document préparé par la Dre Aissata dite Nènè Tjini Koné, épidémiologiste au sein du dispositif d’urgence sanitaire et du Cluster.
Le financement disponible reste très inférieur aux besoins. Le texte du bulletin indique que 36,9 % des ressources avaient été mobilisées à la fin de juillet. Son tableau financier affiche cependant 9,7 millions de dollars reçus sur les 30,5 millions requis, soit 31,9 %. Cet écart n’est pas expliqué, mais les deux évaluations montrent que près des deux tiers des ressources attendues restent à mobiliser.
L’insécurité perturbe particulièrement les soins dans le Nord et le Centre. À Gao, les incidents enregistrés dans la région voisine de Kidal compliquent l’accès aux centres de santé et la continuité des services. Les supervisions, les campagnes de vaccination et l’acheminement des médicaments sont également affectés.
En juillet, 771 ménages représentant 3 781 personnes ont quitté leurs localités. Le mouvement le plus important concerne 2 814 habitants partis de Kouakourou vers Mopti. Quelque 680 personnes ont également rejoint Ménaka depuis Anéfis, tandis que 287 autres ont été déplacées vers Markala et Kirango.
Alertes sanitaires
Ces mouvements surviennent dans un contexte marqué par plusieurs foyers épidémiques. De janvier à la fin de juillet, 413 cas de dengue ont été confirmés, avec un décès. La diphtérie totalise 753 cas suspects depuis juillet 2025, dont 91 confirmés et 37 décès, dans 41 districts sanitaires répartis entre neuf régions.
Le Mpox a réapparu après près de 80 jours sans cas confirmé. Six infections ont été confirmées en juillet, dont quatre à Bamako et deux à Kalabancoro. Depuis le début de l’année, le bilan s’établit à 26 cas confirmés et un décès.
La rougeole poursuit également sa progression. Le pays comptait 248 cas confirmés à la fin de la 31ᵉ semaine, tandis que 19 des 75 districts sanitaires avaient connu au moins un épisode épidémique. Ouélessébougou et la Commune VI de Bamako ont rejoint en juillet la liste des districts concernés.
Trois cas présumés de rage humaine ont été signalés à Kayes et ont tous été suivis de décès. Trois cas de tétanos néonatal ont aussi été enregistrés à Kidal, Séféto et Koutiala, avec deux décès documentés.
À la date du 5 août, la couverture vaccinale atteignait seulement 38,02 % pour la première dose du vaccin antipoliomyélitique oral et 23,79 % pour la deuxième dose contre la rougeole. Ces niveaux restent préoccupants au regard de la multiplication des déplacements et des difficultés rencontrées par les équipes pour atteindre certaines localités.
Malgré ces contraintes, 415 444 consultations curatives ont été enregistrées en juillet dans les régions humanitaires. Les partenaires ont poursuivi les cliniques mobiles, le dépistage nutritionnel, la vaccination et la fourniture de médicaments. Leurs prochaines interventions porteront notamment sur la campagne contre le poliovirus dérivé de type 2, la préparation au risque Ebola et le prépositionnement d’intrants à Gao pour les régions du Nord et du Centre.
La réponse dépendra désormais de la mobilisation rapide des financements et de la sécurisation des voies d’accès. Le maintien officiel d’une structure en activité ne suffit pas lorsque les patients, le personnel et les médicaments rencontrent des difficultés pour y parvenir.

Kidal : six blessés évacués à Gao, le FLA parle de militaires libérés

Le CICR a transféré, dimanche 16 août, six blessés du Centre de santé de référence de Kidal vers l’hôpital de Gao. Ce nombre correspond aux six militaires maliens que le FLA affirme avoir remis à l’organisation humanitaire, ce qui porterait à 88 le nombre de soldats libérés en quatre jours.

Le Comité international de la Croix-Rouge précise avoir organisé cette évacuation après avoir obtenu des garanties de sécurité de toutes les parties au conflit. Son communiqué ne donne pas l’identité des personnes transférées et ne précise pas leur statut. Cette discrétion correspond à son mandat d’intermédiaire neutre et au caractère confidentiel de son dialogue avec les belligérants.
Le même jour, le Front de libération de l’Azawad a annoncé avoir confié au CICR six militaires maliens blessés, capturés lors de précédents affrontements. Selon le mouvement, leur évacuation de Kidal s’est effectuée par voie aérienne à bord d’un hélicoptère de l’organisation.
La concordance de la date, du lieu et du nombre de personnes permet de rapprocher les deux annonces. Seul le FLA présente toutefois les blessés comme des militaires faits prisonniers. Le CICR s’en tient à leur transfert médical et les Forces armées maliennes n’avaient pas encore confirmé leur identité lundi.
Deux remises successives
Cette opération survient trois jours après la libération de 82 militaires détenus par le FLA et le JNIM. Annoncée le 13 août par l’état-major, leur remise avait également été confirmée par le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, qui l’avait présentée comme un « geste humanitaire ».
Les 82 soldats ont regagné Bamako le 14 août. Ils ont été accueillis à la Base aérienne 101 de Sénou par le chef d’état-major général des Armées, le général de division Élysée Jean Dao. Celui-ci a annoncé leur prise en charge médicale et le rattrapage des avantages perdus durant leur captivité.
Si les six blessés transférés à Gao sont bien ceux désignés par le FLA, le nombre de militaires remis depuis le 13 août atteint 88. Après la première libération, le mouvement affirmait que d’autres militaires demeuraient en captivité.
Le CICR rappelle que le droit international humanitaire impose un traitement humain aux blessés et aux détenus. L’organisation soutient une vingtaine de centres de santé ainsi que les hôpitaux de Gao et Mopti. Entre janvier et juin 2026, ces structures ont pris en charge 69 892 personnes.

Djenné, Tombouctou, Gao : Trois mémoires à préserver

Réuni à Busan du 19 au 29 juillet 2026, le Comité du Patrimoine mondial a inscrit à son ordre du jour la situation de Djenné, Tombouctou et du Tombeau des Askia de Gao. Ces trois biens maliens, classés en péril, concentrent une part essentielle de la mémoire culturelle du pays.

À Djenné, l’histoire s’exprime dans les maisons traditionnelles en banco, la Grande Mosquée et le site archéologique de Djenné-Djeno. Ces édifices témoignent de l’ancienneté de la vie urbaine dans le Delta intérieur du Niger et de la maîtrise de techniques adaptées à l’architecture de terre. Sa conservation dépend de l’entretien régulier des façades, de l’accès aux matériaux traditionnels et de la transmission des gestes artisanaux.

Tombouctou conserve les mosquées de Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia, seize mausolées ainsi qu’un patrimoine documentaire lié à une longue tradition savante. La ville rappelle l’époque où circulaient, à travers le Sahara, des érudits, des manuscrits et des connaissances portant sur le droit, l’histoire, la médecine, la théologie ou l’astronomie.

Pour Modibo Bagayoko, Coordinateur de projets au Secteur Culture du Bureau de l’UNESCO au Mali, leur portée dépasse l’architecture. « Ces trois sites figurent parmi les symboles les plus prestigieux du patrimoine culturel du Mali », souligne-t-il, en rappelant leur rôle dans les échanges commerciaux, intellectuels, religieux et culturels en Afrique de l’Ouest.

Transmission

À Gao, le Tombeau des Askia, édifié vers 1495, illustre la puissance de l’Empire songhaï et l’originalité de l’architecture soudano-sahélienne. Ses formes, ses espaces de prière et son entretien collectif inscrivent le monument dans une tradition encore vivante. Les travaux de restauration, les plans de gestion et la formation des artisans contribuent à préserver cette continuité culturelle.

Dans les trois villes, les communautés sont les premières gardiennes du patrimoine. Maçons, familles, autorités coutumières, responsables religieux, enseignants et jeunes participent à l’entretien des sites et à la transmission des connaissances qui leur sont associées. Comme le rappelle Modibo Bagayoko, « les communautés locales sont les premières gardiennes du patrimoine » et détiennent les savoir-faire nécessaires à l’entretien des monuments.

La sauvegarde ne concerne pas uniquement des édifices anciens. Elle protège aussi des pratiques, des récits, des formes d’expression et une mémoire partagée, au cœur de la société malienne. Préserver Djenné, Tombouctou et le Tombeau des Askia, c’est maintenir vivant un héritage qui relie les générations maliennes et rappelle la contribution du Mali à l’histoire culturelle de l’Afrique et de l’Humanité.

Salimata Wagué

Violences armées : Blessés et déplacés en première ligne

Plus d’un mois après les attaques coordonnées du 25 avril, les conséquences humanitaires restent visibles dans plusieurs régions du Mali. Blessés, déplacements, structures de santé sollicitées et perte de moyens de subsistance rappellent que les civils demeurent les premiers exposés à la dégradation sécuritaire.

Dans une note opérationnelle publiée le 9 juin 2026, le Comité international de la Croix-Rouge fait état de pertes en vies humaines, de blessés, de nouveaux déplacements et d’une fragilisation des services essentiels. Ces répercussions touchent des zones déjà éprouvées par l’insécurité, l’éloignement des structures de prise en charge et les difficultés d’accès aux biens de première nécessité.

À Mopti, seize blessés ont été pris en charge après les violences enregistrées dans les cercles de Bandiagara et de Bankass, avec l’appui médical du CICR à l’hôpital régional. Des médicaments, du matériel médical et des équipements ont aussi été fournis aux structures sanitaires de Gao et de Mopti pour soutenir leur capacité de réponse.

L’UNICEF avait aussi signalé après les attaques une école affectée dans la région de Mopti, avec la scolarité d’au moins 300 élèves perturbée, ainsi qu’un centre de santé communautaire touché à Gao, réduisant l’accès aux soins pour près de 2 700 enfants.

Les déplacements de populations constituent une autre conséquence directe des violences. À Sévaré, une centaine de familles déplacées ont reçu des biens essentiels avec l’appui du CICR et de la Croix-Rouge malienne. À Bandiagara, plus de 650 familles ont bénéficié de kits ménagers et d’une aide financière destinée à l’achat de vivres.

La protection des civils est un enjeu majeur dans les zones affectées. Le CICR indique poursuivre son dialogue avec les autorités et les parties concernées sur le respect des civils, des blessés, du personnel de santé et des infrastructures indispensables, notamment les centres de soins et les installations d’approvisionnement en eau.

Les violences ont aussi des conséquences sur les liens familiaux. Des activités de rétablissement des contacts se poursuivent au profit de personnes déplacées, de détenus et de familles séparées par le conflit, notamment à travers le suivi de personnes disparues ou arrêtées.

Cette situation s’inscrit dans une crise humanitaire durable. En 2025, les actions du CICR avaient touché environ 1,1 million de personnes au Mali, malgré une baisse de 15% de son budget. Pour 2026, l’organisation prévoit environ 33 milliards de francs CFA d’interventions. L’enjeu est surtout de maintenir l’accès aux soins, à l’eau, aux vivres et à la protection dans les localités affectées.

Grosses cylindrées : les autorités resserrent l’étau hors des agglomérations

La circulation des motos de 125 cm³ et plus est désormais suspendue hors des grandes agglomérations. En parallèle, l’importation, la vente, le transit et la distribution de ces engins sont gelés pour un an renouvelable.

Les motocyclettes de 125 cm³ et plus ne pourront plus circuler librement en dehors des grands centres urbains. La décision, prise par arrêté interministériel le 3 juin 2026, s’inscrit dans le dispositif de sécurisation engagé dans le cadre de l’opération « Dougoukoloko ».
La restriction concerne l’ensemble du territoire national, à l’exception du District de Bamako, des chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement. Les représentants de l’État au niveau régional peuvent toutefois étendre la mesure à certains chefs-lieux, lorsque la situation sécuritaire l’exige.
Les forces chargées de l’application du texte sont les commandants des théâtres d’opération, la Police nationale et la Gendarmerie nationale. Les autorités cherchent ainsi à réduire les déplacements suspects sur les pistes rurales, les zones de brousse et les axes secondaires, où les contrôles restent plus difficiles.
Une autre décision complète ce dispositif. Elle suspend pour un an renouvelable l’importation, le transit, la commercialisation, la vente et la distribution gratuite des motos de 125 cm³ et plus, ainsi que de leurs accessoires. Les commerçants disposant de stocks ou de commandes en cours doivent les déclarer dans un délai de 90 jours auprès des services compétents. Les engins non déclarés peuvent être saisis.
Cette double mesure intervient dans un climat sécuritaire tendu, après les attaques coordonnées du 25 avril 2026 contre plusieurs localités et positions stratégiques, notamment Bamako, Kati, Gao, Sévaré, Mopti et Kidal. Ces attaques ont remis au premier plan la question de la mobilité des groupes armés, qui utilisent les motos pour se déplacer rapidement, contourner les postes de contrôle, mener des reconnaissances et se replier après des opérations.
Dans le Sahel, la moto est devenue un outil central des conflits. Peu coûteuse, robuste, facile à réparer et adaptée aux pistes, elle permet à de petits groupes de parcourir de longues distances avec peu de carburant. Les mêmes qualités qui en font un moyen de transport indispensable pour les populations rurales en font aussi un instrument recherché par les groupes armés.
Cette réalité complique l’application de la mesure. Dans de nombreuses localités, la moto sert à aller au champ, rejoindre un marché, transporter un malade, acheminer des marchandises ou assurer de petits services entre villages. Plus de la moitié de la population vit encore en milieu rural, selon les données de la Banque mondiale, dans un pays où les distances, l’état des routes et la rareté des transports publics rendent les deux-roues difficiles à remplacer.
Les restrictions de motos ne sont pas nouvelles dans la région. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger et d’autres pays confrontés à l’insécurité ont déjà utilisé des interdictions de circulation, des couvre-feux ou des limitations par type d’engin pour freiner les mouvements des groupes armés. Les résultats restent toutefois liés à la capacité des forces de sécurité à contrôler les axes, surveiller les marchés, suivre les stocks et éviter les contournements.
L’enjeu sera donc autant sécuritaire que social. Les autorités devront concilier la nécessité de couper les moyens de mobilité des groupes armés avec les besoins quotidiens des populations, notamment dans les zones rurales et périurbaines. Dans un contexte humanitaire déjà fragile, où 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance en 2026, toute restriction de mouvement peut avoir des effets directs sur l’accès aux services, aux marchés et aux moyens de subsistance.
La mesure ouvre aussi une phase de surveillance économique. L’arrêt de l’importation et de la vente des grosses cylindrées pourrait modifier les circuits commerciaux, renchérir certaines pièces et favoriser des marchés parallèles si les contrôles ne sont pas stricts. Les mécaniciens, revendeurs et usagers devront désormais s’adapter à un cadre plus contraignant.
Pour les autorités, l’objectif immédiat est de réduire la liberté de mouvement des assaillants dans les zones hors agglomérations. Son efficacité dépendra de la coordination entre les forces de sécurité, les autorités administratives, les commerçants et les communautés locales, mais aussi de la clarté des exemptions pour les urgences, les services publics et les activités économiques essentielles.

Braquage sur l’axe Ansongo–Labbezanga : des passagers pris pour cibles

Dans la matinée du mardi, la route reliant Ansongo à Labbezanga a de nouveau été le théâtre d’une attaque armée. Des véhicules de transport ont été interceptés par des hommes armés qui ont dépouillé les passagers de tous leurs biens.

Le pont de Kamgala, non loin du village de Bentia dans le cercle d’Ouattagouna, a été le point d’embuscade. Plusieurs cars des compagnies Salim et Sonef Transport, ainsi qu’un minibus assurant la liaison entre le Niger et Gao, ont été arrêtés par un groupe d’hommes lourdement armés.
Les assaillants, organisés et déterminés, ont contraint chauffeurs et passagers à descendre avant de les délester de tout ce qu’ils possédaient. Argent, téléphones, bagages, rien n’a été épargné.
Aucun blessé grave n’a pour l’instant été signalé, mais la peur et le traumatisme restent vifs parmi les victimes. Selon plusieurs témoins, l’attaque a duré quelques minutes seulement, preuve du professionnalisme des assaillants.
Ce nouvel incident rappelle la fragilité de cet axe vital pour les échanges commerciaux et les déplacements entre le Mali et le Niger. Malgré la présence ponctuelle des forces de sécurité, les convois restent vulnérables à ces opérations de pillage.
Les populations locales appellent à un renforcement urgent des patrouilles et à une sécurisation permanente de cette route, considérée comme un poumon économique pour toute la région de Gao.

Lutte antiterroriste au Sahel : Abou Dahdah tué à Chamane, Oubel se rend à Tessit

Deux figures de l’État islamique au Sahel (EIS, ex-EIGS) ont été mises hors d’état de nuire en moins de 24 heures dans le nord-est du Mali, marquant un affaiblissement stratégique du groupe dans la région de Ménaka et du Liptako.

Le samedi 28 juin 2025, une opération des Forces armées maliennes (FAMa) a visé un groupe armé affilié à l’EIS dans la localité de Chamane, à 38 km au nord de Ménaka. Selon plusieurs sources sécuritaires et des canaux spécialisés dans le suivi du terrorisme au Sahel, l’opération a abouti à la neutralisation de six combattants, dont Abou Dahdah, identifié comme un cadre étranger du groupe. Cet individu, connu pour son rôle idéologique et technique – en particulier dans la fabrication d’engins explosifs improvisés (IED) – serait impliqué dans de nombreuses attaques transfrontalières au Mali et au Niger.

Le lendemain, Oubel, un autre cadre de l’EIS opérant dans le cercle d’Ansongo, s’est rendu volontairement aux autorités maliennes à Tessit, dans la région de Gao, accompagné de dix de ses éléments armés. Bien que cette reddition n’ait pas fait l’objet d’un communiqué officiel au moment de la rédaction, plusieurs sources concordantes au sein de la sécurité malienne l’ont confirmée, et elle a été largement relayée sur des plateformes de veille sécuritaire en arabe et en anglais.

Ces deux événements se sont produits dans une région où l’EIS a longtemps maintenu une présence active, notamment dans le couloir Ménaka–Ansongo, théâtre de multiples affrontements avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda. Ces dernières années, le JNIM a nettement pris l’ascendant dans le Liptako malien, en partie grâce à une stratégie d’ancrage local, reléguant l’EIS à des positions défensives.

Toutefois, l’EIS, désormais désigné sous l’appellation « État islamique au Sahel » (EIS), reste loin d’être éradiqué. Il conserve une forte capacité de nuisance, en particulier au Niger, comme l’a démontré l’attaque meurtrière de Banibangou le 19 juin 2025, où 34 soldats nigériens ont été tués. Au Burkina Faso, le groupe poursuit également ses incursions, notamment dans les provinces frontalières de l’est.

Plus inquiétant encore, plusieurs analystes évoquent la possibilité d’une restructuration transfrontalière : une jonction stratégique avec d’autres factions de l’État islamique dans la région, comme ISWAP (province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique, active au Nigeria et autour du lac Tchad), pourrait offrir à l’EIS un second souffle sur le territoire malien. Cette hypothèse est d’autant plus plausible que les pressions militaires subies par ces groupes dans leurs bastions initiaux les poussent à envisager des reconfigurations régionales.

La neutralisation d’Abou Dahdah et la reddition d’Oubel sont, pour l’instant, des succès tactiques indéniables pour les FAMa. Mais leur portée stratégique dépendra de la capacité des autorités à stabiliser durablement ces zones, à empêcher les reconstitutions de cellules, et à restaurer les services de base pour les populations, durement éprouvées par des années de violences, de déplacements et de ruptures d’accès humanitaire.

Axe Bourem–Gao : des voyageurs pris pour cibles

Ce dimanche 15 juin 2025, le tronçon entre Bourem et Gao a été la cible d’une nouvelle attaque sanglante. Cette agression relance l’alerte sur la sécurité routière dans le Nord-Mali, tandis que les évènements de Kobé en février continuent de hanter les populations.

Dimanche 15 juin en milieu de journée, un groupe armé a pris d’assaut plusieurs minibuses circulant entre Bourem et Gao, à hauteur de Tondibi. Les assaillants, arrivés à moto, ont obligé les passagers à descendre, leur subtilisant téléphones, portefeuilles et effets personnels sous la menace des armes. Aucune blessure physique n’a été signalée, mais les victimes sont profondément traumatisées. Ce braquage intervient alors que déjà, à la fin du mois de mai, une série d’agressions similaires avait ébranlé la quiétude des voyageurs de cette route.
Depuis plusieurs mois, cet axe est marqué par une présence sécuritaire sporadique. Malgré les appels répétés des syndicats de transporteurs, la défense militaire reste timide, donnant à ces zones comme Tondibi une vulnérabilité permanente. Les habitants évoquent un sentiment d’abandon, exprimant leur exaspération : voyager revient à jouer sa vie, à l’abri d’aucune garantie tangible.
Le souvenir de l’attaque meurtrière du 7 février 2025 près de Kobé, à environ trente kilomètres au sud de Gao sur la route vers Ansongo, ressurgit automatiquement. À l’époque, un convoi de 19 véhicules civils, escortés par des soldats maliens et leurs partenaires, a été pris en embuscade par des djihadistes de l’État islamique dans le Grand Sahara, faisant 34 morts civils et 34 blessés. Les assaillants s’en sont pris indistinctement aux civils comme aux militaires, incendiant des véhicules, semant la terreur, avant que le convoi ne fasse demi-tour. Dans les jours qui ont suivi, les transporteurs de la région avaient décrété une grève, exigeant la fin des simples escortes et la mise en place de véritables patrouilles régulières.
Si le trafic a repris après cet épisode tragique, notamment sous la pression de la reprise économique, la menace n’a jamais disparu. Des témoignages rapportent que les attaques à Kobé sont devenues presque banales : « on est dépouillé, on est frappé, et les femmes ne sont pas épargnées », racontent certains chauffeurs .
Les enjeux sont avant tout d’ordre public et politique. Sans mesures de sécurité dignes de ce nom—comme des postes permanents, un accompagnement organisé des convois et une présence militaire tangible—les échanges commerciaux, les déplacements familiaux et la vie quotidienne resteront rythmés par la peur. Les voyageurs demandent à cor et à cri une réponse ferme de l’État, faute de quoi le Nord du Mali continuera de payer un lourd tribut au banditisme et au terrorisme.

Gao : Quatre obus tirés en direction du Camp 1, un blessé signalé dans une nouvelle attaque de harcèlement

La ville de Gao a été secouée par une nouvelle attaque dans la soirée du 12 mars 2025, aux environs de 20h, lorsque quatre obus ont été tirés en direction du Camp 1, une installation abritant plusieurs structures sécuritaires.

D’après des sources locales, l’un des obus est tombé dans un site de récupération de ferraille situé vers Château Sud Extension, non loin de l’ancien camp de la MINUSMA. L’impact a causé un blessé léger, rapidement pris en charge par les secours.
Cette attaque s’inscrit dans un mode opératoire récurrent dans le nord du Mali : les tirs d’obus de harcèlement. Ce type d’attaque, souvent imprécis et opportuniste, est utilisé par les groupes terroristes pour rappeler leur présence et démontrer que leur capacité de nuisance demeure intacte malgré les pressions sécuritaires exercées contre eux.
En août 2024, cinq obus avaient déjà été tirés en direction de l’aéroport de Gao, illustrant la persistance de la menace malgré l’absence de victimes (Échos Médias). Quelques mois plus tôt, en mars 2024, une autre attaque aux obus avait visé la zone aéroportuaire et le quartier Château, provoquant un incendie rapidement maîtrisé.
De telles attaques visent davantage à instiller la peur qu’à causer des pertes massives, bien que leur dangerosité ne soit pas à négliger.

En août 2024, cinq obus avaient déjà été tirés en direction de l’aéroport de Gao, illustrant la persistance de la menace malgré l’absence de victimes. Quelques mois plus tôt, en mars 2024, une autre attaque aux obus avait visé la zone aéroportuaire et le quartier Château, provoquant un incendie rapidement maîtrisé.

Une réponse sécuritaire renforcée
À la suite de cette nouvelle attaque, les forces de sécurité ont renforcé les patrouilles et ouvert une enquête pour identifier les auteurs. Pour l’instant, aucune revendication officielle n’a été formulée, mais le mode opératoire laisse peu de doute sur la nature de l’attaque.
Ces incidents rappellent les défis sécuritaires persistants auxquels est confrontée la ville de Gao et plus largement le nord du Mali, malgré les efforts déployés pour stabiliser la région. Les habitants, exaspérés par ces attaques sporadiques, appellent à un renforcement des mesures de surveillance et à une meilleure anticipation des menaces.
L’évolution de la situation sera suivie de près dans les jours à venir.

Massacre à Kobé : 25 civils tués dans une embuscade terroriste entre Gao et Ansongo

25 morts et 13 blessés : c’est le bilan tragique de l’attaque perpétrée le vendredi 7 février 2025, dans l’après-midi, contre un convoi de véhicules civils escorté par les Forces Armées Maliennes (FAMa) entre Gao et Ansongo, à hauteur de Kobé, à une trentaine de kilomètres de Gao.
Selon le communiqué de l’État-major Général des Armées, la mission d’escorte a été prise en embuscade par un groupe de plusieurs terroristes. Au cours des violents combats qui ont suivi, les assaillants, repoussés dans leur fuite, ont délibérément ciblé des passagers civils en débandade, provoquant la mort de 25 personnes et blessant 13 autres, majoritairement des jeunes orpailleurs étrangers en route vers la mine d’or de N’Tahaka, dans la région de Gao.
Les FAMa ont immédiatement réagi en lançant des opérations de ratissage toujours en cours. Elles ont permis de retrouver 19 corps de terroristes abandonnés, d’en capturer 4 autres blessés, et de récupérer plusieurs armes et matériels de guerre. L’identification des corps est en cours.
La zone de Kobé est depuis longtemps considérée comme particulièrement dangereuse. À plusieurs reprises, des citoyens et des personnalités y ont été pris pour cible. Les bus et autres véhicules de transport sont parfois contraints de payer des rançons pour circuler sans encombre, alimentant ainsi le financement du terrorisme.
Cette région est le théâtre d’incursions répétées de la Province du Sahel de l’État islamique (EI-Sahel), une branche de l’État islamique opérant principalement au Burkina Faso, au Mali et au Niger. L’EI-Sahel, également connue sous le nom d’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), est une organisation militaire et terroriste d’idéologie salafiste djihadiste, née en 2015 d’une scission d’Al-Mourabitoune. Elle a été officiellement reconnue par l’État islamique en 2016.
Les attaques de l’IS Sahel se caractérisent par une violence de masse et indiscriminée, causant de nombreuses victimes civiles et semant la terreur parmi les populations locales.
L’État-major Général des Armées présente ses condoléances aux familles endeuillées et souhaite un prompt rétablissement aux blessés. Il rassure que les opérations de sécurisation des axes, particulièrement la RN-17, avec des escortes de véhicules civils, se poursuivront. L’objectif est de démanteler les réseaux terroristes qui entravent la libre circulation des personnes et de mettre fin au paiement des rançons servant au financement du terrorisme.
Cette attaque souligne une fois de plus la nécessité d’une vigilance et d’une coopération renforcée entre les forces de sécurité et les populations locales pour contrer la menace persistante que représente l’EI Sahel dans la région.

Permis de recherche d’or de la SOREM : Une étape cruciale vers l’exploitation

Le 28 août 2024, le Conseil des ministres a adopté un projet de décret pour l’attribution d’un permis de recherche d’or à la Société de recherche et d’exploitation des ressources minérales du Mali (SOREM). Une étape importante qui permettra à la société de s’atteler à sa mission de recherche et d’exploitation des ressources minières.

Créée par un projet d’ordonnance lors du Conseil des ministres du 24 août 2022, la SOREM, avec comme actionnaire unique l’État, a été mise en place pour mettre en valeur les nombreuses ressources minérales dont regorge le Mali. Le pays dispose d’un vaste potentiel dans les domaines pétrolier et gazier, couvrant une superficie de 900 000 km². Le permis octroyé à la SOREM est sur le périmètre de N’Tahaka, dans le cercle de N’Tillit, dans la région de Gao, suite à la demande de la société en date du 31 juillet 2024 pour la recherche de l’or. Ce permis, en dehors des zones habituellement reconnues pour la recherche d’or, est une première que saluent les acteurs du domaine. Une occasion de diversifier l’exploitation de minerais et d’offrir une opportunité aux acteurs locaux.  

Des moyens et de l’expertise

« C’est une bonne chose d’avoir une société nationale d’exploitation minière », se réjouit M. Djibril Djibril Diallo, expert ingénieur minier, interrogé sur la chaîne TM1. Mais cette création doit s’accompagner de moyens importants et d’expertise. L’État vient donc, en octroyant ce permis, de mettre en activité la société créée il y a deux ans. En outre, la zone du permis est une superficie potentiellement riche qui contient de nombreux sites dont l’État n’avait pas le contrôle. C’est donc l’occasion pour lui de contrôler ce secteur, qui avait vu se développer l’orpaillage dans une certaine anarchie. L’exploitation par la société nationale pourrait créer des emplois et apporter à l’économie nationale une contribution substantielle. Outre les moyens importants dont elle doit disposer pour assurer les investissements nécessaires, la SOREM doit permettre l’émergence de « champions nationaux ». Des acteurs qui ont acquis une certaine expertise dans le domaine de l’exploitation ou de la sous-traitance.  Particulièrement dans ce domaine, la société doit « donner la main » aux acteurs locaux, comme d’ailleurs le suggère la loi sur le contenu local adoptée en même temps que le nouveau Code minier. L’autre défi de la société sera de faire en sorte d’utiliser les compétences locales et de les former dans les différents domaines qui nécessitent une expertise. 

Fatoumata Maguiraga

Chiffres

Capital : 100 000 000 FCFA

Superficie du permis : 97,41 km²

Gao et Tombouctou : comment s’adapter au couvre-feu ?

Les couvre-feux instaurés à Gao et Tombouctou par les différents gouverneurs ont été prorogés le 9 octobre. Comment s’adaptent les populations et comment accueillent-elles cette prorogation ?

Après l’attaque du bateau de la COMANAV en provenance de Gao le 7 septembre dernier, avec 49 morts civils et 15 militaires maliens, et l’attaque le lendemain du camp de Gao par des groupes armés terroristes, un couvre-feu nocturne a été instauré dans la ville de Gao jusqu’au 9 octobre, reconductible. Presque dans la foulée, à Tombouctou, alors que la ville est soumise à un blocus et cible de tirs d’obus de la part du JNIM, le gouverneur de la région, le Commissaire divisionnaire Bakoun Kanté, a instauré également un couvre-feu allant du 11 septembre au 10 octobre 2023, de 20h à 6h du matin. Ces mesures ont été prorogées alors que les populations essayent encore de s’adapter. À Tombouctou, elles ont été un peu allégées, passant de 20h à 21h. Même si elle est contraignante, la majorité des habitants de Tombouctou approuvent la décision, selon des sources sur place. « La ville a besoin de sécurité, il faut moins de personne dans les rues, surtout la nuit, pour que les forces de l’ordre puissent faire leurs opérations de sécurisation à travers la ville », assure Tandina El Hadj Beyt’allah, blogueur de la Cité des 333 Saints. Il ajoute qu’il n’y a pas eu de grand changement dans les habitudes des Tomboctiens, « les gens s’habituent au couvre-feu, ils rentrent le soir à la maison avec des provisions ». À Gao, où le couvre-feu dure de 22h à 6h du matin, avec un allègement de 2 heures par rapport au mois dernier, les commerçants soufflent un peu mais réclament plus. Souley Ibrahim, un résident de Gao, affirme que depuis l’instauration du premier couvre-feu « la sécurité de la ville s’est nettement améliorée. Il n’y a pratiquement plus d’enlèvements et les habitants se sentent plus en sécurité ». Abdoul Karim Samba, Président d’une association locale de la société civile, affirme qu’un seul cas de braquage a été recensé durant la période du premier couvre-feu. Si la mesure est appréciée sur ce point, elle n’enchante pas une partie de la population, surtout les commerçants et les boutiquiers, qui sont obligés de fermer leurs structures dès 21h ou 22h. Une situation intenable, qui joue sur l’économie de la ville, selon la même source, car il y a plusieurs petits commerçants qui ne gagnent réellement que pendant la nuit. Avec le couvre-feu, il est difficile pour eux d’obtenir de quoi subvenir à leurs besoins.

La population des deux régions se dit résiliente, tout en espérant que cette situation ramène la sécurité et la paix sur leurs territoires.

Gao : attaque terroriste contre le camp des FAMa

Seulement 24 heures après la double attaque terroriste contre le bateau Tombouctou de la compagnie malienne de navigation fluviale (COMANAF) et le poste de Bamba, ayant entraîné la mort de 49 civils et de 15 militaires, les groupes armés terroristes ont encore mené une attaque complexe contre le camp militaire à Gao. L’armée a annoncé l’attaque ce matin dans une publication précisant que la riposte et l’évaluation étaient en cours.

Une source sur place jointe par au téléphone affirme que les dégâts causés par les explosions étaient majeurs mais ne peut dire avec exactitude le nombre de décès, car difficile d’avoir accès à la zone aéroportuaire qui est quadrillée par les forces de défense.  D’après lui, ce sont trois véhicules kamikazes qui ont attaqué le camp Fihroun de Gao alors que d’autres sources évoquent plutôt deux voitures. Des terroristes auraient réussi à s’infiltrer dans le camp, et durant l’après-midi, trois d’entre eux auraient été neutralisés. L’aviation malienne a mené des frappes sur des véhicules suspects aux alentours du camp. Des proches de Fahad Ag almahmoud, leader déchu de la plateforme ont annoncé que deux de leurs véhicules ont été détruits.

Ces attaques surviennent dans un contexte de pression grandissante de groupes armés dans le nord du pays, faisant redouter une éruption de violence. Les tensions mettent aussi en péril la survie de l’accord d’Alger, signé en 2015 par l’État malien et les groupes armés du nord, visant à mettre fin aux hostilités ouvertes trois ans plus tôt.

Mines : au nord, la ruée vers l’or

Au Mali, une quinzaine de sites miniers exploitent l’or, en plus des multiples zones d’orpaillage. L’activité est fortement concentrée sur les régions du Sud. Mais depuis 2020 les chercheurs de métal jaune se ruent aussi vers la partie septentrionale du pays, où plusieurs gisements ont été découverts ces dernières années.

Almaghmor. Le nom de ce village situé à 140 km de Tombouctou revient en boucle sur les réseaux sociaux depuis fin mars. Selon plusieurs sources, des autochtones y ont découvert une mine d’or à ciel ouvert. Sur le site en plein désert que l’on peut apercevoir sur des images relayées sur Internet, des personnes s’affairent à exploiter le métal jaune. « Ils sont plusieurs chercheurs d’or à se rendre dans le village avec du matériel depuis une semaine, malgré les conditions climatiques difficiles et l’insécurité qui règne dans la zone », explique un ressortissant de la localité, qui confirme l’information de la découverte du site.

Tout comme à Almaghmor, de l’or a récemment été découvert dans plusieurs localités du septentrion malien. Notamment à Igouzar, à 50 km de Kidal. Dans la région, à 40 km au sud de Tessalit, des sites aurifères ont également été découverts en 2020.

Autre région, autre découverte. À 90 km de Gao, dans les localités de Marsi, N’Tillit nord et sud et Tinaïkorene, du métal jaune a été aussi trouvé en 2020. « L’État est au courant de ces sites d’orpaillage, mais, avec l’insécurité qui règne dans la zone, il n’arrive pas à les contrôler pour le moment. Ce qui fait que nous ne disposons pas de données spécifiques sur ces lieux d’exploitation minière. Par exemple, sur la quantité d’or qu’on y exploite », explique un agent de la Cellule de planification et de statistique du secteur Mines et énergie (CPS/SME), un service du ministère des Mines qui publie chaque année des données statistiques sur ces deux secteurs économiques. En absence de contrôle de l’État, les sites, selon de nombreuses sources, sont assujettis aux groupes armés, dont la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) et la Plateforme.

« Les groupes armés font partie des principaux acteurs de cette mini-industrie. Sur la route entre Gao et In-Tillit, les check-points anarchiques sont légion. Il n’est pas rare de voir des groupes d’hommes, qui souvent ne sont même pas armés, demander aux voyageurs de payer entre 2 000 et 2 500 francs CFA », explique le journaliste Mohamed Touré, auteur de l’article « In-tillit dans la région de Gao : l’irrésistible attraction de l’or », publié en 2021.