Étiquette : Gao
Abdoulaye Maïga à Alger : plusieurs dossiers sur la table
Abdoulaye Maïga est arrivé ce lundi 24 août à Alger pour donner un contenu concret au rapprochement engagé en juillet. Sécurité frontalière, crise du Nord et échanges économiques seront au cœur des attentes.
Le déplacement du Premier ministre intervient dans un climat plus favorable, mais encore chargé du contentieux récent entre les deux voisins. Invité par son homologue algérien Sifi Ghrieb, Abdoulaye Maïga doit remettre au président Abdelmadjid Tebboune un message d’Assimi Goïta. Des entretiens entre les deux chefs de gouvernement sont également prévus, selon la Primature malienne.
Cette visite est la première de ce niveau depuis le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens décidés le 10 juillet. Ces mesures ont mis fin à quinze mois de tensions provoquées par la destruction d’un drone malien près de Tinzawatène. Elles ont rétabli le contact sans régler les divergences qui avaient conduit au rappel des diplomates et à la suspension de plusieurs mécanismes de coopération.
L’entretien téléphonique du 9 août entre les deux Premiers ministres avait déjà fait apparaître une volonté de renouer le dialogue. Alger affirme vouloir faire du Sahel un espace de coopération et de développement partagé. Bamako insiste, de son côté, sur la souveraineté, la non-ingérence et la prise en compte de ses intérêts sécuritaires.
Frontière
Le premier enjeu sera de définir une méthode de travail le long des quelque 1 400 kilomètres de frontière commune. La zone demeure traversée par les groupes armés, les trafics, les mouvements de population et des activités économiques qui échappent largement aux administrations centrales.
Depuis le différend sur le drone, le Mali ne participe plus au Comité d’état-major opérationnel conjoint, installé à Tamanrasset. Cette structure associait l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie dans le partage de renseignements et la lutte contre les menaces transfrontalières. Le retour de Bamako dans ce dispositif n’est pas annoncé. Les deux pays pourraient cependant convenir d’un nouveau cadre, plus souple, comprenant des échanges d’informations, un canal militaire permanent et un mécanisme destiné à prévenir les incidents aériens ou frontaliers.
Les évolutions sécuritaires autour de Kidal donnent à la coopération avec Alger une importance particulière. À la suite des combats du 25 avril, le FLA a revendiqué la prise de la ville, tandis que les autorités maliennes ont assuré avoir maîtrisé les offensives visant plusieurs localités et poursuivi leurs opérations dans la région. Le retrait de Kidal annoncé par l’Africa Corps et le repositionnement rapporté des forces maliennes vers Anéfis ont néanmoins installé une nouvelle configuration sécuritaire à proximité de la frontière algérienne. L’organisation séparatiste a conduit son offensive parallèlement à des attaques du JNIM dans plusieurs localités du Nord. L’Algérie a depuis réaffirmé son soutien à l’unité du Mali et son rejet du terrorisme.
Ce positionnement pourrait faciliter une coopération pragmatique, sans signifier le rétablissement immédiat d’une médiation politique. Bamako a dénoncé en janvier 2024 l’Accord issu du processus d’Alger, tandis que les autorités algériennes continuent de défendre une solution politique inclusive. La visite permettra surtout de savoir si les deux capitales peuvent dissocier leur coopération frontalière de leurs désaccords sur le traitement de la crise du Nord.
Corridors
Le rapprochement comporte aussi un volet économique important pour le Mali. La dernière Grande Commission mixte, tenue à Bamako en 2016, avait abouti à treize accords portant notamment sur l’énergie, les hydrocarbures, les mines, l’eau, la santé et le commerce. La fixation d’une nouvelle session offrirait aux deux gouvernements l’occasion de réexaminer ces engagements et de retenir quelques projets réalisables.
La route transsaharienne figure parmi les dossiers les plus prometteurs. Son réseau continental est achevé à plus de 90 %, mais la liaison entre Tamanrasset, Gao et Bamako reste handicapée par l’état de certains tronçons et par l’insécurité dans le Nord. Sa mise en valeur donnerait au Mali une possibilité supplémentaire d’approvisionnement et d’accès aux infrastructures portuaires algériennes. Elle ouvrirait aussi les marchés sahéliens aux entreprises d’Algérie. Le projet de zone franche annoncé par Alger en 2024 pourrait compléter ce dispositif, à condition d’obtenir un emplacement, un calendrier et des règles de fonctionnement.
Le véritable bilan de la visite dépendra donc des décisions prises après les audiences. La création de groupes techniques, la relance de la Commission mixte ou l’adoption d’un mécanisme frontalier donneraient une traduction pratique au dégel. Sans calendrier ni engagements identifiables, le déplacement restera principalement une étape politique dans une normalisation encore fragile.
Situation sanitaire : l’insécurité et le sous-financement freinent la réponse
La réponse sanitaire aux besoins humanitaires reste entravée par l’insécurité et le manque de ressources, selon le bulletin de juillet du Cluster Santé publié le 13 août 2026. Les déplacements de populations, les difficultés d’accès aux soins et la circulation simultanée de plusieurs maladies accentuent la pression sur les services de santé.
Kidal : six blessés évacués à Gao, le FLA parle de militaires libérés
Le CICR a transféré, dimanche 16 août, six blessés du Centre de santé de référence de Kidal vers l’hôpital de Gao. Ce nombre correspond aux six militaires maliens que le FLA affirme avoir remis à l’organisation humanitaire, ce qui porterait à 88 le nombre de soldats libérés en quatre jours.
Djenné, Tombouctou, Gao : Trois mémoires à préserver
Réuni à Busan du 19 au 29 juillet 2026, le Comité du Patrimoine mondial a inscrit à son ordre du jour la situation de Djenné, Tombouctou et du Tombeau des Askia de Gao. Ces trois biens maliens, classés en péril, concentrent une part essentielle de la mémoire culturelle du pays.
À Djenné, l’histoire s’exprime dans les maisons traditionnelles en banco, la Grande Mosquée et le site archéologique de Djenné-Djeno. Ces édifices témoignent de l’ancienneté de la vie urbaine dans le Delta intérieur du Niger et de la maîtrise de techniques adaptées à l’architecture de terre. Sa conservation dépend de l’entretien régulier des façades, de l’accès aux matériaux traditionnels et de la transmission des gestes artisanaux.
Tombouctou conserve les mosquées de Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia, seize mausolées ainsi qu’un patrimoine documentaire lié à une longue tradition savante. La ville rappelle l’époque où circulaient, à travers le Sahara, des érudits, des manuscrits et des connaissances portant sur le droit, l’histoire, la médecine, la théologie ou l’astronomie.
Pour Modibo Bagayoko, Coordinateur de projets au Secteur Culture du Bureau de l’UNESCO au Mali, leur portée dépasse l’architecture. « Ces trois sites figurent parmi les symboles les plus prestigieux du patrimoine culturel du Mali », souligne-t-il, en rappelant leur rôle dans les échanges commerciaux, intellectuels, religieux et culturels en Afrique de l’Ouest.
Transmission
À Gao, le Tombeau des Askia, édifié vers 1495, illustre la puissance de l’Empire songhaï et l’originalité de l’architecture soudano-sahélienne. Ses formes, ses espaces de prière et son entretien collectif inscrivent le monument dans une tradition encore vivante. Les travaux de restauration, les plans de gestion et la formation des artisans contribuent à préserver cette continuité culturelle.
Dans les trois villes, les communautés sont les premières gardiennes du patrimoine. Maçons, familles, autorités coutumières, responsables religieux, enseignants et jeunes participent à l’entretien des sites et à la transmission des connaissances qui leur sont associées. Comme le rappelle Modibo Bagayoko, « les communautés locales sont les premières gardiennes du patrimoine » et détiennent les savoir-faire nécessaires à l’entretien des monuments.
La sauvegarde ne concerne pas uniquement des édifices anciens. Elle protège aussi des pratiques, des récits, des formes d’expression et une mémoire partagée, au cœur de la société malienne. Préserver Djenné, Tombouctou et le Tombeau des Askia, c’est maintenir vivant un héritage qui relie les générations maliennes et rappelle la contribution du Mali à l’histoire culturelle de l’Afrique et de l’Humanité.
Violences armées : Blessés et déplacés en première ligne
Plus d’un mois après les attaques coordonnées du 25 avril, les conséquences humanitaires restent visibles dans plusieurs régions du Mali. Blessés, déplacements, structures de santé sollicitées et perte de moyens de subsistance rappellent que les civils demeurent les premiers exposés à la dégradation sécuritaire.
Dans une note opérationnelle publiée le 9 juin 2026, le Comité international de la Croix-Rouge fait état de pertes en vies humaines, de blessés, de nouveaux déplacements et d’une fragilisation des services essentiels. Ces répercussions touchent des zones déjà éprouvées par l’insécurité, l’éloignement des structures de prise en charge et les difficultés d’accès aux biens de première nécessité.
À Mopti, seize blessés ont été pris en charge après les violences enregistrées dans les cercles de Bandiagara et de Bankass, avec l’appui médical du CICR à l’hôpital régional. Des médicaments, du matériel médical et des équipements ont aussi été fournis aux structures sanitaires de Gao et de Mopti pour soutenir leur capacité de réponse.
L’UNICEF avait aussi signalé après les attaques une école affectée dans la région de Mopti, avec la scolarité d’au moins 300 élèves perturbée, ainsi qu’un centre de santé communautaire touché à Gao, réduisant l’accès aux soins pour près de 2 700 enfants.
Les déplacements de populations constituent une autre conséquence directe des violences. À Sévaré, une centaine de familles déplacées ont reçu des biens essentiels avec l’appui du CICR et de la Croix-Rouge malienne. À Bandiagara, plus de 650 familles ont bénéficié de kits ménagers et d’une aide financière destinée à l’achat de vivres.
La protection des civils est un enjeu majeur dans les zones affectées. Le CICR indique poursuivre son dialogue avec les autorités et les parties concernées sur le respect des civils, des blessés, du personnel de santé et des infrastructures indispensables, notamment les centres de soins et les installations d’approvisionnement en eau.
Les violences ont aussi des conséquences sur les liens familiaux. Des activités de rétablissement des contacts se poursuivent au profit de personnes déplacées, de détenus et de familles séparées par le conflit, notamment à travers le suivi de personnes disparues ou arrêtées.
Cette situation s’inscrit dans une crise humanitaire durable. En 2025, les actions du CICR avaient touché environ 1,1 million de personnes au Mali, malgré une baisse de 15% de son budget. Pour 2026, l’organisation prévoit environ 33 milliards de francs CFA d’interventions. L’enjeu est surtout de maintenir l’accès aux soins, à l’eau, aux vivres et à la protection dans les localités affectées.
Grosses cylindrées : les autorités resserrent l’étau hors des agglomérations
La circulation des motos de 125 cm³ et plus est désormais suspendue hors des grandes agglomérations. En parallèle, l’importation, la vente, le transit et la distribution de ces engins sont gelés pour un an renouvelable.
Braquage sur l’axe Ansongo–Labbezanga : des passagers pris pour cibles
Dans la matinée du mardi, la route reliant Ansongo à Labbezanga a de nouveau été le théâtre d’une attaque armée. Des véhicules de transport ont été interceptés par des hommes armés qui ont dépouillé les passagers de tous leurs biens.
Lutte antiterroriste au Sahel : Abou Dahdah tué à Chamane, Oubel se rend à Tessit
Deux figures de l’État islamique au Sahel (EIS, ex-EIGS) ont été mises hors d’état de nuire en moins de 24 heures dans le nord-est du Mali, marquant un affaiblissement stratégique du groupe dans la région de Ménaka et du Liptako.
Le samedi 28 juin 2025, une opération des Forces armées maliennes (FAMa) a visé un groupe armé affilié à l’EIS dans la localité de Chamane, à 38 km au nord de Ménaka. Selon plusieurs sources sécuritaires et des canaux spécialisés dans le suivi du terrorisme au Sahel, l’opération a abouti à la neutralisation de six combattants, dont Abou Dahdah, identifié comme un cadre étranger du groupe. Cet individu, connu pour son rôle idéologique et technique – en particulier dans la fabrication d’engins explosifs improvisés (IED) – serait impliqué dans de nombreuses attaques transfrontalières au Mali et au Niger.
Le lendemain, Oubel, un autre cadre de l’EIS opérant dans le cercle d’Ansongo, s’est rendu volontairement aux autorités maliennes à Tessit, dans la région de Gao, accompagné de dix de ses éléments armés. Bien que cette reddition n’ait pas fait l’objet d’un communiqué officiel au moment de la rédaction, plusieurs sources concordantes au sein de la sécurité malienne l’ont confirmée, et elle a été largement relayée sur des plateformes de veille sécuritaire en arabe et en anglais.
Ces deux événements se sont produits dans une région où l’EIS a longtemps maintenu une présence active, notamment dans le couloir Ménaka–Ansongo, théâtre de multiples affrontements avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda. Ces dernières années, le JNIM a nettement pris l’ascendant dans le Liptako malien, en partie grâce à une stratégie d’ancrage local, reléguant l’EIS à des positions défensives.
Toutefois, l’EIS, désormais désigné sous l’appellation « État islamique au Sahel » (EIS), reste loin d’être éradiqué. Il conserve une forte capacité de nuisance, en particulier au Niger, comme l’a démontré l’attaque meurtrière de Banibangou le 19 juin 2025, où 34 soldats nigériens ont été tués. Au Burkina Faso, le groupe poursuit également ses incursions, notamment dans les provinces frontalières de l’est.
Plus inquiétant encore, plusieurs analystes évoquent la possibilité d’une restructuration transfrontalière : une jonction stratégique avec d’autres factions de l’État islamique dans la région, comme ISWAP (province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique, active au Nigeria et autour du lac Tchad), pourrait offrir à l’EIS un second souffle sur le territoire malien. Cette hypothèse est d’autant plus plausible que les pressions militaires subies par ces groupes dans leurs bastions initiaux les poussent à envisager des reconfigurations régionales.
La neutralisation d’Abou Dahdah et la reddition d’Oubel sont, pour l’instant, des succès tactiques indéniables pour les FAMa. Mais leur portée stratégique dépendra de la capacité des autorités à stabiliser durablement ces zones, à empêcher les reconstitutions de cellules, et à restaurer les services de base pour les populations, durement éprouvées par des années de violences, de déplacements et de ruptures d’accès humanitaire.
Axe Bourem–Gao : des voyageurs pris pour cibles
Ce dimanche 15 juin 2025, le tronçon entre Bourem et Gao a été la cible d’une nouvelle attaque sanglante. Cette agression relance l’alerte sur la sécurité routière dans le Nord-Mali, tandis que les évènements de Kobé en février continuent de hanter les populations.
Gao : Quatre obus tirés en direction du Camp 1, un blessé signalé dans une nouvelle attaque de harcèlement
La ville de Gao a été secouée par une nouvelle attaque dans la soirée du 12 mars 2025, aux environs de 20h, lorsque quatre obus ont été tirés en direction du Camp 1, une installation abritant plusieurs structures sécuritaires.
Massacre à Kobé : 25 civils tués dans une embuscade terroriste entre Gao et Ansongo
Permis de recherche d’or de la SOREM : Une étape cruciale vers l’exploitation
Le 28 août 2024, le Conseil des ministres a adopté un projet de décret pour l’attribution d’un permis de recherche d’or à la Société de recherche et d’exploitation des ressources minérales du Mali (SOREM). Une étape importante qui permettra à la société de s’atteler à sa mission de recherche et d’exploitation des ressources minières.
Créée par un projet d’ordonnance lors du Conseil des ministres du 24 août 2022, la SOREM, avec comme actionnaire unique l’État, a été mise en place pour mettre en valeur les nombreuses ressources minérales dont regorge le Mali. Le pays dispose d’un vaste potentiel dans les domaines pétrolier et gazier, couvrant une superficie de 900 000 km². Le permis octroyé à la SOREM est sur le périmètre de N’Tahaka, dans le cercle de N’Tillit, dans la région de Gao, suite à la demande de la société en date du 31 juillet 2024 pour la recherche de l’or. Ce permis, en dehors des zones habituellement reconnues pour la recherche d’or, est une première que saluent les acteurs du domaine. Une occasion de diversifier l’exploitation de minerais et d’offrir une opportunité aux acteurs locaux.
Des moyens et de l’expertise
« C’est une bonne chose d’avoir une société nationale d’exploitation minière », se réjouit M. Djibril Djibril Diallo, expert ingénieur minier, interrogé sur la chaîne TM1. Mais cette création doit s’accompagner de moyens importants et d’expertise. L’État vient donc, en octroyant ce permis, de mettre en activité la société créée il y a deux ans. En outre, la zone du permis est une superficie potentiellement riche qui contient de nombreux sites dont l’État n’avait pas le contrôle. C’est donc l’occasion pour lui de contrôler ce secteur, qui avait vu se développer l’orpaillage dans une certaine anarchie. L’exploitation par la société nationale pourrait créer des emplois et apporter à l’économie nationale une contribution substantielle. Outre les moyens importants dont elle doit disposer pour assurer les investissements nécessaires, la SOREM doit permettre l’émergence de « champions nationaux ». Des acteurs qui ont acquis une certaine expertise dans le domaine de l’exploitation ou de la sous-traitance. Particulièrement dans ce domaine, la société doit « donner la main » aux acteurs locaux, comme d’ailleurs le suggère la loi sur le contenu local adoptée en même temps que le nouveau Code minier. L’autre défi de la société sera de faire en sorte d’utiliser les compétences locales et de les former dans les différents domaines qui nécessitent une expertise.
Fatoumata Maguiraga
Chiffres
Capital : 100 000 000 FCFA
Superficie du permis : 97,41 km²
Gao et Tombouctou : comment s’adapter au couvre-feu ?
Les couvre-feux instaurés à Gao et Tombouctou par les différents gouverneurs ont été prorogés le 9 octobre. Comment s’adaptent les populations et comment accueillent-elles cette prorogation ?
Après l’attaque du bateau de la COMANAV en provenance de Gao le 7 septembre dernier, avec 49 morts civils et 15 militaires maliens, et l’attaque le lendemain du camp de Gao par des groupes armés terroristes, un couvre-feu nocturne a été instauré dans la ville de Gao jusqu’au 9 octobre, reconductible. Presque dans la foulée, à Tombouctou, alors que la ville est soumise à un blocus et cible de tirs d’obus de la part du JNIM, le gouverneur de la région, le Commissaire divisionnaire Bakoun Kanté, a instauré également un couvre-feu allant du 11 septembre au 10 octobre 2023, de 20h à 6h du matin. Ces mesures ont été prorogées alors que les populations essayent encore de s’adapter. À Tombouctou, elles ont été un peu allégées, passant de 20h à 21h. Même si elle est contraignante, la majorité des habitants de Tombouctou approuvent la décision, selon des sources sur place. « La ville a besoin de sécurité, il faut moins de personne dans les rues, surtout la nuit, pour que les forces de l’ordre puissent faire leurs opérations de sécurisation à travers la ville », assure Tandina El Hadj Beyt’allah, blogueur de la Cité des 333 Saints. Il ajoute qu’il n’y a pas eu de grand changement dans les habitudes des Tomboctiens, « les gens s’habituent au couvre-feu, ils rentrent le soir à la maison avec des provisions ». À Gao, où le couvre-feu dure de 22h à 6h du matin, avec un allègement de 2 heures par rapport au mois dernier, les commerçants soufflent un peu mais réclament plus. Souley Ibrahim, un résident de Gao, affirme que depuis l’instauration du premier couvre-feu « la sécurité de la ville s’est nettement améliorée. Il n’y a pratiquement plus d’enlèvements et les habitants se sentent plus en sécurité ». Abdoul Karim Samba, Président d’une association locale de la société civile, affirme qu’un seul cas de braquage a été recensé durant la période du premier couvre-feu. Si la mesure est appréciée sur ce point, elle n’enchante pas une partie de la population, surtout les commerçants et les boutiquiers, qui sont obligés de fermer leurs structures dès 21h ou 22h. Une situation intenable, qui joue sur l’économie de la ville, selon la même source, car il y a plusieurs petits commerçants qui ne gagnent réellement que pendant la nuit. Avec le couvre-feu, il est difficile pour eux d’obtenir de quoi subvenir à leurs besoins.
La population des deux régions se dit résiliente, tout en espérant que cette situation ramène la sécurité et la paix sur leurs territoires.
Gao : attaque terroriste contre le camp des FAMa
Seulement 24 heures après la double attaque terroriste contre le bateau Tombouctou de la compagnie malienne de navigation fluviale (COMANAF) et le poste de Bamba, ayant entraîné la mort de 49 civils et de 15 militaires, les groupes armés terroristes ont encore mené une attaque complexe contre le camp militaire à Gao. L’armée a annoncé l’attaque ce matin dans une publication précisant que la riposte et l’évaluation étaient en cours.
Une source sur place jointe par au téléphone affirme que les dégâts causés par les explosions étaient majeurs mais ne peut dire avec exactitude le nombre de décès, car difficile d’avoir accès à la zone aéroportuaire qui est quadrillée par les forces de défense. D’après lui, ce sont trois véhicules kamikazes qui ont attaqué le camp Fihroun de Gao alors que d’autres sources évoquent plutôt deux voitures. Des terroristes auraient réussi à s’infiltrer dans le camp, et durant l’après-midi, trois d’entre eux auraient été neutralisés. L’aviation malienne a mené des frappes sur des véhicules suspects aux alentours du camp. Des proches de Fahad Ag almahmoud, leader déchu de la plateforme ont annoncé que deux de leurs véhicules ont été détruits.
Ces attaques surviennent dans un contexte de pression grandissante de groupes armés dans le nord du pays, faisant redouter une éruption de violence. Les tensions mettent aussi en péril la survie de l’accord d’Alger, signé en 2015 par l’État malien et les groupes armés du nord, visant à mettre fin aux hostilités ouvertes trois ans plus tôt.
Mines : au nord, la ruée vers l’or
Au Mali, une quinzaine de sites miniers exploitent l’or, en plus des multiples zones d’orpaillage. L’activité est fortement concentrée sur les régions du Sud. Mais depuis 2020 les chercheurs de métal jaune se ruent aussi vers la partie septentrionale du pays, où plusieurs gisements ont été découverts ces dernières années.
Almaghmor. Le nom de ce village situé à 140 km de Tombouctou revient en boucle sur les réseaux sociaux depuis fin mars. Selon plusieurs sources, des autochtones y ont découvert une mine d’or à ciel ouvert. Sur le site en plein désert que l’on peut apercevoir sur des images relayées sur Internet, des personnes s’affairent à exploiter le métal jaune. « Ils sont plusieurs chercheurs d’or à se rendre dans le village avec du matériel depuis une semaine, malgré les conditions climatiques difficiles et l’insécurité qui règne dans la zone », explique un ressortissant de la localité, qui confirme l’information de la découverte du site.
Tout comme à Almaghmor, de l’or a récemment été découvert dans plusieurs localités du septentrion malien. Notamment à Igouzar, à 50 km de Kidal. Dans la région, à 40 km au sud de Tessalit, des sites aurifères ont également été découverts en 2020.
Autre région, autre découverte. À 90 km de Gao, dans les localités de Marsi, N’Tillit nord et sud et Tinaïkorene, du métal jaune a été aussi trouvé en 2020. « L’État est au courant de ces sites d’orpaillage, mais, avec l’insécurité qui règne dans la zone, il n’arrive pas à les contrôler pour le moment. Ce qui fait que nous ne disposons pas de données spécifiques sur ces lieux d’exploitation minière. Par exemple, sur la quantité d’or qu’on y exploite », explique un agent de la Cellule de planification et de statistique du secteur Mines et énergie (CPS/SME), un service du ministère des Mines qui publie chaque année des données statistiques sur ces deux secteurs économiques. En absence de contrôle de l’État, les sites, selon de nombreuses sources, sont assujettis aux groupes armés, dont la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) et la Plateforme.
« Les groupes armés font partie des principaux acteurs de cette mini-industrie. Sur la route entre Gao et In-Tillit, les check-points anarchiques sont légion. Il n’est pas rare de voir des groupes d’hommes, qui souvent ne sont même pas armés, demander aux voyageurs de payer entre 2 000 et 2 500 francs CFA », explique le journaliste Mohamed Touré, auteur de l’article « In-tillit dans la région de Gao : l’irrésistible attraction de l’or », publié en 2021.







