Deux et trois roues : l’immatriculation spéciale démarre ce lundi

Le Mali lance ce lundi 15 juin une opération spéciale d’immatriculation des engins motorisés à deux et trois roues non encore identifiés par une plaque.

L’opération concerne les motos, tricycles et autres engins motorisés circulant sans immatriculation sur la voie publique. Elle est conduite sur l’ensemble du territoire national par la Direction générale des Transports, ses services régionaux et subrégionaux, ainsi que les centres dédiés.
Selon le ministère des Transports et des Infrastructures, cette campagne vise à amener les propriétaires concernés à se conformer à la réglementation en vigueur. Les usagers sont donc invités à faire identifier leurs engins afin de permettre une meilleure traçabilité du parc roulant.
L’immatriculation des engins à deux et trois roues n’est pas nouvelle dans le principe. En 2021 déjà, une opération spéciale avait été annoncée autour des permis, cartes grises et plaques d’immatriculation des vélomoteurs, motocyclettes et tricycles. La campagne qui démarre ce lundi apparaît donc comme une nouvelle étape dans la volonté des autorités de mieux encadrer un parc très répandu, mais encore largement marqué par l’informel.
Cette mesure intervient dans un contexte où les deux et trois roues occupent une place centrale dans la mobilité quotidienne. À Bamako comme dans les régions, ils servent au transport des personnes, des marchandises, aux activités commerciales et à de nombreux petits métiers. Mais leur circulation massive, souvent sans plaques, complique aussi le travail d’identification en cas d’accident, d’infraction ou d’enquête sécuritaire.
L’enjeu dépasse donc la simple régularisation administrative. Dans le contexte sécuritaire actuel, les autorités cherchent également à mieux contrôler les moyens de déplacement susceptibles d’être utilisés par des groupes armés. Les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont rappelé l’importance de la mobilité dans les modes opératoires des assaillants, notamment à travers l’usage de motos et de pick-up dans plusieurs zones ciblées.
Cette opération spéciale s’ajoute à d’autres décisions récentes touchant les motocyclettes, notamment les restrictions visant les engins de forte cylindrée. Elle traduit la volonté des pouvoirs publics de renforcer l’identification des véhicules légers, particulièrement difficiles à suivre lorsqu’ils circulent sans documents ni plaques.
Pour les propriétaires, la démarche devrait permettre de mettre leurs engins en règle et de limiter les risques de sanctions lors des contrôles. Les autorités appellent au civisme et à la compréhension des usagers afin de faciliter le bon déroulement de la campagne.
Reste maintenant le défi de la mise en œuvre. L’opération devra être suffisamment accessible pour éviter les longues files, les retards et les incompréhensions dans les centres d’immatriculation. Dans un pays où les deux et trois roues sont devenus indispensables au quotidien de milliers de familles, l’efficacité de la mesure dépendra aussi de sa capacité à concilier impératif sécuritaire, sécurité routière et réalités économiques des usagers.

Nuisances sonores à moto : Kati montre la voie

La décision prise par la mairie de Kati d’interdire la circulation des grosses cylindrées et des motos aux tuyaux bruyants mérite d’être saluée. Elle répond à une réalité quotidienne que beaucoup de citoyens subissent en silence. Il s’agit du vacarme volontaire de certains engins, souvent modifiés, parfois même de simples motos dites Jakarta, dont les pots sont percés ou trafiqués pour produire un bruit agressif.

Cette mesure ne devrait toutefois pas rester isolée. Bamako et les communes voisines connaissent le même phénomène, avec des passages nocturnes, des accélérations brusques et des nuisances capables de troubler le sommeil, d’effrayer les enfants, de provoquer stress, palpitations, irritabilité ou aggravation de troubles cardiovasculaires chez les personnes fragiles. La sécurité publique demeure une priorité, surtout dans la période actuelle, mais la préservation de la santé et de la tranquillité des populations relève aussi de la responsabilité des autorités.

Le Mali dispose déjà d’un cadre juridique. La loi relative aux pollutions et nuisances, le décret sur la gestion des pollutions sonores et les dispositions du Code pénal interdisant les bruits portant atteinte au repos, à la tranquillité ou à la santé offrent une base suffisante pour agir. Le problème se situe donc moins dans l’absence de textes que dans leur application régulière.

Il faut désormais aller plus loin en contrôlant les pots modifiés, en sanctionnant les récidivistes, en sensibilisant les jeunes conducteurs et en étendant la mesure aux zones les plus exposées, notamment les quartiers, les écoles et les hôpitaux. Le bruit inutile n’est pas une démonstration de liberté. C’est une violence imposée aux autres.

 

Djibrilla Maïga : « des opérations sont en cours pour sécuriser les axes routiers »

Dans cet entretien, le Commandant Djibrilla Maïga, Chef d’Escadron et sous-directeur des Relations publiques de la DIRPA, revient sur les attaques coordonnées du 25 avril 2026, sur la situation sécuritaire sur le terrain, le redéploiement des FAMa à Kidal et les menaces pesant sur les axes routiers. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Que visaient les groupes terroristes lors des attaques du 25 avril 2026 ?
Ce funeste projet, savamment orchestré, visait à attenter à la vie de nos autorités. Les terroristes avaient mobilisé plusieurs véhicules kamikazes. Un premier véhicule était destiné au domicile du ministre d’État, ministre de la Défense et des Anciens combattants, le général d’armée Sadio Camara, tandis qu’un second visait la résidence du Chef de l’État et Chef suprême des armées, le général d’armée Assimi Goïta. Grâce à la promptitude et à la réactivité de nos éléments, une riposte vigoureuse a permis de contenir la menace et de neutraliser le véhicule.
Quelle est la situation qui prévaut aujourd’hui sur le terrain ?
La menace demeure présente, avec des tentatives de réorganisation des groupes terroristes. Cependant, la vigilance de nos militaires sur le terrain, les surveillances aériennes menées par les drones et l’aviation, ainsi que les frappes effectuées, contribuent à désorganiser leurs manœuvres. Nous pouvons également noter les reconnaissances offensives menées par les troupes au sol. Toutes ces actions traduisent une maîtrise de la situation.
Qu’en est-il de Kidal ?
Concernant la région de Kidal, nous sommes en train de réarticuler notre dispositif à travers le repositionnement de certaines unités, conformément au principe de concentration des forces. Il s’agit d’une véritable stratégie de guerre. Face à plus de 10 000 combattants terroristes mobilisés de l’intérieur comme de l’extérieur, nous devons adapter nos méthodes afin de préserver la vie de nos hommes et de préparer la reconquête. Nos éléments sont notamment positionnés à Anéfis et Aguelhok en vue d’une réorganisation et d’une occupation sereine du territoire national. À Labbezanga, le rétablissement du dispositif est effectif.
Le JNIM a annoncé un blocus sur Bamako. Que fait l’armée face à cette menace ?
L’ennemi, désorienté, tente de perturber les axes routiers autour de Bamako à travers des modes d’action complexes, assortis d’infiltrations. Cependant, grâce à l’engagement et à la détermination de nos hommes, les axes Ouelessebougou–Bougouni et Ségou–Bamako restent praticables. Toutefois, les routes de Kayes et de Kita constituent aujourd’hui les principaux axes d’efforts des terroristes. Des opérations sont actuellement en cours pour les sécuriser. Les FAMa restent déterminées à assurer l’approvisionnement du pays en carburant, même au prix de leur sang.

Attaques du 25 avril : militaires et figures politiques cités

Le parquet militaire de Bamako a annoncé, le 1er mai, l’ouverture d’une enquête après les attaques du 25 avril contre plusieurs positions des Forces armées et de sécurité. Le communiqué évoque des militaires actifs, radiés ou retraités, ainsi que l’opposant Oumar Mariko, dans les éléments examinés par les enquêteurs.

Le parquet militaire de Bamako a ouvert une enquête à la suite des attaques terroristes survenues le 25 avril 2026 au Mali. Selon le communiqué du procureur de la République près le Tribunal militaire de Bamako, ces attaques ont visé plusieurs positions des Forces armées et de sécurité, notamment à Bamako et Kati, ainsi que le domicile du ministre de la Défense et des Anciens combattants.
Dans son communiqué, le parquet indique que les investigations menées ont permis, à ce stade, d’établir « un faisceau d’éléments solides » relatifs à la complicité présumée de certains militaires, de militaires radiés ou en instance de radiation. Il évoque notamment leur participation à « la planification, à la coordination et à l’exécution » des attaques, avec l’implication alléguée de certaines personnalités politiques, dont le docteur Oumar Mariko.
Oumar Mariko, médecin, ancien député et président du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance, vit en exil depuis plusieurs années. Son nom était récemment revenu dans l’actualité après la diffusion d’une vidéo dans laquelle il apparaissait aux côtés de personnes présentées comme des militaires maliens détenus par le JNIM, groupe affilié à Al-Qaïda. Dans cet enregistrement, il affirmait avoir rencontré 17 otages et être entré en contact avec le groupe armé dans le cadre d’une démarche visant la libération de certains d’entre eux.
Selon les éléments diffusés autour de cette affaire, des contacts auraient été engagés pour obtenir la libération de quatre personnes. Cette initiative, présentée par l’ancien responsable politique comme une démarche personnelle, avait relancé le débat sur les canaux de contact non officiels avec les groupes armés.
Le communiqué du parquet militaire ne qualifie pas cette démarche de médiation. Il l’inscrit dans le cadre d’une enquête judiciaire ouverte après les attaques du 25 avril et précise que les investigations portent sur les responsabilités présumées dans la préparation et l’exécution des opérations.
Le document cite également Alassane Diallo, dit Abedi, présenté comme un militaire radié et mort au cours des combats ayant visé Kati.
Le parquet affirme aussi avoir identifié plusieurs « présumés coauteurs et complices ». Il cite le sergent Diakaridia Sodio, l’adjudant Moussa Diane et l’adjudant-chef Mamadou Keïta, tous présentés comme militaires en activité, ainsi que Soïba Diarra, présenté comme militaire à la retraite. Selon le communiqué, les premières interpellations ont été effectuées et les autres auteurs, coauteurs et complices présumés sont « activement recherchés ».
Les attaques du 25 avril ont touché plusieurs localités et points stratégiques du pays, dont Bamako, Kati, Sévaré, Konna, Gao et Kidal. Elles ont été revendiquées par le JNIM avec le FLA. À Kati, le ministre de la Défense, le Général Sadio Camara, a été tué lors d’une attaque contre son domicile.
Le procureur de la République près le Tribunal militaire de Bamako assure que l’enquête en cours et les procédures à venir seront conduites dans « le strict respect de la réglementation en vigueur ». Il indique que les évolutions du dossier seront progressivement portées à la connaissance de l’opinion publique.