États-Unis – OTAN : La trêve n’efface pas la fracture

Le fragile cessez-le-feu obtenu entre Washington, Téhéran et Tel-Aviv n’a pas dissipé les tensions entre les États-Unis et leurs alliés européens. Derrière l’accalmie militaire autour du détroit d’Ormuz, la crise a ravivé les interrogations sur la solidité du lien transatlantique et sur l’avenir de l’alliance atlantique.

La trêve provisoire annoncée entre les États-Unis, l’Iran et Israël a pour l’instant éloigné le risque d’un embrasement régional. Mais elle n’a pas refermé la fracture diplomatique ouverte ces derniers jours entre Washington et plusieurs capitales européennes. Donald Trump a ravivé les interrogations sur l’engagement américain au sein de l’OTAN, reprochant à certains alliés leur refus de s’engager davantage dans la sécurisation du détroit d’Ormuz et des voies maritimes énergétiques. Cette accalmie de deux semaines, saluée avec prudence à Bruxelles, ne dissipe ni les tensions accumulées ni les doutes sur la place future de Washington au sein de l’alliance.

Le sujet dépasse désormais la crise immédiate au Moyen-Orient. C’est toute la crédibilité du pilier sécuritaire occidental qui se trouve questionnée. La visite à Washington du Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, prévue du 8 au 12 avril, vise à contenir une tension rare entre les deux rives de l’Atlantique. Il doit également s’entretenir avec Marco Rubio et Pete Hegseth dans une tentative de désamorcer les divergences.

Washington est au cœur du dispositif militaire de l’alliance. Si la direction politique est assurée par Mark Rutte, les États-Unis occupent toujours le poste militaire le plus stratégique à travers le SACEUR, Commandement suprême des forces alliées en Europe, historiquement confié à un Général américain. Cette fonction est exercée par le Général Alexus G. Grynkewich, qui supervise la dissuasion, les déploiements sur le flanc oriental et la coordination opérationnelle.

À cette présence militaire s’ajoute le rôle diplomatique central de Washington au sein du Conseil de l’Atlantique Nord, organe décisionnel de l’alliance. Plutôt qu’un simple geste politique, une éventuelle sortie américaine toucherait directement l’architecture de défense collective de l’Europe.

Sur le plan institutionnel, une telle décision reste toutefois encadrée. Depuis 2023, le Congrès américain impose qu’aucun retrait des États-Unis de l’OTAN ne puisse être acté sans l’accord des deux tiers du Sénat ou l’adoption d’une loi spécifique. Le traité prévoit en outre un délai d’un an après notification officielle.

Pour les alliés européens, la trêve avec l’Iran n’efface donc pas la question centrale : celle de la fiabilité de l’engagement américain dans une période marquée par les tensions énergétiques, les risques militaires et des divergences stratégiques persistantes.

Le sacrifice sans issue

Depuis plus de trois ans, la crise énergétique ne cesse d’éprouver les ménages, les entreprises et l’activité économique. Les délestages se prolongent, les charges explosent et le coût de la vie s’alourdit. Pourtant, les ressources ont bien été mobilisées. Au moins 24 milliards de francs CFA ont été injectés dans le secteur de l’électricité dès juillet 2025, tandis qu’une partie des prélèvements sur les services télécoms, l’internet et le mobile money alimente le fonds de soutien aux infrastructures de base. Malgré cet effort, les coupures persistent et l’horizon reste flou.

Le vrai sujet n’est plus seulement financier. Il touche désormais à la confiance. Quand les populations acceptent de contribuer davantage, dans une période déjà marquée par la hausse du carburant, des denrées et du transport, elles attendent en retour des résultats visibles, ou, dans une moindre mesure, un partage clair de l’effort.

Dans plusieurs pays confrontés à des crises sévères, des dirigeants ont choisi d’envoyer un signal fort. Au Ghana, des réductions volontaires de salaires au sommet de l’État avaient été annoncées pour accompagner les sacrifices demandés aux citoyens. Ailleurs, des dépenses de prestige ont été gelées afin de montrer que l’effort national ne reposait pas uniquement sur les ménages.

C’est cette dimension qui manque aujourd’hui au débat. Le sacrifice demandé à la population ne peut durablement tenir sans une perspective lisible ni un sentiment d’équité. Après un an de prélèvements exceptionnels sans amélioration notable du quotidien, la question que tout le monde se pose est de savoir jusqu’à quand peut-on encore demander aux populations de tenir si aucun signe concret de sortie de crise n’apparaît ?

Marché du carburant en Afrique de l’Ouest : Vers une vaste réorganisation

En Afrique de l’Ouest, la crise du carburant liée au blocage du détroit d’Ormuz, au Moyen-Orient, inquiète. Même si les pays ne sont pas tous logés à la même enseigne, cette crise pourrait être une opportunité pour recomposer le paysage.

Dans plusieurs pays de la sous-région, les prix du carburant ont augmenté. En cause : les tensions autour du détroit d’Ormuz, liées à la crise opposant les États‑Unis et Israël à l’Iran. Au Nigeria, le prix du litre d’essence a atteint 0,90 dollar (environ 505 francs CFA) en mars, contre 0,76 dollar (environ 427 francs) en février 2026. En Sierra Leone, le litre a grimpé à 1,77 dollar (environ 994 francs CFA). Au Mali, le litre de super est passé de 775 à 875 francs CFA. Partout, la tendance est à la hausse.

Au Ghana, la seule raffinerie du pays, capable de couvrir 40% des besoins nationaux en carburant, a redémarré ses activités en décembre 2025. Au Sénégal, où le litre d’essence s’établit à 920 francs CFA (contre environ 1 000 précédemment), les autorités ont lancé un avertissement : le pays pourrait être proche d’une rupture de stock si la crise au Moyen‑Orient se prolongeait.

Dans la région, les prix actuels varient : au Bénin, le super coûte 695 francs CFA. Au Niger, le litre de super est le moins cher de la région, à 499 francs. En Côte d’Ivoire, le super est à 820 francs et le gasoil à 675 et au Burkina Faso le litre de super est à 850 francs CFA.

Face à ces tensions, plusieurs pays tentent de diversifier leurs sources d’approvisionnement. La raffinerie Dangote du milliardaire nigérian a ainsi annoncé l’envoi d’environ 12 cargos – soit l’équivalent de 456 000 tonnes de produits raffinés – vers la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Cameroun et la Tanzanie. Ces livraisons interviennent après que la raffinerie ait atteint une capacité de 650 000 barils par jour.

Le Nigeria, hub énergétique ?

Le Nigeria, premier producteur africain de pétrole brut, qui importait auparavant une grande partie de ses produits raffinés, reçoit désormais 65 millions de litres d’essence par jour de sa raffinerie. Celle‑ci peut par ailleurs exporter jusqu’à 20 millions de litres supplémentaires quotidiennement. Alors que de nombreux pays enregistrent des hausses, le Nigeria pratique des prix de 15 à 20% inférieurs à la moyenne régionale. De simple exportateur de brut, il se positionne désormais comme une alternative pour ses voisins.

Pourtant, pour approvisionner efficacement un marché régional proche mais difficile d’accès, il faudra relever d’importants défis logistiques : sécuriser les axes routiers, moderniser les infrastructures portuaires et améliorer la distribution afin que l’Afrique de l’Ouest subisse moins les soubresauts des marchés internationaux.

Situation humanitaire : le plan reste sous-financé

Le Mali aborde le deuxième trimestre 2026 avec des besoins humanitaires toujours très élevés, tandis que le financement du plan de réponse demeure insuffisant. Malgré une légère progression des ressources mobilisées début avril, les acteurs humanitaires alertent sur l’urgence d’un appui plus rapide aux populations affectées.

Le Bulletin humanitaire Février–Mars 2026 publié par OCHA Mali dresse le tableau d’une crise toujours marquée par les déplacements de populations, l’insécurité, les chocs climatiques et la fragilisation des moyens d’existence. Pour l’année 2026, 5,1 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire à l’échelle nationale, tandis que 3,8 millions de personnes sont directement ciblées par le Plan de réponse humanitaire 2026, lancé le 5 février à Bamako.
L’appel de fonds fixé à 577,9 millions de dollars vise à couvrir les besoins les plus urgents en alimentation, santé, protection, éducation et soutien aux ménages déplacés. À la fin du mois de mars, le bulletin d’OCHA faisait état de 54,4 millions de dollars mobilisés, soit un taux de couverture de 9,4 %, laissant apparaître un déficit de 523,5 millions de dollars.
Les données les plus récentes du Financial Tracking Service (FTS) des Nations unies, arrêtées au 7 avril 2026, montrent une progression du financement. Le montant total rapporté atteint désormais 74,9 millions de dollars, dont 70,3 millions de dollars consacrés aux plans coordonnés, ce qui porte le niveau de couverture du plan à 12,2 %. Malgré cette évolution, plus de 500 millions de dollars restent à mobiliser, ce qui continue de peser sur la capacité d’intervention des partenaires humanitaires.
Sur le terrain, les missions conduites entre février et mars dans les régions de Mopti, Gao et Kayes ont permis d’identifier des besoins immédiats, notamment en matière de protection, de nutrition, d’accès aux services essentiels et de prise en charge des personnes déplacées internes. À Mopti, les visites des sites de déplacés et des structures d’accompagnement ont confirmé la vulnérabilité des femmes et des enfants. Le centre de prise en charge soutenu par les partenaires humanitaires y a enregistré 338 cas de violences basées sur le genre en 2025, dont 37 % de violences sexuelles liées au conflit.
Le bulletin met également en avant des réponses de proximité destinées à renforcer la résilience des ménages. À Horoguindé, dans la région de Mopti, 70 personnes déplacées internes ont bénéficié de 210 petits ruminants et d’aliments pour bétail afin de relancer leurs activités. Dans les cercles de Bandiagara et Bankass, plus de 50 femmes participent à des projets de jardins maraîchers sur plusieurs sites, destinés à améliorer à la fois l’alimentation des ménages et les revenus.
La Croix-Rouge malienne demeure l’un des principaux acteurs du dispositif, avec 612 comités communaux et près de 10 000 volontaires déployés à travers le pays. Son plan unifié pour 2026 prévoit une assistance à 2,7 millions de personnes, incluant la préparation aux catastrophes, la réponse d’urgence, le soutien aux déplacés et l’accompagnement communautaire.
Le bulletin insiste enfin sur l’urgence d’un financement plus soutenu. Pour les acteurs humanitaires, chaque retard dans la mobilisation des fonds se traduit par une réduction des distributions alimentaires, du soutien sanitaire et des mécanismes de protection, dans un pays où plusieurs millions de personnes restent exposées à une crise prolongée.

Augmentation du prix des carburants : Jusqu’où ira la flambée généralisée ?

Transport, électricité ou encore mines, les impacts de la hausse du prix des carburants sont déjà palpables dans plusieurs secteurs de la vie économique. Décidée le 28 mars dernier, cette augmentation constitue une pression supplémentaire sur le pouvoir d’achat du consommateur. Entre compromis et mesures à long terme, les autorités tentent d’atténuer les impacts de la crise.

Le prix des hydrocarbures a augmenté, mais le pain ne doit pas suivre. C’est en résumé l’esprit de la rencontre qui a réuni le 2 avril 2026 les acteurs de la filière pain et le ministre de l’Industrie et du Commerce. À l’issue de leurs échanges, ils ont convenu du maintien du prix de la farine et du pain, respectivement à 23 000 francs CFA le sac de 50 kg, 270 francs CFA pour le gros pain et 135 francs CFA pour le petit pain. Des prix concédés « jusqu’à nouvel ordre », grâce à un esprit de collaboration et à un effort exceptionnel des acteurs, sensibles à la situation de crise. Malgré le maintien des prix officiels, le secteur reste soumis aux risques. Le carburant constitue en effet un intrant essentiel pour les boulangeries. Outre le fonctionnement des fours industriels, il assure celui des groupes électrogènes, alternatives en cette période de délestage, sans compter le transport des produits.

Maintenir l’approvisionnement

Dépendant totalement des importations de produits pétroliers, le Mali est confronté depuis septembre 2025 à des difficultés d’approvisionnement, en raison notamment des attaques de convois sur ses principaux corridors, en particulier Dakar et Abidjan.

Ces importations ont connu une hausse de 1,66% par rapport à 2023. Le pays a ainsi importé 2 665 106 m³ en 2024 contre 2 621 513 m³ en 2023.

Quant au gaz butane, les importations ont atteint 15 838 tonnes en 2024 contre 13 847 tonnes en 2023, soit une hausse de 14,38%. Au mois de mars 2026, le Mali a réceptionné 2 271 camions-citernes, soit 105 millions de litres de carburant.

La dépendance à ces importations a accentué les effets des différentes crises, dans un contexte international marqué par les tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique d’une part majeure du commerce mondial des hydrocarbures, entraînant ruptures d’approvisionnement et flambée des prix, comme celle de ce mois de mars.

Cette pression ne touche pas seulement l’énergie. Selon les projections des agences internationales, la hausse des coûts du fret, des engrais et des intrants alimentaires pourrait maintenir les prix mondiaux des denrées entre 15 et 20% au-dessus de leur niveau moyen du premier semestre si la crise au Moyen-Orient se prolonge.

Pour faire face à ces défis et assurer la continuité des activités et services vitaux, les autorités ont décidé de constituer un stock national de sécurité couvrant 45 jours de consommation pour le supercarburant, le gasoil, le Jet A1 et le gaz butane.

Rendre ces dispositions opérationnelles dépendra non seulement de l’évolution de la crise au plan international, mais également des mesures d’accompagnement prévues, notamment un plan d’approvisionnement sur les trois prochains mois afin d’anticiper les corridors à emprunter et les fluctuations de prix.

Par ailleurs, le gasoil, produit central au cœur des besoins des ménages, des industries et de la société EDM-SA, nécessite un arbitrage permanent et continue d’alimenter les tensions.

Transports sous pression

Directement impacté par la hausse des carburants, le secteur des transports est l’un des premiers à avoir procédé à une hausse des prix. La hausse des prix à la pompe annoncée le 28 mars a été confirmée par le Président Directeur Général de l’Office malien des produits pétroliers, Diakaridia Dembélé, qui a également rappelé le maintien des mécanismes de soutien destinés à contenir les effets immédiats sur les ménages.

Pour contrôler cette hausse et en limiter les impacts, le Conseil national du Transport public de passagers, tenu le 1er avril 2026, a alerté sur une augmentation des tarifs interurbains, par certaines compagnies, non proportionnelle à la hausse des prix à la pompe.

Rappelant que toute augmentation des tarifs ne doit intervenir que dans le cadre d’un mécanisme de concertation regroupant administration publique et organisations socioprofessionnelles, la ministre des Transports a instruit les acteurs à se conformer aux conclusions de la réunion.

Parmi celles-ci, les augmentations des tarifs du transport urbain sont limitées à 50 francs CFA par trajet pour les minibus et entre 500 et 2 000 francs CFA pour les transports interurbains, selon les distances.

Si, au niveau urbain, les tarifs semblent pour le moment respecter les engagements, les usagers commencent déjà à ressentir la pression sur leurs dépenses quotidiennes. Entre Bamako et certaines villes, les prix dépassent déjà les normes. Ainsi, pour le trajet Bamako – Kéniéba, certaines sociétés sont passées de 9 000 à 12 000 francs CFA et pour Bamako – Sikasso de 6 000 à 9 000 francs CFA, soit une hausse de 3 000 francs. À terme, cette hausse se répercutera également sur les coûts logistiques des produits vivriers, des matériaux de construction et des intrants agricoles, renforçant le risque d’une inflation diffuse bien au-delà du seul secteur des hydrocarbures.

Crise énergétique latente

Depuis plusieurs années, le Mali est empêtré dans une crise énergétique dont le dénominateur commun est la dépendance aux importations de carburant. Accentuée par la pénurie de gasoil devenue récurrente, la crise a connu un nouvel épisode en février 2026 après l’incendie du transformateur de la SEMAF, événement qui a aggravé les délestages dans plusieurs quartiers de Bamako.

Des délestages devenus le lot quotidien des ménages et des entreprises, sans visibilité sur une programmation fiable. Variant entre 12 et 14 heures par jour, les coupures peuvent durer 24 heures ou plus par endroits. Cette tension intervient alors que la demande électrique continue de progresser plus vite que les capacités installées, notamment dans le Grand Bamako et les principaux centres urbains de l’intérieur.

Fortement dépendant des énergies fossiles, le Mali est vulnérable aux perturbations des importations et aux fluctuations des prix. L’insuffisance et la vétusté des infrastructures de production, de transport et de distribution ne permettent pas de répondre à une demande croissante. Les difficultés de gestion et de financement de EDM-SA limitent également ses capacités d’investissement.

En janvier 2026, le gouvernement a alloué 36 milliards francs CFA à EDM-SA pour sécuriser la distribution de l’énergie provenant de la Zone OMVS et de l’interconnexion autour de Bamako. En juillet 2025, 24 milliards de francs CFA avaient été mobilisés pour l’achat de combustibles, puis 6 milliards en novembre.

Selon EDM-SA, la part du solaire est de 3% dans la production énergétique du pays, une proportion que les autorités ambitionnent de porter à 40%.

La crise révèle aussi des fragilités structurelles, entre forte dépendance aux importations, faibles capacités de stockage et retard dans la diversification énergétique. Avec une part du solaire encore limitée à 3%, elle pose la question de l’anticipation et de l’efficacité des politiques publiques face à des chocs désormais récurrents.

Enjeux et perspectives

Pour contenir la flambée des prix, le gouvernement a consenti des subventions mensuelles de 3 milliards de francs CFA pour maintenir les prix à la pompe, assurent les responsables de l’Office malien des produits pétroliers. Le maintien de ces subventions mensuelles pose également la question de leur soutenabilité budgétaire, dans un contexte de fortes contraintes sur les finances publiques.

Outre les produits pétroliers, la flambée des prix a touché de nombreux autres secteurs, dont celui de la viande bovine avec os, passée de 2 300 francs CFA à 3 000 voire 3 500 le kilogramme.

En dehors des mesures urgentes, les réponses à long terme, parmi lesquelles la réduction de la dépendance aux énergies fossiles à travers le développement des énergies renouvelables, s’imposent.

Des réponses durables, notamment le développement des énergies renouvelables et un changement du mix énergétique, tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages dans une économie déjà fragilisée par les délestages et les tensions d’approvisionnement.

Prévention des inondations : Bamako muscle son dispositif avant l’hivernage

À l’approche de l’hivernage 2026, les autorités renforcent les mesures de prévention dans le district de Bamako, particulièrement exposé aux crues urbaines. Le nouveau plan met l’accent sur le curage des réseaux d’évacuation, la gestion des urgences et la protection des populations des quartiers à risque.

Le comité interministériel de gestion des crises et catastrophes, réuni autour du Centre de coordination et de gestion des crises (CECOGEC), a validé un plan de prévention doté de 4,071 milliards de FCFA pour la saison des pluies 2026. L’objectif affiché est de limiter les risques d’inondation dans la capitale, où les débordements de caniveaux et l’occupation des lits de marigots continuent de menacer plusieurs zones habitées.
Le dispositif, élaboré sous la supervision du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, s’articule autour de quatre axes : la coordination institutionnelle, les mesures anticipatives, la gestion des urgences et la protection du système éducatif. Il prévoit des campagnes de sensibilisation dans les quartiers vulnérables, le prépositionnement de kits d’urgence, l’identification de sites d’accueil pour les éventuels sinistrés et des dispositions spécifiques pour préserver la continuité des cours pendant la saison des pluies.
Le volet urbain reste au cœur du plan. Selon les données présentées lors de la réunion, 5 des 11 marigots recensés dans Bamako ont déjà été dégagés, soit 40,6 kilomètres traités, pour un taux d’exécution de 55,54 %. Pour 2026, les services techniques annoncent le curage de 241 kilomètres de caniveaux et de 85 kilomètres de collecteurs, avec une attention particulière portée aux zones régulièrement touchées, notamment dans certaines communes du district.
Ce programme s’inscrit dans la continuité des opérations engagées l’année précédente. En 2025, 2,66 milliards de FCFA avaient été mobilisés pour les travaux de curage à Bamako, portant sur 131 kilomètres de collecteurs et 235 kilomètres de caniveaux. À cela s’ajoute un appui financier de 31,5 milliards de FCFA soutenu par la Banque mondiale pour l’assainissement urbain et la réduction des risques d’inondation.
L’enjeu reste particulièrement concret pour plusieurs quartiers de Bamako, notamment ceux installés à proximité des collecteurs naturels ou dans les zones basses, régulièrement exposés lors des fortes pluies. Les autorités cherchent ainsi à éviter la répétition des dégâts enregistrés en 2024, année durant laquelle les inondations avaient causé 75 décès et affecté près de 250 000 personnes à travers le pays.
À l’issue de la rencontre, le Premier ministre a annoncé que le comité de crise se réunira deux fois par mois avant l’entrée en phase opérationnelle du plan, afin d’assurer un suivi régulier des travaux et une meilleure réactivité pendant l’hivernage.

Corridor d’Abidjan : la Côte d’Ivoire facilite l’accès portuaire pour le Mali et le Burkina

Abidjan a décidé d’alléger les formalités douanières sur les marchandises à destination du Mali et du Burkina Faso. Cette mesure vise à réduire les délais de transit et à fluidifier un corridor essentiel pour l’approvisionnement des deux pays sahéliens.

La Côte d’Ivoire a officiellement supprimé, par une circulaire signée le 31 mars 2026, l’obligation de visa douanier préalable sur les déclarations de marchandises destinées au Mali et au Burkina Faso. Cette formalité, en vigueur depuis le 28 avril 2000, imposait jusqu’ici aux commissionnaires en douane de faire viser leurs documents par les représentations douanières malienne et burkinabè installées en territoire ivoirien avant tout dépôt auprès des bureaux compétents.
La nouvelle disposition met fin à une procédure vieille de 26 ans. Désormais, les déclarations peuvent être déposées directement auprès des services douaniers ivoiriens, sans validation préalable. Les autorités ivoiriennes s’appuient pour cela sur des outils numériques déjà opérationnels, notamment le module T1 pour le corridor ivoiro-malien et le système SIGMAT pour le corridor vers le Burkina Faso. Ces plateformes permettent le suivi en temps réel des marchandises en transit, rendant le visa papier devenu redondant.
Cette décision intervient sur un axe commercial stratégique pour les pays enclavés du Sahel. Le port autonome d’Abidjan demeure l’un des principaux points d’entrée maritime pour le commerce extérieur du Mali et du Burkina Faso. Selon les données portuaires et gouvernementales disponibles, une part importante du transit des pays de l’hinterland ouest-africain passe par Abidjan, notamment pour les hydrocarbures, les produits alimentaires, les matériaux de construction et les intrants industriels.
Pour le Mali, ce corridor reste particulièrement sensible. Le port d’Abidjan a longtemps absorbé une part majeure du commerce extérieur malien, notamment sur l’axe Abidjan–Bouaké–Korhogo–frontière–Bamako. Les autorités ivoiriennes avaient déjà indiqué que le port ambitionnait de redevenir le premier port de transit maritime du commerce malien, avec des investissements dans les quais, le canal de Vridi, les espaces logistiques et les dessertes routières.
La mesure est également significative pour le Burkina Faso, dont le corridor Abidjan–Ouagadougou constitue l’un des axes logistiques majeurs, à la fois par route et par rail. La ligne ferroviaire reliant Abidjan à Ouagadougou, longue d’environ 1 145 kilomètres, reste l’une des plus importantes de la sous-région pour le transport de marchandises.
En pratique, la suppression du visa douanier devrait réduire les délais administratifs, accélérer le passage portuaire et limiter certains coûts supportés par les opérateurs économiques. Pour le Mali comme pour le Burkina Faso, où les prix à l’importation restent sensibles aux coûts logistiques, cette simplification peut avoir un effet direct sur la rapidité d’acheminement des marchandises et, à terme, sur les délais d’approvisionnement des marchés intérieurs.
Cette évolution intervient alors que les corridors régionaux font l’objet d’une attention renforcée, avec plusieurs initiatives en cours sur les axes ouest-africains destinés à sécuriser et moderniser les chaînes logistiques reliant les ports du Golfe de Guinée aux pays sahéliens.

Hydrocarbures : 105 millions de litres importés pour stabiliser le marché

Le gouvernement a annoncé l’entrée de 105 millions de litres de carburant en mars, transportés par 2 200 camions-citernes. Cet approvisionnement intervient alors que la pression reste forte sur le gasoil, essentiel à la fois pour le transport, les activités industrielles et la production d’électricité.

Le Mali a réceptionné 105 millions de litres de carburant au cours du mois de mars 2026, selon les chiffres communiqués par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, à l’issue de la 18e réunion du Cadre de concertation avec les groupements professionnels du pétrole, tenue le 2 avril à Bamako. Ce volume, acheminé par 2 200 camions-citernes, a été présenté comme permettant d’assurer la disponibilité des produits pétroliers sur l’ensemble du territoire.
L’annonce s’inscrit dans une période d’approvisionnement soutenue depuis le début de l’année. En février, les autorités avaient déjà fait état d’environ 39 millions de litres livrés entre le 2 et le 8 février, après une première semaine à près de 34,9 millions de litres, soit plus de 73 millions de litres en deux semaines.
Le volume enregistré en mars confirme donc une montée en cadence des livraisons, dans un contexte marqué par la tension sur les corridors logistiques et la hausse de la demande intérieure.
Le ministre a indiqué que le gouvernement travaille à la diversification des axes d’approvisionnement, avec une attention particulière portée au corridor de Kayes, ainsi qu’aux axes en provenance du Nigeria, du Ghana et du port de Lomé. L’objectif affiché est de réduire les risques de rupture, de mieux répartir les flux et de sécuriser les stocks pour les trois à six prochains mois.
La pression reste particulièrement forte sur le gasoil, dont la demande demeure élevée. Le diesel alimente simultanément les ménages, les usines, les transporteurs et surtout les centrales d’EDM-SA, qui continuent de fonctionner en grande partie sur des groupes thermiques. Le ministre a d’ailleurs reconnu qu’une part importante des convois est orientée vers l’opérateur électrique, ce qui peut se traduire par des tensions dans les stations-service destinées au grand public.
Cette situation intervient alors que le pays vient de se doter d’un stock national de sécurité des produits pétroliers, avec une couverture annoncée de 45 jours pour le super, le gasoil, le jet A1 et le gaz butane. Les importations de produits pétroliers ont atteint 2 665 106 m³ en 2024, contre 2 621 513 m³ en 2023, soit une progression de 1,66 %, tandis que le gaz butane a progressé de 14,38 % sur la même période.
Chambre de Commerce et d’Industrie
Les autorités indiquent désormais vouloir passer d’une gestion de court terme à une planification plus anticipée de l’approvisionnement, avec des projections trimestrielles et semestrielles destinées à mieux répondre à la demande nationale.

FESMAMAS 2026 : La tradition repensée pour l’ère contemporaine

Du 30 mars au 6 avril 2026, la ville de Markala accueille la 33ème édition du Festival des masques et marionnettes (FESMAMAS), dans un format renouvelé qui prolonge la dynamique engagée en 2025.

Cette édition vise à concilier modernité organisationnelle et valorisation d’un patrimoine culturel profondément ancré dans les traditions locales.

Porté par une approche plus structurée, le festival se distingue cette année par une implication accrue des communautés locales, désormais organisées en coopératives. Ce choix traduit la volonté de renforcer l’ancrage territorial de l’événement et de mieux garantir la transmission des savoirs.

Parallèlement, le FESMAMAS poursuit son ouverture au numérique avec la diffusion en direct de ses temps forts, permettant à un public élargi de vivre l’expérience à distance.

Au cœur de cette édition 2026, la programmation reste fidèle à l’esprit du festival tout en se diversifiant : spectacles de masques, performances artistiques, danses traditionnelles et animations rythmeront une semaine durant laquelle Markala se transformera en véritable carrefour culturel.

Les visiteurs pourront également assister à des activités populaires comme les courses de pirogues ou d’ânes, qui contribuent à l’ambiance festive et conviviale.

De la tradition locale à la reconnaissance mondiale

Créé en 1993, le FESMAMAS célèbre l’identité culturelle des communautés bambara, bozo, maraka et somono de la région. À travers les masques et les marionnettes se déploie tout un système de transmission sociale et symbolique, notamment lors des cérémonies initiatiques destinées aux jeunes générations.

Au fil des ans, le festival s’est imposé comme un rendez‑vous majeur du patrimoine culturel malien, contribuant à la reconnaissance du « Sogobo » de Markala. Celui‑ci a été inscrit en 2012 à l’Inventaire national des biens culturels, puis reconnu en 2014 par l’UNESCO comme élément du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

La mutation amorcée lors de l’édition 2025, sous l’impulsion du Centre culturel Blonba, marque une nouvelle étape dans l’histoire du FESMAMAS. Pensé désormais comme une véritable production scénique, avec des standards inspirés des plateaux télévisuels, le festival gagne en lisibilité et en attractivité.

Cette modernisation s’accompagne d’une ligne éditoriale orientée vers l’éducation citoyenne. « Nous proposons un festival moderne, avec des formes d’organisation modernes et une ligne éditoriale axée sur l’éducation à une citoyenneté contemporaine », explique Alioune Ifra Ndiaye, Directeur du Centre culturel Blonba.

Entre héritage et innovation, le FESMAMAS 2026 confirme son rôle de vitrine culturelle majeure, capable de faire dialoguer traditions séculaires et enjeux contemporains.

Mohamed Kenouvi

Déplacements forcés : plus de 610 000 personnes sous protection au Mali

Le Mali fait face à une pression humanitaire toujours forte, avec plus de 610 000 personnes relevant aujourd’hui des mécanismes de protection. Entre déplacements internes, accueil de réfugiés et situation des personnes sans nationalité établie, les chiffres les plus récents traduisent la persistance d’une crise qui continue de peser sur le pays.

La crise sécuritaire et humanitaire continue de marquer profondément le Mali. Selon les données les plus récentes compilées par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le pays comptait à la fin février 2026 un total de 414 524 personnes déplacées internes, 70 050 réfugiés et demandeurs d’asile ainsi que 126 107 personnes relevant d’autres catégories de protection, notamment les personnes apatrides ou de nationalité non déterminée.
Au total, ce sont donc plus de 610 000 personnes qui se trouvent aujourd’hui dans une situation de vulnérabilité nécessitant une assistance et une protection spécifiques. Ce chiffre confirme que, malgré certaines opérations de sécurisation menées dans plusieurs régions, la question humanitaire reste l’un des principaux défis du pays.
Les déplacements internes demeurent la composante la plus importante de cette crise. Avec plus de 414 000 personnes contraintes d’abandonner leur localité tout en restant à l’intérieur des frontières nationales, le Mali reste confronté à des mouvements de populations directement liés à l’insécurité persistante dans le nord, le centre et certaines zones frontalières. Les régions de Gao, Ménaka, Tombouctou et une partie du centre continuent de concentrer une part importante de ces déplacements.
À cette réalité s’ajoute l’accueil de plus de 70 000 réfugiés et demandeurs d’asile, en provenance principalement des pays voisins également affectés par l’instabilité dans la bande sahélienne. Le Mali demeure ainsi à la fois pays d’origine de déplacés et territoire d’accueil pour des populations en quête de protection.
Le chiffre de 126 107 personnes relevant d’autres catégories de protection attire également l’attention. Il inclut notamment les personnes apatrides, celles dont la nationalité n’est pas clairement établie, ainsi que d’autres groupes nécessitant une assistance juridique et administrative. Cette situation pose des enjeux importants en matière d’accès aux droits, à la documentation civile, à l’éducation et aux services sociaux.
Ces données s’inscrivent dans un contexte régional particulièrement préoccupant. En Afrique de l’Ouest et du Centre, les chiffres du HCR font état de 14,7 millions de déplacés internes, 3,8 millions de réfugiés et demandeurs d’asile et près de 900 000 personnes apatrides ou de nationalité non déterminée. La République démocratique du Congo, le Nigeria et le Burkina Faso figurent parmi les pays les plus touchés.
Pour le Mali, cette situation rappelle que la crise ne se limite pas au seul terrain militaire. Elle se traduit aussi par une forte pression sur les communautés d’accueil, les services publics, les écoles, les centres de santé et les dispositifs d’assistance humanitaire.
Derrière ces chiffres se trouvent des familles déplacées, des enfants déscolarisés, des ménages fragilisés et des populations qui continuent de vivre dans l’incertitude. La réponse à cette crise reste donc à la fois sécuritaire, humanitaire et sociale, dans un pays où la stabilité du tissu communautaire demeure un enjeu central.

Insertion des jeunes : Le défi demeure

Malgré l’annonce de 65 503 emplois nets créés en 2025, la question de l’insertion des jeunes reste entière au Mali. Entre pression démographique, inadéquation formation-emploi et faible poids du secteur formel, le défi de l’employabilité continue de peser sur l’avenir d’une jeunesse majoritaire dans la population.

La ministre en charge de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Oumou Sall Seck, a présenté un bilan jugé encourageant, mettant en avant la création de 65 503 emplois nets en 2025, dont 40 566, soit 59%, relèvent du secteur public. Si ce chiffre traduit une dynamique réelle, il reste inférieur au flux annuel des nouveaux entrants sur le marché du travail, estimé à plus de 235 000 jeunes par an selon plusieurs analyses internationales.

Le Mali demeure confronté à des défis structurels persistants : forte croissance démographique, urbanisation rapide, accès inégal aux services sociaux de base et pression croissante sur les ressources économiques. Dans ce contexte, la jeunesse continue de rechercher des emplois décents et productifs dans un marché encore dominé par l’informel. Selon la Banque mondiale, près de 90% des actifs maliens exercent dans l’économie informelle, souvent sans protection sociale ni stabilité de revenu.

Comme le soulignent Daman-Guilé Diawara, Amidou Ballo et Boubacar Bagayoko dans « Enseignement supérieur et marché de l’emploi au Mali », le pays dispose pourtant d’opportunités importantes dans l’agriculture, les ressources naturelles et les technologies de l’information. L’agriculture concentre encore une grande part des jeunes actifs, souvent dans des activités peu productives. Mais ces potentialités peinent encore à absorber la demande.

Chômage des jeunes

Estimé globalement entre 8 et 10%, le taux de chômage atteint 20 à 30% chez les 15 à 24 ans. Cette situation s’explique en partie par la croissance rapide de la population active et surtout par le décalage entre les compétences acquises et les besoins réels des employeurs.

Le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur reste faible, généralement situé autour de 5 à 10%, ce qui souligne l’ampleur du défi éducatif. Selon une enquête de l’INSTAT, seuls 40% des diplômés trouvent un emploi dans les six mois suivant l’obtention de leur diplôme, tandis qu’une étude du Bureau de l’Emploi indiquait que 60% des employeurs jugeaient insuffisantes les compétences pratiques des diplômés.

Pour les experts, la réforme des programmes, le renforcement de la formation professionnelle et le développement de l’entrepreneuriat restent les principales pistes pour améliorer durablement l’insertion des jeunes.

Autisme : Le défi de l’inclusion et de la prise en charge

Chaque 2 avril, la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme rappelle les difficultés liées à la prise en charge et à l’inclusion des personnes concernées. Au Mali, entre méconnaissance, stigmatisation et faiblesse des structures spécialisées, des initiatives associatives et privées tentent d’apporter des réponses.

Instaurée par l’ONU en 2007, cette journée vise à promouvoir les droits, l’acceptation et l’inclusion des personnes autistes. Au Mali, les associations créées par des parents d’enfants autistes mènent des actions de sensibilisation pour mieux faire connaître ce trouble du neurodéveloppement et réduire la marginalisation qui touche encore de nombreuses familles.

Une étude menée par l’association Autisme Mali en 2014 faisait état d’une prévalence de 4,5% au sein des cas recensés dans les structures de santé étudiées. Elle relevait aussi que 88,6% des enfants identifiés n’étaient pas scolarisés. Depuis, l’association poursuit ses efforts à travers « Autisme Tour », une caravane annuelle destinée à sensibiliser le grand public et les soignants, encore souvent peu familiarisés avec le diagnostic. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le repérage précoce et l’accompagnement éducatif restent les leviers les plus efficaces pour améliorer le développement et l’autonomie des enfants concernés.

Assurer l’inclusion

En 2025, l’association des enfants autistes Djiguiya rapportait qu’environ 1 200 enfants étaient concernés à Bamako. Derrière les inquiétudes des familles se trouvent aussi des capacités, des sensibilités et des talents encore trop souvent ignorés, d’où l’appel constant des associations pour garantir à ces enfants le respect de leurs droits, notamment celui à l’éducation. Dans la pratique, plusieurs familles dénoncent encore le refus d’inscription de certains enfants dans les établissements classiques, faute de personnel formé ou par méconnaissance du trouble.

Madame Koïta Aminata Camara est mère d’un enfant autiste. Elle découvre l’autisme lorsque sa fille, âgée de trois ans, cesse progressivement de parler. Après consultation, le diagnostic confirme un trouble neurodéveloppemental dont il existe plusieurs formes, explique-t-elle.

Le centre Césame, qu’elle dirige, fonctionne depuis deux ans. Né de l’initiative de l’association des parents d’enfants autistes, il s’appuie sur un personnel spécialisé et formé, avec l’aide de parents installés à l’extérieur du pays. Son existence constitue un soulagement pour de nombreuses familles.

La prise en charge peut atteindre 150 000 francs CFA par mois, un coût trop lourd pour beaucoup de parents. Le centre a donc été pensé comme un espace plus accessible. Grâce à une classe d’apprentissage assurant la transition, certains enfants peuvent ensuite intégrer le système scolaire classique avec un accompagnement adapté.

Les associations demandent à l’État la création d’un centre public spécialisé et la prise en charge des éducateurs formés afin qu’aucun enfant ne soit laissé en marge.

Alassane Maïga: « La nouvelle contribution risque surtout d’ajouter une couche administrative supplémentaire ».

Alassane Maïga est analyste des dynamiques sécuritaires et institutionnelles. Il répond aux questions de Journal du Mali sur le prélèvement de 10% sur les ressources des associations et fondations.

La contribution de 10% soulève aujourd’hui beaucoup d’inquiétudes. Où se situe, selon vous, le principal problème ?

Il n’est pas clairement établi si cette contribution s’applique uniquement aux financements du développement ou si elle pourrait aussi concerner les programmes d’urgence humanitaire. Cette distinction est fondamentale, car mêler les deux reviendrait à fragiliser les interventions les plus urgentes, celles liées à la réponse immédiate et à la sauvegarde des vies.

L’État justifie cette mesure par un besoin de suivi et de contrôle. Cet argument vous paraît-il fondé ?

Le besoin de contrôle existe, mais les organisations évoluent déjà dans un cadre rigoureux, avec avis de non-objection, rapports transmis à l’administration territoriale, implication des services techniques de l’État et suivi sectoriel. La nouvelle contribution risque surtout d’ajouter une couche administrative supplémentaire sans améliorer réellement la redevabilité.

Quels risques voyez-vous pour les partenaires et les populations ?

Le premier risque tient à l’incompréhension de certains bailleurs, dont les ressources proviennent souvent de contribuables ou de fondations étrangères engagés dans une logique de solidarité. Le second touche directement les populations, car taxer les fonds destinés à la santé, à l’eau, à la nutrition ou à l’urgence réduirait les moyens de survie des plus vulnérables. Une clarification du champ d’application, avec une exemption explicite des interventions d’urgence, permettrait d’apaiser une grande partie des inquiétudes.

Eduardo Gonzalez : « La solution à cette crise ne peut être exclusivement militaire »

L’expert indépendant des Nations unies sur les droits humains au Mali, Eduardo Gonzalez, a présenté son rapport au Conseil des droits de l’Homme à Genève les mercredi 25 et jeudi 26 mars 2026, en soulignant que la sortie de crise ne pouvait reposer uniquement sur une réponse militaire. Les autorités maliennes contestent la méthodologie du document, rejettent plusieurs conclusions et défendent l’action de l’État ainsi que celle des forces de sécurité.

Le rapport a-t-il été officiellement présenté aux autorités maliennes. Quelle a été leur réaction face à son contenu, en particulier concernant les critiques émises à l’égard de la gestion des droits humains dans le pays ?

Le rapport que j’ai présenté au Conseil des droits de l’Homme est le fruit d’une enquête minutieuse au cours de laquelle j’ai sollicité à plusieurs reprises la collaboration des autorités maliennes. En effet, le 24 septembre 2025, j’ai adressé au gouvernement une lettre accompagnée d’un questionnaire détaillé afin de recueillir son point de vue sur la situation des droits de l’Homme dans le pays, mais je n’ai reçu aucune réponse. De même, le projet de mon rapport a été remis au gouvernement le 18 décembre 2025 afin de recueillir ses observations et suggestions, mais là encore je n’ai reçu aucune réponse. Ce n’est que le 27 janvier 2026, alors que le texte avait déjà été remis pour traduction, que j’ai reçu un document de réponse que j’ai remercié le gouvernement d’avoir fourni et que j’ai publié en annexe du rapport.

Le gouvernement malien répond de trois manières : premièrement, il critique la méthodologie du rapport en affirmant qu’elle repose sur des informations non confirmées. Deuxièmement, il nie les faits en indiquant, entre autres, que le gouvernement n’a pas adopté de mesures liberticides, que les forces armées n’attaquent pas de cibles civiles, qu’il n’y a jamais eu de présence du groupe « Wagner » au Mali, que de nombreux procès sont menés contre les violations des droits de l’Homme et que le rapport exagère la gravité de la situation. Troisièmement, le gouvernement critique personnellement le titulaire du mandat, m’attribuant le désir de rester en fonction, un manque d’impartialité et une incapacité à proposer des solutions.

Quel genre de dialogue peut-il y avoir pour garantir que la justice puisse pleinement accomplir son travail, malgré les tensions actuelles ? Pensez-vous qu’un dialogue direct avec les autorités maliennes est envisageable dans un avenir proche, compte tenu des défis politiques actuels ? Est-ce que le fil du dialogue entre les Nations Unies et les autorités maliennes reste ouvert, même après le rejet de certains points critiques de ce rapport ?

En tant qu’expert indépendant nommé par le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, je suis témoin de l’espoir que les différents pays placent dans un dialogue constructif avec les autorités maliennes. Ce dialogue est possible et nécessaire. Il existe, bien sûr, des domaines où nos analyses et nos positions divergent, mais j’ose dire que la plupart des questions font l’objet d’un consensus : le rejet des actions des groupes terroristes tels que le JNIM et l’État islamique de la province du Sahel; la nécessité d’une paix durable, qui implique des actions à tous les niveaux, et pas seulement sur le plan militaire ; la nécessité d’élections crédibles, participatives et équitables ; le respect absolu de la souveraineté du Mali et de la souveraineté de son peuple à décider de son destin.

De manière plus concrète, de quoi parle précisément ce rapport ? Quelles sont les principales conclusions en termes de violations des droits humains et de manquements observés ?

Le rapport présente une analyse contextuelle du pays, passant en revue la situation politique, sécuritaire et l’état de la lutte contre l’impunité. Il salue comme une avancée positive à tous ces égards l’adoption de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, mais constate une détérioration générale de la situation due à des mesures telles que la dissolution des partis politiques et la prolongation du mandat des autorités en place sans élections ; l’extension géographique et l’ampleur des actes commis par les groupes terroristes ; ainsi que l’absence de progrès dans les enquêtes judiciaires sur les violations des droits de l’Homme et l’aggravation de cette situation suite à la dénonciation du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

Le rapport analyse en détail les violations classées selon le type de droits concernés : droits civils et politiques, situation des femmes, situation des enfants, situation des réfugiés et des personnes déplacées et droits économiques, sociaux et culturels. Il s’agit de la section la plus longue du rapport, qui recense de nombreuses violations commises tant par les groupes terroristes que par les forces de l’État et leurs alliés.

Le rapport souligne que la solution à cette crise multidimensionnelle ne peut être exclusivement ni principalement militaire, mais qu’elle nécessite la création d’un climat d’ouverture politique et l’élargissement de l’espace civique, afin que toutes les voix de la société malienne puissent, en toute liberté, proposer des voies vers la paix. De même, le rapport propose que la lutte contre le terrorisme soit menée dans le strict respect des droits humains. Il propose notamment que les forces de sécurité mettent en place des protocoles pour protéger la population civile des risques liés aux nouvelles technologies militaires, telles que les drones, et que des mécanismes soient mis en place pour la réparation des victimes civiles du conflit.

Le rapport souligne que la justice transitionnelle est un instrument de consolidation de la paix; que le rapport de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation, remis au gouvernement en décembre 2022, soit publié dans son intégralité, car il constitue une contribution précieuse au dialogue national et à la paix ; que l’Agence pour la gestion de la réparation des victimes, créée en 2023, commence à indemniser efficacement les victimes et que l’on mette fin à l’impunité au sein du système judiciaire malien en publiant de manière transparente toutes les enquêtes menées et en fournissant des informations sur leurs résultats et la participation des victimes. Le rapport exige de tous les acteurs armés non étatiques qu’ils mettent fin à toutes les pratiques qui violent le droit international humanitaire, telles que les enlèvements, les barrages routiers, les assassinats de civils et de soldats hors combat. Le rapport recommande en outre que la communauté internationale, dans le strict respect de la souveraineté du Mali, favorise la coordination et le dialogue entre l’Alliance des États du Sahel, l’Union africaine et la CEDEAO. Enfin, le rapport recommande que si la justice malienne ne parvient pas à faire progresser la lutte contre l’impunité celle-ci soit renforcée par le biais de la Cour pénale internationale et de la justice universelle.

Pouvez-vous nous expliquer comment les enquêtes ont été menées sur le terrain pour garantir la transparence de la démarche et la rigueur des données recueillies ? Quelles ont été les sources principales utilisées dans le rapport ?

Conformément au Code de conduite pour les titulaires de mandat au titre des procédures spéciales du Conseil des droits de l’Homme, le présent rapport est rédigé sur la base d’informations objectives et fiables émanant de sources pertinentes crédibles, qu’il a dûment vérifiées par recoupements, dans toute la mesure possible.

Conformément aux normes internationales et à la pratique en la matière, l’Expert indépendant a utilisé la norme des « motifs raisonnables de croire » pour fonder son rapport sur des informations fiables, crédibles et concordantes, sur la base desquelles une personne raisonnable et prudente aurait des motifs de croire qu’un incident ou comportement s’est produit.Le présent rapport n’inclut pas les allégations jugées peu crédibles ou des incidents non confirmés.

En outre, le Code de conduite susmentionné souligne également que les rapports rédigés par les titulaires de mandat au titre des procédures spéciales ont un caractère non judiciaire.

Ainsi, conformément aux normes internationales et à la pratique en la matière, en ma qualité d’Expert indépendant, je ne suis pas tenu d’établir la culpabilité et n’adopte donc pas, contrairement aux tribunaux, le niveau de preuve « hors de tout doute raisonnable » applicable en matière pénale.

Comment les autres acteurs internationaux ont-ils réagi à ce rapport et y a-t-il des initiatives de soutien à la mise en œuvre des recommandations qui en découlent ?

De nombreux pays de toutes les régions ont pris la parole lors du dialogue interactif du 25 mars au cours duquel le rapport a été présenté. Un large consensus s’est dégagé autour du respect de la souveraineté du Mali et de la salutation des avancées positives telles que l’adoption de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation. La position de l’Union africaine, exprimée par plusieurs pays, s’est montrée particulièrement favorable à la Charte nationale et a soutenu les efforts du gouvernement. Dans le même temps, plusieurs pays, dont ceux de l’Union européenne (notamment la Belgique et l’Espagne), ainsi que d’autres comme l’Égypte, la Colombie et le Pérou, ont demandé au gouvernement de renforcer sa coopération avec mon mandat. De nombreuses délégations ont demandé comment renforcer la protection des civils, en particulier des enfants, et d’autres ont exprimé leur inquiétude face au phénomène de la violence sexuelle liée au conflit.

De nombreuses ONG internationales ont pris part au dialogue, exprimant leur inquiétude face à la détérioration de la situation au Mali. Certaines ont fait part de leurs préoccupations concernant la fermeture de plus de 20% des écoles du pays, qui affecte les enfants. D’autres ont dénoncé les arrestations et les poursuites arbitraires de journalistes et d’opposants et, dans certains cas, les disparitions forcées.

Dans quelle mesure la société civile malienne, ainsi que les victimes des violations des droits humains, ont-elles été impliquées dans le processus de collecte d’informations et d’élaboration de ce rapport ?

Toutes les informations sur lesquelles s’appuie ce rapport proviennent de sources dignes de confiance, issues de tous les secteurs sociaux du pays. Il convient de noter qu’au cours de l’année, j’ai rédigé, en collaboration avec d’autres experts des Nations Unies, de nombreuses lettres adressées au gouvernement pour demander des informations sur certains faits marquants, tels que des allégations de massacres de civils, de disparitions forcées et de détentions arbitraires. Ces allégations ne peuvent être présentées qu’avec le consentement des victimes.

Selon vous, comment l’État de droit peut-il être rétabli dans un contexte aussi complexe, où des groupes armés continuent de menacer la stabilité du pays ? Existe-t-il des pistes de réconciliation qui pourraient être explorées au sein des institutions judiciaires maliennes ?

Le rétablissement de l’État de droit exige que les autorités maliennes tiennent dès que possible leur promesse de mettre fin à la transition par le biais d’un processus électoral pacifique et inclusif. Cela nécessite de sortir au plus vite du vide juridique engendré par la dissolution des partis politiques. De même, le rétablissement de l’État de droit passe par la restauration de l’espace civique, car il n’est pas possible pour les autorités de fonctionner en toute indépendance et transparence si elles ne sont pas soumises au regard de l’opinion publique.

La réconciliation nationale est une nécessité et une possibilité. Le Mali avait déjà entamé un processus de réconciliation à partir du processus d’Alger, qui a été dénoncé par les autorités. Ce processus comprenait différentes initiatives visant à concilier justice et réconciliation, à travers la vérité, le pardon et la réparation. C’est pourquoi la Commission Vérité, Justice et Réconciliation a été créée, suivie de l’Agence pour la gestion de la réparation des victimes et du Centre pour la paix et l’unité. Mais il faut que ces initiatives ne restent pas au niveau bureaucratique, qu’elles mobilisent la population. La Commission Vérité, par exemple, a reçu plus de 30 000 témoignages de victimes qui, malgré la situation sécuritaire, sont venues raconter leurs expériences, faisant ainsi un geste généreux de confiance envers l’État malien. L’Agence pour la gestion de la réparation des victimes et le Centre pour la paix doivent également aller à la rencontre de la population et créer des espaces de dialogue communautaire afin d’apaiser les esprits et de renforcer les droits des victimes.

Quel rôle la communauté internationale peut-elle jouer pour soutenir les autorités maliennes dans la restauration de l’État de droit, tout en respectant la souveraineté nationale du pays ?

La communauté internationale doit dialoguer avec l’État malien dans le plus grand respect de sa souveraineté, sans arrogance ni hautaineté. Le dialogue doit progresser au rythme de la confiance, sans précipitation ni retard. Il existe différents domaines dans lesquels le dialogue technique peut contribuer à l’échange d’expériences internationales, notamment en s’appuyant sur l’expérience d’autres pays du Sud qui ont connu des situations similaires. Je pense par exemple à l’expérience de la Colombie, qui combine la justice pénale avec des éléments réparateurs de pardon. Je pense à l’expérience de l’Afrique du Sud, qui a réalisé d’énormes progrès dans les technologies de recherche des personnes disparues. Je pense au Maroc, qui travaille depuis des décennies à la réparation des victimes et des populations touchées par des violations des droits humains. La liste est longue et le Mali pourrait compter sur la meilleure volonté du Sud global.

Quels seraient, selon vous, les premiers pas concrets que le gouvernement malien pourrait entreprendre pour améliorer la situation des droits humains et restaurer la confiance dans les institutions ?

Je pense que le gouvernement opérerait un revirement radical en annonçant la relance du processus politique visant à mettre fin à la transition. La libération des prisonniers d’opinion et la clarification du sort des personnes disparues constitueraient des mesures très positives qui entraîneraient une reprise immédiate du dialogue national avec toutes les voix du pays. De même, entamer les réparations en faveur des victimes en toute transparence et mener un dialogue national sur la base de la Charte pour la paix et la réconciliation et du rapport de la Commission Vérité créeraient des conditions de confiance accrues. Le gouvernement devrait également annoncer des mesures concrètes pour prévenir les abus contre les populations civiles dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et mener des enquêtes aboutissant à des résultats concrets sur tous les crimes commis contre des civils et des personnes hors des combats.

Rwanda : Le pari d’un contrôle sans blocage de l’aide

Kigali a construit un cadre qui permet à l’État de suivre les financements extérieurs sans freiner les ONG et les partenaires humanitaires. L’expérience rwandaise montre qu’il est possible de concilier pilotage national et continuité des interventions.

Souvent cité parmi les modèles africains en matière de gouvernance publique, le Rwanda a progressivement mis en place un dispositif qui lui permet de garder la maîtrise des financements venus de l’extérieur tout en maintenant un espace opérationnel pour les ONG, les fondations et les partenaires de l’aide.

Le choix fait par les autorités repose moins sur une ponction directe des ressources que sur une organisation rigoureuse du suivi. Dès 2006, la politique nationale de l’aide pose un principe clair indiquant que les interventions financées de l’extérieur doivent s’aligner sur les priorités définies par l’État. L’objectif n’est pas d’entraver l’action des partenaires, mais de s’assurer que les fonds mobilisés répondent effectivement aux besoins identifiés au niveau national.

Ce cadre s’est ensuite renforcé avec un système centralisé de déclaration et de suivi. Les organisations intervenant dans le pays doivent communiquer les montants reçus, les secteurs concernés, les zones d’intervention et les résultats attendus. Ce mécanisme offre aux autorités une visibilité précise sur les flux financiers et la répartition des projets sur le territoire.

Fiscalité ciblée

L’un des enseignements les plus parlants concerne la fiscalité. Plutôt qu’une retenue uniforme sur les financements, Kigali a privilégié un régime d’exemptions encadrées pour les programmes de développement et les opérations humanitaires. Concrètement, les aides provenant des États partenaires, des institutions internationales ou des agences multilatérales peuvent bénéficier d’allègements sur la TVA, les droits de douane et certaines charges liées aux importations ou à l’exécution des projets, ce qui permet de préserver les ressources destinées aux bénéficiaires tout en maintenant un contrôle étroit des flux financiers. L’État conserve ainsi la maîtrise administrative, exige le reporting et l’alignement sur les priorités nationales, sans amputer directement les budgets alloués à la santé, à la nutrition, à l’eau ou à l’assistance d’urgence.

Pour de nombreux observateurs, c’est cet équilibre qui fait la force du dispositif, à savoir un contrôle fondé sur la traçabilité, l’enregistrement et l’évaluation des résultats, plutôt que sur une ponction directe des fonds. L’expérience rwandaise montre ainsi qu’il est possible de renforcer la souveraineté financière et les exigences de transparence sans compromettre l’efficacité de l’aide aux populations vulnérables.

Succession d’António Guterres : L’Afrique sans position commune

La désignation du prochain Secrétaire général des Nations unies se poursuit en 2026 dans un contexte de candidatures multiples. Des documents officiels confirment l’absence de position commune africaine autour de la candidature de Macky Sall, tandis que d’autres profils structurent la compétition.

Le processus a été lancé fin novembre 2025 par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité, avec des auditions publiques prévues à partir d’avril 2026. Le Secrétaire général sortant, António Guterres, doit achever son mandat le 31 décembre 2026 et son successeur entrera en fonction le 1er janvier 2027. La procédure prévoit la soumission de lettres de candidature et de déclarations de vision, ainsi que des auditions interactives publiques avant les consultations du Conseil de sécurité.

Selon une note de la Commission de l’Union africaine datée du 27 mars 2026, une vingtaine d’États membres ont rompu la procédure de silence engagée pour soutenir la candidature de Macky Sall, empêchant l’adoption d’une position commune. Le même jour, la mission permanente du Sénégal auprès de l’Union africaine a indiqué que Dakar n’avait « à aucun stade » endossé cette candidature et ne pouvait être considérée comme partie prenante à l’initiative.

Au total, cinq candidatures ont été enregistrées depuis l’ouverture du processus, dont une s’est retirée. Michelle Bachelet, Chilienne, ancienne cheffe d’État et ex Haute-commissaire aux droits de l’Homme, poursuit sa candidature malgré le retrait du soutien de son pays, avec l’appui d’autres États. Rafael Grossi, diplomate argentin et actuel Directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, s’appuie sur une expérience technique dans les dossiers de sécurité nucléaire. Rebeca Grynspan, économiste costaricienne et ancienne Vice-présidente, incarne un profil orienté vers les enjeux économiques et de développement. Macky Sall, ancien Président du Sénégal, est présenté par le Burundi sans soutien officiel de son pays.

La situation de Michelle Bachelet et de Macky Sall met en évidence deux configurations distinctes, l’une marquée par le retrait du soutien du pays d’origine, compensé par d’autres appuis étatiques et par une expérience au sein du système des Nations unies, notamment à la tête du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, l’autre par l’absence d’endossement national et de position continentale formalisée.

La désignation finale dépendra d’une recommandation du Conseil de sécurité, soumise à l’absence de veto d’un membre permanent, puis d’une validation par l’Assemblée générale. Si l’équilibre régional est régulièrement évoqué sans constituer une règle formelle, plusieurs initiatives plaident également pour l’élection d’une femme à la tête de l’Organisation.

L’augmentation avant la concertation

La hausse des prix des produits pétroliers est entrée en vigueur le 28 mars, alors que la désignation du représentant des associations de consommateurs n’est prévue que le 2 avril. Cette chronologie, établie par les communiqués officiels, interroge sur l’ordre des décisions publiques.

Le 27 mars, le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation a invité les associations légalement constituées à se faire enregistrer avant le 31 mars afin de désigner leur représentant appelé à siéger au Conseil d’administration d’un organisme public. La rencontre est fixée au jeudi 2 avril à 14 heures.

Dans le même temps, les nouveaux tarifs du carburant et du gaz s’appliquent depuis le 28 mars à 0 heure. Le litre de super sans plomb est fixé à 875 francs CFA et le gasoil à 940 francs CFA, tandis que les bouteilles de gaz butane ont également connu un relèvement. Pour les ménages, la mesure prend donc effet avant même que les associations censées porter leur voix ne soient officiellement représentées.

Cette hausse intervient dans un quotidien déjà éprouvé. Les tensions sur l’approvisionnement en carburant ont conduit les autorités à annoncer, ces derniers temps, l’arrivée d’un important convoi de camions-citernes destiné à renforcer les stocks. Dans le même temps, les délestages continuent de peser sur de nombreux quartiers, avec des effets directs sur l’activité économique, la mobilité et les dépenses des foyers.

La hausse dépasse le seul cadre de l’énergie. Elle se répercute sur le transport, le prix des marchandises et le budget de ménages déjà confrontés à la hausse des denrées de base. Reste à voir quelle place sera réellement accordée à la voix des consommateurs dans les décisions à venir.

Aide humanitaire : Les 10% qui inquiètent

Le prélèvement de 10 % sur les ressources des associations et fondations continue d’alimenter le débat. Entre impératifs de contrôle, baisse des financements et besoins humanitaires toujours élevés, la mesure soulève de nombreuses interrogations.

Le débat autour du financement de l’action humanitaire et des programmes de développement a pris une autre dimension depuis l’entrée en vigueur du décret N°2026-0152/PT-RM. Le texte fixe les modalités du contrôle administratif, technique et financier des associations et fondations, avec en son article 16 une contribution de 10% sur les ressources destinées au développement économique, social, environnemental et culturel. Selon le décret, ce montant est destiné à la prise en charge des frais liés au suivi et au contrôle des activités menées par ces structures. Le texte présente ainsi cette contribution non comme une taxe budgétaire classique, mais comme un mécanisme de financement du suivi-évaluation administratif et financier des associations et fondations.

Cette précision est importante, car cela vise formellement les ressources affectées au développement. La question qui est posée, et qui nourrit aujourd’hui les inquiétudes, est celle du champ exact d’application de cette mesure. Le décret ne précise pas expressément si les interventions purement humanitaires d’urgence, notamment dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l’eau, de la protection ou de l’assistance aux déplacés, sont concernées ou non. Cette frontière entre actions de développement et interventions d’urgence est déterminante, car les financements humanitaires obéissent généralement à des cadres contractuels distincts, souvent négociés directement avec les bailleurs internationaux.

Cette absence de clarification alimente les préoccupations des acteurs du secteur. Entre un programme de développement à moyen terme et une opération d’urgence destinée à sauver des vies, la logique financière et opérationnelle n’est évidemment pas la même.

Inquiétudes

Ainsi, sur le terrain, les réactions sont inquiètes. Un agent de l’ONG AMSS, qui suit de près l’évolution de la question, estime que la mesure pourrait peser directement sur les financements et sur les activités elles-mêmes. Selon lui, le risque d’une réévaluation ou d’un ralentissement de certains financements par des partenaires techniques et financiers ne peut être écarté, alors que plusieurs bailleurs ont déjà réduit leur engagement au Sahel.

Pour cet acteur humanitaire, la conséquence la plus préoccupante concerne les populations. Plus de cinq millions de Maliens vivent aujourd’hui dans des situations de grande vulnérabilité, entre déplacés internes, ménages touchés par l’insécurité alimentaire et communautés affectées par les conflits. Une contraction des ressources disponibles pourrait encore aggraver leur situation.

Il attire également l’attention sur l’impact économique potentiel. Les ONG participent déjà à l’économie nationale, à travers le paiement de l’impôt sur les traitements et salaires, les cotisations sociales, les achats locaux, les contrats de prestation et les emplois générés directement ou indirectement. Une baisse de leurs interventions aurait donc des effets en cascade sur les recettes publiques et le tissu économique local.

Mamadou Ben Coulibaly, autre intervenant dans ce dossier, insiste sur les conséquences mécaniques d’un prélèvement de 10%. Son raisonnement repose sur une logique simple. Lorsqu’une organisation mobilise des ressources pour équiper cent villages en services de santé, en ambulances, en kits sanitaires ou en infrastructures sociales, une ponction immédiate de 10% réduit nécessairement le nombre de bénéficiaires finaux.

Avec des budgets déjà serrés, cela signifie moins de villages couverts, moins de kits distribués, moins de services offerts et parfois une réduction directe des vies potentiellement secourues. Son analyse rappelle une réalité souvent absente du débat réglementaire. Derrière les pourcentages se trouvent des interventions concrètes et des bénéficiaires bien réels.

Pression financière

Les données humanitaires confirment cette tension. Selon le plan de réponse humanitaire 2026 publié par OCHA, environ 5,1 millions de personnes ont besoin d’assistance au Mali. Le plan vise à atteindre 3,8 millions de personnes avec un besoin financier estimé à 577,9 millions de dollars. À la fin du premier trimestre 2026, seuls environ 53 millions de dollars avaient été mobilisés, soit à peine 9,2% des besoins. À ce niveau de couverture, chaque réduction, même marginale, peut avoir un effet immédiat sur le volume de l’assistance, qu’il s’agisse des distributions alimentaires, des soins de santé ou de la prise en charge des déplacés.

Ce niveau de couverture, déjà faible, nourrit les craintes des acteurs du secteur. Pour beaucoup, chaque réduction de ressources a un effet immédiat sur le terrain.

Cette évolution n’est pas propre au Mali. Les grandes crises internationales mobilisent une part importante des financements humanitaires, notamment en Ukraine, au Proche-Orient, au Soudan, en République démocratique du Congo, en Afghanistan ou encore au Pakistan.

Le Sahel, déjà confronté à une crise durable, se retrouve ainsi dans une compétition plus rude pour l’accès aux fonds. L’introduction d’un prélèvement supplémentaire suscite donc une inquiétude légitime chez les partenaires.

Les organisations, signataires d’un communiqué commun, adoptent toutefois une posture plus nuancée. Elles reconnaissent la nécessité d’un meilleur encadrement des flux financiers, d’une transparence renforcée et d’un contrôle plus rigoureux des activités. Elles rappellent cependant que les projets financés par les bailleurs intègrent déjà des mécanismes stricts d’audit, de reporting et d’évaluation.

Contrôle

Pourtant, le décret lui-même confirme l’existence d’un dispositif de contrôle déjà étoffé. Avant toute intervention, les associations et fondations sont soumises à des avis de non-objection, à la transmission régulière de rapports trimestriels, au contrôle des services déconcentrés de l’État ainsi qu’au suivi de la Direction générale de l’Administration du territoire. Le texte prévoit également un cadre national de concertation réunissant plusieurs départements ministériels et les représentants des associations et fondations. Dans ce contexte, plusieurs observateurs s’interrogent sur le risque d’une duplication des coûts de suivi, sans garantie d’amélioration réelle de la redevabilité.

Équilibre

L’intervention d’Alassane Maïga, spécialiste des dynamiques sécuritaires et institutionnelles, apporte un éclairage supplémentaire. Selon lui, la première faiblesse de la mesure réside dans son ambiguïté. Le texte ne permet pas encore de savoir avec certitude si la contribution concerne uniquement les financements de développement ou si elle s’appliquera également aux programmes d’urgence humanitaire.

À ses yeux, cette distinction est essentielle. Il estime que taxer indistinctement les ressources destinées à la santé d’urgence, à l’éducation en situation de crise, à l’eau, à l’hygiène, à l’assainissement ou à la nutrition reviendrait à fragiliser les moyens de survie des populations les plus vulnérables.

Alassane Maïga attire aussi l’attention sur un autre aspect. Selon lui, les mécanismes de contrôle existent déjà. En effet, avant toute intervention sur le terrain, les organisations sont généralement soumises à des avis de non-objection, à la transmission régulière de rapports d’activités, au contrôle des services déconcentrés de l’État et à l’implication des services techniques sectoriels.

Dans sa lecture, la nouvelle contribution risque surtout d’ajouter une couche administrative supplémentaire sans améliorer réellement l’efficacité du suivi. Il met également en garde contre les risques liés aux bailleurs. Les fonds mobilisés proviennent souvent de contribuables étrangers, de fondations privées ou de programmes publics de coopération. Il pourrait être difficilement acceptable pour certains partenaires qu’une partie significative des ressources destinées à l’assistance soit prélevée par l’État bénéficiaire.

Engagements réexaminés

Cette situation pourrait conduire certains partenaires à réexaminer leurs engagements, même s’il est encore prématuré de parler d’un retrait certain. Selon Alassane Maïga, la logique avancée par les autorités semble s’inscrire dans une volonté de renforcer le contrôle administratif et de mieux aligner les interventions sur les priorités nationales. Il estime toutefois que la question centrale reste celle de l’équilibre entre souveraineté administrative et efficacité opérationnelle.

À ses yeux, une exemption claire des interventions purement humanitaires d’urgence pourrait contribuer à apaiser les inquiétudes, tandis qu’une application uniforme à l’ensemble des projets risquerait d’accentuer les tensions avec les partenaires.

Chaque décision prise autour de cette contribution peut avoir des conséquences directes sur l’accès à l’aide pour des millions de personnes. Le débat touche donc à la capacité collective de préserver les mécanismes de solidarité dans un moment où les besoins sont immenses et les ressources limitées.

Mort de Sangaré Oumou Ba, figure de la promotion des femmes au Mali

Militante de conviction, éducatrice passionnée et figure majeure de la promotion des droits des femmes au Mali, Mme Sangaré Oumou Ba s’est éteinte à Bamako ce 31 mars 2026 à l’âge de 79 ans. Son parcours, riche et cohérent, aura profondément marqué la vie politique, sociale et institutionnelle du pays.

Née à Bamako en 1947, elle suit un parcours académique exemplaire : baccalauréat au Lycée des jeunes filles, maîtrise d’anglais à l’ENSUP, puis formations post‑universitaires en Écosse et aux États‑Unis dans les domaines de la linguistique, de l’administration de l’éducation et des études sur la femme. Enseignante d’anglais au Lycée des jeunes filles de Bamako, elle forme plusieurs générations et encadre les volontaires du Corps de la Paix américain.

Membre fondatrice du RPM, elle s’impose comme une voix forte du militantisme féminin. Députée de 2002 à 2007, puis chef de Cabinet au ministère de l’Élevage et de la Pêche, elle accède en 2013 au poste de ministre de la Promotion de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, qu’elle occupe jusqu’en 2017.

Son principal héritage politique demeure l’adoption de la loi n°052 du 18 décembre 2015, instaurant un quota minimum de 30 % de femmes dans les fonctions nominatives et électives. Une avancée majeure pour la représentation féminine, même si son application reste aujourd’hui incomplète.

Très engagée dans la société civile, elle anime plusieurs organisations dédiées à l’épanouissement des femmes, des enfants et à la protection de l’environnement. Sur le plan régional, elle siège au Parlement de la CEDEAO, où elle occupe notamment les fonctions de Présidente de la Commission Santé et de Rapporteur à la Commission Droit de la femme et de l’enfant.

Travailleuse infatigable, formée sur trois continents, Mme Sangaré Oumou Ba laisse l’image d’une femme de devoir, profondément attachée à l’éducation, à la justice sociale et à l’autonomisation des femmes maliennes. Son engagement restera une référence pour les générations futures.

 

Situation sécuritaire : les FAMa gardent l’initiative

La Direction de l’information et des relations publiques des armées (DIRPA) a organisé, ce 30 mars 2026, un point de presse pour faire le point sur la situation sécuritaire. L’armée malienne garde l’initiative sur le terrain, malgré des tentatives de désinformation, ont affirmé les responsables de la DIRPA.
Pour informer le public sur la situation sécuritaire à l’échelle nationale, la DIRPA a renoué avec son traditionnel point de presse le 30 mars 2026. Après plusieurs mois marqués par des attaques contre des convois de citernes, provoquant des perturbations dans l’approvisionnement du pays en carburant, la situation reste stable sur le terrain, a déclaré le directeur de la DIRPA.
Les opérations de sécurisation des axes routiers, notamment les escortes, ont permis de maintenir l’approvisionnement des villes en produits pétroliers.
Outre cette mise en avant de la « détermination » des forces armées, qui gardent l’initiative sur le terrain, les autorités militaires ont démenti formellement certaines allégations. Ainsi, l’information selon laquelle une centaine de terroristes auraient été libérés pour faciliter l’approvisionnement en carburant est « erronée », selon la DIRPA. Ces propos, « relayés par certains médias, visent à ternir l’image du Mali et à rompre la confiance entre le peuple et ses institutions ».
Désinformation
Ces éléments relèvent, selon la DIRPA, d’« un terrorisme médiatique, organisé et savamment orchestré ».
Le directeur de la DIRPA a également dénoncé « l’instrumentalisation des droits de l’homme », rappelant que les forces armées demeurent professionnelles et attachées au respect du droit international humanitaire ainsi que des droits fondamentaux de tous les citoyens.
Riposte
Face aux attaques coordonnées contre les positions des Forces armées maliennes (FAMa), celles‑ci ont offert une riposte vigoureuse, a ajouté le directeur de la DIRPA. Contre les attaques visant les citernes, les FAMa « se sont adaptées ».
L’existence d’un accord avec des terroristes n’est donc, selon les autorités, qu’une nouvelle « manipulation destinée à dénigrer » l’armée et à semer le doute dans l’opinion.
Coopération
Enfin, face à la menace transnationale, les autorités militaires appellent les pays voisins à « faire preuve de responsabilité », estimant que « la menace ne pourra être réellement contenue que si tous les États concernés s’impliquent pleinement »