Commandement militaire : Les lignes bougent après le 25 avril

Les nominations du 29 mai 2026 réorganisent plusieurs postes sensibles de la chaîne militaire malienne. Elles interviennent après une offensive qui a modifié les priorités sécuritaires de Bamako.

Ce changement ne se limite pas à une circulation de noms dans l’appareil militaire. Il intervient après les attaques coordonnées du 25 avril, revendiquées par le JNIM et le Front de libération de l’Azawad, dans un contexte marqué par la mort de l’ancien ministre de la Défense, le Général Sadio Camara, la reprise directe du portefeuille de la Défense par le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta et la nomination du Général Oumar Diarra comme ministre délégué chargé de la Défense.

Menaces

Depuis cette date, le dispositif malien fait face à des menaces plus complexes. La jonction opérationnelle entre la mouvance jihadiste affiliée à Al-Qaïda et certains groupes armés du Nord donne aux attaques une autre portée. Elle combine pression militaire, guerre d’axes, frappes contre des positions symboliques, communication de guerre et contrôle de portions stratégiques du territoire. La reprise de Kidal par ces groupes armés après les événements du 25 avril a renforcé cette lecture.

Les décrets du 29 mai organisent une réponse à plusieurs étages. Le Général de brigade Makan Alassane Diarra est désigné Commandant de la Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel. Ancien sous-Chef d’état-major chargé des Opérations à l’État-major général des Armées, il passe ainsi du pilotage opérationnel national à un commandement régional censé incarner la réponse militaire commune du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Son remplacement à l’EMGA par le Général de brigade Mamadou Massaoulé Samaké donne aussi un signal. Le poste de sous-Chef d’état-major chargé des Opérations est central dans la planification, le suivi des théâtres, la coordination des moyens et la conduite des réponses militaires. Le Colonel-major Yacouba Sanogo devient Conseiller en stratégie à l’État-major général des Armées. Ces mouvements redessinent l’articulation entre anticipation, planification et exécution.

Théâtres d’opérations

Les commandements des théâtres d’opérations sont également redistribués dans le cadre de l’Opération Dougoukoloko, qui couvre l’ensemble du territoire national. Karim Traoré prend le Théâtre Est, couvrant Gao, Ménaka et Kidal, Didier Dembélé le Théâtre Sud, qui regroupe les régions du sud et de l’ouest, et Issa Bagayoko le Théâtre Centre, qui couvre notamment Ségou, San, Mopti, Bandiagara, Douentza, Tombouctou et Taoudenni. Ces nominations visent à replacer des profils de terrain à des postes où la connaissance des axes, des unités et des zones d’attaques compte autant que le grade.

La principale nouveauté est la concentration de l’arbitrage autour de la Présidence. En reprenant la Défense, Assimi Goïta évite l’ouverture d’une compétition autour d’un ministère stratégique après la mort de Sadio Camara. Oumar Diarra assure le relais politico-militaire, Élisée Jean Dao conduit l’État-major, Makan Diarra prend l’AES et les théâtres sont redistribués. Le système devient plus lisible, mais aussi plus dépendant de la coordination au sommet.

Cette centralisation peut produire des effets opérationnels si elle réduit les lenteurs, clarifie les responsabilités et améliore la circulation du renseignement. Elle peut aussi permettre de mieux aligner la Défense nationale, l’EMGA, les commandements de théâtre et la Force unifiée de l’AES, à un moment où les groupes armés cherchent à tester simultanément plusieurs fronts.

Limites

Pour autant, elle comporte également des limites. Une chaîne trop resserrée peut ralentir les réponses locales si les commandants de terrain ne disposent pas de marges suffisantes. Elle peut aussi exposer davantage le sommet politique aux revers militaires, surtout lorsque les attaques touchent les axes routiers, les villes du Nord, les corridors économiques et les symboles de l’État.

La question russe s’ajoute à cette équation. Après les informations faisant état d’un retrait d’Africa Corps de Kidal sans combat direct avec les groupes armés, Bamako devra préciser les modalités de coordination avec son partenaire militaire. Il ne s’agit pas d’une rupture annoncée, mais d’un réajustement nécessaire entre appui extérieur, commandement malien et montée en puissance de l’AES.

Dans les crises sécuritaires, un recentrage du commandement peut être utile s’il s’accompagne de moyens, de renseignement fiable, de discipline opérationnelle et d’un retour visible de l’État. Au Mali, l’efficacité de cette réorganisation se mesurera moins aux décrets qu’à la capacité à protéger les populations, sécuriser les axes, tenir les positions et empêcher les groupes armés d’imposer leur propre rythme militaire.

« Blocus » autour de Bamako : Tentatives de paralysie et riposte militaire

Depuis le 30 avril 2026, le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda, tente d’imposer un blocus sur plusieurs axes stratégiques menant à Bamako. Ces tentatives interviennent quelques jours après les attaques coordonnées du 25 avril, dirigées contre plusieurs positions militaires maliennes.

Sur le terrain, la menace est bien réelle. Les groupes armés terroristes multiplient les actions de sabotage, les embuscades et les intimidations contre les transporteurs civils afin de perturber l’approvisionnement de la capitale et d’installer un climat de peur. Toutefois, malgré les difficultés, les principaux corridors routiers ne sont pas totalement coupés et l’armée malienne poursuit ses opérations pour contenir la pression jihadiste.

Le week-end dernier, une nouvelle étape a été franchie avec l’incendie d’une douzaine de cars à Zambougou, à une trentaine de kilomètres de Ségou, sur l’axe reliant le centre du pays à Bamako. Des vidéos relayées sur les réseaux sociaux montrent des véhicules en flammes, des bagages abandonnés sur la chaussée et des passagers tentant de fuir vers la brousse.

Cette montée de l’insécurité a provoqué un ralentissement important du trafic routier. Certaines compagnies de transport ont suspendu leurs rotations vers et depuis Bamako. Dans plusieurs gares routières, des voyageurs sont bloqués depuis plusieurs jours, faute de tickets disponibles.

Sur les grands axes, les autocars de grande capacité circulent désormais rarement. Quelques minibus continuent toutefois d’assurer les trajets en empruntant des itinéraires secondaires afin d’éviter les zones les plus exposées.

Pression jusqu’à l’Ouest

L’impact du blocus dépasse les environs immédiats de Bamako. À Kita, dans l’ouest du pays, un nombre croissant de voyageurs maliens et étrangers cherchent refuge en attendant une amélioration de la situation sécuritaire sur les routes menant à la capitale.

Dans le même temps, le JNIM semble vouloir frapper des infrastructures stratégiques. Des installations électriques liées au barrage hydroélectrique de Manantali, dans la région de Kayes, ont notamment été visées au cours des derniers jours, perturbant considérablement la fourniture d’électricité à Bamako.

L’objectif du groupe jihadiste dirigé par Iyad Ag Galy paraît clair : perturber les flux économiques, compliquer l’approvisionnement de Bamako et démontrer sa capacité de nuisance sur les principaux corridors du pays.

Multiplication des opérations des FAMa

Face à cette offensive, les Forces armées maliennes maintiennent une forte pression militaire sur plusieurs fronts. L’État-major général des armées affirme avoir neutralisé plusieurs combattants terroristes au cours d’opérations menées dans différentes localités depuis le début du mois de mai.

Pour éviter une paralysie totale de la capitale, des escortes militaires ont également permis l’acheminement vers Bamako de centaines de camions-citernes ces derniers jours.

Lors d’un point de presse le 6 mai, le Chef d’escadron Djibrilla Maïga, Sous-Directeur des Relations publiques de la DIRPA, a assuré que plusieurs axes restaient praticables malgré les tentatives de perturbation des groupes armés.

« L’ennemi, désorienté, tente de perturber les axes routiers autour de Bamako, à travers des modes d’action complexes, assortis d’infiltrations. Cependant, grâce à l’engagement et à la détermination de nos hommes, les axes Ouéléssébougou – Bougouni et Ségou – Bamako restent praticables », a-t-il déclaré.

L’officier a toutefois reconnu que les zones de Kayes et Kita constituaient actuellement les principaux points d’effort des groupes terroristes. « Des opérations sont actuellement en cours pour les sécuriser », a-t-il ajouté.

Même discours du côté de l’Africa Corps, engagé aux côtés des FAMa. Dans une déclaration publiée le 10 mai sur sa page Facebook officielle, le groupe affirme que les combattants du JNIM opèrent en petits groupes mobiles pour ériger ponctuellement des obstacles sur les routes menant à Bamako.

Selon cette source, des patrouilles conjointes FAMa – Africa Corps interviennent rapidement dans les zones signalées afin de dégager les axes et d’escorter les convois civils.

Le 8 mai, lors de la cérémonie de passation entre chefs d’État-major, le Général de division Elisée Jean Dao a affiché sa détermination à rétablir la libre circulation sur l’ensemble du territoire.

« Nous allons lever les blocages routiers afin que chacun puisse voyager librement, quand et où il le souhaite », a-t-il affirmé.

Mohamed Kenouvi