À Bamako, certains immeubles ont fini par avoir une seconde vie, celle des récits, sans jamais avoir connu la première. À l’Hippodrome, « Djinè ka étagi » traîne derrière lui depuis des décennies des histoires d’envoûtement que rien ne permet d’établir comme cause de son inachèvement. À l’ACI 2000, l’immeuble communément appelé le Borj nourrit lui aussi les commentaires. Sur les berges du Niger, l’ex Mariétou Palace, devenu Afriqiyah Hôtel après son rachat par des investisseurs libyens en 2007, a connu de nombreux arrêts de chantier et changements de propriétaires.
Ces récits font partie de l’imaginaire urbain. Ils ne doivent pourtant pas remplacer les questions simples. À qui appartiennent aujourd’hui ces bâtiments ? Leur structure est-elle encore saine ? Que coûterait leur achèvement, leur reconversion ou, si nécessaire, leur démolition ? Tant que ces réponses seront absentes, les rumeurs occuperont l’espace laissé vacant par l’information.
Le problème dépasse l’image de la ville. Des bâtiments inachevés ou durablement inutilisés peuvent devenir des refuges, des dépôts sauvages ou des lieux propices à des activités illicites. Le temps dégrade aussi les structures laissées sans entretien.
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Il faut donc recenser ces grands immeubles, clarifier leur statut foncier et juridique, contrôler leur sécurité et fixer pour chacun une issue réaliste. Certains peuvent être achevés, d’autres reconvertis ou sécurisés. Chaque abandon prolongé représente aussi un coût pour la capitale et appelle à des décisions publiques enfin assumées.
Bamako n’a rien à gagner à laisser des carcasses de béton devenir des monuments aux rumeurs. Une ville avance aussi en donnant une fonction, ou au moins un avenir clair, à ce qui reste debout.




