Solaire : Prudence sur les toits

Les délestages ont poussé de nombreux Bamakois à chercher leur propre lumière. Dans les familles, les ateliers, les commerces et les immeubles, les panneaux solaires se multiplient, souvent comme une réponse de survie à une fourniture électrique devenue irrégulière. Ce choix est légitime. Quand le courant manque pendant de longues heures, il faut préserver la nourriture, travailler, étudier, communiquer et même tout simplement vivre.

Mais l’hivernage impose une autre urgence. Les vents violents accompagnant les orages peuvent arracher des tôles, déraciner des arbres et projeter des objets lourds à plusieurs mètres. Un panneau solaire mal fixé, installé sur une toiture fragile ou posé sans résistance, est un danger pour les habitants, les voisins et les passants.

Le solaire ne peut pas être seulement une affaire de vente rapide et de pose approximative. Il doit être mieux encadré, avec des installateurs identifiés, des règles minimales d’ancrage, des contrôles avant l’hivernage et une information claire des propriétaires. La solidité des bâtiments varie, les toitures n’ont pas toutes la même capacité de résistance et aucune installation ne devrait être posée sans vérification sérieuse.

L’État, les mairies, les services techniques et les professionnels ont ici une responsabilité partagée. Il ne s’agit pas de freiner le recours au solaire, mais de le sécuriser. À Bamako, cette énergie est devenue une nécessité. Elle peut alléger la souffrance des ménages et soutenir les petites activités.

Encore faut-il qu’elle ne crée pas d’autres risques. Sortir de l’obscurité ne doit pas signifier installer au-dessus de nos têtes des équipements capables de blesser ou de tuer au premier grand vent. Le solaire protège lorsqu’il est maîtrisé, mais il expose lorsqu’il est improvisé.

 

Hivernage : Agir maintenant

À la mi-mai, le Mali entre dans la période où l’hivernage cesse d’être une prévision pour devenir une urgence. Déjà, les premières pluies ont commencé. Le gouvernement a validé un plan de prévention doté de 4,071 milliards de francs CFA pour 2026, avec le curage annoncé de 241 kilomètres de caniveaux et de 85 kilomètres de collecteurs à Bamako.

Les autorités indiquent aussi que 5 des 11 marigots recensés dans la capitale ont été libérés, soit 40,6 kilomètres traités, pour un taux d’exécution de 55,54%. Ces chiffres existent. Ils montrent un effort. Mais ils ne suffisent pas à rassurer lorsque dans plusieurs quartiers la sensibilisation est peu visible et que les gestes quotidiens de prévention semblent encore trop discrets.

L’expérience de 2024 devrait pourtant imposer une autre cadence. Les inondations avaient provoqué des dégâts considérables, avec 729 cas recensés, 47 306 maisons effondrées, 2 915 greniers et magasins détruits et 88 083 ménages affectés, selon les données rapportées par la Banque mondiale. Derrière ces statistiques, il y a des familles déplacées, des enfants privés d’école, des commerçants ruinés et des quartiers entiers condamnés à attendre la prochaine pluie dans l’angoisse.

Prévenir l’hivernage ne peut donc pas se limiter au curage des caniveaux. Il faut informer tôt, identifier les zones à risque, dégager les voies d’eau, contrôler les constructions dangereuses, équiper les équipes d’intervention et responsabiliser les citoyens.

L’eau ne négocie pas avec des lenteurs administratives. Chaque jour perdu avant les grandes pluies peut devenir demain une maison inondée ou une vie brisée. D’où l’urgence d’agir maintenant.

Flots de déchets

ll pleut et comme chaque année les rues de Bamako et d’autres grandes villes du pays sont inondées. Dans certains quartiers, ce sont des fleuves qui remplacent les rues pendant plusieurs heures, attendant que l’eau s’écoule dans des caniveaux bouchés. Chaque année, on fait mine de vouloir les libérer des ordures qui les obstruent. On fait remonter la terre et les déchets au bord. Et on attend que la pluie les y fasse redescendre progressivement, pensant qu’on a fait œuvre utile. Cette année, malgré le lancement le 8 juillet de ce travail inutile dans le District de Bamako, on n’en a pas vu l’effectivité dans beaucoup de quartiers.

De fait, ces actions dérisoires ne sont qu’un pansement minuscule sur la plaie béante de la gestion des déchets au Mali, à l’image d’actions ponctuelles menées sans cohérence, une absence de vision et d’efficacité. Comme cette loi de janvier 2012 qui interdit la production, l’importation et la commercialisation des sachets plastiques non dégradables. Bientôt 10 ans que cette loi est passée et qu’absolument rien dans nos habitudes n’a changé.

Rien n’a changé non plus dans la gestion qui est faite de ces déchets : ils ne sont pas détruits et quasiment pas recyclés. Nous vivons comme si nous ne produisions pas quotidiennement 3 210 m3 de déchets solides rien que pour la ville de Bamako selon une étude menée par l’INSTAT en 2021. Et ce chiffre ne prend pas en compte le volume dispersé de manière sauvage aux alentours de la ville, polluant de manière irréversible les terres et l’eau.

Pour couronner le tout, alors que notre capitale compte plus de 5 millions d’habitants, nous ne sommes toujours pas équipés d’une usine d’incinération des déchets, attendant peut-être que les centaines de milliers de tonnes produites chaque année disparaissent par miracle.

Alors on pourra parler longtemps de changement climatique mais c’est surtout notre politique environnementale et d’assainissement qu’il faut changer.

Aurélie Dupin