Face à la multiplication des cybermenaces et à l’essor des usages numériques, le Mali poursuit la consolidation de son dispositif de cybersécurité. De la répression des infractions à la protection des infrastructures stratégiques, l’État renforce ses outils pour sécuriser son cyberespace.
La transformation numérique s’accélère au Mali. Paiement de services administratifs en ligne, mobile money, plateformes publiques, dématérialisation de certaines procédures : le numérique occupe une place croissante dans l’État et la vie quotidienne des citoyens.
Mais cette évolution s’accompagne de nouveaux risques. Piratage de données, escroqueries en ligne, phishing, rançongiciels et campagnes de désinformation figurent parmi les principales menaces numériques.
C’est dans ce cadre que le Conseil des ministres du 10 juin 2026 a adopté les projets de texte relatifs à la création, à l’organisation et au fonctionnement de l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information. Cette structure aura pour mission d’assurer la cybersécurité, la sécurité des systèmes d’information et des communications électroniques, ainsi que la coordination de la réponse aux cyberattaques.
Pour Alou Traoré, consultant en cybersécurité et expert en innovation, cette initiative répond à une nécessité devenue incontournable. « Le pays se numérise vite. Les services publics en ligne, le mobile money, les administrations connectées ou encore les nouvelles plateformes numériques créent de nouvelles failles », explique-t-il.
Une architecture en construction
La création de l’ANSSI s’inscrit dans un processus engagé depuis plusieurs années. En 2019, le Mali s’est doté d’une loi portant répression de la cybercriminalité, destinée à prévenir et sanctionner les infractions commises à travers les technologies de l’information et de la communication.
L’État a ensuite renforcé le volet judiciaire avec la mise en place du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, chargé des enquêtes et des poursuites liées aux infractions numériques. Plusieurs affaires impliquant des utilisateurs des réseaux sociaux ou des auteurs présumés de cybercriminalité ont été traitées par cette juridiction spécialisée.
La nouvelle agence vient compléter cet édifice. Contrairement au Pôle judiciaire, dont la mission est surtout répressive, l’ANSSI sera attendue sur la prévention, la veille, l’alerte et la protection des infrastructures critiques.
Sa création découle de la Stratégie nationale de cybersécurité du Mali et de son Plan d’actions 2026-2030, adoptés par décret le 25 février 2026. Ce document vise à renforcer la résilience numérique du pays et à mieux coordonner la réponse nationale face aux incidents du cyberespace.
La souveraineté des données
Outre la cybersécurité, la souveraineté numérique renvoie aussi à la maîtrise des données. L’inauguration d’un data center Tier III à Bamako en 2026 constitue un signal fort. Cette infrastructure permet d’héberger localement des données stratégiques, administratives et institutionnelles, tout en réduisant la dépendance extérieure.
Cette dimension est essentielle. Un pays qui ne maîtrise ni ses données ni ses infrastructures reste vulnérable, même lorsqu’il dispose d’un arsenal juridique. La cybersécurité implique donc aussi le contrôle des flux, la localisation des informations sensibles et la continuité des services publics.
Des menaces réelles
Selon Alou Traoré, les risques auxquels le Mali est confronté sont multiples. « Les fraudes liées au mobile money, les faux messages, le phishing, les vols de données ou encore les attaques contre les sites institutionnels constituent des menaces réelles », souligne-t-il.
À cela s’ajoutent les rançongiciels, capables de paralyser une administration ou une entreprise en bloquant l’accès à ses données, ainsi que les campagnes de désinformation qui prospèrent sur les plateformes numériques.
Pour l’expert, la question dépasse le simple cadre technique. Elle touche à la souveraineté même de l’État. « On ne peut pas dépendre uniquement de l’extérieur pour protéger nos infrastructures sensibles », affirme-t-il.
L’épreuve du terrain
Si la création de l’ANSSI marque une nouvelle étape, plusieurs défis restent à relever. Le recrutement d’experts qualifiés, leur maintien dans l’administration, la mobilisation de ressources suffisantes, la coordination entre services et le renforcement du cadre juridique figurent parmi les principaux chantiers.
La sensibilisation des citoyens apparaît également comme un enjeu majeur. « Tant que le facteur humain reste le maillon faible, les meilleures technologies ne suffiront pas », rappelle Alou Traoré.
L’enjeu n’est donc pas seulement de créer des institutions, mais de les rendre opérationnelles, coordonnées et durables. C’est à ce prix que le Mali pourra transformer sa défense numérique en véritable souveraineté.

