Trésor : 60,5 milliards levés, jusqu’à 7,69 % de rendement

Le Mali a obtenu davantage que les 55 milliards de FCFA initialement recherchés sur le marché régional. La demande des investisseurs reste solide, mais les taux montrent que l’accès à cette liquidité aura un coût important pour les finances publiques.

Le Trésor malien a mobilisé 60,5 milliards de FCFA, mercredi 2 septembre, sur le marché des titres publics de l’Union monétaire ouest-africaine. L’opération associait des bons du Trésor à un an et des obligations d’une durée de trois et cinq ans.
L’État cherchait initialement 55 milliards de FCFA. Les investisseurs ont proposé près de 68 milliards, soit un taux de couverture de 123,61 %. Le Trésor a retenu 60,5 milliards et rejeté environ 7,49 milliards.
Ce résultat montre que les banques et autres investisseurs régionaux continuent de souscrire aux titres maliens. Il n’indique toutefois pas que le financement est obtenu à faible coût. Le prix réel apparaît dans les rendements exigés.
Le coût du financement
Le rendement moyen pondéré atteint 4,89 % pour les bons arrivant à échéance le 1er septembre 2027. Il s’établit à 7,69 % pour les obligations remboursables en septembre 2029 et à 7,40 % pour celles arrivant à échéance en août 2031.
Les coupons nominaux des obligations sont inférieurs à ces rendements. Ils ont été fixés à 6 % pour le titre à trois ans et à 6,20 % pour celui à cinq ans. La différence vient notamment du prix auquel les investisseurs ont acheté les titres. Lorsqu’une obligation est acquise sous sa valeur nominale, son rendement effectif devient supérieur au coupon versé chaque année.
Pour les bons à un an, les intérêts sont précomptés. L’investisseur verse donc une somme inférieure à la valeur qui lui sera remboursée à l’échéance. Les 60,5 milliards correspondent au montant nominal retenu pour l’ensemble de l’opération et non nécessairement à la trésorerie nette immédiatement encaissée.
Une opération menée le 20 août avait permis au Mali de mobiliser 55 milliards de FCFA. Les rendements moyens atteignaient alors 4,39 % sur les bons, 7,54 % sur les obligations à trois ans et 7,42 % sur celles à cinq ans.
En deux semaines, le rendement des titres à court terme a donc augmenté d’un demi-point et celui des obligations à trois ans de quinze centièmes. Le taux à cinq ans est resté pratiquement stable. Une seule comparaison ne permet pas d’établir une tendance durable, mais elle montre que le coût varie d’une adjudication à l’autre selon la demande, les échéances et les conditions du marché.
Un rachat avant échéance
Le même jour, le Trésor a racheté pour 9,05 milliards de FCFA une obligation qui devait arriver à échéance le 29 septembre. L’opération a été effectuée avec un rendement moyen pondéré de 2,5 %.
Ce rachat ne constitue pas un nouvel emprunt. Il permet à l’État de rembourser par anticipation une partie d’une dette qui aurait dû être réglée quelques semaines plus tard. Il réduit donc le montant concentré sur l’échéance de fin septembre.
Les deux opérations répondent à des objectifs complémentaires. La première apporte de nouvelles liquidités pour financer les besoins budgétaires. La seconde réorganise une partie des remboursements proches.
La comparaison entre les 60,5 milliards levés et les 9,05 milliards rachetés ne permet pas de calculer directement un endettement net. Le Trésor effectue parallèlement d’autres remboursements, émissions et paiements d’intérêts qui doivent être intégrés au calcul global.
La demande ne règle pas la question de la dette
Une émission sursouscrite constitue un signal favorable sur la capacité immédiate du pays à accéder au marché. Elle ne suffit pas à mesurer la soutenabilité de la dette publique. Des investisseurs peuvent acheter un titre parce que sa rémunération est attractive, même lorsque le coût supporté par l’émetteur augmente.
Le budget rectifié de 2026 prévoit environ 3 372,9 milliards de FCFA de recettes pour 3 993,3 milliards de dépenses. Le déficit ressort à près de 620,4 milliards de FCFA. Les emprunts régionaux participent au financement de cet écart, aux côtés des autres ressources intérieures et extérieures.
Ces fonds entrent dans la trésorerie générale de l’État. Leur utilité doit donc être évaluée à travers l’exécution complète du budget, et non en attribuant artificiellement une émission particulière à une route, une école ou une dépense isolée.
Le véritable suivi porte sur le calendrier des échéances, le coût annuel des intérêts, la part des recettes mobilisée pour le service de la dette et les résultats obtenus grâce aux dépenses financées. Une dette utilisée pour un investissement productif ne produit pas le même effet qu’un emprunt servant uniquement à reporter une tension de trésorerie.
La publication régulière d’un calendrier consolidé des remboursements permettrait de repérer les années où plusieurs titres arrivent simultanément à échéance. Elle aiderait aussi à comprendre la fréquence des nouvelles émissions et des opérations de rachat.
Le Mali a trouvé les investisseurs nécessaires et obtenu 5,5 milliards de FCFA de plus que son objectif initial. Ce succès d’adjudication constitue un fait. Les rendements allant jusqu’à 7,69 % en constituent un autre. La bonne lecture de l’opération exige de tenir ensemble ces deux réalités à savoir l’accès au financement reste ouvert, mais chaque milliard levé crée une charge future qu’il faudra inscrire dans les comptes publics.
Massiré Diop

Budget : l’avance des recettes à confirmer

L’État a mobilisé 1 814,2 milliards de FCFA de recettes au premier semestre, contre 1 507,5 milliards de dépenses exécutées. Cet écart favorable ne constitue toutefois ni un excédent annuel acquis ni la preuve que tous les services publics ont reçu leurs crédits à temps.

À la fin du mois de juin, les recettes du budget général avaient atteint 1 814,240 milliards de FCFA, soit 61,82 % de l’objectif annuel retenu dans le périmètre du rapport d’exécution. Les dépenses s’établissaient à 1 507,502 milliards, correspondant à un taux de 43,63 %.

La mobilisation des ressources apparaît donc plus rapide que l’exécution des dépenses. Les recettes avaient augmenté de près de 976 milliards de FCFA entre la fin du premier trimestre et celle du deuxième, tandis que les dépenses avaient progressé d’environ 748 milliards sur la même période.

Le service des Domaines présente le taux le plus spectaculaire, avec 123,98 % de son objectif annuel déjà mobilisé à mi-parcours. Une telle performance appelle cependant des explications détaillées sur l’origine des encaissements. Des recettes exceptionnelles tirées du foncier, des mines ou de régularisations anciennes ne possèdent pas la même solidité qu’un rendement fiscal appelé à se répéter chaque année.

Les données publiées font également apparaître la place dominante de la défense et de la sécurité. Les montants rapportés atteignent environ 314 milliards de FCFA pour la défense et près de 95 milliards pour la sécurité. L’éducation aurait mobilisé 195 milliards, la santé 151 milliards, l’agriculture 45 milliards, l’énergie et l’eau 33 milliards et la sécurité alimentaire 9,8 milliards.

Lecture

La différence de 306,7 milliards entre recettes et dépenses au 30 juin ne doit pas être présentée comme un excédent budgétaire définitif. Elle décrit une situation à une date donnée, dans un périmètre comptable déterminé. Les recettes et les dépenses n’arrivent pas au même rythme au cours de l’année, tandis que certains investissements et paiements s’accélèrent traditionnellement au second semestre.

Cette différence ne tient pas non plus compte, à elle seule, de l’ensemble des opérations de financement, des engagements contractés, des dépenses restant à ordonnancer ou des remboursements de dette. Pour mesurer le solde budgétaire, il faut rapprocher toutes les recettes, les dons et les dépenses selon le cadre fixé par la loi de finances.

La comparaison doit aussi intégrer la rectification budgétaire adoptée en juillet, après la clôture du semestre. Les prévisions de recettes ont été portées à 3 372,89 milliards de FCFA et les dépenses à 3 993,31 milliards. Le déficit annuel attendu a ainsi été relevé de 520,42 à 620,42 milliards.

Le taux de 61,82 % cité dans la situation d’exécution correspond au périmètre et aux références utilisés par ce document au 30 juin. Il ne peut être appliqué mécaniquement au montant global de la loi rectificative adoptée ensuite, qui intègre notamment de nouvelles contributions aux fonds miniers et des comptes spéciaux du Trésor.

Services

Le retard relatif des dépenses peut traduire une gestion prudente, mais aussi des lenteurs dans les marchés publics, les décaissements ou l’exécution des projets. Un faible taux de consommation devient préoccupant lorsqu’il reporte des routes, retarde l’équipement d’un centre de santé ou empêche une administration régionale d’assurer ses missions.

La qualité d’un budget se mesure moins à l’argent conservé dans les comptes qu’aux services effectivement délivrés. Pour l’éducation, la santé, l’agriculture, l’eau et l’énergie, la publication des taux d’exécution physique permettrait de savoir si les montants engagés correspondent à des écoles équipées, des médicaments disponibles, des périmètres aménagés ou des ouvrages mis en service.

Le deuxième semestre devra absorber une part importante des crédits tout en préservant la qualité de la dépense. Une accélération mal préparée en fin d’exercice peut favoriser des engagements précipités. À l’inverse, une sous-exécution persistante prive les populations de prestations déjà votées et peut reporter les projets sur l’année suivante.

La mobilisation des recettes constitue un résultat encourageant. Sa portée dépendra de la régularité des ressources, de la maîtrise du déficit, du coût du financement et surtout de la capacité de l’État à convertir ces recettes en réalisations vérifiables.

Massiré Diop

Budget 2026 : 410 milliards pour la Défense et la Sécurité

Plus du quart des dépenses exécutées par l’État au premier semestre 2026 a concerné la Défense et la Sécurité. Cette concentration intervient au moment où les recettes progressent plus rapidement que les décaissements, avant l’application complète d’un budget rectificatif qui accroît encore les besoins de financement.

À la date du 30 juin, les dépenses du budget général atteignaient 1 507,502 milliards de francs CFA, soit 43,63 % des crédits prévus pour l’année, selon la situation d’exécution budgétaire publiée par le ministère de l’Économie et des Finances.
Sur cette enveloppe, le ministère de la Défense et des Anciens combattants a exécuté environ 314 milliards de francs CFA. La Sécurité et la Protection civile ont mobilisé près de 95 milliards. Ensemble, ces deux départements représentent quelque 409 milliards de francs CFA, soit un peu plus de 27 % des dépenses effectuées pendant les six premiers mois.
Rapporté à la période, l’effort équivaut à environ 2,26 milliards de francs CFA par jour. La comparaison donne aussi la mesure des choix budgétaires : l’Éducation nationale totalise près de 195 milliards de francs CFA et la Santé environ 151 milliards. Les crédits exécutés au titre de la Défense et de la Sécurité dépassent ainsi de plus de 60 milliards les dépenses cumulées de ces deux départements sociaux.
Cette lecture par ministère demande toutefois une précaution. Elle ne couvre pas nécessairement l’ensemble des interventions publiques en faveur de l’éducation ou de la santé, dont certaines peuvent être portées par d’autres structures ou des comptes spécifiques. Elle montre néanmoins le poids central pris par la sécurité dans l’utilisation effective des ressources.
Arbitrages
Face à ces dépenses, les recettes du budget général ont atteint 1 814,240 milliards de francs CFA, correspondant à 61,82 % des prévisions. L’écart de 306,738 milliards observé avec les décaissements traduit surtout une différence de rythme à mi-année. Il ne constitue pas un excédent budgétaire annuel, compte tenu des dépenses restant à réaliser, des opérations de trésorerie et du déficit prévu sur l’ensemble de l’exercice.
Les Impôts ont fourni environ 844 milliards de francs CFA et les Douanes 533,743 milliards au premier semestre. À fin juillet, les recettes douanières étaient passées à 632,314 milliards, soit près de 65 % de leur objectif annuel de 975 milliards.
La performance la plus singulière vient des Domaines et du Cadastre. Avec 334,74 milliards de francs CFA recouvrés pour une prévision annuelle de 270 milliards, cette administration avait déjà dépassé son objectif d’environ 64,74 milliards. La composition de ces recettes et leur caractère reproductible seront déterminants pour apprécier la solidité de cette progression.
Adoptée après la clôture du semestre, la loi de finances rectificative a porté les dépenses prévues de 3 578,217 à 3 993,319 milliards de francs CFA. Les recettes ont été relevées à 3 372,895 milliards, tandis que le déficit prévisionnel est passé de 520,425 à 620,425 milliards.
Les 415,103 milliards de dépenses supplémentaires doivent notamment couvrir les opérations de sécurisation du territoire, une subvention exceptionnelle à la CMDT et de nouvelles charges liées aux fonds miniers. Le second semestre devra donc conjuguer accélération des programmes publics, maintien des recettes fiscales et financement d’un déficit accru de 100 milliards de francs CFA.

Sanctions financières ciblées : Bamako élargit son outil de pression sécuritaire

L’arrêté du 18 juin signé par le ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, dépasse la seule inscription de douze personnes sur la liste nationale des sanctions financières ciblées. Il confirme l’installation progressive du gel administratif des avoirs comme instrument de sécurité intérieure, mais aussi comme moyen de pression contre des réseaux d’influence, des relais politiques et des figures liées aux anciens mouvements armés du Nord.

Le texte prévoit le gel des biens et ressources économiques des personnes visées pour six mois renouvelables. Il s’appuie sur les textes nationaux relatifs à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Les griefs retenus sont formulés de manière identique pour les douze noms : soutien présumé au JNIM et au Front de libération de l’Azawad, promotion ou apologie du terrorisme, association de malfaiteurs et facilitation d’actes terroristes.
La première particularité de cette décision tient à la composition de la liste. Elle ne vise pas seulement des acteurs directement issus des groupes politico-militaires du Nord. Elle inclut aussi des personnalités du débat public, des activistes numériques, des figures politiques et des personnes dont l’influence se déploie largement hors des circuits institutionnels classiques.
Profils
Malick Konaté, fondateur de Horon TV, appartient à cette catégorie. Journaliste,  il avait quitté le Mali après avoir affirmé avoir reçu des menaces en lien avec ses productions et ses prises de position sur les partenaires sécuritaires du pays. Sékou Tounkara, connu sous le surnom de « politologue de New York », incarne une autre forme d’influence, plus directe, plus numérique, construite autour de vidéos, d’interventions publiques et d’un discours politique fortement relayé dans la diaspora. Ironie du dossier, les deux hommes s’étaient déjà opposés devant la justice malienne en 2022, après une plainte de Malick Konaté contre Sékou Tounkara pour calomnie, diffamation et dénigrement. L’affaire avait été close après retrait de la plainte et compromis entre les parties.
Kadidia Fofana offre un autre profil. Ancienne conseillère municipale en commune II de Bamako, figure féminine de la contestation « Antè A Bana », militante du Collectif des Amazones et ancienne chargée de mission au ministère de la Réconciliation nationale, elle illustre le glissement d’une partie de l’activisme civique vers une opposition plus frontale depuis l’extérieur. L’arrêté vise également Boubacar Soumahoro, dit Bouba Fané, influenceur et acteur de l’événementiel, ainsi que Youssouf Doumbia, dit Delfro, jeune créateur de contenus dont l’activité se déploie surtout sur les réseaux sociaux.
Le cas d’Ismaïla Sacko appelle une précision. Il s’agit du président du Parti social-démocrate africain, PSDA, ancien conseiller politique à la Présidence et figure de l’opposition en exil. Son parti avait déjà connu des démêlés judiciaires, avec une décision de dissolution en 2023 contestée par ses responsables. Cheick Mohamed Chérif Koné, ancien magistrat de grade exceptionnel et ancien responsable syndical de la magistrature, complète ce groupe de personnalités issues de la sphère politique, judiciaire ou citoyenne.
Nord
L’autre volet de l’arrêté renvoie aux anciennes architectures politico-militaires du Nord. Almouzamil Ag Mohamed est connu comme figure de la communication de la Coordination des mouvements de l’Azawad, ancienne coalition de groupes rebelles signataires de l’accord d’Alger. Boubacar Siddigh Ould Taleb Sidi Aly a été secrétaire général du Mouvement populaire pour le salut de l’Azawad, MPSA, groupe né en 2014 d’une scission du Mouvement arabe de l’Azawad, puis porté à la tête de la Coordination des mouvements de l’Entente, CME.
Haballah Ag Hamzatta a suivi une trajectoire plus singulière. Il a d’abord été secrétaire général adjoint du GATIA, mouvement longtemps classé parmi les groupes d’autodéfense favorables à l’unité du Mali et souvent perçu comme proche du camp pro-Bamako. En 2019, il a été exclu du GATIA avec d’autres responsables, après avoir été soupçonné de travailler au profit des séparatistes. Cette évolution résume à elle seule la complexité des alliances du Nord, où les trajectoires individuelles ont souvent traversé plusieurs camps.
Mohamed Elmaouloud Ould Ramadane est l’une des voix publiques du Front de libération de l’Azawad. Il s’est exprimé à plusieurs reprises au nom de la rébellion dans les médias internationaux, notamment après la reprise des combats entre l’armée malienne et les groupes armés du Nord. Ahmada Ag Bibi, ancien député de Kidal et notable touareg, est connu pour son poids politique dans le septentrion et pour avoir été cité par le passé dans des médiations liées à des libérations d’otages.
Portée
La portée de l’arrêté se joue donc à deux niveaux. Le premier est financier. Banques, systèmes financiers décentralisés, services de transfert d’argent, opérateurs de mobile money, notaires, intermédiaires et autres assujettis doivent bloquer les fonds, comptes, biens ou ressources économiques identifiés. Pour les personnes ayant encore des comptes, biens immobiliers, revenus, participations ou relais financiers au Mali, l’effet peut être immédiat.
Le second niveau est politique et réputationnel. Plusieurs personnes visées résident ou agissent depuis l’étranger. Dans ces cas, la mesure malienne aura un effet direct surtout sur les avoirs situés au Mali et les flux transitant par des canaux soumis au droit malien. Pour atteindre des comptes, revenus numériques, biens ou soutiens financiers localisés en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs, Bamako devra s’appuyer sur la coopération entre cellules de renseignement financier, autorités judiciaires, banques correspondantes ou mécanismes d’entraide. Sans relais extérieur, le gel risque de produire davantage un effet de signalement qu’un assèchement financier total.
Cet effet de signalement n’est pas secondaire. Être placé sur une liste nationale liée au financement du terrorisme peut compliquer l’accès aux circuits bancaires, dissuader des soutiens, refroidir des partenaires, fragiliser des collectes de fonds et réduire la marge de manœuvre de relais militants. Pour des personnalités vivant de leur exposition publique, de leurs réseaux communautaires ou de leur audience numérique, le coût peut être autant réputationnel que matériel.
Doctrine
La décision s’inscrit dans un durcissement déjà visible. En mai, les autorités avaient inscrit Oumar Mariko, Étienne Fakaba Sissoko et le Front de libération de l’Azawad sur la même liste nationale. Le nouvel arrêté élargit encore le champ, en intégrant des profils qui relèvent à la fois de l’ex-rébellion, de l’opposition politique, de la diaspora militante et de l’influence numérique. Bamako semble ainsi traiter la menace sécuritaire comme un ensemble hybride, où les armes, les flux financiers, les mots d’ordre politiques et la communication en ligne peuvent se renforcer mutuellement.
C’est précisément là que se trouve le point sensible. L’outil peut être efficace lorsqu’il cible des flux documentés, des circuits de financement, des comptes relais ou des soutiens matériels à des groupes armés. Il devient plus délicat lorsqu’il touche des prises de parole, des positions politiques ou des activités numériques dont le lien avec une facilitation concrète d’actes terroristes doit être solidement établi. La force d’une sanction financière ciblée repose sur la qualité de la documentation, la traçabilité des avoirs et la capacité à convaincre les institutions financières de l’appliquer sans exposer le dispositif à une contestation durable.
La liste du 18 juin ne clôt donc pas le débat ; elle l’ouvre. Elle montre que l’État malien veut frapper plus loin que le champ militaire, en s’attaquant aux soutiens présumés, aux relais d’influence et aux circuits financiers visibles ou supposés. Mais son efficacité réelle dépendra de trois conditions : l’identification précise des biens, la coopération des assujettis et la solidité des éléments reliant chaque personne à des faits matériels de financement, de facilitation ou de soutien opérationnel.
À défaut, le gel peut rester surtout symbolique, particulièrement pour les profils installés hors du Mali. Bien documenté, il peut au contraire devenir un outil puissant d’assèchement des réseaux hostiles. Toute la question est donc de savoir si cette nouvelle étape relève d’une stratégie financière structurée ou d’un élargissement politique du registre sécuritaire. C’est sur ce terrain que se mesurera la portée réelle de l’arrêté.
Massiré DIOP

Filière Riz : le gouvernement rachète 26 030 tonnes de riz invendu

La filière riz vient de bénéficier d’un appui du gouvernement pour faire face aux difficultés d’écoulement de son stock. Environ 26 000 tonnes de riz seront rachetées par le gouvernement et revendues à un prix accessible pour la population.

La filière riz fait face à des difficultés pour écouler son stock de 26 030 tonnes détenues par l’interprofession. Avec des coûts de production élevés, ce riz est moins compétitif que le riz importé.  Pour faciliter l’écoulement de cette quantité, le gouvernement a décidé lors du conseil des ministres, ce 23 avril 2026 de l’opération d’achat et de rachat de ce stock de riz local de l’interprofession de la filière riz.

Par cette opération, le gouvernement décide d’acquérir le stock invendu de 26 030 tonnes de riz détenu par l’interprofession riz en vue de la revente à la population à un prix accessible.

Pour réaliser cette opération l’Etat accordera à l’Office des Produits Agricoles du Mali (OPAM), une subvention pour la prise en charge des frais nécessaires à cette opération.

Pour le gouvernement, cette opération vise un triple objectif : soutenir la filière rizicole nationale, préserver le pouvoir d’achat des populations et assurer la stabilité du marché en période de soudure.

La filière riz reste un pilier stratégique de la sécurité alimentaire et de l’économie, représentant environ 5% du PIB. Deuxième producteur de cette céréale en Afrique, le Mali produit environ 2 millions de tonnes chaque année, essentiellement dans la zone Office du Niger, avec une consommation annuelle ayant atteint 2,7 millions de tonnes.

Le Mali dispose d’un potentiel de plus de 2 000 000 d’hectares de terres irrigables, dont environ 15% sont aménagés. Le pays ambitionne d’atteindre 5,5 millions de tonnes par an pour assurer l’autosuffisance et devenir un exportateur, à travers le programme national de riziculture intensive, dont le coût est estimé à 14 milliards FCFA.

Budget 2026 : 500 milliards FCFA débloqués pour les hôpitaux et projets structurants

Le gouvernement malien a autorisé l’ouverture de 500 milliards de francs CFA de crédits supplémentaires dans le budget de l’État 2026. La mesure a été adoptée lors du Conseil des ministres du 4 mars, sur proposition du ministre de l’Économie et des Finances.

 

Ces crédits sont ouverts à titre d’avance, un mécanisme prévu par la loi organique relative aux lois de finances qui permet au gouvernement de mobiliser rapidement des ressources en cas d’urgence ou de nécessité impérieuse d’intérêt national. Le Parlement doit ensuite être informé et appelé à ratifier ces dépenses lors de sa prochaine session.

 

Selon le communiqué officiel, ces fonds serviront notamment à financer les travaux de construction d’hôpitaux et d’autres projets prioritaires structurants. Les autorités n’ont cependant pas encore détaillé la liste précise des infrastructures concernées ni le calendrier de mise en œuvre.

 

Dans un contexte marqué par d’importants besoins en infrastructures sanitaires, cette enveloppe pourrait contribuer à renforcer les capacités hospitalières du pays. Plusieurs régions du Mali font en effet face à un déficit d’équipements et d’établissements de santé spécialisés, tandis que la demande de soins continue de croître avec l’augmentation de la population.

 

La mise en œuvre de ces investissements devra également s’accompagner de mécanismes de suivi afin d’assurer la transparence dans l’utilisation des fonds publics. La ratification du décret d’avance par le Conseil national de Transition constituera à cet égard une étape importante du processus budgétaire.

 

Budget 2027 : cap sur la croissance et la maîtrise des équilibres

Le processus budgétaire 2027 a été lancé le 26 février 2026 à Bamako. Les autorités mettent en avant une amélioration des indicateurs macroéconomiques et une trajectoire budgétaire marquée par la consolidation des finances publiques.

Le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a procédé, ce jeudi, au lancement des travaux du processus budgétaire 2027. Environ 400 experts, membres de la société civile, partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants des autorités administratives prennent part aux échanges consacrés aux enjeux du budget 2027. Cette démarche vise à renforcer la participation au processus d’élaboration budgétaire.
Depuis 2018 et la mise en œuvre du budget-programme, le lancement des travaux du processus budgétaire réunit chaque année les acteurs dans une dynamique visant une participation élargie à l’élaboration du budget.
Selon le ministre des Finances, le contexte demeure globalement favorable, caractérisé par une amélioration de la situation sécuritaire et politique malgré les défis persistants. Les indicateurs macroéconomiques du pays affichent des perspectives encourageantes. Le taux de croissance, estimé à 5,6 % en 2025, devrait s’accélérer pour atteindre 6,3 % en 2026 puis 6,7 % en 2027. L’inflation devrait se maintenir en dessous de la norme communautaire.
La mobilisation des recettes fiscales s’est établie à 14,2 % du PIB, contre une prévision de 13,4 %. L’exécution des dépenses est restée contenue dans les limites prévues, représentant 20,9 % du PIB. Le déficit budgétaire s’est établi à 1,5 % du PIB, contre une prévision de 2,7 %, traduisant une amélioration des équilibres financiers. Ces résultats sont attribués aux efforts d’assainissement des finances publiques. La balance des paiements devrait enregistrer un excédent de 49,9 milliards de FCFA en 2025, bien qu’inférieur aux 341 milliards de FCFA enregistrés en 2024.
L’exercice 2026 a, selon le ministre, démarré dans une dynamique positive. Le gouvernement entend poursuivre les efforts d’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures et de rationalisation des dépenses.
Dans un environnement marqué par un déficit prévisionnel de 2,7 %, les autorités estiment que celui-ci ne devrait pas compromettre les acquis en matière de sécurité ni les efforts d’amélioration des infrastructures sociales.
Investissements et contrôle
Deux thèmes sont au centre de la conférence de lancement du processus budgétaire. D’une part, les projets structurants, considérés comme des investissements stratégiques pour assurer un développement inclusif conforme à la Vision Mali 2063. D’autre part, le contrôle de l’effectivité des prestations liées aux dépenses publiques.
Les orientations de la politique budgétaire 2026, le cadrage 2027, le calendrier de préparation du budget 2027 ainsi que les réformes en cours, notamment la digitalisation des procédures, figurent également parmi les sujets examinés.
La conférence se tient dans un contexte marqué par des pressions sur le système d’approvisionnement et des actes de sabotage d’unités industrielles.
Par ailleurs, les objectifs de l’année 2027 s’inscrivent dans un environnement international caractérisé par des tensions géopolitiques et un climat d’incertitude. Dans la sous-région, la crise sécuritaire demeure au cœur des préoccupations, conduisant les autorités à orienter prioritairement leurs actions vers la sécurisation. La création de l’AES, notamment la banque confédérale d’investissement, est présentée comme un signal en faveur de la prise en compte de l’aspect développement. Au plan national, la poursuite de l’application du pacte de stabilité est considérée comme un cadre de référence pour préserver les équilibres.
Résilience
Sur les cinq dernières années, l’économie malienne a affiché une progression régulière du taux de croissance, passant de 3,5 % en 2022 à 6,3 % attendus en 2026. L’inflation est restée globalement maîtrisée en dessous de la norme communautaire de 3 %. Le taux d’endettement est passé de 54 % en 2022 à 43 % projeté en 2026, en deçà du plafond communautaire de 70 %.
En ce qui concerne le déficit, il s’est établi à 1,5 % en 2025, contre une prévision initiale de 2,5 %.
Défis
L’année 2025 a été marquée par la recherche de nouvelles sources de financement et par des contraintes sur les voies d’approvisionnement du pays, nécessitant des efforts soutenus pour garantir la régularité des flux.
À l’analyse provisoire de l’exécution du budget 2025, les recettes ont atteint 105,7 % des objectifs, notamment grâce aux réformes engagées dans le secteur minier. Les dépenses ont été exécutées à hauteur de 96 %.
Le taux de pression fiscale s’est établi à 14,2 % en 2025, contre 13,4 % en 2024.
En perspective, l’élargissement de l’assiette fiscale concernera notamment le secteur foncier.
En lien avec la Vision 2063, le budget devrait créer les conditions nécessaires à l’accélération de la transformation structurelle à travers des secteurs clés tels que l’éducation, la santé et l’emploi des jeunes et des femmes. Les partenaires techniques et financiers ont réitéré leur soutien, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les efforts de rationalisation du secteur informel afin d’accroître sa contribution aux recettes intérieures.

Commande publique pour les PME: vers une mise en œuvre effective?

Une exposition prévue le 4 mars 2026 à Bamako vise à préparer les artisans à l’orientation d’une partie de la commande publique vers les entreprises nationales. Présentée comme un signal fort en faveur des PME, la mesure devra encore relever plusieurs défis pour être pleinement effective.

Selon la note signée le 13 février par le ministre Alousséni Sanou, chaque département ministériel devra réserver 100 000 000 FCFA dans son budget 2026 pour des acquisitions auprès d’entreprises locales. Rapportée à une vingtaine de départements, la mesure pourrait représenter entre 2 et 3 milliards de FCFA fléchés vers le tissu productif national. À titre de comparaison, les marchés publics au Mali représentaient déjà plus de 500 milliards de FCFA en 2019, selon les statistiques officielles, ce qui montre l’importance stratégique de la commande publique dans l’économie nationale.
La décision s’inscrit dans une dynamique engagée depuis 2014 et précisée par le décret n°2018-0473 du 28 mai 2018, qui prévoit des mécanismes de préférence nationale et des obligations de sous-traitance au profit des PME. « Cette proposition est concrète. Cela peut contribuer à aplanir certaines difficultés », se réjouit Mamadou Minkoro Traoré, président de l’APCMM. Pour l’économiste Dr Damanguilé Diawara, l’opérationnalisation exige toutefois des ajustements : allègement des garanties bancaires, souvent dissuasives, adaptation des critères d’éligibilité fondés sur le chiffre d’affaires, relèvement de la marge de préférence autorisée dans l’espace communautaire et mise en place de circuits courts pour le règlement des factures.
Défis
L’accès au crédit demeure l’un des principaux obstacles pour les PME maliennes. Même titulaires d’un marché, beaucoup peinent à mobiliser les financements nécessaires pour acheter les matières premières ou lancer la production. Les délais de paiement, officiellement fixés à 60 jours, sont régulièrement évoqués comme un point de tension par les fournisseurs.
La capacité de production, la conformité aux normes techniques et le respect des délais contractuels conditionneront également la crédibilité du dispositif. Une limitation excessive de la concurrence internationale pourrait entraîner des surcoûts si l’offre locale reste insuffisamment compétitive. Enfin, le risque de création d’entreprises de façade ou de concentration des marchés appelle à des mécanismes de contrôle rigoureux et transparents.
La mesure peut devenir un puissant levier de soutien aux PME. Son efficacité dépendra cependant de la discipline budgétaire des administrations, du respect des règles communautaires et de la structuration réelle du tissu entrepreneurial national.

Transition : 5 ans après, quel bilan ?

Depuis le coup d’État du 18 août 2020, le Mali vit une transition charnière, marquée par des bouleversements politiques, des choix stratégiques majeurs et des mutations profondes dans les domaines sécuritaire, économique, socio-politique et de gouvernance. Cinq ans après, le bilan reste contrasté, entre acquis indéniables et insuffisances persistantes.

Débutée officiellement en septembre 2020, avec l’investiture du Colonel-major à la retraite Bah Ndaw à la Présidence, la première phase de la Transition s’est étendue jusqu’au coup de force de mai 2021, qui a porté le Colonel Assimi Goïta, alors Vice-président chargé des questions de Défense et de Sécurité, à la tête de l’État.

Ces huit premiers mois n’ont pas connu de réalisations majeures, si ce n’est la mise en place des organes institutionnels de la Transition. Depuis mai 2021, une nouvelle dynamique a été engagée, avec un recentrage des priorités sur la Défense, la souveraineté économique et la refondation politique.

Reconquête territoriale et montée en puissance des FAMa

Dès sa prise de fonction, le Président de la Transition, Assimi Goïta, a donné pour instruction de « remettre l’armée sur pied ». La priorité accordée à la Défense s’est traduite par le recrutement de 9 500 personnels supplémentaires, toutes catégories confondues, afin de répondre aux engagements opérationnels et de stabiliser les zones autrefois contrôlées par les groupes armés terroristes.

Selon le ministre de la Défense, Sadio Camara, la situation sécuritaire du pays est « totalement sous contrôle ». « Le Mali est capable de contrôler son ciel, ses frontières et d’assumer ses choix. »

Pour sa part, le Premier ministre Abdoulaye Maïga affirme : « en 2012, nous avons perdu plus de 70% de notre territoire au profit des groupes terroristes. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Peu de pays peuvent se targuer d’une telle inversion de tendance en deux ou trois ans ».

Des efforts ont été portés sur la modernisation des infrastructures militaires, l’implantation stratégique sur le territoire et l’acquisition d’équipements militaires : avions de combat, drones, véhicules tactiques blindés, engins logistiques et ambulances.

Malgré ces avancées, les attaques persistent le long des axes routiers et dans certaines zones urbaines. Les autorités reconnaissent ces incursions, tout en estimant qu’elles ne sont que « des tentatives de marquer une présence » de groupes terroristes « presque en fin de vie », selon les mots de Sadio Camara. L’amélioration de la sécurité reste toutefois un objectif prioritaire du Plan d’action gouvernemental.

Réformes et controverses

Sur le plan institutionnel, la Transition a vu, entre autres réformes, l’adoption d’une nouvelle Constitution, la création de l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE) et une nouvelle Loi électorale.

En mai 2025, la dissolution de tous les partis politiques a provoqué une vive controverse, suivie de la saisie des juridictions nationales par certains responsables des formations dissoutes, dont les jugements sont prochainement attendus.

Le Premier ministre Abdoulaye Maïga s’en défend : « il n’y a aucune volonté de porter un coup au multipartisme, qui est consacré par la Constitution. Il s’agit de mieux encadrer le monde politique ».

Parallèlement, des organisations de défense des droits humains dénoncent un rétrécissement de l’espace démocratique, évoquant des arrestations extrajudiciaires et des détentions d’opinion.

Par ailleurs, la lutte contre la corruption a été érigée en priorité. Des procès sur les questions de détournement et de corruption ont été tenus, parmi lesquels l’affaire de l’achat de l’avion présidentiel et des équipements militaires, où les principaux accusés ont été condamnés.

Une Stratégie nationale, avec son Plan d’actions 2023-2027 met l’accent sur la prévention et la sensibilisation, mais aussi sur la répression. Les rapports d’audit sont désormais transmis systématiquement au Pôle économique et financier et une Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis a été créée.

Résilience économique et réformes structurelles

Selon le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, « l’économie du Mali se porte bien », avec un taux d’inflation de 3,2%, le deuxième taux le plus bas de la sous-région. A l’en croire, le chômage est passé de 6,5% en 2020 à 3,5% en 2024. L’institut national de la statistique (INSTAT) explique que ce taux bas est le  « reflet d’une économie dominée par le secteur informel et l’agriculture de subsistance, qui absorbe une grande partie de la main-d’œuvre, même si les emplois générés sont souvent précaires et peu rémunérés »

L’État a maintenu un effort massif de subventions, notamment à l’Énergie du Mali (461 milliards de francs CFA entre 2021 et 2024), aux sociétés de production de ciment, à la transformation du blé et aux produits pétroliers.

La relance de la filière coton a constitué un levier majeur. En réglant les impayés de 69 milliards de francs CFA et en fixant un prix incitatif (De 290 à 300 francs CFA/kg), le gouvernement a permis à la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) d’atteindre une production record de 795 000 tonnes en 2021-2022. Quatre millions de Maliens vivent directement de cette filière, qui a retrouvé son rôle moteur dans l’économie nationale. Toutefois la campagne cotonnière 2025-2026 est minée par des retards de paiements, des livraisons d’intrants insuffisantes et une nouvelle invasion de jassides.

D’autres entreprises en difficulté ont été relancées, comme la COMATEX et l’UMPP, avec des injections financières ciblées. Le Fonds de garantie pour le secteur privé est passé de 20 à 28 milliards de francs CFA, permettant de générer 150 milliards de crédits et de créer 17 000 emplois.

En dépit des indicateurs économiques au vert, une grande partie de la population malienne reste confrontée à des difficultés au quotidien. Selon un ancien responsable politique, les maux dont se plaignaient les Maliens sous le régime d’IBK sont toujours d’actualité. « Les Maliens se plaignaient de la cherté de la vie et d’un pouvoir d’achat insuffisant. Aujourd’hui, ces difficultés persistent et leurs charges ont largement augmenté avec la flambée des prix », déplore-t-il.

Un secteur minier stratégique

Le secteur minier a connu une réforme majeure, avec l’adoption en 2023 d’un nouveau Code minier et d’une loi sur le Contenu local. L’État a désormais la possibilité de détenir jusqu’à 30% des actions dans les nouveaux projets miniers, auxquels s’ajoutent 5% pour le secteur privé national.

Ce changement a permis d’accroître les recettes publiques. « Nous sommes passés de 235,5 milliards à 767,4 milliards de recettes, soit un gain de 531,9 milliards », se félicite Alousseini Sanou. La création en 2022 de la Société de recherche et d’exploitation des ressources minérales du Mali (SOREM) a ouvert la voie à la relance des mines déjà acquises, comme celles de Morila, Yatéla et Tassiga.

Le pays a inauguré en décembre 2024 la mine de lithium de Goulamina, où 85 000 tonnes ont déjà été produites et 35 000 exportées. La mine de Bougouni est en phase finale de préparation. En juin 2025, la première pierre d’une raffinerie nationale d’or d’une capacité de 200 tonnes par an a été posée, l’État y détenant 62% du capital, afin de contrôler la production aurifère et sa traçabilité.

Crise énergétique et efforts de relance

Depuis 2022, le Mali traverse une crise énergétique sans précédent, qui a lourdement pesé sur les entreprises dans plusieurs domaines et sur le secteur informel. Cependant, depuis le mois de mars 2025, une amélioration sensible de la fourniture électrique a été constatée, avec 12 à 19 heures d’électricité par jour contre 6 heures auparavant.

À la base de cette amélioration se trouvent les subventions continues de l’État à Énergie du Mali (EDM-SA), mais aussi, et surtout, l’instauration de taxes pour le Fonds de soutien aux infrastructures de base et de développement social. Trois centrales solaires sont également en construction à Safo, Sanankoroba et Tiakadougou Dialakoro depuis mai 2024, mais accusent du retard. « Les difficultés rencontrées sont indépendantes de notre volonté, mais nos objectifs seront atteints », promet le Premier ministre, qui évoque aussi le développement futur de l’énergie nucléaire.

Bilan contrasté

Au terme de cinq années de transition, le Mali a enregistré des avancées notables, notamment dans la reconquête territoriale, le renforcement de l’armée, la réforme du secteur minier et la relance de filières économiques stratégiques comme le coton. La baisse du chômage et la stabilité relative des indicateurs macroéconomiques témoignent d’une certaine résilience.

Cependant, des défis majeurs subsistent, alors que la Transition a été prolongée de cinq ans, renouvelable autant de fois que nécessaire jusqu’à la pacification du pays. Les attaques terroristes continuent de perturber la vie quotidienne, la crise énergétique n’est pas complètement résolue et les restrictions des libertés inquiètent une partie de la société civile et des partenaires extérieurs.

Mohamed Kenouvi

 

200 milliards pour rembourser la dette intérieure : Un effort louable mais insuffisant


Le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a récemment annoncé un engagement du gouvernement malien de mobiliser 200 milliards de francs CFA d’ici fin 2024 pour rembourser la dette intérieure. Bien que cette promesse soit perçue comme un geste positif, les données actuelles révèlent que ce montant est loin de suffire à résoudre les problèmes budgétaires du Mali.

Selon la Direction Générale de la Dette Publique (DGDP), la dette intérieure du Mali s’élevait à 2 777,67 milliards de francs CFA à la fin du premier semestre 2023, en hausse de 8,20% par rapport à décembre 2022. Dans ce contexte, les 200 milliards promis représentent environ 7% du total, soulignant l’insuffisance de cet effort face à la taille et à la croissance rapide de la dette.

En effet, au premier semestre 2023, le gouvernement malien a levé 607,82 milliards de francs CFA en bons et obligations du Trésor, un chiffre presque trois fois supérieur aux 200 milliards annoncés pour 2024. Cela montre à quel point cette somme pourrait être rapidement absorbée par les besoins budgétaires courants. De plus, les paiements d’intérêts sur la dette intérieure ont atteint 365,28 milliards de pendant cette même période, dépassant les prévisions initiales. Par conséquent, les 200 milliards ne suffiraient même pas à couvrir ces intérêts, sans parler du remboursement du capital.

Avec un taux d’endettement intérieur atteignant 21,5% du PIB fin juin 2023, le Mali reste fortement dépendant des instruments de dette. Les bons du Trésor représentaient 255,67 milliards de francs CFA et les obligations du Trésor 2 552 milliards de francs. Cette dépendance indique une pression croissante sur les finances publiques et les 200 milliards annoncés risquent d’être rapidement consommés sans un effet durable sur la réduction de la dette.

Des voix, dont celle de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, ont appelé à une répartition équitable, avec une priorité donnée aux créanciers les plus fragiles, notamment les petites entreprises, souvent en grande difficulté financière en raison des retards de paiement.

L’annonce de 200 milliards pour rembourser la dette intérieure est certes un geste important, mais il est insuffisant au regard des besoins réels du pays. Pour stabiliser ses finances publiques et contenir la progression de sa dette, l’État malien devra impérativement mettre en place des réformes structurelles et trouver des solutions de financement plus pérennes.

Massiré Diop