Le Mali crée une Agence nationale pour la Consolidation de la Paix dans le prolongement de la Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale. Cette relance intervient après la dénonciation de l’Accord issu du processus d’Alger et alors que plusieurs anciens acteurs du processus sont poursuivis ou sanctionnés.
Adoptée le 19 juin 2026, la création de cette agence prend la suite de l’Agence de Développement du Nord du Mali, créée en 2005 pour Tombouctou, Gao et Kidal. Le gouvernement justifie cette restructuration par les difficultés de l’ancienne structure dans l’exécution de sa mission et par l’appropriation nationale du processus de réconciliation. La nouvelle agence doit « contribuer durablement à la consolidation de la paix, à la réconciliation nationale et au renforcement de la cohésion sociale », notamment dans les zones fragiles ou affectées par les crises.
Cette réforme suit une chronologie assumée par Bamako. En 2015, l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger avait réuni l’État, la Plateforme et la Coordination des mouvements de l’Azawad autour du désarmement, de la réintégration des ex-combattants, de la décentralisation et du développement du Nord. Ses mécanismes avaient associé des responsables politico-militaires alors considérés comme des interlocuteurs nécessaires.
Rupture
Après la dénonciation de l’accord, en janvier 2024, les autorités ont lancé le Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation nationale. Son Comité de pilotage, créé le 26 janvier 2024, avait été confié à l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. À son installation, celui-ci conditionnait la réussite de cette mission au « précieux concours de toutes les Maliennes et de tous les Maliens ».
Ousmane Issoufi Maïga avait ensuite présidé la Commission chargée de rédiger la Charte nationale, après des consultations avec autorités coutumières, responsables religieux, femmes, jeunes, partis, syndicats et universitaires. Remis au Président de la Transition en juillet 2025, le texte a été adopté le mois suivant par le CNT. Lors de sa remise, Assimi Goïta avait appelé les Maliens des groupes armés à « déposer les armes » et à « revenir dans la République ». Un Observatoire de la Paix et de la Réconciliation nationale, rattaché à la Présidence et présidé également par Ousmane Issoufi Maïga, assure depuis mars 2026 le suivi de cette Charte.
La nouvelle agence apparaît comme l’instrument administratif censé traduire cette orientation en actions concrètes. Mais ce nouveau cadre se met en place dans un paysage transformé. Des figures de l’ancien processus d’Alger sont visées. Certaines font l’objet de sanctions financières ciblées, avec gel des biens et ressources économiques pour six mois renouvelables. D’autres ont été citées dans l’enquête judiciaire ouverte en novembre 2023 contre des responsables proches des groupes signataires.
Interlocuteurs
Parmi les profils récemment visés figurent Mohamed Elmaouloud Ould Ramadane, ancien Porte-parole de la CMA devenu voix du FLA, Ahmada Ag Bibi, ancien député d’Abeïbara et figure du HCUA, Almouzamil Ag Mohamed, ancien responsable de communication de la CMA, Boubacar Siddigh Ould Taleb, lié aux mouvements arabes du Nord, et Haballah Ag Hamzatta, passé par le GATIA avant de rejoindre les rangs de la rébellion. Alghabass Ag Intalla, figure du HCUA, Bilal Ag Acherif, figure du MNLA et de la CMA, et Achafagui Ag Bouhada, chef militaire du HCUA, avaient déjà été associés aux premières mesures.
Le volet judiciaire renvoie à Ibrahim Ould Handa, cadre du MAA – CMA, Hanoune Ould Ali, acteur d’arrangements locaux entre mouvements du Nord, Mohamed Ag Najim, ancien chef militaire du MNLA et de la CMA, et Housseine Ould Ghoulam, responsable militaire du MAA dans la région de Tombouctou. Fahad Ag Almahmoud, ancien Secrétaire général du GATIA, lui aussi poursuivi, a été tué en décembre 2024 à Tinzaouatène. Cette lecture sécuritaire des anciens acteurs du processus éclaire aussi la rupture politique autour du nouveau cadre, que Mohamed Elmaouloud Ould Ramadane avait rejeté, y voyant un « simulacre ».
La question centrale reste celle de l’inclusion. Les initiatives nationales récentes se sont construites sans une partie des anciens interlocuteurs du Nord, alors que les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont rappelé que les anciens équilibres gardent une capacité de nuisance. La réussite de l’agence dépendra de relais crédibles dans les territoires et auprès des communautés. Pour Bamako, le défi est de refonder le dialogue sans revenir à l’ancien cadre, tout en évitant que l’exclusion des interlocuteurs d’hier ne devienne un blocage supplémentaire.

