Campagne agricole : Les engrais restent difficiles d’accès

Pluies irrégulières et difficultés d’accès aux engrais pèsent sur la campagne agricole 2026 – 2027. Localement, l’espoir repose sur la contre-saison.

Dotée d’un budget de 164,39 milliards de francs CFA, la campagne vise 11,92 millions de tonnes de céréales. Fin mars, les stocks d’engrais couvraient seulement 22% des besoins estimés, selon la FAO. Dans les zones habituellement arrosées, le manque de pluies inquiète.

« Cette année, la principale difficulté reste celle de l’eau. L’an passé, au mois d’août, nous avions enregistré environ 300 mm de pluie, contre seulement 100 mm à la même période cette année », témoigne Seydou Coulibaly, paysan à Wakoro, près de Dioïla.

En visite dans la région les 5 et 6 septembre, le ministre de l’Agriculture a fait état d’un taux de réalisation de 80% des superficies. Il a lié la réussite de la campagne à la poursuite des pluies jusqu’en octobre.

La zone est stratégique pour le coton, le maïs et le mil. Malgré l’aspect satisfaisant des cotonniers, le retard des engrais a conduit à reconvertir 12 123 hectares de coton en mil, selon la direction locale de la CMDT à Fana. Les producteurs espèrent encore sauver le mil, beaucoup moins le maïs.

Circuit de distribution inefficace

Plus que la faiblesse des pluies, l’entretien du réseau irrigué et l’accès aux engrais ont entravé les activités à Niono, principal bassin rizicole du pays, où intervient l’Office du Niger.

« La pluie n’a pas été abondante, mais c’est surtout l’entretien du réseau qui a posé problème. Dans l’ensemble, le riz présente un bon aspect. À présent, nous avons un problème d’engrais », explique Bréhima Cissouma, membre d’une coopérative de 100 producteurs à Niono.

Pour obtenir l’engrais subventionné, les paysans doivent présenter une caution délivrée au terme d’une procédure contraignante. Le sac de 50 kg d’engrais minéraux coûte 15 000 francs CFA au tarif subventionné, contre 30 000 francs CFA hors subvention, selon les producteurs interrogés.

« Nous n’avons pas pu obtenir les cautions avant la date limite du 15 août pour avoir l’engrais organique », précise M. Cissouma. Les signatures demandées auprès de la Chambre d’Agriculture, de la Filière Riz et du Contrôle financier allongent une procédure pourtant soumise au calendrier agricole.

Dans cette zone irriguée, l’espoir repose encore sur la contre-saison, si les engrais disponibles sont remis à temps.

Agriculture : le Mali reçoit 1 000 tonnes d’engrais DAP du Maroc

Le Maroc a remis au Mali 1 000 tonnes de phosphate diammonique, plus connu sous le sigle DAP, destinées à soutenir la production agricole et la sécurité alimentaire. La cérémonie officielle s’est tenue mercredi 2 septembre à l’Office des produits agricoles du Mali (OPAM), en présence de responsables maliens et de l’ambassadeur du Maroc au Mali.

Ce don intervient dans un contexte de renforcement des relations entre Bamako et Rabat. Cette coopération a notamment été relancée lors de la quatrième Grande Commission mixte Mali-Maroc, tenue du 21 au 24 juillet 2026, au terme de laquelle les deux pays ont signé 21 accords dans plusieurs domaines économiques, sociaux et logistiques.
Sur le plan agricole, l’appui marocain survient alors que les besoins du Mali en fertilisants restent considérables. Selon le ministre de l’Agriculture, Ibrahima Samaké, ils sont estimés à 600 000 tonnes, tous types d’engrais confondus. Les 1 000 tonnes offertes représentent ainsi une part limitée des besoins nationaux, mais doivent être orientées vers des filières ciblées. Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail publiées par la Banque mondiale, l’agriculture représentait environ 63 % de l’emploi total au Mali en 2025.
Le don est effectué par OCP Africa, filiale du groupe marocain OCP, dans le prolongement du protocole d’accord signé en octobre 2024 avec le ministère malien de l’Agriculture. Soutenu par la Banque mondiale, ce partenariat porte sur le développement d’une agriculture durable et l’amélioration de la fertilité des sols.
S’exprimant au nom du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, son représentant a salué un « geste de solidarité et d’amitié » du Maroc. Il a inscrit cette initiative dans la volonté des deux pays de donner une nouvelle impulsion à leur coopération.
Il a également rappelé les différentes missions marocaines effectuées au Mali dans des secteurs considérés comme prioritaires, notamment la santé, l’agriculture, l’énergie et l’eau.
Un appui ciblé à la riziculture
Pour l’ambassadeur du Maroc au Mali, ce don traduit l’engagement de son pays à accompagner le Mali dans ses efforts pour renforcer la sécurité alimentaire et développer une agriculture durable.
« L’accès aux fertilisants constitue un levier important », a déclaré le diplomate, rappelant leur contribution à l’amélioration des rendements et à l’entretien de la fertilité des sols.
L’ambassadeur a également évoqué plusieurs difficultés communes aux deux pays, parmi lesquelles les effets du changement climatique, la raréfaction de l’eau, la dégradation des sols et la nécessité d’accroître la productivité agricole.
Au-delà de la fourniture d’engrais, la coopération engagée couvre l’analyse de la fertilité des terres, la formation des producteurs et l’amélioration de leur accès aux intrants, au financement et aux marchés. Elle prévoit aussi le développement de formules de fertilisation adaptées aux sols et aux cultures.
De son côté, le ministre malien de l’Agriculture a rappelé le rôle des intrants dans le déroulement de la campagne agricole et dans l’amélioration des rendements.
« Le Mali est un pays agricole. L’essentiel de la population est dans le secteur agricole. Et l’agriculture, aujourd’hui, dépend des intrants », a déclaré Ibrahima Samaké, avant de rappeler l’estimation de 600 000 tonnes de fertilisants nécessaires au pays.
Le ministre a toutefois insisté sur la gestion rigoureuse du don. Les différentes interprofessions agricoles doivent en bénéficier, avec une priorité accordée à la filière riz. Le DAP, qui apporte principalement du phosphore et de l’azote, est utilisé comme engrais de fond pour plusieurs cultures, dont le riz. Selon le ministre, une grande partie du stock sera dirigée vers les principaux bassins rizicoles, notamment le delta intérieur du Niger et l’Office du Niger.
Les autorités maliennes souhaitent également étendre la coopération avec le Maroc à la production et à la certification des semences, aux amendements des sols, à la mécanisation, à l’irrigation, à la transformation agroalimentaire et à la valorisation des chaînes de production. La formation des producteurs et le transfert de technologies figurent aussi parmi les domaines évoqués.
La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre-commissaire à la Sécurité alimentaire et du directeur général de l’Office des produits agricoles du Mali.
Joseph Amara Dembélé

Campagne agricole : Les producteurs attendent les moyens

Pour la campagne agricole 2026, le Mali vise près de 12 millions de tonnes de céréales, et environ 600 000 tonnes de coton. Une hausse respective de 4% et 34% par rapport à la campagne précédente. Des objectifs ambitieux dont la concrétisation reste confrontée à des défis importants.

La 16ème session du Conseil supérieur de l’Agriculture tenue ce 9 juin 2026 sous la présidence du chef de l’Etat lance officiellement la campagne agricole. Elle prévoit notamment la production de 11 916 000 tonnes de céréales, 598 000 tonnes de coton ou encore 328 000 tonnes de pomme de terre. Mais la réalisation de ces objectifs ambitieux fait face à de nombreux défis.

Avec un coût estimé à 164 milliards 389 000 000 FCFA, la campagne maintient le prix du coton au producteur à 300 FCFA, celui de l’engrais minéral subventionné dont le sac de 50 Kg est à 15 000 FCFA, soit 1 000 Fcfa de plus que l’année dernière, et l’engrais organique à 3 000 FCFA.

Les « projections sont importantes, mais elles doivent être en adéquation avec les réalités du moment », note Abdrahamane Tamboura, économiste.

Coton en recul

Concernant la production de coton, « le constat est que les producteurs ne sont pas très motivés ». Le retard dans le paiement des producteurs et l’accès aux intrants ont entravé le déroulement serein de la campagne. Une situation qui n’encouragera pas les producteurs, attirés vers d’autres spéculations plus « rentables », comme le maïs, l’arachide ou encore le sésame dont la demande reste forte. En outre, le prix au producteur qui stagne ne pousse pas davantage les producteurs à maintenir le niveau de production ou même à motiver d’autres acteurs. Une stratégie plus incitative serait donc appréciée.

L’autre défi est la disponibilité à temps des engrais. Si la campagne est officiellement lancée, elle tarde à se mettre en place, relève Monsieur Tamboura. Pour une saison annoncée « irrégulière » par la météo, il faut une anticipation, or la distribution de l’engrais subventionné n’a pas encore démarré, alors que l’hivernage est déjà en cours.

Scepticisme

Cette campagne ambitieuse, démarre dans un contexte particulier marqué par  l’interdiction de certains engins, notamment dans les zones de production, ce qui va provoquer des restrictions de mouvement et jouer sur la mobilité et la performance des producteurs, note M. Abdoulaye Koureissy, coordinateur national de la plateforme nationale des producteurs de riz du Mali.  L’accès difficile aux engrais dont la quantité subventionnée a drastiquement diminué depuis 5 ans fait aussi partie  des contraintes à regarder de près au cours de cette campagne.

Si des « efforts louables » sont à reconnaître, sur le plan sécuritaire, il faut dire que le rendement reste l’une des faiblesses de « notre agriculture », ajoute M. Koureissy.

En effet, alors que l’engrais subventionné coûte 15 000 FCFA le sac, il faut compter le triple pour un producteur qui n’a accès qu’à un sac sur six, normalement pour un hectare. A cela s’ajoute, le retard récurrent pour disposer de l’engrais.

Même si elle ne fait pas partie intégrante de la campagne de production, la commercialisation, reste un goulot d’étranglement pour les producteurs. Les acteurs de la filière riz, ont dû mener « un fort plaidoyer », ayant conduit à l’achat d’urgence par les autorités de 26 030 tonnes de riz invendu de la précédente campagne.

Aussi, pour faire du Mali un pays producteur et exportateur de céréales, selon les objectifs, il faut se donner les moyens, en assurant davantage la sécurité et en garantissant l’accès à temps opportun des facteurs de production dont l’engrais.

 

Djibo Service : L’innovation agricole qui change la donne

Face à l’urgence climatique, à la baisse de la fertilité des sols et à la cherté des engrais chimiques, le Mali a besoin de solutions locales et durables. C’est dans cette dynamique que s’inscrit Djibo Service, une entreprise malienne née en 2022 et dirigée par Baba Abdoulaye Djibo et Aboubacar Traoré. Leur innovation phare ? Un activateur agricole capable d’accélérer le compostage en seulement 10 jours, contre plus d’un mois pour la méthode traditionnelle.

Dans un pays où plus de 70% de la population vit de l’agriculture, chaque innovation permettant de gagner du temps et de renforcer la productivité est précieuse. L’activateur de Djibo Service, à base de jus stomacal animal, permet de produire un compost riche et naturel, améliorant la qualité des sols et réduisant la dépendance aux intrants chimiques. C’est une solution écologique, économique et adaptée aux réalités du terrain.

Le produit est particulièrement bien accueilli dans les zones rurales. Il permet la multiplication des microorganismes pour accélérer le processus de compostage en seulement 10 jours, comparativement au compostage traditionnel, dont le processus s’étale sur un mois et quelques jours. Grâce à lui, les petits exploitants réduisent leurs dépenses en fertilisants, écourtent leurs cycles agricoles et améliorent leurs rendements, même dans un contexte de pluies irrégulières et de sols appauvris. Ce compost rapide offre une matière organique dense qui retient mieux l’eau et nourrit durablement les cultures.

Ce projet n’est pas le fruit du hasard. Baba Djibo a consacré sa thèse à cette innovation, transformant son mémoire en une entreprise fonctionnelle. C’est une démarche rare dans un pays où peu de recherches universitaires aboutissent à des projets concrets. Aujourd’hui, Djibo Service écoule plus de 600 litres d’activateur par mois et emploie plus d’une dizaine de personnes, preuve de son utilité sur le terrain.

Mais le chemin reste semé d’embûches, comme l’accès limité aux financements, la logistique coûteuse et le manque de reconnaissance. Malgré tout, Djibo Service avance, convaincu que la solution locale est la meilleure arme contre les difficultés agricoles. Son modèle, centré sur la durabilité et l’autonomie, incarne le futur de l’agriculture malienne.

Ibrahim Baby

Campagne agricole 2024 – 2025 : Des ambitions réalistes ?

La campagne agricole est en retard, principalement en raison de l’installation tardive des pluies. Un constat général qui n’occulte pas les autres difficultés de cette saison 2024 – 2025. L’une d’elles est l’indisponibilité de l’engrais subventionné par l’État. Bien qu’insuffisant, il permet aux paysans d’entamer la campagne sereinement. Ces derniers doivent donc désormais compter sur leurs propres moyens et produire à des coûts élevés et difficilement rentables. Compromettant ainsi les promesses d’une sécurité et d’une souveraineté alimentaires.

« Les premières pluies enregistrées n’ont pas été à la hauteur. Actuellement, les paysans sont en pleine période de semis. La seule zone en avance est celle de Sikasso », confie Lamine Coulibaly, Chargé de Communication à la Coordination nationale des organisations paysannes du Mali (CNOP). Une région où les premières céréales ont même germé, certaines étant en voie de maturité. En ce qui concerne les intrants, la zone a également reçu toutes les quantités d’engrais subventionnés attendus. Ce qui fait de la troisième région, située en pleine zone soudanienne, une véritable exception et une zone privilégiée pour cette campagne pour laquelle les attentes sont pourtant grandes. Le Mali prévoit de produire pour cette campagne 2024 – 2025, 11,1 millions de tonnes de céréales, soit 12,1% de plus que les prévisions de 2023 et mieux que les 9,9 millions de tonnes récoltées lors de la campagne précédente.

Les moyens des ambitions

Pour réussir, le Mali doit déployer d’importants moyens et espérer une bonne pluviométrie. Si elle s’est faite attendre, la saison des pluies semble bien engagée depuis la fin du mois de juin, avec des pluies régulières et quelques fois trop abondantes par endroits. Aux dires des experts, si la saison pluviale se poursuit jusqu’au mois d’octobre, la campagne sera à hauteur de souhait. Mais, pour une campagne réussie, la pluviométrie n’est qu’une des conditions. L’autre pilier, et non des moindres, pour des rendements importants, c’est l’apport d’engrais.

À l’exception notoire de Sikasso, aucun paysan n’a reçu d’engrais subventionné, selon le constat de la CNOP. Les paysans auxquels on promettait un sac d’urée par hectare sont obligés d’acquérir l’engrais au prix du marché. Soit par endroit 18 500 francs CFA et jusqu’à 25 000 francs dans certaines zones. L’engrais phosphaté quant à lui coûte environ 26 000 francs CFA. Ce qui offre aux paysans deux options, soit réduire considérablement les superficies cultivées et s’attendre à une réduction drastique des rendements avec le peu d’engrais disponible ou s’endetter et voir s’élever le coût de production.

Dans les régions productrices de coton dépendant de la pluie, certains ont renoncé tout simplement à la spéculation ou ont réduit considérablement leurs superficies, découragés par le retard constaté dans le paiement des ristournes, dont certaines ne sont pas encore totalement acquittées.

S’ils ignorent les causes du retard dans l’acheminement de l’engrais subventionné, les paysans estiment que cette problématique, devenue un véritable nœud gordien, n’est malheureusement pas une surprise. « Chaque année c’est le même scénario. L’engrais n’arrive pas au moment où les paysans en ont besoin », relève le  Chargé de Communication de la CNOP.

La même problématique ressort chaque année, selon l’analyse de la Coordination et fait partie de ses recommandations pour une bonne campagne. Selon celles-ci, la disponibilité de l’engrais doit être effective au plus tard à la fin du mois de mai, parce que les cultures ont besoin d’engrais lorsqu’elles ont de l’eau, afin de favoriser leur croissance. Le circuit de distribution reste complexe et répond de moins en moins aux attentes des paysans.

Retour aux cultures vivrières ?

Mahamadou Sogoba est producteur dans la localité de Dèbèla, qui regroupe 5 Associations villageoises (AV) de la commune de Zamina, arrondissement de M’Pessoba. L’hivernage s’y déroule plutôt bien, selon lui, et si cela continue ainsi les attentes seront comblées, espère-t-il. Dans ce secteur de M’Pessoba, où il est producteur depuis 1987, il cultive du coton, du maïs, du sorgho et du mil sur environ 11 hectares.

Même plus abondantes que l’année dernière, il préfère les pluies de cette année à la sècheresse dernière. S’il y a eu des inondations dans la zone, sa localité n’est pas concernée, heureusement. Mais la principale difficulté enregistrée par M. Sogoba concerne la fourniture de l’engrais. « Surtout pour ceux qui ne cultivent pas le coton », précise-t-il. Ce qui nous met en insécurité alimentaire, c’est le manque d’engrais, prévient M. Sogoba.  L’année dernière, ils « n’avaient droit qu’à 2 sacs par hectare ». Cette année, « nous avons forcé pour avoir 3 sacs par hectare », parce qu’actuellement impossible de cultiver sans engrais, surtout avec des sols dégradés, se défend-il. Après le coton et le maïs, le reste de l’engrais subventionné n’est pas remis pour les autres céréales, dont le mil. Le coton n’ayant pas été semé tôt, le nombre d’hectares prévu a été diminué, donc « ils veulent repartir avec le reste », ajoute M. Sogoba.

À leur niveau, ils disposent actuellement d’environ 50% de leurs besoins, mais d’autres AV ont beaucoup moins, assure notre interlocuteur. Les paysans continuent donc à ne pas disposer d’engrais. Celui de la Chambre d’agriculture « est donné aux commerçants chez lesquels nous devons acheter le sac 25 000 francs CFA ». Ce qui est loin d’être à la portée de tous. Pour M. Sogoba, la disponibilité de l’engrais est donc indispensable pour « pouvoir travailler et pour lutter contre l’insécurité alimentaire ».

À ce rythme la culture du coton risque d’être abandonnée, « parce le revenu que nous gagnons ne suffit pas pour acheter notre nourriture ». Surtout qu’au moment où les ristournes sont payées le prix du mil est très élevé.

Réussir l’adaptation

Principalement destiné aux cotonculteurs, l’engrais subventionné est aussi sollicité pour les céréales, vers lesquelles les paysans continuent de se focaliser. Depuis le conflit entre la Russie et l’Ukraine et la crise de Covid-19, l’inflation a entraîné un renchérissement des coûts et apporté des obstacles supplémentaires dans la distribution de l’engrais, conséquences que les autorités ont du mal à juguler. Si l’État continue la subvention, elle ne répond qu’à environ 50% de la demande. Dans cette situation, les paysans font donc  ce qu’ils peuvent pour s’en sortir.

Ce qui pousse la CNOP à inciter notamment les paysans à l’utilisation des engrais organiques pour continuer à booster la production et pour fournir une alimentation saine aux populations. Une autre alternative est le développement de l’agro-écologie pour une gestion rationnelle de l’environnement. Un travail qui commence à faire tache d’huile, à en croire les paysans de Wakoro, dans la zone de Dioïla. Cela leur a permis de s’en sortir. Une idée à laquelle l’État adhère en subventionnant davantage l’engrais organique que l’engrais chimique.

À la mi-juillet, on enregistrait 11% de surfaces cultivées pour le riz. Un pourcentage en deçà de celui de l’année dernière, mais les semis peuvent continuer, expliquent les responsables de l’Agriculture. Pour les autres céréales, le taux est de 18%. En ce qui concerne le coton, dont il est prévu de cultiver une superficie de 757 000 ha, 70% sont déjà plantés, contre 90% à la même période l’année dernière. Si la saison n’est pas pour autant compromise, les objectifs assignés paraissent bien ambitieux au regard des défis déjà recensés.

Si l’objectif reste de faire parvenir la quantité d’engrais nécessaire aux paysans, l’issue de la campagne reste incertaine pour nombre d’acteurs. À Dialassagou, l’hivernage est en retard, pas à cause de la pluie mais de l’insécurité, explique un producteur de la zone. C’est désormais par rotation qu’ils font les semis, qui ne sont pas encore terminés. La contrainte majeure, « c’est l’insécurité, qui nous a empêché de cultiver ». Au lieu de 10 à 15 hectares, certains se sont limités à 2 hectares, parce qu’ils ne peuvent pas aller au-delà de 2 kilomètres. Le même phénomène a rendu inaccessible l’engrais, dont « on est en train de se passer ». Pour répondre à ce manque, ils se tournent vers l’engrais organique, sauf que pour ce faire il faut disposer d’animaux eux-mêmes menacés par l’insécurité. Ces paysans préconisent donc de transformer l’agriculture, de l’intensifier et de produire pour la vente plutôt que de se contenter de l’agriculture de subsistance.