Au Mali, la souveraineté commence à l’école

Analyse. On débat du drapeau à hisser et du partenaire à choisir. Pendant ce temps, la fondation dont dépendent toutes les souverainetés — un peuple instruit — s’érode. Et le vrai obstacle n’est pas, comme on le dit trop vite, un peuple inapte : ce sont des institutions qui n’ont jamais fini de le former.

En novembre 2025, près de 2 300 écoles maliennes étaient fermées ou non fonctionnelles, privant d’enseignement environ 700 000 enfants et tenant à l’écart près de 14 000 maîtres. Dans 74 % des cas, la cause est l’insécurité, selon le bulletin du Cluster Éducation publié en janvier 2026. Les régions de Bandiagara, Kidal, Taoudénit, Douentza et Ménaka sont les plus touchées. Le chiffre n’a cessé de croître depuis 2023. Voilà le fait que masquent les débats sur la rupture : tandis que l’on discute des symboles de la souveraineté, la fondation qui les rendrait tous solides — une population éduquée — est, dans des pans entiers du pays, en train d’être méthodiquement démantelée.

Il faut le dire nettement, car c’est l’angle mort du débat malien : la dernière frontière de la souveraineté n’est ni la monnaie, ni la diplomatie, ni même le territoire. C’est celle du capital humain. Depuis l’indépendance, aucun régime n’a véritablement réussi à en faire le socle de la puissance nationale.

L’ampleur du déficit

Les ordres de grandeur donnent le vertige. Au Mali, à peine plus d’un adulte sur trois, environ 37 %, sait lire et écrire dans une langue quelconque, et un adulte sur quatre seulement en français. L’écart entre les sexes est béant : autour de 50 % d’alphabétisés chez les hommes, 33 % chez les femmes. La jeunesse fait mieux, près de 58 % des 15-24 ans, signe que la tendance s’améliore, mais le nombre moyen d’années d’études d’un adulte plafonne autour de cinq. Dans les campagnes du Nord, où l’État s’est retiré, ces taux s’effondrent au point que les enquêtes statistiques elles-mêmes n’y parviennent plus.

Deux remarques préalables sont nécessaires. D’abord, ce déficit n’est pas l’œuvre de la transition : il est structurel et ancien. Le taux d’alphabétisation tournait déjà autour de 26 % en 2010, et l’école monolingue héritée de la colonisation échouait dès les années 1980, ce qui avait justement conduit le Mali à expérimenter, avant beaucoup d’autres, un enseignement bilingue en langues nationales.

Ensuite, l’effort budgétaire est réel et mérite d’être crédité : les investissements publics dans l’éducation sont passés de 233 milliards de francs CFA en 2010 à 558 milliards en 2025, et les autorités de la transition ont tenu, en 2023-2024, des États généraux de l’éducation. La volonté et les moyens ont augmenté. Ce sont les résultats qui ne suivent pas, parce que le problème est de fond, et parce que la crise sécuritaire détruit les capacités plus vite qu’on ne les bâtit.

Pourquoi tout en dépend

Que le capital humain soit le verrou décisif n’est pas une intuition : c’est l’acquis le plus solide de l’économie du développement. Theodore Schultz et Gary Becker ont montré, voici un demi-siècle, que l’éducation est le multiplicateur de toutes les autres ressources. On peut relever de 20 à 30 % la part de l’État dans les mines ; encore faut-il des ingénieurs, des juristes, des inspecteurs pour négocier les contrats et contrôler les flux. On peut rêver d’une monnaie souveraine, mais une banque centrale crédible suppose des cadres formés et une administration capable. On peut proclamer la reconquête du territoire ; une armée moderne, un renseignement, une justice de proximité réclament d’abord des hommes instruits. La souveraineté positive — la capacité effective de gouverner, par opposition au simple droit de le faire — repose tout entière sur cette base. Un État ne s’administre pas à 37 % d’alphabétisation.

L’économiste Amartya Sen a poussé l’idée plus loin : le développement n’est pas l’accumulation de biens, c’est l’élargissement des capacités humaines, dont l’éducation est à la fois le moyen et la fin. Dans cette perspective, l’école n’est pas un secteur parmi d’autres : c’est la matrice de tous les autres. La frontière ultime de la souveraineté malienne n’est donc pas tracée dans le désert du Nord ni dans les coffres d’une banque centrale. Elle passe dans une salle de classe.

Le piège qu’il faut refuser

Devant ces chiffres, une conclusion vient trop facilement à l’esprit : et si le problème, au fond, c’était le peuple lui-même, une fatalité, une paresse, une incompatibilité avec le développement ? Cette conclusion doit être rejetée, non par convenance, mais par rigueur, car elle est fausse.

Les travaux de Daron Acemoglu et James Robinson l’ont établi : les écarts de développement entre nations ne s’expliquent ni par les cultures, ni par la prétendue nature des peuples, mais par les institutions. Mêmes hommes, institutions opposées, destins inverses. Les deux Corées en sont la démonstration. La preuve est d’ailleurs sous nos yeux : le Malien qui émigre, placé dans un cadre institutionnel qui fonctionne, réussit comme n’importe qui. Un peuple n’est jamais inapte au développement ; ce sont les institutions qui sont, ou non, aptes à développer un peuple. Le déficit n’est pas dans les têtes maliennes : il est dans les écoles qu’on n’a pas construites, les maîtres qu’on n’a pas formés, les budgets qu’on n’a pas tenus.

Une intuition voisine mérite d’être corrigée, parce qu’elle circule beaucoup : l’idée que l’ignorance nourrirait l’extrémisme. La recherche ne la confirme pas. Les travaux de Krueger et Malečková n’établissent aucun lien robuste entre faible éducation et engagement violent, et d’autres ont même relevé une surreprésentation de diplômés parmi les militants. Le vrai facteur de risque n’est pas l’inculte, c’est le diplômé sans avenir, l’attente déçue. Ce qui déplace l’enjeu : le danger n’est pas un peuple inéduqué, c’est une jeunesse éduquée sans horizon. La réponse n’est donc pas seulement l’école, mais l’école qui mène quelque part.

Pourquoi la fondation ne se bâtit jamais

Reste à comprendre pourquoi ce chantier, en soixante ans et sous tous les régimes, n’aboutit pas. Quatre causes, structurelles et non morales, se conjuguent.

La démographie d’abord : avec l’une des fécondités les plus élevées du monde et une population qui pourrait doubler en une génération, le système éducatif doit courir à perdre haleine pour ne pas reculer. Le legs colonial ensuite : une école jamais véritablement refondée depuis 1960, inadaptée dans sa langue comme dans ses contenus. L’instabilité chronique, qui disperse les efforts à chaque soubresaut. Et aujourd’hui la guerre, qui ferme physiquement les écoles et referme un cercle vicieux implacable : l’insécurité prive d’école une jeunesse rurale qui, sans instruction ni emploi, devient plus vulnérable aux économies de guerre, aux pressions locales et aux recrutements armés, lesquels nourrissent à leur tour l’insécurité.

À cela s’ajoute un courant plus diffus, qu’il serait malhonnête de taire : une certaine dévalorisation du savoir et de l’intellectuel, qui se pare aujourd’hui du langage de l’entrepreneuriat — « l’école ne sert à rien, seul compte l’argent ». Ce courant n’est pas malien, il est mondial ; l’historien Richard Hofstadter en décrivait déjà la version américaine. Mais il coûte plus cher à un pays qui peut le moins se permettre ce luxe, et il prospère sur une vieille ambivalence malienne envers son élite instruite. Valoriser la rupture spectaculaire au détriment de la construction patiente, c’est risquer d’aggraver ce penchant au moment où il faudrait l’inverser.

La refondation qui ne se décrète pas

La transition a fait de la refondation son mot d’ordre. Or la refondation la plus profonde est aussi la moins spectaculaire et la moins inscriptible sur un drapeau : c’est l’école. L’historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo le résumait d’une formule devenue célèbre : « éduquer ou périr », et rappelait qu’« on ne développe pas, on se développe », ce qui suppose précisément la capacité que seule l’instruction édifie.

Le geste le plus souverain qu’un gouvernement malien puisse accomplir n’est pas d’expulser une force ni de battre monnaie. C’est de faire en sorte que, dans vingt ans, l’enfant de Douentza ou de Kidal sache lire, écrire et choisir. La souveraineté qu’on proclame est l’affaire d’un jour ; celle qui se construit est l’affaire d’une génération, et elle passe par une salle de classe qui reste ouverte. En 1962 déjà, le Mali croyait conquérir sa souveraineté en battant sa propre monnaie ; il l’a perdue faute de fondations. Le pays risque de revivre la même leçon, sur un autre terrain, s’il continue de confondre les symboles de l’indépendance avec ses conditions réelles. La dernière frontière n’est pas au-dehors. Elle est dans ce que nous transmettons ou non à nos enfants. Et c’est celle qui vaut toutes les autres.

Dr. Oumar SIDIBE

 

Canicule au Mali : les écoles réaménagent leurs horaires face à la forte chaleur

Face à une vague de chaleur marquée en ce mois d’avril, les autorités éducatives maliennes ont décidé de réorganiser les horaires de cours dans les écoles fondamentales. La mesure, annoncée le 17 avril 2026, vise à limiter l’exposition des élèves et des enseignants aux températures élevées.

Le ministère de l’Éducation nationale a instruit un réaménagement temporaire des emplois du temps dans l’ensemble des écoles fondamentales du pays. Les cours sont désormais dispensés de 7h30 à 12h30, sur une plage horaire recentrée sur la matinée, afin d’éviter les heures les plus chaudes de la journée.

Selon les données relevées au cours de la première quinzaine d’avril, plusieurs localités ont enregistré des températures comprises entre 41 et 44 degrés en journée, avec des pointes plus élevées dans certaines zones du nord et de l’ouest. Cette période correspond traditionnellement à la phase la plus chaude de la saison sèche dans la bande sahélienne, avant l’installation progressive de l’hivernage.

Le ministère précise que cette réorganisation n’affecte pas le volume horaire hebdomadaire. Les cours prévus dans l’après-midi doivent être redistribués sur les autres jours de la semaine ou faire l’objet de séances de récupération, selon un calendrier établi par chaque établissement. Les structures pédagogiques locales sont chargées d’en assurer le suivi.

Dans de nombreux établissements, cette décision intervient dans des conditions matérielles limitées, les salles de classe étant rarement équipées pour atténuer la chaleur en milieu de journée. La mesure vise ainsi à adapter le fonctionnement des écoles aux contraintes climatiques observées sur l’ensemble du territoire.

 

Baccalauréat 2025 : 199 449 candidats composent dans 517 centres, en baisse notable par rapport à 2024

Ce lundi 23 juin 2025, à 8 h, l’ouverture officielle de la session du baccalauréat, s’est tenue au centre Askia Mohamed, à Bamako.

Le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a procédé à l’ouverture de l’enveloppe contenant le premier sujet, une épreuve de littérature en arabe, en présence des autorités éducatives et administratives. Dans ce centre, 855 candidats sont inscrits.

Au total, 199 449 candidats sont convoqués cette année à travers le pays, dont 95 437 filles et 104 012 garçons. Les épreuves se déroulent dans 517 centres d’examen, soit 11 de plus que l’année précédente. La session intègre également le centre de Mberra, en Mauritanie, mis en place pour les candidats réfugiés. La participation de ces derniers a été rendue possible grâce à un accord de coopération entre les autorités maliennes et mauritaniennes.

Comparée à l’année 2024, qui comptait 230 979 candidats, la session de 2025 enregistre une baisse de 31 530 inscrits, soit une diminution de plus de 13 %. En 2023, 212 862 candidats avaient été enregistrés. Cette tendance à la baisse est notable, bien que le nombre de centres d’examen ait légèrement augmenté. Le ministère de l’Éducation nationale attribue ce recul principalement aux perturbations causées par les inondations survenues en début d’année scolaire, qui ont affecté la régularité des cours dans plusieurs localités.

Le respect du calendrier scolaire et la tenue des examens à la date prévue ont été confirmés par les autorités éducatives, qui évoquent une coordination renforcée avec les partenaires sociaux et les forces de défense et de sécurité. Le ministère a également rappelé les mesures prises pour limiter les cas de fraude, sécuriser les épreuves et garantir une égalité de traitement sur l’ensemble du territoire.

Aucune déclaration chiffrée n’a encore été avancée concernant les prévisions de réussite pour cette session. Les deux dernières éditions ont affiché des taux relativement faibles : 24,35 % en 2023 et 27,23 % en 2024, selon les résultats publiés par la Direction nationale de l’enseignement secondaire. La publication des résultats de la session 2025 est attendue pour le mois d’août, conformément au calendrier académique.

En dépit de la baisse du nombre de candidats, les autorités affirment que les conditions matérielles et organisationnelles ont été réunies pour assurer le bon déroulement des épreuves. Aucune anomalie majeure n’a été signalée au premier jour de composition.

Congés scolaires : une diminution pour combler les perturbations

Depuis quelques années, les congés de fin du premier et deuxième trimestre sont réduits de 15 à 10 jours, voire une semaine pour les élèves maliens. Un changement qui s’explique en partie pour les autorités scolaires, par le souci de rattraper les nombreuses heures perdues à cause des perturbations durant l’année scolaire. Mais ces congés restent nécessaires pour l’ensemble des acteurs et pourraient retrouver leur durée habituelle si l’année scolaire redevient « normale ».

Régulièrement ces dernières années, enseignants et élèves s’étaient succédé dans les mouvements de grève, perturbant davantage des années scolaires le plus souvent tronquées. C’est donc pour récupérer ces heures perdues que le ministère a décidé d’une réduction du temps consacré à ces congés au cours de l’année scolaire, estime M. Alassane Keïta, directeur du complexe scolaire Cheick Modibo Diarra.

Si le souhait reste que les enfants aient le temps de se reposer pour récupérer physiquement et psychologiquement, l’objectif est d’avoir un temps d’apprentissage suffisant, estime M. Mamadou Kanté, directeur national adjoint de l’enseignement fondamental. « Notre ambition est que l’école puisse marcher convenablement et que les objectifs fixés soient atteints ». Or, compte tenu des nombreuses perturbations enregistrées, le temps d’apprentissage s’était considérablement réduit, compromettant l’objectif de relèvement du niveau de l’enseignement. C’est donc pour combler le gap et permettre « aux enfants d’avoir le maximum pour réaliser le relèvement du niveau ».

Ces congés qui permettent aux élèves de se détendre, sont l’occasion pour  le personnel enseignant et administratif d’avoir le temps nécessaire afin de faire le point des évaluations et capitaliser le travail effectué pour faire le bilan. Et leur diminution n’a pas d’impact sur les enfants, assure le directeur de l’enseignement fondamental, car « une semaine c’est suffisant pour se reposer » et repartir du bon pied.

Le souci étant d’améliorer le temps d’apprentissage, si le déroulement de l’année scolaire continue sans d’autres perturbations, les programmes seront achevés, conformément aux objectifs et les élèves et leur encadrement pourraient donc retrouver des temps de congés habituels.