Carburant : La parole manque à la pompe

À Bamako, les files devant les stations-service sont devenues presque ordinaires. Des citernes arrivent, parfois par centaines, escortées par les forces armées, mais des usagers cherchent encore de l’essence ou du gasoil pendant des heures. Certaines stations restent fermées, d’autres sont prises d’assaut dès qu’un camion est annoncé. Entre l’arrivée des produits et leur disponibilité réelle, une zone d’ombre nourrit l’inquiétude.
Il faut reconnaître que des efforts sont faits. Les convois sont sécurisés, les stocks suivis, les autorités communiquent sur les volumes acheminés et les difficultés logistiques. Mais encore faut-il que le terrain suive. Sinon, l’effort donne l’impression de transpirer sous la pluie : beaucoup d’énergie dépensée, peu de soulagement pour celui qui attend le liquide précieux avec son réservoir ou son bidon.
Certes, la situation n’est pas celle de septembre 2025, lorsque des citernes incendiées avaient provoqué une crise plus grave. Mais le malaise demeure. Le carburant conditionne le transport, les marchés, les hôpitaux, les groupes électrogènes, les écoles, les prix et le travail quotidien. Quand il manque, tout ralentit. Quand l’information manque aussi, chacun cherche une explication ailleurs.
Dans une période où les rumeurs circulent vite, le silence devient un risque. Informer régulièrement ne signifie pas tout justifier. Cela signifie dire où sont les blocages, quels volumes sont disponibles, quelles stations sont servies et quelles mesures évitent les abus. La confiance se construit à la pompe lorsque la parole publique rejoint la réalité vécue. Dans une crise durable, l’explication ne doit pas être un luxe. Elle est une partie de la réponse, au même titre que l’approvisionnement attendu par les citoyens.

Moctar Ousmane Sy : « Sécuriser les corridors ne signifie pas forcément déployer davantage de troupes »

Acteur de la société civile, Moctar Ousmane Sy propose depuis un certain temps des analyses sur la crise du carburant et ses répercussions sur la vie quotidienne. Dans cet entretien, il avance des solutions à court terme fondées sur la coordination des acteurs et la sécurisation des axes d’approvisionnement. Propos recueillis par Massiré Diop.

Comment renforcer la sécurité des corridors sans alourdir la charge de l’armée, déjà mobilisée ailleurs ?

Sécuriser les corridors ne signifie pas forcément déployer davantage de troupes. Il s’agit aussi de reconnaître les efforts déjà fournis et de sécuriser les axes prioritaires de manière ciblée. Cela passe par une meilleure coordination des forces engagées, par la circulation de l’information au niveau local et par l’identification des zones les plus exposées. Le but n’est pas d’ajouter de la pression à une armée déjà mobilisée sur plusieurs fronts, mais de rendre plus efficaces les dispositifs existants. L’essentiel est de renforcer les dispositifs existants sur les axes prioritaires sans créer de pression supplémentaire sur les unités déjà engagées ailleurs. Il s’agit d’optimiser les ressources, pas de les disperser.

Quelles alternatives le Mali peut-il envisager face à sa dépendance aux ports d’Abidjan et de Dakar ?

Diversifier les itinéraires et les points de stockage est une piste importante. La dépendance à un seul axe ou à un seul port fragilise l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Si des voies alternatives sont identifiées et rendues opérationnelles, même de manière progressive, cela peut réduire les risques de rupture. Ce processus de diversification ne peut se faire que progressivement. Cette diversification est une question de stratégie logistique.

Dispose-t-on réellement des moyens pour créer de vraies réserves stratégiques de carburant ?

Renforcer les réserves stratégiques est une nécessité pour faire face aux périodes de tension. Cela demande une planification et une anticipation. Même si les ressources sont limitées, la construction progressive de capacités de stockage est possible si elle s’inscrit dans une logique d’État, avec des objectifs clairs et un suivi régulier.

Comment impliquer concrètement les transporteurs et les autorités locales dans la gestion de cette crise ?

Il faut associer de manière active les transporteurs, les autorités locales et les acteurs du secteur. Ils sont au cœur du terrain, ils connaissent les routes, les risques et les réalités quotidiennes. Le dialogue avec toutes les parties prenantes, y compris dans les zones affectées, peut faciliter le passage des convois et réduire les risques d’incidents. La coordination est la clé.