Campagne agricole : Les producteurs attendent les moyens

Pour la campagne agricole 2026, le Mali vise près de 12 millions de tonnes de céréales, et environ 600 000 tonnes de coton. Une hausse respective de 4% et 34% par rapport à la campagne précédente. Des objectifs ambitieux dont la concrétisation reste confrontée à des défis importants.

La 16ème session du Conseil supérieur de l’Agriculture tenue ce 9 juin 2026 sous la présidence du chef de l’Etat lance officiellement la campagne agricole. Elle prévoit notamment la production de 11 916 000 tonnes de céréales, 598 000 tonnes de coton ou encore 328 000 tonnes de pomme de terre. Mais la réalisation de ces objectifs ambitieux fait face à de nombreux défis.

Avec un coût estimé à 164 milliards 389 000 000 FCFA, la campagne maintient le prix du coton au producteur à 300 FCFA, celui de l’engrais minéral subventionné dont le sac de 50 Kg est à 15 000 FCFA, soit 1 000 Fcfa de plus que l’année dernière, et l’engrais organique à 3 000 FCFA.

Les « projections sont importantes, mais elles doivent être en adéquation avec les réalités du moment », note Abdrahamane Tamboura, économiste.

Coton en recul

Concernant la production de coton, « le constat est que les producteurs ne sont pas très motivés ». Le retard dans le paiement des producteurs et l’accès aux intrants ont entravé le déroulement serein de la campagne. Une situation qui n’encouragera pas les producteurs, attirés vers d’autres spéculations plus « rentables », comme le maïs, l’arachide ou encore le sésame dont la demande reste forte. En outre, le prix au producteur qui stagne ne pousse pas davantage les producteurs à maintenir le niveau de production ou même à motiver d’autres acteurs. Une stratégie plus incitative serait donc appréciée.

L’autre défi est la disponibilité à temps des engrais. Si la campagne est officiellement lancée, elle tarde à se mettre en place, relève Monsieur Tamboura. Pour une saison annoncée « irrégulière » par la météo, il faut une anticipation, or la distribution de l’engrais subventionné n’a pas encore démarré, alors que l’hivernage est déjà en cours.

Scepticisme

Cette campagne ambitieuse, démarre dans un contexte particulier marqué par  l’interdiction de certains engins, notamment dans les zones de production, ce qui va provoquer des restrictions de mouvement et jouer sur la mobilité et la performance des producteurs, note M. Abdoulaye Koureissy, coordinateur national de la plateforme nationale des producteurs de riz du Mali.  L’accès difficile aux engrais dont la quantité subventionnée a drastiquement diminué depuis 5 ans fait aussi partie  des contraintes à regarder de près au cours de cette campagne.

Si des « efforts louables » sont à reconnaître, sur le plan sécuritaire, il faut dire que le rendement reste l’une des faiblesses de « notre agriculture », ajoute M. Koureissy.

En effet, alors que l’engrais subventionné coûte 15 000 FCFA le sac, il faut compter le triple pour un producteur qui n’a accès qu’à un sac sur six, normalement pour un hectare. A cela s’ajoute, le retard récurrent pour disposer de l’engrais.

Même si elle ne fait pas partie intégrante de la campagne de production, la commercialisation, reste un goulot d’étranglement pour les producteurs. Les acteurs de la filière riz, ont dû mener « un fort plaidoyer », ayant conduit à l’achat d’urgence par les autorités de 26 030 tonnes de riz invendu de la précédente campagne.

Aussi, pour faire du Mali un pays producteur et exportateur de céréales, selon les objectifs, il faut se donner les moyens, en assurant davantage la sécurité et en garantissant l’accès à temps opportun des facteurs de production dont l’engrais.

 

Maïs : le Bénin interdit son exportation vers ses voisins

Au Bénin, les prix du maïs connaissent une hausse importante. Une situation qui a conduit les autorités à interdire l’exportation de cette céréale. La mesure vise à assurer un approvisionnement correct du marché et une disponibilité du produit pour les consommateurs. Cette interdiction d’exporter vers les pays voisins pourrait entraîner une tension autour de cette denrée, essentielle à la consommation humaine et animale dans la zone.

L’exportation incontrôlée du produit vers les pays voisins aurait conduit à une rareté et une cherté inédites du produit. Pour stabiliser cette situation et rendre le maïs accessible aux populations, les autorités ont décidé d’interdire la sortie du produit jusqu’à nouvel ordre, selon plusieurs médias. Intervenant en avril dernier sur la question, le ministre béninois de l’Agriculture, Gaston Dossouhoui, avait expliqué les tensions autour du maïs. Selon lui, c’est à la faveur de l’interdiction d’importer des produits carnés, il y a deux ans, que les éleveurs de poulets ont voulu constituer des stocks de maïs pour leurs élevages. Une situation qui a amené les commerçants à entamer des spéculations. La deuxième raison, toujours selon le ministre, est d’ordre exogène. Elle émane de la forte demande de la zone du Sahel, devenue grande consommatrice de cette céréale. Or « le corridor le plus sécurisé est celui du Bénin », a-t-il soutenu. Citant notamment le Nigeria, il a estimé que ce pays avait besoin du maïs béninois, malgré sa grande production, compte tenu de l’importance de ses élevages.

Forte demande du Sahel

« Les sorties massives et frauduleuses vers les pays de l’Interland (Burkina Faso, Mali, Niger) » seraient la cause de cette hausse de prix. Malgré une hausse régulière de sa production, qui est passée de 1 100 000 tonnes environ à 1 800 000 tonnes, avec des besoins autour de 1 000 000 de tonnes, les spéculations et la forte demande ont fait grimper les prix. Cette mesure d’interdiction « jusqu’à nouvel ordre », selon les autorités, est une mesure de précaution, qui vise à protéger le stock national de sécurité.

Estimée à 4,1 millions de tonnes pour la campagne 2023-2024, la production malienne de maïs reste la plus importante, devant le riz (3 millions de tonnes), le mil et le sorgho. Le pays prévoit une hausse d’environ 12% de sa production céréalière pour la campagne 2024-2025. Le deuxième producteur de céréales en Afrique de l’Ouest après le Nigeria avait aussi adopté une mesure d’interdiction d’exporter en 2021 pour éviter une pénurie.