Neguela : sept morts dans une collision sur la route de la foire

Un accident impliquant deux véhicules de transport en commun et un camion a fait sept morts et sept blessés graves, lundi 13 avril, à l’entrée de Neguela, selon des sources locales. Le drame, survenu sur un axe fréquenté de la région de Koulikoro, relance la question de la vitesse et des conditions de transport sur les routes menant aux foires rurales.

La route de Neguela s’est transformée en scène de deuil en début d’après-midi, lundi dernier, lorsqu’un accident a coûté la vie à sept personnes et blessé grièvement sept autres, selon des informations recueillies auprès de correspondants locaux et relayées sur plusieurs pages d’actualité régionales. Les victimes voyageaient à bord de deux véhicules de transport en commun quittant Kati pour la foire hebdomadaire de Neguela lorsqu’une collision s’est produite avec un camion équipé d’une grue.
D’après ces mêmes sources, le choc serait survenu aux environs de 13 heures à l’entrée de la localité. Plusieurs femmes et enfants figureraient parmi les morts. Les blessés ont été évacués vers des structures de santé à Kati, tandis que les deux chauffeurs des minibus ont été interpellés, l’un d’eux souffrant d’une fracture à la jambe, selon les autorités communales citées localement.
À Neguela, la foire hebdomadaire a été brusquement stoppée par la nouvelle. Un habitant d’un hameau voisin, qui dit avoir perdu deux filles et un petit-fils dans l’accident, faisait partie des familles plongées dans l’attente et le choc au fil de la journée, selon les témoignages recueillis sur place. Les échanges commerciaux, qui attirent chaque semaine habitants des villages et hameaux alentour, ont été marqués par la stupeur.
Ce drame s’inscrit dans une insécurité routière toujours élevée au Mali. Les chiffres officiels validés en 2024 font état de 7 673 accidents corporels, 8 828 blessés et 682 décès sur les routes du pays. L’excès de vitesse figure parmi les premières causes relevées dans les campagnes nationales de sécurité routière.
Sur les axes reliant les centres urbains aux foires rurales, la pression commerciale, la surcharge et la compétition entre véhicules de transport collectif sont régulièrement dénoncées par les usagers. À Neguela, les circonstances exactes de la collision n’avaient pas encore fait l’objet, lundi soir, d’une communication publique détaillée à l’échelle nationale. Mais pour les familles touchées, la route de la foire s’est refermée dans le silence des pertes et l’attente des suites de l’enquête.

Sécurité routière : adaptation des instruments de lutte

Le Conseil national de transition a adopté, lors de sa séance plénière du 29 mai 2023, le projet de loi portant modification de l’ordonnance N°09-003/P-RM du 09 février 2009 portant création de l’Agence nationale de la sécurité routière (ANASER).

Malgré les actions entreprises pour la réduction des accidents de circulation routière, les statistiques sont demeurées préoccupantes. Ainsi, depuis 2015, le Mali connaît un taux de mortalité routière de l’ordre de 25 tués pour 100 000 habitants, selon l’annuaire statistique de l’ANASER. Et les victimes sont principalement des jeunes.

Pour inverser la tendance et se référer aux bonnes pratiques internationales en la matière, les autorités ont adopté une stratégie nationale basée sur l’approche dite « système sûr », qui permet de traiter le problème de façon intégrée. Cette stratégie vaut pour la décennie 2021-2030 et son plan d’action pour 2021-2025.

Mais le diagnostic, établi en 2017 avant l’élaboration de la stratégie, a révélé des lacunes. C’est pourquoi il est apparu nécessaire de procéder à la modification de l’ordonnance de création de l’ANASER pour préciser les attributions de l’agence et redéfinir son rôle de coordination des actions de sécurité routière.

L’agence est confrontée à l’insuffisance des moyens techniques de contrôle de l’excès de vitesse, de la conduite sous l’emprise de l’alcool ou des drogues et de l’usage du téléphone au volant/guidon. À ce jour, le Mali ne dispose que de 4 radars portatifs vétustes et d’une dizaine d’éthylotests. Or il ressort des enquêtes que les conducteurs imprudents consomment plus de drogues qu’ils ne boivent d’alcool. Un testeur de drogue coûte en moyenne 20 000 francs CFA pour un usage unique.

Application du port du casque : faut-il changer de méthode ?

Depuis quelques mois, autorités de Transition et organisations de la société civile s’activent pour informer les citoyens sur l’importance du port du casque. La sensibilisation « d’immense envergure » tarde cependant à produire ses effets sur les usagers. Faut-il procéder par la manière forte ?

Elle était instituée pour être obligatoire à partir du 1er janvier 2023, mais finalement la mesure sur le port du casque a été redirigée dans un premier temps vers la sensibilisation. C’est dans ce cadre que les autorités de la Transition se sont engagées depuis un certain temps dans une large campagne sur l’importance du port du masque. Ainsi, le ministre chargé des Transports et celui de la Jeunesse et des sports ont procédé le 29 décembre dernier à une distribution gratuite de casques au pont Fadh de Bamako. L’initiative avait pour but « d’inciter les motocyclistes au port du casque de protection ». De même, le ministre de l’Éducation nationale a entamé cette semaine une opération de distribution de 3 000 casques aux élèves et étudiants du Mali. Elles furent 600 jeunes filles des lycées Ba Aminata Diallo et Notre Dame de Bamako à recevoir leur casque de protection des mains de la ministre Mme Dédeou Ousmane.

« L’approche privilégiée par le ministre des Transports et des infrastructures, conformément aux orientations des plus hautes autorités, a toujours été la sensibilisation et non une répression systématique qui serait contre-productive. C’est dans cette perspective qu’une vaste campagne médiatique de sensibilisation, accompagnée de distributions gratuites de casques aux utilisateurs de motos, a été entreprise », a indiqué le ministère.

Les sensibilisations tous azimuts continuent donc à Bamako, tout comme à l’intérieur du pays, notamment à Kadiolo, où le Conseil local de la Jeunesse a organisé une série d’activités en décembre dernier. Mais les résultats escomptés tardent pour l’heure. Sur les grandes artères de Bamako, le constat est patent : sur une centaine de conducteurs d’engins à deux roues seulement quelques-uns portent un casque. « Tant qu’on ne le rendra pas obligatoire, le port du casque ne sera jamais respecté au Mali. Combien de fois les gouvernants précédents ont procédé à des sensibilisations sans que les citoyens ne l’adoptent ? », se demande le sociologue Oumar Yattara. Selon lui, les autorités de la Transition doivent changer de méthode et rendre le port du casque obligatoire. « D’autant qu’il permet de sauver des vies maliennes », ajoute-t-il.