Kenya : La paix surveillée sur les réseaux

Après les violences postélectorales de 2007-2008, le Kenya a fait de la lutte contre les discours de haine un pilier…

Après les violences postélectorales de 2007-2008, le Kenya a fait de la lutte contre les discours de haine un pilier de sa prévention des crises. Sans les faire disparaître, le pays a construit une réponse mêlant loi, veille numérique, alerte citoyenne, médiation et pression sur les plateformes.

La crise de 2007-2008 reste le point de départ. Le scrutin contesté avait provoqué plus de 1 000 morts et environ 600 000 déplacés, dans un climat où les messages politiques, les références ethniques, les rumeurs et certains médias locaux avaient contribué à attiser les tensions. En 2008, Nairobi a créé la National Cohesion and Integration Commission, chargée de promouvoir la cohésion nationale, de surveiller les propos d’incitation et de rappeler les responsables publics à l’ordre.

Le modèle kenyan repose surtout sur la coordination. Avec la plateforme Uwiano for Peace, mise en place avant le référendum constitutionnel de 2010, les autorités, la société civile, les acteurs de paix et les partenaires internationaux ont développé un système d’alerte précoce. Les citoyens peuvent signaler des incidents ou contenus dangereux par SMS, courriel, réseaux sociaux ou rapports en ligne. Ces informations servent à détecter rapidement les foyers de tension, à mobiliser les médiateurs locaux et à prévenir les violences avant leur propagation.

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Numérique

Le dispositif s’est adapté au numérique. Avant les élections de 2022, la Commission kényane de cohésion avait signalé une hausse des discours haineux sur Twitter, Facebook et TikTok. En juin 2022, elle avait recensé 31 cas de discours de haine en ligne, dont 16 sur Twitter, 7 sur Facebook et 5 sur TikTok, souvent liés aux rassemblements de campagne. La Commission a également interpellé Meta après des alertes sur des contenus et publicités susceptibles d’alimenter des tensions ethniques.

L’exemple kényan n’est pas parfait. Des contenus dangereux continuent de circuler, notamment dans les périodes électorales, et la modération des contenus en langues locales est difficile. Mais le pays a montré qu’une réponse efficace ne repose pas uniquement sur la répression. Elle combine surveillance, signalement citoyen, fact-checking, éducation, dialogue communautaire, responsabilisation des médias, action judiciaire et échanges avec les plateformes. Cette méthode demande des moyens, de la confiance entre institutions et citoyens, ainsi qu’une vigilance constante face aux usages changeants des réseaux sociaux. Pour un pays confronté à la viralité des rumeurs et aux fractures sociales, cette approche offre surtout une leçon, celle d’agir avant que les mots ne deviennent violence réelle collective.

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