Logements sociaux : Un modèle encore fragile en Afrique de l’Ouest

À l’image du Mali, plusieurs États d’Afrique de l’Ouest ont lancé des programmes ambitieux visant à faciliter l’accès au logement pour les ménages à revenus modestes. Cependant, les expériences varient, entre avancées notables et difficultés structurelles persistantes.

Au Sénégal, les autorités ont engagé depuis plusieurs années une politique volontariste en matière de logement. Le pays s’est notamment fixé un objectif ambitieux de 500 000 logements sociaux à construire sur une période d’environ dix ans, afin de résorber un déficit structurel important et d’améliorer l’accès à l’habitat. Cette stratégie s’appuie sur des partenariats public-privé, la mobilisation du foncier et l’implication d’acteurs publics comme les sociétés immobilières nationales.

De même, en Côte d’Ivoire, un programme d’envergure a été lancé depuis quelques années avec l’objectif de produire des dizaines de milliers de logements sociaux et économiques, notamment dans la région d’Abidjan.

En Guinée également, des projets ont été initiés pour améliorer l’offre, mais de façon plus progressive et avec des capacités financières limitées.

Ces initiatives traduisent une volonté politique claire de répondre à la crise du logement, particulièrement dans les grandes capitales urbaines. Cependant, malgré ces ambitions, les résultats restent souvent en deçà des attentes.

Au Sénégal, la production effective peine encore à suivre le rythme fixé, illustrant les défis liés à la mise en œuvre. En Côte d’Ivoire, seule une partie des objectifs annoncés a été concrétisée dans certains programmes, mettant en évidence les contraintes opérationnelles.

Des défis structurels communs

Malgré les différences nationales, les difficultés rencontrées présentent de fortes similitudes. En premier lieu, l’accès au financement demeure un obstacle majeur. Les mécanismes de crédit sont souvent inadaptés aux populations à revenus irréguliers, notamment celles du secteur informel.

Ensuite, la question du coût des logements constitue un frein important. Bien que qualifiés de « sociaux », de nombreux logements sont financièrement hors de portée des ménages les plus modestes, limitant ainsi leur impact réel.

Par ailleurs, la gouvernance des programmes est régulièrement mise en cause. Le manque de transparence dans les attributions, les lenteurs administratives et l’insuffisance des mécanismes de contrôle fragilisent la crédibilité des dispositifs.

Enfin, l’urbanisation rapide et la croissance démographique accentuent la pression sur les politiques publiques. Dans des villes comme Abidjan ou Dakar, la demande dépasse largement l’offre disponible, contribuant à l’expansion des quartiers informels.

Sidiki Lacina Koné : « Il y a un paradoxe entre l’engagement des jeunes et leur faible intégration »

Consultant sur les questions de gouvernance et de jeunesse, associé à des initiatives menées avec AfriYAN Mali et des acteurs du Fonds des Nations Unies pour la population, Sidiki Lacina Koné analyse la place des jeunes dans les dynamiques de paix au Mali. Il souligne un engagement réel, mais encore insuffisamment traduit dans les décisions. Propos recueillis par Massiré Diop.

Quelle place occupent aujourd’hui les jeunes dans la prévention des conflits au Mali ?

La place des jeunes est reconnue comme essentielle, mais est insuffisamment prise en compte dans la pratique. Leur rôle stratégique est de plus en plus admis, notamment à travers des cadres comme la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies. Des initiatives portées par des organisations comme le Programme des Nations Unies pour le développement ou le Fonds des Nations Unies pour l’enfance montrent qu’ils sont mobilisés dans des actions de médiation, de sensibilisation et de cohésion sociale. Ils participent aux dialogues communautaires et contribuent à la résolution de conflits locaux. Mais dans les mécanismes décisionnels formels leur implication reste limitée, d’où ce paradoxe entre engagement sur le terrain et faible intégration stratégique.

Qu’est-ce qui empêche leur pleine intégration aux réponses sécuritaires et sociales ?

Plusieurs facteurs limitent cette intégration. Il existe un déficit de cadres institutionnels inclusifs permettant une participation réelle des jeunes dans la prise de décision. Ils sont souvent perçus comme des bénéficiaires plutôt que comme des acteurs stratégiques. Le manque de formation adaptée, notamment en médiation et en leadership, constitue aussi un obstacle. À cela s’ajoute un accès limité à des opportunités socio-économiques durables qui fragilise leur engagement. Le chômage et la précarité exposent une partie de la jeunesse à des risques de manipulation. Enfin, un déficit de confiance entre les institutions et les jeunes, lié à une gouvernance jugée peu inclusive, freine leur implication.

Les initiatives actuelles sont-elles suffisamment coordonnées ?

Les initiatives existent et sont portées par l’État, les ONG et les partenaires techniques et financiers. Mais elles souffrent d’un manque de coordination. Les interventions sont fragmentées et peu alignées, ce qui limite leur impact et peut entraîner des duplications d’actions. Les mécanismes de suivi sont insuffisants, ce qui complique la capitalisation des expériences.

Quelles sont les priorités ?

Il est essentiel de renforcer la participation des jeunes dans les instances de gouvernance, de développer des programmes de formation, de promouvoir l’emploi et l’entrepreneuriat, de soutenir les initiatives locales et de renforcer la confiance entre les jeunes et les institutions.

Soudan : Une guerre qui s’enlise

Entré dans sa troisième année, le conflit soudanais se poursuit sans basculement militaire décisif et continue de produire des effets à grande échelle. Malgré une mobilisation internationale récente, la situation humanitaire reste critique et largement sous-financée.

Déclenchée en avril 2023, la guerre continue d’opposer l’armée du Général Abdel Fattah al-Burhan aux Forces de soutien rapide dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo. Les combats se poursuivent notamment au Darfour et dans la capitale, Khartoum, où les infrastructures civiles, les structures de santé et les réseaux essentiels sont fortement dégradés. Pour l’heure, aucune des deux parties n’a réussi à prendre un avantage décisif.

Les données disponibles illustrent l’ampleur de la crise. Plus de 34 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire. Environ 14 millions ont été déplacées depuis le début du conflit, dont près de 9 millions à l’intérieur du pays et plus de 4,4 millions au-delà de ses frontières. Ces réfugiés sont accueillis principalement par le Tchad, l’Égypte, le Soudan du Sud et l’Éthiopie, où les capacités d’accueil restent sous pression.

On se souvient que le 15 avril 2026, à l’occasion du troisième anniversaire du conflit, la troisième Conférence internationale sur le Soudan, organisée à Berlin par plusieurs partenaires, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, les États-Unis, l’Union européenne et l’Union africaine, a permis d’annoncer environ 1,5 milliard d’euros pour l’aide humanitaire. Les deux parties au conflit n’étaient pas présentes, tandis que des acteurs civils soudanais ont pris part aux échanges. Les montants mobilisés restent inférieurs aux besoins estimés pour 2026. Plusieurs agences humanitaires signalent que les besoins pour l’année 2026 ne sont couverts qu’en partie, notamment dans les secteurs de l’alimentation et de la prise en charge sanitaire.

Sur le terrain, l’acheminement de l’aide est limité par l’insécurité et les contraintes d’accès. Dans le même temps, la poursuite des affrontements s’inscrit dans un environnement marqué par des soutiens extérieurs aux deux camps. Des flux d’armes et d’équipements sont régulièrement évoqués par des organisations spécialisées, sans évaluation consolidée rendue publique. Ces éléments contribuent à maintenir les capacités militaires et à prolonger les combats.

La crise dépasse désormais les frontières soudanaises. Les déplacements de population, les besoins humanitaires et la durée du conflit pèsent sur l’ensemble de la région. Les initiatives diplomatiques engagées jusqu’à présent n’ont pas permis d’aboutir à un accord entre les parties, tandis que la situation sur le terrain continue d’évoluer sans amélioration notable.

Canicule : L’angle mort de l’eau en sachets

Sous la chaleur qui écrase Bamako et les grandes villes du pays, la question de l’eau dépasse la simple soif. Elle devient un sujet de santé publique. À chaque hausse du thermomètre, l’eau en sachets s’impose comme le réflexe le plus accessible, vendue 25, 50 ou 100 francs CFA selon sa fraîcheur. Mais cette commodité a un revers que l’on ne peut plus ignorer.

Le vrai problème n’est pas seulement ce que contient le sachet. C’est aussi ce qu’il subit. Exposés à l’air libre, aux vents, à la chaleur et au soleil, entassés devant les boutiques ou dans les véhicules de livraison, les sachets perdent leur prétendue innocuité. Des études ont montré que le stockage et l’exposition prolongée à la chaleur peuvent altérer la qualité de l’eau, favoriser la prolifération microbienne et entraîner la migration de composés issus du plastique.

Le phénomène dépasse largement le cadre local. Au Nigeria, des milliards de sachets d’eau sont consommés chaque année, faisant de cette pratique un enjeu majeur de santé et de gestion des déchets. Au Sénégal, des mesures ont été prises pour limiter les plastiques à usage unique, tandis que d’autres pays renforcent progressivement les contrôles sanitaires sur ces productions souvent informelles.

Face à la canicule, il ne suffit pas d’aménager les horaires scolaires. Il devient nécessaire d’encadrer la production des sachets d’eau, de surveiller leurs conditions de stockage et d’informer les consommateurs. Certes, l’eau en sachets répond à un besoin réel, mais sa banalisation ne doit pas masquer ses risques. Ainsi, sous le soleil, le danger ne vient pas seulement du manque d’eau, mais parfois de celle que l’on boit sans y penser.

Logements sociaux : Un dispositif à l’épreuve du terrain

L’annulation de 202 attributions de logements sociaux début avril remet en lumière les failles d’un programme pourtant essentiel. Entre exigences réglementaires et réalités socio-économiques, le dispositif peine à tenir ses promesses.

Le 4 avril 2026, l’Office malien de l’Habitat (OMH) a décidé d’annuler l’attribution de 202 logements sociaux, conformément à la décision N°2025-0001/MUHDATP-SG du 28 février 2025. Cette mesure, motivée par le non-respect des obligations administratives et financières, intervient après un sursis de trois ans accordé aux bénéficiaires pour régulariser leur situation. En effet, plusieurs mises en demeure et périodes de grâce avaient été consenties, sans succès pour une partie des attributaires concernés.

La décision s’inscrit dans l’application stricte des textes en vigueur, notamment le décret du 8 mai 2015 qui encadre l’attribution et la gestion des logements sociaux au Mali. Elle concerne plus précisément des unités issues de la deuxième tranche du programme global de 12 566 logements, dont la liste des bénéficiaires avait été rendue publique en avril 2022.

Un dispositif encadré

En théorie, le programme de logements sociaux repose sur un cadre juridique structuré. Le décret N°2015-0351/P-RM du 8 mai 2015 définit les modalités d’attribution et de gestion de ces logements, conçus comme un levier d’accès à l’habitat pour les ménages à revenus faibles et intermédiaires.

Dans ce dispositif, l’attribution est encadrée par des commissions ad hoc chargées d’examiner les dossiers de demande et d’établir une liste des bénéficiaires sur la base de critères précis. Ces critères incluent notamment la nationalité malienne, la capacité de remboursement ou la reconnaissance d’une situation de dénuement, l’absence de propriété immobilière dans la zone concernée, ainsi que l’obligation de domicilier ses revenus dans une banque partenaire.

Par ailleurs, une fois la liste définitive publiée, les bénéficiaires sont tenus de respecter un certain nombre d’engagements : paiement régulier des mensualités, respect des formalités administratives et usage conforme du logement. À défaut, le décret prévoit explicitement des mesures de retrait, notamment en cas de non-paiement, de fausses déclarations ou de non-respect des obligations contractuelles.

En outre, le dispositif repose sur une chaîne d’acteurs bien identifiés, des commissions d’attribution aux institutions financières partenaires, en passant par les structures techniques de l’État et les notaires. Cette organisation vise à sécuriser à la fois le processus de sélection des bénéficiaires et le mécanisme de financement fondé sur le remboursement progressif des logements.

Textes vs pratiques

Cependant, dans la pratique, l’application de ces règles semble rencontrer d’importantes limites. Pour Fousseyni Mariko, Président de la Coalition d’Actions Citoyennes pour la Défense du Droit au Logement (CAC-DDL), l’annulation des 202 logements est avant tout le résultat d’un processus administratif enclenché depuis plusieurs années.

« Les 202 logements concernés font partie des 1 993 logements sociaux attribués en 2022. Trois ans après, les bénéficiaires concernés n’avaient toujours pas satisfait aux obligations administratives et financières nécessaires à l’obtention de leur notification », explique-t-il.

Toutefois, au-delà de cet aspect, il souligne un problème plus profond lié au fonctionnement même du système. « En théorie, les critères existent et sont clairs. Mais, dans la pratique, de nombreux témoignages laissent penser qu’ils ne sont pas toujours respectés », relève-t-il.

Ce décalage entre les textes et leur application nourrit des soupçons de favoritisme, d’opacité et d’ingérence dans le processus d’attribution. Selon M. Mariko, cela se traduit par des attributions effectuées en dehors des critères légaux, un contrôle insuffisant en amont, l’absence de responsabilités clairement établies en cas d’irrégularités, ainsi que des sanctions limitées contre les abus ou détournements.

Par ailleurs, l’absence d’une base de données publique et actualisée des demandeurs et bénéficiaires contribue à entretenir la confusion. Cette opacité rend difficile tout contrôle citoyen et alimente les frustrations, notamment chez les ménages qui estiment remplir les conditions sans jamais accéder au dispositif.

Solvabilité des bénéficiaires

La question de la capacité financière des bénéficiaires apparaît également comme un élément central. Selon Mandjou Touré, Président de l’Organisation de défense du droit au logement au Mali (ODDL-Mali), les difficultés de paiement ne peuvent pas être réduites à un simple manque de volonté. « On distingue deux catégories de bénéficiaires : les salariés et les non-salariés. La plupart des difficultés de paiement concernent les non-salariés », explique-t-il.

En effet, dans un contexte économique marqué par des pertes d’emplois, notamment liées au départ de certaines organisations internationales, de nombreux bénéficiaires se retrouvent aujourd’hui sans revenus stables. « Comment demander à une personne sans revenu stable de payer régulièrement ? Plusieurs anciens employés de la MINUSMA bénéficiaires de logements sociaux se retrouvent dans cette situation », souligne M. Touré.

Par ailleurs, à ces contraintes financières s’ajoutent des difficultés liées à la qualité des logements. « Beaucoup de logements ne respectent pas les normes de construction. Le bénéficiaire doit entreprendre des travaux de remise en état avant même de pouvoir y habiter », déplore-t-il. Ces charges supplémentaires viennent aggraver la situation des bénéficiaires, rendant le respect des échéances encore plus difficile.

Lourdes conséquences

Dans ces conditions, les conséquences de ces dysfonctionnements dépassent largement le cadre administratif. D’une part, le retrait d’un logement social peut replonger les familles concernées dans une situation de précarité. « Le retrait d’un logement social replonge les bénéficiaires dans les mêmes difficultés qu’auparavant. Cela peut avoir des conséquences très lourdes pour les familles », alerte Mandjou Touré.

D’autre part, ces situations alimentent un sentiment d’injustice parmi les demandeurs et fragilisent la crédibilité du programme. À en croire Fousseyni Mariko, les insuffisances du système sont multiples : manque de transparence, absence d’une base de données fiable, ainsi que des critères parfois flous ou appliqués de manière discrétionnaire. Il évoque aussi un déficit de gouvernance marqué par un manque de contrôle, un déficit de planification face à la demande croissante et une communication institutionnelle insuffisante.

À terme, ces failles risquent d’éroder durablement la confiance des citoyens dans les politiques publiques de logement. Cette perte de confiance peut également décourager certains demandeurs potentiels et alimenter un sentiment de résignation face à un système perçu comme inaccessible ou inéquitable.

Urgence de réforme

Face à ces défis, les appels à une réforme du programme se multiplient. Du point de vue de Fousseyni Mariko, il est essentiel de garantir une application rigoureuse des textes dès le départ. « Pour restaurer la crédibilité du programme de logements sociaux, il est indispensable d’assurer dès le départ le respect des critères d’attribution, avec des contrôles rigoureux, la sanction des responsables en cas d’irrégularités et la protection des bénéficiaires de bonne foi contre les conséquences des erreurs administratives », insiste-t-il.

Dans cette perspective, il préconise également un renforcement de la transparence, à travers la publication des listes de bénéficiaires, la mise en place de mécanismes de recours accessibles et la création d’un organe de contrôle indépendant. Le Président de la CAC-DDL plaide aussi pour une implication accrue de la société civile dans le suivi du programme.

De son côté, Mandjou Touré insiste sur la nécessité d’un accompagnement des bénéficiaires, notamment en cas de difficultés. « L’État devrait prendre des dispositions pour accompagner ou reloger les personnes concernées afin d’éviter une aggravation de leur situation sociale », estime-t-il.

En plus de ces propositions, plusieurs observateurs estiment qu’une réflexion plus large sur le modèle économique du logement social s’impose. Cela pourrait passer par une meilleure adaptation des mensualités aux revenus réels, le développement de mécanismes de soutien ciblés ou encore l’intégration progressive des acteurs du secteur informel dans les dispositifs de financement.

Mohamed Kenouvi

Canicule au Mali : les écoles réaménagent leurs horaires face à la forte chaleur

Face à une vague de chaleur marquée en ce mois d’avril, les autorités éducatives maliennes ont décidé de réorganiser les horaires de cours dans les écoles fondamentales. La mesure, annoncée le 17 avril 2026, vise à limiter l’exposition des élèves et des enseignants aux températures élevées.

Le ministère de l’Éducation nationale a instruit un réaménagement temporaire des emplois du temps dans l’ensemble des écoles fondamentales du pays. Les cours sont désormais dispensés de 7h30 à 12h30, sur une plage horaire recentrée sur la matinée, afin d’éviter les heures les plus chaudes de la journée.

Selon les données relevées au cours de la première quinzaine d’avril, plusieurs localités ont enregistré des températures comprises entre 41 et 44 degrés en journée, avec des pointes plus élevées dans certaines zones du nord et de l’ouest. Cette période correspond traditionnellement à la phase la plus chaude de la saison sèche dans la bande sahélienne, avant l’installation progressive de l’hivernage.

Le ministère précise que cette réorganisation n’affecte pas le volume horaire hebdomadaire. Les cours prévus dans l’après-midi doivent être redistribués sur les autres jours de la semaine ou faire l’objet de séances de récupération, selon un calendrier établi par chaque établissement. Les structures pédagogiques locales sont chargées d’en assurer le suivi.

Dans de nombreux établissements, cette décision intervient dans des conditions matérielles limitées, les salles de classe étant rarement équipées pour atténuer la chaleur en milieu de journée. La mesure vise ainsi à adapter le fonctionnement des écoles aux contraintes climatiques observées sur l’ensemble du territoire.

 

Birahim Soumaré: « Cette décision traduit une volonté de redéfinir les alliances du Mali »

Ancien ambassadeur du Mali en Turquie et ancien conseiller diplomatique à la présidence, Birahim Soumaré analyse le repositionnement de Bamako sur la question du Sahara. Il y voit un choix souverain aux implications diplomatiques, sécuritaires et économiques.

Question : Comment interprétez-vous la nouvelle position du Mali sur le Sahara occidental ?
Birahim Soumaré : La position souveraine du Mali sur la question du Sahara occidental participe du choix souverain de ses partenaires et de ses priorités diplomatiques et stratégiques. Son nouveau positionnement marque une convergence stratégique avec le royaume du Maroc, qui exerce sa souveraineté sur ce territoire depuis la Marche verte. Il s’agit d’une rupture avec sa position traditionnelle de reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), entamée depuis le 4 juillet 1980, avec une inflexion à partir du 27 décembre 2011 en lien avec le plan onusien.
Question : Quelles implications voyez-vous dans les relations avec le Maroc ?
Birahim Soumaré : La coopération économique avec le Maroc sera imprimée positivement, de même que la sécurité, les questions religieuses et d’autres sujets qui pourront être abordés lors de la prochaine commission mixte maliano-marocaine, annoncée par les deux ministres lors de leur rencontre à Bamako.
Question : Ce repositionnement peut-il affecter les relations avec d’autres partenaires ?
Birahim Soumaré : Il y aura un bouleversement par rapport à l’Algérie, qui pourra percevoir ce choix comme un désalignement sur sa position concernant la reconnaissance de la RASD, qu’elle soutient financièrement et politiquement. Il y aura également des ajustements au niveau de l’Union africaine, avec un Mali qui renforce le camp des partisans de la marocanité du Sahara, comme certains pays du Golfe partenaires des accords d’Abraham du 15 septembre 2020 et les puissances occidentales, au premier rang desquelles les États-Unis.
Question : Quels sont les enjeux stratégiques de cette orientation ?
Birahim Soumaré : Il s’agit d’affirmer une diplomatie avec une ligne claire sur les questions stratégiques qui influencent la situation du Mali, notamment la lutte contre les forces déstabilisatrices. Avec un partenariat avec le Maroc dans les domaines du renseignement, la coopération sécuritaire va évoluer de manière significative.
Question : Quelles perspectives économiques ce rapprochement ouvre-t-il ?
Birahim Soumaré : Le renforcement de l’axe Bamako-Rabat dans les domaines des infrastructures routières, portuaires, de l’énergie, de la finance et de la réassurance permettra à des structures existantes au Mali de se développer, à l’instar du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire. Cette orientation offre la possibilité de positionner le Mali comme un lien entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb, avec son intégration dans des corridors économiques entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord. Pays enclavé, le Mali aura par le Maroc un accès à l’Atlantique.
Question : Comment qualifier ce choix sur le plan diplomatique ?
Birahim Soumaré : La reconnaissance par le Mali de la marocanité du Sahara s’inscrit dans une dynamique de recomposition de sa posture diplomatique. Cette décision traduit une volonté de redéfinir ses alliances et d’inscrire son action extérieure dans une logique de souveraineté assumée. Elle repose sur une lecture réaliste des rapports de force régionaux et internationaux.
Question : Cette orientation nécessite-t-elle une coordination régionale ?
Birahim Soumaré : Une telle inflexion doit s’accompagner d’une coordination avec les partenaires de l’Alliance des États du Sahel, notamment le Burkina Faso et le Niger. L’expérience de la Fédération du Mali rappelle que l’absence d’harmonisation des orientations politiques et stratégiques peut fragiliser les dynamiques d’intégration.
Question : Que révèle cette évolution de la diplomatie malienne ?
Birahim Soumaré : Elle traduit une diplomatie davantage tournée vers la cohérence et l’efficacité, orientée vers la défense des intérêts de l’État et de son peuple. Elle prend en compte les défis géostratégiques, notamment le terrorisme et d’autres formes de déstabilisation, tout en affirmant le refus de toute partition des territoires et de toute ingérence extérieure.

Soumaïla Lah : « La démocratie s’est heurtée à des réalités structurelles profondes »

À l’occasion des 35 ans de la révolution du 26 mars 1991, le débat sur le bilan et l’avenir de la démocratie malienne est plus que jamais d’actualité. Entre espoirs déçus, crises institutionnelles et quête de refondation, l’analyste politique Soumaïla Lah livre son regard. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi.

35 ans après mars 1991, quel bilan global faites-vous de la démocratie malienne aujourd’hui ?

Trente-cinq ans après la chute de Moussa Traoré, le Mali est à un tournant où l’héritage de mars 1991 est fortement questionné. Le pays est passé d’un espoir démocratique à une quête de souveraineté et de refondation, souvent sans bases solides. Il cherche encore un équilibre entre la nécessité d’un pouvoir fort pour stabiliser l’État et l’attachement aux libertés acquises en 1991. Le bilan est donc globalement mitigé.

Quels sont, selon vous, les principaux obstacles qui ont freiné l’enracinement d’une démocratie solide au Mali depuis 1991 ?

La démocratie s’est heurtée à des réalités structurelles profondes. Elle a souvent été perçue comme un outil de partage du pouvoir entre élites plutôt que comme un mécanisme au service du bien commun. Le faible taux d’alphabétisation a limité la compréhension des enjeux politiques, favorisant le populisme et l’influence des leaders religieux. À cela s’ajoute un sentiment d’injustice sociale qui a contribué aux crises, notamment les coups d’État de 2012 et 2020. Le principal problème reste l’incapacité du système à produire des résultats concrets pour les populations.

Peut-on dire que l’instabilité institutionnelle du Mali est une crise du modèle démocratique mis en place après mars 1991 ?

Oui. L’instabilité observée depuis 2012 traduit une rupture de confiance envers le modèle démocratique. Il ne s’agit pas seulement d’une crise de gouvernance, mais aussi de conception. La pratique politique a été assimilée à une logique d’intérêt financier et une partie de la population associe désormais la démocratie à la faiblesse de l’État. Cette perception a favorisé l’acceptation des interventions militaires de 2020 et 2021.

En bientôt 5 ans de pouvoir, quels sont selon vous les acquis majeurs du Président Assimi Goïta ?

On peut relever l’adoption de lois d’orientation et de programmation dans les secteurs de la défense, de la sécurité et de la justice, ainsi que des réformes dans le secteur minier. Toutefois, le bilan global est mitigé.

Quelles sont aujourd’hui les principales perspectives ou attentes des Maliens pour la suite de la Transition ?

Les attentes portent sur la sécurité, la dignité nationale et l’amélioration des conditions de vie. Si certains ont accepté la prolongation de la Transition, les résultats restent en deçà des espérances. Le défi est désormais de bâtir un système de gouvernance stable, sans retomber dans les dérives autoritaires du passé.

 

Coupe du Mali : Premiers qualifiés et suspense avant la suite des 8èmes

Entamés le 10 avril 2026, les huitièmes de finale de la 65ème édition de la Coupe du Mali de football tiennent leurs promesses. Cinq rencontres ont déjà livré leur verdict, tandis que trois tickets restent à prendre pour les quarts de finale.

Le coup d’envoi de ces huitièmes de finale a été donné le 10 avril avec une confrontation spectaculaire entre l’AS Real et Yeelen Olympique. Les Scorpions de Bamako ont dû puiser dans leurs ressources pour s’imposer 3-2 après prolongations, au terme d’un match intense et indécis.

Le lendemain, l’USFAS a signé la performance la plus aboutie de ce tour en dominant largement l’Espérance de Médine (4-1). Les militaires ont confirmé leur statut face à une formation de division inférieure sans jamais être inquiétés.

Dans le même temps, le FC Diarra a fait respecter la hiérarchie en s’imposant 2-0 contre Elewidj FC de Kidal, au terme d’une rencontre maîtrisée de bout en bout.

Dans un duel 100% Ligue 1, le Stade Malien a pris le meilleur sur l’AS Korofina (2-1), grâce notamment à un doublé décisif de Zoumana Simpara. Une victoire logique qui permet aux Blancs de Bamako de poursuivre leur parcours dans la compétition.

Surprise majeure et regards tournés vers la suite

La principale surprise de ces huitièmes de finale est venue du succès du FC Malicoura face à Binga FC (3-2 après prolongations). Longtemps dominateurs, les joueurs de Binga menaient encore 2-0 à quelques minutes du terme avant de s’effondrer, concédant l’égalisation puis la défaite en prolongations. Une contre-performance marquante face à la lanterne rouge de Ligue 1.

La suite des huitièmes de finale, prévue le 19 avril, s’annonce tout aussi intéressante. Le Djoliba AC, grand favori, affrontera Kankou FC de Gao, avec l’objectif clair de rejoindre les quarts de finale sans trembler.

De son côté, l’AS Bakaridjan part avec les faveurs des pronostics face à Avenir AC de Tombouctou, dans un duel où la logique sportive devrait être respectée.

Enfin, la rencontre entre Al Farouk de Tombouctou et l’AS Sofa de Bougouni s’annonce comme la plus indécise. Opposant deux équipes de deuxième division, ce match pourrait basculer d’un côté comme de l’autre, même si Al Farouk bénéficiera de l’avantage du terrain.

À mi-parcours, ces huitièmes de finale confirment l’attractivité de la Coupe du Mali, une compétition toujours propice aux rebondissements et aux exploits inattendus.

Mohamed Kenouvi

Confédération AES : les chefs d’état-major actent la montée en puissance de la force unifiée

Les chefs d’état-major du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis les 16 et 17 avril 2026 à Ouagadougou pour finaliser l’opérationnalisation de la force unifiée de la Confédération des États du Sahel. Les travaux ont porté sur la validation des textes encadrant son déploiement, la revue de la situation sécuritaire et l’augmentation des effectifs, dans le cadre de la feuille de route de l’An II de l’AES.

La rencontre s’est tenue à l’état-major général des armées du Burkina Faso dans le cadre de la première session du Comité des chefs d’état-major de la Confédération. Elle a réuni le général de brigade Moussa Diallo pour le Burkina Faso, le général de division Oumar Diarra pour le Mali et le général de division Moussa Salaou Barmou pour le Niger, en présence du général de brigade Daouda Traoré, commandant de la force unifiée.
Les échanges ont permis d’examiner et de valider les documents préparés lors des travaux techniques conduits du 7 au 15 avril 2026, portant sur l’organisation, les règles d’engagement et les modalités de déploiement. Ces textes définissent la coordination entre les trois armées, la structuration du commandement ainsi que les conditions d’intervention sur l’espace commun des États membres.
Les responsables militaires ont également acté une montée en puissance des effectifs, avec une projection portée à 15 000 hommes, contre une capacité initiale annoncée de 5 000 soldats lors des premières communications officielles. Cette évolution s’accompagne d’une mutualisation des moyens en renseignement, en logistique et en opérations, avec un renforcement de la coordination sur les zones frontalières.
La force unifiée de l’AES a été officiellement lancée en décembre 2025 à Bamako, en marge de la deuxième session de la Conférence des chefs d’État de la Confédération, marquant le passage d’un cadre politique à une structuration militaire. Depuis, plusieurs réunions techniques et militaires ont été organisées afin de préparer son déploiement.
La rencontre de Ouagadougou a également permis de passer en revue la situation sécuritaire dans l’espace confédéral. Les conclusions des travaux doivent être soumises aux chefs d’État de l’AES pour validation, en vue de la mise en œuvre progressive des opérations conjointes sur le terrain.

Hémophilie : Le défi du diagnostic

L’hémophilie est une maladie rare encore mal diagnostiquée au Mali. Sur une estimation d’environ 3 800 cas, seuls 243 patients sont aujourd’hui enregistrés dans le pays. Si le diagnostic peut désormais se faire sur place, son autonomie complète et son extension à d’autres structures de santé sont un défi important.

Au Mali, environ 90% des malades ne seraient pas diagnostiqués, selon la Fédération mondiale de l’hémophilie. Cette maladie chronique, le plus souvent d’origine génétique, est encore faiblement détectée dans le pays, malgré les progrès accomplis ces dernières années.

Même si les avancées sont jugées « satisfaisantes », des efforts importants restent à fournir, souligne le Pr Yacouba Diallo, hématologue à l’Hôpital du Mali. « Nous étions obligés d’expédier les prélèvements à l’étranger pour confirmer le diagnostic. Les coûts élevés, les délais d’attente et le stress que cela entraînait ont aujourd’hui laissé place à un diagnostic réalisé sur place », explique-t-il. Cette évolution constitue un progrès notable, sans pour autant régler toutes les difficultés liées à un diagnostic pleinement autonome.

En plus de la décentralisation du dépistage, d’autres difficultés persistent. Certains troubles liés aux saignements sont encore difficiles à identifier, alors qu’ils se manifestent souvent par des saignements répétés du nez ou des hémorragies inhabituelles après une blessure.

Amélioration du traitement

Les personnes atteintes reçoivent un traitement à vie pour prévenir les saignements et éviter les complications. L’accès à ces soins, souvent coûteux, est aujourd’hui facilité par la Fédération mondiale de l’hémophilie.

Les progrès ne concernent pas seulement le diagnostic. Pendant longtemps, le plasma frais congelé constituait pratiquement la seule solution disponible. Désormais, les patients maliens ont accès à des traitements plus adaptés, utilisés à la fois pour prévenir les saignements et pour traiter les épisodes hémorragiques lorsqu’ils surviennent. Des traitements plus récents existent aussi pour limiter les risques de complications chez certains malades.

Le Mali dispose aujourd’hui de trois centres de traitement : l’Hôpital du Mali, le CHU Gabriel Touré et l’Hôpital Sominé Dolo. Des équipes ont également été formées dans plusieurs structures de santé de référence ainsi que dans les centres de santé des Forces armées. Mais, en raison de la mobilité du personnel, une mise à jour régulière des compétences reste nécessaire.

Par ailleurs, la mise à disposition d’une Unité de traitement et de recherche sur l’hémophilie à l’Hôpital du Mali est saluée par les spécialistes. Pour le Pr Diallo, cet espace doit encore être renforcé afin d’améliorer durablement le diagnostic et la prise en charge des patients.

 

Conseil national de Transition : Les grands dossiers de la rentrée parlementaire

La session ordinaire d’avril 2026 du Conseil national de Transition s’est ouverte le 13 avril 2026, dans un contexte marqué par d’importantes réformes institutionnelles, sécuritaires et économiques. Pendant trois mois, les membres du CNT devront examiner des textes majeurs tout en renforçant leur mission de contrôle de l’action gouvernementale.

La rentrée parlementaire du CNT s’annonce particulièrement dense. Trente-deux textes sont inscrits à l’ordre du jour, dont vingt-quatre nouveaux projets et propositions de loi. Une activité soutenue qui s’inscrit dans la dynamique des réformes engagées depuis l’adoption de la Constitution du 22 juillet 2023.

Dès l’ouverture, le Président du CNT, le Général Malick Diaw, a appelé à la responsabilité et à la rigueur : « l’examen de ces projets de textes dans le contexte actuel exige de chacun de nous une hauteur de vue, une rigueur institutionnelle et un sens élevé de l’intérêt supérieur de la Nation malienne », a-t-il déclaré. Une invitation à dépasser les clivages pour privilégier l’efficacité et les résultats.

Des réformes au cœur des priorités nationales

Parmi les textes majeurs figure la réforme du Conseil supérieur de la magistrature. L’objectif est d’adapter un cadre juridique vieux de plus de deux décennies aux réalités institutionnelles actuelles, afin de renforcer l’indépendance de la justice et d’améliorer la gestion de la carrière des magistrats.

Sur le plan sécuritaire, plusieurs textes concernent la réorganisation des forces publiques. La ratification des ordonnances portant création des Directions générales de la Police nationale et de la Protection civile vise à intégrer les mutations liées à leur militarisation en 2022, mais aussi à répondre aux nouveaux défis, notamment le terrorisme et la cybercriminalité. Ces réformes devraient améliorer la coordination des actions de sécurité et renforcer la capacité de réponse de l’État.

Le secteur économique n’est pas en reste. La création de la Société de patrimoine minier du Mali marque une étape importante dans la consolidation de la souveraineté nationale sur les ressources naturelles. Cette structure, détenue à 100% par l’État, aura pour mission de gérer les participations publiques dans les sociétés minières et de favoriser l’implication des acteurs nationaux. Un levier stratégique pour maximiser les retombées économiques du secteur minier.

D’autres textes concernent directement les citoyens, à l’image de la réforme du Statut général des fonctionnaires, qui introduit de nouveaux mécanismes d’évaluation et des avancées en matière de carrière et de retraite. Dans le domaine sportif, la relecture de la loi de 2017 ambitionne de professionnaliser davantage les structures et d’aligner le Mali sur les standards internationaux.

Enfin, la réforme des Collectivités territoriales, avec la création d’une Agence nationale d’investissement, vise à améliorer le développement local tout en renforçant le contrôle et la transparence dans la gestion des ressources.

Par ailleurs, d’autres projets de loi déposés en 2024 et 2025 sont toujours en instance au CNT, à l’instar, entre autres, du projet de loi électorale et de celui déterminant les modalités de la destitution du Président de la République.

Renforcement du contrôle de l’Exécutif

Au-delà du travail législatif, cette session mettra un accent particulier sur le contrôle de l’action gouvernementale. Une mission essentielle pour le CNT, qui entend jouer pleinement son rôle dans l’amélioration de la gouvernance publique.

« Nous devons à tout prix éviter les dérives d’ordre partisan, idéologique, privilégier le débat constructif et inscrire notre action dans une logique de résultats concrets, car le peuple malien nous observe », a insisté Malick Diaw. Cette orientation traduit une volonté d’instaurer une culture de redevabilité au sein des institutions.

Le contrôle parlementaire se traduira notamment par des auditions, des questions adressées au gouvernement et des missions d’information. Il vise à s’assurer de l’efficacité des politiques publiques, mais aussi à identifier les insuffisances nécessitant des ajustements.

Dans un contexte de transition, cette fonction prend une dimension particulière. Elle constitue un levier essentiel pour améliorer la gouvernance, renforcer la transparence et restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions. L’évaluation des politiques publiques permettra ainsi de mesurer les avancées réalisées, tout en corrigeant les dysfonctionnements.

Mohamed Kenouvi

FEMAFOOT : Mahazou dit Baba Cisset élu nouveau président

Réunie en Assemblée générale élective extraordinaire ce 16 avril 2026, la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) a officiellement élu Mahazou dit Baba Cisset comme son nouveau président pour un mandat de quatre ans. Sans véritable suspense, le candidat unique a été largement plébiscité par les délégués présents.

Sur les 72 votants enregistrés, 69 se sont prononcés en sa faveur, contre une seule voix défavorable et deux abstentions, soit un score écrasant de 95,83 %.  Une démonstration de soutien qui traduit la volonté d’une grande majorité des acteurs du football malien d’ouvrir un nouveau cycle.

Le scrutin, supervisé par des représentants de la FIFA et de la CAF, s’est déroulé dans un climat apaisé, avec une forte mobilisation. Au total, 72 délégués étaient présents sur les 77 attendus.

L’installation officielle du nouveau comité exécutif est annoncée pour le 19 avril, tandis que les activités fédérales devraient reprendre leur rythme normal dès la semaine suivante.

Un profil entre gestion et ambition sportive

Né le 12 janvier 1973 à Bamako, Mahazou Baba Cisset présente un profil atypique, à la croisée du monde des affaires et du sport. Formé en économie et gestion à l’ENA, il a bâti l’essentiel de sa carrière dans le secteur privé, notamment à travers sa société de sous-traitance minière créée en 2015.

Son engagement dans le football s’est intensifié ces dernières années avec la fondation de l’Académie ABM Foot en 2022, puis du FC Malicoura en 2023. Une implication progressive qui lui a permis de s’imposer comme un acteur crédible du développement du football local.

À la tête de la FEMAFOOT, il succède à Mamoutou Touré dit Bavieux et hérite d’un chantier important. Son programme s’articule autour de trois axes majeurs, en l’occurrence la transparence dans la gestion, la réconciliation des acteurs du football malien et la professionnalisation du secteur.

Ambitieux, le nouveau président affiche clairement ses objectifs : structurer durablement le football national et positionner le Mali parmi les nations majeures du continent. Une nouvelle ère s’ouvre désormais, avec des attentes élevées et des défis à la hauteur des espoirs suscités.

Mohamed Kenouvi

Abdoulaye Tamboura: « Cette décision relève avant tout d’un pragmatisme diplomatique ».

Le Mali a retiré sa reconnaissance de la République arabe saharaouie démocratique (RASD), soutenant ainsi le plan marocain d’autonomie.  Abdoulaye Tamboura, analyste géopolitique, nous éclaire sur les retombées de ce virage diplomatique. Propos recueillis par Massiré Diop.

Comment interprétez-vous le changement de position du Mali sur le Sahara Occidental ?

Cette décision relève avant tout d’un pragmatisme diplomatique. Les États ajustent leurs positions en fonction de leurs intérêts stratégiques, des rapports de force régionaux et de leurs priorités du moment. Le Mali a choisi ici une ligne qu’il estime plus conforme à ses intérêts diplomatiques et sécuritaires. Cette évolution traduit aussi une lecture plus réaliste des intérêts diplomatiques du Mali dans un environnement régional en mutation. La diplomatie n’étant pas figée, les États peuvent revenir sur des positions anciennes lorsque le contexte stratégique évolue.

Cette décision peut-elle affecter les relations Mali – Algérie ?

Oui, il est possible qu’elle laisse des traces. L’Algérie est le principal soutien politique et financier du Front Polisario et cette décision pourrait être perçue comme un éloignement de sa position sur la question saharaouie. Dans le contexte actuel, elle sera forcément observée de près.

Ce choix a-t-il aussi une portée interne pour le Mali ?

Absolument. Le Mali réaffirme également le principe de son intégrité territoriale et son refus de toute remise en cause des frontières. Elle renvoie aussi à la volonté de l’État malien de réaffirmer son attachement à l’intangibilité de ces frontières. Cette dimension est importante au regard de ses propres défis sécuritaires et territoriaux.

Proche-Orient : Le blocus maritime fait monter la pression avant le 22 avril

Le cessez-le-feu conclu le 8 avril entre Washington et Téhéran tient encore, mais le blocus maritime instauré le 13 avril contre les ports iraniens fait monter la pression. À l’approche du 22 avril, date d’expiration annoncée de la trêve, les inquiétudes se concentrent sur le détroit d’Ormuz et les marchés de l’énergie.

À la suite de l’échec des discussions directes tenues à Islamabad les 11 et 12 avril, les États-Unis ont annoncé la mise en œuvre d’un dispositif de blocus maritime ciblant le trafic lié aux ports iraniens. Les navires à destination ou en provenance des installations portuaires iraniennes sont désormais concernés, tandis que la circulation vers les autres ports de la zone reste autorisée sous surveillance renforcée.

Cette décision intervient après 21 heures de pourparlers entre délégations américaine et iranienne qui se sont achevés sans accord. Le dossier nucléaire demeure le principal point de blocage. Washington continue d’exiger un engagement clair sur l’arrêt de toute capacité militaire liée à l’enrichissement, alors que Téhéran rejette les demandes portant sur le démantèlement de ses installations et lie toute avancée à la levée des sanctions.

Le détroit d’Ormuz concentre désormais l’essentiel des inquiétudes. Cette voie maritime stratégique, par laquelle transite une part majeure du commerce mondial de pétrole, fait l’objet d’une surveillance intense par les forces américaines et iraniennes. Les autorités iraniennes ont indiqué suivre étroitement les mouvements dans la zone, tandis que Washington maintient la pression sur les flux liés aux ports iraniens.

Les marchés ont immédiatement réagi à cette évolution. Les cours du Brent ont repassé le seuil des 100 dollars le baril dans un climat de forte volatilité, nourrissant les inquiétudes sur les coûts de l’énergie, le fret maritime et l’inflation mondiale. Les premières estimations des marchés tablent sur une nouvelle poussée des coûts du transport maritime et des assurances dans le Golfe si le blocus devait se prolonger au-delà de cette semaine. Des tensions durables dans le Golfe pourraient aussi peser sur les prix alimentaires mondiaux.

Dans le même temps, plusieurs capitales poursuivent leurs efforts diplomatiques pour éviter une rupture définitive du cessez-le-feu avant le 22 avril, alors que la région reste sous tension et que toute évolution à Ormuz pourrait avoir des répercussions immédiates sur les marchés mondiaux. Déjà, la Chine et le Pakistan ont appelé le 13 avril à la reprise rapide des discussions afin d’éviter une rupture définitive de la trêve avant le 22 avril.

Le temps long de la démocratie

La démocratie ne se résume ni à des journées électorales ni à des mécaniques importées. Elle repose sur des institutions capables d’organiser le débat, de garantir les libertés, de permettre l’alternance et de soumettre l’exercice du pouvoir à la règle du droit. La Constitution du Mali, promulguée en juillet 2023, consacre elle-même le caractère démocratique de la République et maintient le suffrage comme fondement de l’accession au pouvoir.

L’expérience ouest-africaine rappelle qu’aucun pays n’est condamné à l’instabilité permanente. Le Sénégal a encore démontré en 2024 la solidité de ses mécanismes institutionnels, avec une alternance opérée par les urnes. Le Ghana poursuit depuis la Constitution de 1992 une tradition de transitions électorales apaisées, tandis que le Bénin, autrefois marqué par les ruptures de régime, a fait de sa Conférence nationale de 1990 un tournant durable.

La Sierra Leone et le Liberia, sortis de longues années de guerre civile, offrent également une leçon de résilience. L’acceptation de l’alternance n’y a pas fragilisé l’État, elle a même contribué à sa reconstruction. Le vote n’est donc pas le seul pilier de la démocratie, mais il demeure le moment où la compétition pour le pouvoir cesse d’être une épreuve de force pour devenir un arbitrage collectif.

La démocratie se mesure aussi à la liberté de la presse, à l’indépendance de la justice et à la capacité des institutions à exercer leur rôle de contrôle entre deux scrutins. Une démocratie vivante ne s’arrête pas au soir des résultats, elle se construit chaque jour, dans la responsabilité publique, la participation citoyenne et le respect des contre-pouvoirs.

Adaptée à nos réalités, à nos usages et à nos légitimités traditionnelles, elle demeure avant tout la garantie du pluralisme et du choix souverain des citoyens.

Timor oriental : Le poids du multilatéralisme

Le cas du Timor oriental, devenu Timor-Leste le 20 mai 2002, est l’un des précédents les plus souvent cités dans les différends territoriaux traités sous l’égide des Nations unies. Il illustre la manière dont un contentieux de souveraineté longtemps enlisé finit par trouver une issue à travers un cadre multilatéral et un processus de consultation populaire reconnu.

Ancienne colonie portugaise, le territoire connut un tournant majeur en 1975, lorsque le Portugal s’en retira dans un contexte d’instabilité. La même année, l’Indonésie intervint militairement et intégra le Timor oriental à son territoire. Le dossier demeura ensuite inscrit à l’ordre du jour des Nations unies comme une question relevant du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le territoire figurait déjà depuis 1960 sur la liste onusienne des territoires non autonomes, ce qui renforça le cadre juridique du règlement.

Durant cette période, le Portugal joua un rôle constant en maintenant la question dans le cadre onusien. Au lieu de choisir un camp, risquant ainsi d’envenimer la situation, Lisbonne a privilégié la voie diplomatique et la recherche d’un règlement négocié. Cette démarche aboutit le 5 mai 1999 à la signature d’un accord entre le Portugal, l’Indonésie et les Nations unies.

Pour organiser la consultation populaire, le Conseil de sécurité autorisa le 11 juin 1999 la Mission des Nations unies au Timor oriental (UNAMET), chargée de superviser le vote. Le 30 août 1999, les populations concernées furent appelées à se prononcer sur l’acceptation ou le rejet d’une autonomie spéciale au sein de l’Indonésie. Le rejet massif de cette option a ouvert la voie à l’indépendance. Les résultats annoncés par l’ONU firent état d’un rejet de l’autonomie par près de 78,5% des votants.

Les violences qui ont suivi le scrutin ont conduit au déploiement, en septembre 1999, de la force internationale INTERFET pour rétablir la sécurité avant la mise en place d’une administration transitoire des Nations unies. Celle-ci assura la transition institutionnelle et politique jusqu’à la proclamation officielle de l’indépendance, le 20 mai 2002. La période post-référendaire fut marquée par d’importants déplacements de populations et de graves violences.

Le Timor oriental est devenu une référence dans les études diplomatiques et juridiques consacrées aux différends territoriaux. Il a mis en évidence le rôle que peuvent jouer les mécanismes multilatéraux, la médiation internationale et la consultation populaire dans la recherche d’une issue reconnue par les parties et par la communauté internationale.

Sahara Occidental : ce que le Mali gagne

En retirant sa reconnaissance de la République arabe saharaouie démocratique (RASD) et en soutenant désormais le plan marocain d’autonomie, Bamako opère un tournant diplomatique majeur. Au-delà du geste politique, la vraie question porte sur les gains concrets, immédiats et stratégiques que le Mali entend tirer de ce repositionnement, dans un cadre bilatéral avec Rabat mais aussi géopolitique plus large.

 

Le revirement annoncé par Bamako à l’issue d’une conférence de presse conjointe avec les autorités marocaines marque une inflexion importante de la diplomatie malienne. En rompant avec une position adoptée au début des années 1980, le Mali se rapproche nettement de Rabat sur l’un des dossiers les plus sensibles du continent africain. Mais derrière ce choix, l’enjeu dépasse la seule symbolique diplomatique : il s’agit désormais de comprendre ce que le Mali a obtenu ou espère obtenir en retour.

 

Pour saisir la portée de cette décision, il faut revenir à la genèse du dossier. Le Sahara Occidental est une ancienne colonie espagnole. En 1975, l’Espagne s’en retire, ouvrant une période de fortes tensions diplomatiques et militaires autour de l’avenir du territoire. Le 27 février 1976, le Front Polisario proclame la République arabe saharaouie démocratique, connue sous l’acronyme RASD. Le conflit oppose alors le Maroc, qui revendique sa souveraineté sur le territoire, au Polisario, soutenu notamment par l’Algérie, qui défend le principe d’autodétermination.

 

Repères historiques

 

Le dossier prend très vite une dimension continentale. Au début des années 1980, plusieurs États africains reconnaissent la RASD, dont le Mali. Cette position s’inscrit dans la lecture dominante de l’époque au sein de l’Afrique postcoloniale, où la question du Sahara Occidental est traitée comme un dossier de décolonisation. En 1982, la RASD est admise à l’Organisation de l’unité africaine. Deux ans plus tard, le Maroc quitte l’organisation pour protester contre cette admission. Rabat restera absent de l’institution africaine pendant 33 ans, avant de retrouver sa place au sein de l’Union africaine le 31 janvier 2017.

 

Sur le plan onusien, la question reste juridiquement distincte. Le Sahara Occidental est classé par les Nations unies comme territoire non autonome. Cela signifie qu’aux yeux de l’ONU le processus de décolonisation n’est pas achevé. En 1991, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental, la MINURSO, est mise en place pour surveiller le cessez-le-feu et préparer un référendum. Ce scrutin n’a jamais pu se tenir, en raison de désaccords persistants sur ses modalités. Le mandat actuel de la mission court jusqu’au 31 octobre 2026.

 

La décision prise par Bamako s’inscrit aussi dans l’évolution récente du cadre diplomatique international. La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, a prolongé le mandat de la MINURSO, tout en replaçant le plan d’autonomie proposé par le Maroc au centre des discussions. Le choix de Bamako s’inscrit aussi dans une dynamique internationale plus large, le plan marocain d’autonomie bénéficiant désormais du soutien explicite de plus de 120 États, dont les États-Unis et une majorité de pays européens, ce qui renforce la portée diplomatique du repositionnement malien.

Pour Abdoulaye Tamboura, cette décision relève d’un pragmatisme diplomatique guidé par les intérêts nationaux et l’évolution des rapports de force.

 

Axe Bamako – Rabat

 

Le changement de cap ne peut toutefois être lu uniquement à travers l’histoire du Sahara occidental. Il faut également regarder la relation entre le Mali et le Maroc telle qu’elle s’est développée ces dernières années et surtout les bénéfices potentiels qu’en attend Bamako.

 

La visite du ministre marocain des Affaires étrangères à Bamako a donné lieu à plusieurs annonces structurantes. Parmi les axes réaffirmés figure l’accès des États sahéliens à l’océan Atlantique via les infrastructures portuaires marocaines.

Pour un pays enclavé comme le Mali, la perspective d’un accès facilité aux ports marocains représente un enjeu économique majeur. Cela touche directement les coûts du transport, les délais logistiques, la circulation des marchandises et les capacités d’exportation.

 

L’ancien ambassadeur Birahim Soumaré souligne qu’en tant que « pays enclavé, le Mali trouve dans ce partenariat avec le Maroc une perspective d’accès à l’Atlantique susceptible de renforcer ses corridors économiques et ses capacités d’échanges ».

 

Pour les opérateurs économiques, les corridors d’exportation et d’importation sont un sujet central, tant pour la compétitivité que pour la sécurité des approvisionnements et la diversification des débouchés.

 

L’ancien diplomate relève également que « cette orientation pourrait faire du Mali un point de jonction entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb, à travers de nouveaux corridors économiques ».

Bamako cherche ainsi un avantage logistique durable.

 

Coopération bilatérale

 

Le rapprochement entre Bamako et Rabat s’observe également sur des dossiers très concrets qui peuvent être lus comme des contreparties directes.

Le Maroc a annoncé l’objectif de 300 bourses par an pour les étudiants maliens. Cette mesure vient renforcer une coopération académique déjà ancienne entre les deux pays.

 

De nombreux étudiants maliens poursuivent déjà leurs études supérieures au Maroc, dans des domaines allant de la médecine à l’ingénierie, en passant par les sciences sociales et le commerce.

Le volet religieux conserve lui aussi une place importante. La formation des imams maliens au Maroc se poursuit dans le cadre d’une coopération reposant sur des références doctrinales partagées, notamment le rite malékite.

 

Cette coopération, peu visible dans le débat public, participe néanmoins à la profondeur des relations entre les deux pays.

Les annonces ont également porté sur la mobilité. Les autorités ont évoqué un assouplissement des formalités d’entrée et la levée annoncée de l’autorisation électronique de voyage au Maroc pour les citoyens maliens.

 

Pour les étudiants, les hommes d’affaires et les voyageurs, cette évolution pourrait faciliter les déplacements entre Bamako et Rabat.

La 4e Commission mixte Mali – Maroc, prévue avant la fin de 2026, devra justement permettre d’évaluer si ces annonces se traduisent en engagements effectifs.

 

Répercussions régionales

 

La nouvelle position malienne intervient aussi dans un environnement régional sensible.

 

Les relations entre le Mali et l’Algérie connaissent depuis plusieurs mois une phase de fortes tensions. Or, Alger demeure un acteur majeur du dossier saharaoui et un soutien historique du Front Polisario.

Le choix de Bamako ne manquera donc pas d’être observé avec attention dans les capitales de la région.

 

Sur le volet sécuritaire, Birahim Soumaré estime que « le partenariat stratégique avec le Maroc pourrait donner un nouvel élan à la coopération en matière de renseignement et de sécurité ».

Il ajoute que ce choix pourrait être perçu par Alger comme un désalignement par rapport à sa position historique sur la RASD.

Une lecture que partage Abdoulaye Tamboura, pour qui cette décision pourrait « laisser des traces dans les relations entre Bamako et Alger ».

 

La lecture du revirement malien ne se limite toutefois pas au seul cadre maghrébin. Le soutien affiché au plan marocain d’autonomie peut également être interprété comme un signal adressé à des partenaires plus larges, au premier rang desquels les États-Unis, qui considèrent cette option comme la base la plus sérieuse de règlement du dossier saharien depuis la reconnaissance américaine de la position marocaine en 2020.

 

Sans qu’aucun accord formel ne soit établi, ce repositionnement peut ainsi être lu comme une tentative d’inscription du Mali dans une architecture diplomatique plus vaste où Rabat apparaît aussi comme une passerelle vers Washington.

 

Ainsi, le Mali n’obtient pas seulement des avantages du Maroc, il peut aussi chercher à améliorer sa lisibilité diplomatique dans un environnement international plus large.

 

Lecture stratégique

Le dossier mêle un héritage diplomatique né dans les années 1970 et un choix contemporain guidé par des intérêts concrets comme l’accès à l’Atlantique, la coopération universitaire, la mobilité, la sécurité et la diversification des partenariats. En se rapprochant du Maroc sur un dossier soutenu par Washington, Bamako pourrait aussi chercher à renforcer sa lisibilité auprès de partenaires occidentaux, dans un contexte de recomposition rapide des alliances régionales. Selon Abdoulaye Tamboura, cette décision vise également à réaffirmer le principe de l’intégrité territoriale et le refus de toute remise en cause des frontières. À la croisée du droit international, des équilibres régionaux et des stratégies nationales, le dossier ouvre une nouvelle étape diplomatique dont la portée réelle dépendra de la capacité du Mali à transformer ce repositionnement en gains tangibles.

Neguela : sept morts dans une collision sur la route de la foire

Un accident impliquant deux véhicules de transport en commun et un camion a fait sept morts et sept blessés graves, lundi 13 avril, à l’entrée de Neguela, selon des sources locales. Le drame, survenu sur un axe fréquenté de la région de Koulikoro, relance la question de la vitesse et des conditions de transport sur les routes menant aux foires rurales.

La route de Neguela s’est transformée en scène de deuil en début d’après-midi, lundi dernier, lorsqu’un accident a coûté la vie à sept personnes et blessé grièvement sept autres, selon des informations recueillies auprès de correspondants locaux et relayées sur plusieurs pages d’actualité régionales. Les victimes voyageaient à bord de deux véhicules de transport en commun quittant Kati pour la foire hebdomadaire de Neguela lorsqu’une collision s’est produite avec un camion équipé d’une grue.
D’après ces mêmes sources, le choc serait survenu aux environs de 13 heures à l’entrée de la localité. Plusieurs femmes et enfants figureraient parmi les morts. Les blessés ont été évacués vers des structures de santé à Kati, tandis que les deux chauffeurs des minibus ont été interpellés, l’un d’eux souffrant d’une fracture à la jambe, selon les autorités communales citées localement.
À Neguela, la foire hebdomadaire a été brusquement stoppée par la nouvelle. Un habitant d’un hameau voisin, qui dit avoir perdu deux filles et un petit-fils dans l’accident, faisait partie des familles plongées dans l’attente et le choc au fil de la journée, selon les témoignages recueillis sur place. Les échanges commerciaux, qui attirent chaque semaine habitants des villages et hameaux alentour, ont été marqués par la stupeur.
Ce drame s’inscrit dans une insécurité routière toujours élevée au Mali. Les chiffres officiels validés en 2024 font état de 7 673 accidents corporels, 8 828 blessés et 682 décès sur les routes du pays. L’excès de vitesse figure parmi les premières causes relevées dans les campagnes nationales de sécurité routière.
Sur les axes reliant les centres urbains aux foires rurales, la pression commerciale, la surcharge et la compétition entre véhicules de transport collectif sont régulièrement dénoncées par les usagers. À Neguela, les circonstances exactes de la collision n’avaient pas encore fait l’objet, lundi soir, d’une communication publique détaillée à l’échelle nationale. Mais pour les familles touchées, la route de la foire s’est refermée dans le silence des pertes et l’attente des suites de l’enquête.

PME-PMI : financement, risques bancaires et transformation locale au cœur des échanges

L’accès au financement des PME-PMI, la faible transformation locale des ressources et les contraintes de l’inclusion financière ont occupé le centre des échanges lors d’un afterwork organisé à Bamako par l’Institut Africain de Management et le Club Aliber. Les discussions ont réuni experts, acteurs de l’accompagnement et porteurs de projets autour des principaux freins qui pèsent sur le développement des entreprises.

Organisé le 10 avril 2026 à IAM Bamako dans le cadre du Grin du Manager, l’événement, porté par IAM Executive Education Bamako et le Club Aliber, était consacré au thème : Financement des PME-PMI : blocages et pistes de solutions. La rencontre a été ouverte par Mme Seynabou Diallo, Directrice Générale de l’IAM Bamako, qui a replacé les échanges dans la problématique du modèle de financement à adopter pour soutenir la croissance des entreprises et améliorer leur accès au crédit. Les interrogations ont notamment porté sur les mécanismes les plus adaptés pour renforcer la bancabilité des PME-PMI et les sortir durablement des difficultés de financement.
Prenant ensuite la parole, Mohamed Maïga, directeur d’Aliber Conseil et initiateur de l’activité, a présenté la vocation de sa structure ainsi que celle du Club Aliber, conçu comme un espace d’échanges entre entrepreneurs, experts et décideurs sur les enjeux de management, de financement et de développement des entreprises. L’afterwork a été présenté comme un cadre de dialogue direct, de partage d’expériences et de recherche de solutions pratiques.
Les discussions ont ensuite été animées par Modibo Mao Macalou, économiste et spécialiste des questions financières, Mahamane Badou Traoré, expert en financement des entreprises et ancien cadre de la BNDA, ainsi que Eli Sinayoko, coordinateur du FACEJ, le Fonds d’Appui à la Création d’Entreprises par les Jeunes.
Les échanges ont porté en premier lieu sur la place des PME-PMI dans l’économie nationale et sur la structure du tissu productif malien, articulé autour des secteurs primaire, secondaire et tertiaire. L’accent a été mis sur les activités agrosylvopastorales, minières, commerciales et de services, avec un rappel du poids du bétail, domaine dans lequel le Mali figure parmi les principaux pays d’Afrique de l’Ouest derrière le Nigeria, avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire parmi les principaux marchés de destination.
Le potentiel minier a également occupé une place importante dans les débats, notamment autour du lithium, avec deux projets miniers majeurs en développement dans le pays. Les échanges ont surtout mis en évidence le décalage entre l’abondance des ressources naturelles et la faiblesse de leur transformation locale, ce qui maintient une forte dépendance aux importations de produits transformés et limite la création de valeur sur le territoire national.
Sur le plan financier, les participants ont rappelé la faiblesse persistante de l’inclusion bancaire. Le chiffre de 16 % a été cité au cours des échanges comme repère de bancarisation classique, tandis que les données récentes de la BCEAO situent le taux de bancarisation strict du Mali à 24 %, avec un taux plus large d’utilisation des services financiers intégrant la microfinance et la monnaie électronique. Il a également été rappelé que le pays compte 17 établissements bancaires, mais que le problème ne réside pas uniquement dans l’existence de l’offre bancaire.
Les discussions ont mis en évidence la prudence persistante des banques commerciales vis-à-vis des PME-PMI, en raison du niveau de risque associé à ce segment, notamment l’insuffisance des garanties, la faiblesse de la structuration financière, la qualité de la gouvernance et les difficultés de remboursement rencontrées par certaines entreprises. Il a été relevé que les établissements bancaires privilégient souvent les structures jugées les plus solvables, laissant une part importante des petites et moyennes entreprises en marge du crédit classique.
À l’inverse, les dispositifs de microfinance et de microcrédit apparaissent plus accessibles pour les petites unités économiques et les activités évoluant encore dans l’informel. Les échanges ont rappelé que ces structures enregistrent généralement des taux de remboursement élevés, souvent supérieurs à 90 %, ce qui renforce leur rôle dans l’accompagnement des petits entrepreneurs et des activités à faible niveau de formalisation.
Il a toutefois été relevé que cette accessibilité s’accompagne souvent de coûts de financement plus élevés, avec des taux d’intérêt et des frais pouvant dépasser ceux du système bancaire classique. Cette réalité place de nombreuses PME-PMI face à un arbitrage entre un crédit bancaire difficilement accessible et des solutions de microfinance plus rapides, mais plus onéreuses.
Les échanges ont également porté sur les mécanismes d’accompagnement existants, notamment ceux du FACEJ, ainsi que sur les difficultés persistantes à amener certaines entreprises à formaliser leurs activités, à améliorer leur gestion et à se rapprocher des instruments de financement disponibles.
Les pistes évoquées ont porté sur le renforcement de l’inclusion bancaire, le recours aux FinTech, l’amélioration de l’environnement des affaires, la formation des promoteurs, le développement de solutions de financement adaptées et le soutien à la transformation locale des ressources nationales.

ANSSA : Blocage administratif pour la sécurité sanitaire des aliments

Depuis plusieurs années, l’Agence nationale de la sécurité sanitaire des aliments (ANSSA) évolue dans un vide juridique inédit. Entre paralysie institutionnelle et absence de cadre légal opérationnel, les travailleurs dénoncent une situation critique et multiplient les démarches pour obtenir la relance effective de la structure.

Créée en 2003 pour garantir la sécurité sanitaire des aliments au Mali, l’ANSSA constituait un maillon essentiel du dispositif national de santé publique. Unique dans l’espace UEMOA, elle assurait à la fois le contrôle, la surveillance et l’amélioration de la qualité des produits alimentaires destinés à la consommation.

Mais, en 2019, la réforme ayant conduit à la création de l’Institut national de santé publique (INSP) a profondément bouleversé son fonctionnement. L’ANSSA a alors été fusionnée avec cette structure d’analyses et de recherche, une décision contestée par ses travailleurs, qui estimaient que les missions de l’agence, centrées sur l’agroalimentaire, différaient fondamentalement de celles de l’INSP.

Un tournant intervient en 2022 avec l’adoption de la Loi n°2022-004 du 20 mai. Ce texte consacre officiellement la sortie de l’ANSSA de cette réforme et impose sa re-création ainsi que son opérationnalisation. Pourtant, malgré un processus administratif ayant franchi toutes les étapes, la mise en œuvre reste bloquée. Et une proposition de loi soumise au CNT en la matière a été rejetée par l’organe législatif de la Transition.

« Malgré les nombreuses diligences administratives et techniques accomplies, le processus d’adoption des textes subséquents nécessaires à la mise en œuvre de l’ANSSA demeure illégalement bloqué », affirme le Secrétaire général du Comité syndical des chercheurs de l’ANSSA, Dr Alassane Maïga, dans une lettre adressée au ministre de la Santé le 7 avril 2026.

Une paralysie aux impacts sanitaires et scientifiques

Ce blocage n’est pas sans conséquences. Il a entraîné un véritable arrêt du système national de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments. Aujourd’hui, aucune coordination nationale n’est assurée et les activités de contrôle, d’investigation ou d’alerte sanitaire sont suspendues.

Les programmes de sensibilisation ont été stoppés, tout comme les activités de recherche et de surveillance épidémiologique. Le pays se retrouve ainsi sans dispositif structuré opérationnel pour prévenir les risques liés à la consommation alimentaire, exposant les populations à des dangers sanitaires majeurs.

« Depuis, nous ne travaillons pas. La seule activité que nous menons, c’est à la Commission d’autorisation de mise sur le marché », confie le Dr Alassane Maïga, ajoutant que les ressources générées sont versées à l’INSP, qui « refuse de financer nos missions ».

Sur le plan scientifique et professionnel, la situation affecte profondément les chercheurs. Privés d’activités scientifiques, confrontés à des conditions de travail dégradées et à une absence de perspectives, ils dénoncent une stagnation professionnelle préoccupante. « On ne nous a pas coupé le salaire. Mais nous devons évoluer, administrativement, techniquement », souligne le responsable syndical.

Des revendications claires et urgentes

Face à cette situation jugée « honteuse », les travailleurs de l’ANSSA interpellent les autorités. Ils demandent en priorité la finalisation immédiate des textes permettant la recréation effective de l’agence, conformément à la loi de 2022.

Ils exigent également la restitution des ressources financières qui lui sont destinées, la mise en place d’une administration autonome et fonctionnelle, ainsi que la relance urgente des activités de contrôle et de recherche.

Autre sujet d’inquiétude : un projet de nouvelle réforme en préparation, visant à fusionner l’ANSSA avec deux autres structures sanitaires, notamment le Laboratoire national de la santé et la Direction de la pharmacie et du médicament. « Nous n’y avons pas été associés », déplore le Dr Maïga.

En attendant une réponse des autorités, le syndicat n’exclut pas des actions plus fermes. Plus largement que la seule situation des travailleurs, c’est la sécurité sanitaire des populations maliennes qui est en jeu.

Mohamed Kenouvi

Art contemporain au Mali : Une vitalité créative en quête de structuration

À l’occasion de la Journée mondiale de l’Art, la scène malienne révèle une dynamique artistique réelle, portée par une nouvelle génération, mais confrontée à des défis structurels majeurs.

Chaque 15 avril, la Journée mondiale de l’Art met en lumière la créativité sous toutes ses formes. Au Mali, cette célébration résonne avec une scène contemporaine en pleine effervescence, particulièrement à Bamako, où artistes plasticiens, photographes et collectifs indépendants multiplient les initiatives.

Portée par une nouvelle génération engagée, cette scène se distingue par sa capacité à interroger les identités et à dialoguer avec les traditions locales ainsi qu’avec les réalités contemporaines.

« Aujourd’hui, la scène de l’art contemporain au Mali est à la fois très vivante et en construction », observe l’artiste plasticien Ibrahim Bemba Kébé. Il évoque « une réelle énergie créative », nourrie par des projets indépendants et des dynamiques collectives, malgré un environnement encore fragile.

Cette vitalité se traduit également par une reconnaissance croissante à l’international, notamment à travers des événements comme les Rencontres de Bamako, organisées depuis 1994 pour promouvoir la photographie africaine contemporaine.

Pourtant, ce rayonnement extérieur ne s’accompagne pas toujours d’une valorisation équivalente au niveau local. « Cela crée un décalage entre la richesse de la production artistique et sa visibilité auprès du public malien », souligne l’artiste.

Un écosystème encore fragile

Outre cette effervescence, les acteurs du secteur s’accordent sur les difficultés structurelles qui freinent son développement. Le manque d’infrastructures, de financements et d’espaces d’exposition constitue un frein majeur pour les artistes.

À cela s’ajoute une question centrale, à savoir le marché local. Selon Ibrahim Bemba Kébé, il reste à construire une « véritable culture de collection et de soutien à la création contemporaine » au sein du public et de la classe moyenne.

« Il y a un public naissant, mais il n’y a pas vraiment de grands acheteurs », explique pour sa part Lassina Igo Diarra, promoteur de la Galerie Médina. Pour lui, le défi réside autant dans la sensibilisation que dans l’engagement des élites économiques : « c’est un travail d’éducation des élites afin qu’elles s’intéressent à cette discipline pour qu’elle perdure ».

Le galeriste insiste également sur la nécessité de structurer l’ensemble de la chaîne artistique. « Ce qui manque, c’est l’écosystème, de l’atelier jusqu’à l’acquisition des œuvres », affirme-t-il, évoquant le rôle essentiel des galeries, des critiques d’art et des médias dans la valorisation du secteur.

Mohamed Kenouvi

Spring Meetings de Bretton Woods : À quoi peut s’attendre le Mali ?

Du 13 au 18 avril 2026, Washington accueillera les réunions de printemps des institutions de Bretton Woods, à savoir le FMI et la Banque mondiale. Pour le Mali, ce rendez-vous intervient entre espoirs de reprise et fortes pressions sur les finances publiques.

Le premier enjeu tient à la croissance. Le FMI, qui a validé le 18 mars 2026 la seconde et dernière revue du programme de référence, estime que l’économie malienne pourrait rebondir entre 5, % et 5,5% en 2026, après un ralentissement à 4,1% en 2025, lié à la baisse de la production d’or et aux perturbations d’approvisionnement en carburant. Cette amélioration dépendra toutefois du redressement minier, de la fluidité des corridors logistiques et d’une stabilisation du climat sécuritaire.

L’autre sujet concerne les finances publiques. Le FMI souligne que le budget 2026 reste orienté vers le respect de la norme communautaire de l’UEMOA, avec un déficit attendu autour de 3% du PIB. Cette trajectoire demeure sous pression, entre dépenses sécuritaires, besoins sociaux et soutien à l’énergie. Le rendez-vous de Washington sera donc scruté pour ce qu’il peut révéler sur la capacité du pays à préserver ses marges budgétaires tout en soutenant la reprise.

La mobilisation fiscale, avec près de 1 400 milliards de francs CFA recouvrés en 2025, sera également observée comme un indicateur clé de la solidité budgétaire. L’évolution de l’inflation, attendue autour de 2% à 2,5%, restera tout aussi déterminante pour le pouvoir d’achat et la stabilité macroéconomique.

Les chocs extérieurs constituent une autre vigilance. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient entretiennent une pression sur les cours du pétrole, avec des effets directs pour un pays fortement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés. Toute nouvelle hausse se répercuterait rapidement sur le transport, l’électricité et le coût de la vie.

Le dossier de l’or sera aussi au centre des attentes. Avec des cours internationaux élevés, le Mali peut espérer une amélioration de ses recettes d’exportation et de ses rentrées fiscales. Reste à savoir si cette conjoncture constituera un levier durable pour les finances publiques.

Ce rendez-vous sera avant tout un test de crédibilité économique pour Bamako. Il devrait éclairer les perspectives d’un appui renforcé du FMI et de la Banque mondiale, tout en mesurant si les signes de reprise depuis mars peuvent ouvrir un nouveau cycle de financements et de réformes.

Jeunesse et sécurité : Un chantier inachevé

La place des jeunes dans la prévention des conflits n’est plus un sujet périphérique. Au Mali, le débat s’est imposé avec plus de force depuis la relance, le 24 mars 2026 à Bamako, du processus d’élaboration du Plan d’action national Jeunesse, paix et sécurité. Pourtant, malgré cette impulsion, le pays reste encore sans cadre formellement adopté.

Dans un pays où près de 67% de la population a moins de 25 ans, la question dépasse largement le champ de la jeunesse au sens administratif. Chômage, ruptures scolaires, déplacements forcés et manque de perspectives nourrissent un terrain fragile, particulièrement dans les zones touchées par l’insécurité. Plus de 400 000 personnes demeurent déplacées à l’intérieur du pays, avec une forte proportion de jeunes et d’enfants. Les jeunes paient aujourd’hui le plus lourd tribut à la crise : premières victimes des déplacements, de la déscolarisation et des violences, ils sont aussi les premières cibles des stratégies de recrutement des groupes armés.

Les Nations unies ont pourtant fixé le cap depuis 2015 avec la Résolution 2250, renforcée en 2018 par la Résolution 2419, qui reconnaissent les jeunes comme des acteurs de paix, de médiation et de reconstruction. Le Mali adhère à cette vision, mais la traduction institutionnelle est encore incomplète.

Constats

Pour Sidiki Koné, expert consultant au FNUAP, le constat est clair. « Aujourd’hui, la place des jeunes dans la prévention des conflits et les mécanismes de paix au Mali est reconnue comme essentielle, mais elle reste globalement insuffisamment prise en compte dans la pratique ». Selon lui, les jeunes sont très actifs sur le terrain, dans les dialogues communautaires et les actions de cohésion sociale, mais restent encore insuffisamment associés aux mécanismes décisionnels formels.

Mahamady Togola, Coordinateur national de WANEP-Mali, partage cette lecture tout en rappelant les avancées déjà enregistrées. Il cite notamment le décret du 29 janvier 2019 portant création des Comités consultatifs de sécurité, qui prévoit la participation des jeunes dans les espaces de dialogue local.

« Oui, les jeunes sont présents dans les dispositifs, mais ils ne sont pas encore pleinement intégrés de manière structurée et influente », explique-t-il.

Selon lui, le problème ne réside pas dans le manque d’engagement des jeunes, mais dans l’absence d’un environnement institutionnel suffisamment solide pour valoriser cet engagement. WANEP-Mali a ainsi développé le programme Y-TEaM, axé sur le mentorat et le renforcement des capacités des jeunes leaders en matière de paix et de sécurité.

Les résultats, selon lui, sont déjà visibles. Les jeunes formés ont contribué à améliorer les outils d’alerte précoce, notamment dans l’analyse cartographique des risques. Le Conseil national de la Jeunesse s’est également illustré lors de la récente crise des hydrocarbures, en jouant un rôle d’interface entre populations et autorités.

Failles

Pour autant, les deux experts convergent sur le principal point de faiblesse. Malgré la Politique nationale de la Jeunesse et son Plan d’actions 2023-2027, les initiatives restent dispersées.

« Il manque encore un cadre stratégique unifié », souligne Mahamady Togola, qui estime que l’absence d’un Plan d’action national Jeunesse, paix et sécurité constitue une faiblesse réelle dans la réponse à la crise. Cette relance a pourtant également permis d’associer des organisations de jeunes, des acteurs communautaires et des partenaires techniques, signe d’une volonté de bâtir un cadre fondé sur une concertation élargie.

Cette absence de coordination fait peser plusieurs risques. Le premier est celui du sentiment d’exclusion, particulièrement chez les jeunes des zones rurales ou affectées par les conflits. Le second concerne la vulnérabilité à la radicalisation et au recrutement par des groupes extrémistes.

Mais, pour WANEP, le risque ne se limite pas à la sécurité. Il touche aussi à la cohésion sociale et au potentiel économique du pays. « La jeunesse représente un potentiel énorme en termes d’innovation, de créativité et de contribution économique », rappelle Mahamady Togola.

Enjeux

La relance du processus en mars 2026 constitue donc une étape importante, mais elle ne suffira pas si elle ne débouche pas rapidement sur un cadre national structuré, inclusif et opérationnel.

La question n’est plus de savoir s’il faut impliquer les jeunes. Elle porte désormais sur la manière de le faire, de façon durable et influente. Comme le résume Mahamady Togola, « la paix au Mali se construira avec la jeunesse ou elle ne se construira pas durablement ».

Nécrologie – Mahamane Hamèye Cissé, une voix majeure de la presse s’éteint

Le monde médiatique malien est en deuil. Mahamane Hamèye Cissé, journaliste, formateur et acteur clé de la régulation des médias, est décédé aujourd’hui, laissant derrière lui une carrière marquée par l’engagement, la rigueur et une profonde conviction du rôle social de la presse.

Titulaire d’une maîtrise en Droit public, il s’était imposé au fil des années comme l’un des défenseurs les plus constants de l’amélioration des conditions d’exercice du journalisme au Mali. Son parcours l’avait conduit à multiplier les formations spécialisées — gestion d’entreprises de presse, droit de la presse, communication institutionnelle, régulation et autorégulation — avant de devenir lui‑même formateur, transmettant son expertise à plusieurs générations de professionnels.

En 2014, alors directeur de publication du Scorpion, il avait intégré le premier collège de la Haute Autorité de la Communication (HAC). Cette nomination faisait suite au choix conjoint du Groupement Patronal de la Presse Écrite (GROUPE) et de l’Association des Éditeurs de la Presse Privée (ASSEP), qui voyaient en lui un représentant naturel de la profession. Déjà à l’époque, ses pairs saluaient un homme « à la taille de l’emploi », capable de porter les enjeux de la presse avec hauteur et constance.

Son engagement dépassait le cadre national.

Mahamane Hamèye Cissé fut notamment : membre fondateur de Net Peace Africa et coordinateur pour l’Afrique de l’Ouest, membre du Conseil d’administration du Réseau des Journalistes Africains pour la Paix et la Sécurité auprès de la Commission de l’Union africaine, ancien membre du Conseil supérieur de la Communication

À travers ces responsabilités, il a contribué à renforcer la place des médias dans la prévention des crises, la promotion de la paix et la consolidation démocratique.

Homme de principes, respecté pour sa droiture et son sens du devoir, il laisse l’image d’un professionnel exigeant, profondément attaché à la dignité du métier et à la formation des jeunes journalistes.

Sa disparition constitue une perte majeure pour la presse malienne. Le Journal du Mali présente ses condoléances les plus attristées à sa famille, à ses proches et à l’ensemble de la communauté médiatique.

 

Aïda Zeba : « Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? »

À deux jours de la grande finale du West Africa Women Speakers Forum, prévue le 11 avril au CICB de Bamako, Aïda Zeba, Coordinatrice de l’initiative, revient sur les enjeux de cette deuxième édition. Entre éloquence, leadership féminin et réflexion sur la place des femmes dans la vie politique de la sous-région ouest-africaine, elle explique le sens d’un rendez-vous qui réunit des candidates issues des sept pays finalistes.

Pourquoi avoir choisi Bamako pour accueillir cette deuxième édition ?

D’abord, c’est une victoire. La première édition s’est tenue au Burkina Faso, dans un environnement qui nous était plus familier. Venir à Bamako représentait un défi, mais cela répond aussi au règlement de la compétition : le pays de la gagnante organise l’édition suivante. La lauréate de la première édition étant Malienne, il était naturel que nous venions ici. Nous avons constitué un comité d’organisation composé à 80% de Maliens. Les phases éliminatoires, les quarts et les demi-finales se sont déroulés en ligne pendant six mois.

Quelle a été la mobilisation autour de cette édition ?

Nous avons enregistré environ 350 inscriptions pour les 7 pays concernés. Après les différentes étapes, nous avons retenu une finaliste par pays, soit sept finalistes : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Togo, le Bénin, le Sénégal et la Guinée-Conakry.

Pourquoi avoir placé l’engagement politique des femmes au cœur de cette édition ?

Nous sommes partis d’un constat. Nous estimons qu’il existe assez de dames leaders, mais qu’elles sont peu nombreuses sur la scène politique, à notre humble avis. Nous ne voulons pas seulement dénoncer cette réalité ; nous voulons aussi la questionner. Si le talent est là, pourquoi n’osent-elles pas ? Pourquoi n’y vont-elles pas ? Tous les thèmes développés, des éliminatoires à la finale, tournent autour de cette interrogation.

Que gagnera la lauréate ?

La gagnante bénéficie d’une bourse d’études de six mois, tout frais payés, à Accra, pour apprendre l’anglais. Elle peut aussi suivre un MBA en gestion de projets dans le domaine de son choix. Le billet d’avion, le logement et la nourriture sont entièrement pris en charge.

Quel message souhaitez-vous adresser au public à l’approche de la finale ?

Je voudrais déjà remercier le peuple malien, parce qu’en matière d’hospitalité, ce sont les meilleurs. Et j’ose espérer que le 11 avril nous aurons beaucoup de participants au CICB, à partir de 9 heures.

Sahel : le Groupe de la Banque mondiale engage un nouveau partenariat

Le Groupe de la Banque mondiale soutient de nouveaux cadres de partenariat pays (CPF) avec le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres sont destinés à soutenir l’emploi surtout pour les jeunes et les femmes, les infrastructures et la productivité agricole, appuyer les réformes et le développement du secteur privé.

Le nouveau partenariat annoncé ce 7 avril 2026, renforce la collaboration entre le Groupe de la Banque mondiale et les pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger et Tchad). Le cadre mobilise en outre les atouts de l’Association internationale de développement (IDA), la Société financière internationale (IFC) et de l’agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) afin d’élargir l’accès au financement des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), de renforcer les chaînes de valeur et créer davantage d’emplois de qualité.

Les CPF placeront les populations au cœur de l’action, appuieront les leviers indispensables à l’accélération de la croissance et du progrès et renforceront l’intégration transfrontalière afin de promouvoir un développement équilibré dans le Sahel », déclare Clara de Sousa directrice de division du Groupe de la Banque mondiale pour le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. Ces cadres ciblent des secteurs à fort potentiel, soutiennent les programmes régionaux et des projets transfrontaliers, ajoute la directrice de division. Ces cadres soutiennent également les programmes clés du Groupe de la Banque mondiale (santé, électricité, agriculture).

Les nouveaux CPF sont alignés sur les priorités nationales de développement des pays du Sahel, selon la banque mondiale.

Axés sur les résultats, les CPF visent à traiter les causes de la fragilité, des conflits et de la violence pour améliorer l’accès aux services sociaux, ajoutent la Banque mondiale. Des cadres prioritaires qui mettent l’accent sur la gouvernance, la diversification économique et l’accélération d’une croissance inclusive portée par le secteur privé.

« Un secteur privé fort et innovant est primordial pour attirer l’investissement, accroître la productivité, créer des emplois et renforcer la résilience économique face aux chocs exogènes et endogènes », note Olivier Buyoya, directeur de division d’IFC pour l’Afrique de l’Ouest.

Diplômés des Licences de l’ENSUP : Le bras de fer qui secoue l’école malienne

Le différend autour des enseignants détenteurs de la licence professionnelle issue de la formation continue à l’École normale supérieure de Bamako prend une tournure préoccupante et ravive les tensions dans le système éducatif malien. Par une note datée du 2 avril 2026, le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, a instruit les Directrices et Directeurs des Académies d’enseignement de procéder, dans un délai de quinze jours, à l’affectation ou à la réaffectation des enseignants concernés dans les écoles relevant des Centres d’animation pédagogique, conformément aux besoins des structures d’origine.

Cette décision s’inscrit dans le prolongement d’une correspondance antérieure du département déjà consacrée à la gestion de ces enseignants et relative à la nécessité de relever le niveau de l’enseignement par un redéploiement de ces diplômés dans les établissements scolaires du fondamental.

De leur côté, les Syndicats de l’Éducation signataires du 15 octobre 2016, dans une lettre datée du 24 février 2026, défendent une lecture inverse. Ils s’appuient sur les textes ayant consacré le passage de l’ENSUP au système LMD et redéfini ses missions, estimant que l’établissement n’a plus vocation à former des enseignants destinés au fondamental.

Ils réclament en conséquence le déploiement des détenteurs de licence dans l’enseignement secondaire, normal, technique et professionnel, en cohérence avec la nature de leur formation.

Ce dossier révèle un conflit de cadrage institutionnel entre l’instruction administrative du ministère et la lecture juridique portée par les organisations syndicales, sur fond de vives inquiétudes.

États-Unis – OTAN : La trêve n’efface pas la fracture

Le fragile cessez-le-feu obtenu entre Washington, Téhéran et Tel-Aviv n’a pas dissipé les tensions entre les États-Unis et leurs alliés européens. Derrière l’accalmie militaire autour du détroit d’Ormuz, la crise a ravivé les interrogations sur la solidité du lien transatlantique et sur l’avenir de l’alliance atlantique.

La trêve provisoire annoncée entre les États-Unis, l’Iran et Israël a pour l’instant éloigné le risque d’un embrasement régional. Mais elle n’a pas refermé la fracture diplomatique ouverte ces derniers jours entre Washington et plusieurs capitales européennes. Donald Trump a ravivé les interrogations sur l’engagement américain au sein de l’OTAN, reprochant à certains alliés leur refus de s’engager davantage dans la sécurisation du détroit d’Ormuz et des voies maritimes énergétiques. Cette accalmie de deux semaines, saluée avec prudence à Bruxelles, ne dissipe ni les tensions accumulées ni les doutes sur la place future de Washington au sein de l’alliance.

Le sujet dépasse désormais la crise immédiate au Moyen-Orient. C’est toute la crédibilité du pilier sécuritaire occidental qui se trouve questionnée. La visite à Washington du Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, prévue du 8 au 12 avril, vise à contenir une tension rare entre les deux rives de l’Atlantique. Il doit également s’entretenir avec Marco Rubio et Pete Hegseth dans une tentative de désamorcer les divergences.

Washington est au cœur du dispositif militaire de l’alliance. Si la direction politique est assurée par Mark Rutte, les États-Unis occupent toujours le poste militaire le plus stratégique à travers le SACEUR, Commandement suprême des forces alliées en Europe, historiquement confié à un Général américain. Cette fonction est exercée par le Général Alexus G. Grynkewich, qui supervise la dissuasion, les déploiements sur le flanc oriental et la coordination opérationnelle.

À cette présence militaire s’ajoute le rôle diplomatique central de Washington au sein du Conseil de l’Atlantique Nord, organe décisionnel de l’alliance. Plutôt qu’un simple geste politique, une éventuelle sortie américaine toucherait directement l’architecture de défense collective de l’Europe.

Sur le plan institutionnel, une telle décision reste toutefois encadrée. Depuis 2023, le Congrès américain impose qu’aucun retrait des États-Unis de l’OTAN ne puisse être acté sans l’accord des deux tiers du Sénat ou l’adoption d’une loi spécifique. Le traité prévoit en outre un délai d’un an après notification officielle.

Pour les alliés européens, la trêve avec l’Iran n’efface donc pas la question centrale : celle de la fiabilité de l’engagement américain dans une période marquée par les tensions énergétiques, les risques militaires et des divergences stratégiques persistantes.

Le sacrifice sans issue

Depuis plus de trois ans, la crise énergétique ne cesse d’éprouver les ménages, les entreprises et l’activité économique. Les délestages se prolongent, les charges explosent et le coût de la vie s’alourdit. Pourtant, les ressources ont bien été mobilisées. Au moins 24 milliards de francs CFA ont été injectés dans le secteur de l’électricité dès juillet 2025, tandis qu’une partie des prélèvements sur les services télécoms, l’internet et le mobile money alimente le fonds de soutien aux infrastructures de base. Malgré cet effort, les coupures persistent et l’horizon reste flou.

Le vrai sujet n’est plus seulement financier. Il touche désormais à la confiance. Quand les populations acceptent de contribuer davantage, dans une période déjà marquée par la hausse du carburant, des denrées et du transport, elles attendent en retour des résultats visibles, ou, dans une moindre mesure, un partage clair de l’effort.

Dans plusieurs pays confrontés à des crises sévères, des dirigeants ont choisi d’envoyer un signal fort. Au Ghana, des réductions volontaires de salaires au sommet de l’État avaient été annoncées pour accompagner les sacrifices demandés aux citoyens. Ailleurs, des dépenses de prestige ont été gelées afin de montrer que l’effort national ne reposait pas uniquement sur les ménages.

C’est cette dimension qui manque aujourd’hui au débat. Le sacrifice demandé à la population ne peut durablement tenir sans une perspective lisible ni un sentiment d’équité. Après un an de prélèvements exceptionnels sans amélioration notable du quotidien, la question que tout le monde se pose est de savoir jusqu’à quand peut-on encore demander aux populations de tenir si aucun signe concret de sortie de crise n’apparaît ?