« Blocus » autour de Bamako : Tentatives de paralysie et riposte militaire

Depuis le 30 avril 2026, le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda, tente d’imposer un blocus sur plusieurs axes stratégiques menant à Bamako. Ces tentatives interviennent quelques jours après les attaques coordonnées du 25 avril, dirigées contre plusieurs positions militaires maliennes.

Sur le terrain, la menace est bien réelle. Les groupes armés terroristes multiplient les actions de sabotage, les embuscades et les intimidations contre les transporteurs civils afin de perturber l’approvisionnement de la capitale et d’installer un climat de peur. Toutefois, malgré les difficultés, les principaux corridors routiers ne sont pas totalement coupés et l’armée malienne poursuit ses opérations pour contenir la pression jihadiste.

Le week-end dernier, une nouvelle étape a été franchie avec l’incendie d’une douzaine de cars à Zambougou, à une trentaine de kilomètres de Ségou, sur l’axe reliant le centre du pays à Bamako. Des vidéos relayées sur les réseaux sociaux montrent des véhicules en flammes, des bagages abandonnés sur la chaussée et des passagers tentant de fuir vers la brousse.

Cette montée de l’insécurité a provoqué un ralentissement important du trafic routier. Certaines compagnies de transport ont suspendu leurs rotations vers et depuis Bamako. Dans plusieurs gares routières, des voyageurs sont bloqués depuis plusieurs jours, faute de tickets disponibles.

Sur les grands axes, les autocars de grande capacité circulent désormais rarement. Quelques minibus continuent toutefois d’assurer les trajets en empruntant des itinéraires secondaires afin d’éviter les zones les plus exposées.

Pression jusqu’à l’Ouest

L’impact du blocus dépasse les environs immédiats de Bamako. À Kita, dans l’ouest du pays, un nombre croissant de voyageurs maliens et étrangers cherchent refuge en attendant une amélioration de la situation sécuritaire sur les routes menant à la capitale.

Dans le même temps, le JNIM semble vouloir frapper des infrastructures stratégiques. Des installations électriques liées au barrage hydroélectrique de Manantali, dans la région de Kayes, ont notamment été visées au cours des derniers jours, perturbant considérablement la fourniture d’électricité à Bamako.

L’objectif du groupe jihadiste dirigé par Iyad Ag Galy paraît clair : perturber les flux économiques, compliquer l’approvisionnement de Bamako et démontrer sa capacité de nuisance sur les principaux corridors du pays.

Multiplication des opérations des FAMa

Face à cette offensive, les Forces armées maliennes maintiennent une forte pression militaire sur plusieurs fronts. L’État-major général des armées affirme avoir neutralisé plusieurs combattants terroristes au cours d’opérations menées dans différentes localités depuis le début du mois de mai.

Pour éviter une paralysie totale de la capitale, des escortes militaires ont également permis l’acheminement vers Bamako de centaines de camions-citernes ces derniers jours.

Lors d’un point de presse le 6 mai, le Chef d’escadron Djibrilla Maïga, Sous-Directeur des Relations publiques de la DIRPA, a assuré que plusieurs axes restaient praticables malgré les tentatives de perturbation des groupes armés.

« L’ennemi, désorienté, tente de perturber les axes routiers autour de Bamako, à travers des modes d’action complexes, assortis d’infiltrations. Cependant, grâce à l’engagement et à la détermination de nos hommes, les axes Ouéléssébougou – Bougouni et Ségou – Bamako restent praticables », a-t-il déclaré.

L’officier a toutefois reconnu que les zones de Kayes et Kita constituaient actuellement les principaux points d’effort des groupes terroristes. « Des opérations sont actuellement en cours pour les sécuriser », a-t-il ajouté.

Même discours du côté de l’Africa Corps, engagé aux côtés des FAMa. Dans une déclaration publiée le 10 mai sur sa page Facebook officielle, le groupe affirme que les combattants du JNIM opèrent en petits groupes mobiles pour ériger ponctuellement des obstacles sur les routes menant à Bamako.

Selon cette source, des patrouilles conjointes FAMa – Africa Corps interviennent rapidement dans les zones signalées afin de dégager les axes et d’escorter les convois civils.

Le 8 mai, lors de la cérémonie de passation entre chefs d’État-major, le Général de division Elisée Jean Dao a affiché sa détermination à rétablir la libre circulation sur l’ensemble du territoire.

« Nous allons lever les blocages routiers afin que chacun puisse voyager librement, quand et où il le souhaite », a-t-il affirmé.

Mohamed Kenouvi

Tabaski : Les moutons hors de prix

À deux semaines de la Tabaski, les marchés à bétail de Bamako peinent encore à se remplir. Insécurité, transport coûteux et flambée de l’aliment bétail pèsent déjà sur les prix.

Dans plusieurs points de vente de la capitale, l’offre reste limitée alors que la demande commence à monter. La situation sécuritaire sur les principaux axes d’approvisionnement, le renchérissement du transport et la cherté de l’alimentation pour le bétail compliquent l’arrivée des animaux à Bamako. Alors que les autorités et les acteurs de la filière s’activent pour garantir l’approvisionnement, les moutons présents sur les marchés sont déjà proposés à des prix élevés.

Cette « situation impacte déjà les prix, parce que le peu d’animaux disponibles coûte cher », explique Zoumana Coulibaly, Secrétaire administratif de la Filière Bétail Viande du Mali. Selon lui, la fermeture de plusieurs marchés à bétail dans la capitale et dans certaines localités du pays rend difficile la collecte des animaux. Cette contrainte est aggravée par le coût du transport et l’insécurité sur les trajets, qui limitent les déplacements vers les zones de production.

Des prix hors de contrôle

Dans ce contexte, chaque vendeur répercute sur le prix des moutons les frais supportés pour leur acquisition. « Cette année, c’est très compliqué. Avant, je me déplaçais pour acheter les animaux dans les zones de production. Cette année, ce n’est pas possible », témoigne un vendeur. Des moutons cédés entre 125 000 et 150 000 francs CFA l’année dernière sont aujourd’hui proposés entre 200 000 et 250 000 francs.

Obligé d’acheter désormais ses moutons à Bamako, ce vendeur doit encore les engraisser avant la fête. Le sac de tourteaux, passé de 9 000 francs CFA l’année dernière à 19 000 francs cette année, illustre la pression sur les coûts. Les feuilles d’arachide, l’herbe séchée et les autres aliments utilisés pour l’entretien des animaux suivent la même tendance.

Malgré ces difficultés, des acteurs de la filière espèrent l’arrivée de nouvelles commandes dans les prochains jours. Les responsables attendent aussi les autorisations des mairies afin de permettre l’installation temporaire de vendeurs, notamment si la capitale est ravitaillée dans les tout derniers jours avant la fête avec des conditions sécuritaires jugées satisfaisantes.

L’opération de vente promotionnelle annoncée sous l’égide du ministère de l’Élevage doit également contribuer à approvisionner Bamako. Des inconnues demeurent toutefois sur les volumes disponibles et les prix qui seront réellement pratiqués pour une Tabaski très attendue par de très nombreuses familles maliennes. « C’est une crise sans précédent, mais dans une telle situation, chacun doit se surpasser », conclut M. Coulibaly.

Journée mondiale de la Croix-Rouge : la Croix-Rouge malienne plaide pour une solidarité renforcée

La Croix-Rouge malienne a commémoré, le 12 mai 2026, la Journée mondiale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, dans un contexte marqué par les défis sécuritaires et la baisse des financements humanitaires. La cérémonie a été marquée par des appels à la solidarité, la reconnaissance du rôle des volontaires et un plaidoyer en faveur du renforcement des acteurs humanitaires nationaux.

« Unis dans l’humanité ». C’est le thème de cette édition 2026 de la Journée mondiale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, célébrée chaque 8 mai.
À travers cette commémoration, la Croix-Rouge malienne a voulu rappeler l’importance de la solidarité et de l’action humanitaire dans un contexte mondial marqué par les crises sécuritaires, les déplacements de populations et les difficultés croissantes de financement.
Prenant la parole, la présidente nationale de la Croix-Rouge malienne, Mme Assitan Coulibaly, a insisté sur la portée du thème retenu. « Ce thème n’est pas un simple slogan, mais un cri de ralliement, une profession de foi », a-t-elle déclaré, soulignant qu’il invite à « transcender nos différences » et à préserver « la dignité inaliénable de chaque être humain ».
Dans un monde confronté à de multiples crises humanitaires, Mme Coulibaly a également alerté sur les conséquences de la baisse des financements destinés à l’aide humanitaire.
« Le vent de la baisse des financements humanitaires souffle sur le monde et menace de laisser des millions de vies en suspens », a-t-elle averti, appelant les acteurs humanitaires et les partenaires à rester mobilisés afin de maintenir l’assistance aux populations vulnérables.
Un appel au soutien des partenaires
Représentant le ministre de la Santé et du Développement social, M. Sayon Doumbia a, de son côté, rendu hommage au travail quotidien de la Croix-Rouge malienne sur le terrain. Il a salué une organisation qui demeure, selon lui, « une présence constante, un soutien vital, une main tendue dans les moments les plus sombres ».
Le représentant du département de la Santé a réaffirmé l’engagement des autorités à accompagner la Croix-Rouge malienne dans ses missions humanitaires face aux défis sécuritaires, sanitaires et climatiques auxquels le pays reste confronté.
« Le ministère de la Santé et du Développement social réaffirme son engagement total et inconditionnel à œuvrer main dans la main avec la Croix-Rouge malienne », a-t-il assuré.
M. Doumbia a surtout lancé un appel appuyé aux partenaires techniques et financiers pour un soutien accru à l’organisation humanitaire nationale. Estimant que les difficultés de financement constituent un frein majeur à l’action humanitaire, il a plaidé pour un investissement durable dans les capacités locales.
« Votre appui n’est pas une charité. C’est un investissement stratégique dans la résilience nationale », a-t-il insisté devant les ambassadeurs et les représentants d’organisations présents à la cérémonie.
La localisation de l’aide au cœur des échanges
La cérémonie a également été marquée par l’organisation d’un panel consacré à la « localisation de l’aide dans un contexte de contrainte financière ». Les discussions ont réuni le directeur général de la Croix-Rouge malienne, Nouhoum Maïga, le chef de délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Mali, Nicolas Lambert, ainsi que le chargé des affaires humanitaires d’OCHA au Mali, Souleymane Makadji.
Les échanges ont porté sur les stratégies permettant de renforcer le leadership des acteurs humanitaires nationaux dans un environnement marqué par la raréfaction des ressources. L’objectif affiché était de promouvoir des mécanismes favorisant une plus grande autonomie des structures locales tout en consolidant les partenariats avec les organisations internationales.
Au cours de son intervention, Nicolas Lambert a tenu à réaffirmer l’engagement du CICR aux côtés de la Croix-Rouge malienne. « Le CICR restera aussi longtemps que nécessaire pour encadrer la Croix-Rouge, pour la soutenir », a-t-il déclaré, tout en rappelant le caractère indispensable de ce partenariat. « Il est impossible pour le CICR d’opérer au Mali sans la Croix-Rouge », a-t-il ajouté.
Dans un contexte où les besoins humanitaires demeurent élevés, la Croix-Rouge malienne entend poursuivre son plaidoyer pour davantage de soutien, tout en réaffirmant sa volonté de rester fidèle à ses principes fondamentaux d’humanité, d’impartialité et de solidarité.
Mohamed Kenouvi

États-Unis – Chine : Le test de Pékin

Donald Trump effectue du 13 au 15 mai une visite d’État en Chine, à l’invitation de Xi Jinping. Ce déplacement marque la première visite d’un Président américain dans le pays depuis novembre 2017, soit près de neuf ans sans séjour présidentiel américain sur le sol chinois.

Initialement envisagé plus tôt, le rendez-vous a été reporté après l’aggravation de la crise iranienne et des tensions au Moyen-Orient. Il intervient dans un contexte où Washington cherche à obtenir de Pékin des gestes sur plusieurs dossiers sensibles. Les discussions doivent porter sur le commerce, les droits de douane, les minerais critiques, l’intelligence artificielle, les technologies à double usage, les questions nucléaires, Taïwan et l’Iran.

L’enjeu dépasse largement le dialogue bilatéral. Donald Trump veut maintenir la pression sur la Chine, notamment par les restrictions technologiques et l’arme tarifaire, afin de défendre les intérêts industriels américains et de limiter les soutiens chinois jugés utiles à Téhéran. Pékin entend préserver ses marges économiques et diplomatiques. Cette rencontre dira si les deux puissances peuvent contenir leur rivalité sans aggraver les fractures mondiales. Pour les marchés, l’issue pèsera sur l’énergie, les chaînes d’approvisionnement, les investissements et les prix dans de nombreuses économies, africaines comprises.

Donald Trump s’est déjà réjoui quand à l’avenir des relations entre les deux pays. « C’est un honneur d’être avec vous. C’est un honneur d’être votre ami et les relations entre la Chine et les Etats-Unis vont être meilleures que jamais », a déclaré Trump lors d’une rencontre avec Xi Jinping, ce 13 mai.

Félicitant le président chinois pour son leadership et les progrès accomplis à la tête de son pays, Donald Trump a insisté sur l’importance du volet économique de ce sommet, rappelant que la délégation qui l’accompagne souhaite faire avancer les relations économiques entre les deux pays.

Chantiers à risque : L’exemple ivoirien du contrôle renforcé

En Côte d’Ivoire, les effondrements d’immeubles n’ont pas disparu. Mais les autorités ont choisi de répondre par davantage de contrôles, des démolitions et une responsabilité mieux encadrée.

La Côte d’Ivoire n’offre pas un modèle parfait. Des immeubles s’y sont encore effondrés ces dernières années. Mais son expérience donne un point de comparaison utile aux pays de la sous-région confrontés aux mêmes risques. Face aux constructions anarchiques, Abidjan a durci le ton. Le contrôle des chantiers n’est plus présenté seulement comme une étape administrative liée au permis de construire, mais comme une présence technique avant, pendant et après les travaux.

Le Code ivoirien de la Construction et de l’habitat donne un rôle précis au contrôleur des constructions. Il intervient sur les plans d’exécution, l’implantation, les fouilles, les dosages du béton, les coffrages, les ferraillages, la qualité des matériaux et le respect des normes. Le texte prévoit aussi qu’il peut faire arrêter le chantier lorsque le maître d’ouvrage refuse de respecter les prescriptions destinées à garantir la stabilité du bâtiment.

Indépendance

Cette fonction est pensée comme une mission indépendante. Le contrôleur ne doit pas être en même temps concepteur, exécutant ou expert du même ouvrage. Cette séparation vise à éviter qu’un acteur chargé de vérifier les travaux ne se retrouve aussi impliqué dans leur conception ou leur réalisation.

La réponse ivoirienne s’est aussi traduite sur le terrain. En août 2022, les autorités ont lancé une Plateforme collaborative de contrôle des constructions associant plusieurs structures publiques. L’objectif était de rendre les contrôleurs plus mobiles, plus nombreux et plus réactifs. Dix-neuf véhicules 4×4 avaient alors été mis à leur disposition. Les chiffres donnés en 2022 par le ministre ivoirien de la Construction, Bruno Koné, montrent un changement d’échelle. Les visites de contrôle sont passées de 2 760 en 2020 à 9 867 en 2021, avec 6 500 contrôles déjà réalisés mi-2022. Les démolitions ont aussi augmenté, avec 51 immeubles démolis en 2021 contre 2 en 2020, puis 42 mi-2022, pour non-respect des règles.

L’objectif affiché est de réduire les effondrements en intervenant sur les anciens immeubles présentant des risques. Cette orientation donne une place centrale à la prévention, avant l’urgence et le contentieux.

L’expérience ivoirienne ne règle pas tout. Elle montre toutefois qu’une politique de prévention suppose des textes appliqués, des contrôleurs présents sur les chantiers, des sanctions visibles et une chaîne des responsabilités lisible.

Kenya : Le nouveau pari africain de Paris

À Nairobi, la France cherche à redéfinir sa relation avec l’Afrique. Le sommet Africa Forward a mis l’économie au premier plan, dans un contexte marqué par le recul de son ancien dispositif militaire.

Le sommet Africa Forward s’est tenu les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, sur le thème « Partenariats Afrique-France pour l’innovation et la croissance ». Coprésidé par William Ruto et Emmanuel Macron, il a rassemblé plus de trente dirigeants africains, des institutions financières, des entreprises et des acteurs de l’innovation. Le choix du Kenya marque une inflexion. Pour la première fois, ce format est organisé dans un pays africain anglophone, loin du cadre francophone qui a longtemps structuré les relations politiques de Paris avec le continent.

Cette orientation intervient après plusieurs années de tensions avec les pays du Sahel central. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’AES, ont rompu avec la présence militaire française et développé un discours souverainiste de plus en plus frontal. D’autres pays ont aussi réorganisé leur coopération militaire avec Paris. La France ne dispose plus du même maillage de bases permanentes en Afrique de l’Ouest et du Centre. Son principal point d’appui permanent reste Djibouti, avec environ 1 500 soldats, sur un axe stratégique reliant la Mer Rouge, le Golfe d’Aden, Bab el-Mandeb et le Moyen-Orient.

À Nairobi, la réponse française a été d’abord économique. Emmanuel Macron a annoncé 23 milliards d’euros d’investissements mobilisés pour le continent, dont 14 milliards venant d’acteurs français et 9 milliards d’acteurs africains. Parmi les projets cités figure un engagement de 700 millions d’euros de CMA CGM pour moderniser un terminal du port de Mombasa. Les secteurs avancés concernent l’énergie, la finance, l’agriculture, l’intelligence artificielle, l’économie bleue, la santé et l’industrialisation.

Ces annonces ont donné au sommet une portée qui dépasse la diplomatie protocolaire. Elles devront toutefois être évaluées à travers les décaissements, les emplois créés, les transferts de compétences et la place accordée aux entreprises africaines. Face à la Chine, la Russie, la Turquie, les pays du Golfe, les États-Unis et l’Union européenne, Paris tente de rester présent par une méthode moins militaire et plus économique. Ce déplacement vers Nairobi montre aussi l’importance croissante de l’Afrique anglophone dans les équilibres diplomatiques. Il place le Kenya au centre d’une position où les partenariats se jugeront désormais sur les résultats concrets. Pour Paris, l’enjeu consistera à transformer ces annonces en coopérations mesurables pour les populations africaines.

Hivernage : Agir maintenant

À la mi-mai, le Mali entre dans la période où l’hivernage cesse d’être une prévision pour devenir une urgence. Déjà, les premières pluies ont commencé. Le gouvernement a validé un plan de prévention doté de 4,071 milliards de francs CFA pour 2026, avec le curage annoncé de 241 kilomètres de caniveaux et de 85 kilomètres de collecteurs à Bamako.

Les autorités indiquent aussi que 5 des 11 marigots recensés dans la capitale ont été libérés, soit 40,6 kilomètres traités, pour un taux d’exécution de 55,54%. Ces chiffres existent. Ils montrent un effort. Mais ils ne suffisent pas à rassurer lorsque dans plusieurs quartiers la sensibilisation est peu visible et que les gestes quotidiens de prévention semblent encore trop discrets.

L’expérience de 2024 devrait pourtant imposer une autre cadence. Les inondations avaient provoqué des dégâts considérables, avec 729 cas recensés, 47 306 maisons effondrées, 2 915 greniers et magasins détruits et 88 083 ménages affectés, selon les données rapportées par la Banque mondiale. Derrière ces statistiques, il y a des familles déplacées, des enfants privés d’école, des commerçants ruinés et des quartiers entiers condamnés à attendre la prochaine pluie dans l’angoisse.

Prévenir l’hivernage ne peut donc pas se limiter au curage des caniveaux. Il faut informer tôt, identifier les zones à risque, dégager les voies d’eau, contrôler les constructions dangereuses, équiper les équipes d’intervention et responsabiliser les citoyens.

L’eau ne négocie pas avec des lenteurs administratives. Chaque jour perdu avant les grandes pluies peut devenir demain une maison inondée ou une vie brisée. D’où l’urgence d’agir maintenant.

Effondrements d’immeubles : Les failles persistantes du contrôle des chantiers

La répétition des effondrements de bâtiments nourrit les inquiétudes sur la sécurité des chantiers et l’application des règles de construction. Les interrogations portent autant sur les permis de construire que sur les études techniques, le suivi des travaux et les responsabilités.

Au Mali désormais, les effondrements de bâtiments ne peuvent plus être traités comme des accidents isolés. De Bamako à Kita, en passant par Ségou, leur répétition installe une inquiétude autour de chantiers qui montent parfois sans que l’on sache si des permis existent, si des études ont été réalisées et si les travaux sont suivis.

Ainsi, à chaque drame reviennent les mêmes questions : autorisation du chantier, conception des plans, vérification du sol, des fondations, du béton et du ferraillage, contrôle de l’exécution et responsabilités en cas d’effondrement. Toutefois, elles ont pris une nouvelle force après la sortie du Directeur national de l’Urbanisme et de l’Habitat, Mahamadou Ouologuem, sur l’ampleur des chantiers dépourvus d’autorisations à Bamako.

Permis absents

En effet, le 6 mai 2026 Mahamadou Ouologuem a affirmé que la plupart des chantiers de Bamako n’avaient pas d’autorisation de construire. Cette déclaration pèse d’autant plus qu’elle vient de l’administration chargée de l’urbanisme, de l’habitat et du contrôle. Elle montre également que le problème ne se limite pas à quelques constructions isolées.

Pour faire face à cette situation, la Direction nationale de l’Urbanisme et de l’Habitat a annoncé le renforcement des contrôles, des équipes dans les six communes du District, le recensement des bâtiments à risque, la transmission de procès-verbaux aux tribunaux, la réforme du permis de construire et la sensibilisation des promoteurs.

Pour autant, le drame de Daoudabougou reste marquant. Le 22 mars 2026, un immeuble R+4 en chantier s’est effondré en pleine phase de travaux. Les premiers bilans ont fait état de victimes et de personnes secourues. Ce cas s’ajoute à d’autres effondrements : Kita, le 10 avril 2023, trois morts et huit blessés ; ACI 2000, le 30 juin 2023, sans décès signalé ; Moribabougou et Sénou-Banankoroni, le 16 septembre 2023, au moins sept morts ; Lafiabougou, le 13 juillet 2024, trois morts et quatre blessés ; puis Ségoubougouni, à Kita, en avril 2026.

Cette répétition oblige à examiner toute la chaîne de construction. Selon des experts, un bâtiment peut céder parce que le sol a été mal étudié, la structure mal dimensionnée, le béton mal dosé, le ferraillage insuffisant, les plans non respectés ou le chantier insuffisamment contrôlé.

Les textes maliens prévoient pourtant des garde-fous. Le décret N°2020-0031/P-RM du 27 janvier 2020 impose un permis de construire préalable. Le dossier doit être élaboré par un architecte agréé, sauf dans certains cas attribués à un ingénieur-conseil agréé. Le permis doit être refusé si le projet ne respecte pas les règles d’urbanisme ou les normes. Une construction nouvelle ou réaménagée ne peut pas être occupée avant un constat de conformité.

Le cadre officiel impose aussi l’identification du chantier par un panneau mentionnant le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre, l’entreprise, la nature du projet, la localité et les références de la parcelle. Dans une ville où l’administration reconnaît l’ampleur des chantiers sans autorisation, cette obligation devient un outil de transparence.

Chaîne rompue

La loi relative à l’Ordre des Architectes du Mali rappelle que l’architecte intervient dans la conception, l’organisation, le contrôle des travaux et la conformité dans l’exécution. Sa mission touche donc aussi au suivi.

Pour Hassoun Dicko, Président de l’Ordre des Architectes du Mali, il serait réducteur d’expliquer les effondrements par une seule cause. Le problème vient plutôt de défaillances dans toute la chaîne. Selon lui, l’existence d’un permis ne garantit pas la sécurité d’un chantier si les études ne sont pas sérieuses, si les matériaux ne sont pas contrôlés ou si les professionnels sont contournés après l’autorisation.

« Le principal problème est souvent l’écart entre le dossier administratif et la réalité du chantier », explique-t-il. Il insiste sur la nécessité de vérifier la mission réelle des architectes, ingénieurs, bureaux d’études et entreprises, au-delà des noms inscrits. Pour lui, les contrôles annoncés vont dans le bon sens, mais doivent être faits sur le terrain avec des moyens suffisants. « Le vrai contrôle ne se fait pas seulement dans les dossiers, il se fait aussi sur le chantier », résume-t-il.

Hassoun Dicko plaide pour l’étude de sol obligatoire, l’attestation de mission des professionnels, le mécanisme de traçabilité, à travers le VISA OAM, le contrôle technique indépendant pour les immeubles de plusieurs étages et le diagnostic des bâtiments suspects à Bamako. Il estime aussi que les communes doivent mieux surveiller les constructions, tandis que les ordres professionnels doivent lutter contre les signatures de complaisance.

L’Ordre des Architectes du Mali avait déjà exprimé sa solidarité aux victimes de Daoudabougou-Sirafara et rappelé que l’acte de construire engage la sécurité des personnes et des biens.

Suivi technique

Les ingénieurs occupent une place tout aussi décisive. Un immeuble à plusieurs niveaux dépend d’études techniques précises : connaissance du sol, calcul des charges, dimensionnement des fondations, contrôle du béton, du ferraillage, des poteaux, des poutres, des dalles et du bétonnage. Si l’ingénieur intervient seulement au moment du dossier, puis disparaît pendant l’exécution, le chantier perd une partie essentielle de son contrôle technique.

Pour Hamidou Traoré, ingénieur et Chargé de communication de l’Ordre des Ingénieurs-conseils, les causes techniques d’un effondrement peuvent être multiples. Mauvaise étude du sol, erreurs de calcul, matériaux de qualité insuffisante ou mauvais suivi des travaux peuvent fragiliser un bâtiment. Il cite aussi les catastrophes naturelles, vibrations, détonations, accidents ou ruptures d’échafaudages.

Hamidou Traoré rappelle que les conditions d’autorisation de construire sont fixées par le décret de 2020. Selon lui, les exigences deviennent importantes lorsque la distance entre les poteaux dépasse cinq mètres, lorsque le bâtiment comprend un sous-sol ou lorsqu’il compte plus de deux niveaux. Dans ces cas-là, études techniques, notes de calcul et contrôle du chantier ne devraient pas être de simples formalités.

Dans la pratique, il estime que les ingénieurs ne sont pas toujours associés au suivi réel des travaux. « Dans la majorité des cas, les chantiers sont réalisés à Bamako sans l’intervention d’un bureau d’ingénieur pour le suivi, surtout les chantiers des particuliers », affirme-t-il. Beaucoup de maîtres d’ouvrage sollicitent les ingénieurs-conseils pour la phase du permis de construire, sans les associer ensuite au chantier.

Foncier bloqué

Mahamar A. Maïga, ingénieur du génie civil et expert immobilier, fait le même constat. Il évoque des problèmes liés aux fondations, aux notes de structure, à l’étude de sol et à la qualité des matériaux. Selon lui, beaucoup de constructions sont lancées sans plans véritables ou avec des plans établis sans étude de sol et sans intervention effective des ingénieurs. « Il y a des bâtiments qui ne répondent pas aux normes », relève-t-il.

Il souligne aussi une difficulté liée au foncier. À Bamako, certaines zones loties ne seraient pas approuvées, ce qui complique l’obtention régulière du permis. Des propriétaires peuvent déposer un dossier sans obtenir d’autorisation parce que la zone n’est pas régularisée, puis décider malgré tout de construire. Cette situation alimente les chantiers irréguliers et montre que le contrôle ne peut pas être séparé de la régularisation des lotissements.

Mahamar A. Maïga indique aussi que tout chantier construit sans autorisation devrait être arrêté. Il demande que les services techniques disposent de moyens suffisants pour effectuer un contrôle permanent sur le terrain et exigent l’autorisation de construire, l’étude du sol, les notes de structure, les plans et la présence d’ingénieurs.

L’urbanisme est au cœur de la chaîne. Le décret n°01-210/P-RM du 10 mai 2001 charge le Directeur national de l’Urbanisme et de l’Habitat de diriger, coordonner et contrôler les activités du service. Il prévoit une Division Réglementation et Contrôle, chargée de veiller à l’application des textes.

La responsabilité ne s’arrête pas à un seul acteur, car toute la chaîne de construction est concernée, du promoteur aux services de contrôle. Pour les habitants, l’urgence est d’avoir des permis vérifiables, des études réelles, des chantiers suivis et des bâtiments à risque identifiés avant le prochain drame.

Situation sécuritaire : le gouvernement appelle à une presse « responsable »

Le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Alhamdou Ag Ilyène, a animé le 11 mai 2026 à la Maison de la presse un point de presse consacré au contexte sécuritaire postérieur aux attaques terroristes coordonnées du 25 avril. Face aux professionnels des médias, les échanges ont porté sur les enjeux informationnels liés à la crise sécuritaire et sur le rôle attendu de la presse dans cette période jugée sensible.

Devant une salle composée de journalistes, de responsables de médias publics et privés, de syndicats et d’organisations professionnelles, ainsi que d’acteurs de la communication, le ministre était accompagné du président de la Maison de la presse, Bandiougou Danté, ainsi que du président de la Haute autorité de la communication (HAC), Gaoussou Coulibaly.
Dans son intervention, Alhamdou Ag Ilyène a présenté les attaques du 25 avril comme un épisode d’une stratégie plus large de déstabilisation visant le Mali et les États de la Confédération AES.
« La vie d’une nation n’est pas un fleuve tranquille. Chaque pays a ses moments de bonheur, ses moments difficiles et parfois des moments pénibles », a-t-il déclaré, évoquant « des agressions terroristes et politiques portées par une guerre médiatique particulièrement nuisible ».
Le ministre a également rappelé que les événements du 25 avril, qui ont coûté la vie à plusieurs personnes, dont le général d’armée Sadio Camara, ne sauraient être analysés de manière isolée.
Selon lui, ces attaques s’inscrivent dans une série de « pressions », de « tentatives de déstabilisation » et de « campagnes de manipulation » auxquelles les pays de l’AES font face depuis leur engagement en faveur de la souveraineté et de la refondation de leur gouvernance.
Le chef du département de la Communication a insisté sur la nécessité, pour les médias maliens, de mesurer pleinement leur responsabilité dans le contexte actuel. À ses yeux, les défis sécuritaires sont désormais indissociables des enjeux informationnels, dans un environnement marqué par la circulation rapide des contenus numériques et des récits de désinformation.
Une presse appelée à renforcer la vigilance
Tout en saluant « le professionnalisme, le patriotisme et le sens élevé de responsabilité » des hommes et femmes de médias, le ministre a exhorté la presse à contribuer à la préservation de la cohésion nationale.
« Face aux campagnes de désinformation, aux manipulations et aux tentatives de déstabilisation, il est plus que jamais nécessaire de préserver notre espace médiatique responsable, apaisé et engagé dans la défense des intérêts supérieurs de la Nation », a-t-il affirmé.
Le gouvernement, a-t-il assuré, entend maintenir un dialogue « permanent, constructif et responsable » avec les organisations représentatives du secteur. Il s’est également dit disposé à renforcer la concertation avec les associations et syndicats de presse afin de préserver la liberté d’informer dans le respect de l’éthique et de la déontologie, tout en accompagnant les efforts de stabilisation et de souveraineté du Mali.
Dans le même élan, Alhamdou Ag Ilyène a invité les acteurs de la communication à éviter « les amalgames, les discours de division et les informations non vérifiées », appelant à davantage de vigilance face aux manipulations informationnelles.
À la suite du ministre, plusieurs responsables de faîtières de la presse ont réaffirmé leur disponibilité à accompagner les autorités dans la lutte contre la guerre informationnelle visant le Mali, tout en appelant le gouvernement à plus de soutien en faveur de la presse nationale.
Salif Sanogo, coordinateur de Tafouk TV, la télévision de l’AES, a plaidé pour une meilleure coordination entre les médias maliens et ceux de l’AES afin de contrer les fausses informations. « Pour pouvoir combattre les fausses informations, il faut se mettre ensemble. On est trop dispersés », a-t-il estimé.
De son côté, Gaoussou Coulibaly a appelé les journalistes au patriotisme et à l’unité face aux discours de division.
« Avant d’être des hommes de médias, nous sommes d’abord tous maliens », a-t-il rappelé, soulignant la nécessité de préserver le tissu social et la stabilité du pays.
Mohamed Kenouvi

Quatre scénarios d’évolution de la guerre en Iran

Après avoir décapité le régime iranien, et bombardé les positions du Corps des gardiens de la révolution islamique durant 40 jours, l’administration Trump n’est pas parvenue à obtenir une capitulation, et a laissé l’Iran prendre le contrôle du détroit d’Ormuz. Le régime de Téhéran s’étant attaqué à des infrastructures essentielles dans les États du Conseil de coopération du Golfe, et menaçant le trafic maritime, les États-Unis ont renoué avec la logique TACO (« Trump finit toujours par se dégonfler ») en acceptant un cessez-le-feu. Désormais, la hausse de l’inflation et le ralentissement de l’activité économique laissent présager une période de stagflation – juste à temps pour mécontenter les électeurs à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis.

 

Quelle sera alors la suite des événements ? Quatre scénarios sont possibles.

 

Dans le premier scénario, l’actuel cessez-le-feu pourrait aboutir à des négociations fructueuses visant à mettre fin aux hostilités militaires ainsi qu’à rouvrir le détroit d’Ormuz. Les États-Unis disposent ici de cartes à jouer, dans la mesure où leur blocus sur la totalité du trafic maritime en direction et en provenance des ports iraniens accentue la pression financière sur le régime. Trump espère probablement qu’une faction plus modérée – éventuellement menée par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf – parviendra à convaincre les partisans de la ligne dure qu’un compromis sur la question nucléaire apportera à la fois un allègement des sanctions et un regain de recettes issues du trafic maritime dans le détroit.

 

Ce scénario est toutefois peu probable, dans la mesure où le régime est capable de supporter des difficultés économiques bien plus longtemps que Trump (compte tenu des élections de mi-mandat qui approchent). De plus, les deux parties demeurent très éloignées sur de nombreuses questions, pas seulement concernant les ambitions nucléaires iraniennes. Les États-Unis s’opposent aux programmes de missiles balistiques et de drones de l’Iran, à son soutien aux groupes islamistes radicaux à travers le Moyen-Orient, aux péages qu’il souhaite imposer au trafic dans le détroit d’Ormuz, ainsi qu’à d’autres aspects. La résolution ne serait-ce que d’un seul de ces points nécessiterait des pourparlers longs et complexes, menés par des négociateurs sérieux et expérimentés.

 

Cette opposition nous conduit à un deuxième scénario, qui verrait le cessez-le-feu se poursuivre, mais les négociations s’éterniser pendant encore quelques mois, et le détroit demeurer bloqué. Telle est globalement la situation actuelle, loin d’être idéale. Le statu quo inflige en effet des dommages économiques et financiers considérables à l’économie mondiale, les prix du pétrole et de l’énergie affichant une tendance à la hausse, dépassant même leur pic atteint durant les 40 jours de guerre ouverte.

 

Dans ces conditions, la croissance mondiale ralentirait, et l’inflation augmenterait. Ce deuxième scénario étant toutefois intrinsèquement instable, il ne durerait probablement pas plus de deux à trois mois. Il céderait nécessairement la place soit au premier scénario (l’un des deux camps fléchirait et se montrerait disposé à faire des compromis pour rouvrir le détroit et garantir un cessez-le-feu plus durable), soit à une escalade du conflit. Les accrochages militaires survenus cette semaine dans le Golfe démontrent en effet la fragilité de tout cessez-le-feu non accompagné d’un accord.

 

Dans le troisième scénario, les États-Unis et Israël intensifieraient le conflit en déployant tous les moyens militaires, économiques et autres à leur disposition pour forcer une capitulation ou l’effondrement du régime. En cas de capitulation, le régime serait contraint d’accepter l’arrêt complet de l’enrichissement nucléaire, et de rouvrir le détroit sans condition. Il s’agirait du dénouement le plus souhaitable pour les États-Unis, l’Europe, l’Asie (Chine incluse) et le reste du monde.

 

Le risque existe bien entendu de voir le régime iranien survivre à une telle escalade. Dans le quatrième scénario, Téhéran utiliserait ce qui lui reste de missiles balistiques, de drones et de forces navales pour infliger d’importants dégâts permanents à encore davantage d’installations énergétiques dans le Golfe, tout en conservant son emprise sur le détroit. Si cela devait se produire, les prix du pétrole grimperaient jusqu’à avoisiner voire dépasser les 200 $ le baril, et nous serions confrontés à une stagflation comparable à celle des années 1970, à une récession mondiale ainsi qu’à un marché baissier du côté des actions.

 

Une escalade pourrait certes pousser les deux camps à trouver une solution négociée, le scénario 2 (celui du statu quo) passant par les scénarios 3 ou 4 avant de déboucher sur le scénario 1. C’est toutefois peu probable, car nous reviendrions à la négociation d’un cessez-le-feu qui, nous le savons désormais, échoue à porter ses fruits. Ainsi, l’escalade risque de dégénérer plutôt que de conduire au retour à un cessez-le-feu négocié.

 

Si Trump espère voir se concrétiser le scénario 1, il s’agit probablement d’un vœu pieux. À Téhéran, ce sont en effet les radicaux et les partisans de la ligne dure qui dominent, eux qui ont déjà démontré leur volonté et leur capacité à supporter les difficultés économiques liées au blocus, et qui n’auront pas à se présenter devant un électorat cet automne.

 

En ce qui concerne les implications économiques et boursières à long terme, le scénario 3 est le plus souhaitable, car il signifierait une réouverture permanente du détroit. Le deuxième scénario le plus favorable serait le scénario 1, qui s’accompagnerait néanmoins du risque de voir l’Iran fermer le détroit à tout moment en cas de menaces américaines ou israéliennes contre le régime. Cette possibilité entraînerait une prime permanente de 15 à 20 % sur le prix du pétrole par rapport au niveau d’avant-guerre. Pour autant, la situation actuelle (le scénario 2) est encore plus négative, dans la mesure où chaque mois durant lequel le cessez-le-feu n’aboutira pas à un accord conduira à davantage de ralentissement de la croissance mondiale et d’augmentation de l’inflation. Seul le scénario 4 serait plus délétère.

 

Compte tenu de ces risques considérables, le fait que les marchés mondiaux aient récemment atteint de nouveaux sommets, à commencer par les actions américaines et asiatiques, peut sembler pour le moins surprenant. J’y vois deux explications. Premièrement, les investisseurs s’attendent à ce que le cessez-le-feu devienne prochainement permanent, d’une manière ou d’une autre, avec pour conséquence une forte baisse des prix du pétrole. Deuxièmement, une hypothèse existe selon laquelle les vents favorables liés à l’essor de l’IA et des centres de données continueront de souffler beaucoup plus fort que les vents contraires liés à la guerre.

 

Ceux qui sont convaincus par cette hypothèse risquent de connaître un réveil brutal. En effet, les marchés anticipent une probabilité de cessez-le-feu permanent plus élevée que de raison (supérieure à 75 %). Par ailleurs, si la situation évolue vers une escalade, la volatilité économique et boursière s’accentuera, tout comme les risques baissiers, même dans le scénario le plus favorable. Même en cas d’escalade suivie d’une capitulation du régime – scénario plus probable qu’une stagflation de type années 1970 – les marchés auront dans l’intervalle significativement sous-estimé le risque de conséquences négatives. Pour quiconque situé du mauvais côté de la transaction, la douleur sera la même, qu’elle dure quelques mois, des années ou plusieurs décennies.

 

Nouriel Roubini, conseiller économique principal chez Hudson Bay Capital Management, est professeur émérite à la Stern School of Business de l’Université de New York. Son ouvrage le plus récent s’intitule Megathreats: Ten Dangerous Trends That Imperil Our Future, and How to Survive Them (Little, Brown and Company, 2022).

 

 Project Syndicate, 2026.
www.project-syndicate.org

La résilience nationale à l’épreuve

Le Mali vit un panaché de crises, des frustrations sociales aggravées par le problème énergétique et des difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures, qui continuent d’accentuer la vulnérabilité sociale et de fragiliser la résilience des populations, avec des interpellations sociales croissantes sur la gestion publique.

Les arrangements géopolitiques, notamment le récent retrait de la reconnaissance du Mali à

la RASD, un arrangement en faveur du Maroc, même s’il ne constitue pas une cause directe,

contribue fortement à fragiliser les relations entre le Mali et l’Algérie. Cette tension, à son tour,

risque de servir ou servirait de passerelle aux groupes extrémistes, qui exploitent toute

fracture interétatique.

Pour revenir aux récents événements tragiques, il est important de reconnaître la résilience

du peuple face à ces épreuves et le soutien réaffirmé du peuple à l’armée malienne.

Mais il est d’autant plus important de tirer les leçons de ces événements tragiques. Comment

prendre en compte les frustrations latentes ou ouvertes des communautés, notamment celles

liées à l’accès à l’énergie, aux services de base et à la justice sociale ? Comment fédérer le

peuple malien autour d’un projet de société commun ? Il s’agit notamment d’aller au-delà

d’une reconquête politique ou symbolique de la région de Kidal, en intégrant les dynamiques

sociales de la région à travers des politiques publiques inclusives. Sans cette inclusion concrète,

la reconquête resterait fragile et les frustrations locales continueraient de nourrir la défiance,

voire l’instabilité.

Les autorités doivent :

  • Travailler sur les causes structurelles, en s’attaquant en priorité aux frustrations

concrètes qui nourrissent la défiance entre l’État et les citoyens.

  • Engager une réforme plus poussée du secteur de la sécurité.
  • Proposer un plan de sortie de la transition qui s’inscrirait dans une continuité

productive, en clarifiant la manière dont les attentes sociales seront prises en charge

pour éviter la reprise des tensions sociales.

  • Faire grâce aux détenus politiques et d’opinion, en promouvant une justice

réconciliatrice qui s’accompagne d’un récit inclusif, comme une étape de

reconstruction nationale.

  • Constituer un gouvernement d’union au-delà de toutes considérations partisanes, en

l’ancrant dans des priorités de développement et de solidarité pour qu’il ne soit pas

une simple coalition.

Les frustrations et les divisions sociales constituent le plus grand terreau pour les groupes

armés extrémistes et pour toutes les influences extérieures. Tout comme l’unité et la

réunification nationale, bâties sur des politiques publiques inclusives et une véritable prise en compte des dynamiques locales, constituent le plus solide des remparts face aux ingérences

externes et à tout groupe armé extrémiste.

Élevage, pêche, aquaculture : Cap sur la valeur ajoutée

Du 4 mai au 29 juillet 2026, les États généraux de l’Élevage, de la Pêche et de l’Aquaculture se tiennent au Mali autour de la modernisation des filières rurales. L’enjeu est de mieux organiser la production, la transformation et les marchés afin de créer davantage de valeur.

Annoncée en Conseil des ministres, la rencontre s’inscrit dans une démarche de diagnostic et d’écoute des acteurs. Elle porte sur des filières présentées officiellement comme un moteur essentiel pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, mais aussi pour les revenus ruraux, les recettes locales et l’emploi.

Le poids économique est considérable. Selon les données sectorielles disponibles, l’élevage, la pêche et l’aquaculture sont pratiqués par plus de 85% de la population, procurent des revenus à environ 30% des Maliens et contribuent à près de 19% du PIB. Le pays dispose d’un cheptel estimé à plus de 15 millions de bovins, 32 millions de petits ruminants et 37 millions de volailles.

Ce potentiel contraste avec les limites observées sur le terrain. Les producteurs vendent encore souvent des animaux, du lait ou du poisson avec peu de transformation locale. Les pertes restent liées au manque de froid, de stockage, de transport, d’abattoirs modernes, d’unités laitières et d’équipements adaptés. Les femmes engagées dans le fumage, le séchage, la vente du poisson ou des produits laitiers travaillent souvent dans des conditions fragiles.

La pêche illustre bien ce paradoxe. En 2024, la production nationale de poisson était estimée à 113 218 tonnes, dont 9 040 tonnes issues de la pisciculture, soit environ 8%. Cette part encore limitée montre la marge de progression de l’aquaculture, au moment où 7 milliards de francs CFA ont été mobilisés en 2025 pour soutenir les alliances productives dans la filière poisson.

La modernisation attendue devra donc toucher les infrastructures, le financement et l’organisation des marchés. Chaînes du froid, aliments pour bétail, alevins de qualité, services vétérinaires, bassins piscicoles, routes rurales et dispositifs d’assurance peuvent améliorer la rentabilité. L’exemple de la poissonnerie moderne de Safo montre aussi l’importance d’investissements capables de rapprocher production, conservation et commercialisation.

À l’issue des États généraux, les acteurs attendront des mesures précises, financées et suivies. La modernisation se mesurera aux revenus conservés localement, aux pertes réduites, aux emplois créés et à la capacité du Mali à transformer davantage ses productions animales, halieutiques et aquacoles sur son territoire, au bénéfice des ménages, producteurs et territoires.

Erevan : Le nouveau carrefour de l’Europe politique

Le 8ème sommet de la Communauté politique européenne (CPE) tenu le 4 mai à Erevan, autour de la sécurité, de l’énergie, de la connectivité et de la stabilité du continent. La capitale arménienne a aussi accueilli, les 4 et 5 mai, le premier sommet entre l’Union européenne et l’Arménie.

Créée en 2022, la Communauté politique européenne réunit les États membres de l’Union européenne et des pays non membres autour de sujets communs, sans pouvoir décisionnel contraignant. Pour cette huitième édition, 48 chefs d’État et de gouvernement ont été invités, avec la participation de dirigeants venus de près de 50 pays et organisations partenaires.

Les échanges ont porté sur la résilience démocratique, la connectivité, la sécurité économique et énergétique, ainsi que sur les crises régionales. La guerre en Ukraine a occupé une place importante dans les discussions. Le Président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a participé aux rencontres, tandis que le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, était également présent à Erevan.

La participation du Premier ministre canadien Mark Carney a marqué cette édition. Le Canada est devenu le premier pays non européen à prendre part à un sommet de la CPE. En marge de la rencontre, Mark Carney s’est entretenu avec Volodymyr Zelenskyy sur la situation militaire en Ukraine et les efforts diplomatiques autour d’une paix durable.

Le choix d’Erevan a donné une portée particulière au rendez-vous. L’Arménie cherche à renforcer ses liens avec l’Union européenne, dans une région marquée par les suites du conflit avec l’Azerbaïdjan et par l’évolution de ses rapports avec la Russie. Le sommet UE–Arménie, organisé les 4 et 5 mai, a réuni António Costa, Ursula von der Leyen et le Premier ministre Nikol Pashinyan.

Cette rencontre bilatérale a porté sur la connectivité, l’énergie, les transports, le numérique, la paix et la coopération dans le Caucase du Sud. Elle s’inscrit dans le cadre du rapprochement entre Bruxelles et Erevan, déjà structuré par l’accord de partenariat global et renforcé UE–Arménie.

La présence d’Emmanuel Macron s’est également inscrite dans ce moment diplomatique. Le Président français, à l’origine de la CPE, a effectué une visite d’État en Arménie et participé au sommet d’Erevan.

À travers ces rendez-vous, la capitale arménienne a concentré plusieurs dossiers européens dont l’Ukraine, l’’énergie, la sécurité régionale et la coopération avec le Caucase du Sud, sans produire de décision commune, mais en multipliant les échanges directs entre dirigeants et partenaires.

Chatbot universitaire au Mali : Vers une révolution des démarches estudiantines

Au Mali, la transformation numérique de l’enseignement supérieur s’accélère, portée par une nouvelle génération de start-up innovantes. Parmi elles, Dev Web Sensei se distingue, avec le développement d’un chatbot universitaire, une solution pensée pour répondre aux difficultés quotidiennes rencontrées par les étudiants dans la gestion administrative de leur parcours.

Présentée lors de la précédente Semaine du numérique, cette innovation s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation des services publics et universitaires. En effet, le pays encourage activement les projets technologiques capables d’améliorer l’accès à l’information et de simplifier les démarches, notamment dans un contexte où l’écosystème numérique reste encore en construction.

Le chatbot développé par Dev Web Sensei a pour objectif de réduire les « casse-têtes » administratifs qui rythment la vie estudiantine malienne. Inscription pédagogique, retrait de relevés de notes, informations sur les calendriers universitaires, ou encore procédures de bourses : autant de démarches souvent longues, confuses et centralisées, qui obligent les étudiants à multiplier les déplacements et à affronter des files d’attente interminables.

Grâce à une interface conversationnelle accessible via smartphone ou ordinateur, ce chatbot permettrait d’obtenir des réponses instantanées 24 h/24. Il jouerait ainsi le rôle d’un assistant virtuel capable d’orienter l’étudiant, de lui fournir des informations fiables et, à terme, d’automatiser certaines procédures administratives. Une telle innovation pourrait considérablement fluidifier les interactions entre étudiants et administration.

Cette initiative prend tout son sens dans un environnement où les universités maliennes font face à des défis liés à la digitalisation. L’intégration progressive de l’Intelligence Artificielle dans l’éducation est perçue comme un levier d’efficacité, permettant notamment de gagner du temps et d’améliorer l’accès aux services. Toutefois, les lenteurs administratives restent un frein majeur à la réussite académique.

Avec cette solution, Dev Web Sensei promet moins de stress, moins de déplacements inutiles et plus de clarté dans les démarches. Le chatbot pourrait ainsi transformer l’univers estudiantin en le rendant plus fluide et plus adapté aux réalités numériques actuelles.

À terme, ce type d’innovation pourrait contribuer à bâtir une université malienne plus moderne, où la technologie devient un allié du quotidien plutôt qu’un luxe.

Ibrahim Baby

Afrique subsaharienne : la liberté de la presse recule sur fond de crise

De l’Érythrée (180e) à l’Afrique du Sud (21e) : place mondiale et première dans la zone, « la liberté de la presse n’a jamais été autant malmenée en Afrique subsaharienne », selon Reporters sans Frontières (RSF), dans son classement 2026 de la liberté de la presse. Entre conflits, « criminalisation du journalisme » et situation économique, la liberté de la presse recule.

En 2026, Reporters sans frontières (RSF) dresse un bilan encore alarmant de la liberté de la presse à travers le monde. Plus de la moitié des 180 pays classés connaissent une situation « difficile » ou « très grave » de la liberté de la presse. Dans un contexte de politique sécuritaire, des lois plus restrictives remettent en cause la liberté de la presse. En 25 ans, le score moyen de l’ensemble des pays étudiés n’a jamais été aussi bas, selon RSF. L’environnement restrictif lié aux politiques nationales de sécurité depuis 2001 entrave la liberté d’informer, y compris dans les démocraties, s’inquiète RSF.
En Afrique subsaharienne, la situation reste « très grave » dans cinq pays : l’Érythrée (180e), Djibouti (167e), le Soudan (161e), l’Éthiopie (148e), le Rwanda (139e). Elle est « difficile » dans 24 pays sur 48.
En outre, 57 % de la population mondiale vit dans un pays où la situation de la presse est perçue comme « très grave », et moins de 1 % vit dans un pays où elle est perçue comme « bonne ».
Entraves
La liberté de la presse est au plus bas depuis la création du classement en 1985. En 2025 et 2026, sur les cinq indicateurs de mesure de la liberté de la presse, l’indicateur légal s’est dégradé de plus de 60 % des pays étudiés, soit 110 sur 180.
Les journalistes sont toujours victimes de violences, assassinés ou poursuivis, mais désormais, c’est le « journalisme » qui est criminalisé : par l’instrumentalisation des lois contre la presse, ainsi que par la fragilisation économique.
« Les lois de sécurité nationale ou contre la cybercriminalité sont instrumentalisées pour entraver les journalistes », estime RSF. Le rétrécissement de l’espace civique est une réalité au Sahel. Les reculs observés au Niger (120e, -37 places), au Mali (121e, -2 places) et au Burkina Faso (110e, -5 places) reflètent un climat de « répression » pour les journalistes détenus, souvent pour les mêmes motifs : « atteinte au crédit de l’État », « diffusion de fausses informations » ou « diffusion de reportages pouvant créer des troubles à l’ordre public ».
Dans la région des Grands Lacs, la persistance des conflits maintient les journalistes dans un climat de peur et d’autocensure.

Quand la narration devient enjeu stratégique

Les attaques coordonnées du 25 avril 2026 ont rappelé que le Mali n’est pas seulement confronté à des défis sécuritaires mais aussi à une bataille pour le récit des événements sur la scène internationale. Certaines chaînes étrangères diffusent de manière continue des messages critiques, donnant une visibilité disproportionnée à certains acteurs contestataires. Les autorités maliennes ont choisi de restreindre l’accès de ces médias et de refuser leur invitation. Cette décision souveraine limite la capacité du pays à présenter sa version des faits et crée une asymétrie dans la perception extérieure de la situation.

Ce phénomène rappelle la crise de 2012 lorsque des Maliens se trouvaient sur les mêmes plateaux pour déconstruire les thèses des insurgés. À l’époque, leur présence permettait à l’international de percevoir la complexité de la situation et d’obtenir un débat plus équilibré. Un autre exemple historique est celui du Kosovo en 1999 où les responsables politiques participèrent activement à des réseaux d’information internationaux pour contextualiser leurs décisions et contrer les récits adverses. Cette stratégie contribua à une meilleure compréhension internationale et renforça la crédibilité du pays.

Aujourd’hui, l’absence de voix officielles sur ces médias renforce le monopole du récit critique à l’étranger. Dans un paysage informationnel fragmenté et concurrentiel, la capacité d’un État à engager une communication transparente, proactive et structurée devient un outil stratégique aussi essentiel que la riposte militaire. Affronter directement la narration adverse, comme l’ont montré les exemples de 2012 et du Kosovo, peut produire un contrepoids efficace et préserver l’image du pays à l’extérieur tout en expliquant les choix souverains et en contextualisant les décisions.

Riposte sécuritaire : Les orientations stratégiques à l’épreuve du terrain

Après les attaques coordonnées du 25 avril 2026, les autorités ont enclenché une série de mesures sécuritaires. Si leur déploiement rapide traduit une volonté de reprise en main, leur efficacité dépendra de facteurs plus larges que le seul levier militaire.

L’adoption de seize orientations stratégiques à l’issue du Conseil supérieur de la Défense nationale du 29 avril 2026 marque un tournant dans la réponse sécuritaire de l’État malien face à la menace terroriste.

Sans surprise, ces directives s’articulent autour de piliers classiques en contexte de lutte asymétrique : densification du maillage territorial, intensification des opérations offensives, amélioration du renseignement et renforcement de la coordination entre forces, avec en toile de fond une volonté accrue d’impliquer les populations.

L’objectif est de réduire les marges de manœuvre des groupes armés terroristes en multipliant les points de contrôle, en accélérant les frappes ciblées et en fluidifiant la chaîne décisionnelle. Ce choix répond à une urgence opérationnelle évidente après des attaques coordonnées ayant mis en lumière des failles dans l’anticipation et la prévention.

Une réponse rapide

La mise en œuvre des mesures ne s’est pas fait attendre. Dans le District de Bamako et à Kati, des dispositifs de contrôle renforcés ont été instaurés, avec des barrages filtrants permanents aux principales entrées stratégiques. Les patrouilles mixtes nocturnes, notamment dans les zones périphériques, témoignent d’une volonté d’occuper le terrain et de rassurer les populations.

Parallèlement, les Forces armées maliennes ont intensifié les opérations aéroterrestres, avec des frappes ciblées contre des sanctuaires identifiés dans plusieurs régions. Ces actions offensives, combinées à des opérations de ratissage, visent à désorganiser les capacités logistiques et opérationnelles des groupes terroristes, dont plusieurs éléments auraient été neutralisés, selon l’État-major général de l’armée.

Autre axe majeur : le renseignement. La réactivation de lignes d’alerte citoyenne et l’appel à la collaboration des populations traduisent une reconnaissance implicite du rôle majeur du renseignement humain dans ce type de conflit. Cette dimension, souvent négligée, constitue pourtant un levier déterminant pour la détection précoce des menaces.

Concentration du pouvoir sécuritaire

Dans la continuité des décisions stratégiques, le Général d’armée Assimi Goïta cumule depuis le 4 mai 2026 les fonctions de Président de la Transition et de ministre de la Défense et des Anciens combattants, assisté du Général de division Oumar Diarra, désormais ministre délégué.

Selon certains observateurs, d’un point de vue opérationnel, cette configuration peut favoriser une prise de décision plus rapide et une meilleure cohérence stratégique. En supprimant les niveaux intermédiaires, le commandement gagne en réactivité, un atout crucial face à des groupes mobiles et imprévisibles.

Cependant, cette concentration du pouvoir soulève aussi des interrogations. Elle traduit en partie la nécessité de combler un vide laissé par la disparition d’un acteur-clé du dispositif sécuritaire, mais elle expose également le système à un risque de personnalisation excessive de la gestion militaire.

Les limites d’une approche essentiellement militaire

Si les premières actions témoignent d’un déploiement rapide et structuré, l’impact durable reste incertain. Comme le souligne le chercheur Dr Christian Sambou, spécialiste en paix et sécurité : « la lutte contre le terrorisme ne peut être réduite à une réponse strictement militaire. La réponse la plus structurante ne réside pas uniquement dans la coercition, mais dans la construction d’un État-nation inclusif et légitime ».

Cette analyse rejoint une approche défendue par certains experts sécuritaires depuis plusieurs années, selon laquelle une réponse sécuritaire, aussi robuste soit-elle, ne peut à elle seule traiter les causes profondes de l’instabilité.

Dr Sambou avertit également : « Sans dialogue politique crédible, les avancées sécuritaires risquent de rester fragiles ». Même son de cloche chez un autre analyste politique ayant requis l’anonymat : « la réussite des mesures adoptées dépendra de la capacité des autorités à inscrire cette dynamique dans une approche plus large, combinant sécurité, gouvernance et légitimité politique ».

Selon cet interlocuteur, faute de cela, les gains tactiques pourraient rester ponctuels, sans transformation durable du paysage sécuritaire.

Mohamed Kenouvi

Djibrilla Maïga : « des opérations sont en cours pour sécuriser les axes routiers »

Dans cet entretien, le Commandant Djibrilla Maïga, Chef d’Escadron et sous-directeur des Relations publiques de la DIRPA, revient sur les attaques coordonnées du 25 avril 2026, sur la situation sécuritaire sur le terrain, le redéploiement des FAMa à Kidal et les menaces pesant sur les axes routiers. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Que visaient les groupes terroristes lors des attaques du 25 avril 2026 ?
Ce funeste projet, savamment orchestré, visait à attenter à la vie de nos autorités. Les terroristes avaient mobilisé plusieurs véhicules kamikazes. Un premier véhicule était destiné au domicile du ministre d’État, ministre de la Défense et des Anciens combattants, le général d’armée Sadio Camara, tandis qu’un second visait la résidence du Chef de l’État et Chef suprême des armées, le général d’armée Assimi Goïta. Grâce à la promptitude et à la réactivité de nos éléments, une riposte vigoureuse a permis de contenir la menace et de neutraliser le véhicule.
Quelle est la situation qui prévaut aujourd’hui sur le terrain ?
La menace demeure présente, avec des tentatives de réorganisation des groupes terroristes. Cependant, la vigilance de nos militaires sur le terrain, les surveillances aériennes menées par les drones et l’aviation, ainsi que les frappes effectuées, contribuent à désorganiser leurs manœuvres. Nous pouvons également noter les reconnaissances offensives menées par les troupes au sol. Toutes ces actions traduisent une maîtrise de la situation.
Qu’en est-il de Kidal ?
Concernant la région de Kidal, nous sommes en train de réarticuler notre dispositif à travers le repositionnement de certaines unités, conformément au principe de concentration des forces. Il s’agit d’une véritable stratégie de guerre. Face à plus de 10 000 combattants terroristes mobilisés de l’intérieur comme de l’extérieur, nous devons adapter nos méthodes afin de préserver la vie de nos hommes et de préparer la reconquête. Nos éléments sont notamment positionnés à Anéfis et Aguelhok en vue d’une réorganisation et d’une occupation sereine du territoire national. À Labbezanga, le rétablissement du dispositif est effectif.
Le JNIM a annoncé un blocus sur Bamako. Que fait l’armée face à cette menace ?
L’ennemi, désorienté, tente de perturber les axes routiers autour de Bamako à travers des modes d’action complexes, assortis d’infiltrations. Cependant, grâce à l’engagement et à la détermination de nos hommes, les axes Ouelessebougou–Bougouni et Ségou–Bamako restent praticables. Toutefois, les routes de Kayes et de Kita constituent aujourd’hui les principaux axes d’efforts des terroristes. Des opérations sont actuellement en cours pour les sécuriser. Les FAMa restent déterminées à assurer l’approvisionnement du pays en carburant, même au prix de leur sang.

Liberté de la presse : Le Mali entre régulation et information numérique

Le Mali occupe la 121e place sur 180 dans le classement mondial 2026 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, en recul de deux rangs par rapport à 2025. À l’ère de l’information numérique, le pays cherche l’équilibre entre régulation, sécurité publique et protection du droit d’informer.

La liberté de la presse est consacrée depuis l’ouverture démocratique de 1991. Le paysage médiatique national compte environ 200 à 235 journaux indépendants, dont une soixantaine paraissent régulièrement. À cela s’ajoutent plus de 500 radios, 43 chaînes de télévision, au moins 60 journaux en ligne, ainsi qu’une progression des web TV, web radios et plateformes numériques.

Cette diversité évolue dans un environnement fragile. Les médias font face aux difficultés économiques, à l’insécurité et à la concurrence de contenus publiés par des acteurs non professionnels sur les réseaux sociaux. Si les professionnels jouissent des libertés de presse et d’expression, plusieurs rapports relèvent que les journalistes ne se sentent pas toujours en sécurité.

Cadre légal

Les textes législatifs et réglementaires reconnaissent la liberté d’expression et la liberté de la presse. La Constitution du 22 juillet 2023, promulguée par le décret n°2023-0401/PT-RM, constitue le fondement légal des libertés publiques.

Selon l’article 14 de la Constitution, « toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de culte, d’opinion et d’expression, dans le respect de la loi ». La liberté de la presse va désormais de pair avec le droit d’accès à l’information. Aux termes de l’article 15, « la liberté de presse et le droit d’accès à l’information sont reconnus et garantis ».

Sur le plan réglementaire, la loi n°00-046 du 7 juillet 2000 fixe le régime de la presse et des délits de presse. Elle a eu le mérite de donner un statut au journaliste et de légaliser la convention collective qui sous-tend la profession. Malgré ces avancées, elle comporte des insuffisances que les organisations professionnelles appellent à corriger. L’existence de peines privatives de liberté demeure l’une des faiblesses dénoncées. Les acteurs privilégient les amendes et dommages-intérêts, afin de responsabiliser les journalistes tout en protégeant les victimes d’éventuels délits. Le délit d’offense au chef de l’État ou à un chef d’État étranger est également critiqué, car jugé peu défini et difficile à matérialiser.

L’aide à la presse, consacrée par l’article 32 de cette loi et dont les modalités d’application ont été précisées par le décret n°03-264/P-RM du 7 juillet 2003, complété par l’arrêté n°04-1549 MCNT, n’est plus effective depuis 2019. La loi n°2012-019 du 12 mars 2012 relative aux services privés de communication audiovisuelle introduit le principe d’autorisation préalable et classe les organes en radios commerciales et non commerciales. Mais les charges fiscales sont jugées lourdes et certaines sanctions pénales prévues par ce cadre sont considérées comme restrictives.

D’autres textes influencent l’environnement médiatique. La loi n°98-012 sur les relations entre l’administration et les usagers, la loi n°2013-015 sur les données personnelles et la loi n°2019-056 portant répression de la cybercriminalité concernent directement ou indirectement le travail journalistique, lorsqu’il se fait en ligne. L’absence d’une loi spécifique sur les médias numériques reste un vide signalé par les professionnels.

Régulation et liberté

Depuis le coup d’État de 2020, les médias évoluent dans un environnement sociopolitique et économique plus difficile. Les restrictions imposées aux hommes de médias, les suspensions d’organes et les arrestations de journalistes pour des contenus critiques sont plus souvent signalées par les organisations de défense de la presse. Le contexte sécuritaire et politique pousse plusieurs rédactions à éviter certains sujets sensibles.

Le cas de Youssouf Sissoko, directeur de publication du journal L’Alternance, illustre ces tensions. Arrêté le 5 février 2026, il a été poursuivi pour diffusion de fausses informations, atteinte à la réputation de l’État et insulte envers un chef d’État étranger. Il a été condamné le 24 mars à deux ans de prison ferme et à une amende d’un million de FCFA. Pour les organisations professionnelles, ce dossier relance le débat sur la prison dans le traitement des infractions de presse.

La sécurité physique des journalistes demeure une préoccupation. Le 7 novembre 2023, sur l’axe Gao-Ansongo, le journaliste Abdoul Aziz Djibrilla a été tué, Harouna Attino blessé, tandis que Saleck Ag Joudou et Moustapha Koné ont été enlevés. Dans la région de Mopti, Hamadoun Nialibouly a été enlevé en 2020 et Moussa M’Bana Dicko en 2021. Ces cas montrent que le risque ne se limite pas aux poursuites judiciaires ou aux pressions politiques. Il concerne aussi les déplacements, les reportages en zone d’insécurité et la couverture des violences armées.

Ces violences rappellent que la protection des journalistes relève aussi de la responsabilité de l’État. Garantir la liberté de la presse ne consiste pas seulement à encadrer les contenus ; cela suppose aussi de prévenir les menaces, d’enquêter sur les attaques visant les professionnels des médias et de permettre aux rédactions de travailler sans intimidation.

La régulation des médias est principalement assurée par la Haute Autorité de la Communication. Créée par l’ordonnance n°2014-006/P-RM du 21 janvier 2014, puis ratifiée par la loi n°2015-018 du 4 juin 2015, la HAC veille au respect des obligations applicables aux médias et aux services de communication. Elle intervient par autorisations, cahiers des charges, mises en demeure, suspensions et retraits d’autorisation. Le Comité national de l’égal accès aux médias d’État demeure cité dans les dispositifs liés à l’accès équitable aux médias publics, mais la régulation générale du secteur relève aujourd’hui de la HAC.

En 2024 et 2025, la HAC a notamment suspendu la chaîne Joliba TV à la suite d’une plainte déposée par son homologue du Burkina Faso. Plusieurs stations de radio ont été suspendues pour des émissions jugées critiques ou dans le cadre de l’interdiction faite aux médias de couvrir certaines activités politiques. Pour les autorités, ces décisions s’inscrivent dans le respect des textes. Pour les professionnels, elles doivent rester encadrées par des procédures transparentes et des voies de recours effectives.

Numérique et cybercriminalité

Une part importante des journalistes utilise désormais les réseaux sociaux pour collecter, vérifier, diffuser et promouvoir l’information. Selon des estimations, 75 % de professionnels utilisent ces plateformes. Ce basculement numérique a élargi l’accès du public aux contenus, mais il a aussi créé un espace où circulent rumeurs, propagande, discours de haine, contenus manipulés et fausses informations.

La régulation du numérique répond à des besoins réels. Il s’agit de lutter contre les fausses informations, réduire les discours de haine, encadrer les contenus diffusés en ligne et organiser progressivement le secteur des web médias. Mais cet encadrement doit préserver la liberté d’expression, la liberté de la presse et le pluralisme. Les professionnels demandent une distinction claire entre journalisme, activisme, erreur de bonne foi, faute déontologique et infraction pénale.

La loi n°2019-056 du 5 décembre 2019 portant répression de la cybercriminalité complète l’arsenal juridique relatif au cyberespace. Elle couvre des domaines variés, dont la fraude numérique, l’atteinte à la vie privée, la haine raciale, le terrorisme, les menaces, l’usurpation d’identité et l’espionnage informatique. Le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité, créé en 2022, participe à l’application de ce dispositif.

Si cette loi est saluée pour sa volonté de sécuriser l’environnement numérique, plusieurs acteurs de la presse en ligne craignent qu’elle puisse être invoquée ou interprétée pour intimider des journalistes, activistes ou voix critiques. Une étude de la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest relève que l’arsenal reste dense et marqué par la répression. Elle note aussi que la loi de 2000 ne définit pas suffisamment les délits de presse et ne contient pas de dispositions adaptées aux médias en ligne.

À l’ère numérique, la liberté de la presse se joue donc sur une ligne étroite. Réguler est nécessaire pour combattre la désinformation, les discours de haine et les abus en ligne. Garantir le droit d’informer l’est tout autant pour préserver le pluralisme, le débat public et la confiance des citoyens. Le défi reste de construire une régulation qui organise l’espace médiatique sans affaiblir la liberté d’expression.

 

Hadj 2026 : EgyptAir se retire du dispositif malien

La Maison du Hadj a confirmé le retrait d’EgyptAir des vols prévus au départ et à destination du Mali. Plus de 4 000 inscrits de la filière privée sont concernés, alors que les départs devaient s’ouvrir le 2 mai.

La campagne malienne du Hadj 2026 doit désormais être réajustée. EgyptAir, retenue parmi les transporteurs des pèlerins maliens, a informé son partenaire local Egypt Service qu’elle n’assurerait plus les vols prévus pour cette édition. L’annonce a été faite par le Directeur général de la Maison du Hadj, Dr Abdoul Fatah Cissé, lors d’un point de presse consacré à la situation.
Selon lui, la Maison du Hadj a reçu une « notification officielle » de la compagnie égyptienne annonçant l’arrêt de son programme de vols pour le Hadj 2026 au Mali. Dr Abdoul Fatah Cissé a expliqué que la décision est liée, d’après les éléments transmis par EgyptAir, à un désaccord sur la prise en charge du surcoût du kérosène, ainsi qu’à la situation sécuritaire du pays.
La mesure touche plus de 4 000 candidats, tous inscrits auprès de la filière privée. Ces pèlerins représentent une part importante du contingent géré par les agences, au moment où les formalités de voyage, l’encadrement, l’hébergement et le transport vers l’Arabie saoudite entrent dans une phase décisive.
Pour cette édition, le Mali dispose d’un quota de 13 323 pèlerins, dont 2 000 pour la filière gouvernementale et 11 323 pour la filière privée. Les tarifs officiels sont fixés à 4 166 425 FCFA pour la filière gouvernementale et à 4 675 000 FCFA pour la filière privée, selon les informations publiées par la Maison du Hadj lors du lancement de la campagne.
Le calendrier initial prévoyait le premier départ des pèlerins maliens le 2 mai et le premier retour le 2 juin. Deux compagnies avaient été retenues pour assurer le transport, Ethiopian Airlines et EgyptAir, avant le retrait annoncé de la compagnie égyptienne.
Les rites du Hadj 2026 sont attendus dans la dernière semaine de mai, sous réserve de la confirmation du calendrier lunaire par les autorités saoudiennes. Les prévisions situent le jour d’Arafat autour du 26 mai et l’Aïd al-Adha autour du 27 mai.
Face aux préoccupations des agences et des familles, le Directeur général de la Maison du Hadj assure que les autorités nationales sont saisies du dossier. Il indique que des discussions sont engagées « à un niveau élevé » pour trouver une solution « rapide et appropriée ».
Dr Abdoul Fatah Cissé affirme également que « toutes les dispositions » sont étudiées pour permettre aux pèlerins concernés d’effectuer le voyage. Il appelle les candidats, leurs proches et les agences privées au calme, en attendant les décisions sur les options de transport capables de remplacer les rotations annulées.