Environnement : Le temps de l’action de terrain

La 27ème édition de la Quinzaine de l’Environnement, lancée le 6 juin 2026 à Bamako, intervient dans un contexte où la question écologique occupe une place de plus en plus visible dans le quotidien des Maliens. Elle se lit dans les rues encombrées d’ordures, les caniveaux obstrués, les cours d’eau menacés par les déchets plastiques, les fumées issues du brûlage volontaire et la disparition progressive du couvert végétal.

Il faut reconnaître l’importance de ces moments de mobilisation. Ils rappellent que la protection de l’environnement concerne l’État, les collectivités, les partenaires, les jeunes, les médias et chaque citoyen. Ils permettent aussi de replacer l’assainissement, la lutte contre la pollution et la préservation des ressources naturelles au centre du débat public.

Mais l’urgence impose désormais une étape supplémentaire. La sensibilisation doit trouver son prolongement dans des actions plus régulières, plus proches des populations et plus faciles à évaluer. Les quartiers ont besoin d’un ramassage plus constant des ordures, les caniveaux d’un curage avant l’hivernage, les espaces reboisés d’un suivi réel, les communes d’objectifs clairs et les citoyens d’alternatives accessibles pour réduire les déchets.

L’environnement ne peut plus être seulement un rendez-vous annuel. Il doit devenir une discipline collective, entretenue dans les écoles, les familles, les marchés, les services publics et les communes. Innover, aujourd’hui, c’est faire de la Quinzaine de l’Environnement non pas une simple parenthèse mais le point de départ d’une présence plus forte sur le terrain, avec des résultats visibles et durables.

Environnement : Le Mali à l’épreuve du climat

Célébrée tous les 5 juin, la Journée mondiale de l’Environnement est placée cette année sous le signe de l’urgence climatique et de l’action. Plus qu’un rappel de l’obligation d’agir, elle invite à poser des actes concrets pour un avenir moins compromis. Au Mali, l’ampleur des défis contraste encore avec le niveau des réponses.

« Inspiré par la nature. Pour le climat. Pour notre avenir », tel est le thème de la Journée mondiale de l’environnement 2026, avec pour mot d’ordre « Maintenant pour le climat ». Il souligne l’urgence des actions à entreprendre et le rôle central de la nature dans les réponses aux dérèglements climatiques.

Pour le Mali, ce thème renvoie à la nécessité de solutions concrètes pour renforcer la résilience des communautés. Il concerne directement la gestion de l’eau, la protection des terres, l’adaptation agricole, la sauvegarde des pâturages et la prévention des tensions autour des ressources naturelles.

Solutions locales

Le Mali est l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique. Entre 1970 et 2020, il a connu au moins 40 chocs climatiques majeurs, selon des données reprises dans une publication de Global Voices sur la crise climatique et la paix au Mali. Chaque année, la sécheresse affecte environ 400 000 personnes et réduit les bénéfices agricoles d’environ 9,5 millions de dollars, d’après la Banque mondiale.

Ces dérèglements constituent aussi des facteurs de fragilisation sociale. La dégradation des pâturages peut pousser des agriculteurs à étendre leurs cultures vers des zones de transhumance, alimentant des tensions avec les éleveurs. Les aléas climatiques réduisent également les moyens de subsistance des communautés et favorisent les déplacements, qui touchent particulièrement les jeunes et les femmes. Selon une étude de l’Organisation internationale pour les migrations, publiée en avril 2026, les migrations apparaissent alors comme des stratégies d’adaptation face à la baisse de la productivité, à l’insécurité alimentaire et à la dégradation de l’environnement.

Pourtant, des cadres locaux de réponse existent. Les savoir-faire ancestraux, la gestion communautaire des ressources naturelles, les pratiques d’adaptation agricole, la restauration des sols, la protection des points d’eau et l’usage de techniques innovantes peuvent contribuer à réduire les vulnérabilités.

L’innovation peut aussi être nourrie par la sagesse locale. Dans leurs modes de vie, les communautés trouvent déjà des moyens de répondre aux défis nouveaux. Mais l’efficacité de ces réponses dépend du financement, de l’encadrement technique, de la coordination entre acteurs et de leur capacité à passer de l’expérience locale à une action durable.

Plastique : Le paradoxe malien face à une urgence mondiale

La Journée mondiale de l’Environnement 2025 est consacrée à la lutte contre la pollution plastique. Celle-ci alimente la crise climatique, dégrade les écosystèmes et fragilise les moyens de subsistance. Pourtant les réponses politiques restent insuffisantes, malgré l’urgence reconnue par les scientifiques et les institutions internationales.

La production mondiale de plastique dépasse 450 millions de tonnes par an, mais moins de 10% sont recyclées. Environ 11 millions de tonnes finissent chaque année dans les écosystèmes aquatiques, aggravant la pollution marine. Plus de la moitié de ces déchets ne sont ni traités ni récupérés. Le coût global de cette pollution est estimé entre 300 et 600 milliards de dollars par an, en tenant compte de ses impacts sur la santé, les écosystèmes et les économies locales, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement.

L’Afrique génère 5% des déchets plastiques mondiaux, mais est le deuxième continent le plus affecté. La moitié finit dans les eaux, menaçant biodiversité et économies locales. La pollution plastique est devenue une crise environnementale majeure. Face à cela, seuls 30% des pays disposent aujourd’hui de politiques publiques pour réduire son impact sur l’environnement et la santé.

Le phénomène contribue également à la crise climatique à travers son processus de production, qui génère des gaz à effet de serre. Le plastique contribue à 3,4% des émissions mondiales. Plus d’un tiers à des emballages jetables est majoritairement mal traité. L’agriculture, la pêche et la mode figurent parmi les secteurs les plus polluants, utilisant massivement des matières plastiques, parfois jusqu’à 60% de leur composition.

Mesures insuffisantes

En 2022, les États membres des Nations unies ont adopté une résolution visant à mettre fin à la pollution plastique. À travers un instrument juridique contraignant, le Comité intergouvernemental de négociation sur la pollution plastique (CIN) travaille à l’élaboration d’un texte. Les négociations portent sur des mesures couvrant l’intégralité du cycle de vie des plastiques. La cinquième session s’est tenue à Busan en décembre 2024, sans aboutir à un consensus sur les mesures de réduction de la production. La sixième et dernière phase de cette session est prévue pour août 2025.

Parmi les alternatives discutées, il est prévu de promouvoir l’innovation par des incitations aux entreprises pour abandonner le plastique, d’introduire des taxes visant à dissuader la production et l’utilisation de plastique à usage unique, de proposer des subventions et des avantages fiscaux pour favoriser les produits réutilisables et d’améliorer les infrastructures de gestion des déchets.

Situation au Mali

La Quinzaine de l’Environnement, du 5 au 17 juin, est célébrée cette année dans la région de San, à 425 km de Bamako. L’utilisation des sachets plastiques s’est généralisée à travers le pays. En 2014, le Mali a adopté la Loi N°2014-024 interdisant leur production, importation et commercialisation. Dix ans après, son application demeure très limitée. Un moratoire de six mois avait été prévu pour faciliter la transition, mais aucune réelle mesure n’a suivi. Le plastique est aujourd’hui omniprésent dans les marchés, les quartiers et les campagnes. Les données fiables manquent pour évaluer le volume en circulation, mais certains spécialistes estiment que plusieurs millions de tonnes échappent chaque année à toute gestion structurée.

Des initiatives privées s’engagent dans la lutte et tentent de mettre en place des structures de recyclage. Créée en 2017, DGB Plastique Mali collecte jusqu’à 12 tonnes de déchets plastiques par jour, mais reste une initiative isolée.

La capitale malienne produit en moyenne 4 050 m³ de déchets chaque jour, dont une grande quantité de sachets plastiques. Pour certains acteurs, il devient urgent d’améliorer la collecte en instaurant le tri à la source des déchets, de développer les unités de recyclage et de mettre en place une véritable politique de pollueur – payeur.

Outre les défis sanitaires, les solutions envisagées proposent une évolution vers une économie circulaire du plastique. Il s’agirait de mettre en place un cadre réglementaire adapté, grâce à des investissements du secteur privé et à la création de marchés dynamiques pour les plastiques recyclés et les substituts au plastique.

C’est autour d’un dialogue constructif entre l’État, le secteur privé et la société civile que la lutte contre la pollution plastique pourrait aboutir, selon les acteurs. Il s’agit de créer un espace de concertation entre les acteurs publics et privés pour faciliter l’adoption d’alternatives durables aux sachets plastiques.