Les visites du Président béninois Romuald Wadagni à Niamey, Ouagadougou et Bamako marquent une nouvelle dynamique dans les relations entre le Bénin et les pays de l’AES. Pour Gilles Yabi, analyste politique et fondateur du think tank citoyen WATHI, cette évolution est porteuse d’opportunités, même si ses effets concrets demanderont du temps. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi
Après plusieurs années de tensions entre le Bénin et les pays de l’AES, comment interprétez-vous les visites successives du Président Romuald Wadagni à Niamey, Ouagadougou et Bamako ?
Ces visites traduisent une volonté claire du nouveau Président béninois d’établir de bonnes relations avec les pays voisins et, plus largement, avec l’ensemble de la région ouest-africaine. Ancien ministre de l’Économie et des Finances, pendant dix ans, Romuald Wadagni est particulièrement sensible aux enjeux économiques, mais il sait aussi que l’insécurité peut compromettre les perspectives de développement, notamment dans le nord du Bénin. À travers cette tournée, il cherche à établir un contact direct avec ses homologues et à envoyer le signal d’un Bénin ouvert au dialogue et à la coopération. Il a d’ailleurs invité les dirigeants des pays du Sahel à se rendre à leur tour à Cotonou.
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Dans un contexte marqué par la persistance de la menace terroriste dans la région, quelles perspectives cette nouvelle dynamique peut-elle offrir en matière de coopération sécuritaire entre le Bénin et les pays de l’AES ?
L’amélioration des relations politiques peut contribuer à relancer la coopération sécuritaire entre le Bénin et ses voisins de l’AES, notamment le Niger et le Burkina Faso. Il faut toutefois rester prudent. Pour le moment, nous observons surtout des signaux diplomatiques forts. Des mécanismes et des comités techniques sont progressivement mis en place. C’est ce travail qui permettra de donner un contenu concret à la relance de la coopération sécuritaire.
En vue des négociations entre la CEDEAO et l’AES sur les modalités de leurs futures relations, ce rapprochement entre le Bénin et les États de l’AES peut-il contribuer à instaurer un climat plus favorable entre les deux espaces régionaux ?
Ce rapprochement va dans la bonne direction et peut contribuer à améliorer les relations entre les pays côtiers et les pays sahéliens. Mais il ne faut pas en tirer des conclusions hâtives. D’autres tensions subsistent dans la région, notamment entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. L’apaisement des relations entre la CEDEAO et l’AES dépendra donc d’un effort plus large. Le Bénin, aux côtés d’autres acteurs comme le Ghana ou le Sénégal, pourra contribuer à créer un climat plus favorable, mais les résultats ne seront visibles que progressivement au cours des prochains mois.




