Ports ouest-africains : la bataille du fret sahélien

Dakar, Abidjan, Lomé et Tema renforcent leurs capacités pour attirer le fret des pays sans littoral. Une concurrence désormais prolongée bien au-delà des quais.

Le fret sahélien est devenu un marché stratégique. Pour le capter, les ports côtiers misent sur leurs capacités, leurs délais de traitement et la fluidité des liaisons terrestres.

Abidjan affiche une nette progression. En 2025, le port ivoirien a traité 46,6 millions de tonnes de marchandises, en hausse de 16,1 %. Son trafic en transit vers les pays de l’hinterland a atteint 3,92 millions de tonnes, soit une progression de 34,1 %.

Les flux destinés au Burkina Faso ont augmenté de 16,6 %, tandis que ceux à destination du Mali sont passés de 835 216 tonnes à 1,47 million de tonnes.

Dakar prépare, lui, un important changement d’échelle. Son terminal à conteneurs a traité 850 000 équivalents vingt pieds (EVP) en 2025. Le 27 juillet 2026, le groupe portuaire et logistique émirati DP World a annoncé l’achèvement, avec 13 mois d’avance, du dragage du futur port en eau profonde de Ndayane. Livrable en 2028, ce projet de 1,2 milliard de dollars doit offrir dès sa première phase une capacité annuelle de 1,2 million d’EVP.

Le Sahel au cœur des stratégies

À Tema, la Ghana Ports and Harbours Authority a déployé les opérations portuaires 24h/24 en 2025 et affiche l’ambition de faire du Ghana un passage privilégié pour le Sahel. En mars 2026, des travaux de dragage avaient déjà porté jusqu’à 14 mètres la profondeur de certains quais afin de recevoir des navires plus importants. L’autorité portuaire dispose également d’un bureau de liaison à Ouagadougou.

Lomé défend de son côté une position déjà solide. Avec 30,6 millions de tonnes traitées en 2024, il a été désigné meilleur port africain pour le trafic de transit lors du conseil annuel des ports d’Afrique de l’Ouest et du Centre, en novembre 2025.

Depuis fin juillet 2026, les conteneurs circulent en continu entre le port et la Plateforme industrielle d’Adétikopé, située à 30 kilomètres de Lomé. Ce dispositif raccourcit les délais de transfert, fluidifie la chaîne d’approvisionnement et améliore la logistique des entreprises implantées sur la plateforme. Selon les autorités togolaises, une grande partie de ce trafic est destinée au Burkina Faso.

Mohamed Kenouvi

AfroBasket U18 : Le Mali défend sa double couronne à Abidjan

Champions d’Afrique en titre chez les garçons comme chez les filles, les jeunes basketteurs maliens abordent l’édition 2026 d’AfroBasket U18 avec l’ambition de prolonger une domination devenue une référence continentale.

Le premier signal est donné. Pour leur entrée en lice, mercredi 5 août, les Aiglons ont dominé le Maroc (66-45). Une mise en route autoritaire pour la sélection de Moussa Cissé, qui retrouvera le Gabon ce vendredi 7 août, avant de boucler le groupe B contre Madagascar, le 9 août.

Ce statut ne repose pas sur le seul trophée de 2024. Le Mali compte trois couronnes masculines, conquises en 2018, 2020 et 2024. Il y a deux ans, les Aiglons avaient terminé invaincus avec six succès et battu le Cameroun 60-51 en finale.

Le groupe paraît à leur portée, mais la suite promet davantage de densité. Le succès inaugural rassure déjà sur la capacité de la nouvelle génération à assumer cet héritage.

Les Aiglonnes, une dynastie à prolonger

Chez les filles, la pression est encore plus lourde, à la mesure d’un palmarès sans équivalent depuis 20 ans. Les Aiglonnes ont remporté sept titres depuis 2006, dont trois d’affilée en 2014, 2016 et 2018, puis les deux dernières éditions, en 2022 et 2024. Elles étaient restées invaincues à Pretoria il y a deux ans, concluant leur campagne par un succès 76-56 sur le Nigeria.

La sélection de Sory Diakité commencera face au Bénin ce jeudi 6 août, puis affrontera le Maroc deux jours plus tard et l’Égypte le 10. Cette dernière, seule nation avec le Sénégal à avoir interrompu la domination malienne au cours des dix dernières éditions, constituera le premier véritable révélateur. Au-delà de l’Égypte, le Nigeria, finaliste en 2024, et le Cameroun, 3ème, figurent parmi les principaux obstacles sur la route d’un nouveau sacre continental malien.

Avant Abidjan, les deux équipes ont multiplié les séances et les matchs amicaux à Bamako : les garçons ont notamment affronté le Centre Mamoutou Kane et les filles le Centre Badra Aliou Traoré. Cette préparation et une culture de la gagne bien installée placent encore le Mali parmi les favoris. Cependant, conserver deux couronnes avec des générations renouvelées exigera constance, maîtrise du rebond et profondeur du banc. Les finalistes décrocheront aussi les deux billets africains pour les Coupes du monde U19 de 2027.

Mohamed Kenouvi

Contes maliens : Transmettre à l’ère des écrans

Des veillées familiales aux outils numériques, les contes maliens cherchent de nouvelles voies de transmission. Golé Tounkara, communicateur traditionnel et Secrétaire aux Arts et à la culture du Bureau national du RECOTRADE, rappelle leur fonction éducative et plaide pour leur adaptation au numérique.

Avant les cahiers, les tableaux et les salles de classe, une autre école existait : celle de la parole. Autour des anciens, les enfants découvraient des récits maliens où le lièvre personnifie la ruse et l’hyène la force, la brutalité ou la naïveté. Pour Golé Tounkara, les contes constituaient « la première école » de l’enfant, puisqu’ils enseignaient les règles de vie avant l’apprentissage scolaire. « Les contes ne servaient pas seulement à divertir. Ils transmettaient un savoir-vivre et une manière de comprendre le monde », affirme-t-il. Grâce aux animaux personnifiés, le conteur pouvait corriger un comportement ou dénoncer un travers sans désigner directement son auteur. Chaque histoire livrait ainsi une leçon d’humilité, de solidarité, d’entraide ou de respect.

Réinvention

Aujourd’hui, cette transmission rencontre une autre réalité : celle des téléphones, des films et des réseaux sociaux. Le communicateur traditionnel refuse pourtant d’opposer mécaniquement héritage et technologie. « Le changement est comme un train que personne ne peut arrêter. Nous devons apprendre à monter à bord sans perdre notre destination », explique-t-il. Radio, enregistrements, vidéos et plateformes numériques peuvent sauvegarder les voix et rapprocher les jeunes des récits africains. Encore faut-il, souligne-t-il, conserver le lien avec les langues, les gestes et le contexte qui donnent au conte sa profondeur. Il appelle aussi les familles à réunir enfants et anciens, à raconter les origines et à faire découvrir le patrimoine familial.

Selon lui, la valorisation des langues nationales et les initiatives culturelles menées ces dernières années, notamment l’Année de la Culture en 2025, offrent des signes encourageants. La sauvegarde de cet héritage passe toutefois par la pratique. Un conte reste vivant lorsqu’il est raconté, écouté, repris et transmis.

Les contes traversent le temps. Ils forment une mémoire vivante qui relie les générations et un art de la voix, du silence et de l’écoute. Les écrans peuvent enregistrer et diffuser cette parole. Sa force demeure dans la relation entre celui qui raconte et ceux qui lui répondent.

Golé Tounkara invite ainsi les jeunes à connaître leurs références culturelles pour mieux s’ouvrir aux autres et avancer dans le monde moderne sans perdre leurs repères.

Salimata Wagué

ONU : premier avertissement pour Macky Sall

Le premier vote exploratoire pour la succession d’António Guterres place Macky Sall en cinquième position. L’ancien président sénégalais reste en lice, mais sept avis défavorables compliquent déjà sa campagne.

À New York, les bulletins ont parlé sans tout dire. Réunis à huis clos le 30 juillet, les quinze membres du Conseil de sécurité pouvaient « encourager », « décourager » ou ne pas se prononcer sur chaque candidature. Selon les résultats confiés à Reuters par des diplomates, Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica et dirigeante de la CNUCED, est arrivée en tête avec dix encouragements, un avis défavorable et quatre sans opinion. Carolyn Rodrigues-Birkett, du Guyana, en a obtenu neuf. Elle devance l’Argentin Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, crédité de sept.

Macky Sall a recueilli six encouragements, sept avis défavorables et deux « sans opinion ». Il compte autant d’encouragements que l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, mais celle-ci ne totalise que cinq avis défavorables. Le Sénégalais se retrouve donc au cinquième rang. María Fernanda Espinosa, ancienne présidente de l’Assemblée générale, et le diplomate ougandais Olara Otunnu ferment la marche.

Verrous

Ce vote consultatif n’élimine personne. Ses résultats ne sont pas officiels. Le Conseil protège leur confidentialité et informe les pays ayant présenté les candidats. Les bulletins ne permettent pas encore de savoir si un avis défavorable vient de la Chine, des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni ou de la Russie. Chacun de ces cinq États peut bloquer une candidature.

Lors du vote décisif, le futur secrétaire général devra réunir au moins neuf voix au Conseil sans subir de veto. L’Assemblée générale procédera ensuite à sa nomination. Un deuxième vote exploratoire est envisagé le 21 août. D’autres pourraient suivre jusqu’en septembre ou octobre. D’autres candidats peuvent encore entrer.

Proposé par le Burundi le 2 mars, Macky Sall a reçu le 20 juillet le soutien du président Bassirou Diomaye Faye. Il ne devient pas pour autant le candidat officiel de toute l’Afrique. Sa campagne doit composer avec la préférence diplomatique accordée à l’Amérique latine et avec l’attente de voir enfin une femme diriger l’ONU.

António Guterres quittera ses fonctions le 31 décembre, après deux mandats. Son successeur prendra la tête de l’organisation en janvier 2027. Il devra tenter de restaurer la crédibilité d’une ONU fragilisée par les guerres, les rivalités entre grandes puissances et une profonde crise de confiance.

Décharge de Badalabougou : Une menace sanitaire à ciel ouvert

Au flanc de la colline de Badalabougou, le dépôt de transit des déchets ménagers de la Commune V empoisonne le quotidien des universitaires et des récupérateurs. Fumées, odeurs et interruptions d’activités nourrissent une inquiétude ancienne, sans solution visible pour le moment.

« Beaucoup d’étudiants souffrent déjà d’asthme ou de sinusite. Certains font des crises lorsque la fumée envahit les salles », témoigne Amadou Koïta, auditeur en Master à la Faculté de Droit privé et Président du Club universitaire des droits humains.

Le pneumologue Boubacar Diarra explique qu’une exposition répétée peut irriter les yeux, la gorge et la peau, provoquer des céphalées, favoriser bronchites et infections, puis aggraver l’asthme et la sinusite.

L’Organisation Mondiale de la Santé souligne que le brûlage à ciel ouvert libère des particules et des composés toxiques associés, à terme, aux maladies respiratoires et cardiovasculaires. Le lien clinique peut être évoqué lorsque les symptômes augmentent sur place et diminuent à distance, précise-t-il, mais des analyses de l’air restent nécessaires pour attribuer juridiquement ces troubles au site.

Les ordures arrivent sans interruption par charrettes avant de s’entasser sur la pente. Le mercredi 29 juillet, les fumées ont perturbé pendant environ trente minutes une évaluation dans une seule classe de deuxième année de licence, selon Moussa Cissé, responsable de la scolarité de la Faculté des Sciences économiques et de gestion. Quelques étudiants se sont ensuite éclipsés. Il confirme le caractère récurrent du phénomène et le signalement de plusieurs malaises. Pour limiter l’exposition, le Docteur Diarra conseille de fermer les ouvertures pendant les pics, d’éviter l’effort à proximité et de consulter en cas d’essoufflement ou de toux persistante.

M. Sawadogo, charretier, attribue les fumées au brûlage de câbles par certains récupérateurs recherchant du cuivre. Sitan Danioko, récupératrice de plastique, défend une autre explication. Selon elle, l’accumulation et la chaleur provoquent les incendies. Faute d’expertise, ces versions restent impossibles à départager. Les consultations du Projet de résilience urbaine de Bamako avaient recensé 164 trieurs sur le site en 2024, rappelant que la décharge représente aussi un moyen de subsistance.

Amadou Koïta affirme que plusieurs démarches ont été entreprises auprès des responsables universitaires. Moussa Cissé indique que le dossier a été transmis au ministère de l’Environnement en septembre 2025 et discuté avec une mission technique de la Banque mondiale. Les résultats tardent à se matérialiser. Le CUDH annonce de nouveaux plaidoyers pour obtenir l’évacuation des déchets, sécuriser le site et protéger les activités universitaires.

Joseph Amara Dembélé

Défense et sécurité : Le Mali change d’architecture

Vingt-deux ans après la loi sur la Défense nationale, le Mali prépare une nouvelle architecture élargie à la sécurité intérieure, au cyberespace et à la gestion globale des crises. Le projet adopté par le Conseil national de Transition redéfinit la décision stratégique, le commandement opérationnel et les responsabilités des acteurs territoriaux.

Adopté au mois de juillet 2026 par les 125 membres votants du CNT, le texte est destiné à remplacer la loi n°04-051 du 23 novembre 2004, après sa promulgation et sa publication. Devant les Conseillers, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général de division Daoud Aly Mohammedine, a expliqué que plus de vingt ans d’application et l’évolution du contexte sécuritaire rendaient cette relecture nécessaire. Il a aussi indiqué que les différents acteurs de la sécurité avaient été associés aux travaux préparatoires, afin de donner à la réforme une approche inclusive.

Le cadre de 2004 ne concernait pourtant pas les seuls militaires. Il organisait déjà la sécurité intérieure, la défense civile et la participation des collectivités, de la société civile et des populations. Le Chef d’État-major général des Armées conduisait les opérations militaires et recevait, en situation de défense opérationnelle du territoire, une autorité sur certaines forces de sécurité.

Sécurité globale

La réforme cherche moins à inventer ces responsabilités qu’à les réunir, les préciser et les adapter aux menaces contemporaines. La sécurité intérieure et la cyberdéfense deviennent des composantes explicites de la sécurité nationale. Le Conseil de sécurité nationale et le Comité de défense nationale remplacent le Conseil supérieur de défense et l’ancien Comité de défense, afin de renforcer l’orientation et la coordination autour du Chef de l’État.

L’unicité du Commandement opérationnel est consacrée autour du Chef d’État-major général des Armées dans le cadre de la défense opérationnelle du territoire. Elle vise une réponse plus rapide lorsque plusieurs forces interviennent face à une attaque, une crise majeure ou une menace transfrontalière. Elle ne place toutefois pas en permanence la Police, la Gendarmerie, la Garde nationale et la Protection civile sous commandement militaire.

La réforme intègre aussi une évolution intervenue entre les deux textes. Depuis 2022, la Police nationale et la Protection civile sont militarisées. Ce statut facilite leur mobilisation dans un dispositif plus intégré, tout en maintenant leurs missions ordinaires de sécurité publique et de secours.

Daoud Aly Mohammedine a insisté devant le CNT sur trois besoins : renforcer l’Administration territoriale, associer les légitimités traditionnelles à la lutte contre le terrorisme et poursuivre les recrutements comme les équipements des forces. Cette orientation rejoint le rôle accru confié au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation dans la défense civile, la coordination des services déconcentrés, l’implication des collectivités et la mobilisation des populations. L’objectif est de faire remonter l’alerte depuis les communes sans transformer les habitants en supplétifs des forces publiques.

Cyberespace et terrain

L’ouverture au cyberespace s’accompagne d’une réforme distincte. Le gouvernement a adopté en juin les textes créant l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information, prévue par la Stratégie nationale de cybersécurité 2026 – 2030. L’ANSSI doit coordonner la réponse aux cyberattaques et protéger les infrastructures et services critiques. La cyberdéfense relève ainsi de la protection stratégique de l’État, tandis que la cybersécurité couvre plus largement les administrations, les réseaux et les communications électroniques.

De plus, le DDR-I offre déjà un test de coordination. Le 4 août, 254 recrues issues de divers groupes armés ont rejoint les Forces armées après leur formation à Soufouroulaye. Le programme prévoit l’intégration de 2 000 ex-combattants et la réinsertion socio-économique de 1 000 autres. Cette opération ne découle pas juridiquement du projet de loi, mais elle oblige la Défense, la Sécurité, la Réconciliation et les autorités territoriales à travailler ensemble.

La réussite de cette nouvelle stratégie dépendra moins des intitulés que des procédures. Les textes d’application, le partage des renseignements, les moyens des collectivités, les compétences cyber, le suivi des intégrés et la délimitation des responsabilités seront déterminants. La réforme pose ainsi une chaîne. Son efficacité se jugera à la vitesse de décision, à la coordination sur le terrain et à la confiance entre institutions, forces et populations.

Massiré DIOP

Riz local : 26 030 tonnes pour amortir la soudure

Le rachat public de 26 030 tonnes de riz local doit débloquer des stocks invendus et soutenir la trésorerie de la filière. Son effet sur les prix dépendra toutefois des quantités réellement collectées, du coût de l’opération et du tarif appliqué aux ménages.

Décidée le 23 avril 2026, l’opération est confiée à l’Office des produits agricoles du Mali (OPAM), qui doit recevoir une subvention de l’État pour acheter puis commercialiser le stock détenu par l’Interprofession de la Filière Riz. Le gouvernement poursuit trois objectifs économiques, à savoir soutenir la production nationale, préserver le pouvoir d’achat et stabiliser le marché pendant la période de soudure.

Selon Seydou Keïta, Secrétaire exécutif de l’Interprofession, les livraisons avaient commencé en juillet dans plusieurs zones de production, avec une priorité accordée à Ségou. Il évoque un prix négocié de 400 francs CFA le kilogramme. Si les 26 030 tonnes sont toutes acquises à ce tarif, la valeur brute du rachat atteindrait environ 10,4 milliards de francs CFA, sans compter le transport, le stockage, le conditionnement et une éventuelle subvention à la revente.

Pour les détenteurs des stocks, l’enjeu dépasse l’écoulement d’une récolte. L’argent attendu doit permettre de rembourser des crédits, payer des travailleurs saisonniers, libérer les magasins et préparer la campagne suivante. L’impact sur les producteurs dépendra néanmoins de la répartition réelle des volumes entre exploitants, coopératives, transformateurs et commerçants, ainsi que des délais de paiement.

Équilibre

L’intervention arrive après une campagne relativement abondante. Un rapport agricole publié en avril estime la production malienne de 2025 – 2026 à 1,92 million de tonnes de riz usiné, pour une consommation de 2,35 millions et des importations évaluées à 500 000 tonnes. Les prix à la production et au détail avaient reculé en février 2026 par rapport à février 2025 sous l’effet d’une offre plus importante.

Ces 26 030 tonnes ne peuvent donc transformer seules le marché national. Elles peuvent cependant limiter une remontée saisonnière des prix si elles sont libérées rapidement dans les zones déficitaires et à un tarif inférieur à celui du commerce.

Le principal manque est le bilan de l’OPAM. Le tonnage réceptionné, les montants payés, les points de vente, le prix final et le coût budgétaire n’ont pas encore été publiés. L’opération sera réellement jugée sur deux résultats, notamment l’argent effectivement reçu par la filière et les économies constatées dans le panier des ménages.

Enclavement : Les fragiles routes du Mali vers la mer

Enclavement : Les fragiles routes du Mali vers la mer

À l’occasion de la Journée internationale du 6 août, consacrée aux pays sans littoral, il est important de rappeler que l’accès à la mer demeure vital pour le Mali. Insécurité, surcoûts et dépendance envers les États de transit fragilisent ses corridors.

Le Mali fait partie des 32 pays en développement sans littoral recensés par les Nations unies, dont 16 en Afrique. Son ouverture maritime dépend autant des routes, des frontières et des formalités douanières que des ports et des accords avec les pays côtiers. Ce droit d’accès est reconnu par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, tandis que l’Accord de l’OMC sur la facilitation des échanges et le régime de transit routier inter-États de l’UEMOA encadrent la circulation des marchandises.

Cette chaîne soutient les importations comme les exportations. Toute interruption se répercute sur les entreprises et le pouvoir d’achat des ménages.

Dakar domine, Abidjan progresse

Le corridor Bamako – Dakar demeure l’artère principale. Selon la Banque mondiale, près de 60% des importations et exportations maliennes empruntent son axe nord, parcouru par environ 1 000 poids lourds par jour. Plusieurs portions sont dans un état moyen à très mauvais, ce qui accroît de 20 à 30% le coût de nombreux produits essentiels. En 2024, les ressources du Fonds d’entretien routier ne couvraient qu’environ 15% des besoins courants, estimés à 100 milliards de francs CFA.

Pour Mahamadou Beïdaly Sangaré, économiste et enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences économiques et de gestion de Bamako, l’enclavement pénalise directement la compétitivité nationale. « Les entreprises maliennes supportent des coûts supplémentaires, pouvant approcher 30% pour certains produits, par rapport à leurs concurrentes sénégalaises ou ivoiriennes », explique-t-il.

La prépondérance de Dakar n’empêche pas la progression du corridor Abidjan – Bamako. Le transit malien par le port ivoirien est passé de 835 216 tonnes en 2024 à 1,47 million en 2025, soit une hausse de 76,4%.

Conakry, Nouakchott, Tema et Lomé complètent cette carte. En janvier 2026, le Mali a obtenu un droit d’usage du port de Conakry, des espaces portuaires et des facilités de traitement.

Début février 2026, le Conseil malien des chargeurs alertait sur plus de 4 000 conteneurs vides immobilisés au Mali, dont 2 800 appartenant à MSC et 700 à Hapag-Lloyd. Leur non-retour perturbait Dakar. Fin 2025, plus de 2 400 conteneurs maliens avaient inversement été bloqués au port sénégalais, avant l’annulation temporaire des pénalités.

Des corridors vulnérables

Les sanctions de la CEDEAO et de l’UEMOA en 2022 ont révélé la dimension politique et frontalière de cette vulnérabilité. Selon le Fonds monétaire international, les importations maliennes ont reculé de 20% au premier semestre cette année-là.

Les produits de première nécessité et les combustibles liquides étaient pourtant exemptés. Fermetures de frontières, restrictions financières et désorganisation des échanges ont néanmoins fragilisé les circuits.

Depuis septembre 2025, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, cherche aussi à perturber l’approvisionnement en attaquant les axes et les convois venant notamment du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et de la Guinée. La menace s’est prolongée en 2026.

Dans une lettre adressée le 7 mai 2026 au Syndicat des armateurs de conteneurs du Sénégal, le Président du Conseil malien des chargeurs, Bakissima Sylla, expliquait que, pour préserver les vies humaines et le matériel, les conteneurs avaient dû être immobilisés en lieux sûrs. Il sollicitait une suspension des frais de détention au titre de la force majeure.

Carburant sous escorte

Les convois de carburant illustrent le lien entre sécurité routière et accès maritime. Chargés dans les raffineries ou dépôts côtiers, les hydrocarbures gagnent le Mali par citernes, dernier maillon terrestre de la chaîne.

Le 25 juin 2026, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, rappelait que la majeure partie du carburant malien provenait de Côte d’Ivoire, notamment par la Société de gestion des stocks pétroliers de Côte d’Ivoire. En juillet, les partenaires ivoiriens ont fait état de 852 millions de litres chargés vers le Mali au premier semestre et annoncé une extension progressive des horaires.

Depuis septembre 2025, des convois de plusieurs centaines de citernes circulent sous escorte militaire. La DGCC a notamment signalé l’arrivée de 807 citernes le 26 juin 2026, puis d’autres convois importants en juillet. Mais derrière ces volumes se trouvent des conducteurs exposés. Daouda Lo, de l’Union des routiers du Sénégal, indiquait que certains camions contournaient Kayes par Moussala et Kéniéba, tandis que d’autres s’arrêtaient à Kayes. Son organisation recensait quinze camions sénégalais incendiés.

« Les sanctions et les attaques n’ont fait que confirmer la vulnérabilité de l’économie malienne aux chocs extérieurs », relève Mahamadou Beïdaly Sangaré. Les escortes maintiennent une partie des flux, mais allongent les rotations et ne remplacent pas une sécurisation durable.

Consolider les ports secs

Les ports secs permettent, loin des quais maritimes, le stationnement, le stockage et le dédouanement. Ils peuvent réduire l’attente des camions et la congestion portuaire.

À Sandiara, sur le corridor sénégalais, un parking de quatre hectares est fonctionnel depuis 2021 pour les gros porteurs maliens. Il constitue la première phase d’un port sec appelé à s’étendre sur 20 hectares, avec une capacité annoncée de plus de 1 000 camions et 6 000 conteneurs.

Au Mali, Kantikila, près de Kati, accueille le stationnement des véhicules et des opérations douanières. Des ports secs à Kayes et Sikasso sont également étudiés depuis plusieurs années, sans calendrier public actualisé.

L’objectif est de rendre ces plateformes pleinement opérationnelles grâce à des services douaniers coordonnés, des systèmes numériques interconnectés, des entrepôts sécurisés et un suivi des délais. Faute de ces équipements, les engorgements risqueraient d’être déplacés du littoral vers l’intérieur.

L’initiative marocaine

L’initiative lancée par le Maroc en décembre 2023 propose aux États du Sahel un accès aux infrastructures atlantiques du Royaume. Le Mali a réaffirmé son engagement le 24 juillet 2026, dans le cadre d’une mise en œuvre progressive, sans que cette ouverture soit encore devenue un corridor commercial.

L’absence de frontière commune impose le passage par au moins un pays tiers, des investissements transnationaux et des accords douaniers et sécuritaires. La viabilité dépendra de la distance, du fret, des volumes et des possibilités de chargement au retour.

Mahamadou Beïdaly Sangaré invite à se demander si cette option ne reviendrait pas à « quitter une dépendance pour une autre ». Selon lui, le financement des infrastructures nécessaires reste entouré d’interrogations.

Rendre les axes interchangeables

La sécurisation durable des corridors passe par une coopération transfrontalière permanente, avec partage de renseignements, surveillance des zones à risque et alertes rapides.

Elle suppose également l’entretien régulier des routes, moins de contrôles redondants, la numérisation du transit et une meilleure coordination entre douanes, ports, chargeurs et transporteurs.

Sur le corridor nord, le programme Mali Nafa Soro Siraw doit réhabiliter les 137,7 kilomètres du tronçon Diéma – Sandaré, grâce à un crédit de l’Association internationale de développement de 219,8 millions de dollars, soit environ 133 milliards de francs CFA. Fin juin 2026, le projet restait toutefois à un stade précoce, les principaux marchés de travaux étant encore en préparation.

À plus long terme, le projet Saint-Louis – Ambidédi prévoit 905 kilomètres de voie navigable fluviale et une capacité théorique de 10 millions de tonnes de fret par an. Sa première phase, autorisée en 2026, porte sur le dragage, le balisage et la réhabilitation d’escales. Le corridor commercial permanent, qui exige aussi des infrastructures portuaires et des financements durables, n’est pas encore opérationnel.

Quant à l’option marocaine, aucun itinéraire, tarif ou calendrier définitif n’a encore été publié. « La diversification des corridors est une solution nécessaire, mais non suffisante », estime M. Sangaré.

En plus de cette diversification, il préconise de renforcer les capacités nationales de stockage et de réduire la dépendance extérieure pour les produits de première nécessité, en développant la production et la transformation locales.

Mohamed Kenouvi

CAN féminine : les Aigles Dames se relancent

Les Aigles Dames ont dominé le Cap-Vert (3-2), dimanche à Casablanca, lors de leur deuxième sortie dans la CAN féminine. Après leur revers face au Cameroun, elles restent en course pour les quarts de finale.

Le Mali s’est remis dans le sens de la marche. Quatre jours après leur défaite face au Cameroun, les Aigles Dames ont arraché une victoire précieuse contre le Cap-Vert, dimanche 2 août, au stade Larbi Zaouli de Casablanca. Ce succès leur permet d’éviter une élimination précoce et de préserver leurs chances de qualification.

Les Maliennes ont ouvert le score à la 29e minute par Oumou Koné, sur un service d’Aïssata Traoré. Leur avantage a cependant été de courte durée. À la 36e minute, Eve Pereira a égalisé pour le Cap-Vert, inscrivant le premier but de son pays dans une phase finale de Coupe d’Afrique des nations féminine.

Au retour des vestiaires, Fatoumata Niakaté a redonné l’avantage au Mali à la 50e minute, encore sur une passe décisive d’Aïssata Traoré. Fatoumata Diarra a ensuite porté le score à 3-1 à la 79e minute, sur un service d’Orokia Sissoko. Mais Alivia Kelly a réduit l’écart à deux minutes de la fin, imposant aux Aigles Dames une fin de rencontre sous pression.

Une victoire indispensable

Cette réaction était attendue après le faux pas enregistré lors de la première journée. Face aux Lionnes indomptables du Cameroun, le Mali s’était incliné par 2 buts à 1 malgré une prestation longtemps courageuse. Une deuxième défaite aurait pratiquement mis fin à son parcours dans la compétition.

Les Aigles Dames ont montré un visage plus entreprenant face au Cap-Vert. Leur efficacité devant le but et l’activité d’Aïssata Traoré, auteure de deux passes décisives, ont permis à l’équipe de mieux exploiter ses temps forts. Les trois réalisations maliennes ont également été inscrites par trois joueuses différentes, signe d’une attaque capable de varier ses solutions.

La rencontre a néanmoins fait ressortir certaines fragilités. Le Mali n’est pas parvenu à conserver longtemps son premier avantage et le second but cap-verdien a relancé inutilement le suspense. À l’approche du match décisif contre le Ghana, la sélection devra gagner en maîtrise et éviter les moments de relâchement.

Ce succès possède aussi une saveur particulière. Le Cap-Vert avait éliminé le Mali lors des qualifications, en s’imposant 4-3 sur l’ensemble des deux manches. Les Aigles Dames avaient finalement été repêchées à la suite de l’élargissement de la compétition à 16 équipes. Leur victoire à Casablanca constitue donc une revanche, mais surtout une bouffée d’oxygène dans la course aux quarts de finale.

Le Ghana pour une place en quarts

Après deux journées, le Cameroun occupe la tête du groupe D avec six points et a déjà assuré sa qualification. Le Ghana et le Mali comptent chacun trois points, mais les Black Queens disposent d’une meilleure différence de buts. Le Cap-Vert ferme la marche sans le moindre point, selon le bilan publié par la CAF.

Le dernier match de groupe opposera directement le Mali au Ghana, jeudi 6 août, au stade Moulay Rachid de Casablanca. Le coup d’envoi sera donné à 21 heures au Maroc, soit 20 heures à Bamako, conformément au calendrier officiel de la compétition.

Pour les Aigles Dames, l’équation est claire : il faudra gagner. Un match nul laisserait les deux équipes à égalité de points, mais profiterait aux Ghanéennes en raison de leur meilleure différence de buts.

Le Mali dispose ainsi de son destin entre ses mains. Après avoir évité le pire face au Cap-Vert, les joueuses devront hausser leur niveau contre un adversaire plus expérimenté. Une victoire leur ouvrirait les portes des quarts de finale et leur permettrait de poursuivre un deuxième objectif : se rapprocher d’une qualification pour la Coupe du monde féminine 2027.

Visas américains : les dossiers maliens transférés à Dakar

Depuis le 1er août, les demandes maliennes de visa américain encore recevables ne sont plus traitées à Bamako, mais à Dakar. Cette réorganisation intervient alors que la plupart des délivrances restent suspendues pour les ressortissants maliens.

Obtenir un visa américain depuis le Mali implique désormais, dans la plupart des cas, un déplacement au Sénégal. Le département d’État américain a transféré à son ambassade de Dakar les services courants de visa auparavant assurés à Bamako, dans le cadre d’une vaste réorganisation de son dispositif consulaire en Afrique.

Le transfert concerne les visas de non-immigrant, notamment pour le tourisme, les affaires, les études ou le travail temporaire, ainsi que les visas d’immigration. Les listes officielles des postes consulaires américains orientent désormais les personnes résidant au Mali vers Dakar pour ces deux grandes catégories de demandes.

L’ambassade des États-Unis à Bamako ne ferme pas pour autant. Elle continuera d’assurer les services destinés aux citoyens américains et pourra fournir certaines prestations consulaires limitées. Les visas délivrés et encore valides ne sont pas annulés du seul fait de cette réorganisation, précise le département d’État américain.

Dakar, nouveau passage obligé

Pour les demandeurs maliens dont le dossier peut encore être examiné, la première conséquence est financière et logistique. Aux frais habituels de demande s’ajoutent désormais le transport jusqu’à Dakar, l’hébergement, les déplacements dans la capitale sénégalaise et, éventuellement, un nouveau voyage si des documents supplémentaires ou une seconde comparution sont nécessaires.

Le paiement des frais et la prise de rendez-vous doivent être effectués auprès du poste consulaire désigné. Les personnes qui avaient déjà obtenu un rendez-vous à Bamako sont invitées à consulter les instructions reçues des services consulaires, notamment par courrier électronique.

Le département d’État avertit également que les frais acquittés auprès d’un poste ne sont pas automatiquement remboursables lorsqu’aucun rendez-vous n’y avait été programmé avant le transfert. Les demandeurs doivent donc vérifier le poste compétent avant d’engager un paiement ou une démarche.

Cette centralisation ne signifie toutefois pas que la délivrance des visas aux Maliens reprend normalement. La mesure déplace le lieu de traitement des dossiers, mais elle ne supprime pas les restrictions visant actuellement les ressortissants maliens.

Une caution distincte du transfert

Le transfert des dossiers à Dakar intervient au moment où les États-Unis rendent permanent un autre dispositif : la possibilité d’imposer une caution à certains demandeurs de visas B-1 et B-2, destinés aux affaires et au tourisme.

Entrée en vigueur le 3 août, la nouvelle règle autorise les agents consulaires à exiger une garantie de 10 000, 15 000 ou 20 000 dollars. Au taux indicatif de la BCEAO, ces montants représentent environ 5,7 millions, 8,6 millions et 11,5 millions de francs CFA. Le montant de référence est fixé à 15 000 dollars, mais l’agent consulaire peut le réduire ou l’augmenter selon la situation du demandeur.

Cette somme n’est pas une augmentation ordinaire du tarif du visa. Il s’agit d’une garantie financière venant s’ajouter aux frais habituels de demande. Elle vise à s’assurer que le voyageur quittera les États-Unis avant l’expiration de la durée de séjour qui lui aura été accordée.

La caution ne doit être versée qu’après une instruction formelle d’un agent consulaire, selon la procédure officielle et au moyen de la plateforme Pay.gov. Son paiement ne garantit pas la délivrance du visa.

La somme peut être remboursée lorsque le voyageur quitte les États-Unis dans les délais, lorsqu’il n’utilise finalement pas son visa ou lorsque son admission est refusée à la frontière. Elle peut, en revanche, être confisquée en cas de dépassement de séjour ou de non-respect des conditions fixées par les autorités américaines. Ces règles figurent dans la [décision définitive publiée par le gouvernement américain.

Le Mali ne figure pas sur la liste

Contrairement à certaines informations diffusées, le Mali ne figure pas, à ce jour, parmi les pays soumis au nouveau programme permanent de caution. La liste officielle américaine comprend 50 pays, dont 30 en Afrique. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Nigeria, le Bénin, le Togo, la Tanzanie, l’Algérie et la Tunisie y apparaissent notamment, mais pas le Mali.

La confusion vient en partie de l’ancien programme pilote. Les ressortissants maliens avaient alors été soumis à une caution de 5 000 ou 10 000 dollars. En réaction, Bamako avait annoncé l’application d’une mesure similaire aux citoyens américains, au nom du principe de réciprocité.

La situation a depuis changé. Le Mali est désormais concerné par une restriction plus large que la caution financière à savoir une suspension presque générale de la délivrance des visas américains.

La suspension reste le principal obstacle

Depuis le 1er janvier, les États-Unis ont suspendu la délivrance des visas d’immigration et de non-immigration aux ressortissants de 19 pays, dont le Mali, en application de la proclamation présidentielle 10998.

Des exceptions sont prévues pour certaines catégories diplomatiques ou officielles, les résidents permanents des États-Unis, les binationaux présentant le passeport d’un pays non concerné par la suspension, certains demandeurs de visas spéciaux liés à un emploi au service du gouvernement américain ainsi que les participants à de grandes compétitions sportives. Une dérogation individuelle peut également être accordée lorsqu’un déplacement est considéré comme relevant de l’intérêt national des États-Unis.

Les visas valides avant l’entrée en vigueur de la suspension ne sont pas automatiquement annulés. Les ressortissants concernés peuvent également déposer une demande et programmer un entretien. Toutefois, ceux qui ne relèvent d’aucune exception restent, en principe, inéligibles à la délivrance du visa.

Pour les Maliens, le changement majeur n’est donc pas une hausse générale du prix du visa. Il réside dans l’accumulation de deux contraintes : la suspension de la plupart des délivrances et le transfert à Dakar des dossiers encore susceptibles d’être examinés.

Un demandeur malien entrant dans une catégorie autorisée devra désormais supporter le coût d’un déplacement au Sénégal, sans garantie d’obtenir le document sollicité. Quant à la caution pouvant atteindre 20 000 dollars, elle concerne bien plusieurs dizaines de nationalités, mais le Mali ne figure pas actuellement sur la liste officielle du programme.

Hivernage : l’anticipation des crues à l’épreuve

Dans son rapport annuel sur le protocole d’action précoce, la Fédération internationale examine le dispositif mis en œuvre par la Croix-Rouge malienne. Le document souligne des acquis logistiques, mais aussi des retards opérationnels et des incohérences financières à clarifier.

En plein hivernage, la prévention des inondations constitue une urgence concrète. Mali-Météo maintient un niveau élevé de vigilance face aux fortes pluies, aux crues, à la foudre et aux autres risques liés à la saison, malgré des cumuls pluviométriques attendus autour des moyennes habituelles, selon des prévisions rapportées par plusieurs sources.

C’est dans ce contexte que doit fonctionner le protocole d’action précoce contre les crues fluviales. Financé par le Fonds d’urgence pour les réponses aux catastrophes de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le dispositif vise jusqu’à 4 000 ménages, soit environ 24 000 personnes, pour un budget pluriannuel de 493 567 francs suisses.

Son déclenchement dépend des prévisions de la Direction nationale de l’hydraulique et des services météorologiques. Lorsque le niveau de l’eau atteint, dans certaines stations de surveillance, le seuil correspondant à une crue susceptible de se produire au moins une fois tous les cinq ans, la Croix-Rouge malienne dispose de quatre à huit jours pour intervenir.

Des acquis logistiques réels

Le protocole prévoit l’activation des comités de crise, l’alerte des populations, l’identification des familles vulnérables et la diffusion de messages par les radios et lors de visites à domicile. Il comprend également la distribution de produits sanitaires, l’installation d’abris et la mise à disposition de sacs destinés à renforcer les digues ou à protéger les habitations.

Cette approche a déjà été éprouvée en septembre 2022 dans le village de Kaka et dans deux quartiers de Sofara, dans la région de Mopti. Selon le rapport d’activation de la Croix-Rouge malienne, les opérations avaient permis d’assister 271 ménages et de mener des actions de protection au bénéfice de 3 045 personnes. Des familles avaient été évacuées, des abris installés et des bâtiments sécurisés.

Le nouveau rapport annuel montre que la préparation matérielle s’est poursuivie. Des stocks ont été répartis entre Kayes, Sikasso, Mopti et Gao afin de réduire les délais d’acheminement. Ils comprennent notamment 80 kits d’abris, 80 kits de cuisine, 1 680 nattes, 840 couvertures, 4 000 moustiquaires ainsi que des produits de traitement de l’eau.

Un exercice de simulation a également été organisé à Loulouni, dans la région de Sikasso. Il a permis de tester la transmission de l’alerte, la coordination entre les acteurs et la mobilisation communautaire.

Ces préparatifs répondent à une menace durable. D’après des chiffres rappelés par le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe, les inondations de 2024 avaient affecté plus de 733 000 personnes et plus de 121 000 ménages. Pour la saison actuelle, AGRHYMET recommande de renforcer les actions anticipatoires, les systèmes d’alerte, les digues de protection et la coordination entre les services météorologiques, hydrologiques et de protection civile.

Une préparation humaine encore incomplète

Derrière les acquis matériels, le rapport fait apparaître plusieurs retards. Des formations destinées aux volontaires et au personnel n’ont pas été réalisées. Certaines activités de sensibilisation, des consultations consacrées à la protection et à l’inclusion ainsi que plusieurs rencontres techniques régulières ont également été reportées.

L’insécurité a notamment perturbé des activités prévues à Ségou et Mopti. Lors de l’exercice de Loulouni, plusieurs représentants institutionnels ont été mobilisés tardivement, faute de lettres d’invitation transmises à temps. La participation de certains jeunes a aussi été limitée par l’attente d’une rémunération ou d’une prise en charge.

Ces difficultés ne sont pas secondaires. Dans un mécanisme qui ne laisse que quatre à huit jours pour agir, les stocks ne suffisent pas si les volontaires ne maîtrisent pas leur rôle, si l’alerte n’est pas comprise par les habitants ou si les responsabilités entre les différents services restent imprécises.

Le système destiné à recevoir les plaintes et les observations des communautés a été simulé, mais le rapport ne présente pas de résultats permettant d’en apprécier l’efficacité. Il explique insuffisamment comment les besoins particuliers des femmes, des enfants, des personnes âgées ou des personnes vivant avec un handicap seront pris en compte dans la sélection des bénéficiaires.

Le protocole n’a pas été activé pendant la période examinée, les seuils hydrologiques prévus n’ayant pas été atteints. Le rapport aurait toutefois gagné en transparence en présentant les niveaux observés dans les stations surveillées et leur écart par rapport aux seuils de déclenchement.

Des précisions restent également nécessaires sur l’adéquation entre les stocks et la population annoncée. Les 80 kits d’abris et de cuisine ne couvrent qu’une faible partie des 4 000 ménages ciblés. Ils peuvent être réservés aux familles les plus exposées ou devant être évacuées, mais la méthode de sélection n’est pas clairement détaillée.

Des comptes à clarifier

Le volet financier soulève les interrogations les plus sensibles. Deux montants différents apparaissent pour le budget annuel : 183 586 francs suisses dans une partie du rapport et 194 906 francs dans l’annexe financière. Cette différence de 11 320 francs n’est pas explicitement rapprochée.

Les dépenses totales atteignent 180 581 francs suisses. Dans le détail, la rubrique des abris affiche 126 905 francs de dépenses pour une prévision de 73 725 francs, soit un dépassement de 53 180 francs. À l’inverse, le secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène présente une dépense négative de 84 219 francs.

Le rapport attribue ces anomalies à des erreurs de transfert ou d’imputation dans le système financier. Rien dans le document ne permet donc de parler de détournement ou de disparition de ressources. Ces écritures doivent néanmoins être corrigées et expliquées afin de rendre les comptes pleinement lisibles.

Le rapport fait ainsi ressortir une préparation à deux vitesses. Les stocks existent, l’expérience opérationnelle est réelle et la collaboration avec les services techniques constitue un acquis. Mais la formation des équipes, l’implication des communautés, la justification du ciblage et la fiabilité de la présentation financière doivent encore être renforcées.

En plein hivernage, l’enjeu n’est donc plus seulement de savoir combien de kits sont entreposés. Il est de déterminer si l’ensemble du dispositif peut effectivement prévenir les populations, mobiliser les équipes et acheminer l’assistance aux bonnes familles dans le court délai précédant une crue.

 

Mobilité étudiante : une présence africaine en hausse dans les universités russes

De l’héritage universitaire soviétique aux nouvelles procédures numériques d’admission, la Russie cherche à renforcer son attractivité auprès des étudiants étrangers, notamment africains. Cette progression repose sur les bourses, l’offre de formation et les perspectives professionnelles, mais le choix d’un établissement nécessite aussi une évaluation attentive des conditions d’études et de la reconnaissance des diplômes.

La présence des étudiants africains dans les universités russes connaît une progression notable. D’après une étude publiée en 2024 par deux chercheurs de la Higher School of Economics de Moscou, leur nombre est passé de 6 700 au cours de l’année universitaire 2010-2011 à environ 34 400 en 2022-2023. Cette hausse traduit un regain d’intérêt pour une destination universitaire liée de longue date au continent africain.

Cette évolution s’inscrit dans une politique plus large d’accueil des étudiants internationaux. Selon les données communiquées en juin 2026 par le ministère russe de la Science et de l’Enseignement supérieur, quelque 422 000 étudiants étrangers sont actuellement inscrits dans les universités du pays. Les autorités russes ambitionnent de porter cet effectif à 500 000 d’ici à 2030.

Les motivations des étudiants restent cependant diverses. L’étude menée auprès de ressortissants de 28 pays africains met principalement en avant la qualité de l’enseignement, les conditions de vie, l’accès aux bourses et les perspectives de formation. Les relations historiques entre la Russie et plusieurs pays africains peuvent également influencer certains parcours, sans expliquer à elles seules la progression actuelle.

Un héritage universitaire toujours présent

Les premiers étudiants africains ont commencé à rejoindre les établissements d’enseignement supérieur soviétiques à la fin des années 1950. La création, en 1960, de l’Université de l’Amitié des Peuples, qui porte aujourd’hui de nouveau le nom de Patrice Lumumba, a constitué l’un des principaux symboles de cette coopération.

Les estimations disponibles varient selon qu’elles prennent uniquement en compte les diplômés de l’enseignement supérieur ou l’ensemble des personnes ayant suivi une formation en Union soviétique. Plusieurs travaux évoquent néanmoins des dizaines de milliers d’Africains formés entre le début des années 1960 et la disparition de l’URSS. Les formations concernaient notamment l’industrie, l’agriculture, les transports, la santé, l’enseignement et les sciences.

Les disciplines techniques et scientifiques occupaient alors une place importante. Une partie des cadres, ingénieurs, médecins et universitaires africains formés durant cette période ont ensuite exercé des responsabilités dans leurs pays d’origine. Cette mémoire demeure présente dans les relations universitaires entre la Russie et le continent.

Le discours officiel russe met également en avant une proximité culturelle fondée sur le respect des traditions et de la souveraineté des États. Cette dimension relève toutefois davantage du cadre politique des relations Russie-Afrique. Les études disponibles sur les choix des étudiants font surtout ressortir des considérations liées à l’enseignement, aux conditions d’admission, au financement et à la vie quotidienne.

À Riazan, deux parcours entre découverte et adaptation

Les trajectoires de Baidoo Daniel Annor, originaire du Ghana, et d’Agbéré Mouhamadou Labaran, venu du Togo, illustrent certaines dimensions de cette mobilité étudiante. Tous deux poursuivent leurs études à l’Université d’État de Riazan S. A. Essénine, à environ 200 kilomètres au sud-est de Moscou.

Arrivé en Russie en 2025, Baidoo Daniel Annor étudie à l’Institut des sciences physico-mathématiques et informatiques. Après un premier séjour à Moscou, il dit avoir progressivement trouvé ses repères à Riazan et dans ses environs. Malgré les différences de climat et de mode de vie, l’étudiant affirme s’être adapté à son nouvel environnement. « Riazan est devenue pour moi une ville vraiment familière », confie-t-il.

Agbéré Mouhamadou Labaran suit, pour sa part, une formation à la faculté d’économie, de sociologie et de gestion dans le cadre du quota accordé par le gouvernement russe. La découverte de la neige et du froid a constitué l’un de ses premiers chocs à son arrivée à Moscou. Il envisage néanmoins de poursuivre son parcours à Riazan après ses études et estime que « le diplôme russe est très valorisé dans son pays ».

Ces deux témoignages rendent compte d’expériences personnelles positives, mais ils ne sauraient résumer à eux seuls la diversité des parcours des étudiants africains en Russie. Les conditions d’intégration peuvent varier selon la ville, l’université, la langue d’enseignement, les ressources financières disponibles et l’accompagnement offert par l’établissement.

Quotas et procédures d’admission plus numériques

La politique des quotas constitue l’un des principaux instruments utilisés par la Russie pour attirer les étudiants étrangers. Selon Rossotroudnitchestvo, l’agence fédérale chargée notamment de la coopération humanitaire internationale, plus de 5 000 places financées par l’État avaient été attribuées aux étudiants africains en 2025. L’agence indiquait avoir reçu plus de 40 000 candidatures provenant du continent.

Le Soudan, la Guinée, le Ghana et le Tchad figuraient parmi les pays comptant le plus grand nombre de candidats. Les filières les plus demandées comprenaient notamment la médecine générale, l’économie, le management, l’odontologie, les sciences de l’éducation, l’informatique et les relations internationales. Le nombre élevé de candidatures témoigne d’un intérêt réel, mais il doit être distingué du nombre d’étudiants effectivement admis et inscrits.

La numérisation des procédures vise également à faciliter les démarches. Les candidats résidant hors de Russie peuvent désormais transmettre certains documents universitaires par l’intermédiaire de l’application ruID ou des plateformes propres aux établissements. Les procédures peuvent toutefois varier selon l’université, le programme choisi et le mode de financement.

Les candidats doivent notamment vérifier les exigences linguistiques, les modalités de traduction et de reconnaissance de leurs diplômes antérieurs, les conditions d’obtention du visa ainsi que les frais qui ne sont pas toujours couverts par les quotas. Le financement des études ne signifie pas nécessairement la prise en charge du voyage, de l’hébergement, de l’assurance et de l’ensemble des dépenses quotidiennes.

Un choix à préparer au cas par cas

Les autorités russes souhaitent également développer les stages et les liens entre les universités et les entreprises. Des possibilités existent déjà dans certains établissements, mais elles dépendent des filières, des partenariats disponibles et du niveau de maîtrise de la langue. Il serait donc prématuré de présenter le stage en entreprise comme une garantie accordée à chaque étudiant étranger.

La reconnaissance du diplôme constitue un autre point essentiel. Elle varie selon le pays d’origine, la profession concernée et les accords existants. Avant de s’engager, les candidats doivent se renseigner auprès des autorités compétentes de leur pays, en particulier pour les formations réglementées comme la médecine, la pharmacie, l’ingénierie ou l’enseignement.

L’augmentation du nombre d’étudiants africains confirme que la Russie retrouve progressivement une place dans la mobilité universitaire internationale. Son héritage historique, ses programmes de bourses, la diversité de ses formations et la simplification de certaines démarches constituent des facteurs d’attractivité.

Le choix d’étudier en Russie doit toutefois reposer sur un examen concret de l’établissement, du programme, du coût total du séjour, de la langue d’enseignement et des perspectives offertes après l’obtention du diplôme. Au-delà des discours institutionnels et des expériences individuelles, ce sont ces éléments qui permettent à chaque étudiant de déterminer si cette destination correspond réellement à son projet académique et professionnel.

 

Emploi des jeunes au Mali : des compétences encore difficiles à valoriser

Diplômes, formations et savoir-faire ne suffisent pas toujours à ouvrir les portes du marché du travail. Face à la prédominance de l’emploi informel et à la concurrence pour les opportunités, la capacité à montrer ses réalisations prend une importance croissante, sans remplacer les compétences ni répondre, à elle seule, aux difficultés structurelles de l’insertion.

Au Mali, l’accès des jeunes à un emploi stable reste un défi majeur. D’après le Bulletin sur les indicateurs du marché du travail 2024 de l’Institut national de la statistique (INSTAT), 98 % des jeunes de 15 à 35 ans qui travaillent occupent un emploi informel. L’Organisation internationale du Travail estime par ailleurs que 30,1 % des 15-24 ans n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation en 2024. Ces données décrivent un marché difficile, où la possession d’une compétence ne garantit ni sa reconnaissance ni sa valorisation.

À ces contraintes économiques s’ajoute un obstacle moins visible : beaucoup de jeunes ont du mal à présenter clairement ce qu’ils savent faire. Le curriculum vitae demeure souvent leur principal outil, alors que les employeurs et les clients cherchent aussi des réalisations, des résultats et des preuves de fiabilité. Entre la compétence acquise et l’opportunité professionnelle, la capacité à se rendre compréhensible devient ainsi une étape à part entière.

Consultant en communication marketing et spécialiste du personal branding, ou gestion de l’identité professionnelle, Oumar Coulibaly observe régulièrement ce décalage. « Une compétence invisible reste difficile à valoriser. Aujourd’hui, avoir un diplôme ou maîtriser un métier ne suffit plus. Il faut être capable d’apporter des preuves, d’expliquer sa valeur et de rendre son expertise lisible pour le marché », estime-t-il.

La compétence ne se déclare plus, elle se démontre

Le diplôme conserve son importance, notamment pour attester d’un parcours et accéder à certaines professions. Mais il renseigne imparfaitement sur la manière dont une personne applique ses connaissances. Un projet mené à terme, un portfolio, une étude de cas ou une recommandation professionnelle donnent des indications plus concrètes sur son autonomie, sa méthode et sa capacité à résoudre un problème.

Cette logique concerne aussi bien les métiers créatifs que les fonctions commerciales, techniques ou administratives. Un graphiste peut présenter une sélection commentée de ses travaux. Un développeur peut documenter une solution et les difficultés rencontrées. Un commercial peut décrire une campagne, ses objectifs et les résultats obtenus. Même sans longue expérience, un étudiant peut montrer un projet de formation, une recherche ou une contribution associative, à condition d’indiquer précisément son rôle.

Les plateformes numériques peuvent faciliter cette démonstration. LinkedIn, Facebook, TikTok ou un site personnel ne servent pas uniquement à rechercher de l’audience : ils peuvent devenir des espaces où une progression est documentée et où un savoir-faire est rendu accessible. Utilisés avec régularité et discernement, ils composent une sorte de portfolio vivant, consultable par un recruteur, un partenaire ou un client potentiel.

Cette visibilité ne doit toutefois pas être confondue avec la popularité. Le nombre d’abonnés n’est pas une preuve de compétence, pas plus que l’accumulation de titres professionnels. Une présence numérique crédible repose sur des contenus originaux, des réalisations vérifiables et une présentation honnête de son niveau d’expérience. « La communication ne doit jamais remplacer le savoir-faire. Elle doit permettre au marché de le comprendre », résume Oumar Coulibaly.

Le positionnement joue également un rôle. Certains jeunes se présentent simultanément comme communicants, graphistes, vidéastes, commerciaux et spécialistes du numérique, dans l’espoir d’élargir leurs possibilités. Cette polyvalence peut être réelle, mais une énumération trop large brouille souvent le message. Identifier une compétence principale, puis montrer comment les autres la complètent, aide les interlocuteurs à comprendre plus rapidement la valeur proposée.

Une responsabilité qui ne repose pas seulement sur les jeunes

La question de la visibilité ne peut cependant pas être présentée comme l’explication unique des difficultés d’insertion. Le faible nombre d’emplois formels, le poids des relations dans l’accès à certaines opportunités, les écarts de formation, le coût de la connexion et l’inégal accès aux outils numériques limitent aussi les parcours. Demander aux jeunes de mieux communiquer ne saurait donc se substituer aux politiques de formation, d’emploi et de soutien à l’activité économique.

Les établissements d’enseignement et de formation ont néanmoins une marge d’action. Ils peuvent accorder plus de place aux projets pratiques, apprendre aux étudiants à constituer un portfolio et les préparer à présenter un travail devant un employeur. Cette démarche permettrait de rapprocher les apprentissages du terrain, sans réduire l’éducation à une simple préparation au recrutement.

Les entreprises peuvent, elles aussi, élargir leurs méthodes d’évaluation. Les diplômes et les années d’expérience restent des repères, mais des mises en situation, des tests pratiques ou l’examen de réalisations antérieures peuvent faire émerger des profils moins conventionnels. Une telle approche serait particulièrement utile aux candidats qui disposent de compétences réelles mais de peu de références professionnelles formelles.

De leur côté, les jeunes peuvent prendre l’habitude de conserver les traces de leur travail : résultats obtenus, témoignages, productions, certifications ou enseignements tirés d’un projet. L’objectif n’est pas de transformer chacun en créateur de contenu permanent, mais d’éviter que des expériences utiles disparaissent faute d’avoir été documentées.

L’employabilité repose ainsi sur trois éléments complémentaires : la compétence, qui permet de produire de la valeur ; la preuve, qui contribue à rassurer ; et la visibilité, qui permet d’être repéré. Aucun de ces leviers ne résout à lui seul la rareté des opportunités. Ensemble, ils peuvent toutefois aider un professionnel à mieux faire reconnaître ce qu’il apporte.

Le véritable enjeu n’est donc pas de privilégier l’apparence au détriment du fond. Il consiste à faire en sorte que les compétences existantes puissent être identifiées, comprises et vérifiées. Dans un marché où les occasions sont limitées et disputées, savoir faire demeure essentiel et savoir le démontrer peut devenir décisif.

Bamako : le chaos que nous avons appris à tolérer

À Bamako, la circulation routière est devenue un désordre quotidien que nous avons fini par tolérer. Embouteillages interminables, accidents fréquents, incivisme, feux tricolores ignorés et véhicules vieillissants : le problème n’est plus seulement celui de la route.

C’est aussi celui d’une ville, et plus largement d’une société, qui s’habitue progressivement à l’inacceptable. Le plus inquiétant n’est peut-être pas uniquement le chaos qui règne sur nos routes, mais notre capacité à nous y adapter. Chaque matin, des milliers de Maliens quittent leur domicile avec un objectif simple : rejoindre leur lieu de travail, leur école ou leur commerce.

Pourtant, ce trajet banal est devenu une épreuve de patience. On quitte la maison avec une heure d’avance, sans aucune certitude d’arriver à temps. Et pourtant, nous avons fini par trouver cela normal. Nous nous sommes accommodés des embouteillages qui paralysent Bamako, des klaxons qui remplacent la patience, des motos qui surgissent à contresens, des véhicules qui s’arrêtent en pleine chaussée et des feux tricolores qui semblent, pour certains usagers, n’avoir qu’une valeur décorative. À force de répétition, le désordre est devenu une habitude et, parfois, un réflexe collectif.

Un bilan humain toujours préoccupant

Pourtant, ce désordre a un coût, d’abord humain. À l’échelle nationale, les données de la police et de la gendarmerie, validées le 23 avril 2026 par le ministère des Transports et des Infrastructures et l’Agence nationale de la sécurité routière, font état de 7 691 accidents en 2025, ayant causé 8 863 blessés et 648 morts. Par rapport à 2024, le nombre de décès officiellement recensés a diminué de 4,99 %, tandis que les accidents ont légèrement augmenté de 0,23 % et les blessés de 0,40 %. Le nombre total de victimes est ainsi resté pratiquement inchangé. Cette baisse de la mortalité doit être relevée, mais elle ne saurait faire oublier les centaines de vies perdues et les milliers de personnes blessées en une seule année. Ces chiffres doivent également être interprétés avec prudence, car ils proviennent des accidents portés à la connaissance des services de sécurité. À titre d’illustration, le dernier profil du Mali publié par l’Organisation mondiale de la santé indiquait que 736 décès routiers avaient été déclarés en 2021, alors que l’organisation en estimait le nombre réel à 4 429. Cette différence n’invalide pas le bilan de 2025, mais elle rappelle que les statistiques administratives ne rendent pas nécessairement compte de toute la mortalité routière.

Derrière ces chiffres se trouvent surtout des drames que les tableaux statistiques ne raconteront jamais complètement : un parent qui ne rentre plus à la maison, un étudiant dont les projets s’effondrent, une personne blessée qui perd son autonomie ou une famille qui bascule soudainement dans le deuil et les difficultés économiques. Les conséquences d’un accident dépassent presque toujours la seule victime. À Bamako, il suffit de quelques minutes à un carrefour pour mesurer l’étendue du problème. Des motos slaloment entre les véhicules, des passagers descendent en pleine circulation, des conducteurs refusent la priorité et les altercations se multiplient sous l’effet des embouteillages et de la nervosité générale. Mais il serait trop simple d’expliquer cette situation par le seul comportement des usagers ou, à l’inverse, d’en attribuer toute la responsabilité aux autorités.

Des responsabilités nécessairement partagées

Oui, certaines infrastructures doivent être modernisées. Oui, les feux tricolores existants doivent être entretenus, la signalisation restaurée, les intersections mieux aménagées et les contrôles organisés avec davantage de régularité. La vétusté d’une partie du parc automobile, notamment des véhicules de transport collectif, impose également des contrôles techniques crédibles et rigoureux. Une étude consacrée à la mobilité urbaine au Mali relevait déjà en 2020 le vieillissement des voitures et des minibus, l’augmentation rapide des déplacements motorisés et l’engorgement chronique des trois ponts de Bamako. La croissance de la ville, la concentration des emplois et des écoles, l’insuffisance des transports collectifs et l’organisation du réseau routier contribuent donc elles aussi à la congestion. Mais nous, citoyens, avons également notre part de responsabilité. L’incivisme routier est devenu une habitude pour trop d’usagers. Nous roulons parfois trop vite, refusons de céder le passage, circulons en sens interdit ou ignorons les règles les plus élémentaires du Code de la route. Nous voulons tous gagner quelques minutes sans toujours comprendre qu’une seule seconde d’imprudence peut coûter une vie. Cette culture permanente de l’urgence nous coûte déjà beaucoup trop cher. Les campagnes de sensibilisation restent nécessaires, mais elles ne suffisent plus. Depuis le début de l’année 2026, les autorités ont d’ailleurs renforcé les contrôles. Une opération lancée le 31 janvier sur les trois ponts de Bamako a conduit à la mise en fourrière de plus de 800 deux-roues en deux semaines pour non-respect des voies qui leur sont réservées. Une opération spéciale d’immatriculation des motos et des tricycles a ensuite débuté le 15 juin, avant de nouvelles actions de sensibilisation et de sommation menées par l’ANASER, la Police nationale et les services d’urbanisme. Ces initiatives montrent une volonté de rétablir la discipline, mais leur efficacité dépendra de leur continuité, de leur équité et de leur inscription dans une véritable politique de mobilité. Car aucune réforme ne pourra fonctionner si les règles restent facultatives pour les usagers. Et aucune campagne de civisme ne suffira si les routes, les transports collectifs, la signalisation et les dispositifs de secours ne permettent pas de prévenir les erreurs humaines et d’en limiter les conséquences.

La circulation routière n’est pas un combat. Ce n’est pas une course ni une démonstration de force. C’est un contrat silencieux entre des milliers de personnes qui acceptent de partager le même espace et de se protéger mutuellement. Le conducteur doit respecter les règles, mais ceux qui conçoivent, entretiennent et surveillent les routes ont également le devoir de rendre cet espace aussi sûr que possible. Le jour où nous comprendrons pleinement cette responsabilité partagée, nos routes cesseront peut-être d’être des lieux permanents d’angoisse. Car une nation qui s’habitue à perdre des vies sur ses routes finit par considérer comme ordinaire ce qui ne devrait jamais l’être.

Le véritable danger commencera le jour où ces accidents ne susciteront plus ni indignation, ni remise en question, ni volonté d’agir. Ce jour-là, ce ne sera plus seulement notre circulation qui sera en crise, mais notre capacité collective à protéger la vie elle-même.

Salimata Wagué

 

Journée panafricaine des Femmes : L’eau et l’assainissement au cœur des préoccupations

Le Mali célèbre le 31 juillet 2026 à Koulikoro la Journée panafricaine des Femmes, commémoration née de la rencontre de Dar es-Salaam en 1962 et consacrée aux droits des Africaines. Le thème national, « L’accès universel à l’eau et à l’assainissement pour chaque femme, une priorité pour la Vision 2063 du Mali », place les services essentiels au centre des enjeux d’égalité.

À cette occasion, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement s’impose comme un défi majeur pour les femmes. Dans de nombreux ménages maliens, elles assurent, avec les filles, l’approvisionnement familial, une responsabilité qui réduit parfois le temps consacré à l’école, au travail, au repos et à la vie sociale.

Selon le ministre de l’Énergie et de l’Eau, le taux national d’accès au service de l’eau potable a atteint 75,4% en 2026. Cette moyenne masque de fortes disparités. À Banconi Farada et Dialakorodji, des habitantes ont rapporté en mars des attentes de plusieurs heures, tandis qu’à Mopti et Nioro du Sahel, des populations dénonçaient des coupures prolongées et une qualité jugée insuffisante.

Cette situation touche particulièrement les femmes et les filles, qui peuvent consacrer une part importante de leur journée à la recherche de l’eau. L’insuffisance des points d’eau et des installations sanitaires adaptées accroît les risques de maladies hydriques, d’insécurité et de perte d’intimité. Dans les écoles et les centres de santé, elle peut affecter l’assiduité, l’hygiène menstruelle et la qualité des soins.

Vulnérabilités

À ces difficultés s’ajoutent l’insécurité et les déplacements de population. Pour Fatoumata Keita, écrivaine, socio-anthropologue et promotrice de Figuira Éditions, les femmes et les enfants figurent parmi les personnes les plus éprouvées lorsque l’accès à l’eau et à l’assainissement se dégrade dans les zones de crise ou d’accueil.

Face à ces enjeux, les pouvoirs publics et leurs partenaires ont engagé des réponses. Financé par la Banque mondiale à hauteur de 100 millions de dollars, le Projet d’appui à la sécurité de l’eau au Mali devrait bénéficier à 500 000 personnes, dont la moitié de femmes, à Bamako et dans plusieurs villes secondaires. D’autres programmes soutiennent l’approvisionnement, l’assainissement et la résilience des services. L’amélioration durable suppose aussi d’associer les femmes aux décisions locales, de sécuriser les points d’eau et de prendre en compte les besoins dans les écoles, les centres de santé et les sites de déplacés. La célébration de Koulikoro doit enfin rendre hommage aux pionnières et valoriser les initiatives locales portées par les femmes.

Joseph Amara Dembélé

Djenné, Tombouctou, Gao : Trois mémoires à préserver

Réuni à Busan du 19 au 29 juillet 2026, le Comité du Patrimoine mondial a inscrit à son ordre du jour la situation de Djenné, Tombouctou et du Tombeau des Askia de Gao. Ces trois biens maliens, classés en péril, concentrent une part essentielle de la mémoire culturelle du pays.

À Djenné, l’histoire s’exprime dans les maisons traditionnelles en banco, la Grande Mosquée et le site archéologique de Djenné-Djeno. Ces édifices témoignent de l’ancienneté de la vie urbaine dans le Delta intérieur du Niger et de la maîtrise de techniques adaptées à l’architecture de terre. Sa conservation dépend de l’entretien régulier des façades, de l’accès aux matériaux traditionnels et de la transmission des gestes artisanaux.

Tombouctou conserve les mosquées de Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia, seize mausolées ainsi qu’un patrimoine documentaire lié à une longue tradition savante. La ville rappelle l’époque où circulaient, à travers le Sahara, des érudits, des manuscrits et des connaissances portant sur le droit, l’histoire, la médecine, la théologie ou l’astronomie.

Pour Modibo Bagayoko, Coordinateur de projets au Secteur Culture du Bureau de l’UNESCO au Mali, leur portée dépasse l’architecture. « Ces trois sites figurent parmi les symboles les plus prestigieux du patrimoine culturel du Mali », souligne-t-il, en rappelant leur rôle dans les échanges commerciaux, intellectuels, religieux et culturels en Afrique de l’Ouest.

Transmission

À Gao, le Tombeau des Askia, édifié vers 1495, illustre la puissance de l’Empire songhaï et l’originalité de l’architecture soudano-sahélienne. Ses formes, ses espaces de prière et son entretien collectif inscrivent le monument dans une tradition encore vivante. Les travaux de restauration, les plans de gestion et la formation des artisans contribuent à préserver cette continuité culturelle.

Dans les trois villes, les communautés sont les premières gardiennes du patrimoine. Maçons, familles, autorités coutumières, responsables religieux, enseignants et jeunes participent à l’entretien des sites et à la transmission des connaissances qui leur sont associées. Comme le rappelle Modibo Bagayoko, « les communautés locales sont les premières gardiennes du patrimoine » et détiennent les savoir-faire nécessaires à l’entretien des monuments.

La sauvegarde ne concerne pas uniquement des édifices anciens. Elle protège aussi des pratiques, des récits, des formes d’expression et une mémoire partagée, au cœur de la société malienne. Préserver Djenné, Tombouctou et le Tombeau des Askia, c’est maintenir vivant un héritage qui relie les générations maliennes et rappelle la contribution du Mali à l’histoire culturelle de l’Afrique et de l’Humanité.

Salimata Wagué

France–Mali : les ponts qui demeurent

À l’occasion du 14 juillet à Bamako, Thibaut Fourrière, chargé d’affaires permanent de France au Mali, a consacré son discours aux liens humains, économiques, culturels et éducatifs entre les deux pays. Dans le cadre diplomatique actuel, il a présenté ces échanges comme les principaux points de continuité de la relation franco-malienne.

« Les liens entre les peuples demeurent une richesse qu’il nous appartient de préserver. » Prononcée par Thibaut Fourrière lors de la célébration de la fête nationale française, cette déclaration a donné le fil conducteur d’un discours centré sur les relations qui se maintiennent entre les sociétés malienne et française.

Le chargé d’affaires permanent a d’abord évoqué la diaspora malienne établie en France, dont il a estimé l’effectif à environ 400 000 personnes. À cette communauté s’ajoutent les Franco-Maliens qui effectuent régulièrement des séjours au Mali pour leurs attaches familiales ou leurs activités professionnelles, ainsi que les ressortissants français installés dans le pays.

Ces circulations entretiennent des liens familiaux, sociaux et économiques indépendamment des échanges institutionnels. Elles se traduisent notamment par des transferts financiers, des créations d’entreprises, des voyages et des projets conduits entre les deux territoires.

Des échanges économiques maintenus

Les relations commerciales constituent un autre point de contact. Thibaut Fourrière a évoqué des flux représentant plusieurs centaines de millions d’euros par an entre opérateurs privés. Les dernières données consolidées des douanes françaises disponibles font état de 340 millions d’euros d’échanges de marchandises en 2024, dont 327 millions d’exportations françaises vers le Mali et 13 millions d’importations en provenance du Mali.

Malgré leur déséquilibre, ces échanges montrent la poursuite d’activités entre entreprises dans des domaines comprenant notamment les équipements, les produits pharmaceutiques, l’agroalimentaire et les services.

L’éducation et la culture comme espaces de rencontre

Le discours a également mis en avant les échanges culturels et artistiques. L’Institut français du Mali continue d’accueillir des manifestations, des expositions, des rencontres et des activités destinées au public et aux artistes. Le chargé d’affaires a présenté ces espaces comme des lieux de dialogue et de circulation des idées.

L’éducation forme un autre lien entre les deux pays. Thibaut Fourrière a fait état de sept établissements maliens proposant un programme français. Il a notamment cité les résultats obtenus au baccalauréat par les établissements Liberté et Les Angelots, qui ont enregistré un taux de réussite de 100 %.

L’enseignement supérieur français continue également d’attirer des étudiants maliens. Les données communiquées durant la cérémonie indiquent une hausse de 26 % des dossiers déposés auprès de Campus France Mali pour la campagne 2025-2026, après une progression de 106 % lors de la campagne précédente. Le nombre total de candidatures correspondant à ces évolutions n’a toutefois pas été précisé.

Pour résumer ces relations, Thibaut Fourrière les a comparées au cours du fleuve Niger, avec ses rapides, ses méandres et ses passages plus calmes. Dans cette image, les familles, les entrepreneurs, les artistes, les établissements scolaires et les étudiants représentent les ponts qui continuent de relier les deux rives.

La célébration a ainsi mis l’accent sur les échanges entre populations et sur les secteurs dans lesquels les contacts se poursuivent. Thibaut Fourrière, officiellement chargé d’affaires permanent de l’ambassade de France au Mali, occupe ses fonctions dans le pays depuis 2025.

 

Quand les arbres meurent

L’Europe brûle, l’Afrique du Nord suffoque et le Canada compte encore des centaines d’incendies actifs. Partout, la chaleur extrême, la sécheresse et les vents transforment la moindre étincelle en catastrophe. Mais il serait trop simple d’accuser seulement le climat : les imprudences, les brûlis, les défrichements et d’autres activités humaines sont souvent à l’origine des départs de feu.

Sous le ciel malien, la crise avance sans images spectaculaires. Nos forêts, nos espaces boisés et nos espaces verts ne flambent pas toujours devant les caméras. Ils disparaissent lentement, sous les coupes abusives, les feux de brousse, l’urbanisation, le surpâturage et surtout l’indifférence. À Bamako comme ailleurs, beaucoup d’arbres agonisent faute d’eau, de protection et d’entretien. On plante lors de cérémonies, puis on oublie d’arroser, de remplacer les plants morts et de sanctionner ceux qui les détruisent.

En 2026, les services forestiers reconnaissent manquer de moyens humains, financiers et logistiques. Un programme prévoit pourtant de restaurer 400 000 hectares dans 87 communes. Il doit aussi créer des emplois verts et soutenir les revenus ruraux.

Pourtant, l’arbre n’est ni un décor ni un luxe. Il rafraîchit les villes, protège les sols, freine l’érosion, retient l’eau, abrite la biodiversité et soutient des milliers de familles. Le perdre, c’est rendre nos quartiers plus chauds, nos terres plus pauvres et notre avenir plus fragile.

Les incendies observés ailleurs devraient donc nous servir d’avertissement. Le Mali ne doit pas attendre que ses dernières réserves brûlent ou disparaissent pour agir. Protéger l’existant, entretenir les plantations et faire respecter la loi valent mieux que mille campagnes sans lendemain.

Semaine du Numérique : Des opportunités pour les entreprises maliennes

Le numérique ouvre de nouvelles perspectives dans l’agriculture, le commerce, la finance et la logistique. Paiement mobile, vente en ligne, gestion des stocks et accès aux données peuvent réduire les coûts des entreprises. En 2024, les comptes de monnaie électronique actifs ont progressé de 12,26% au Mali.

Le pays comptait 8,91 millions d’internautes fin 2025, soit 35,1% de la population, contre 36% en Afrique. L’accès reste coûteux : un forfait mobile mensuel de 5 Go représentait 16,9% du revenu national brut mensuel par habitant en 2025, selon l’Union internationale des télécommunications.

« Le Mali n’est pas en marge. Le terrain est bien occupé, même si, dans certains domaines, il reste des choses à faire », estime Mamadou Doumbia, spécialiste de la cybersécurité et de la blockchain.

Dans ce domaine, il relève un décalage entre l’intérêt et le déploiement. La blockchain peut sécuriser les transactions et assurer la traçabilité. Son adoption exige des solutions simples, un cadre de confiance et des compétences adaptées. Après l’Internet de l’information vient celui de la valeur, résume-t-il.

Financement

L’étude du Conseil national du patronat du Mali, menée auprès de 186 entreprises, révèle une transformation progressive : 87,6% sont « techno-timides » et 4,8% avancées. Seules 4,3% disposent de systèmes entièrement intégrés, alors que la numérisation devient un levier de compétitivité.

À l’échelle africaine, 87% des dirigeants considèrent les compétences numériques comme prioritaires. Pourtant, seuls 11% des diplômés du supérieur ont reçu une formation formelle. Le Boston Consulting Group estime que 650 millions de personnes devront être formées ou recyclées d’ici 2030.

Le financement reste décisif pour moderniser les entreprises. Mamadou Doumbia recommande néanmoins de commencer avec des moyens modestes, de tester les solutions et de démontrer leur utilité avant de rechercher des capitaux. Cette démarche peut convaincre les investisseurs.

Les incubateurs, les formations et les fonds de démarrage peuvent accélérer cette progression. Leur mobilisation exige des projets structurés, une information préalable et une gestion rigoureuse. Pour les PME, l’enjeu est de choisir des outils répondant aux besoins réels identifiés.

Ces enjeux figurent au programme de la quatrième Semaine du numérique de Bamako, avec le Burkina Faso et le Niger comme invités d’honneur. Les travaux ont débuté le 29 juillet. Reportée en raison de la visite du Président sénégalais, la cérémonie d’ouverture se tiendra le 1er août, avec la clôture. Les échanges portent sur l’interconnexion des réseaux, l’itinérance téléphonique et la formation dans l’AES.

Fatoumata Maguiraga

 

CEDEAO – AES : Coopérer contre le terrorisme

Réunie le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone, la CEDEAO a décidé d’approfondir le dialogue avec l’Alliance des États du Sahel en vue d’un mécanisme de coopération sécuritaire. Une orientation visant à reconnecter les efforts régionaux contre une menace transfrontalière.

Sur le terrain, les groupes armés franchissent les frontières et utilisent des réseaux régionaux pour s’approvisionner en armes, motos, carburant ou drones. Face à eux, l’AES a engagé sa Force unifiée et la CEDEAO prépare sa Brigade antiterroriste. Aucun mécanisme opérationnel ne relie encore directement les deux dispositifs.

Le communiqué final de la 69ème session de la CEDEAO ne fixe ni le format ni le calendrier de cette coopération. Il prolonge toutefois le processus amorcé à Accra en janvier 2026, où des États des deux espaces avaient envisagé un cadre permanent, le partage du renseignement et des accords de poursuite transfrontalière.

La CEDEAO négociera avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger comme un bloc. Elle a invité ses membres à éviter les accords séparés pouvant affaiblir sa cohésion et prolongé jusqu’en décembre 2026 le mandat de Lansana Kouyaté. La visite à Bamako, le 28 juillet, de Bassirou Diomaye Faye, Président en exercice de l’organisation, a replacé ce rapprochement au premier plan.

La géographie impose le dialogue

Pour Abdoulaye Tamboura, Docteur en géopolitique, le rapprochement est déjà engagé. « Les peuples sont imbriqués et les économies sont liées. On ne peut pas changer la géographie de ces États. Nous sommes donc dans l’obligation de coopérer », souligne-t-il.

Cette nécessité s’accentue à mesure que la menace gagne les pays côtiers. Selon le Global Terrorism Index 2026, 76% des attentats commis en 2025 se sont produits à moins de 100 kilomètres d’une frontière internationale. Le Sahel concentrait plus de la moitié des morts liées au terrorisme.

Ces circuits traversent plusieurs États, rendant la sécurité de chaque frontière dépendante des renseignements voisins. Pour les populations, cette coordination concerne aussi la sûreté des routes, des marchés et des déplacements entre localités frontalières.

Une coopération sécuritaire n’effacera pas les divergences politiques. Elle supposera de distinguer les besoins opérationnels des contentieux diplomatiques. « Les deux blocs ont compris qu’il faut mettre de côté les divergences et travailler sur les points de convergence, notamment la lutte contre le terrorisme », relève Abdoulaye Tamboura. Reste à traduire cet intérêt commun en procédures durables.

Du renseignement à la coordination

Une première étape pourrait être le rétablissement de canaux sécurisés entre États-majors et services de renseignement. Dans une analyse publiée en mars, l’Institut d’études de sécurité recommande des communications permanentes pour relancer le partage d’informations et la synchronisation des opérations transfrontalières.

Des officiers de liaison, des procédures communes d’alerte et des règles de confidentialité permettraient de partager les informations utiles aux opérations. L’Union africaine pourrait faciliter ces échanges. Des accords précis devraient encadrer les poursuites transfrontalières, l’utilisation de l’espace aérien et la protection des civils.

Mise en activité en décembre 2025, la Force unifiée de l’AES dispose d’un État-major à Niamey. Le Président nigérien Abdourahamane Tiani a indiqué le 25 juillet qu’elle comptait 5 000 militaires et que la planification prévoyait de porter progressivement cet effectif à 18 000 hommes.

La future Brigade antiterroriste de la CEDEAO devait initialement reposer sur 1 650 soldats. La feuille de route révisée à Lungi prévoit une montée en puissance jusqu’à une pleine capacité opérationnelle en juillet 2027. Son siège doit être choisi après consultation de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Nigeria.

La coopération ne nécessitera pas forcément un commandement unique. Elle pourra s’appuyer sur une cellule de planification, une cartographie commune de la menace, des opérations synchronisées et des protocoles destinés à prévenir les incidents aux frontières.

Abdoulaye Tamboura propose « un État-major conjoint, des entraînements communs et, à terme, des brigades mixtes ». Selon lui, l’expérience combattante des forces de l’AES pourrait bénéficier aux armées côtières.

Un tel dispositif devra surmonter la méfiance, les divergences de doctrine, les contraintes financières et les questions de souveraineté. La CEDEAO a demandé le règlement des prélèvements communautaires impayés afin de financer sa force. L’enjeu consiste désormais à empêcher la séparation institutionnelle des deux organisations de devenir une brèche supplémentaire exploitée par les groupes armés.

Mohamed Kenouvi