Culture




Contes maliens : Transmettre à l’ère des écrans

Des veillées familiales aux outils numériques, les contes maliens cherchent de nouvelles voies de transmission. Golé Tounkara, communicateur traditionnel et…

Des veillées familiales aux outils numériques, les contes maliens cherchent de nouvelles voies de transmission. Golé Tounkara, communicateur traditionnel et Secrétaire aux Arts et à la culture du Bureau national du RECOTRADE, rappelle leur fonction éducative et plaide pour leur adaptation au numérique.

Avant les cahiers, les tableaux et les salles de classe, une autre école existait : celle de la parole. Autour des anciens, les enfants découvraient des récits maliens où le lièvre personnifie la ruse et l’hyène la force, la brutalité ou la naïveté. Pour Golé Tounkara, les contes constituaient « la première école » de l’enfant, puisqu’ils enseignaient les règles de vie avant l’apprentissage scolaire. « Les contes ne servaient pas seulement à divertir. Ils transmettaient un savoir-vivre et une manière de comprendre le monde », affirme-t-il. Grâce aux animaux personnifiés, le conteur pouvait corriger un comportement ou dénoncer un travers sans désigner directement son auteur. Chaque histoire livrait ainsi une leçon d’humilité, de solidarité, d’entraide ou de respect.

Réinvention

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Aujourd’hui, cette transmission rencontre une autre réalité : celle des téléphones, des films et des réseaux sociaux. Le communicateur traditionnel refuse pourtant d’opposer mécaniquement héritage et technologie. « Le changement est comme un train que personne ne peut arrêter. Nous devons apprendre à monter à bord sans perdre notre destination », explique-t-il. Radio, enregistrements, vidéos et plateformes numériques peuvent sauvegarder les voix et rapprocher les jeunes des récits africains. Encore faut-il, souligne-t-il, conserver le lien avec les langues, les gestes et le contexte qui donnent au conte sa profondeur. Il appelle aussi les familles à réunir enfants et anciens, à raconter les origines et à faire découvrir le patrimoine familial.

Selon lui, la valorisation des langues nationales et les initiatives culturelles menées ces dernières années, notamment l’Année de la Culture en 2025, offrent des signes encourageants. La sauvegarde de cet héritage passe toutefois par la pratique. Un conte reste vivant lorsqu’il est raconté, écouté, repris et transmis.

Les contes traversent le temps. Ils forment une mémoire vivante qui relie les générations et un art de la voix, du silence et de l’écoute. Les écrans peuvent enregistrer et diffuser cette parole. Sa force demeure dans la relation entre celui qui raconte et ceux qui lui répondent.

Golé Tounkara invite ainsi les jeunes à connaître leurs références culturelles pour mieux s’ouvrir aux autres et avancer dans le monde moderne sans perdre leurs repères.

Salimata Wagué

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