Diplômes, formations et savoir-faire ne suffisent pas toujours à ouvrir les portes du marché du travail. Face à la prédominance de l’emploi informel et à la concurrence pour les opportunités, la capacité à montrer ses réalisations prend une importance croissante, sans remplacer les compétences ni répondre, à elle seule, aux difficultés structurelles de l’insertion.
Au Mali, l’accès des jeunes à un emploi stable reste un défi majeur. D’après le Bulletin sur les indicateurs du marché du travail 2024 de l’Institut national de la statistique (INSTAT), 98 % des jeunes de 15 à 35 ans qui travaillent occupent un emploi informel. L’Organisation internationale du Travail estime par ailleurs que 30,1 % des 15-24 ans n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation en 2024. Ces données décrivent un marché difficile, où la possession d’une compétence ne garantit ni sa reconnaissance ni sa valorisation.
À ces contraintes économiques s’ajoute un obstacle moins visible : beaucoup de jeunes ont du mal à présenter clairement ce qu’ils savent faire. Le curriculum vitae demeure souvent leur principal outil, alors que les employeurs et les clients cherchent aussi des réalisations, des résultats et des preuves de fiabilité. Entre la compétence acquise et l’opportunité professionnelle, la capacité à se rendre compréhensible devient ainsi une étape à part entière.
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Consultant en communication marketing et spécialiste du personal branding, ou gestion de l’identité professionnelle, Oumar Coulibaly observe régulièrement ce décalage. « Une compétence invisible reste difficile à valoriser. Aujourd’hui, avoir un diplôme ou maîtriser un métier ne suffit plus. Il faut être capable d’apporter des preuves, d’expliquer sa valeur et de rendre son expertise lisible pour le marché », estime-t-il.
La compétence ne se déclare plus, elle se démontre
Le diplôme conserve son importance, notamment pour attester d’un parcours et accéder à certaines professions. Mais il renseigne imparfaitement sur la manière dont une personne applique ses connaissances. Un projet mené à terme, un portfolio, une étude de cas ou une recommandation professionnelle donnent des indications plus concrètes sur son autonomie, sa méthode et sa capacité à résoudre un problème.
Cette logique concerne aussi bien les métiers créatifs que les fonctions commerciales, techniques ou administratives. Un graphiste peut présenter une sélection commentée de ses travaux. Un développeur peut documenter une solution et les difficultés rencontrées. Un commercial peut décrire une campagne, ses objectifs et les résultats obtenus. Même sans longue expérience, un étudiant peut montrer un projet de formation, une recherche ou une contribution associative, à condition d’indiquer précisément son rôle.
Les plateformes numériques peuvent faciliter cette démonstration. LinkedIn, Facebook, TikTok ou un site personnel ne servent pas uniquement à rechercher de l’audience : ils peuvent devenir des espaces où une progression est documentée et où un savoir-faire est rendu accessible. Utilisés avec régularité et discernement, ils composent une sorte de portfolio vivant, consultable par un recruteur, un partenaire ou un client potentiel.
Cette visibilité ne doit toutefois pas être confondue avec la popularité. Le nombre d’abonnés n’est pas une preuve de compétence, pas plus que l’accumulation de titres professionnels. Une présence numérique crédible repose sur des contenus originaux, des réalisations vérifiables et une présentation honnête de son niveau d’expérience. « La communication ne doit jamais remplacer le savoir-faire. Elle doit permettre au marché de le comprendre », résume Oumar Coulibaly.
Le positionnement joue également un rôle. Certains jeunes se présentent simultanément comme communicants, graphistes, vidéastes, commerciaux et spécialistes du numérique, dans l’espoir d’élargir leurs possibilités. Cette polyvalence peut être réelle, mais une énumération trop large brouille souvent le message. Identifier une compétence principale, puis montrer comment les autres la complètent, aide les interlocuteurs à comprendre plus rapidement la valeur proposée.
Une responsabilité qui ne repose pas seulement sur les jeunes
La question de la visibilité ne peut cependant pas être présentée comme l’explication unique des difficultés d’insertion. Le faible nombre d’emplois formels, le poids des relations dans l’accès à certaines opportunités, les écarts de formation, le coût de la connexion et l’inégal accès aux outils numériques limitent aussi les parcours. Demander aux jeunes de mieux communiquer ne saurait donc se substituer aux politiques de formation, d’emploi et de soutien à l’activité économique.
Les établissements d’enseignement et de formation ont néanmoins une marge d’action. Ils peuvent accorder plus de place aux projets pratiques, apprendre aux étudiants à constituer un portfolio et les préparer à présenter un travail devant un employeur. Cette démarche permettrait de rapprocher les apprentissages du terrain, sans réduire l’éducation à une simple préparation au recrutement.
Les entreprises peuvent, elles aussi, élargir leurs méthodes d’évaluation. Les diplômes et les années d’expérience restent des repères, mais des mises en situation, des tests pratiques ou l’examen de réalisations antérieures peuvent faire émerger des profils moins conventionnels. Une telle approche serait particulièrement utile aux candidats qui disposent de compétences réelles mais de peu de références professionnelles formelles.
De leur côté, les jeunes peuvent prendre l’habitude de conserver les traces de leur travail : résultats obtenus, témoignages, productions, certifications ou enseignements tirés d’un projet. L’objectif n’est pas de transformer chacun en créateur de contenu permanent, mais d’éviter que des expériences utiles disparaissent faute d’avoir été documentées.
L’employabilité repose ainsi sur trois éléments complémentaires : la compétence, qui permet de produire de la valeur ; la preuve, qui contribue à rassurer ; et la visibilité, qui permet d’être repéré. Aucun de ces leviers ne résout à lui seul la rareté des opportunités. Ensemble, ils peuvent toutefois aider un professionnel à mieux faire reconnaître ce qu’il apporte.
Le véritable enjeu n’est donc pas de privilégier l’apparence au détriment du fond. Il consiste à faire en sorte que les compétences existantes puissent être identifiées, comprises et vérifiées. Dans un marché où les occasions sont limitées et disputées, savoir faire demeure essentiel et savoir le démontrer peut devenir décisif.




