Bréhima Ely Dicko : « Sans appropriation populaire, tout accord restera lettre morte »

La visite du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb à Bamako, le 14 septembre, a confirmé le rapprochement et débouché sur la proposition d’équipes thématiques. Les échanges ont notamment porté sur l’économie, les transports, l’énergie, les bourses universitaires et la recherche. Le sociologue Bréhima Ely Dicko explique comment cette volonté politique peut produire des résultats durables et perceptibles par les populations.

Dans un Sahel où les relations entre États restent dominées par la sécurité, comment sortir les partenariats de cette seule logique ?

Désécuriser les partenariats ne signifie pas ignorer les menaces. Il s’agit de les sortir d’une logique de blocs et de rivalités pour les ramener aux services rendus aux populations. Le Mali évolue dans un « pluralisme partenarial contraint » où plusieurs offres se croisent. Le principal risque est la « balkanisation des alignements », avec un domaine de souveraineté confié à chaque partenaire. Une diplomatie de l’utilité doit plutôt apprécier chaque coopération selon trois critères : la souveraineté, le développement local et le désenclavement.

Quels résultats permettraient aux populations de percevoir de véritables « dividendes de paix » ?

Ces dividendes doivent être visibles dans la vie quotidienne. La première priorité est de formaliser et de sécuriser le commerce transfrontalier, notamment par des zones de commerce intégré. Pour le citoyen, l’intégration se mesure au prix du sac de riz et à la fluidité du passage. Il faut aussi désenclaver le Nord du Mali et le Sud algérien grâce aux infrastructures de connexion. Une route, une fibre optique ou une ligne électrique donnent une réalité concrète à la coopération.

Quelle place le capital humain doit-il occuper dans cette relance ?

Il représente l’investissement de long terme. La relance des bourses, des échanges universitaires, de la reconnaissance des diplômes et de la coopération sanitaire rapproche directement les deux sociétés. Les étudiants, les chercheurs et les professionnels de santé deviennent alors des acteurs de la coopération. La relation gagne ainsi une assise humaine qui dépasse les rencontres entre responsables politiques.

Comment transformer la frontière commune en espace de co-développement ?

Il faut passer d’une logique principalement consacrée à la sécurisation à une gouvernance tournée vers le co-développement des zones frontalières. La sécurité durable vient aussi du développement, des échanges et de l’accès aux services. Les communautés concernées doivent être associées aux projets et constater leurs effets sur leurs activités. La relance actuelle constitue donc un test : celui de la capacité des deux États à transformer une relation d’État à État en une relation de société à société. Sans appropriation populaire, tout accord restera lettre morte.

Birahim Soumaré : « Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance »

La visite à Bamako du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb intervient dans un contexte de reprise du dialogue entre le Mali et l’Algérie, alors que la tenue de la 13e Grande Commission mixte reste attendue. Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, analyse la portée de ce rapprochement, les résultats attendus et la place d’Alger parmi les partenaires du Mali.

Après dix ans sans Grande Commission mixte et la récente brouille diplomatique, cette rencontre marque-t-elle une simple normalisation ou une véritable refondation de la relation ?

Tout d’abord, je veux saluer la clairvoyance diplomatique et stratégique du président de la Transition, chef de l’État, le Général d’armée Assimi Goïta, et du président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune, qui ont engagé, depuis le 10 juillet 2026, une dynamique visant à raviver les liens historiques de solidarité, d’amitié et de coopération multiforme entre nos deux nations.

Cette nouvelle impulsion s’inscrit dans une approche fondée sur le respect mutuel, la souveraineté de chacun des deux États, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la recherche d’intérêts communs.

Comme vous le savez, après plusieurs années — on allait parler de décennies — sans réunion de la Grande Commission mixte algéro-malienne, cette 13e session constitue un outil diplomatique destiné à renforcer la coopération entre les deux pays.

La 13e session devrait certainement constituer une véritable relance, voire une refondation de la coopération entre les deux pays.

Cette Commission mixte ne pourra peut-être pas être considérée, à ce stade, comme un simple rendez-vous, eu égard au refroidissement relatif de nos relations. Elle doit probablement déboucher sur des mécanismes durables et produire des résultats.

Autrement dit, des accords sectoriels seront probablement redéfinis afin de mettre en place une mobilisation, une redéfinition des principes, des mécanismes et des priorités stratégiques du partenariat, qui permettront véritablement de parler d’une refondation.

Lorsqu’on reste pendant une décennie sans contact diplomatique de ce niveau, on peut prévoir ce genre d’évolution. En définitive, si la Commission produit seulement des accords sectoriels, il s’agira peut-être d’une normalisation. Or, je ne pense pas que nous soyons dans cette phase-là. Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance.

Dans ce cas, des mécanismes, des principes et des priorités stratégiques vont probablement être définis pour déterminer nos futures relations avec l’Algérie.

Je précise une chose : il n’y a jamais eu de rupture des relations diplomatiques. Il y a eu un rappel d’ambassadeur, mais il n’y a jamais eu de rupture diplomatique pendant toute cette période. Il y avait des chargés d’affaires dans les deux ambassades.

Quel bilan peut-on raisonnablement dresser des treize accords signés en 2016 ?

Je pense que la 13e session de la Grande Commission mixte devra faire le bilan des accords signés à Bamako lors de la Commission du 3 novembre 2016, qui était véritablement la 12e session.

Il faudra examiner les engagements qui ont été pris et vérifier s’ils ont véritablement été mis en œuvre. Par exemple, un élément important a déjà été mis en œuvre : le Conseil des affaires algéro-malien. Mais d’autres projets, dans le domaine de l’énergie notamment, ont probablement besoin d’être réexaminés ou véritablement relancés.

Il y a également quelques données que l’on pourrait noter : la volonté de faire en sorte que la coopération dans plusieurs secteurs économiques puisse être relancée, renforcée ou inscrite dans un nouveau cadre de refondation.

Quels résultats concrets faudrait-il obtenir lors de la prochaine session pour qu’elle ne reste pas essentiellement déclarative ?

La 13e session devra constituer une étape importante dans la relance et la consolidation de notre coopération bilatérale. Elle devra notamment permettre de dresser le bilan des accords signés à Bamako. Cette dynamique devra s’inscrire dans le prolongement de plusieurs initiatives déjà prises, qui contribueront véritablement au renforcement de cette coopération.

Les travaux de la prochaine session à Bamako devront toujours s’inscrire dans le cadre du renforcement des relations, du moins nous l’espérons.

Au-delà de la réactivation du cadre institutionnel du dialogue bilatéral, l’enjeu sera de traduire cette volonté politique en engagements concrets, suivis et évaluables. La portée véritable de cette session s’évaluera dans sa capacité à établir une feuille de route claire, à assurer le suivi des accords antérieurs et à dégager de nouvelles perspectives de coopération répondant aux intérêts communs des deux États.

Dans le cadre des négociations des commissions mixtes, c’est toujours ainsi que cela se passe : on met à plat les accords qui ont été décidés lors de la précédente Commission et, ensuite, en fonction des demandes des différents départements ministériels, la Commission prend en charge toutes les demandes de renforcement de la coopération, que ce soit dans les secteurs de l’énergie, de l’éducation, de la formation, etc. Cela dépend des demandes des départements ministériels.

Les deux diplomaties, malienne et algérienne, seront sans nul doute, à mon sens, à la hauteur de ce défi et sauront relever le niveau de la coopération, au regard des orientations diplomatiques et stratégiques définies par nos deux chefs d’État, ainsi que de l’expérience et de l’expertise reconnues de nos appareils diplomatiques respectifs.

L’appareil diplomatique algérien est performant, tout comme le nôtre. On peut donc, dans ce domaine, être optimiste.

Le Mali peut-il renforcer sa coopération avec l’Algérie tout en développant ses relations avec le Maroc, sans se laisser enfermer dans leur rivalité régionale ?

À mon sens, notre démarche diplomatique, telle qu’elle est définie par le chef de l’État, le président de la Transition, repose sur la défense des intérêts nationaux et la diversification des partenaires.

La nature de notre relation bilatérale avec l’Algérie ou avec le Maroc ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre pays. Si nous avons des relations diplomatiques avec l’Algérie, ce n’est pas en fonction de ces relations que nous allons redéfinir nos relations avec le Maroc. La nature de nos relations bilatérales avec l’un ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre.

Conformément à l’histoire de nos relations d’amitié et de solidarité avec ces deux partenaires stratégiques que sont l’Algérie et le Maroc, il convient de rappeler le rôle joué par le Mali dans le règlement de la guerre des Sables entre l’Algérie et le Maroc.

On se rappelle que la signature, à Bamako, le 2 novembre 1963, de l’accord de cessez-le-feu entre ces deux protagonistes a consacré la contribution de la diplomatie et de l’armée maliennes à la recherche d’une solution pacifique. Cette contribution a d’ailleurs valu au Mali une reconnaissance particulière dans les instances internationales.

Nous avons donc l’expérience d’une politique diplomatique équidistante par rapport à tous les partenaires avec lesquels nous devons travailler. La dynamique diplomatique de notre pays s’oriente en fonction de nos intérêts et non en fonction des incompréhensions ou des rivalités géostratégiques qui peuvent opposer telle ou telle nation.

Dans quels domaines l’Algérie demeure-t-elle un partenaire difficilement remplaçable pour le Mali ?

L’Algérie demeure pour nous non pas un partenaire difficilement remplaçable, mais plutôt un partenaire stratégique dans plusieurs domaines, notamment en matière de sécurité, de coopération transfrontalière, de diplomatie régionale, d’énergie, de formation, de commerce et dans d’autres secteurs.

Cette singularité repose bien entendu sur la proximité géographique. Je rappelle que nous avons 1 329 kilomètres de frontière avec l’Algérie, ainsi que sur la profondeur historique des relations entre les deux pays.

Dans le cadre de cette dynamique historique, la partie nord du Mali, principalement Gao, a constitué une base arrière stratégique et logistique pour le FLN dans sa lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

La prochaine rencontre sera donc le prélude à une relance de nos relations diplomatiques et stratégiques avec l’Algérie. Elle interviendra dans un contexte sous-régional assez difficile et mouvementé, où les intérêts étrangers ainsi que les attitudes déstabilisatrices que l’on peut observer ici ou là peuvent constituer un facteur d’instabilité dans notre sous-région.

Le Mali et l’Algérie sont des acteurs majeurs du Sahel dans le cadre de la lutte géopolitique et géostratégique contre le terrorisme. L’Algérie a également connu une expérience importante, ce que l’on appelle la décennie du terrorisme.

Ces deux nations ont donc tout intérêt à renforcer les liens de solidarité qui les unissent et à travailler à la stabilisation de notre sous-région.

La stabilisation de la bande sahélo-saharienne commencera par une stabilisation au niveau du Sahel. Nous sommes des pays frontaliers et la coopération sous-régionale devrait nous permettre de poursuivre notre lutte inlassable contre les mouvements de déstabilisation, les mouvements terroristes, les mercenaires de tout acabit, les narcotrafiquants et les autres groupes criminels.

C’est une très bonne coopération et j’ai la certitude que le volet de la coopération sécuritaire, militaire et stratégique sera probablement renforcé lorsque cette rencontre se tiendra à Bamako.

Dans un contexte de profonde dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, on peut dire que la relation entre le Mali et l’Algérie revêt une dimension stratégique majeure.

D’abord, la proximité géographique et la frontière commune confèrent aux deux pays des intérêts sécuritaires étroitement liés. Le renforcement du dialogue et de la coopération en matière de sécurité, de contrôle des frontières, de renseignement et de lutte contre les menaces transnationales, notamment les narcotrafiquants et les autres groupes criminels, apparaît ainsi comme un enjeu essentiel pour la stabilisation de la sous-région ouest-africaine.

Comme je le disais, cela participe d’une manière stratégique à la stabilisation de la bande sahélo-saharienne, qui s’étend de la Mauritanie au Soudan.

Il est très important de savoir que le Mali, qui est un épicentre extrêmement important, et l’Algérie, qui a connu plusieurs années de lutte contre le terrorisme, partagent des intérêts communs.

Il faut toutefois préciser que le terrorisme est un mode opératoire. On utilise le terrorisme pour défendre ou propager des intérêts. Des mercenaires peuvent recourir au terrorisme pour parvenir à leurs objectifs. Le terrorisme est souvent considéré comme une idéologie, mais il s’agit plutôt d’une tactique, d’un mode opératoire.

C’est pourquoi nos forces de défense et de sécurité s’adaptent à la lutte contre le terrorisme. Ce n’est pas une guerre classique, mais une guerre hybride qui nécessite une bonne compréhension des mécanismes du terrorisme. Le Mali et l’Algérie partagent cette conception.

Une autre chose importante concerne l’évolution de nos relations. Le Mali est membre de l’AES et participe à la force conjointe de l’AES. L’Algérie, avec la modification constitutionnelle qu’elle a connue, essaie désormais, d’une manière ou d’une autre, de projeter sa force militaire en dehors de ses frontières, alors que cela n’était pas possible avant cette modification constitutionnelle.

Il est donc très important que ces deux pays collaborent. Cette collaboration reste également ouverte à d’autres partenaires. C’est ce que le président de la Transition a institué dans le cadre de la diplomatie malienne. Elle n’est pas exclusive, mais elle est essentielle.

Algérie–Sahel : le retour en force d’un voisin incontournable

La 13e Grande Commission mixte Mali–Algérie, attendue à Bamako après dix ans d’interruption, doit consacrer la détente après quinze mois de crise. Elle marque surtout le retour d’Alger dans un Sahel transformé par l’AES, le partenariat russe et la poussée marocaine.

La précédente Grande Commission mixte s’était achevée à Bamako, en novembre 2016, par treize instruments de coopération : accords, mémorandums et programme exécutif. La session suivante, annoncée pour 2018 à Alger, est de nouveau programmée dix ans plus tard, à Bamako. Entre-temps, le cadre régional a profondément changé.

Pour Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Türkiye et analyste en stratégie internationale, ce rendez-vous dépasse la normalisation : « Nous sommes dans une phase de redéfinition et de relance ».

Une relation remise à plat

La confiance s’était déjà dégradée lorsque Bamako a annoncé, le 25 janvier 2024, la fin de l’Accord pour la paix issu du processus d’Alger. Elle a cédé en avril 2025 après la destruction d’un drone militaire malien près de Tin Zaouatine. Alger soutenait que l’appareil avait pénétré son territoire. Bamako contestait cette version. Le rappel des ambassadeurs et la fermeture réciproque des espaces aériens ont suivi.

Le 6 avril 2025, le Mali s’est retiré avec effet immédiat du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC). Créé en 2010 à Tamanrasset avec l’Algérie, la Mauritanie et le Niger, ce dispositif coordonnait le renseignement et la lutte antiterroriste. Ce retrait a privé les deux voisins de l’un de leurs principaux cadres de coopération sécuritaire.

Birahim Soumaré rappelle que les relations diplomatiques n’ont jamais été formellement rompues : des chargés d’affaires ont continué d’assurer la représentation. Le 10 juillet 2026, les deux pays ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens. Le 24 août, Abdoulaye Maïga s’est rendu à Alger et Assimi Goïta a accepté une invitation du président Tebboune, sans date fixée.

Plus de 1 300 kilomètres de frontière, des familles établies de part et d’autre, des transhumances, des marchés liés et des menaces communes rendent une brouille prolongée coûteuse.

Selon une estimation non officielle de Mohamed Abdellahi Elkhalil, sociologue et spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, la crise a fait chuter de 70 % le commerce informel à Tessalit et Tinzaouatène. Il évoque des familles séparées, des transhumances bloquées et des éleveurs contraints de vendre à perte.

Ses priorités sont la circulation, l’accès humanitaire, le réapprovisionnement des marchés et les laissez-passer consulaires. Il propose la réouverture contrôlée d’un poste pour le bétail et une ligne directe entre autorités locales.

Alger revient autrement

Le retour algérien s’inscrit dans un cadre différent de celui du processus de paix malien. Bamako privilégie désormais un règlement national et l’Alliance des États du Sahel a créé son propre cadre. Bréhima Ely Dicko, sociologue, voit donc l’Algérie évoluer de médiateur extérieur vers « un voisin-partenaire stratégique ». Reste à savoir si Alger travaillera avec l’AES comme ensemble régional, et pas seulement avec chacune de ses capitales.

Une défiance persiste. Selon Mohamed Abdellahi Elkhalil, l’Algérie est perçue par une partie des acteurs du Nord comme partie prenante, en raison du soutien prêté aux mouvements armés, plutôt que comme arbitre neutre. Alger a rejeté ces accusations. Pour le sociologue, sa facilitation demeure difficilement remplaçable faute d’alternative régionale.

L’Algérie a déjà repris l’initiative à Niamey et à Ouagadougou par l’énergie, les mines, les infrastructures et la formation. Après la mutinerie qui a visé une base aérienne de Niamey fin août, le ministère algérien de la Défense a annoncé le déploiement, à la demande du Niger, de quatre avions de combat Su-30, d’un avion de transport et d’un ravitailleur. Arrivés après la reprise de la base, les appareils algériens n’ont pas participé aux combats, auxquels l’Africa Corps russe avait directement pris part.

Ce soutien tranche avec la prudence affichée par Alger en 2023, lorsqu’elle s’opposait à une intervention militaire extérieure au Niger. Depuis la révision constitutionnelle de 2020, le président algérien peut décider l’envoi d’unités à l’étranger, après approbation des deux tiers de chaque chambre du Parlement. La Constitution maintient cependant la non-ingérence et encadre la participation au maintien de la paix. La doctrine est devenue plus souple, sans ouvrir un droit d’intervention illimité.

Moscou, partenaire et irritant

L’Algérie entretient avec la Russie une relation stratégique ancienne, surtout militaire. Le Mali et ses partenaires de l’AES ont fait de Moscou un appui majeur, à travers la coopération militaire et la présence de l’Africa Corps.

Cette proximité commune avec la Russie n’efface pas les divergences. Alger a publiquement critiqué le recours aux mercenaires dans son voisinage et refuse les bases militaires étrangères sur son propre territoire. Cette position coexiste avec sa coopération d’État à État avec Moscou et la présence de l’Africa Corps au Sahel.

Le Niger montre qu’une coexistence est possible en ce sens que l’Africa Corps a directement soutenu les forces nigériennes contre la mutinerie, tandis que l’Algérie a déployé ses appareils après les combats. Cette convergence ponctuelle ne règle ni les désaccords sur le Nord malien ni la place future des forces étrangères. Elle révèle surtout une Algérie plus active.

La poussée marocaine

Alger revient dans un Sahel où le Maroc progresse. L’Initiative royale d’accès à l’Atlantique a reçu l’adhésion du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Bamako et Rabat ont relancé leur Grande Commission mixte en juillet 2026. Une concurrence de débouchés se dessine à travers les ports atlantiques proposés par le Maroc et l’ouverture méditerranéenne portée par les corridors algériens.

Bréhima Ely Dicko distingue l’offre sécuritaire russe, l’offre économique et religieuse marocaine, et la relation historique, frontalière et humaine avec l’Algérie. Il recommande une « diplomatie de l’utilité », jugeant chaque partenariat sur la souveraineté, le développement local et le désenclavement.

Birahim Soumaré refuse l’idée d’un choix exclusif : « La nature de notre relation bilatérale avec l’Algérie ou avec le Maroc ne saurait être déterminée par les relations que nous entretenons avec l’autre pays ». Bamako peut ainsi préserver sa liberté et rechercher des solutions concrètes.

Le test des résultats

Les projets ne manquent pas : Route transsaharienne, branche Tamanrasset–Bamako, fibre optique, énergie, formation et commerce frontalier. Le gazoduc Nigeria–Niger–Algérie, bien qu’il ne traverse pas le Mali, complète cette stratégie d’axes nord-sud vers la Méditerranée.

Le potentiel contraste avec la faiblesse du commerce déclaré. Selon les données de l’ITC et d’UN Comtrade déclarées par l’Algérie, les échanges formels de marchandises ont atteint environ 7,6 millions de dollars en 2024, hors flux informels. Les accords de 2016 prévoyaient aussi 280 MW de centrales hybrides, dont 40 MW à Gao et 40 MW à Tombouctou. Leur état d’exécution reste à établir.

Pour le géographe Yacouba Sogoré, spécialiste du développement local et de la décentralisation, une route ne devient un corridor que lorsque douanes, sécurité, logistique, financement et services commerciaux fonctionnent ensemble. Il propose un axe pilote, avec des produits et des transporteurs identifiés, des délais mesurés et des résultats publiés. Il insiste surtout sur les retombées locales : « Un projet qui traverse un territoire doit produire des revenus, des services et des emplois pour la population qui y vit ».

En 2016, le suivi des engagements avait été confié au Comité bilatéral stratégique. Sa relance devrait s’accompagner de financements identifiés, de calendriers et de résultats accessibles. Bréhima Ely Dicko résume le défi par une formule simple : « Une route, une fibre optique, une ligne électrique ont plus d’impact qu’un protocole ».

La Grande Commission constitue ainsi un test pour une relation appelée à passer d’une coopération principalement interétatique à une coopération utile aux populations. La relance offre surtout aux deux pays l’occasion de remettre leur relation à l’épreuve du concret. Pour Bamako comme pour Alger, elle prendra tout son sens si elle se traduit par des échanges plus fluides, des déplacements facilités, des zones frontalières mieux intégrées et des projets enfin menés à terme.

Massiré DIOP

Entre l’opération « Klafoki » et la guerre de l’information : Analyse des tensions Niger-Tchad

L’analyse des événements récents révèle une situation tendue entre le Niger et le Tchad, où la méfiance est entretenue par des incidents réels, des démentis et l’utilisation stratégique de l’information. La clé pour éviter une escalade réside dans la désescalade diplomatique et la transparence.

 

 Contexte des Tensions

 

La frontière entre le Niger et le Tchad est une zone instable. Pour y faire face, le Niger a lancé en mai 2026 l’opération « Klafoki » pour sécuriser la région de Bilma contre les groupes djihadistes comme Boko Haram et les réseaux criminels. C’est dans ce contexte que des tensions sont apparues :

 

  • Rumeurs d’accrochage (août 2026) : Des rumeurs sur un affrontement ont circulé après qu’une poursuite de l’armée nigérienne près de Diffa aurait mené à un contact armé avec une patrouille tchadienne. L’armée tchadienne a formellement démenti, dénonçant une tentative de « créer le doute et la méfiance ».
  • Accusations de complicité (septembre 2026) : La télévision publique nigérienne a diffusé le témoignage du capitaine Roger Gabriel, accusant le Tchad, la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire de soutenir une mutinerie avortée à Niamey fin août.

 

Conséquences d’une Escalade

 

Un affrontement direct aurait des répercussions majeures :

 

  • Déstabilisation régionale : Cela créerait un nouveau front de conflit, affaiblirait la lutte commune contre les groupes djihadistes et pourrait attiser des tensions communautaires.
  • Conséquences humanitaires : Un conflit générerait des déplacements de populations et aggraverait l’insécurité alimentaire déjà présente dans la région du lac Tchad.
  • Rupture diplomatique : Les relations bilatérales, renforcées par une visite du président tchadien à Niamey en août 2025, seraient gravement compromises.

 

Comment Éviter l’Affrontement ?

 

Pour désamorcer la crise, plusieurs pistes sont à privilégier :

 

  • Privilégier la médiation régionale : La Libye, le Tchad et l’Algérie (non membres de la CEDEAO) sont des médiateurs crédibles, comme l’a proposé le président tchadien par le passé.
  • Recourir à une diplomatie discrète et directe : Un dialogue officiel de haut niveau est crucial pour clarifier les accusations. La réaction du président tchadien (un verset coranique sur la vérité) montre une volonté d’apaisement, mais un échange formel est nécessaire.
  • Renforcer la coopération sécuritaire : Une coordination militaire pour les opérations « Klafoki » (Niger) et les actions tchadiennes est essentielle pour éviter les malentendus en zone frontalière.
  • Lutter contre la désinformation : Il est impératif de vérifier les informations. Les deux gouvernements doivent s’engager à ne pas utiliser de telles accusations comme outils politiques, tandis que les populations doivent faire preuve d’esprit critique.

 

La situation est à un tournant critique, les accusations sont très sérieuses mais non prouvées. Éviter un conflit est dans l’intérêt de tous, car un affrontement affaiblirait la lutte contre les menaces communes (djihadistes et trafiquants) et plongerait la région dans une nouvelle crise. La voie de la raison est celle d’une clarification immédiate par un dialogue de haut niveau.

 

L’analyse de la médiation régionale dans cette crise est essentielle, car les institutions traditionnelles comme la CEDEAO ont perdu de leur influence auprès de Niamey. La Libye, l’Algérie et, dans une certaine mesure, d’autres acteurs neutres de la région disposent de leviers uniques pour désamorcer les tensions actuelles.

 

Le rôle potentiel de ces médiateurs :

 

L’Algérie : Le poids diplomatique et sécuritaire

L’Algérie partage des frontières directes avec le Niger et possède une longue tradition de médiation dans le Sahel (notamment à travers les anciens accords d’Alger).

  • Une neutralité stratégique :N’étant pas membre de la CEDEAO, Alger n’a pas participé aux sanctions économiques contre le Niger, ce qui lui confère une forte crédibilité auprès des autorités nigériennes.
  • La doctrine de non-intervention :L’Algérie s’oppose fermement à toute intervention militaire étrangère dans la région, s’alignant ainsi sur les positions souverainistes de Niamey.
  • Intérêt direct :Une guerre entre le Niger et le Tchad déstabiliserait le flanc sud de l’Algérie, exacerbant les flux migratoires et créant un vide sécuritaire que les groupes djihadistes (comme le JNIM) exploiteraient immédiatement.

La Libye : Une diplomatie de voisinage pragmatique

Bien que la Libye soit elle-même en phase de reconstruction politique, ses autorités (notamment à Tripoli ou à travers des canaux informels dans le Sud libyen) ont tout intérêt à stabiliser la zone du bassin du lac Tchad.

  • La gestion des frontières communes :La région de Bilma (où le Niger a lancé l’opération « Klafoki ») est une zone de triple frontière Niger-Tchad-Libye, plaque tournante de divers trafics (armes, drogues, migrants).
  • Liaison historique :Le Tchad et le Niger ont tous deux des liens historiques étroits avec les différentes factions libyennes. La Libye peut offrir un terrain neutre pour des discussions discrètes, loin de la pression des médias internationaux.

 

 Les dynamiques d’une médiation réussie

Pour que l’intervention de l’Algérie ou de la Libye porte ses fruits, la médiation devra se concentrer sur trois axes :

  • La mise en place d’une commission d’enquête conjointe :Clarifier de manière indépendante les accusations de soutien à la mutinerie (portées par le capitaine Roger Gabriel) afin de désamorcer la guerre de l’information.
  • L’établissement d’une ligne de communication d’urgence :Créer un canal de communication direct (« téléphone rouge ») entre les états-majors de Niamey et de N’Djamena pour éviter qu’une simple poursuite de bandits à la frontière ne déclenche un conflit ouvert.
  • La coordination transfrontalière :Intégrer le Tchad dans le partage d’informations lié à l’opération nigérienne « Klafoki » pour maximiser l’efficacité contre les groupes terroristes au lieu de se surveiller mutuellement.

 

 

    Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions Sociales et

     Sécuritaire du Sahel

 

Mali-Algérie : Une nouvelle ère pour la coopération régionale  

La récente visite du Premier ministre malien, le Général de Division Abdoulaye Maïga, à Alger marque un tournant décisif dans les relations entre deux pays liés par une histoire commune et une frontière de plus de 1 300 kilomètres. Après quinze mois de tensions diplomatiques, ce rapprochement ouvre la voie à une coopération renouvelée, fondée sur le respect mutuel et la souveraineté, pour répondre aux défis communs du Sahel.

 

Un réchauffement diplomatique stratégique

 

La visite du 24 août 2026, à l’invitation du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, concrétise une volonté partagée de dépasser les différends qui ont marqué la période récente. Porteur d’un message du Président de la Transition malienne, le Général  d’Armé Assimi Goïta, Abdoulaye Maïga a été reçu par le Président Abdelmadjid Tebboune, scellant ainsi la normalisation engagée en juillet avec le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens .

 

Cette nouvelle dynamique s’inscrit dans la « stratégie des 3P » (Présence, Patience, Persévérance) prônée par l’Algérie, qui a su privilégier le dialogue et la concertation pour surmonter une crise dont les racines remontent à la dénonciation par Bamako de l’Accord d’Alger en janvier 2024. Comme l’a souligné le Président Tebboune, « le Mali restera toujours un pays voisin. Les dirigeants changent, chacun avec ses idées, mais, au final, c’est la réalité qui s’impose ».

 

Des enjeux sécuritaires et économiques majeurs

 

La coopération sécuritaire constitue l’un des piliers de ce rapprochement. Dans un contexte régional marqué par la résurgence des groupes terroristes et les défis posés par la sortie du Mali de la CEDEAO, les deux pays partagent des intérêts stratégiques convergents. L’Algérie, qui a historiquement joué un rôle de médiateur dans la crise malienne, entend désormais renforcer son engagement opérationnel, comme en témoigne la livraison récente d’hélicoptères d’attaque au Niger et l’appui militaire au régime Nigérien  lors de la mutinerie du 28 Aout 2026 .

 

Sur le plan économique, le potentiel de coopération est considérable. La réactivation de la Grande Commission mixte et du Conseil bilatéral stratégique permettra de donner une impulsion nouvelle aux échanges dans des secteurs clés : hydrocarbures, télécommunications, formation professionnelle et transport. La route transsaharienne, réalisée à plus de 90%, constitue un levier majeur pour faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays.

 

Une vision partagée pour le Sahel

 

Au-delà de la dimension bilatérale, cette réconciliation contribue à la stabilisation de l’ensemble de l’espace sahélien. Les deux pays affichent leur volonté commune de « bâtir une région pacifiée, sécurisée et débarrassée du terrorisme, du néocolonialisme et de toute prétention hégémonique ». Cette vision partagée repose sur des principes fondamentaux : respect de la souveraineté des États, non-ingérence dans les affaires intérieures et promotion du dialogue comme seul moyen de résoudre les crises.

 

Alors que le Mali fait face à des défis sécuritaires croissants dans le nord du pays, la coopération avec l’Algérie apparaît comme une nécessité stratégique. La libération récente de plusieurs militaires maliens détenus par des groupes armés, à laquelle Alger a contribué, illustre la pertinence de ce partenariat.

 

La visite du Premier ministre malien à Alger ne se limite pas à une simple réconciliation diplomatique. Elle ouvre une nouvelle page dans les relations entre deux pays frères, unis par des liens historiques, géographiques et humains indéfectibles. Dans un Sahel en pleine recomposition géopolitique, la coopération Mali-Algérie apparaît comme un facteur de stabilité et de développement partagé, bénéfique non seulement aux deux peuples mais à l’ensemble de la région.

 

Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions

Sociales et Sécuritaires du Sahel

Une histoire de liens profonds et de tensions récurrentes

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont anciens et complexes. Les deux pays partagent une frontière de près de 1 400 kilomètres au cœur du Sahel, et leurs populations transfrontalières, majoritairement touareg, sont unies par de fortes attaches familiales, culturelles et économiques. L’Algérie a longtemps été perçue comme un acteur clé dans la gestion des conflits au nord du Mali et a émergé comme un investisseur majeur dans le pays.

 

Cependant, cette relation a connu de graves secousses. En décembre 2023, le Mali a rappelé son ambassadeur à Alger, l’accusant d’ingérence après des rencontres avec des chefs rebelles. La crise a atteint son paroxysme le 31 mars 2025, lorsqu’un drone malien pénétrant dans l’espace aérien algérien a été abattu. Le Mali, soutenu par le Burkina Faso et le Niger, a qualifié cet acte d' »agression » et rappelé ses ambassadeurs. L’Algérie a riposté en fermant son espace aérien et en rappelant ses propres ambassadeurs.

 

Une réconciliation récente mais fragile

 

Après plus de 15 mois de tensions, l’Algérie et le Mali ont officiellement annoncé, en juillet 2026, le rétablissement de leurs relations diplomatiques, la réouverture de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs.

 

Cette réconciliation reste toutefois fragile. Les points de discorde fondamentaux n’ont pas été résolus. La défiance persiste, l’Algérie étant accusée d’abriter des figures maliennes hostiles à Bamako, tandis que la République du  Mali , soutenue par la Russie et la Turquie, privilégie une réponse militaire aux insurrections. Cette détente apparaît donc comme une normalisation tactique visant à limiter les répercussions des différends, plutôt qu’un règlement politique global.

 

 

La place du Maroc : un acteur central dans le triangle diplomatique

 

Le conflit entre l’Algérie et le Maroc, vieux de plus de 60 ans et marqué par la rupture des relations diplomatiques en 2021, s’est étendu bien au-delà du Sahara occidental pour trouver un nouveau terrain d’affrontement au Sahel. La crise malienne est devenue un enjeu central de cette rivalité.

 

Le Maroc, profiteur des déboires d’Alger

 

Le Maroc a habilement tiré parti des tensions entre l’Algérie et le Mali pour renforcer sa propre influence. Le refroidissement des relations algéro-maliennes a été une « aubaine » pour Rabat. Le Maroc a développé une coopération solide avec Bamako dans des domaines stratégiques : formation des imams, santé, agriculture, et même soutien militaire avec des programmes de formation en parachutisme.

 

En avril 2025, le roi Mohammed VI a reçu les chefs de la diplomatie des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Mali. Rabat a également ouvert ses ports aux pays de l’AES. Le Maroc a déployé d’importants efforts pour se rapprocher de Bamako, tirant parti des tensions avec l’Algérie. Un revirement majeur est intervenu en avril 2026, lorsque le Mali a reconnu le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.

 

Une dynamique de rivalité et de dépassement

 

La place du Maroc dans ce triangle est donc celle d’un rival actif et offensif, cherchant à supplanter l’influence algérienne au Sahel. La pression marocaine a d’ailleurs été identifiée comme un facteur ayant poussé Alger à se réconcilier avec Bamako. Aujourd’hui, l’Algérie et le Maroc sont en alerte sur la situation malienne, et la crise offre à Alger l’opportunité de regagner en influence, tandis que l’affaiblissement du mali est une mauvaise nouvelle pour Rabat.

 

 

Recommandations pour être allié du Maroc et de l’Algérie

 

Être allié à la fois du Maroc et de l’Algérie dans le contexte actuel est un exercice diplomatique délicat, compte tenu de leur rivalité ouverte. Voici quelques recommandations stratégiques :

 

  1. Adopter une approche de neutralité active et de médiation

 

  • Éviter tout alignement qui pourrait être perçu comme un parti pris par l’un ou l’autre camp.
  • Proposer des initiatives de médiation sur des sujets concrets (sécurité frontalière, lutte contre le terrorisme) où les intérêts des deux pays peuvent converger.

 

  1. Privilégier une coopération bilatérale et sectorielle

 

  • Développer des partenariats économiques distincts avec chacun des deux pays, dans des domaines non conflictuels (énergies renouvelables, agriculture, éducation).
  • Éviter tout projet trilatéral qui pourrait être instrumentalisé ou devenir un sujet de discorde.

 

  1. Œuvrer pour la stabilisation du Sahel comme intérêt commun

 

  • La menace terroriste au Sahel est un intérêt partagé par l’Algérie, le Maroc et la communauté internationale.
  • Soutenir des initiatives de dialogue inclusif au Mali, associant toutes les parties au conflit.

 

  1. Adopter une communication diplomatique prudente

 

  • Un langage neutre et équilibré est essentiel. Éviter toute déclaration qui pourrait être interprétée comme un soutien à l’une des positions sur le Sahara occidental.
  • Multiplier les canaux de dialogue discrets pour maintenir la confiance.

 

  1. Capitaliser sur les intérêts économiques complémentaires

 

  • L’Algérie est un fournisseur énergétique majeur ; le Maroc est une plateforme commerciale et industrielle dynamique.
  • Proposer des projets d’infrastructure régionaux (corridors énergétiques, routes transsahariennes) qui pourraient bénéficier aux deux pays.

 

 

Les relations entre l’Algérie et le Mali sont à un tournant, marqué par une réconciliation récente mais fragile, dans un contexte de rivalité régionale accrue avec le Maroc. A mon humble avis , la clé réside dans une diplomatie d’équilibre, privilégiant les intérêts communs (stabilité du Sahel, coopération économique) tout en évitant soigneusement de s’immiscer dans les contentieux bilatéraux. La voie est étroite, mais elle est praticable pour qui saura faire preuve de patience, de discrétion et de constance.

 

 

Mohamed Abdellahi Elkhalil

Ecrivain Spécialiste des Questions

Sociales et Sécuritaires

 

 

Abdoulaye Maïga à Alger : plusieurs dossiers sur la table

Abdoulaye Maïga est arrivé ce lundi 24 août à Alger pour donner un contenu concret au rapprochement engagé en juillet. Sécurité frontalière, crise du Nord et échanges économiques seront au cœur des attentes.

Le déplacement du Premier ministre intervient dans un climat plus favorable, mais encore chargé du contentieux récent entre les deux voisins. Invité par son homologue algérien Sifi Ghrieb, Abdoulaye Maïga doit remettre au président Abdelmadjid Tebboune un message d’Assimi Goïta. Des entretiens entre les deux chefs de gouvernement sont également prévus, selon la Primature malienne.

Cette visite est la première de ce niveau depuis le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens décidés le 10 juillet. Ces mesures ont mis fin à quinze mois de tensions provoquées par la destruction d’un drone malien près de Tinzawatène. Elles ont rétabli le contact sans régler les divergences qui avaient conduit au rappel des diplomates et à la suspension de plusieurs mécanismes de coopération.

L’entretien téléphonique du 9 août entre les deux Premiers ministres avait déjà fait apparaître une volonté de renouer le dialogue. Alger affirme vouloir faire du Sahel un espace de coopération et de développement partagé. Bamako insiste, de son côté, sur la souveraineté, la non-ingérence et la prise en compte de ses intérêts sécuritaires.

Frontière

Le premier enjeu sera de définir une méthode de travail le long des quelque 1 400 kilomètres de frontière commune. La zone demeure traversée par les groupes armés, les trafics, les mouvements de population et des activités économiques qui échappent largement aux administrations centrales.

Depuis le différend sur le drone, le Mali ne participe plus au Comité d’état-major opérationnel conjoint, installé à Tamanrasset. Cette structure associait l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie dans le partage de renseignements et la lutte contre les menaces transfrontalières. Le retour de Bamako dans ce dispositif n’est pas annoncé. Les deux pays pourraient cependant convenir d’un nouveau cadre, plus souple, comprenant des échanges d’informations, un canal militaire permanent et un mécanisme destiné à prévenir les incidents aériens ou frontaliers.

Les évolutions sécuritaires autour de Kidal donnent à la coopération avec Alger une importance particulière. À la suite des combats du 25 avril, le FLA a revendiqué la prise de la ville, tandis que les autorités maliennes ont assuré avoir maîtrisé les offensives visant plusieurs localités et poursuivi leurs opérations dans la région. Le retrait de Kidal annoncé par l’Africa Corps et le repositionnement rapporté des forces maliennes vers Anéfis ont néanmoins installé une nouvelle configuration sécuritaire à proximité de la frontière algérienne. L’organisation séparatiste a conduit son offensive parallèlement à des attaques du JNIM dans plusieurs localités du Nord. L’Algérie a depuis réaffirmé son soutien à l’unité du Mali et son rejet du terrorisme.

Ce positionnement pourrait faciliter une coopération pragmatique, sans signifier le rétablissement immédiat d’une médiation politique. Bamako a dénoncé en janvier 2024 l’Accord issu du processus d’Alger, tandis que les autorités algériennes continuent de défendre une solution politique inclusive. La visite permettra surtout de savoir si les deux capitales peuvent dissocier leur coopération frontalière de leurs désaccords sur le traitement de la crise du Nord.

Corridors

Le rapprochement comporte aussi un volet économique important pour le Mali. La dernière Grande Commission mixte, tenue à Bamako en 2016, avait abouti à treize accords portant notamment sur l’énergie, les hydrocarbures, les mines, l’eau, la santé et le commerce. La fixation d’une nouvelle session offrirait aux deux gouvernements l’occasion de réexaminer ces engagements et de retenir quelques projets réalisables.

La route transsaharienne figure parmi les dossiers les plus prometteurs. Son réseau continental est achevé à plus de 90 %, mais la liaison entre Tamanrasset, Gao et Bamako reste handicapée par l’état de certains tronçons et par l’insécurité dans le Nord. Sa mise en valeur donnerait au Mali une possibilité supplémentaire d’approvisionnement et d’accès aux infrastructures portuaires algériennes. Elle ouvrirait aussi les marchés sahéliens aux entreprises d’Algérie. Le projet de zone franche annoncé par Alger en 2024 pourrait compléter ce dispositif, à condition d’obtenir un emplacement, un calendrier et des règles de fonctionnement.

Le véritable bilan de la visite dépendra donc des décisions prises après les audiences. La création de groupes techniques, la relance de la Commission mixte ou l’adoption d’un mécanisme frontalier donneraient une traduction pratique au dégel. Sans calendrier ni engagements identifiables, le déplacement restera principalement une étape politique dans une normalisation encore fragile.

Mali-Algérie : le retour des ambassadeurs relance le dialogue bilatéral

Le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens, décidés le 10 juillet, relancent les relations entre Bamako et Alger. Après quinze mois de tensions, les deux voisins rétablissent les principaux canaux du dialogue bilatéral.

Trois jours après leurs annonces simultanées, Bamako et Alger renouent avec le dialogue politique après plus d’un an de crise diplomatique. Vendredi 10 juillet, les autorités maliennes ont annoncé le retour à Alger de leur ambassadeur ainsi que la réouverture de l’espace aérien national aux aéronefs civils et militaires assurant des vols en provenance ou à destination de l’Algérie.

Alger a adopté le même jour des mesures équivalentes. Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour à Bamako de Kamel Retieb, ambassadeur d’Algérie au Mali, rappelé pour consultations le 7 avril 2025. Le ministère algérien de la Défense a parallèlement rouvert l’espace aérien national à l’ensemble des vols liés au Mali, y compris ceux empruntant les routes internationales.

Les deux communiqués présentent cette reprise sous le signe de la continuité historique. Le gouvernement malien évoque une « redynamisation des relations de coopération et d’amitié », tandis qu’Alger inscrit sa décision dans la volonté de ramener les rapports entre les deux pays vers leur cours « historique et naturel », fondé sur le respect mutuel et les intérêts partagés.

Deux décisions parfaitement synchronisées

Le parallélisme des mesures prises le 10 juillet constitue le premier fait marquant de ce rapprochement. Les deux capitales rétablissent au même moment leurs ambassadeurs et lèvent les restrictions aériennes instaurées durant la crise d’avril 2025. Cette symétrie replace les échanges politiques directs au centre de la relation et rétablit les outils diplomatiques permettant de traiter les questions frontalières, consulaires, économiques et sécuritaires.

La relation diplomatique était restée formellement en place pendant la crise, avec des ambassades toujours ouvertes, mais les rappels avaient réduit le niveau de représentation politique. Le retour des chefs de mission permet désormais aux deux gouvernements de disposer, dans chaque capitale, d’un interlocuteur directement chargé de transmettre les positions officielles et d’accompagner les consultations bilatérales.

Ce rétablissement concerne deux ambassadeurs déjà accrédités. Kamel Retieb reprend ses fonctions à Bamako, tandis que le général de brigade Mohamed Amaga Dolo regagne Alger. Ce dernier avait été nommé par le Conseil des ministres malien en octobre 2024, puis reçu le 20 février 2025 par le président de la Transition, Assimi Goïta, avant sa prise de fonction. Il avait alors placé sa mission sous le signe des liens historiques, géographiques et économiques entre les deux pays.

Une relation éprouvée depuis 2023

Les tensions entre Bamako et Alger avaient commencé à s’accentuer à la fin de l’année 2023. Les autorités maliennes avaient dénoncé des rencontres organisées en Algérie, sans information ni implication de Bamako, avec des personnalités présentées comme hostiles au gouvernement malien, dont l’imam Mahmoud Dicko, ainsi qu’avec des responsables de mouvements signataires de l’Accord de 2015. Ces griefs avaient conduit à la convocation de l’ambassadeur algérien, puis au rappel du représentant malien à Alger.

Le 25 janvier 2024, les autorités maliennes avaient annoncé la fin, avec effet immédiat, de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Signé en 2015 entre l’État malien et plusieurs mouvements armés, ce texte avait longtemps constitué le principal cadre politique de gestion du conflit dans le Nord. Bamako avait ensuite privilégié un processus de dialogue conduit sous la responsabilité directe des autorités nationales.

La nomination de Mohamed Amaga Dolo et son installation à Alger au début de 2025 avaient donné un premier signal de reprise. Cette dynamique avait été interrompue quelques semaines plus tard par la destruction d’un drone militaire malien dans la zone frontalière de Tinzaouatène, durant la nuit du 31 mars au 1er avril 2025.

Alger avait affirmé que l’appareil avait pénétré de 1,6 kilomètre dans son espace aérien. Bamako avait présenté une version différente, situant les débris à 9,5 kilomètres au sud de la frontière, sur le territoire malien. Les deux lectures avaient déclenché une série de mesures de réciprocité entre les deux voisins.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger avaient alors rappelé leurs ambassadeurs accrédités en Algérie au nom de la solidarité entre les membres de la Confédération des États du Sahel. Alger avait rappelé ses représentants à Bamako et Niamey, puis les espaces aériens malien et algérien avaient été fermés aux appareils liés à l’autre pays.

Le ciel comme premier effet concret

La réouverture des espaces aériens constitue l’effet le plus immédiatement perceptible des décisions du 10 juillet. Elle permet aux compagnies aériennes, aux appareils officiels et aux opérateurs autorisés de préparer à nouveau des vols directs ou des itinéraires empruntant les deux espaces nationaux.

Air Algérie desservait Bamako avant la crise. La compagnie avait repris ses liaisons avec la capitale malienne le 2 décembre 2024, après une précédente interruption, avant que les restrictions d’avril 2025 ne suspendent de nouveau cet axe aérien. La levée des interdictions crée désormais le cadre réglementaire nécessaire au retour des services commerciaux, selon les programmes qui seront établis par les transporteurs.

La reprise des liaisons concerne directement les familles établies de part et d’autre, les étudiants, les commerçants, les responsables publics et les voyageurs utilisant Alger comme point de correspondance. Pendant la fermeture, les déplacements entre les deux pays imposaient des itinéraires indirects, généralement plus longs et plus coûteux.

Le champ de la décision dépasse la seule liaison Alger-Bamako. Le communiqué algérien couvre les vols en provenance ou à destination du Mali à travers les différentes routes internationales. Le texte malien inclut pour sa part l’ensemble des aéronefs civils et militaires assurant des vols liés à l’Algérie.

Une frontière qui structure la relation

Le Mali et l’Algérie partagent environ 1 376 kilomètres de frontière à travers le Sahara. Cet espace relie des communautés, des marchés et des itinéraires anciens, tout en concentrant des enjeux liés aux groupes armés, aux trafics, aux migrations et aux déplacements de populations.

Les échanges entre les régions septentrionales du Mali et le sud algérien reposent en partie sur des circuits commerciaux informels. Une étude de la Banque mondiale consacrée au commerce entre les deux pays souligne l’importance de ces flux, souvent supérieurs à ce que reflètent les seules statistiques douanières, dans des zones où les distances et la faible densité de population compliquent le contrôle administratif.

La frontière possède aussi une dimension humaine. Les crises successives dans le nord du Mali ont entraîné des mouvements de familles vers l’Algérie, notamment autour de Tinzaouatène. Les routes transfrontalières servent également aux échanges de produits alimentaires, de carburant, de bétail et de biens de première nécessité pour des localités éloignées des grands centres urbains.

Le retour des ambassadeurs offre un canal direct pour les questions consulaires et la coordination administrative autour de ces mouvements. Il rétablit également un cadre politique entre deux États dont les préoccupations sécuritaires se rejoignent sur une vaste zone désertique.

Le Nord du Mali au cœur des échanges

Le rapprochement intervient alors que le nord du Mali demeure le théâtre d’importantes opérations militaires. Au moment des annonces du 10 juillet, les Forces armées maliennes affirmaient avoir desserré la pression exercée sur le camp stratégique d’Anéfis après des affrontements avec des groupes armés, avec l’appui de partenaires russes d’Africa Corps et de forces locales.

Anéfis se situe sur l’axe reliant Gao à Kidal, plus au nord, tandis que Tinzaouatène se trouve à proximité immédiate de la frontière algérienne. Les évolutions militaires dans cette partie du territoire malien ont donc une portée transfrontalière, notamment en matière de circulation des combattants, de protection des populations et de surveillance aérienne.

L’Algérie avait longtemps occupé une place centrale dans les médiations entre Bamako et les mouvements du Nord. Le nouveau contexte repose sur une stratégie malienne privilégiant la reconquête territoriale, le dialogue inter-Maliens et la coopération sécuritaire avec les pays de l’AES et la Russie. Le rétablissement des ambassadeurs permet aux deux voisins de reprendre leurs échanges dans cette configuration régionale profondément transformée.

Alger relance les liens avec les pays sahéliens

Le retour de Kamel Retieb à Bamako s’inscrit dans une reprise plus large des contacts entre l’Algérie et les pays de l’AES. En février 2026, Abdelmadjid Tebboune avait ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Niamey, tandis que le représentant nigérien reprenait ses fonctions à Alger. Cette décision avait été suivie par une visite officielle du président nigérien Abdourahamane Tiani en Algérie.

Les discussions algéro-nigériennes avaient porté sur les infrastructures, l’énergie, la santé, la formation et les questions de voisinage. Le rapprochement avec Bamako complète cette reprise progressive des relations entre Alger et son environnement sahélien.

Depuis le 10 juillet, le Mali et l’Algérie disposent à nouveau des principaux instruments d’un dialogue régulier. Les ambassadeurs retrouvent leurs postes, les espaces aériens sont ouverts et les échanges officiels peuvent reprendre directement entre les deux capitales.

Après quinze mois de tensions, Bamako et Alger retrouvent un cadre de coopération sur leurs dossiers frontaliers, consulaires, économiques et sécuritaires.

Mondial 2026 : L’Afrique à l’heure des derniers réglages

À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, le 11 juin aux États-Unis, au Canada et au Mexique, les dix sélections africaines qualifiées multiplient les matchs amicaux afin d’affiner leurs automatismes et d’évaluer leur état de forme avant leur entrée en lice.

Le Maroc, notamment, impressionne par sa solidité. Les Lions de l’Atlas ont successivement dominé le Burundi (5-0) et Madagascar (4-0) et tenteront de confirmer contre la Norvège le 7 juin, avant de retrouver le Brésil dans le groupe C.

Dans la même dynamique, le Cap-Vert a marqué les esprits en dominant la Serbie (3-0). Les Requins Bleus affronteront ensuite les Bermudes le 6 juin, avant de se lancer dans un groupe H relevé, avec l’Espagne et l’Uruguay.

L’Égypte, de son côté, a bien lancé sa préparation en battant la Russie (1-0). Elle se mesurera au Brésil le 6 juin, avant de croiser notamment la Belgique dans le groupe G.

Entre certitudes et interrogations

Pour d’autres sélections, les derniers matchs serviront surtout à dissiper les doutes. Le Ghana, battu par le Mexique (2-0) puis tenu en échec par le Pays de Galles (1-1), bouclera sa préparation face à la Jamaïque le 10 juin, avant de défier l’Angleterre et la Croatie dans le groupe L.

Le Sénégal, malgré une prestation encourageante, s’est incliné face aux États-Unis (2-3) et cherchera à retrouver de la confiance contre l’Arabie saoudite le 9 juin, avant d’entrer dans un groupe I marqué par la présence de la France.

La Tunisie, battue par l’Autriche (1-0), tentera de se relancer face à la Belgique le 6 juin, avant d’affronter notamment les Pays-Bas dans le groupe F. La Côte d’Ivoire n’aura qu’un seul test, face à la France le 4 juin, avant de rejoindre un groupe E où figure l’Allemagne.

L’Algérie poursuit également ses réglages. Après son duel face aux Pays-Bas, elle affrontera la Bolivie le 10 juin, avant de se mesurer notamment à l’Argentine dans le groupe J. L’Afrique du Sud, accrochée par le Nicaragua (0-0), défiera Porto Rico avant un groupe A où l’attendent le Mexique et la Corée du Sud.

Enfin, la RD Congo, opposée au Danemark le 3 juin, affrontera le Chili le 9 juin, avant de retrouver le Portugal dans le groupe K.

À quelques jours du tournoi, ces ultimes rendez-vous serviront de baromètres avant les grands défis qui attendent le football africain.

Mohamed Kenouvi

 

Birahim Soumaré: « Cette décision traduit une volonté de redéfinir les alliances du Mali »

Ancien ambassadeur du Mali en Turquie et ancien conseiller diplomatique à la présidence, Birahim Soumaré analyse le repositionnement de Bamako sur la question du Sahara. Il y voit un choix souverain aux implications diplomatiques, sécuritaires et économiques.

Question : Comment interprétez-vous la nouvelle position du Mali sur le Sahara occidental ?
Birahim Soumaré : La position souveraine du Mali sur la question du Sahara occidental participe du choix souverain de ses partenaires et de ses priorités diplomatiques et stratégiques. Son nouveau positionnement marque une convergence stratégique avec le royaume du Maroc, qui exerce sa souveraineté sur ce territoire depuis la Marche verte. Il s’agit d’une rupture avec sa position traditionnelle de reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), entamée depuis le 4 juillet 1980, avec une inflexion à partir du 27 décembre 2011 en lien avec le plan onusien.
Question : Quelles implications voyez-vous dans les relations avec le Maroc ?
Birahim Soumaré : La coopération économique avec le Maroc sera imprimée positivement, de même que la sécurité, les questions religieuses et d’autres sujets qui pourront être abordés lors de la prochaine commission mixte maliano-marocaine, annoncée par les deux ministres lors de leur rencontre à Bamako.
Question : Ce repositionnement peut-il affecter les relations avec d’autres partenaires ?
Birahim Soumaré : Il y aura un bouleversement par rapport à l’Algérie, qui pourra percevoir ce choix comme un désalignement sur sa position concernant la reconnaissance de la RASD, qu’elle soutient financièrement et politiquement. Il y aura également des ajustements au niveau de l’Union africaine, avec un Mali qui renforce le camp des partisans de la marocanité du Sahara, comme certains pays du Golfe partenaires des accords d’Abraham du 15 septembre 2020 et les puissances occidentales, au premier rang desquelles les États-Unis.
Question : Quels sont les enjeux stratégiques de cette orientation ?
Birahim Soumaré : Il s’agit d’affirmer une diplomatie avec une ligne claire sur les questions stratégiques qui influencent la situation du Mali, notamment la lutte contre les forces déstabilisatrices. Avec un partenariat avec le Maroc dans les domaines du renseignement, la coopération sécuritaire va évoluer de manière significative.
Question : Quelles perspectives économiques ce rapprochement ouvre-t-il ?
Birahim Soumaré : Le renforcement de l’axe Bamako-Rabat dans les domaines des infrastructures routières, portuaires, de l’énergie, de la finance et de la réassurance permettra à des structures existantes au Mali de se développer, à l’instar du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire. Cette orientation offre la possibilité de positionner le Mali comme un lien entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb, avec son intégration dans des corridors économiques entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord. Pays enclavé, le Mali aura par le Maroc un accès à l’Atlantique.
Question : Comment qualifier ce choix sur le plan diplomatique ?
Birahim Soumaré : La reconnaissance par le Mali de la marocanité du Sahara s’inscrit dans une dynamique de recomposition de sa posture diplomatique. Cette décision traduit une volonté de redéfinir ses alliances et d’inscrire son action extérieure dans une logique de souveraineté assumée. Elle repose sur une lecture réaliste des rapports de force régionaux et internationaux.
Question : Cette orientation nécessite-t-elle une coordination régionale ?
Birahim Soumaré : Une telle inflexion doit s’accompagner d’une coordination avec les partenaires de l’Alliance des États du Sahel, notamment le Burkina Faso et le Niger. L’expérience de la Fédération du Mali rappelle que l’absence d’harmonisation des orientations politiques et stratégiques peut fragiliser les dynamiques d’intégration.
Question : Que révèle cette évolution de la diplomatie malienne ?
Birahim Soumaré : Elle traduit une diplomatie davantage tournée vers la cohérence et l’efficacité, orientée vers la défense des intérêts de l’État et de son peuple. Elle prend en compte les défis géostratégiques, notamment le terrorisme et d’autres formes de déstabilisation, tout en affirmant le refus de toute partition des territoires et de toute ingérence extérieure.

Abdoulaye Tamboura: « Cette décision relève avant tout d’un pragmatisme diplomatique ».

Le Mali a retiré sa reconnaissance de la République arabe saharaouie démocratique (RASD), soutenant ainsi le plan marocain d’autonomie.  Abdoulaye Tamboura, analyste géopolitique, nous éclaire sur les retombées de ce virage diplomatique. Propos recueillis par Massiré Diop.

Comment interprétez-vous le changement de position du Mali sur le Sahara Occidental ?

Cette décision relève avant tout d’un pragmatisme diplomatique. Les États ajustent leurs positions en fonction de leurs intérêts stratégiques, des rapports de force régionaux et de leurs priorités du moment. Le Mali a choisi ici une ligne qu’il estime plus conforme à ses intérêts diplomatiques et sécuritaires. Cette évolution traduit aussi une lecture plus réaliste des intérêts diplomatiques du Mali dans un environnement régional en mutation. La diplomatie n’étant pas figée, les États peuvent revenir sur des positions anciennes lorsque le contexte stratégique évolue.

Cette décision peut-elle affecter les relations Mali – Algérie ?

Oui, il est possible qu’elle laisse des traces. L’Algérie est le principal soutien politique et financier du Front Polisario et cette décision pourrait être perçue comme un éloignement de sa position sur la question saharaouie. Dans le contexte actuel, elle sera forcément observée de près.

Ce choix a-t-il aussi une portée interne pour le Mali ?

Absolument. Le Mali réaffirme également le principe de son intégrité territoriale et son refus de toute remise en cause des frontières. Elle renvoie aussi à la volonté de l’État malien de réaffirmer son attachement à l’intangibilité de ces frontières. Cette dimension est importante au regard de ses propres défis sécuritaires et territoriaux.

Sahara Occidental : ce que le Mali gagne

En retirant sa reconnaissance de la République arabe saharaouie démocratique (RASD) et en soutenant désormais le plan marocain d’autonomie, Bamako opère un tournant diplomatique majeur. Au-delà du geste politique, la vraie question porte sur les gains concrets, immédiats et stratégiques que le Mali entend tirer de ce repositionnement, dans un cadre bilatéral avec Rabat mais aussi géopolitique plus large.

 

Le revirement annoncé par Bamako à l’issue d’une conférence de presse conjointe avec les autorités marocaines marque une inflexion importante de la diplomatie malienne. En rompant avec une position adoptée au début des années 1980, le Mali se rapproche nettement de Rabat sur l’un des dossiers les plus sensibles du continent africain. Mais derrière ce choix, l’enjeu dépasse la seule symbolique diplomatique : il s’agit désormais de comprendre ce que le Mali a obtenu ou espère obtenir en retour.

 

Pour saisir la portée de cette décision, il faut revenir à la genèse du dossier. Le Sahara Occidental est une ancienne colonie espagnole. En 1975, l’Espagne s’en retire, ouvrant une période de fortes tensions diplomatiques et militaires autour de l’avenir du territoire. Le 27 février 1976, le Front Polisario proclame la République arabe saharaouie démocratique, connue sous l’acronyme RASD. Le conflit oppose alors le Maroc, qui revendique sa souveraineté sur le territoire, au Polisario, soutenu notamment par l’Algérie, qui défend le principe d’autodétermination.

 

Repères historiques

 

Le dossier prend très vite une dimension continentale. Au début des années 1980, plusieurs États africains reconnaissent la RASD, dont le Mali. Cette position s’inscrit dans la lecture dominante de l’époque au sein de l’Afrique postcoloniale, où la question du Sahara Occidental est traitée comme un dossier de décolonisation. En 1982, la RASD est admise à l’Organisation de l’unité africaine. Deux ans plus tard, le Maroc quitte l’organisation pour protester contre cette admission. Rabat restera absent de l’institution africaine pendant 33 ans, avant de retrouver sa place au sein de l’Union africaine le 31 janvier 2017.

 

Sur le plan onusien, la question reste juridiquement distincte. Le Sahara Occidental est classé par les Nations unies comme territoire non autonome. Cela signifie qu’aux yeux de l’ONU le processus de décolonisation n’est pas achevé. En 1991, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental, la MINURSO, est mise en place pour surveiller le cessez-le-feu et préparer un référendum. Ce scrutin n’a jamais pu se tenir, en raison de désaccords persistants sur ses modalités. Le mandat actuel de la mission court jusqu’au 31 octobre 2026.

 

La décision prise par Bamako s’inscrit aussi dans l’évolution récente du cadre diplomatique international. La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, a prolongé le mandat de la MINURSO, tout en replaçant le plan d’autonomie proposé par le Maroc au centre des discussions. Le choix de Bamako s’inscrit aussi dans une dynamique internationale plus large, le plan marocain d’autonomie bénéficiant désormais du soutien explicite de plus de 120 États, dont les États-Unis et une majorité de pays européens, ce qui renforce la portée diplomatique du repositionnement malien.

Pour Abdoulaye Tamboura, cette décision relève d’un pragmatisme diplomatique guidé par les intérêts nationaux et l’évolution des rapports de force.

 

Axe Bamako – Rabat

 

Le changement de cap ne peut toutefois être lu uniquement à travers l’histoire du Sahara occidental. Il faut également regarder la relation entre le Mali et le Maroc telle qu’elle s’est développée ces dernières années et surtout les bénéfices potentiels qu’en attend Bamako.

 

La visite du ministre marocain des Affaires étrangères à Bamako a donné lieu à plusieurs annonces structurantes. Parmi les axes réaffirmés figure l’accès des États sahéliens à l’océan Atlantique via les infrastructures portuaires marocaines.

Pour un pays enclavé comme le Mali, la perspective d’un accès facilité aux ports marocains représente un enjeu économique majeur. Cela touche directement les coûts du transport, les délais logistiques, la circulation des marchandises et les capacités d’exportation.

 

L’ancien ambassadeur Birahim Soumaré souligne qu’en tant que « pays enclavé, le Mali trouve dans ce partenariat avec le Maroc une perspective d’accès à l’Atlantique susceptible de renforcer ses corridors économiques et ses capacités d’échanges ».

 

Pour les opérateurs économiques, les corridors d’exportation et d’importation sont un sujet central, tant pour la compétitivité que pour la sécurité des approvisionnements et la diversification des débouchés.

 

L’ancien diplomate relève également que « cette orientation pourrait faire du Mali un point de jonction entre l’Afrique subsaharienne et le Maghreb, à travers de nouveaux corridors économiques ».

Bamako cherche ainsi un avantage logistique durable.

 

Coopération bilatérale

 

Le rapprochement entre Bamako et Rabat s’observe également sur des dossiers très concrets qui peuvent être lus comme des contreparties directes.

Le Maroc a annoncé l’objectif de 300 bourses par an pour les étudiants maliens. Cette mesure vient renforcer une coopération académique déjà ancienne entre les deux pays.

 

De nombreux étudiants maliens poursuivent déjà leurs études supérieures au Maroc, dans des domaines allant de la médecine à l’ingénierie, en passant par les sciences sociales et le commerce.

Le volet religieux conserve lui aussi une place importante. La formation des imams maliens au Maroc se poursuit dans le cadre d’une coopération reposant sur des références doctrinales partagées, notamment le rite malékite.

 

Cette coopération, peu visible dans le débat public, participe néanmoins à la profondeur des relations entre les deux pays.

Les annonces ont également porté sur la mobilité. Les autorités ont évoqué un assouplissement des formalités d’entrée et la levée annoncée de l’autorisation électronique de voyage au Maroc pour les citoyens maliens.

 

Pour les étudiants, les hommes d’affaires et les voyageurs, cette évolution pourrait faciliter les déplacements entre Bamako et Rabat.

La 4e Commission mixte Mali – Maroc, prévue avant la fin de 2026, devra justement permettre d’évaluer si ces annonces se traduisent en engagements effectifs.

 

Répercussions régionales

 

La nouvelle position malienne intervient aussi dans un environnement régional sensible.

 

Les relations entre le Mali et l’Algérie connaissent depuis plusieurs mois une phase de fortes tensions. Or, Alger demeure un acteur majeur du dossier saharaoui et un soutien historique du Front Polisario.

Le choix de Bamako ne manquera donc pas d’être observé avec attention dans les capitales de la région.

 

Sur le volet sécuritaire, Birahim Soumaré estime que « le partenariat stratégique avec le Maroc pourrait donner un nouvel élan à la coopération en matière de renseignement et de sécurité ».

Il ajoute que ce choix pourrait être perçu par Alger comme un désalignement par rapport à sa position historique sur la RASD.

Une lecture que partage Abdoulaye Tamboura, pour qui cette décision pourrait « laisser des traces dans les relations entre Bamako et Alger ».

 

La lecture du revirement malien ne se limite toutefois pas au seul cadre maghrébin. Le soutien affiché au plan marocain d’autonomie peut également être interprété comme un signal adressé à des partenaires plus larges, au premier rang desquels les États-Unis, qui considèrent cette option comme la base la plus sérieuse de règlement du dossier saharien depuis la reconnaissance américaine de la position marocaine en 2020.

 

Sans qu’aucun accord formel ne soit établi, ce repositionnement peut ainsi être lu comme une tentative d’inscription du Mali dans une architecture diplomatique plus vaste où Rabat apparaît aussi comme une passerelle vers Washington.

 

Ainsi, le Mali n’obtient pas seulement des avantages du Maroc, il peut aussi chercher à améliorer sa lisibilité diplomatique dans un environnement international plus large.

 

Lecture stratégique

Le dossier mêle un héritage diplomatique né dans les années 1970 et un choix contemporain guidé par des intérêts concrets comme l’accès à l’Atlantique, la coopération universitaire, la mobilité, la sécurité et la diversification des partenariats. En se rapprochant du Maroc sur un dossier soutenu par Washington, Bamako pourrait aussi chercher à renforcer sa lisibilité auprès de partenaires occidentaux, dans un contexte de recomposition rapide des alliances régionales. Selon Abdoulaye Tamboura, cette décision vise également à réaffirmer le principe de l’intégrité territoriale et le refus de toute remise en cause des frontières. À la croisée du droit international, des équilibres régionaux et des stratégies nationales, le dossier ouvre une nouvelle étape diplomatique dont la portée réelle dépendra de la capacité du Mali à transformer ce repositionnement en gains tangibles.

Mali – Algérie : Jusqu’où ira la discorde ?

La tension diplomatique entre Bamako et Alger ne faiblit pas depuis l’incident survenu dans la nuit du 31 mars au 1ᵉʳ avril 2025, lorsqu’un drone de reconnaissance malien a été abattu par les forces algériennes près de Tinzaouaten, une zone frontalière stratégique. Le différend est désormais bloqué par le refus de l’Algérie d’accepter la compétence de la Cour internationale de Justice (CIJ).

Selon Bamako, le drone Bayraktar Akıncı menait une mission de surveillance contre des groupes armés près de la frontière et n’a jamais quitté l’espace aérien malien. Les autorités affirment que les débris ont été retrouvés à 9,5 kilomètres à l’intérieur du pays et que les données de trajectoire confirment cette version. Alger soutient de son côté que l’appareil a violé son espace aérien et que son interception relevait de la défense de son territoire.

Le différend a pris une dimension juridique le 4 septembre, lorsque Bamako a annoncé son intention de saisir la Cour internationale de Justice pour violation de sa souveraineté. La CIJ a confirmé avoir reçu la requête introductive d’instance le 16 septembre 2025 et rappelé, dans un communiqué publié le 19, qu’elle ne pouvait se prononcer sur le fond qu’avec l’accord des deux États, condition qu’Alger refuse pour l’instant, laissant la procédure suspendue.

Le 26 septembre, à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a dénoncé ce qu’il qualifie « d’ingérences répétées » de l’Algérie dans les affaires internes du Mali. Dans son intervention, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a pour sa part critiqué la conduite des autorités de transition maliennes, mettant en cause leurs choix politiques et leur attitude vis-à-vis des partenaires régionaux. En réaction à ces propos, la Mission permanente du Mali a réaffirmé que le drone abattu n’avait jamais quitté son espace aérien, soulignant que les données de vol et la localisation de l’épave, retrouvée à 9,5 kilomètres à l’intérieur du pays, contredisent les affirmations algériennes. Le gouvernement indique également avoir réclamé des preuves à Alger, sans obtenir de réponse satisfaisante, estimant que ce silence, combiné au refus d’accepter la compétence de la CIJ, reflète un embarras évident. L’Algérie maintient pour sa part que l’appareil a violé son espace aérien et justifie son interception par la défense de sa souveraineté.

Leviers diplomatiques

Face au blocage juridique, Bamako mise désormais sur la diplomatie pour faire avancer son dossier. Il peut mobiliser ses alliés stratégiques, notamment la Russie, dont les relations économiques et sécuritaires étroites avec Alger – ainsi que son statut de membre permanent du Conseil de sécurité – pourraient lui permettre de peser sur les négociations ou de favoriser un dialogue indirect. Le Mali peut aussi s’appuyer sur la Confédération des États du Sahel (AES), qui réunit Bamako, Niamey et Ouagadougou, afin d’exercer une pression collective sur Alger, au-delà de leur coopération sécuritaire.

Parallèlement, Bamako peut saisir des instances régionales telles que l’Union africaine et ses organes, notamment le Conseil de paix et de sécurité ou la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples, afin de favoriser une médiation ou d’examiner la situation sous l’angle de la protection des droits garantis par la Charte africaine.

D’autres exemples

L’histoire récente montre d’ailleurs que des refus initiaux d’accepter la compétence de la CIJ n’ont pas toujours mis fin aux procédures. Dans les années 1980, les États-Unis avaient rejeté la compétence de la Cour dans leur différend avec le Nicaragua, mais celle-ci a tout de même rendu un jugement en leur absence. Dans l’affaire de la bande d’Aouzou, la Libye avait d’abord refusé de comparaître, avant de conclure un compromis avec le Tchad, permettant une décision en 1994. De même, le différend frontalier entre le Qatar et Bahreïn s’est soldé par un accord en 1997, après des discussions bilatérales.

Au-delà du cadre africain, d’autres mécanismes pacifiques restent envisageables, comme la médiation ou la conciliation sous l’égide des Nations unies, pour tenter d’aboutir à un règlement sans recourir à une procédure judiciaire classique.

Pour l’heure, le dossier est bloqué puisque, sans l’accord de l’Algérie, la CIJ ne peut se prononcer sur le fond. Bamako devra désormais miser sur la mobilisation de ses alliés et les canaux multilatéraux pour faire avancer le différend et défendre sa position.

MD

Alger refuse de comparaître devant la CIJ dans l’affaire du drone abattu

La Cour internationale de Justice a mis fin à la procédure engagée contre l’Algérie après que cette dernière a refusé de reconnaître sa compétence dans l’affaire du drone malien détruit par son armée. Une décision qui relance les tensions diplomatiques entre Bamako et Alger.

Le gouvernement de la transition a confirmé, dans un communiqué rendu public le 19 septembre 2025, que la Cour internationale de Justice (CIJ) a notifié la fin de la procédure judiciaire ouverte à la suite de la destruction d’un drone de reconnaissance malien par les forces armées algériennes. L’Algérie a en effet officiellement refusé de reconnaître la compétence de la Cour dans ce différend, bloquant ainsi toute poursuite de la procédure.

L’appareil malien avait été abattu dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025 alors qu’il effectuait une mission de surveillance dans l’espace aérien national, à proximité de la frontière algérienne. Bamako considère cet acte comme une violation de sa souveraineté et avait saisi la CIJ pour obtenir reconnaissance et réparation.

Une décision perçue comme un « aveu de culpabilité »

Dans sa réaction officielle, le gouvernement a vivement critiqué l’attitude d’Alger, la qualifiant de « négation de la justice internationale » et de « fuite en avant ». Selon les autorités, ce refus traduit « le mépris de la junte algérienne pour la légalité internationale » et constitue « un aveu implicite de culpabilité ».

Le communiqué va plus loin, accusant Alger de soutenir certains groupes extrémistes opérant dans le Sahel. « Plutôt que de répondre aux faits documentés, le régime algérien choisit les invectives pour tenter de masquer ses liens avec des chefs terroristes, notamment ceux visés par l’appareil détruit », affirme le texte.

Des relations de plus en plus tendues

Cette affaire s’inscrit dans un contexte de relations déjà dégradées entre les deux pays. Bamako reproche depuis plusieurs mois à Alger d’intervenir dans ses affaires intérieures, notamment en tentant de relancer un dialogue politique avec les groupes armés signataires de l’accord de 2015 sans concertation.

Ce climat de méfiance grandissant s’ajoute à un contexte régional particulièrement fragile, alors que les groupes armés multiplient leurs attaques dans les zones frontalières. Avec plus de 1 300 kilomètres de frontière commune, la coopération sécuritaire entre les deux pays reste pourtant un élément clé de la stabilité régionale.

Un appel à la coopération régionale

Malgré la fin de la procédure devant la CIJ, le gouvernement réaffirme sa détermination à défendre l’intégrité du territoire et à garantir la sécurité nationale. Sous l’autorité du président de la Transition, le général Assimi Goïta, il assure qu’« aucun effort ne sera ménagé pour assurer la paix, la stabilité et le développement durable ».

Le communiqué appelle enfin les autorités algériennes à « mettre un terme à leurs ingérences » et à « travailler de bonne foi pour la sécurité collective et la stabilité régionale ». Dans un Sahel de plus en plus exposé aux menaces transnationales, Bamako considère que seule une coopération sincère entre pays voisins permettra d’inverser la tendance.

 

La Haye confirme avoir reçu une plainte du Mali visant l’Algérie

La Cour internationale de Justice (CIJ) a annoncé le 19 septembre 2025 avoir reçu, trois jours plus tôt, une requête introductive d’instance du Mali contre l’Algérie. Le différend porte sur la destruction alléguée d’un drone de reconnaissance malien dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, au nord du territoire malien.

Selon Bamako, la plainte a été transmise dès le 4 septembre. Les autorités maliennes soutiennent que l’acte imputé aux forces algériennes constitue une violation flagrante du principe de non-recours à la force, un acte d’agression au regard de la résolution 3314 de l’Assemblée générale des Nations unies, et une atteinte aux textes fondateurs de l’Union africaine, dont le Pacte de non-agression et de défense commune adopté en 2005.

Le 13 septembre, le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf a formellement démenti l’existence de cette plainte, affirmant qu’aucune notification officielle n’avait été adressée à son pays par la CIJ. Ce déni s’explique par le décalage entre la date avancée par Bamako et la date effective d’enregistrement confirmée par le greffe. Le 16 septembre, la Cour a formellement accusé réception de la requête et en a donné publicité trois jours plus tard.

La CIJ a précisé que la requête malienne est transmise à l’Algérie conformément à l’article 38, paragraphe 5, de son Règlement. Elle ne sera pas inscrite au rôle général de la Cour tant qu’Alger n’aura pas accepté sa compétence pour ce différend. Aucune procédure ne pourra donc débuter sans un consentement exprès du gouvernement algérien, qui continue de nier toute implication dans la destruction de l’appareil.

L’affaire s’inscrit dans un contexte de tensions bilatérales persistantes, marqué par des désaccords sur la médiation algérienne dans le processus de paix au Mali et par la fragilité sécuritaire des zones frontalières. Elle illustre aussi les limites du règlement judiciaire des différends lorsqu’une partie refuse la compétence de la juridiction internationale.

Ce type de contentieux n’est pas inédit à La Haye. En 1984, le Nicaragua avait saisi la CIJ contre les États-Unis pour des opérations militaires sur son territoire, affaire dans laquelle la Cour s’était déclarée compétente. En 1999, la République démocratique du Congo avait porté plainte contre l’Ouganda pour occupation de son sol, obtenant une condamnation en 2005. À l’inverse, la Géorgie n’avait pas vu sa requête contre la Russie prospérer en 2008, faute de base suffisante pour établir la compétence de la Cour. Ces précédents rappellent que l’issue dépendra avant tout de la position d’Alger, seule habilitée à reconnaître ou non la compétence de la CIJ dans cette affaire.

 

CIJ : que peut espérer Bamako face à Alger ?

Le Mali a saisi la Cour internationale de justice le 4 septembre 2025 après la destruction d’un drone militaire près de Tinzaouaten. Cette démarche traduit un recours inédit au droit international dans un différend sensible avec l’Algérie. Mais elle soulève une question centrale : la Cour est-elle compétente pour trancher une telle affaire et que peut réellement espérer Bamako au terme de cette procédure ?

Les autorités maliennes accusent Alger d’un acte d’agression portant atteinte à leur souveraineté et en violation des principes de la Charte des Nations unies, notamment de l’interdiction du recours à la force. La requête s’appuie explicitement sur l’article 2, paragraphe 4, qui prohibe le recours à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance d’un État. Bamako invoque également la résolution 3314 de l’Assemblée générale des Nations unies de 1974, qui définit juridiquement la notion d’agression.
La compétence en question
Mais invoquer la Charte ne suffit pas à établir la compétence de la Cour. Selon l’article 24 de la Charte, c’est au Conseil de sécurité qu’incombe la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. La Cour internationale de justice, de son côté, joue un rôle strictement juridique et ne peut trancher que les différends pour lesquels les États acceptent sa juridiction, comme le prévoit l’article 36 de son Statut. Elle n’a pas de pouvoir automatique pour connaître des violations alléguées de la Charte, ni de moyens propres pour contraindre les États à exécuter ses arrêts. Or, l’Algérie n’a pas reconnu la juridiction obligatoire de la CIJ. En l’absence de traité applicable liant les deux pays ou d’un accord ad hoc, Alger pourra soulever une exception d’incompétence et empêcher l’examen du fond.
Ce choix procédural s’éclaire à la lumière du précédent de 2022, lorsque le Mali avait saisi le Conseil de sécurité pour dénoncer des « actes d’agression » attribués à la France, l’accusant de violations répétées de son espace aérien et même de soutien aux groupes jihadistes. Cette plainte, transmise dans une lettre officielle au président du Conseil alors dirigé par la Chine, n’avait pas donné de suite, illustrant la dimension éminemment politique de cet organe et les blocages liés aux vetos des membres permanents. C’est sans doute pour éviter une nouvelle impasse que Bamako a choisi de recourir à la CIJ, afin de déplacer le différend sur le terrain juridique et d’obliger Alger à se défendre devant une instance judiciaire mondiale.
Si la Cour accepte d’examiner la requête, la procédure suivra plusieurs étapes. Le Mali présentera ses arguments dans une phase écrite, l’Algérie pourra répondre et soulever des objections, puis des audiences publiques permettront aux juges d’entendre les deux parties. Dans l’intervalle, la Cour pourra ordonner des mesures conservatoires pour prévenir toute aggravation du différend, par exemple en demandant aux deux États de s’abstenir de tout acte de nature à intensifier le conflit. Le jugement final, qui pourrait intervenir dans plusieurs années, aurait une valeur obligatoire en droit international, mais son exécution dépendrait de la volonté des parties, la Cour n’ayant aucun moyen de coercition propre.
Des précédents instructifs
Les précédents confirment que la compétence est le nœud du problème. Dans l’affaire Nicaragua c. États-Unis (1984), la Cour s’était déclarée compétente mais Washington avait refusé d’exécuter le jugement. L’Ukraine a, en revanche, pu obtenir en 2019 que la CIJ examine ses plaintes contre la Russie en invoquant des conventions spécifiques ratifiées par les deux pays, sur le financement du terrorisme et la discrimination raciale. En Afrique, le Burkina Faso et le Mali avaient conjointement saisi la CIJ en 1986 pour un différend frontalier, ce qui avait permis un règlement pacifique. Plus récemment, en 2021, la Somalie et le Kenya ont vu la Cour trancher leur litige maritime. La Gambie a également porté plainte contre le Myanmar en 2019 pour violation de la Convention sur le génocide, démontrant qu’un État africain peut utiliser la CIJ pour défendre une cause au niveau mondial.
Des leviers envisageables
Si Bamako veut néanmoins donner toutes ses chances à cette requête, plusieurs leviers sont envisageables. Le premier est de fonder la compétence de la Cour sur un instrument juridique précis, qu’il s’agisse d’un traité multilatéral ratifié par les deux pays comportant une clause attributive, ou d’un compromis spécial conclu entre les parties, même si ce dernier paraît difficile dans le climat actuel. Le Mali pourrait aussi orienter sa démarche vers des demandes plus réalistes, comme l’obtention de mesures conservatoires visant à prévenir tout nouvel incident, plutôt que d’attendre immédiatement une condamnation au fond. Pour convaincre, il lui faudra présenter des preuves techniques et irréfutables de l’incident, notamment l’immatriculation et la trajectoire du drone, ainsi que le lieu exact où il a été détruit. Enfin, le succès de cette initiative dépendra aussi du soutien diplomatique que Bamako saura mobiliser, en particulier auprès de l’Union africaine, de la CEDEAO et des partenaires internationaux, afin que la portée de sa démarche dépasse le simple symbole.
Dans le cas malien, l’absence de reconnaissance de compétence par l’Algérie reste un obstacle majeur. Mais la portée symbolique et politique de la démarche est indéniable. Elle illustre la volonté de Bamako d’internationaliser son différend avec Alger après l’expérience infructueuse du Conseil de sécurité et de tester la capacité de la justice mondiale à arbitrer un conflit directement né sur le continent africain.

Bamako choisit la voie judiciaire face à l’Algérie

Le gouvernement malien saisit aujourd’hui la Cour internationale de Justice contre Alger après la destruction d’un drone de reconnaissance dans la zone frontalière de Tinzaouatène. La démarche accentue une crise diplomatique déjà vive entre les deux pays.

Le gouvernement de transition annonce ce jeudi 4 septembre avoir introduit une requête devant la Cour internationale de Justice. La procédure fait suite à l’abattage, dans la nuit du 31 mars au 1er avril, d’un drone de reconnaissance malien immatriculé TZ-98D dans la localité de Tinzaouatène, au nord du pays.

Bamako accuse Alger d’avoir agi de manière préméditée et qualifie l’incident d’agression contraire au droit international. Les autorités rappellent qu’elles avaient demandé dès le 6 avril aux responsables algériens de fournir des preuves de la prétendue intrusion de l’appareil dans leur espace aérien, une requête restée sans réponse.

Selon le gouvernement malien, la destruction du drone visait à entraver les opérations militaires contre les groupes armés actifs dans la région. Il va plus loin en dénonçant une collusion entre Alger et certains mouvements terroristes, accusation réitérée depuis plusieurs mois.

L’Algérie défend une version différente. Ses autorités affirment que l’appareil a franchi la frontière de plusieurs kilomètres et justifient son interception par des impératifs de sécurité nationale.

L’affaire provoque déjà des retombées diplomatiques. Le Mali a rappelé son ambassadeur à Alger et fermé son espace aérien aux avions algériens. L’Algérie a répliqué en rappelant son propre représentant et en prenant les mêmes mesures. Ces tensions prolongent la dégradation des relations bilatérales, amorcée depuis le retrait du Mali de l’accord de paix signé à Alger en 2015.

En saisissant la Cour internationale de Justice, Bamako entend replacer le contentieux sur le terrain du droit. La juridiction devra d’abord se prononcer sur la recevabilité de la plainte avant d’examiner le fond du dossier, une procédure qui pourrait s’étaler sur plusieurs mois.

Algérie–Mali : Tebboune propose une médiation sous conditions

Le président algérien a affirmé que son pays était prêt à faciliter un dialogue entre Bamako et les rebelles du nord si les autorités maliennes en faisaient la demande. Il a en parallèle réitéré son opposition à toute présence de mercenaires à la frontière. Ces déclarations interviennent alors que le Mali a rompu l’accord d’Alger de 2015 et relancé les hostilités contre les groupes armés du nord, qu’il accuse de terrorisme.

Dans un climat de violence renouvelée dans le nord malien, le président Abdelmadjid Tebboune a clarifié la position de son pays, en mélangeant fermeté et ouverture. « Nous ne voulons pas de mercenaires à nos frontières », a-t-il lancé le 18 juillet, visant directement la présence de Wagner et d’Africa Corps aux côtés des forces maliennes. Et d’ajouter : « Nous sommes prêts à faciliter un dialogue entre Bamako et les rebelles, mais à condition que les autorités maliennes en fassent la demande ».
Ces mots résonnent alors que l’armée malienne affronte depuis des mois les ex‑signataires de l’accord d’Alger, désormais regroupés au sein du Front de libération de l’Azawad (FLA). Ces anciens partenaires du processus de paix sont aujourd’hui qualifiés de « terroristes » par Bamako, qui a engagé des poursuites judiciaires contre leurs responsables. Cette évolution intervient après la dénonciation, en janvier 2024, de l’accord de paix et de réconciliation issu du processus d’Alger, que Bamako jugeait « inapplicable » et « instrumentalisé ».
Signé en 2015 sous l’égide de l’Algérie et soutenu par la communauté internationale, l’accord visait à stabiliser durablement le septentrion malien grâce à une décentralisation, une meilleure représentation des populations et la réintégration des combattants. Pendant des années, il a permis d’éviter une guerre ouverte, mais n’a jamais été pleinement appliqué.
Depuis sa dénonciation par Bamako, les hostilités se sont intensifiées. Aux Nations unies comme à l’Organisation de la coopération islamique, des diplomates maliens ont accusé Alger d’abriter et de soutenir des responsables qu’ils considèrent aujourd’hui comme « terroristes ». Ces accusations ont été accompagnées d’une série d’incidents, dont l’abattage par l’armée algérienne d’un drone malien à la frontière en avril 2025, que Bamako a qualifié de « provocation ». Alger, de son côté, affirme qu’il s’agissait d’une réponse légitime à une violation de son espace aérien.
Dialogue conditionné, frontières sanctuarisées
Pour l’Algérie, la ligne reste inchangée en indiquant ne tolérer aucune intrusion de mercenaires, mais un dialogue reste possible si le Mali le sollicite. « La solution est politique, pas militaire, mais elle doit être décidée par les Maliens », répète Tebboune, rappelant la doctrine algérienne de non‑ingérence. Dans un communiqué d’avril 2025, Alger estime que le recours aux sociétés militaires étrangères était une erreur stratégique.
Sur le terrain, la multiplication des incidents — drones abattus, échanges d’accusations diplomatiques — illustre la détérioration des relations. Pourtant, les deux pays affirment être favorables au dialogue. Selon Tebboune, « la seule voie de sortie est celle d’une réconciliation entre frères, et l’Algérie peut aider, si elle est appelée à le faire ».
Méfiance persistante et avenir incertain
Dans cette relation ambiguë, Bamako se montre méfiant envers un voisin perçu tantôt comme partenaire, tantôt comme rival, tandis qu’Alger défend sa posture d’intermédiaire légitime dans la crise malienne. Pour les autorités maliennes, maintenir leur autonomie et leur stratégie sécuritaire actuelle est devenu une priorité pour assurer son intégrité territoriale. Pour l’Algérie, éviter la contagion des conflits à ses frontières est un impératif vital.
Le dilemme est désormais posé entre renouer le fil du dialogue sur la base de l’accord d’Alger, ou continuer à miser sur une solution militaire. La main algérienne reste tendue, mais la méfiance grandit des deux côtés, dans une région où la stabilité apparaît chaque jour plus fragile.

OCI: le Mali recadre l’Algérie devant les parlements islamiques

Lors de la 19e conférence parlementaire de l’OCI, Bamako a accusé Alger d’ingérence et de soutien à des déstabilisateurs. Une confrontation qui révèle une fracture diplomatique entre deux voisins historiques.

Du 12 au 15 mai 2025, les regards diplomatiques étaient tournés vers Jakarta, en Indonésie, où se tenait la 19e session de l’Union parlementaire des États membres de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI). Un rendez-vous destiné à promouvoir la coopération entre parlements musulmans sur des enjeux tels que la paix, la solidarité et le développement. Mais au lieu d’un consensus fraternel, la session a été marquée par un affrontement verbal d’une rare intensité entre les représentants du Mali et de l’Algérie.
Prenant la parole à la tribune, le chef de la délégation malienne n’a pas mâché ses mots. Dans un discours tranchant, il a dénoncé “les attitudes ambivalentes et les interférences étrangères qui sapent la souveraineté et la stabilité du Mali.” Sans citer directement l’Algérie dans les premiers instants, le diplomate malien a rapidement levé l’ambiguïté en évoquant “des pays qui offrent protection et relais diplomatiques à des acteurs connus pour leurs visées subversives contre les autorités de la transition.” L’assistance, saisie par la gravité du ton, a vite compris que la cible était Alger.
Une réplique algérienne immédiate et indignée
Faisant usage de son droit de réponse, le représentant algérien s’est dit “profondément choqué par les insinuations et accusations graves proférées contre un pays frère qui n’a jamais cessé de prôner la paix et le dialogue au Sahel.” Il a rappelé l’engagement de longue date de l’Algérie dans les mécanismes de médiation régionaux et rejeté toute implication dans des actions hostiles au Mali.
Mais la tension était déjà installée. Le ton, d’habitude feutré des grandes conférences islamiques, a laissé place à une joute publique inhabituelle, révélatrice d’un contentieux diplomatique plus ancien. Car derrière cet échange se profilent des désaccords profonds sur la gestion du dossier sécuritaire malien, les acteurs légitimes du dialogue, et les alliances nouvelles nouées par Bamako depuis 2022.
En filigrane, les autorités de la transition reprochent à Alger une certaine complaisance à l’égard d’exilés politiques et de figures contestées du régime déchu. Dans les cercles diplomatiques maliens, la gêne est ancienne, mais cette fois-ci, la parole s’est libérée, dans un cadre multilatéral où chaque mot pèse double.
Jakarta, catalyseur d’un repositionnement diplomatique malien ?
Ce qui s’est produit à Jakarta n’est pas anodin. Il traduit un changement de posture du Mali sur la scène internationale. En effet, fini les formules prudentes, place à une diplomatie affirmée, offensive, et surtout alignée sur une logique de rupture avec certaines traditions jugées contre-productives.
Les autorités de Bamako, confortées par un soutien populaire autour de la souveraineté nationale, n’hésitent plus à nommer ce qui auparavant relevait de la coulisse. Ce nouvel équilibre, revendiqué, s’exprime désormais même dans des forums autrefois consensuels comme celui de l’OCI.
La déclaration finale du sommet, peu fournie sur cette tension particulière, n’a pas refermé le dossier. Au contraire, Jakarta aura servi de révélateur à une recomposition régionale dans laquelle le Mali entend peser, quitte à heurter certains partenaires historiques.

Drone malien abattu : Alger et Bamako au bord de la rupture

La destruction d’un drone malien à la frontière algérienne, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, a ravivé une tension déjà vive entre les deux voisins. Rappel des ambassadeurs, retrait du CEMOC, fermeture de l’espace aérien, jamais l’escalade n’avait atteint un tel niveau de dégradation. Bamako accuse Alger d’actes hostiles, sur fond de divorce politique entamé depuis 2022.

L’affaire du drone malien de type Akıncı, abattu près de Tinzaouatène, a provoqué une onde de choc diplomatique entre le Mali et l’Algérie. L’appareil, selon Bamako, n’avait pas franchi la frontière alors que, pour Alger, il s’agissait d’une violation caractérisée de son espace aérien. Cet épisode a déclenché une cascade de décisions. En effet, le Mali a fermé son espace aérien en réponse à une décision similaire de l’Algérie, s’est retiré du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC) basé à Tamanrasset et a saisi le Conseil de sécurité des Nations unies.

La réaction des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) a été partagée. Si les ambassadeurs du Niger et du Burkina Faso ont été rappelés, ces pays n’ont pas suivi le Mali dans la fermeture de leur espace aérien. De plus, le Niger, en particulier, est resté dans le CEMOC, soulignant des divergences stratégiques au sein de l’alliance sahélienne.

Au-delà de l’incident, c’est l’accumulation de tensions depuis 2022 qui a mené à cette situation. En janvier 2024, Bamako a officiellement dénoncé l’Accord d’Alger signé en 2015, reprochant à l’Algérie d’héberger des figures jugées hostiles à la Transition, comme l’Imam Mahmoud Dicko ou certains responsables de l’ex-CMA, aujourd’hui regroupés sous la bannière du FLA. Des accusations de complaisance avec des groupes armés sévissant au Mali circulent, alimentant une méfiance persistante.

Les joutes diplomatiques ont franchi un seuil inédit lorsqu’elles se sont invitées à la tribune du Conseil de sécurité. Le Mali y a évoqué des actes de déstabilisation, tandis qu’Alger a dénoncé des « dérives » et mis en garde contre l’escalade. En parallèle, les autorités maliennes ont renforcé leurs liens avec Moscou et Ankara, tout en affichant un rapprochement politique avec Rabat, notamment autour de l’Initiative royale pour l’accès à l’océan Atlantique.

Coopération bilatérale forte désormais suspendue

Longtemps considérée comme un pilier de la stabilité régionale, la coopération entre le Mali et l’Algérie s’articulait autour de plusieurs axes tels que la sécurité, l’éducation, l’économie, la diplomatie… Cette architecture s’est progressivement effondrée.

Sur le plan sécuritaire, l’Algérie jouait depuis les années 1990 un rôle de médiateur entre Bamako et les groupes armés du Nord. Elle a parrainé successivement les accords de Tamanrasset (1991), le Pacte national (1992), l’accord de 2006, puis celui de 2015. Ce dernier, soutenu par l’ONU, a longtemps été le socle de la paix fragile dans le Septentrion malien. Sa dénonciation par le Mali en 2024 a marqué un tournant stratégique.

La Commission mixte Mali – Algérie, autrefois moteur du dialogue bilatéral, est aujourd’hui inactive. Les réunions conjointes sur la sécurisation des 1 329 km de frontière commune sont suspendues. Le corridor transsaharien qui facilitait jadis les échanges militaires et humanitaires – notamment l’acheminement des équipements russes depuis 2021 – est désormais fermé.

Les échanges commerciaux, eux aussi, sont en chute libre. De 67 millions de dollars en 2016, leur volume est tombé à environ 22 millions en 2024, selon des données algériennes. Les prévisions pour 2025 évoquent moins de 10 millions. Les postes frontaliers sont de plus en plus inactifs et les projets transfrontaliers, comme le développement des infrastructures dans la zone de Bordj Badji Mokhtar, sont gelés.

Seule la coopération éducative est encore fonctionnelle. L’Algérie a accordé 825 bourses aux étudiants maliens pour l’année universitaire 2023 – 2024, contre seulement 200 en 2022 – 2023. Ces étudiants sont répartis entre Alger, Tizi Ouzou, Oran, Béjaïa, Batna, Blida, Biskra et Mostaganem, avec des filières prioritaires comme les sciences de l’ingénieur, la médecine, l’économie, l’agronomie et le droit. Aucun incident diplomatique n’est venu perturber cette coopération universitaire, qui reste l’un des derniers canaux de contact entre les deux pays.

Sur le plan militaire, des officiers maliens poursuivent toujours des formations dans les académies algériennes, notamment à Cherchell. Le nombre de stagiaires varie de 10 à 20 par an, selon des estimations diplomatiques. Là aussi, aucune décision officielle n’a mis fin à ces programmes, bien qu’ils soient devenus plus discrets.

Enfin, la présence humaine reste importante. Des milliers de Maliens vivent en Algérie, en particulier dans les zones sahariennes comme Tamanrasset. Si certaines tensions migratoires ont été signalées, aucun refoulement massif n’a été confirmé récemment. Les relations humaines et commerciales entre populations locales, notamment à travers la transhumance et les marchés transfrontaliers, restent actives à petite échelle, bien que fragilisées.

La crise énergétique s’invite

Depuis l’escalade des tensions, plusieurs régions du nord du Mali, notamment Kidal, Gao et Ménaka, font face à une aggravation de la crise logistique et énergétique. L’un des signes les plus frappants de cette dégradation est l’augmentation spectaculaire des prix des produits de première nécessité, en particulier du carburant.

Selon plusieurs sources locales, le litre d’essence est désormais vendu 2 000 francs CFA contre environ 1 000 francs quelques semaines plus tôt. Cette hausse est attribuée à la raréfaction de l’approvisionnement depuis la fermeture du corridor transsaharien. Les camions en provenance d’Algérie, souvent porteurs de produits essentiels, sont désormais bloqués et les circuits d’approvisionnement informels sont asphyxiés.

La situation a des effets en cascade comme la raréfaction des transports, la hausse des prix des denrées alimentaires, l’effondrement de l’activité commerciale dans les marchés hebdomadaires, l’exode temporaire de certaines populations vers des zones plus accessibles. Des ONGs évoquent un risque de crise humanitaire silencieuse si la situation persiste.

Réalignement géopolitique et déséquilibres internes

Le durcissement de la posture diplomatique malienne traduit un repositionnement stratégique assumé. Le pays a tourné le dos à la CEDEAO, au G5 Sahel, à Barkhane et à la Minusma pour privilégier des partenaires comme la Russie, la Turquie ou le Maroc. Ce virage, qualifié de souverainiste par les autorités, est perçu par certains comme une forme d’isolement diplomatique risqué, surtout dans un contexte régional instable.

L’Algérie, quant à elle, maintient une diplomatie prudente, multilatérale et conserve un rôle majeur dans les enceintes comme l’Union africaine ou l’ONU. Son retrait des affaires maliennes, volontaire ou contraint, pourrait désorganiser les processus de paix dans le nord du Mali et rendre les acteurs armés non étatiques plus libres de leurs mouvements.

Certains analystes sont convaincus que la rupture actuelle pourrait n’être que  temporaire. Des canaux indirects – notamment via l’Union africaine ou certains pays intermédiaires comme la Russie ou la Chine – pourraient servir de ponts pour une reprise du dialogue. Le maintien de certaines coopérations techniques (bourses, formations, diaspora) est souvent perçu comme une soupape de sécurité permettant d’éviter une rupture totale.

Les relations entre le Mali et l’Algérie sont au plus bas, le dialogue est gelé, la confiance brisée et les mécanismes de coopération suspendus. Pourtant, les deux pays restent liés par la géographie, l’histoire, les communautés et des défis communs tels que le terrorisme, les migrations, la circulation des armes et l’économie frontalière.

La fracture actuelle reflète autant une crise bilatérale qu’un changement profond dans les équilibres géopolitiques du Sahel. Pour que la dynamique bilatérale reparte, il faudra un signal fort, une volonté réelle d’apaisement et probablement l’implication de médiateurs extérieurs. En attendant, la crise du drone restera comme le symbole d’un divorce malien-algérien plus large qu’un simple incident militaire.

Massiré Diop

Crise Mali – Algérie : Le Sahel à l’épreuve d’une nouvelle fracture

L’incident du 1er avril 2025 entre le Mali et l’Algérie, marqué par la destruction d’un drone malien par les forces algériennes, a plongé les deux pays dans une crise diplomatique majeure. L’appareil, immatriculé TZ-98D, s’est écrasé à Tinzawatène, dans la région de Kidal, à environ 10 kilomètres au sud de la frontière. Bamako affirme que le drone n’a jamais quitté son espace aérien. Alger soutient au contraire qu’il a violé son territoire sur près de deux kilomètres.

Pour Bamako, les données de vol et l’enregistrement des coordonnées confirment que l’appareil a été abattu alors qu’il survolait encore le territoire malien, en mission de reconnaissance face à une menace terroriste. Trois jours après les faits, l’Algérie n’avait pas produit les preuves techniques réclamées. Le gouvernement malien évoque un acte d’agression prémédité, soulignant que le drone aurait pu permettre de neutraliser des cibles à haut risque.

En réaction, le Mali a convoqué l’ambassadeur d’Algérie à Bamako, protesté officiellement et pris trois mesures fortes : le retrait immédiat du Comité d’État-major Opérationnel Conjoint (CEMOC), le dépôt d’une plainte devant les instances internationales et la fermeture de son espace aérien à tous les vols en provenance ou à destination de l’Algérie. Celle-ci avait pris une mesure équivalente un peu plus tôt dans la même journée.

La Confédération des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, a exprimé son soutien total au Mali. Dans son communiqué, le Collège des Chefs d’État a qualifié la destruction du drone d’attaque contre l’ensemble de l’espace confédéral. Il a rappelé ses ambassadeurs accrédités à Alger, dénonçant une tentative de déstabilisation. L’Algérie, en retour, a rappelé ses ambassadeurs à Bamako et Niamey, tout en différant la prise de fonction de son diplomate à Ouagadougou.

Ce nouvel épisode marque une rupture. Pourtant, en mars dernier,  la prise de fonction de Mohamed Dolo comme  nouvel  ambassadeur du Mali à Alger avait été perçue comme un signal d’apaisement après plusieurs mois de brouille. Cette tentative de normalisation semble aujourd’hui caduque.

Les tensions entre les deux pays ne datent pas d’hier. L’accueil réservé à l’Imam Dicko en Algérie en 2022 puis les critiques maliennes sur le rôle d’Alger dans l’Accord de paix de 2015 avaient déjà fissuré la confiance. Le retrait officiel du Mali de cet Accord en janvier 2024 a marqué un tournant. Bamako accuse désormais Alger d’abriter et de soutenir indirectement certains groupes armés, notamment dans le nord du Mali.

Le retrait du CEMOC est aussi un symbole fort. Cette structure, basée à Tamanrasset et regroupant l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie, visait à renforcer la coordination militaire face aux menaces transfrontalières. Même si le CEMOC était peu actif ces dernières années, son abandon traduit une volonté de rupture stratégique. L’AES semble vouloir redéfinir ses partenariats en matière de sécurité.

Au-delà du CEMOC, d’autres cadres bilatéraux sont aujourd’hui en suspens. Des accords de coopération frontalière aux échanges de renseignements, l’ensemble des mécanismes de coordination pourrait être remis en cause. Or la frontière commune de plus de 1 400 kilomètres est l’une des plus sensibles de la bande sahélo-saharienne. Sans coopération active, la surveillance de cette zone complexe deviendra quasi impossible.

Le soutien unanime de l’AES à Bamako, avec seul le Niger comme membre du CEMOC, illustre un réalignement stratégique. Le Niger, bien que n’ayant pas formellement quitté le comité, se range du côté malien dans cette affaire, ce qui isole davantage Alger dans la région.

Cette crise dépasse donc le simple différend technique. Elle traduit l’échec d’une médiation historique et la montée d’un nouveau pôle sahélien structuré autour d’objectifs sécuritaires communs. Pour Alger, la perte d’influence dans la région est tangible. Pour le Mali, c’est l’affirmation d’une souveraineté sans concession.

À court terme, les perspectives de désescalade semblent faibles. À long terme, la question centrale reste la suivante : une coopération minimale est-elle encore possible entre deux pays liés par l’histoire, la géographie et des défis sécuritaires communs ? Car une rupture totale, dans un environnement régional aussi fragile, risque de créer un vide dont seuls les groupes armés tireront profit.

Massiré Diop

Tensions diplomatiques : Le Mali et l’Algérie au bord de la rupture ?

Une nouvelle fois, le Mali et l’Algérie traversent une crise diplomatique sans précédent, amplifiée par des accusations de soutien au terrorisme portées par Bamako à l’encontre d’Alger.

Dans un communiqué diffusé ce mercredi 1er janvier 2025, le ministère malien des Affaires étrangères a dénoncé les déclarations du ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, les qualifiant d’ »ingérence flagrante ». Cette réaction intervient après une année marquée par des tensions croissantes, notamment la convocation mutuelle des ambassadeurs en décembre 2023, suivie de leur rappel par leurs gouvernements respectifs.

Les récents propos d’Ahmed Attaf, selon lesquels « le conflit au Mali nécessite une solution politique et non militaire », ont été perçus comme une critique directe de la stratégie malienne. Bamako accuse Alger de favoriser les groupes armés terroristes en leur offrant un soutien logistique et en cherchant à s’ingérer dans les affaires internes du Mali.

Dans un précédent communiqué, en janvier 2024, le Mali avait déjà pointé du doigt la « proximité et la complicité » de l’Algérie avec les groupes armés. Cette accusation revient aujourd’hui avec plus d’intensité, alors que les autorités maliennes soulignent leur détermination à lutter contre le terrorisme dans un cadre souverain et en coopération avec la Confédération AES.

Une présidence algérienne au Conseil de sécurité de l’ONU

Dans ce contexte tendu, l’Algérie a succédé aujourd’hui, 2 janvier 2025, aux États-Unis à la présidence tournante du Conseil de sécurité de l’ONU. Alger a déclaré vouloir faire de l’Afrique et du monde arabe ses priorités, notamment dans les domaines de la paix et de la sécurité. Ce positionnement pourrait peser sur la crise actuelle, l’Algérie cherchant à jouer un rôle de médiateur influent dans la région.

Une divergence de visions stratégiques

Cette crise diplomatique reflète des désaccords profonds sur la gestion de la sécurité dans la région sahélienne. Alors que l’Algérie plaide pour des solutions politiques, le Mali, appuyé par la Confédération AES, privilégie une stratégie militaire coordonnée pour restaurer la stabilité.

Bamako accuse Alger d’être un « pompier-pyromane » qui, tout en prônant le dialogue, soutiendrait en sous-main les groupes armés. Les autorités maliennes affirment n’avoir « aucune leçon à recevoir » en matière de lutte contre le terrorisme et appellent l’Algérie à résoudre ses propres crises internes, notamment la question de la Kabylie.

Un risque de rupture totale

À mesure que les accusations s’intensifient, une rupture complète des relations diplomatiques entre les deux pays semble de plus en plus envisageable. Cette crise pourrait également affecter les efforts régionaux contre le terrorisme, alors que le Sahel reste une zone de grande instabilité.

Le Mali, toutefois, réaffirme son ouverture au dialogue à condition que l’Algérie respecte pleinement sa souveraineté. Bamako insiste sur la poursuite de son combat contre le terrorisme en partenariat avec ses alliés régionaux et internationaux.

Alors que l’Algérie prend la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU, ses priorités en Afrique et au sein du monde arabe pourraient influer sur les dynamiques régionales. Pour le Mali, cette période marque un tournant dans ses relations diplomatiques, entre tensions avec Alger et rapprochement avec ses partenaires de la Confédération AES.

La gestion de cette crise pourrait redéfinir les équilibres stratégiques dans la région sahélienne, alors que les deux nations s’affirment dans des visions de sécurité divergentes.

 

 

Mali – Algérie : Jusqu’où ira la discorde ?

Déjà tendues depuis plusieurs mois, les relations entre le Mali et l’Algérie continuent de se dégrader. Nouveau sujet de crispation entre les deux voisins, les frappes de drones menées le 25 août dernier par l’armée malienne à Tinzawatène.

Le 26 août, au lendemain de ces frappes de drones, Amar Bendjama, le représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations Unies, a appelé depuis la Suisse, lors de la table-ronde sur les 75 ans de la Convention de Genève sur le droit de la guerre, à « mettre un terme aux violations des armées privées utilisées par certains pays ».

Le diplomate algérien, qui a également déploré des victimes civiles de ces frappes et réclamé à l’ONU des sanctions contre les auteurs de ces « exactions », faisait allusion à la présence de partenaires russes aux côtés de l’armée malienne. « En Conseil de sécurité et à l’Assemblée générale, nous essayons de trouver une formule concernant ces agissements et les sanctions qui en découleraient », a-t-il indiqué.

La réplique de Bamako ne s’est pas faite attendre. Dans une déclaration, le 30 août  lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la fourniture d’armes par les pays occidentaux à l’Ukraine, le Représentant permanent du Mali auprès des Nations Unies, Issa Konfourou, a accusé M. Bendjama d’avoir fait une affirmation « aussi grave qu’infondée », sur la base de « simples allégations de presse », et de se muer en « relais de la propagande terroriste dans notre région ».

« Je rappelle à mon collègue algérien que les forces de défense et de sécurité du Mali sont des forces professionnelles, qui mènent une lutte implacable contre les groupes terroristes dans le respect strict des droits de l’Homme et du droit international humanitaire pour libérer notre territoire et pour protéger les populations et les biens », a clamé l’ambassadeur malien.

Difficile décrispation

Depuis cette passe d’armes entre le Mali et l’Algérie à la tribune des Nations Unies, les deux pays n’ont plus affiché de positions tranchées dans la brouille qui les oppose depuis de longs mois. Mais l’heure est loin d’être à la décrispation entre Bamako et Alger. Signe des relations toujours dégradées entre les deux voisins, le Président de la Transition malien n’a jusqu’à présent pas adressé de message de félicitations au Chef de l’État algérien, Abdelmadjid Tebounne, réélu le dimanche 8 septembre dernier à la tête de l’Algérie pour un nouveau mandat.

Selon un analyste géopolitique spécialiste des questions sécuritaires au Sahel qui a requis l’anonymat, les relations entre le Mali et l’Algérie ne peuvent pas se normaliser tant que les deux pays sont dans une approche totalement opposée sur la gestion de la crise sécuritaire au Nord du Mali.

« Il faut s’attendre à une stagnation de la situation entre les deux pays. Je ne vois pas d’évolution allant dans le sens d’une décrispation, parce que d’un côté l’Algérie, qui était garante de l’Accord de paix devenu caduc, est toujours dans une posture de solutions négociées avec les rebelles touaregs, alors que de l’autre le Mali, qui taxe ces rebelles de terroristes, est plus que jamais engagé à les neutraliser dans la guerre », estime-t-il.

Mais pour notre interlocuteur, malgré cette différence de fond, les deux pays voisins n’ont pas intérêt et n’iront pas vers la rupture diplomatique. « Je pense que les autorités des deux pays n’iront pas au-delà des déclarations, du moins dans l’immédiat. Il se peut qu’un nouvel incident change la donne à l’avenir, mais je reste persuadé qu’une rupture diplomatique n’est envisagée d’aucun côté ».

En décembre dernier, les deux pays avaient rappelé pour consultation leurs différents ambassadeurs après que le Mali ait protesté contre l’invitation en Algérie de rebelles du CSP-PDA. Mais, après quelques semaines, les diplomates avaient regagné leurs postes dans les deux capitales.

Mohamed Kenouvi

FAMa : les dépenses militaires ont explosé

Selon le rapport annuel de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), dont les données font autorité concernant les dépenses militaires, le Mali a déboursé en 2023 un peu plus de 727 millions de dollars, soit un peu plus de 443 milliards de francs CFA.

Une augmentation de 24,91% par rapport à 2022, durant laquelle les dépenses ont été évaluées à 582 millions de dollars. Outre les achats d’équipements militaires, SIPRI inclut toutes les dépenses publiques pour les forces armées et les activités militaires, y compris les salaires et les avantages sociaux, les frais de fonctionnement, les infrastructures militaires, la recherche et développement, l’administration centrale, le commandement et le soutien.

Depuis ce que les autorités nomment « la rectification » de la Transition, plusieurs équipements militaires ont été achetés, sans que leurs coûts ne soient toutefois communiqués. Le Président de la Transition, le Colonel Assimi Goïta, a par exemple reçu le 16 mars 2023 des aéronefs militaires de combats et de surveillance L39 et TB2. Cette remise faisait suite de celle d’une autre vingtaine d’aéronefs, livrés le 19 janvier 2023, et le lancement des travaux de construction du camp moderne de dernière génération de Bougouni, dont la pose de la première pierre a eu lieu le 14 mars 2023.

D’après un autre rapport de SIPRI paru en 2023, sur la période 2018 – 2022, la plus forte hausse des importations d’armes au sud du Sahara a été enregistrée au Mali. Plus de 210% en comparaison avec les cinq années précédentes. La Russie a été le principal fournisseur du Mali au cours de cette période. Mais le Mali s’approvisionne aussi auprès d’autres pays, notamment la Turquie, avec des drones TB2 qui font partie des fleurons en la matière. Le gouvernement en a réceptionné une vingtaine le 4 janvier dernier. Ce qui fait aussi le succès de ce drone, outre son utilisation très simple, est son prix. Selon le site spécialisé Fortune.com, il est estimé à 1 million de dollars pièce, soit un peu plus de 618 millions de francs CFA. Même si les dépenses militaires maliennes sont importantes, elles sont loin derrière celles du voisin algérien. Les dépenses militaires de l’Algérie ont augmenté de 76% pour atteindre 18,3 milliards de dollars. Il s’agit du niveau de dépenses le plus élevé jamais enregistré par l’Algérie et cela s’explique en grande partie par une forte augmentation des recettes issues des exportations de gaz vers les pays d’Europe, à mesure que ces derniers se sont éloignés des approvisionnements russes.

Soumaïla Lah : « Rien ne laissait présager des affrontements entre le CSP et le JNIM »

Le CSP et le JNIM se sont affrontés le 6 avril dernier à Nara, occasionnant des pertes des deux côtés. Comment comprendre cet affrontement inédit entre deux groupes que beaucoup d’experts présentaient comme alliés ? Est-ce un tournant ? Soumaïla Lah, Coordinateur national de l’Alliance citoyenne pour la réforme du secteur de la sécurité répond.

Plusieurs sources indiquent des affrontements entre le CSP et JNIM le 6 avril dernier à Nara. Comment l’interpréter ?

Ces affrontements sont difficiles à justifier quand on sait la collusion entre le CSP et le JNIM depuis la suspension par les groupes armés de leur participation à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, sur fond de rétrocession des camps de la MINUSMA. Pour rappel, les deux entités, à plusieurs reprises, ont convergé pour s’opposer à la récupération des camps par les Famas. Pour autant, au regard de l’historique des relations entre elles, ce n’est pas la première fois que des alliances de circonstance sont nouées et dénouées selon le contexte du moment. Cependant, rien ne laissait présager ces affrontements entre le CSP et le JNIM au moment où le contexte est favorable à la logique de la continuité d’une alliance de circonstance. Des différents idéologiques ou territoriaux peuvent justifier ces affrontements. 

Alors que la collusion était avérée entre ces deux groupes, ces affrontements marquent-ils un tournant ?

Absolument, même s’il est difficile pour l’heure d’en déterminer les tenants et les aboutissants. En 2012 déjà, ce type d’alliance avait été scellé pour finalement éclater sur fond de différents idéologiques et sécuritaires irréconciliables. 

Le CSP, dont la base se trouvait au nord, notamment à Kidal, a voulu s’incruster vers Nara? Comment comprendre cette stratégie ? Pourquoi ?

Le CSP n’a plus accès à Kidal depuis un moment. Il a trouvé un point de chute aux  confins de la frontière entre le Mali et l’Algérie. Cette perte de repères, perçue comme un repli stratégique, ouvre forcément la voie à la recherche de nouvelles positions. Nara est stratégique et facilite le transit entre le Mali, la Mauritanie et l’Algérie, mais c’était sans compter sur la volonté du JNIM de ne pas laisser un mouvement, fût-il un allié de circonstance, prendre position dans une zone où il a posé ses bagages depuis un moment, sa zone de confort. 

Nara n’est pas loin de la frontière mauritanienne. Peut-on supposer que des combattants du CSP se réorganisent en Mauritanie plutôt qu’en Algérie ?

Nara constitue aujourd’hui un carrefour et le CSP est à la recherche de zones stratégiques pour se réorganiser. Cette hypothèse n’est donc pas à exclure.

Mahmoud Dicko : après son voyage jugé polémique en Algérie, l’imam s’explique

Dans une vidéo d’une quinzaine de minutes enregistrée le 25 décembre depuis un hôpital à Alger, l’imam Mahmoud Dicko a tenu à se justifier sur son déplacement en Algérie. Le timing du voyage de l’imam Dicko a donné lieu à de nombreuses polémiques et interprétations. Au même moment que lui, se trouvaient aussi en Algérie, les représentants des groupes signataires de l’Accord pour la Paix, qui sont dans une opposition armée avec l’Etat. L’accueil des groupes signataires  n’a pas été du goût de Bamako, qui a convoqué l’ambassadeur algérien en poste au Mali pour protester contre des actes inamicaux. Même si la rencontre entre l’imam Mahmoud Dicko et le président algérien le 20 décembre n’a pas été mentionnée dans le communiqué, plusieurs observateurs estiment qu’elle a été une goutte de trop pour les autorités maliennes dont les relations avec M.Dicko sont tendues. Dans sa vidéo, l’imam Dicko assure avoir décliné à deux reprises une invitation du chef de l’Etat algérien à se rendre en Algérie. Finalement, il affirme que la troisième fois, il a accepté. Faisant le récit de son entretien avec le président algérien, il révèle que ce dernier lui a parlé de la construction de la plus grande mosquée d’Afrique dans son pays, qui en plus d’être un lieu de prière servira aussi de cadre d’échanges aux savants musulmans. « Tu as ta place » lui aurait-il dit.  Le deuxième point de leur rencontre portait sur Kidal. Après la prise par l’armée malienne, le président Abdelmadjid Tebboune a souhaité que les différentes parties reviennent à la table des négociations pour mettre fin aux combats. Cette rencontre selon lui a fortement déplu aux autorités maliennes. « Cela a fait mal à certaines personnes qui en guise de représailles ont convoqué l’ambassadeur algérien pour lui demander des explications sur le fait que le président algérien a reçu un homme hostile à la transition ». Il ajoute « Heureusement qu’il a parlé du bon français car hostile à la transition ne veut pas dire hostile aux autorités de la transition. Je pose la question de savoir : allons-nous rester dans une transition qui ne finira jamais ? ».  L’ancien président du haut conseil islamique assure également que depuis la prise de pouvoir officielle des colonels, il n’en a pas rencontré un seul. « Qu’est-ce qui pourrait être à l’origine de leur hostilité à mon égard » se questionne t-il. « Jamais, je ne serai l’homme qui va trahir le Mali. Si je trahis mon pays, que gagnerais-je en retour ? Où irai-je ? Tout ce que Dieu m’a donné aujourd’hui, c’est grâce au Mali ». Dicko en a aussi profité pour lancer une pique aux Politiques. « Les personnes qui m’ont utilisé pour faire chuter IBK, ont voulu m’utiliser pour s’installer à sa place. Mais je ne l’ai pas accepté. Cela a créé des tensions entre nous ».

Diplomatie : Alger rappelle son ambassadeur du Mali, Bamako applique la réciprocité

La brouille diplomatique entre Bamako et Alger est désormais officielle. Les deux pays ont décidé ce vendredi de rappeler leur ambassadeur respectif en poste pour consultation. C’est l’Algérie qui a la première a rappelé son ambassadeur, le Mali a appliqué la réciprocité quelques heures plus tard. Les relations sont tendues entre les deux voisins depuis quelques jours. L’Algérie a invité des représentants des groupes armés à des discussions sur le processus de paix. Au même moment, l’Imam Mahmoud Dicko, qui entretient des relations difficiles avec les autorités de la transition a été reçu par le président algérien. Le 20 décembre, le chef de la diplomatie malienne a donc convoqué l’ambassadeur d’Algérie au Mali pour protester contre des « actes inamicaux ». Dans la foulée, l’Algérie a aussi appliqué la réciprocité en convoquant l’ambassadeur du Mali, mais les termes employés à l’issue de cette rencontre étaient moins véhéments. L’Algérie est garante de l’Accord pour la Paix, mais est restée silencieuse lors de la reprise des hostilités entre l’armée et la CMA. Elle s’active depuis quelques jours pour tenter de relancer le processus. Cette brouille diplomatique inédite entre les deux pays intervient à un moment où l’armée malienne a procédé à des frappes de drones à Tinzawaten, à la frontière algérienne, neutralisant Hassan Ag Fagaga, une figure de la rébellion touarègue, déserteur de l’armée malienne. Le Mali est aussi invité à prendre part sur invitation du Maroc à une réunion ministérielle de concertation visant à favoriser l’accès des Etats du Sahel à l’Océan Atlantique. Le Maroc et l’Algérie sont depuis plusieurs années des « ennemis ».

Niger : fin de l’ultimatum de la CEDEAO, l’espace aérien fermé

Selon une publication sur le compte officiel des FAMa ce lundi 7 août, le Mali et le Burkina Faso ont envoyé une délégation au Niger conduite par le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale, le Colonel Abdoulaye Maiga. Cette visite intervient alors que l’ultimatum adressé le 30 juillet par la CEDEAO aux militaires pour rétablir dans ses fonctions le président Mohamed Bazoum a expiré hier dimanche. Quelques heures avant la fin de l’ultimatum, le CNSP a annoncé la fermeture de l’espace aérien nigérien face selon eux « face à la menace d’intervention qui se précise à partir des pays voisins ». Le CNSP précise que « toute tentative de violation de l’espace aérien » entraînera « une riposte énergique et instantanée ». Il affirme également qu’un « prédéploiement pour la préparation de l’intervention a été faite dans deux pays d’Afrique centrale », sans préciser lesquels. « Tout Etat impliqué sera considéré comme cobelligérant », ajoute-t-il. Le conseil national pour la défense de la patrie a également lancé un appel aux Nigériens afin de se tenir prêts pour la défense de la patrie. Le même dimanche, près de 30 000 personnes se sont rassemblées dans le plus grand stade de Niamey pour soutenir le coup d’Etat et le CNSP. Vendredi 4 août, à l’issue d’une réunion de trois jours des chefs d’état-major, la CEDEAO a assuré que les contours d’une possible ont été définis. Toutefois, d’après des médias nigérians, le Sénat a appelé le président Bola Tinubu à « encourager les autres dirigeants de la CEDEAO à renforcer l’option politique et diplomatique ». Toujours selon les médias nigérians, une intervention militaire sans l’aval du Sénat serait une violation de la Constitution nigériane. Le président algérien Abdelmadjid  Tebboune rejette également le recours à la force. “L’option militaire n’a jamais été une solution, regardez ce que cela a produit en Syrie et en Libye” a t-il prévenu samedi 5 août. Un nouveau sommet extraordinaire de la CEDEAO sur la situation au Niger se tiendra ce 10 août.

Accord pour la paix : le président algérien reçoit les représentants des groupes armés signataires

Le Président algérien Abdelmadjid Tebboune, a reçu dimanche à Alger les chefs et les représentants des groupes armés signataires de l’accord pour la Paix dont l’Algérie est garante et qui patine depuis plusieurs années.

L’audience s’est déroulée au siège de la Présidence de la République en présence du ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, M. Ramtane Lamamra et du directeur de Cabinet à la Présidence de la République, M. Abdelaziz Khellaf. Se félicitant du rôle que joue l’Algérie dans « la résolution des problèmes au Mali », le porte-parole de la délégation a indiqué que la rencontre avait permis de souligner l’engagement ferme de l’Algérie en faveur d’une « nouvelle dynamique de paix dans la région ». La CMA dans un communiqué a dit avoir évoqué ses attentes et ses priorités, et élaboré «des pistes de solutions pouvant aider à sortir de l’impasse et du statu quo actuel». Fin décembre 2022, les groupes armés signataires ont suspendu leurs participation au processus de mise en œuvre et de suivi de l’accord. Ils réclament entre autres la tenue d’une réunion en terrain neutre pour statuer sur l’avenir de l’accord. Les autorités de la transition rejettent l’idée d’une réunion hors du Mali.

Affaire Amira Bouraoui : Alger rappelle son ambassadeur à Paris

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a décidé ce mercredi de rappeler « pour consultations » son ambassadeur en France, à la suite de « l’exfiltration » de la militante et journaliste Amira Bouraoui via la Tunisie, lundi soir, a annoncé la présidence dans un communiqué.Cette convocation fait suite à la note officielle où l’Algérie avait exprimé à l’ambassade de France à Alger « sa condamnation de la souveraineté nationalité par des personnels diplomatiques, consulaires et de sécurité relevant de l’État français qui ont participé à une opération clandestine et illégale d’exfiltration d’une ressortissant algérienne dont la présence physique sur le territoire national est
prescrite par la justice algérienne ».

Dans cette note, Alger « rejette ce développement qui cause un grand dommage aux relations algéro-françaises, comme inadmissible et inqualifiable ».

La France est pointée du doigt pour avoir protégé la journaliste de Radio M et militante franco-algérienne Amira Bouraoui, celle-ci ayant quitté le territoire algérien pour se rendre en Tunisie, par crainte d’être arrêtée par les autorités algériennes.

La Franco-algérienne faisait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire en Algérie. Elle avait été interpellée par la police tunisienne alors qu’elle cherchait à prendre un avion pour la France. Une juge l’avait remise en liberté lundi mais elle avait ensuite été emmenée par des policiers tunisiens avant d’obtenir la protection du consulat français à Tunis et d’embarquer par la suite sur un vol à destination de la France.