Gao : l’explosion qui impose un inventaire des risques

Une explosion a tué cinq personnes et grièvement blessé deux autres, samedi 29 août, dans le quartier d’Anoura. La piste d’un obus manipulé doit encore être confirmée, mais le drame rappelle la présence durable d’engins explosifs au milieu des populations.

Cinq personnes ont perdu la vie et deux autres ont été grièvement blessées à Anoura, dans le secteur de Bagoundié 2 à Gao. L’explosion s’est produite samedi, loin d’un affrontement militaire signalé au même moment dans ce quartier.
Des sources locales citées par Studio Tamani avancent que les victimes auraient manipulé un obus. Ce point reste à établir par une expertise. La nature exacte de l’engin, sa provenance, son ancienneté et les conditions dans lesquelles il s’est retrouvé à cet endroit n’ont pas encore fait l’objet d’une communication officielle accessible au public.
Cette incertitude ne diminue pas la gravité du fait établi. Un engin suffisamment puissant pour tuer cinq personnes se trouvait dans un espace habité et a pu être approché ou déplacé. Après l’évacuation des blessés et l’inhumation des victimes, la priorité doit être de déterminer si l’explosion constitue un accident isolé ou le signe d’une contamination plus étendue du quartier.
Périmètre
Une enquête ordinaire ne suffira pas. Le site doit être examiné par des spécialistes des munitions afin d’identifier les fragments, de reconstituer le fonctionnement de l’engin et de rechercher d’autres objets suspects dans les environs. Un obus peut provenir d’un ancien dépôt, avoir été abandonné après des combats, transporté avec de la ferraille ou récupéré sans connaissance de son danger.
La réponse doit donc couvrir toute la chaîne. Il faut savoir où l’objet a été découvert, combien de temps il a circulé, qui l’a vu avant l’explosion et si d’autres munitions ont été conservées ou revendues dans le même secteur. Ces informations peuvent empêcher un second drame.
La récupération de métaux constitue un moyen de subsistance pour certaines familles. Des objets militaires peuvent être confondus avec de la ferraille commercialisable, surtout lorsque leur aspect est altéré par le temps. Une munition ancienne, rouillée ou partiellement enterrée reste pourtant capable d’exploser.
Les habitants ont besoin d’une consigne claire. Tout objet ressemblant à un obus, une grenade, une roquette ou un élément de munition doit être laissé sur place. Il ne faut ni le toucher, ni le déplacer, ni tenter de l’ouvrir. La zone doit être évacuée et signalée aux services de sécurité ou de protection civile.
Une menace sous-documentée
Le Mali paie déjà un lourd tribut aux mines et aux restes explosifs de guerre. Le Landmine Monitor a recensé 268 victimes en 2024, dont 119 morts et 149 blessés. Les victimes enregistrées cette année-là étaient toutes civiles.
Ce chiffre ne concerne pas uniquement les munitions non explosées. Il regroupe les accidents provoqués par les mines, les engins improvisés et d’autres restes explosifs. Sur les 2 607 victimes documentées entre 2007 et 2024, environ 61 % ont été touchées par des mines improvisées.
La comptabilité reste incomplète. Le dispositif national ne dispose pas encore d’une base centralisée couvrant les accidents, les zones contaminées et les besoins des survivants. Le retrait de la MINUSMA, achevé en 2023, a également affaibli la collecte de certaines données auparavant consolidées avec l’appui du Service de lutte antimines des Nations unies.
Les 268 victimes de 2024 représentent donc un bilan documenté, pas la totalité certaine des personnes tuées ou blessées. Le Monitor estime d’ailleurs qu’environ 350 victimes civiles auraient été signalées cette année-là, sans que tous les cas aient pu être suffisamment vérifiés pour être intégrés à son décompte.
Après l’urgence
La situation de Gao justifie une campagne ciblée dans les quartiers, les écoles, les ateliers de ferraille et les marchés de récupération. Une affiche générale sur les dangers des mines aura peu d’effet si les habitants ne savent pas reconnaître les objets suspects ni quel service prévenir.
Les enfants doivent faire l’objet d’une attention particulière. Un objet métallique inhabituel peut être ramassé par curiosité ou utilisé comme jouet. Les messages de prévention doivent être diffusés dans les langues locales et accompagnés d’illustrations compréhensibles, sans exposer les élèves à la manipulation de véritables engins.
Les blessés et les familles des personnes décédées auront également besoin d’un accompagnement durable. Les structures de Gao peuvent assurer les premiers soins et une partie de la réadaptation, mais les traumatismes graves nécessitent parfois des transferts, des opérations successives, un appareillage et un soutien psychologique. La prise en charge ne doit pas s’arrêter à la sortie de l’hôpital.
Le drame d’Anoura appelle enfin une information publique précise. Les autorités doivent confirmer le type d’engin, expliquer comment il s’est retrouvé dans le quartier et indiquer les vérifications effectuées autour du lieu de l’explosion. Le silence laisserait les habitants seuls face à un risque dont ils ignorent encore l’étendue.
Massiré Diop

Koulikoro : le couvre-feu s’installe dans la durée

Le couvre-feu est reconduit du 23 août au 21 septembre dans la région de Koulikoro, avec des horaires différents selon les localités. Cinquième mois de restrictions depuis les attaques du 25 avril, cette prolongation maintient une surveillance renforcée autour de Bamako et sur plusieurs axes stratégiques.

Le gouverneur de la région de Koulikoro, le colonel Lamine Kapory Sanogo, a prorogé d’un mois le couvre-feu instauré le 25 avril dernier. La nouvelle décision, signée le 21 août, couvre la période allant du dimanche 23 août au lundi 21 septembre 2026.
Dans les communes proches de Bamako, la circulation est interdite de minuit à 5 h 30. Sont notamment concernés Kalaban-Coro, Niamana, N’Tabacoro, Kabala, Kanadjiguila, Kabalabougou, Sangarébougou, Moribabougou, N’Gabacoro, Titibougou, Dialakorodji, Dogodouman et Taliko. Le même horaire s’applique à la ville de Koulikoro.
À Kati, Banamba, Kangaba et Kolokani, le couvre-feu reste fixé de 23 heures à 6 heures. Dans toutes les autres localités de la région, les déplacements sont interdits de 21 heures à 6 heures. La décision maintient également l’interdiction temporaire de circulation des camions-bennes, introduite le 15 mai. Les autorités administratives, les collectivités et les forces de défense et de sécurité sont chargées de l’application du dispositif.
Une ceinture sensible
Le couvre-feu avait été instauré le 25 avril, après les attaques coordonnées contre Bamako, Kati et plusieurs villes du pays. À Bamako, la mesure initiale avait été appliquée pendant 72 heures, puis brièvement prolongée. Dans la région de Koulikoro, les autorités avaient choisi dès le départ une durée de 30 jours, avant de procéder à plusieurs reconductions.
Cette différence s’explique par la position particulière de Koulikoro. La région entoure en grande partie le District de Bamako et comprend plusieurs localités désormais intégrées à l’agglomération de la capitale. Elle abrite aussi Kati, importante ville-garnison située sur l’un des principaux accès routiers à Bamako.
L’axe Kolokani-Kati-Bamako constitue notamment le dernier tronçon du corridor venant de Kayes, par lequel transitent une grande partie des marchandises destinées à la capitale. Du 23 au 29 juin, les Forces armées maliennes avaient escorté 940 camions civils sur l’itinéraire Kayes-Sandaré-Diéma-Bamako, en passant par Kolokani et Kati. Compte rendu de l’opération.
La région a également été concernée par l’offensive coordonnée du 4 juillet. Une attaque avait alors visé la prison de Kéniéroba, située à une soixantaine de kilomètres au sud de Bamako, en même temps que des positions à Gao, Anéfis, Aguelhok et Sévaré. Les forces de sécurité avaient repris le contrôle de l’établissement, selon les autorités.
Une mesure désormais durable
Les horaires différenciés montrent une tentative d’adapter les restrictions aux réalités locales. Dans les communes périurbaines, où les déplacements professionnels et commerciaux se prolongent tard dans la soirée, le couvre-feu ne commence qu’à minuit. Il demeure plus long à Kati et dans les zones rurales considérées comme plus difficiles à surveiller.
Mais cette cinquième prolongation marque aussi l’installation dans la durée d’une mesure initialement présentée comme exceptionnelle. Elle traduit la prudence des autorités face aux risques d’infiltration, de déplacement nocturne de groupes armés ou de menaces contre les axes menant à la capitale.
La décision du 21 août ne fait état d’aucun nouvel incident précis. Elle prolonge un dispositif préventif dont l’assouplissement dépendra vraisemblablement de l’évolution de la situation sécuritaire. Après près de cinq mois d’application, l’enjeu sera aussi d’évaluer régulièrement son efficacité et ses conséquences sur les activités économiques et les déplacements des populations.
La reconduction jusqu’au 21 septembre montre ainsi que, malgré l’allègement des horaires dans certaines communes, les autorités régionales ne considèrent pas encore réunies les conditions d’un retour au dispositif antérieur aux attaques d’avril.

Ségou : couvre-feu reconduit sur fond d’insécurité persistante

Décidée le 8 décembre 2025, l’autorité régionale de Ségou a prorogé pour trente jours le couvre-feu instauré en juin dernier. La mesure s’applique chaque nuit de 23 h à 5 h du matin sur l’ensemble de la région.

Par la décision n° 2025-505/GRS-CAB en date du 8 décembre 2025, le gouverneur de la région de Ségou a prorogé le couvre-feu institué par la décision n° 2025-233/GRS-CAB du 4 juin 2025. Le texte prévoit une nouvelle période de trente jours, reconductible, allant du lundi 8 décembre 2025 au mardi 6 janvier 2026, de 23 h à 5 h, sur tout le territoire régional.

La décision rappelle que, pendant la durée du couvre-feu, la liberté de circulation des personnes et de tous les engins de transport est restreinte. Seuls les véhicules et autres engins des forces de défense et de sécurité, ainsi que les ambulances bénéficiant d’un ordre de mission, ne sont pas concernés par la mesure. Le document précise que le couvre-feu prend effet à compter de sa date de signature et qu’il doit être publié et communiqué partout où le besoin se fait sentir.

L’acte énumère les autorités chargées de l’application de la mesure : le commandant de la zone de Défense n° 2, le commandant de la région de Gendarmerie n° 5, le commandant de la quatrième région de la Garde nationale, ainsi que les directeurs régionaux de la Police nationale et de la Protection civile. Chacun est mandaté, dans son domaine de compétence, pour veiller à l’exécution du couvre-feu. La décision est signée au nom du gouverneur par le directeur de cabinet, membre du corps préfectoral.

Cette prorogation intervient après plusieurs mois de restrictions nocturnes. Une première décision de couvre-feu avait été prise début juin 2025, pour une durée initiale de trente jours, renouvelable, avec des limitations de circulation visant les personnes, les motos et les véhicules sur l’ensemble de la région. Les reconductions successives traduisent la volonté des autorités d’encadrer les déplacements nocturnes dans un contexte que les services de sécurité décrivent comme marqué par la multiplication d’incidents dans plusieurs zones de la région.

Les données collectées sur le premier semestre 2025 illustrent ce climat sous tension. Une note du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) consacrée aux restrictions sécuritaires et de mouvement au Mali, arrêtée au 30 juin 2025, indique que la région de Ségou a enregistré 323 incidents sécuritaires et 736 victimes civiles entre le 1ᵉʳ janvier et le 30 juin 2025. Le même document précise qu’un couvre-feu y a été instauré à partir du 4 juin 2025, avec des restrictions de circulation pour les personnes, les motos et les véhicules, assorties d’exceptions pour les forces de défense et de sécurité et les ambulances, et la possibilité d’autorisations spéciales.

En reconduisant le couvre-feu jusqu’au début du mois de janvier 2026, les autorités régionales de Ségou maintiennent ainsi un dispositif qui combine limitation des mouvements nocturnes et mobilisation des forces de défense et de sécurité, dans une région où les indicateurs de sécurité du premier semestre ont mis en évidence un nombre élevé d’incidents et de victimes civiles.

Gao et Tombouctou : comment s’adapter au couvre-feu ?

Les couvre-feux instaurés à Gao et Tombouctou par les différents gouverneurs ont été prorogés le 9 octobre. Comment s’adaptent les populations et comment accueillent-elles cette prorogation ?

Après l’attaque du bateau de la COMANAV en provenance de Gao le 7 septembre dernier, avec 49 morts civils et 15 militaires maliens, et l’attaque le lendemain du camp de Gao par des groupes armés terroristes, un couvre-feu nocturne a été instauré dans la ville de Gao jusqu’au 9 octobre, reconductible. Presque dans la foulée, à Tombouctou, alors que la ville est soumise à un blocus et cible de tirs d’obus de la part du JNIM, le gouverneur de la région, le Commissaire divisionnaire Bakoun Kanté, a instauré également un couvre-feu allant du 11 septembre au 10 octobre 2023, de 20h à 6h du matin. Ces mesures ont été prorogées alors que les populations essayent encore de s’adapter. À Tombouctou, elles ont été un peu allégées, passant de 20h à 21h. Même si elle est contraignante, la majorité des habitants de Tombouctou approuvent la décision, selon des sources sur place. « La ville a besoin de sécurité, il faut moins de personne dans les rues, surtout la nuit, pour que les forces de l’ordre puissent faire leurs opérations de sécurisation à travers la ville », assure Tandina El Hadj Beyt’allah, blogueur de la Cité des 333 Saints. Il ajoute qu’il n’y a pas eu de grand changement dans les habitudes des Tomboctiens, « les gens s’habituent au couvre-feu, ils rentrent le soir à la maison avec des provisions ». À Gao, où le couvre-feu dure de 22h à 6h du matin, avec un allègement de 2 heures par rapport au mois dernier, les commerçants soufflent un peu mais réclament plus. Souley Ibrahim, un résident de Gao, affirme que depuis l’instauration du premier couvre-feu « la sécurité de la ville s’est nettement améliorée. Il n’y a pratiquement plus d’enlèvements et les habitants se sentent plus en sécurité ». Abdoul Karim Samba, Président d’une association locale de la société civile, affirme qu’un seul cas de braquage a été recensé durant la période du premier couvre-feu. Si la mesure est appréciée sur ce point, elle n’enchante pas une partie de la population, surtout les commerçants et les boutiquiers, qui sont obligés de fermer leurs structures dès 21h ou 22h. Une situation intenable, qui joue sur l’économie de la ville, selon la même source, car il y a plusieurs petits commerçants qui ne gagnent réellement que pendant la nuit. Avec le couvre-feu, il est difficile pour eux d’obtenir de quoi subvenir à leurs besoins.

La population des deux régions se dit résiliente, tout en espérant que cette situation ramène la sécurité et la paix sur leurs territoires.