Porteurs de récits, de croyances et de valeurs sociales, les masques et marionnettes occupent une place essentielle dans le patrimoine culturel malien. Reconnue par l’UNESCO, la tradition de Markala reste toutefois confrontée au défi de la transmission.
Les masques et les marionnettes sont bien plus que des objets sculptés ou des personnages de spectacle. Ils racontent l’histoire des communautés, transmettent des valeurs et traduisent une vision du monde dans laquelle les êtres humains, les animaux et les forces invisibles sont étroitement liés.
Dans les sociétés traditionnelles, ces pratiques accompagnent les cérémonies et les rassemblements communautaires. Elles associent sculpture, danse, chant, musique et représentation théâtrale, tout en faisant circuler des connaissances héritées des générations précédentes.
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Selon le maître marionnettiste Yaya Coulibaly, leurs origines remontent à l’ancienne relation entre les humains, les animaux sauvages et les esprits associés aux forêts, aux cours d’eau et aux collines sacrées. « La première marionnette est la jeune fille appelée mɛrɛn », explique-t-il.
Chaque masque et chaque marionnette possède une signification. Le lion symbolise la puissance et l’autorité, tandis que la vache, appelée misi, apparaît dans des représentations qui dénoncent certains travers de la société.
Transmission
Les marionnettes collectives, connues sous le nom de kalakakɔnɔ sogow, reproduisent les comportements humains à travers des scènes symboliques. Les spectacles rappellent l’importance de la solidarité, de l’honnêteté et du respect des règles sociales.
Pour Yaya Coulibaly, le recul de ces pratiques tient d’abord à la rupture de la transmission entre les générations. Autrefois, les anciens enseignaient aux jeunes les techniques de fabrication, les récits et la signification des représentations. « Aujourd’hui, cette transmission devient difficile, notamment à cause du désintérêt de certains jeunes, du manque de moyens financiers et de l’évolution des modes de vie », observe-t-il. Les changements religieux conduisent aussi à l’abandon de certaines traditions. L’insécurité empêche l’organisation de manifestations culturelles dans plusieurs localités, notamment à Markala.
Sans formation des jeunes, soutien aux artistes et sensibilisation des communautés, certains savoir-faire pourraient disparaître avec leurs détenteurs. L’inscription en 2014 de la sortie des masques et marionnettes de Markala sur la Liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité constitue une reconnaissance, mais elle ne suffit pas à assurer durablement leur continuité.
« Pour préserver ce patrimoine, il faut encourager la transmission, valoriser le travail des marionnettistes et donner davantage de place à ces expressions culturelles dans nos événements et nos espaces éducatifs », conclut Yaya Coulibaly.
Joseph Amara Dembélé




