SENARE : De nouveaux outils pour la réconciliation

Ouverte ce mardi 15 septembre, la cinquième Semaine nationale de la Réconciliation intervient dans un cadre renouvelé. Charte, Observatoire, nouvelle…

Ouverte ce mardi 15 septembre, la cinquième Semaine nationale de la Réconciliation intervient dans un cadre renouvelé. Charte, Observatoire, nouvelle Agence et mécanismes locaux composent désormais une politique dont l’efficacité se lira dans les communautés et auprès des victimes.

Le Mali célèbre, du 15 au 21 septembre, la cinquième édition de la Semaine nationale de la Réconciliation (SENARE). Son thème, « Éducation, culture et réconciliation : bâtir une citoyenneté résiliente pour une paix au sein de l’AES et de la sous-région », rattache la paix à la formation du citoyen et aux valeurs culturelles.

Le programme comprend des conférences-débats, des activités artistiques, éducatives et sportives ainsi que des dons de sang. Des délégations du Burkina Faso, du Niger et de la Guinée sont annoncées.

LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ



Prévue par la Loi d’Entente nationale de 2019, la SENARE a connu sa première édition en septembre 2022.

Elle devait contribuer à restaurer un tissu social affaibli par la crise ouverte en 2012. Quatre ans plus tard, le rendez-vous accompagne de nouveaux textes et de nouvelles structures.

Cadre

La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation, promulguée le 22 août 2025, constitue la principale évolution. Issue des recommandations du Dialogue inter-Maliens, elle réunit en 106 articles les orientations retenues pour la sécurité, la cohésion sociale, la justice, la réparation et le vivre-ensemble.

Dans son adresse du Nouvel An 2026, le Président de la Transition, Assimi Goïta, en résumait l’esprit : « la paix véritable ne s’impose pas : elle se construit. Elle exige la vérité, le dialogue et la confiance entre Maliens ».

L’Observatoire pour la Paix et la Réconciliation nationale complète ce dispositif. Ses 30 membres ont été nommés en mars 2026, sous la présidence de l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. Placé auprès de la Présidence, il suit l’application de la Charte et formule des recommandations.

Le Conseil des ministres a également adopté en juin les textes créant l’Agence nationale pour la Consolidation de la Paix, issue de la restructuration de l’Agence de Développement du Nord du Mali. Son action couvre la réconciliation, la cohésion sociale et les zones fragiles. La coordination de ces structures et de leurs interventions devient déterminante.

Terrain

À Gao, l’ouverture régionale a permis de présenter des actions déjà engagées. L’Équipe d’appui à la Réconciliation accompagne la création de Comités communaux et intervient dans le règlement amiable de différends fonciers ou de conflits liés à la succession de chefs de village, de quartier et de fraction.

Le Projet de consolidation de la résilience et de la cohésion sociale couvre 34 villages et 15 quartiers dans sept communes, dont Gao, Ansongo et Bourem. Soumaïla Sangaré, représentant du Gouverneur, a rappelé que ces activités participaient à la paix et à la cohésion sociale.

Ces médiations ramènent la réconciliation aux réalités quotidiennes : un champ, un pâturage, une chefferie contestée, le retour d’une famille déplacée ou l’accès à un service public. Autorités communales, légitimités traditionnelles, femmes et jeunes y occupent une place essentielle.

Victimes

En juillet 2025, l’Autorité de gestion des réparations faisait état de 30 235 dépositions recueillies depuis 1960, dont 3 486 lors de consultations collectives dans 81 villages de Mopti, Gao et Kidal. Pour l’heure, il n’y a toujours pas de bilan actualisé des réparations réalisées depuis cette présentation.

La reconnaissance des préjudices, l’accès à la justice, les réparations et le retour des déplacés participent à la restauration de la confiance. Leur articulation avec la Charte, l’Observatoire et la nouvelle Agence permettra d’apprécier la portée concrète de la politique nationale.

Résultats

Le pays dispose aujourd’hui d’un texte de référence, d’un organe de suivi, d’une agence spécialisée et de relais territoriaux. Leurs ressources, leur calendrier commun et leurs premiers résultats restent cependant peu documentés publiquement.

Médiations conclues, victimes accompagnées, déplacés revenus dans leur localité et projets communautaires réalisés constituent les repères les plus concrets. Après cinq éditions de la SENARE, la réconciliation nationale dispose de plusieurs outils. Leur cohérence et les changements observés dans les localités diront ce qu’ils apportent réellement aux populations, alors que les violences et l’insécurité continuent d’affecter plusieurs régions du pays.

Massiré Diop

Suivez l'information en direct sur notre chaîne WHATSAPP