Dans son nouvel ouvrage, « Souveraineté et refondation étatique au Mali (2020-2026) : vers l’Alliance des États du Sahel », l’enseignant-chercheur Dr Ahmadou Touré analyse la trajectoire ouverte en 2020. Maître-assistant et Directeur du Centre de recherche en gouvernance, médiation et sécurité au Sahel, il précise les critères d’une souveraineté effective et les conditions nécessaires à la consolidation de l’AES.
Quelle idée centrale relie les années 2020 à 2026 ?
Il s’agit de la reconquête d’une souveraineté effective et durable, comprise comme la capacité retrouvée de l’État à décider de son destin politique, sécuritaire, économique et diplomatique. La Charte de la Transition, les Assises nationales de la Refondation, la Constitution de 2023, le Cadre stratégique de refondation de l’État et la Vision Mali Kura 2063 ont donné à cette orientation un ancrage institutionnel. La montée en puissance des FAMa, la reprise de Kidal et l’émergence de l’AES l’ont prolongée sur les plans territorial et régional. Cette refondation ne sera durable qu’avec une présence civile effective de l’État et des résultats perceptibles pour les populations.
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Comment reconnaître une souveraineté effective ?
Elle suppose un contrôle territorial durable, la maîtrise des décisions d’emploi de la force et la capacité de choisir ses partenariats ou de mettre fin aux dispositifs jugés inefficaces. Elle passe aussi par un meilleur contrôle des ressources stratégiques, la transformation locale et la mobilisation fiscale. Elle se vérifie surtout dans le retour des écoles, des services de santé, de l’état-civil et de l’eau. Aucun développement durable n’est possible sans souveraineté effective. Celle-ci se vérifie lorsque l’État assume pleinement sa responsabilité et produit des résultats concrets.
Quelle fragilité menace le plus la reconstruction de l’État ?
Le principal risque réside dans le décalage entre la reconquête militaire et l’ancrage civil. Sans services publics ni confiance des populations, le contrôle territorial est fragile. Il faut déployer et former des personnels locaux, investir dans les services essentiels, organiser le dialogue intercommunautaire, renforcer la justice transitionnelle et associer renseignement, présence civile et développement local.
Que doit encore accomplir la Confédération AES ?
Elle doit consolider ses institutions communes et leur donner leurs propres moyens. La Force unifiée doit s’appuyer sur un renseignement partagé, des protocoles harmonisés et une doctrine commune. Des corridors routiers et énergétiques, des réseaux électriques interconnectés, des initiatives agricoles et une banque finançant les projets productifs doivent rendre l’intégration visible dans le quotidien. La souveraineté collective sera crédible lorsqu’elle produira des bénéfices concrets et partagés en matière de sécurité, d’énergie, d’alimentation, d’échanges et d’emplois.




