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SAHABA 2025 : ouverture de la 8ᵉ édition à Bamako
Le Salon de l’Habitat de Bamako a ouvert ses portes ce jeudi 9 octobre 2025, sous la présidence du Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga. Placée sous le thème « La résilience face aux crises urbaines », cette 8ᵉ édition, qui se tient jusqu’au 11 octobre, met en lumière les défis du logement et les solutions pour un développement urbain durable.
Organisé par le Gouvernement de la Transition, SAHABA 2025 se veut un cadre d’échanges entre acteurs publics et privés, chercheurs, promoteurs immobiliers, institutions financières et citoyens. L’événement, accueilli au Centre international de conférences de Bamako, vise à encourager la concertation sur l’accès au logement, la planification urbaine et la valorisation des matériaux locaux.
Dans son allocution d’ouverture, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a rappelé que le logement constitue un droit fondamental reconnu par l’article 10 de la Constitution du 22 juillet 2023, au même titre que l’éducation, la santé et la protection sociale. Il a souligné la volonté du Gouvernement de rendre ce droit effectif pour chaque Malien, conformément à la lettre de cadrage du Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta.
Le chef du Gouvernement a également évoqué la Politique nationale de la Ville, adoptée en 2014, qui encadre la planification urbaine, la gestion du foncier et la promotion d’un habitat durable. Cette politique s’inscrit dans un contexte de croissance démographique soutenue et d’urbanisation rapide, particulièrement à Bamako et dans les capitales régionales.
Selon le Centre for Affordable Housing Finance in Africa (CAHF), le Mali connaît un déficit important en logements abordables. L’Office malien de l’Habitat (OMH) poursuit plusieurs programmes pour y remédier : en 2024, 1 200 logements ont été mis en vente directe et plus de 12 500 unités sont en cours de cession dans le district de Bamako. Ces efforts s’accompagnent d’une coopération accrue avec la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD) et d’autres partenaires pour le financement de projets d’habitat social.
Au-delà du logement, SAHABA 2025 sert de plateforme d’innovation. Plusieurs exposants y présentent des solutions techniques pour réduire les coûts de construction et améliorer la durabilité des bâtiments, notamment par l’utilisation de briques stabilisées et de matériaux locaux adaptés aux conditions climatiques.
En clôturant la cérémonie d’ouverture, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a réaffirmé la détermination du Gouvernement à promouvoir un habitat digne, accessible et résilient. Il a souligné que la politique du logement doit demeurer un levier de stabilité sociale et un pilier du développement national.
Révision annuelle des listes électorales : Un exercice sans les acteurs politiques
La révision annuelle des listes électorales a démarré le 1er octobre et se poursuivra jusqu’au 31 décembre 2025. Mais cette année, pour la première fois, l’exercice se déroule sans la participation des partis politiques, dissous depuis mai dernier. Une situation qui soulève des questions sur la transparence et l’inclusivité de cette révision.
La révision annuelle des listes électorales (RALE) est une opération inscrite dans la Loi électorale, modifiée par l’Ordonnance N°2024-022 du 31 décembre 2024. Elle confère à l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE) la responsabilité d’actualiser le fichier électoral, avec l’appui du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.
Concrètement, il s’agit d’inscrire les nouveaux majeurs, de radier les personnes décédées, de corriger les erreurs matérielles et de prendre en compte les changements de résidence ou de circonscription électorale.
L’opération se déroule dans les 845 communes du pays, dans les 7 arrondissements de Bamako et dans 48 missions diplomatiques et postes consulaires à l’étranger.
Les partis politiques absents
Si, sur le plan technique, la RALE 2025 suit son calendrier habituel – du 1er octobre au 31 décembre – le contexte politique actuel la rend particulièrement sensible.
Depuis la dissolution de tous les partis politiques, en mai dernier, aucune formation n’est plus habilitée à participer aux commissions locales de révision, qui regroupaient traditionnellement les représentants de l’administration, de la société civile et des partis. Désormais, seuls les représentants des services techniques et des autorités administratives supervisent les opérations.
Transparence incertaine ?
Ce changement modifie l’équilibre du contrôle citoyen et alimente des inquiétudes sur la transparence du processus. Selon le Premier ministre et ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le Général Abdoulaye Maïga, « toutes les dispositions logistiques et administratives ont été prises pour assurer le bon déroulement des opérations ».
Mais pour de nombreux analystes la réussite et la transparence de la révision des listes ne dépendent pas seulement des moyens techniques et administratifs. « Il faut un contrôle pluraliste du processus, or celui-ci n’existe plus », estime Omar Sidibé, analyste politique. « Même la société civile ne peut pas jouer pleinement ce rôle, car elle n’a ni les moyens logistiques ni la légitimité populaire des formations politiques », affirme-t-il.
De nombreuses conséquences
Selon un autre analyste politique qui a requis l’anonymat, cette absence d’acteurs politiques crée également « un vide démocratique qui affaiblit la crédibilité de la révision ». Il ajoute que « la présence des partis dans les commissions locales permettait une forme de contre-pouvoir et de vigilance citoyenne. Leur exclusion laisse le champ libre à une administration déjà perçue comme dépendante du pouvoir ».
Sur le terrain, plusieurs observateurs craignent également un ralentissement du rythme d’inscription des nouveaux électeurs, notamment dans les zones rurales. Sans les relais locaux des partis, souvent les plus actifs pour mobiliser les citoyens, la sensibilisation à l’inscription pourrait être moins dynamique.
À l’intérieur du pays, des campagnes de sensibilisation ont démarré depuis le 3 octobre dernier dans certaines localités pour encourager la participation massive des populations, mais l’affluence reste timide dans les communes. « Dans notre commune, les gens ignorent même que la révision a commencé », confie une source locale à Douentza. Selon elle, « les partis, malgré leurs défauts, jouaient un rôle-clé de relais entre l’administration et les électeurs ».
Un test pour la crédibilité des futures élections
Dans un contexte de transition prolongée et de désorganisation du champ partisan, la réussite ou l’échec de la révision annuelle des listes électorales en cours, ainsi que dans les années à venir, sans participation des acteurs politiques, pèsera lourd sur la crédibilité des futurs scrutins, même si les élections ne sont envisagées au plus tôt qu’à partir de 2030.
Pour Omar Sidibé, « si l’AIGE parvient à garantir une révision rigoureuse et transparente, ce sera un signal positif. Mais si le processus est opaque, il accentuera la méfiance des citoyens envers les institutions ».
Mohamed Kenouvi
Quand les camions de vidange empoisonnent la route
Chaque jour, à Bamako, on aperçoit des camions chargés de boues de vidange circulant dans les rues, leurs tuyaux mal fermés laissant échapper des effluents nauséabonds avant même d’atteindre les sites de dépotage.
Sur les grands axes comme dans les quartiers périphériques, ces véhicules, censés assainir la ville, laissent derrière eux des traces d’eaux usées mêlées d’odeurs suffocantes. Les passants, les motocyclistes et les automobilistes partagent malgré eux cette contamination de l’air et du bitume, dans une capitale où la densité urbaine rend la situation d’autant plus insupportable.
Selon les données de la Direction nationale de l’Assainissement, Bamako produit plus de 2 000 mètres cubes de boues de vidange par jour, dont une grande partie est évacuée par des opérateurs privés. Mais l’absence de contrôle strict et le manque de centres de traitement fonctionnels conduisent nombre de camions à déverser illégalement leurs charges ou à circuler sans dispositifs d’étanchéité. Ces pratiques exposent la population à des risques sanitaires majeurs tels que la contamination des eaux souterraines, la prolifération bactérienne et l’insalubrité chronique.
Les autorités municipales reconnaissent des difficultés de suivi, notamment liées à l’insuffisance des infrastructures et à la vétusté du parc de véhicules d’assainissement.
En attendant des mesures concrètes, Bamako continue de respirer au rythme des relents d’eaux usées, symbole d’un service public d’assainissement débordé, voire défaillant. Ce désordre visible interroge la capacité collective à faire de la propreté urbaine un droit effectif et non un luxe, dans une ville où la croissance démographique dépasse désormais les moyens de la gestion quotidienne des autorités du District.
MD
Triangle du Balafon : Sikasso s’apprête à vibrer
Le Festival International Triangle du Balafon se tient du 9 au 11 octobre 2025 à Sikasso. Trois jours de spectacles, de compétitions et de débats consacrés au balafon, instrument central de l’Année de la Culture.
La neuvième édition débute ce jeudi après un lancement organisé le 4 octobre au Centre international de conférences de Bamako. Porté par le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, en partenariat avec le Gouvernorat de Sikasso, le festival bénéficie également du soutien des plus hautes autorités du pays. Le thème retenu cette année est « Le Balafon, symbole de la transformation sociale dans un nouvel espace souverain ».
Les pays historiquement associés au Triangle – Mali, Burkina Faso et Côte d’Ivoire – participent à l’événement. La Guinée est également annoncée parmi les délégations. La sélection malienne a retenu la troupe Siguidia à l’issue d’un casting organisé par la Direction nationale de l’Action culturelle le 24 septembre 2025. Parmi les artistes confirmés figure Souleymane Traoré dit Néba Solo, accompagné de l’orchestre régional Kéné Star, déjà présent lors du lancement pour une prestation d’ouverture.
Le programme couvre des compétitions de balafonistes, des concerts, des expositions, des visites de sites culturels et un forum consacré au rôle social du balafon dans la cohésion communautaire. Le jury est composé de personnalités issues des milieux culturels du Mali, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire.
Les organisateurs ont annoncé un dispositif de récompenses pour valoriser les participants. Ainsi, le Grand prix Lamissa Bengaly est doté de 1 500 000 francs CFA, le prix de l’Intégration de 1 000 000 francs CFA, le prix de la Ville de Sikasso de 750 000 francs CFA. S’y ajoutent un prix spécial de l’AES de 500 000 francs et une prime de participation de 400 000 francs CFA par troupe.
Créé en 2004, le Triangle du Balafon vise à préserver et à promouvoir un patrimoine musical partagé entre plusieurs États ouest-africains. Le festival se présente comme une scène de transmission où se rencontrent maîtres, jeunes talents et publics venus de différentes régions. À Sikasso, la manifestation réunit institutions, acteurs culturels et habitants autour d’une programmation conçue pour favoriser l’échange, la formation et la diffusion des pratiques traditionnelles.
Pour les autorités, ce festival illustre la place accordée à la culture dans l’agenda national en 2025. Au public il offre une occasion de redécouvrir le balafon dans sa dimension sociale et symbolique. Pendant trois jours, Sikasso sera la vitrine d’un patrimoine vivant et d’un dialogue culturel qui transcende les frontières.
MD
Coton : Vers une relance prudente de la filière
La Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) a lancé la phase d’égrenage de la campagne 2025 – 2026 avec la première balle de coton fibre produite à Koutiala le 30 septembre 2025. Ce démarrage symbolise la relance d’une filière-clé pour les exportations maliennes et les revenus de millions de ruraux.
Pour cette campagne, la CMDT prévoit 672 000 hectares de coton graine, en hausse par rapport à l’an dernier. Le prix d’achat du premier choix est fixé à 300 francs CFA le kilogramme, selon la décision du Conseil supérieur de l’Agriculture du 6 mai 2025. Pour soutenir la filière, l’État subventionne les intrants. Ainsi, le sac de 50 kg d’engrais minéraux revient à 14 000 francs et le kilogramme de semences de maïs hybride à 1 500 francs. Ces mesures visent à contenir les coûts et à préserver la rentabilité des producteurs face aux tensions du marché mondial.
La CMDT, détenue majoritairement par l’État malien, assure la transformation du coton graine en fibre et son acheminement vers les ports d’Abidjan et de Dakar. En 2023 – 2024, le Mali a produit 445 000 tonnes de coton fibre, se plaçant derrière le Bénin (587 000 tonnes) et le Burkina Faso (480 000 tonnes), mais devant la Côte d’Ivoire (320 000 tonnes) et le Tchad (125 000 tonnes). Les prévisions pour 2025 – 2026 tablent sur environ 700 000 tonnes, selon les conditions climatiques et la maîtrise des ravageurs.
Au plan international, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, a représenté le Mali à la Journée mondiale du Coton tenue à Rome les 6 et 7 octobre 2025, avant de participer à une réunion du groupe C4+ au Brésil. Ces rencontres ont porté sur la valorisation du coton africain et la recherche d’un meilleur accès aux marchés mondiaux pour les producteurs de la sous-région.
Malgré des perspectives favorables, la filière fait face à plusieurs défis. Les jassides ont déjà touché plus de 2 000 hectares dans le sud du pays. En mars 2025, un incendie à l’usine CMDT de Bamako a détruit 1 026 balles de coton, causant environ 250 millions de francs CFA de pertes. Pour contenir ces impacts, l’État a mobilisé 9,938 milliards pour la lutte phytosanitaire et la sécurisation de la campagne.
La relance du coton malien demeure donc prudente, soutenue par l’investissement public, la résilience des producteurs et une coordination régionale renforcée autour du C4+.
MD
Enseignement primaire et secondaire : Vers une grève générale ?
Depuis la rentrée scolaire du 1er octobre 2025, le climat est tendu dans les écoles. Une grève de 72 heures la semaine dernière, reconduite pour 120 heures, perturbe les cours à Bamako et dans certaines régions. Malgré les engagements du gouvernement, le bras de fer se poursuit et une grève générale plane à l’horizon.
La rentrée 2025-2026 n’a pas commencé sous les meilleurs auspices. Dans les établissements du primaire et du secondaire à Bamako et dans certaines régions, les enseignants observent depuis le 1er octobre un arrêt de travail pour protester contre la suspension des salaires de milliers d’entre eux, enrôlés ou non dans le Système intégré de gestion des ressources humaines (SIGRH).
Le mouvement est initié par certaines coordinations régionales de la Synergie des syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016, malgré les engagements pris par le gouvernement à l’issue de la réunion du 30 septembre 2025.
Les autorités avaient formulé plusieurs promesses, notamment le rétablissement immédiat des salaires pour les enseignants disposant de récépissés d’enrôlement, la constitution d’une réserve de fonds au Trésor public pour payer les 6 000 agents concernés et la mise à disposition d’un budget pour le déploiement des équipes d’enrôlement dans les régions.
« Des avancées, mais trop lentes »
La Synergie des syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016 s’était donné jusqu’au 10 octobre 2025 pour déclencher une grève générale sur l’ensemble du territoire national si les engagements du gouvernement n’étaient pas tenus.
À deux jours de l’échéance, Ousmane Almoudou, Porte-parole de la Synergie, souligne qu’il y a eu des avancées, mais trop lentes. « Il y a eu un petit progrès sur le terrain, parce que les listes ont été envoyées et que les salaires de certains enseignants sont déjà traités ». Toutefois, poursuit-il, « ces listes partent au compte-gouttes et, à ce rythme, certains enseignants percevront leur salaire alors que d’autres devront encore attendre ».
Le syndicaliste souligne également que les promesses de déploiement des équipes d’enrôlement dans les régions tardent à se concrétiser. « En principe, elles devaient quitter Bamako le lundi, mais cela reste à vérifier », explique-t-il, déplorant le manque de visibilité sur les actions réellement entreprises sur le terrain.
Concernant la question d’une éventuelle accalmie, Ousmane Almoudou est catégorique : « nous allons nous donner jusqu’à la fin de semaine pour analyser les avancées et évaluer l’évolution de la situation. Mais la grève générale annoncée sera toujours d’actualité si tous les enseignants ne perçoivent pas effectivement leurs salaires », prévient le Porte-parole de la Synergie.
Mohamed Kenouvi
Pénurie de carburant : Bamako en panne sèche
Depuis plusieurs semaines, les stations-service maliennes tournent à vide. Dans la capitale comme à l’intérieur du pays, les files s’allongent, les prix flambent et la colère gronde. Entre perturbations sécuritaires et faibles capacités de stockage, la crise du carburant met à genoux une économie déjà fragilisée.
Plusieurs localités du pays sont confrontées depuis quelques semaines à une pénurie de carburant. Des difficultés d’approvisionnement perturbent fortement la distribution de l’essence et du gasoil. L’insuffisance de ces produits, indispensables à la vie économique et sociale, conduit à une flambée des prix et à une forte affluence dans les points de vente. En attendant une sécurisation de l’approvisionnement, les populations craignent une nouvelle crise.
Selon les chiffres de l’Office malien des produits pétroliers (OMAP), la consommation quotidienne moyenne du pays est estimée à 3,5 millions de litres, dont près de 60% destinés à la seule capitale. Cette dépendance logistique accrue explique la rapidité avec laquelle la moindre rupture d’approvisionnement se répercute sur l’ensemble du territoire.
Le 7 octobre 2025, plusieurs stations-service et points informels de vente de carburant sont pris d’assaut par des centaines de citoyens. L’attente est interminable et certains s’impatientent. Écoliers, commerçants ou conducteurs de moto-taxis, ils ont besoin de carburant pour se rendre à l’école, au travail ou pour exercer leur activité. Pendant ce temps, le circuit parallèle fonctionne à plein régime : ceux qui ont flairé une opportunité achètent du carburant pour le revendre plus cher à des usagers sans alternative. Dans certains quartiers de Bamako, notamment à Faladié et à Magnambougou, des revendeurs clandestins exposent désormais leurs bidons à la vue de tous. Les ventes se font à la sauvette, parfois à proximité immédiate des stations-service, sans contrôle ni mesures de sécurité.
Médecin au centre de santé de référence de Kalaban Coro, le Dr Assitan Sidibé observe avec inquiétude le tableau de bord de son véhicule. « la quantité de carburant que j’ai peut m’amener au service. Au retour, si je n’ai pas de carburant, je prendrai si possible un transport en commun », se résigne-t-elle. Comme elle, des dizaines de travailleurs ne savent pas s’ils auront le lendemain de quoi se déplacer. Certains étaient déjà en panne sèche faute d’avoir pu s’approvisionner.
Les hôpitaux et les centres de santé sont parmi les premiers touchés par cette pénurie. Certains établissements ont dû réduire les services de nuit ou recourir à des générateurs alimentés par des réserves limitées.
« Il n’y a plus d’essence », c’est la réponse la plus courante que l’on entend dans les quelques stations encore ouvertes. « Nous attendons du carburant d’ici ce soir », espère un pompiste. Dans celles qui disposent encore de carburant, les files d’attente s’allongent, créant une certaine tension et obligeant les gérants à faire appel aux forces de l’ordre pour éviter les débordements.
Des affrontements ont d’ailleurs été signalés dans plusieurs stations de la rive droite, où des automobilistes, excédés par les longues files, ont exprimé leur colère. Les forces de sécurité ont dû intervenir à plusieurs reprises pour disperser des attroupements.
Cette situation, qui risque de durer encore quelques semaines, impacte fortement la vie des citoyens, déjà éprouvés par la cherté de la vie. Par un effet domino, le prix de certains produits a grimpé en flèche, à l’image du gaz butane, dont la bouteille de 6 kilos revient désormais à 10 000 francs CFA contre 6 000 auparavant. Selon certaines sources, cette flambée pourrait se prolonger si les flux d’importation ne reprennent pas rapidement.
Tension palpable
« C’est seulement ces derniers jours que les citoyens ont touché du doigt le manque. Nous, nous le vivons depuis des semaines » estime un acteur du secteur des hydrocarbures. Depuis les attaques de camions-citernes sur l’axe Kayes – Bamako en septembre 2025, l’approvisionnement du pays est gravement perturbé. Des centaines de camions, bloqués aux frontières, n’entrent plus qu’au compte-goutte et sous escorte. La faiblesse du stock, qui ne couvre qu’une courte période de consommation, met le marché sous pression.
Pour remédier à la situation, les autorités ont annoncé leur volonté de tout mettre en œuvre pour éviter la rupture. Mais, malgré les assurances, la pénurie redoutée a gagné la capitale. Lors d’un point de presse, le 7 octobre, la Direction générale du Commerce et de la Concurrence a dénoncé les acteurs ne respectant pas les prix plafonds et promis des sanctions. Sur le terrain, cependant, les spéculations persistent. Selon les zones, le bidon d’un litre et demi se négocie entre 2 000 et 4 000 francs CFA.
Conséquence immédiate, les transports en commun – notamment les moto-taxis, très sollicités à Bamako – ont révisé leurs tarifs. Des trajets habituellement facturés 1 000 francs CFA coûtent désormais entre 1 500 et 2 000 francs. « L’essence coûte cher », ses justifient les conducteurs.
Environ 300 camions-citernes sont arrivés en fin de journée le 7 octobre, selon la télévision nationale. Une arrivée qui n’a pas mis fin aux longues files d’attente, visibles dès le lendemain matin dans les stations approvisionnées.
Effets redoutés
Les attaques de citernes ont occasionné des pertes considérables en carburant et en matériel, estimées à plusieurs centaines de millions de francs CFA. À cela s’ajoutent les frais liés aux escortes sécurisées, qui alourdissent encore les coûts de distribution et risquent de provoquer une hausse générale des prix.
Pour l’heure, les tarifs officiels restent fixés à 775 francs CFA le litre de super et 725 francs CFA pour le gasoil, mais le marché informel fait déjà grimper le litre d’essence à plus de 1 300 francs CFA à Bamako. Une nouvelle pression sur le pouvoir d’achat d’une population déjà éprouvée.
Rationnement nécessaire
Dans ce contexte de pénurie, chaque litre de carburant est devenu vital. Le fonctionnement de plusieurs services essentiels, notamment la santé et l’énergie, dépend directement de sa disponibilité. En 2024, les besoins du Mali en carburant avaient été estimés à 500 millions de litres, soit 309 milliards de francs CFA.
Depuis plusieurs semaines, les clients d’Énergie du Mali (EDM) subissent une chute brutale de la fourniture d’électricité : de 12 heures quotidiennes, la moyenne est passée à 6, voire 4 heures, rappelant les lourds délestages du début d’année. Cette absence d’énergie pénalise directement les entreprises et l’économie urbaine.
Pour répartir équitablement les quantités disponibles, les distributeurs s’efforcent de servir d’abord les secteurs prioritaires comme la santé, l’énergie ou les administrations publiques. Une rationalisation rendue difficile par la spéculation. « Le pire, c’est le comportement de certains spéculateurs », déplore un distributeur. « Ils achètent un bidon de 20 litres 15 000 francs CFA en station et le revendent aussitôt 30 000 francs ».
Renforcer le stockage
Avec une consommation annuelle estimée à 1,3 million de m³, le Mali ne dispose que d’une capacité de stockage de 53 853 m³, soit à peine l’équivalent d’un mois de consommation. Cette insuffisance structurelle et les perturbations logistiques expliquent la tension actuelle.
Pour pallier ces difficultés, les autorités envisagent de créer un stock national de sécurité, projet déjà à l’étude depuis plusieurs années. Son objectif : garantir une autonomie minimale de deux à trois mois en cas de crise régionale. Parmi les mesures prioritaires figurent l’élargissement des dépôts de stockage dans les zones stratégiques et la diversification des corridors d’importation, notamment via la Mauritanie.
L’axe Kayes – Bamako, qui représente plus de 50% du trafic national de carburant, reste le principal cordon d’approvisionnement du pays. De sa vitalité dépend la stabilité de toute l’économie.
Fatoumata Maguiraga
Alassane Maïga: « Dépasser la réponse militaire est la seule voie viable vers une paix durable au Sahel »
Dans cet entretien, l’écrivain et expert en gouvernance Alassane Maïga livre une analyse lucide des causes profondes des crises sahéliennes. Il appelle à repenser la gouvernance, le développement et la justice pour construire une paix durable fondée sur les dynamiques locales.
E-passeport AES : de nouveaux tarifs avant la suspension annoncée du service
Le gouvernement a adopté de nouveaux tarifs pour le passeport confédéral AES, désormais fixés à 45 000 F CFA pour le service standard et 90 000 F CFA pour le service premium. Cette mesure précède la suspension temporaire de l’enrôlement biométrique, prévue à partir du 11 octobre, le temps d’une modernisation technique.
Réuni en session ordinaire mercredi 8 octobre 2025 au Palais de Koulouba, le Conseil des ministres, présidé par le général Assimi Goïta, a approuvé un décret fixant les nouveaux prix du e-passeport de la Confédération des États du Sahel (AES). Ce document, adopté le 18 avril dernier par les trois pays membres, vise à harmoniser les titres de voyage au sein de l’espace sahélien et répond aux normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale en matière de sécurité et de protection des données personnelles.
Le tarif du passeport standard baisse de 55 000 à 45 000 F CFA, tandis que celui du service premium passe de 110 000 à 90 000 F CFA, soit une réduction de 10 000 et 20 000 F CFA respectivement. Cette révision tarifaire s’inscrit dans la volonté des autorités d’encourager la libre circulation des personnes et de renforcer la souveraineté administrative dans le cadre confédéral de l’AES.
Quelques jours plus tôt, le ministère de la Sécurité et de la Protection civile avait annoncé, dans un communiqué daté du 26 septembre, une suspension temporaire du service d’enrôlement pour le passeport biométrique malien. Celle-ci prendra effet le 11 octobre pour le service standard et le 16 octobre pour le service premium, à Bamako, dans les régions et au Consulat général du Mali à Paris. La reprise est prévue au plus tard le 25 octobre 2025, le temps de finaliser une série d’améliorations techniques de la chaîne de production.
Le secrétaire général du ministère, Oumar Sogoba, a souligné que cette suspension est une étape nécessaire pour garantir un service plus fiable et mieux adapté aux exigences internationales. Selon les autorités, cette modernisation, associée à l’introduction du e-passeport AES, illustre la volonté de l’État de doter ses citoyens de documents plus sécurisés et de renforcer l’intégration régionale au sein de l’espace confédéral sahélien.
Bamako : Les divorces en hausse
Le divorce est devenu très fréquent à Bamako, particulièrement chez les jeunes couples, malgré les efforts de médiation de certaines structures d’accueil. Autrefois perçu comme rare et socialement mal accepté, il tend aujourd’hui à se banaliser pour des raisons multiples.
Longtemps le divorce a été mal vu dans la société malienne. Il était peu courant de rencontrer un couple séparé. Les données disponibles montrent désormais une hausse continue des ruptures dans le District de Bamako. Selon des statistiques officielles, plus de 8 130 divorces ont été enregistrés en 2022 dans les 6 communes, contre 6 950 mariages la même année. D’après certaines sources, les tribunaux de la capitale traiteraient plus de 150 dossiers de divorce par semaine. Ces évolutions concernent notamment les jeunes ménages.
Les causes invoquées sont diverses. Des observateurs citent en premier lieu les difficultés financières des foyers, mais aussi les problèmes de communication, les violences conjugales, les incompatibilités durables et les tensions avec la belle-famille. Le sociologue Hama Yalcoye souligne que la transformation des normes sociales a modifié les dynamiques conjugales : « depuis que les parents se sont déchargés du choix de la personne pour leurs enfants, la durée du mariage équivaut à la durée d’un feu d’artifice », estime-t-il. Les mésententes entre belle-fille et beaux-parents alimentent également de nombreux conflits.
Multiples médiations
Malgré la hausse des chiffres, beaucoup de couples tentent d’éviter la séparation en recourant à une médiation avant de saisir la justice. Les centres d’accueil, les services de police, certaines associations et même les parquets privilégient d’abord la conciliation. Deme So, qui offre une assistance juridique gratuite, dit accompagner environ 200 femmes par an et constate une augmentation annuelle de 15 à 20% des demandes liées au divorce. Les femmes sont majoritaires parmi les requérants, selon les structures d’appui. L’Association pour le progrès et le droit des femmes, qui suit des dizaines de cas chaque mois, rappelle que son rôle premier est la médiation. Sa Présidente, Bintou Coulibaly, souligne que l’organisation n’encourage pas d’emblée une action en justice et cherche d’abord à préserver le couple lorsque cela est possible.
Au plan juridique, le Code des personnes et de la famille (2011) encadre les procédures, notamment le consentement mutuel et le divorce pour faute. À Bamako, la hausse des saisines et le recours croissant aux dispositifs d’accompagnement témoignent d’une réalité familiale en évolution. Les acteurs de terrain mettent l’accent sur la prévention, l’information et l’orientation des couples vers des solutions de médiation avant toute décision de dissolution.
Joseph Amara Dembélé
Braquage sur l’axe Ansongo–Labbezanga : des passagers pris pour cibles
Dans la matinée du mardi, la route reliant Ansongo à Labbezanga a de nouveau été le théâtre d’une attaque armée. Des véhicules de transport ont été interceptés par des hommes armés qui ont dépouillé les passagers de tous leurs biens.
Tournoi UFOA-A : Le Mali écrase le Libéria 6-0 pour son entrée en lice
Les Aiglonnets ont parfaitement lancé leur aventure continentale. Devant leur public, ils ont surclassé le Libéria pour débuter la compétition sur les chapeaux de roues.
Le tournoi qualificatif de la zone UFOA-A U17 a démarré sur un véritable festival offensif du Mali. Opposée au Libéria le dimanche 5 octobre au Stade Mamadou-Konaté de Bamako, la sélection malienne a livré une prestation magistrale conclue par une victoire éclatante six buts à zéro. Dès les premiers instants, les jeunes Aiglonnets ont imposé une domination sans partage, confisquant le ballon et dictant le rythme du jeu face à un adversaire dépassé. L’efficacité offensive s’est illustrée par des enchaînements précis et une finition clinique, traduisant la qualité du travail réalisé en amont de la compétition.
Ce succès inaugural permet aux Maliens de prendre la tête du groupe A et d’envoyer un signal fort à leurs futurs adversaires, la Gambie et la Guinée-Bissau, également engagées dans cette poule. Organisée à Bamako du 3 au 18 octobre, cette phase zonale revêt une importance capitale puisqu’elle offre aux deux finalistes un ticket pour la prochaine Coupe d’Afrique des nations U17. Portée par le soutien de son public et une génération particulièrement talentueuse, la sélection malienne confirme ainsi ses ambitions de qualification tout en affirmant son statut de favorite à domicile.
France : Nouvelle déconvenue pour Macron après la démission de Lecornu
Emmanuel Macron fait face à une nouvelle crise politique. Moins d’un mois après sa nomination, Sébastien Lecornu a présenté sa démission ce lundi 6 octobre, plongeant l’exécutif dans une nouvelle phase d’incertitude.
À seulement vingt-sept jours de son arrivée à Matignon, Lecornu tire déjà sa révérence, incapable de surmonter les obstacles politiques qui bloquent l’action gouvernementale. Sa nomination, intervenue le 9 septembre pour succéder à François Bayrou, devait incarner un nouveau souffle après une succession de chefs de gouvernement depuis 2017 : Édouard Philippe, Jean Castex, Élisabeth Borne, Gabriel Attal, Michel Barnier puis Bayrou lui-même. Mais cette démission express vient s’ajouter à la longue liste des déconvenues d’Emmanuel Macron, désormais confronté à une instabilité chronique au sommet de l’État.
Lecornu a invoqué l’absence de conditions politiques favorables et l’impossibilité de construire une majorité stable dans un Parlement fragmenté. Sa volonté de gouverner sans recourir systématiquement à l’article 49.3, censée favoriser le dialogue, s’est heurtée à l’intransigeance de plusieurs groupes d’opposition. Le manque de renouvellement de son équipe gouvernementale, trop proche de la majorité présidentielle, a également suscité de vives critiques. Les Républicains ont menacé de retirer leur soutien, tandis que d’autres partenaires politiques ont dénoncé l’absence de vision claire.
Cette démission, survenue ce lundi 6 octobre, est un revers majeur pour Emmanuel Macron qui voit s’effriter, une fois de plus, l’autorité de son exécutif. Elle souligne l’incapacité de l’Élysée à maintenir la stabilité gouvernementale et pose la question de la stratégie à adopter pour sauver la fin du quinquennat. À l’heure où les réformes majeures sur les retraites, la transition énergétique ou la politique migratoire sont encore sur la table, le chef de l’État se retrouve contraint de repenser en urgence son dispositif politique, alors même que l’hypothèse d’un nouveau remaniement se profile déjà.
Konna : Ousmane Kampo libéré sain et sauf
Après plus de quatre mois de captivité, le maire de Konna, Ousmane Kampo, a été libéré le 4 octobre 2025. Enlevé en mai dernier dans la région de Mopti, il est désormais sain et sauf, au grand soulagement de sa famille et de la population.
L’élu communal, connu sous le nom de Naaba, avait été enlevé le 25 mai 2025 alors qu’il se trouvait dans ses champs de riz à Konna. Sa disparition avait profondément marqué cette commune située dans une zone stratégique du centre du Mali, régulièrement touchée par des attaques et des enlèvements. Son retour met fin à une longue période d’incertitude pour les habitants, qui avaient multiplié les prières et les démarches pour obtenir sa libération.
Les autorités locales ont confirmé la nouvelle le 4 octobre en soirée, sans toutefois fournir de précisions sur les conditions exactes de la libération. Aucune information officielle n’a été communiquée sur d’éventuelles négociations ou interventions particulières. Le maire a retrouvé sa famille et s’apprête à reprendre ses fonctions à la tête de la commune.
Cette libération intervient dans un contexte sécuritaire toujours fragile dans la région de Mopti, où les enlèvements demeurent fréquents. Plusieurs civils, élus et militaires restent encore entre les mains de groupes armés. Le 24 septembre dernier, une vidéo diffusée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans montrait une soixantaine de soldats maliens et burkinabés retenus en otage, demandant à leurs gouvernements de tout faire pour leur libération.
Le retour d’Ousmane Kampo est perçu comme un soulagement dans un centre du Mali encore éprouvé par la violence. Il symbolise l’espoir de voir d’autres otages recouvrer bientôt la liberté et de restaurer progressivement la stabilité dans les communes rurales de la région.
Deux personnalités majeures disparaissent le même jour
Le jeudi 2 octobre 2025, deux figures de premier plan de la vie publique malienne sont décédées à quelques heures d’intervalle. Il s’agit de Me Hassane Barry, avocat de renom, ancien ministre et acteur influent de la communauté peule, et de Cheikh Abdoul Djalil Haïdara, guide spirituel, ancien député de Ségou et promoteur de la chaîne Ségou-TV.
Nouvelles règles fiscales : l’État mise sur les mines et la consommation
Le Conseil des ministres tenu le 3 octobre 2025 sous la présidence du général d’Armée Assimi Goïta a adopté un projet de décret fixant de nouveaux taux dans le cadre de l’Impôt spécial sur certains produits. Cette décision s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2023 pour moderniser le système fiscal, renforcer les recettes publiques et rendre l’environnement économique plus attractif pour les investisseurs.
Le dispositif de l’Impôt spécial sur certains produits, créé par un décret de septembre 2022 et élargi par une ordonnance en mars 2025, voit ainsi son champ d’application étendu et adapté aux évolutions de plusieurs secteurs clés. La révision adoptée concerne notamment les bouillons alimentaires, les produits miniers et le tabac, trois catégories dont l’importance stratégique se traduit à la fois par leur poids économique et leur potentiel de mobilisation de recettes. L’objectif affiché est double : augmenter les ressources budgétaires intérieures et créer un climat fiscal plus favorable à l’investissement dans des domaines considérés comme prioritaires.
Le secteur minier se trouve au cœur de cette réforme. Avec plus de 80 % des exportations nationales représentées par l’or et une contribution avoisinant 8 à 10 % du produit intérieur brut, il constitue l’un des piliers de l’économie. Les autorités ont annoncé une ambition claire : porter les recettes minières à environ 1,2 milliard de dollars d’ici mars 2025, notamment grâce à une meilleure taxation des produits extraits et exportés. Cette orientation s’accompagne d’efforts accrus pour recouvrer les arriérés fiscaux, qui ont déjà permis de récupérer près de 500 milliards de francs CFA auprès des compagnies opérant dans le pays.
Au-delà des mines, la réforme s’intéresse aussi aux produits de consommation courante. L’introduction de bouillons alimentaires, de cosmétiques et d’autres biens transformés dans le champ d’application de l’impôt vise à élargir l’assiette fiscale tout en garantissant une meilleure régulation du marché. Cette évolution devrait se traduire par une hausse des recettes liées à la consommation intérieure, un levier important dans un contexte où la demande nationale progresse rapidement sous l’effet de la croissance démographique.
La révision de la fiscalité minière et de l’Impôt spécial sur certains produits constitue également un signal adressé aux investisseurs. Les autorités souhaitent créer un environnement plus stable, lisible et attractif, tout en renforçant le contrôle sur les filières stratégiques. Dans un contexte marqué par des besoins budgétaires élevés pour financer les politiques publiques et les infrastructures, cette réforme apparaît comme un instrument central de la stratégie économique nationale.
L’adaptation du cadre fiscal reflète enfin une volonté plus large de diversification des sources de revenus de l’État et d’autonomisation financière. En misant à la fois sur l’exploitation de ses ressources naturelles et sur la fiscalité de la consommation, le pays cherche à consolider ses finances publiques et à soutenir une croissance plus soutenable, en phase avec ses priorités économiques et sociales.
Cheick Oumar Diallo : « Mali 3.0 est une rupture nécessaire et non un slogan »
Dans cette interview, Cheick Oumar Diallo, homme politique et auteur du livre Mali 3.0, expose les réformes qu’il propose pour transformer le Mali. Il insiste sur la nécessité d’une rupture avec l’ancien système et sur l’importance d’une responsabilité collective pour le pays. Propos recueillis par Massiré Diop.
Dans Mali 3.0, vous appelez à une rupture avec l’ancien système. Quelles réformes prioritaires proposez-vous ?
La rupture que je propose est une nécessité historique, non un slogan. Elle passe par trois réformes-clés : la gouvernance, pour mettre fin à l’impunité et assurer une gestion transparente des ressources publiques ; la réforme institutionnelle, pour rapprocher l’État des citoyens et soutenir les initiatives locales et la réforme économique, axée sur la souveraineté alimentaire et énergétique, pour réduire notre dépendance extérieure. Ces réformes nécessitent une volonté politique forte et l’implication citoyenne, car aucun changement durable ne peut se faire sans l’adhésion collective.
Vous insistez sur un sursaut citoyen. Comment susciter ce réveil, surtout chez les jeunes, souvent désillusionnés ?
Il faut parler vrai aux jeunes, qui savent que le Mali ne leur offre pas les opportunités qu’ils méritent. Le sursaut citoyen naîtra d’une confiance retrouvée, en les écoutant, en valorisant leurs initiatives et en leur donnant un rôle réel. Leur offrir des perspectives concrètes dans l’emploi, la formation, l’entrepreneuriat ou l’innovation les incitera à s’engager. C’est ce souffle nouveau que Mali 3.0 appelle de ses vœux.
L’éducation occupe une place centrale dans votre vision. Comment en faire un vrai levier de souveraineté et de développement aujourd’hui ?
L’éducation est le socle sans lequel toutes les réformes resteront vaines. Il ne s’agit pas seulement de construire des écoles, mais de repenser les contenus et les objectifs pour former des citoyens conscients de leur histoire, fiers de leur culture et capables d’innover. Investir dans la formation technique, scientifique et numérique est essentiel pour maîtriser nos ressources, créer nos entreprises et sortir de la dépendance. L’éducation doit devenir notre première arme de souveraineté.
Vous évoquez la responsabilité collective. Quel rôle doivent jouer les citoyens, les élites et la diaspora dans ce Mali 3.0 ?
Chacun doit contribuer à la reconstruction nationale. Les citoyens doivent s’engager, défendre l’intérêt commun et refuser la corruption. Les élites doivent donner l’exemple en plaçant le service à la Nation avant les intérêts personnels. La diaspora, force de compétences et de financements, doit être pleinement impliquée comme acteur du changement. Mali 3.0 est une œuvre collective que l’État ne peut mener sans la mobilisation de toutes ses forces vives.
Monétique : Un cadre d’échanges pour relever les défis
Bamako abritera le premier Salon monétique national du Mali (SAMONAM) du 9 au 10 octobre 2025. L’événement réunira les principaux acteurs du secteur autour des enjeux liés aux paiements électroniques dans l’espace UEMOA, dans un contexte d’expansion rapide des transactions numériques.
Ce premier salon réunira non seulement les banquiers, les fintechs, les entreprises et les régulateurs, mais aussi les étudiants et le grand public autour du thème : « La sécurisation des paiements électroniques : enjeux et défis dans l’UEMOA ». Il vise à vulgariser la monétique interbancaire, à favoriser un dialogue entre acteurs autour des nouvelles technologies et à encourager une adoption plus large des moyens de paiement électroniques. Leur utilisation s’inscrit dans une dynamique mondiale de transformation économique, avec pour objectifs la réduction de la circulation du cash, la rapidité des opérations et la sécurisation des transactions.
Dans l’espace UEMOA, le développement de la monétique est également considéré comme un levier d’inclusion financière. Toutefois, sa mise en œuvre reste confrontée à de nombreux défis, que les participants entendent examiner.
Évolution et enjeux
Le tableau de bord du GIM-UEMOA révèle que fin 2023 l’activité monétique concernait 122 établissements connectés à la plateforme interbancaire sur les 128 membres du réseau. Ces établissements ont émis 8 004 173 cartes bancaires en circulation, 79,2% adossées à un compte bancaire et 20,8% prépayées. Toujours selon la BCEAO, 96,7% de ces cartes respectent les normes internationales de sécurité PCI-DSS.
Les infrastructures ont également progressé, puisque le nombre de Guichets automatiques bancaires (GAB) a augmenté de 2,26% pour atteindre 4 214 unités, tandis que les Terminaux de paiement électronique (TPE) ont connu une hausse de 10,46%, passant de 13 814 à 15 259 appareils.
La valeur des transactions monétiques a atteint 16 886 milliards de francs CFA en 2023 contre 12 432 milliards en 2022. Au Mali, le nombre de cartes en circulation s’est élevé à 529 816, soit 6,62% de l’ensemble de l’UEMOA, avec 537 GAB et 611 TPE recensés. Sur la même période, la valeur totale des transactions monétiques a atteint 1 143 milliards de francs CFA.
Autre avancée majeure, le lancement de la Plateforme interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-PSI), le 30 septembre. Elle permettra aux banques, institutions de microfinance et émetteurs de monnaie électronique d’effectuer des opérations instantanées et interopérables. Cependant, la faible connectivité, le manque d’éducation financière ou encore un cadre réglementaire parfois inadapté continuent de freiner l’accès à l’innovation technologique en la matière.
Coupe du Monde U20 2025 : L’Afrique mal embarquée
Le Mondial U20 2025, qui se déroule au Chili depuis le 27 septembre dernier, tourne mal pour les sélections africaines. Après deux défaites consécutives, l’Égypte est quasiment éliminée, tandis que le Nigeria et l’Afrique du Sud, battus d’entrée, jouent déjà leur avenir. Seul le Maroc tire son épingle du jeu.
Le début de la Coupe du monde U20 2025 ne sourit pas au continent africain. L’Égypte, doublement battue, est au bord du gouffre. Les Pharaons juniors ont d’abord chuté face au Japon (2-0) le 27 septembre, avant de s’incliner à nouveau contre la Nouvelle-Zélande (2-1) le 30 septembre. Avec 0 point en 2 sorties, leur troisième match, prévu le 3 octobre contre le Chili, pays hôte, ressemble déjà à une mission impossible. Même en cas de victoire, leurs chances de qualification restent très minces.
Le Nigeria, de son côté, a également mal entamé son tournoi. Opposés à la Norvège pour leur entrée en lice, les Flying Eagles juniors ont concédé un but sur penalty dès la 16ème minute, signé Rasmus Holten, et n’ont jamais réussi à revenir, s’inclinant 1-0. Cette entame complique sérieusement leurs ambitions dans un groupe dense.
L’Afrique du Sud n’a pas été plus chanceuse. Face à une solide équipe de France, les Amajita ont résisté mais ont fini par céder 2-1 lors de leur première sortie.
Deuxième journée sous haute tension
Seul le Maroc a offert un sourire au football africain en battant l’Espagne 2-0 lors de son premier match. Les Lionceaux de l’Atlas jouaient le 1er octobre leur deuxième rencontre face au Brésil, un choc qui faisait office de test grandeur nature. Une victoire pouvait confirmer leur statut de sérieux outsider.
Pendant ce temps, les autres représentants africains n’ont plus droit à l’erreur. L’Égypte joue sa survie contre le Chili et le Nigéria est contraint de relever la tête lors de sa prochaine sortie, le 2 octobre face à l’Arabie saoudite, qui s’est également inclinée face à la Colombie lors de sa première rencontre.
Quant à l’Afrique du Sud, elle doit impérativement réagir après sa défaite contre la France. Les champions d’Afrique en titre affrontaient le 2 octobre la Nouvelle-Calédonie, humiliée 9-1 par les États-Unis lors de la première journée. Sur le papier, l’occasion était belle pour décrocher une première victoire et se relancer dans la course à la qualification.
Mohamed Kenouvi
L’Office du Niger adopte un outil numérique pour une irrigation plus performante
L’Office du Niger (ON) vient de franchir une étape majeure dans la modernisation de la gestion de l’eau et le renforcement de la résilience agricole face au changement climatique. À l’issue de deux jours de formation ayant concerné plus de 40 agents et cadres, l’outil numérique IPON (Irrigation Performante de l’Office du Niger) a été officiellement remis à l’institution, mardi 30 septembre à Ségou.
L’Office du Niger vient d’adopter un outil moderne de gestion de l’eau. Ressource stratégique pour l’ON, la gestion de l’eau est une problématique majeure prise en charge avec l’outil numérique IPON ( Irrigation Performante de l’Office du Niger). L’IPON est le fruit d’un développement conjoint entre l’Institut International de Gestion de l’Eau (IWMI) et l’Office du Niger, avec un appui technique et financier de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le soutien de l’ambassade du royaume des Pays-Bas. Il s’inscrit dans le cadre du projet WaPOR, qui utilise la télédétection satellitaire pour améliorer la productivité de l’eau en agriculture. Basé sur les données satellitaires de la FAO et des technologies avancées de cartographie, l’outil permettra de suivre en temps quasi-réel les superficies cultivées, de mesurer la productivité de l’eau, de diagnostiquer les déficits hydriques et d’estimer les rendements.
« Avancée majeure »
Pour le président directeur général de l’Office du Niger, Badara Aliou Traoré, IPON représente « une avancée majeure qui place l’institution au cœur de l’innovation pour une agriculture irriguée plus performante ».
De son côté, la représentante de la FAO, Dr Virginie Gillet, a rappelé que l’outil est « bien plus qu’un simple logiciel. Il incarne une volonté commune de renforcer la gestion durable de l’eau agricole et de soutenir la prise de décision sur la base de données fiables ».
L’IWMI, à travers son représentant régional adjoint, Dr Sander Zwart, a pour sa part mis en avant la co-conception avec les institutions nationales, gage de pertinence et d’appropriation locale.
Avec l’introduction de l’IPON, l’Office du Niger dispose désormais d’un instrument stratégique pour améliorer l’efficacité de la gestion de l’eau, soutenir la sécurité alimentaire du Mali et accroître la résilience des systèmes agricoles face aux défis climatiques.
Joseph Amara DEMBELE
RDC : Kabila face au poids de la justice congolaise
Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire de Kinshasa a condamné par contumace l’ancien Président Joseph Kabila à la peine de mort pour trahison, crimes de guerre et violation de son devoir de réserve. Au-delà du verdict, les indemnisations exigées et les interrogations sur le processus de réconciliation placent la RDC au cœur d’un débat continental.
C’est une décision qui a stupéfié autant qu’elle a divisé. La justice congolaise a infligé la peine capitale à Joseph Désiré Kabila, à la tête du pays de 2001 à 2019, l’accusant d’avoir facilité l’action du mouvement rebelle M23, d’avoir couvert des violations graves des droits humains dans l’est du Congo et d’avoir manqué à son devoir de réserve après sa présidence. Le jugement va plus loin encore, imposant au condamné le paiement de plus de 33 milliards de dollars de dommages et intérêts aux victimes.
Pour la première fois, un ancien président congolais est jugé par une juridiction militaire nationale. Ce fait inédit nourrit les débats. Est-ce un signal de rupture avec l’impunité des puissants ou une opération politique destinée à solder un passé encombrant ? Plusieurs ONG saluent le principe de la condamnation, tout en exigeant plus de transparence sur les preuves et sur le respect des droits de la défense.
Ce verdict ne survient pas dans un vide politique. La RDC est encore engagée dans des processus de médiation menés à Doha, aux États-Unis et par d’autres partenaires régionaux, qui visent à ramener une paix durable dans l’est du pays, où les violences continuent de décimer les populations. La condamnation de Kabila risque de redistribuer les cartes de ces négociations. Certains y voient une opportunité de tourner la page en posant les bases d’une justice nationale forte, d’autres redoutent au contraire une crispation des clans et un affaiblissement du fragile processus de réconciliation.
Les Congolais, eux, oscillent entre espoir et doute. Beaucoup saluent une justice qui ose s’attaquer à l’un des symboles d’un système ayant engendré tant de souffrances. Mais d’autres craignent que l’histoire ne se répète et que le procès reste un geste spectaculaire sans suite concrète pour la paix et la réconciliation nationale. Comme l’ont montré les cas d’Hissène Habré, d’Omar el-Béchir ou d’Hosni Moubarak, les anciens dirigeants ne rendent que rarement des comptes de manière complète et transparente. La RDC vient de franchir une étape symbolique. Reste à savoir si cette condamnation sera un levier de vérité et de justice ou une nouvelle source de fractures dans un pays qui peine encore à se reconstruire.
MD
Mali – Algérie : Jusqu’où ira la discorde ?
La tension diplomatique entre Bamako et Alger ne faiblit pas depuis l’incident survenu dans la nuit du 31 mars au 1ᵉʳ avril 2025, lorsqu’un drone de reconnaissance malien a été abattu par les forces algériennes près de Tinzaouaten, une zone frontalière stratégique. Le différend est désormais bloqué par le refus de l’Algérie d’accepter la compétence de la Cour internationale de Justice (CIJ).
Selon Bamako, le drone Bayraktar Akıncı menait une mission de surveillance contre des groupes armés près de la frontière et n’a jamais quitté l’espace aérien malien. Les autorités affirment que les débris ont été retrouvés à 9,5 kilomètres à l’intérieur du pays et que les données de trajectoire confirment cette version. Alger soutient de son côté que l’appareil a violé son espace aérien et que son interception relevait de la défense de son territoire.
Le différend a pris une dimension juridique le 4 septembre, lorsque Bamako a annoncé son intention de saisir la Cour internationale de Justice pour violation de sa souveraineté. La CIJ a confirmé avoir reçu la requête introductive d’instance le 16 septembre 2025 et rappelé, dans un communiqué publié le 19, qu’elle ne pouvait se prononcer sur le fond qu’avec l’accord des deux États, condition qu’Alger refuse pour l’instant, laissant la procédure suspendue.
Le 26 septembre, à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a dénoncé ce qu’il qualifie « d’ingérences répétées » de l’Algérie dans les affaires internes du Mali. Dans son intervention, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a pour sa part critiqué la conduite des autorités de transition maliennes, mettant en cause leurs choix politiques et leur attitude vis-à-vis des partenaires régionaux. En réaction à ces propos, la Mission permanente du Mali a réaffirmé que le drone abattu n’avait jamais quitté son espace aérien, soulignant que les données de vol et la localisation de l’épave, retrouvée à 9,5 kilomètres à l’intérieur du pays, contredisent les affirmations algériennes. Le gouvernement indique également avoir réclamé des preuves à Alger, sans obtenir de réponse satisfaisante, estimant que ce silence, combiné au refus d’accepter la compétence de la CIJ, reflète un embarras évident. L’Algérie maintient pour sa part que l’appareil a violé son espace aérien et justifie son interception par la défense de sa souveraineté.
Leviers diplomatiques
Face au blocage juridique, Bamako mise désormais sur la diplomatie pour faire avancer son dossier. Il peut mobiliser ses alliés stratégiques, notamment la Russie, dont les relations économiques et sécuritaires étroites avec Alger – ainsi que son statut de membre permanent du Conseil de sécurité – pourraient lui permettre de peser sur les négociations ou de favoriser un dialogue indirect. Le Mali peut aussi s’appuyer sur la Confédération des États du Sahel (AES), qui réunit Bamako, Niamey et Ouagadougou, afin d’exercer une pression collective sur Alger, au-delà de leur coopération sécuritaire.
Parallèlement, Bamako peut saisir des instances régionales telles que l’Union africaine et ses organes, notamment le Conseil de paix et de sécurité ou la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples, afin de favoriser une médiation ou d’examiner la situation sous l’angle de la protection des droits garantis par la Charte africaine.
D’autres exemples
L’histoire récente montre d’ailleurs que des refus initiaux d’accepter la compétence de la CIJ n’ont pas toujours mis fin aux procédures. Dans les années 1980, les États-Unis avaient rejeté la compétence de la Cour dans leur différend avec le Nicaragua, mais celle-ci a tout de même rendu un jugement en leur absence. Dans l’affaire de la bande d’Aouzou, la Libye avait d’abord refusé de comparaître, avant de conclure un compromis avec le Tchad, permettant une décision en 1994. De même, le différend frontalier entre le Qatar et Bahreïn s’est soldé par un accord en 1997, après des discussions bilatérales.
Au-delà du cadre africain, d’autres mécanismes pacifiques restent envisageables, comme la médiation ou la conciliation sous l’égide des Nations unies, pour tenter d’aboutir à un règlement sans recourir à une procédure judiciaire classique.
Pour l’heure, le dossier est bloqué puisque, sans l’accord de l’Algérie, la CIJ ne peut se prononcer sur le fond. Bamako devra désormais miser sur la mobilisation de ses alliés et les canaux multilatéraux pour faire avancer le différend et défendre sa position.
MD
Droits humains : La situation de protection se dégrade au deuxième trimestre 2025
Le rapport du Cluster Protection pour le deuxième trimestre 2025 révèle une forte dégradation de la situation au Mali, avec une hausse significative des violations des droits humains. Le nombre de violations a plus que doublé par rapport au trimestre précédent, notamment en raison des violences croissantes et des déplacements forcés.
La situation sécuritaire au Mali continue de se détériorer, avec un total de 13 987 violations des droits humains enregistrées, contre 6 591 lors du trimestre précédent. Cette escalade des violences est alimentée par l’utilisation croissante d’engins explosifs improvisés (EEI) et de drones artisanaux, ainsi que par des blocus prolongés qui empêchent l’accès humanitaire et paralysent l’économie.
Le rapport souligne également une hausse de 286% des déplacements forcés, avec 6 765 personnes déplacées, principalement dans la région de Tombouctou. Bien que les violences basées sur le genre aient baissé de 27% par rapport au trimestre précédent, les 905 cas de violences sexuelles et autres formes de violence demeurent élevés, avec des femmes et des filles particulièrement exposées aux violences sexuelles, aux mariages forcés et aux privations de ressources essentielles.
Les violations des droits des enfants ont également augmenté de 318%, affectant 3 915 enfants, principalement en raison des déplacements forcés. Les tensions autour des terres et des propriétés se sont également accrues, avec une hausse de 12% des incidents liés aux expulsions forcées et aux conflits fonciers. Ces tensions, amplifiées par les pressions exercées par les groupes armés sur les agriculteurs et les éleveurs, ont perturbé les moyens de subsistance des populations locales, particulièrement en pleine saison agricole.
Les impacts humanitaires se font ressentir à travers des restrictions d’accès humanitaire et des pénuries alimentaires et médicales dans les zones sous blocus, comme Macina, Niono, Gossi et Ansongo. L’accès humanitaire sécurisé dans ces zones est devenu une priorité pour les acteurs humanitaires, qui appellent à la protection des civils et à un renforcement des actions en faveur des populations vulnérables, notamment les femmes et les enfants.
Le rapport appelle également à un soutien renforcé aux mouvements féministes locaux pour garantir la protection des femmes et des enfants, en mettant l’accent sur le financement des services médicaux, juridiques et psychosociaux pour les victimes de violences basées sur le genre.
Mali – France : Le divorce sécuritaire consommé
La France a annoncé le 19 septembre la suspension de sa coopération antiterroriste avec le Mali, invoquant l’arrestation d’un ressortissant français à Bamako en août. Cette décision marque la fin du dernier canal sécuritaire entre les deux pays, après plus d’une décennie de coopération militaire suivie d’une séparation progressive.
Tout est parti du 14 août 2025, lorsque les autorités maliennes ont annoncé l’arrestation d’un Français soupçonné d’être un agent travaillant pour les services de renseignements de Paris et accusé d’avoir participé à une tentative de déstabilisation des Institutions de la République. Pour Bamako, cette affaire est présentée comme une preuve supplémentaire de l’ingérence étrangère de la France, dans un contexte de défiance déjà très marqué.
La France a immédiatement réagi en dénonçant des « accusations sans fondement » et en rappelant que la personne arrêtée était un membre de son ambassade dûment accrédité par les autorités maliennes. Le Quai d’Orsay a exigé sa libération immédiate et dénoncé une violation flagrante du droit international. « Le Mali viole délibérément une des règles les plus fondamentales du droit international, s’agissant d’un agent diplomatique dûment accrédité par les autorités maliennes », a fustigé une source diplomatique française.
« Face à un acte d’une telle gravité et d’une telle hostilité, la France a décidé de suspendre la coopération avec le Mali dans le cadre de la lutte contre le terrorisme dans ce pays, à laquelle contribuait jusqu’à son arrestation l’agent arbitrairement détenu », a poursuivi cette source.
Dans la foulée, la crise a pris un tour encore plus frontal sur le plan diplomatique. Bamako a déclaré persona non grata cinq employés de l’ambassade de France, les sommant de quitter le pays. En représailles, Paris a expulsé deux diplomates maliens en poste à Paris, identifiés par plusieurs sources comme Ousmane Houmani Camara, Lieutenant-colonel de gendarmerie affecté à la section consulaire et Batné Ould Bouh Coulibaly, Contrôleur général de police. Tous deux sont présentés comme liés aux services de renseignement maliens.
Des conséquences limitées sur le plan opérationnel
L’impact de la suspension de la coopération antiterroriste entre la France et le Mali reste limité sur le terrain. Comme le rappellent plusieurs observateurs, la France n’a plus de présence militaire au Mali depuis 2022. « Cette décision est avant tout symbolique, les deux pays n’ayant plus de collaboration opérationnelle sur le terrain depuis le retrait des forces françaises », explique un analyste sécuritaire.
Depuis plusieurs années déjà, les Forces armées maliennes (FAMa) conduisent seules leurs opérations, appuyées par leurs nouveaux partenaires étrangers, principalement russes. L’acquisition de drones, d’autres matériels militaires de pointe et un appui technique extérieur leur ont permis d’engranger des victoires lors de plusieurs offensives contre les groupes armés terroristes et de reprendre le contrôle de larges zones du territoire national.
Si la suspension française prive Bamako d’un accès à certaines sources de renseignement sophistiquées, elle ne modifie pas fondamentalement la conduite de la guerre contre les groupes terroristes. Selon certains observateurs, cette décision n’affaiblira pas la capacité des FAMa à poursuivre leurs opérations. « La vérité, c’est que cette prétendue coopération n’a jamais été une alliance, mais une tutelle déguisée. Sa fin ne doit pas être perçue comme une perte, mais comme une libération », estime Mohamed Famakan Keïta, analyste politique.
Une décennie de coopération militaire intense
Avant la dégradation continue des relations entre Bamako et Paris depuis 2021, le Mali et la France entretenaient un partenariat sécuritaire stratégique. En janvier 2013, la France déclenche l’opération Serval, sur demande de Bamako, pour empêcher l’effondrement du pays face à l’avancée des groupes terroristes et indépendantistes. En quelques semaines, les troupes françaises, appuyées par des forces africaines, libèrent plusieurs villes du Nord. L’opération est saluée comme un succès militaire, rétablissant provisoirement la stabilité dans le Septentrion malien.
Dès 2014, Serval cède la place à Barkhane, une force régionale élargie à cinq pays du Sahel, avec une forte présence au Mali. La coopération sécuritaire franco-malienne s’organise alors autour d’opérations conjointes, de formations, de l’équipement des forces armées maliennes et du partage de renseignements. Sur le plan tactique, les résultats sont réels, puisque des chefs terroristes sont neutralisés, que les FAMa acquièrent de l’expérience et que les opérations aériennes françaises empêchent de nouvelles percées vers le Sud.
La fin du partenariat de terrain en 2022
Malgré l’engagement massif de la France, l’insécurité ne cesse de s’étendre, notamment dans le centre du pays, où les tensions communautaires se mêlent à l’action des groupes armés. Les critiques se multiplient contre la France, accusée d’inefficacité. Le sentiment populaire se retourne et le coup d’État 2021 accélère la rupture.
Les militaires au pouvoir, portés par un discours souverainiste, dénoncent la tutelle française et cherchent de nouveaux partenaires. L’arrivée d’instructeurs russes dans le pays, présentés par Bamako comme des formateurs officiels mais perçus par Paris comme des membres du groupe paramilitaire Wagner, accentue la fracture.
En juin de la même année, le Président français Emmanuel Macron annonce la réorganisation du dispositif Barkhane, prélude à un retrait progressif. Le départ du dernier soldat français marque la fin de la coopération militaire directe en août 2022.
Malgré ce divorce, un canal discret subsistait, celui du renseignement antiterroriste. Paris et Bamako continuaient d’échanger des informations sensibles, notamment des écoutes téléphoniques sur les communications de groupes armés opérant au Sahel. Cette coopération, quoique discrète, consistait en fournir des renseignements et une assistance technique limitée.
Pour les FAMa, ces informations constituaient un atout, même si elles avaient appris à conduire leurs opérations de manière autonome. Pour Paris, ce partage offrait encore un regard sur une zone toujours stratégique pour ses intérêts.
Un bilan contrasté
Le bilan de la coopération sécuritaire entre le Mali et la France est contrasté. D’un côté, l’intervention française a sauvé le Mali d’un effondrement militaire en 2013 et permis des succès tactiques importants. Les FAMa ont bénéficié d’un renforcement de leurs capacités et d’un accompagnement dans la formation.
De l’autre, l’incapacité à stabiliser durablement le pays et à contenir la progression du terrorisme a nourri le sentiment d’échec. Pour Paris, l’aventure malienne s’est transformée en bourbier, illustrant les limites de son modèle d’intervention au Sahel. Pour Bamako, l’allié d’hier est devenu un symbole de dépendance à dépasser.
Une succession de crises diplomatiques depuis 2022
La suspension de la coopération antiterroriste entre la France et le Mali n’est en réalité que l’ultime épisode d’une série de tensions récurrentes qui ont jalonné les relations entre Bamako et Paris ces dernières années.
Le 31 janvier 2022, le Mali frappe un grand coup diplomatique en expulsant l’ambassadeur de France, Joël Meyer, après des propos jugés « hostiles et condescendants » tenus par des responsables français sur la légitimité des autorités de la Transition. Cette expulsion, rarissime entre deux pays liés par une longue histoire de coopération, marque une rupture symbolique profonde.
Quelques mois plus tard, le 2 mai 2022, Bamako franchit une étape supplémentaire en dénonçant officiellement les accords de défense qui le liaient à la France et à ses partenaires européens, notamment ceux engagés dans la Task Force Takuba. Ce geste traduisait la volonté assumée des autorités maliennes de tourner la page du partenariat militaire occidental et d’affirmer leur souveraineté sécuritaire.
Les tensions se sont poursuivies sur le terrain diplomatique et consulaire. Le 10 août 2023, Paris et Bamako suspendent réciproquement la délivrance de visas pour leurs ressortissants, une mesure, aux importantes conséquences directes pour des milliers de familles et d’étudiants, qui témoigne du niveau de défiance atteint entre les deux capitales. Le 16 septembre 2023, la France va plus loin en suspendant l’octroi de visas étudiants pour les ressortissants du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Ces suspensions ont duré plusieurs mois avant leur levée à partir d’avril 2024.
Avec l’arrestation d’un agent français, les expulsions croisées de diplomates et la suspension de la coopération antiterroriste, le dernier lien sécuritaire entre Bamako et Paris a volé en éclats. Le divorce, désormais consommé, illustre la rupture profonde entre deux pays liés hier par une histoire militaire et diplomatique intense mais aujourd’hui enfermés dans une défiance réciproque.
Mohamed Kenouvi
Femmes, Paix et Sécurité : Appel à la solidarité avec les femmes du Mali en zone de conflit
À l’occasion des débats annuels de l’ONU sur la question « Femmes, paix et sécurité » le 29 septembre, un groupe d’organisations féministes et de défense des droits humains a adressé une lettre ouverte aux représentants permanents de l’ONU. L’objectif est de rappeler l’importance de renforcer et protéger le programme Femmes, Paix et Sécurité (WPS), qui célèbre cette année ses 25 ans.
Rentrée scolaire 2025-2026 : plus de 2 000 écoles non fonctionnelles
Dissolution des partis : la requête déclarée irrecevable
Le 1er octobre 2025, le Tribunal de grande instance de la Commune VI de Bamako a rendu sa décision très attendue dans le dossier relatif à la dissolution de plusieurs partis politiques intervenue en mai dernier. Dans son jugement, la juridiction a déclaré la requête introduite par les représentants des formations dissoutes irrecevable, estimant qu’il n’y avait pas lieu de statuer sur le fond de l’affaire.
Cette procédure judiciaire trouve son origine dans le décret pris par les autorités de transition le 13 mai 2025, ordonnant la dissolution de l’ensemble des partis politiques et associations à caractère politique. Présentée par le gouvernement comme une mesure nécessaire pour réorganiser la vie politique nationale, cette décision avait aussitôt suscité de vives contestations. Plusieurs formations dissoutes avaient saisi différentes juridictions de la capitale pour contester la légalité du décret et en demander l’annulation, invoquant notamment la Constitution malienne qui garantit la liberté d’association et le droit de participation politique.
Depuis cette date, plusieurs tribunaux de Bamako ont été saisis de recours similaires. Certains se sont déclarés incompétents pour examiner le fond du dossier, considérant que le contrôle de constitutionnalité relevait d’autres juridictions. D’autres ont ordonné des mesures provisoires ou suspendu temporairement les effets du décret. La décision rendue par le Tribunal de la Commune VI s’inscrit dans ce contexte judiciaire complexe et très suivi.
En déclarant la requête irrecevable, la juridiction n’a pas examiné les arguments présentés par les plaignants. Selon des sources proches du dossier, l’irrecevabilité serait liée à des questions de procédure, notamment au défaut de qualité pour agir de certains requérants ou à des irrégularités formelles dans l’introduction de la demande. Le tribunal a ainsi considéré qu’il ne pouvait pas se prononcer sur le fond et a précisé qu’il n’y avait pas lieu de statuer.
Cette décision ne met toutefois pas un terme à l’affaire. Les avocats des formations politiques concernées ont indiqué qu’ils envisageaient d’interjeter appel, ce qui ouvrirait la voie à un nouvel examen du dossier par une juridiction supérieure. Parallèlement, d’autres procédures demeurent en cours, notamment devant la Cour suprême et la Cour constitutionnelle, qui pourraient être amenées à se prononcer sur la légalité du décret de dissolution.
L’enjeu dépasse largement le cadre judiciaire. La dissolution des partis politiques constitue l’un des épisodes les plus marquants de la période de transition en cours au Mali. Elle a profondément transformé le paysage politique national et suscité des interrogations sur l’avenir du pluralisme et de la participation citoyenne. Si la décision rendue le 1er octobre confirme que le tribunal de la Commune VI ne statuera pas sur le fond, le débat juridique et politique autour de cette mesure reste ouvert et pourrait se prolonger dans les mois à venir devant les plus hautes instances judiciaires du pays.
Besoins humanitaires : MSF renforce ses actions face à l’effondrement des financements
Dans un contexte marqué par la baisse des financements institutionnels et l’insécurité, Médecins Sans Frontières intensifie ses interventions dans plusieurs régions pour garantir l’accès aux soins dans les zones les plus vulnérables. L’organisation appuie désormais davantage de centres de santé communautaires afin de combler les vides laissés par le retrait d’autres acteurs.
La crise humanitaire s’aggrave alors que les besoins explosent et que les ressources se tarissent. Selon la Coordination des affaires humanitaires (OCHA), 6,4 millions de personnes nécessitent une assistance multisectorielle en 2025. Pour y répondre, le gouvernement et ses partenaires avaient sollicité 771,3 millions de dollars afin d’apporter une aide à 4,7 millions de personnes vulnérables. Mais à la fin août, seulement 13,5 % de ce montant avait été mobilisé, dont 21,7 % pour la santé et 9,3 % pour la nutrition. L’arrêt brutal de l’aide américaine et la suspension de nombreux financements institutionnels ont encore aggravé la situation.
Cette chute des ressources a conduit plusieurs organisations à réduire ou à suspendre leurs activités. Dans les régions d’Ansongo, Kidal, Tombouctou, Douentza, Ténenkou ou Nampala, « certaines organisations humanitaires n’ont pas eu d’autres choix que de restreindre leurs soutiens et leurs interventions à cause de l’insécurité permanente et de récentes réductions budgétaires », explique Désiré Kimanuka, chef de mission de MSF au Mali. Les conséquences sont lourdes pour les communautés, privées d’une assistance vitale, alors que les déplacements de populations s’intensifient. Début septembre, dans le cercle de Niono, les habitants de Farabougou ont fui vers Dogofry et Sokolo, accentuant la pression sur les structures sanitaires.
Face à cette situation, MSF, dont plus de 90 % du financement provient de donateurs privés, intensifie sa présence pour combler les vides laissés par d’autres acteurs. « Face à la réduction de la réponse humanitaire dans certaines localités, nous avons décidé de renforcer notre intervention dans les structures communautaires afin de garantir la continuité de l’accès aux soins », précise Désiré Kimanuka. L’organisation soutient désormais plusieurs CSCOM dans les cercles d’Ansongo, Niafounké, Ténenkou, Niono et Douentza, en fournissant des soins de santé maternelle, des services nutritionnels, des soins pédiatriques, des activités de santé mentale, la prise en charge des victimes de violences ainsi que des références de cas graves.
Cet appui a permis d’augmenter considérablement la capacité de prise en charge des structures locales. « Avant notre partenariat, nous effectuions entre 200 et 300 consultations par semaine. Aujourd’hui, nous dépassons les 1 000 », témoigne Kadia Coulibaly, directrice technique du centre de santé communautaire central de Ténenkou. Entre janvier et juillet 2025, les neuf CSCOM soutenus par MSF ont réalisé 18 094 consultations générales, traité 14 392 enfants atteints de paludisme, soigné 11 849 cas de malnutrition, supervisé 262 accouchements et assuré 286 références vers des structures de santé de référence.
Dans un contexte d’insécurité persistante, de pressions financières accrues et d’effondrement de l’aide internationale, ces efforts permettent de maintenir un accès minimal aux soins dans des zones reculées et délaissées. Mais les besoins continuent d’augmenter, et la dépendance vis-à-vis d’organisations comme MSF ne cesse de croître, révélant la fragilité structurelle du système de santé face aux crises cumulées.
Barrick : changement de direction en pleine bataille judiciaire avec l’État malien
Le géant canadien de l’or Barrick Gold Corporation a annoncé ce 29 septembre la nomination de Mark Hill au poste de PDG par intérim. Depuis juin, le complexe Loulo-Gounkoto, l’un de ses plus importants sites d’exploitation en Afrique de l’Ouest, est placé sous administration provisoire avec Soumana Makadji à sa tête.
L’entreprise, considérée comme l’un des plus grands producteurs d’or au monde et un acteur majeur du secteur minier malien, traverse une étape décisive dans un contexte de contentieux avec l’État malien, actuellement examiné devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). Le différend porte sur l’interprétation de clauses fiscales et contractuelles liées à ses activités aurifères, alors que Bamako a engagé une révision de ses accords miniers afin de renforcer la part de l’État dans l’exploitation des ressources naturelles.
Le conseil d’administration de Barrick a confirmé ce lundi la désignation de Mark Hill au poste de directeur des opérations et de président-directeur général par intérim, en remplacement de Mark Bristow, qui quitte ses fonctions après près de sept ans à la tête du groupe. Hill, en poste depuis 2006, a piloté plusieurs projets stratégiques dans différentes régions et aura pour mission d’assurer la transition jusqu’à la nomination d’un successeur permanent.
Le 16 juin 2025, le Tribunal de commerce de Bamako a ordonné la mise sous administration provisoire du complexe Loulo-Gounkoto pour une période de six mois. La gestion des opérations a été confiée à Soumana Makadji, chargé d’assurer la supervision quotidienne et de maintenir le dialogue avec les autorités nationales jusqu’à la résolution du contentieux.
Le litige porte notamment sur des arriérés fiscaux et dividendes non versés, estimés à environ 300 milliards de francs CFA (512 millions de dollars), réclamés par l’État malien. Barrick affirme pour sa part avoir déjà versé 50 milliards de francs CFA (environ 85 millions de dollars) à titre de paiement partiel, tout en contestant le reste des montants devant les juridictions compétentes.
Dans le cadre de la procédure engagée devant le CIRDI, l’État malien a désigné Sidibi Darankoum, enseignant de droit à l’Université de Montréal et ancien secrétaire permanent de l’OHADA (2019-2023), comme arbitre et conseil dans ce dossier. Barrick a pour sa part nommé Me Eric Schwartz, avocat spécialisé en arbitrage international. Conformément aux règles de l’arbitrage, un président du tribunal doit encore être désigné conjointement par les deux parties avant l’ouverture des audiences.
Barrick demeure l’un des plus importants investisseurs étrangers dans le secteur aurifère malien, ses activités représentant une part significative des recettes d’exportation. L’entreprise affirme respecter ses engagements contractuels et se dit déterminée à poursuivre ses opérations dans un environnement juridique stable.
La procédure en cours pourrait redéfinir les relations entre l’État et les sociétés minières opérant au Mali. Aucun calendrier précis n’a pour l’heure été communiqué quant à la suite du dossier, et ni Barrick ni les autorités n’ont fourni de commentaires détaillés sur l’évolution des discussions.
Depuis sa fusion avec Randgold en 2019, Barrick a investi dans plusieurs projets majeurs en Afrique et versé plus de 6,7 milliards de dollars à ses actionnaires, tout en réduisant significativement son endettement. L’issue du contentieux en cours sera déterminante pour l’avenir de ses activités au Mali et pour l’équilibre des relations entre l’État et les investisseurs internationaux dans le secteur minier.
