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Travail des enfants : Protéger sans ignorer la pauvreté
À l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, célébrée chaque 12 juin, il faut rappeler que le Mali reste confronté à un phénomène qui touche l’école, la santé et l’avenir de millions d’enfants. Malgré les textes, la pauvreté, l’insécurité, la déscolarisation et certaines pratiques sociales entretiennent un travail précoce dont la fin exige l’application des lois, mais aussi des alternatives durables pour les familles.
Au Mali, le travail des enfants s’observe partout, même si son ampleur est plus forte en milieu rural. Selon l’Enquête modulaire sur le travail des enfants, EMTE 2020, menée par l’Institut national de la statistique avec l’appui du Bureau international du Travail, 35% des enfants de 5 à 17 ans travaillent, soit 2,5 millions de personnes. Parmi eux, 2 millions sont astreints au travail des enfants à abolir et 1,7 million effectuent des travaux dangereux.
Ces chiffres rappellent l’urgence des actions à entreprendre. Le travail des enfants concerne les activités exercées par les moins de 18 ans lorsque celles-ci compromettent leur scolarité, leur santé, leur sécurité ou leur développement. Dans un contexte de pauvreté persistante, sortir les enfants du cercle du travail reste un défi majeur. Lorsque la récolte baisse, que l’école ferme, que l’insécurité bouleverse les moyens de subsistance ou que les parents n’ont pas d’activité stable, l’enfant devient parfois une main-d’œuvre disponible. Son travail est souvent présenté comme une aide, alors qu’il peut vite devenir une privation d’enfance.
Cadre légal
Le Mali a ratifié la Convention n°138 de l’Organisation internationale du Travail sur l’âge minimum d’admission à l’emploi et la Convention n°182 sur les pires formes de travail des enfants. Cet arsenal est complété par le Code du travail, le décret n°96-178/P-RM du 13 juin 1996 et l’arrêté n°2017-4388/MTFP-SG du 29 décembre 2017 sur les travaux dangereux interdits aux moins de 18 ans.
Conformément à cette législation, le travail des enfants à abolir concerne les enfants trop jeunes pour travailler, ceux qui exercent des activités au-delà des travaux légers autorisés, ainsi que les adolescents de 15 à 17 ans engagés dans des travaux dangereux. Le nouveau Code pénal de 2024 renforce aussi la répression de certaines formes d’exploitation touchant les enfants, notamment la traite, le travail forcé, la mendicité forcée, l’esclavage, la servitude et le recrutement d’enfants dans les conflits armés. Mais ces avancées doivent encore se traduire par une application effective sur le terrain.
La responsabilité de l’État ne s’arrête donc pas à l’adoption des lois. Elle se mesure aussi à leur application dans les champs, les marchés, les maisons, les sites d’orpaillage, les ateliers et les zones de déplacement. Dans son rapport 2024 sur les pires formes de travail des enfants, le Département américain du Travail estime que le Mali n’a réalisé que des progrès minimaux, malgré certaines avancées législatives. Le même rapport relève l’insuffisance des services sociaux et de réhabilitation, ainsi que l’absence d’une politique couvrant toutes les pires formes de travail des enfants.
Inégales vulnérabilités
Les enfants au travail subissent tous les impacts négatifs du phénomène, mais l’âge, le sexe et le lieu de résidence accentuent les risques. Selon l’INSTAT, environ 20% des enfants de 5 à 17 ans travaillent uniquement, tandis que 15,5% combinent travail et école. Parmi les autres, une partie va à l’école à plein temps, tandis que beaucoup ne sont ni à l’école ni au travail.
Le phénomène est plus marqué en milieu rural. Environ 40,1% des enfants y travaillent ou combinent travail et école, contre 18,6% en milieu urbain. Cette différence s’explique par le poids des activités agricoles, de l’élevage, de la pêche, de la collecte du bois, du petit commerce et de l’orpaillage artisanal. Dans les zones cotonnières, les enfants peuvent être exposés aux charges lourdes, aux outils coupants ou aux pesticides.
L’orpaillage constitue l’un des secteurs les plus préoccupants. Le Département américain du Travail estime que plus de 45 000 enfants seraient impliqués dans l’orpaillage artisanal au Mali. Ils y sont exposés à des substances toxiques, à la poussière, aux longues heures de travail, aux charges lourdes, aux fortes chaleurs et aux risques d’éboulement. Ces enfants transportent de l’eau, concassent des pierres, tamisent ou assistent les adultes, souvent au détriment de l’école et de leur santé.
Cette aggravation est également relevée par des acteurs nationaux. Le Directeur de la Cellule nationale de lutte contre le travail des enfants, Amadou Thiam, alertait sur le fait que « les travaux dangereux auxquels les enfants sont astreints prennent de l’ampleur au Mali ». Cette observation donne un poids particulier aux secteurs les plus exposés, notamment l’agriculture, l’orpaillage, la domesticité et la mendicité forcée.
La crise sécuritaire aggrave la situation. Selon l’UNICEF, plus de 2 320 écoles fermées perturbent la scolarité d’environ 696 000 enfants et affectent près de 13 920 enseignants. En 2026, près de 2 millions d’enfants auraient besoin d’un appui éducatif. Lorsque l’école disparaît du quotidien, le travail précoce progresse plus facilement, surtout dans les familles déplacées ou accueillies par des communautés déjà fragilisées.
Les filles restent très exposées. Leur travail est souvent moins visible, car il se déroule dans la maison, chez des parents ou chez des employeurs privés. À Bamako et dans d’autres villes, des jeunes filles venues de zones rurales travaillent comme aides domestiques, parfois avant 15 ans, sans contrat, sans horaires clairs et sans protection. Cette domesticité précoce compromet leur scolarité, leur santé et leur autonomie future.
Réticences
Pour sortir les enfants du travail, la sensibilisation est indispensable, mais elle ne suffit pas. Pour plusieurs parents, le travail de l’enfant constitue une source de revenus ou d’économies dont la famille peut difficilement se passer. Un enfant qui garde les animaux, aide au champ, vend dans la rue ou travaille dans une maison permet parfois au ménage de survivre. Demander aux familles de renoncer à cette contribution sans leur offrir une alternative économique risque donc de produire peu d’effets.
Il faut aussi tenir compte des représentations sociales. Dans certains milieux, le travail précoce est perçu comme une forme d’éducation ou de préparation à la vie adulte. La frontière entre aide familiale et exploitation devient alors difficile à tracer. Le défi est de convaincre, de protéger sans ignorer la pauvreté et de rappeler que l’apprentissage ne doit jamais mettre en danger l’enfant ni l’éloigner durablement de l’école.
Pistes de solutions
L’État a accompli des progrès avec la mise en place de mécanismes de lutte contre le travail des enfants. La Cellule nationale de lutte contre le travail des enfants, rattachée à la Direction nationale du Travail, constitue un outil de coordination et de suivi. Mais cet outil ne peut produire des résultats que s’il dispose de moyens suffisants, d’une présence dans les régions et d’une capacité à travailler avec les inspections du travail, les écoles, les collectivités, les services sociaux, les ONG et la justice.
L’une des mesures utiles est la Stratégie de scolarisation accélérée passerelle, qui donne aux enfants non scolarisés ou en abandon scolaire une seconde chance pour réintégrer le système formel. Initiée par la Fondation Strømme, elle a été expérimentée à partir de 2004. En 2011, les ONG GRAADECOM et CAEB, agréées par le ministère de l’Éducation, ont ouvert 100 centres dans les cercles de Kati, Kolokani, Banamba et Bougouni.
Ces programmes doivent être renforcés et adaptés aux zones touchées par l’insécurité, l’orpaillage et les migrations saisonnières. Mais ils doivent aller avec des cantines scolaires, des fournitures, des appuis aux familles vulnérables, des activités génératrices de revenus pour les parents et un meilleur accès à la protection sociale. La lutte contre le travail des enfants passe aussi par le travail décent des adultes.
Le 12 juin doit donc être plus qu’une date de rappel. Protéger les enfants exige de faire respecter la loi, de fermer les portes de l’exploitation et de rouvrir celles de l’école. Mais cela exige aussi d’aider les familles à vivre sans dépendre du travail de leurs enfants. C’est à ce prix que le Mali pourra offrir une alternative durable à ceux qui travaillent trop tôt.
Mauritanie-Mali-Sénégal : lancement d’un projet transfrontalier pour renforcer la gestion de l’eau
Les Nations Unies ont déclaré que la Mauritanie, le Mali et le Sénégal ont lancé un projet transfrontalier d’une valeur de sept millions de dollars visant à renforcer la gestion de l’eau et à réduire les conflits liés à sa rareté dans les zones frontalières, un projet, qui sera mis en œuvre dans un délai de 24 mois et qui bénéficiera directement à plus de 151 000 personnes.
Rentrée scolaire 2025-2026 : plus de 2 000 écoles non fonctionnelles
UNICEF alerte : six millions d’enfants menacés de déscolarisation d’ici 2026
UNICEF alerte : six millions d’enfants menacés de déscolarisation d’ici 2026
Dans un rapport publié le 2 septembre 2025, l’UNICEF tire la sonnette d’alarme sur la baisse drastique des financements mondiaux pour l’éducation. L’organisation prévient que six millions d’enfants supplémentaires pourraient être privés d’école, portant à 278 millions le nombre d’élèves non scolarisés à travers le monde.
Mali – FMI 2025 : Vers des réformes indispensables pour un développement durable
Le Fonds monétaire international (FMI) a clôturé ses consultations annuelles avec le Mali le 30 juillet 2025. Malgré une croissance économique estimée à 5%, plusieurs réformes structurelles sont indispensables pour assurer un développement équitable et résilient face aux défis actuels.
Selon le FMI, « l’économie malienne affiche une certaine résilience malgré des vents contraires majeurs ». La croissance prévue pour 2025 est soutenue par la bonne performance du secteur agricole, le démarrage progressif de l’exploitation du lithium, ainsi qu’une bonne dynamique dans les services.
Cependant, ces perspectives positives sont fragilisées par des contraintes immédiates, telles que la baisse de l’aide extérieure, la chute de la production aurifère et la fermeture de la plus grande mine d’or. La normalisation des activités pourrait toutefois favoriser un rebond de la croissance à 5,4% en 2026.
Au plan budgétaire, le déficit est anticipé à 3,4% du PIB en 2025, affecté par les dépenses liées à la gestion des inondations persistantes.
Des réformes prioritaires à engager
L’objectif est de ramener le déficit budgétaire à 3%, conformément aux critères de convergence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le FMI recommande au gouvernement malien de se concentrer sur l’amélioration des recettes internes et une gestion rigoureuse des ressources pour préserver l’investissement public.
Un enjeu humanitaire majeur nécessite également une attention urgente. Environ 6 millions de Maliens, selon l’UNICEF, auraient besoin d’assistance en raison de situations de fragilité, notamment parmi les populations déplacées. La lutte contre la pauvreté et la protection sociale demeurent des priorités pressantes.
Le FMI salue les progrès accomplis, comme la sortie récente du Mali de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), valorisant les actions contre le blanchiment d’argent. Il encourage la poursuite de l’assainissement du climat des affaires, avec un accent sur la lutte contre la corruption, le renforcement des déclarations de patrimoine, une meilleure régulation du secteur minier et un contrôle accru des entreprises publiques.
Pour réaliser les ambitions du programme national « Mali 2063 », visant une croissance annuelle de 10% à partir de 2030, le pays doit lever les goulets d’étranglement à la croissance. Cela passe par des réformes audacieuses dans la gestion publique, une adaptation renforcée au changement climatique et une diversification accrue de l’économie.
Aujourd’hui, plus de 45% des Maliens vivent sous le seuil de pauvreté. Selon le plan de réponse humanitaire, 6,4 millions de personnes, soit 27,7% de la population, nécessitent une aide multisectorielle.
Fatoumata Maguiraga
Indicateurs clés 2025
– Croissance du PIB : 5%
– Inflation : 3,5%
– Dette publique : 50,5% du PIB
Enregistrement des naissances : De lents progrès
L’enregistrement des naissances a connu une augmentation, bien qu’il reste des défis à relever. En effet, 13% des enfants au Mali ne sont pas enregistrés à la naissance, selon le rapport de l’UNICEF intitulé « Un bon départ dans la vie ».
Cette situation prive des millions de filles et de garçons d’une identité juridique, les exposant ainsi à des vulnérabilités. C’est pourquoi le Comité des droits de l’enfant incite les autorités à adopter des mesures telles que la numérisation des enregistrements ou des dispositions spécifiques concernant les enfants réfugiés et les déplacés internes.
Dans son état des lieux de l’enregistrement des naissances dans le monde, l’UNICEF estime que plus de 500 millions d’enfants âgés de moins de 5 ans ont été enregistrés à la naissance au cours des cinq dernières années. Bien que le taux mondial d’enregistrement des naissances ait atteint 77%, contre 75% en 2019, environ 150 millions d’enfants de moins de 5 ans n’ont pas été déclarés et demeurent invisibles pour les systèmes gouvernementaux, selon le fonds.
Par ailleurs, plus de 50 millions d’enfants dont la naissance a été déclarée ne possèdent pas d’acte de naissance. Cet acte fondamental garantit pourtant à l’enfant une reconnaissance juridique, lui conférant une protection contre les mauvais traitements et l’exploitation, ainsi que l’accès à des droits essentiels, tels que l’éducation et la santé.
Redoubler d’efforts
Si l’UNICEF se félicite des progrès réalisés, l’organisation invite les décideurs à redoubler d’efforts afin que chaque enfant, partout dans le monde, soit enregistré à la naissance. Les progrès et les améliorations varient considérablement dans les régions d’Afrique subsaharienne. Alors que l’Afrique australe enregistre un taux de 88%, l’Afrique de l’Ouest a connu la meilleure amélioration en 15 ans, atteignant un taux de 63%, tandis que l’Afrique de l’Est est à la traîne avec seulement 41%.
Au Mali, 87% des enfants de moins d’un an sont enregistrés à la naissance. Bien que cette amélioration soit significative, elle présente des disparités qui nécessitent un suivi pour relever les défis restants. Depuis 2022, l’UNICEF accompagne les initiatives du gouvernement pour numériser l’enregistrement des naissances. Ce processus a connu des avancées grâce à l’approbation d’un projet de plateforme regroupant les principaux événements de l’état-civil (naissance, mariage, décès). Cette plateforme, conçue après consultation des parties prenantes du système des faits d’état-civil, constitue la première entièrement dédiée, répondant aux besoins des usagers et aux normes internationales ainsi qu’au cadre légal. Le système pilote a été mis en place dans 10 zones regroupant les centres d’état-civil, les structures de santé et les tribunaux. Selon le représentant de l’UNICEF au Mali, cette étape permettra d’accélérer les efforts vers l’enregistrement universel.



