Détention provisoire : Le grand embouteillage carcéral

Publié le 6 octobre 2026, le rapport 2025 du Mécanisme national de prévention de la torture (MNP) de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) met en lumière une forte surpopulation dans plusieurs prisons maliennes. À la Maison centrale d’arrêt de Bamako, 3 956 détenus occupaient fin 2025 un établissement prévu pour 400 places, soit un taux d’occupation de 989%. Une pression largement alimentée par le poids de la détention provisoire.

Le phénomène ne se limite pas à la capitale. À Kayes, 462 détenus se partageaient 150 places fin 2025, soit un taux d’occupation de 308%. À Gao, l’établissement en accueillait 262 pour une capacité de 180. Dans plusieurs prisons, les effectifs dépassaient ainsi largement les capacités théoriques d’accueil. Ces niveaux réduisent l’espace disponible, compliquent la séparation entre les différentes catégories de détenus et pèsent sur les services essentiels.

Au-delà du manque de places, le rapport documente surtout la composition de la population carcérale. À Bamako, sur les 3 956 personnes détenues, seules 496 avaient été condamnées, contre 1 548 inculpés et 1 912 prévenus. Autrement dit, près de 9 détenus sur 10 n’avaient pas encore fait l’objet d’une condamnation. À Kéniéba, seuls 49 détenus sur 269 étaient condamnés. À Mopti, ils étaient 124 sur 255, tandis que les 20 détenus recensés à Toukoto étaient tous en détention provisoire.

Pour le Dr Boubacar Bocoum, enseignant-chercheur à la Faculté de Droit privé de l’Université Kurukanfuga de Bamako et Secrétaire général adjoint de l’Association malienne de droit pénal, ces chiffres déplacent le débat. « Lorsqu’une proportion aussi importante de la population carcérale est constituée de personnes en attente de jugement, la question devient avant tout celle du recours à la détention provisoire, de la durée des procédures et de la capacité de la justice à traiter les dossiers dans un délai raisonnable », estime-t-il.

Le nouveau Code à l’épreuve de la pratique

Le nouveau Code de procédure pénale a pourtant renforcé les garde-fous. Son article 269 dispose que l’inculpé, présumé innocent, reste libre et peut être soumis au contrôle judiciaire, la détention provisoire n’intervenant qu’à titre exceptionnel. L’article 270 exige des éléments précis et circonstanciés pour justifier un placement ou une prolongation en détention et prévoit que cette mesure doit constituer l’unique moyen d’atteindre les objectifs recherchés. L’article 271 impose en outre que l’ordonnance de placement soit spécialement motivée au regard des éléments propres au dossier.

Boubacar Bocoum y voit une évolution importante. À ses yeux, le nouveau dispositif inverse la logique jusque-là dominante : il ne s’agit plus de rechercher les raisons permettant de remettre un inculpé en liberté, mais de démontrer pourquoi son maintien en détention est nécessaire. Le texte prévoit également le contrôle judiciaire, avec des obligations allant de la limitation des déplacements au port d’un dispositif électronique. Le Code pénal de 2024 confirme par ailleurs le Travail d’Intérêt Général (TIG) comme peine alternative à l’emprisonnement pour les délits passibles d’une peine maximale de 2 ans.

Cependant, entre les textes et leur application, l’écart demeure. Au moment de nos entretiens, le Collège des libertés et de la détention, chargé d’ordonner ou de prolonger les détentions provisoires et de statuer sur les demandes de mise en liberté, n’était pas encore opérationnel. L’un des principaux mécanismes de contrôle prévus par le nouveau Code est donc non appliqué.

Me Seydou Doumbia, avocat et Président d’Avocats sans frontières Mali, relève lui aussi les avancées du nouveau cadre juridique, mais insiste sur les contraintes de mise en œuvre. Il cite notamment les Chambres criminelles instituées auprès des Tribunaux de grande instance, qui devraient réduire les délais autrefois liés aux sessions des Cours d’assises. « On peut espérer que, par le fonctionnement normal de ces Chambres criminelles, le temps anormalement long de la détention provisoire va se réduire », confie-t-il.

Des procédures encore trop lentes

Le problème est aussi celui des moyens humains. Les cabinets d’instruction sont souvent engorgés, observe l’avocat, avec pour conséquences des retards dans le traitement des dossiers et, parfois, le non renouvellement de certains mandats dans les délais. Il plaide également pour une meilleure orientation des procédures, notamment un recours plus fréquent aux citations directes et aux procédures de flagrance lorsque les dossiers s’y prêtent.

La CNDH a précisément documenté l’ampleur de ces dépassements. Fin 2025, elle relevait 119 cas de dépassement des délais de détention provisoire à la MCA de Bamako, 32 à Kayes, 26 au centre pour femmes de Bollé, 19 à Kita et 10 à Kéniéba. Le centre pour mineurs de Bollé comptait également 10 cas. Sur les 161 mineurs qui y étaient détenus, 3 seulement avaient été condamnés. Certaines personnes attendaient leur jugement depuis près de 10 ans.

L’institution cite plusieurs situations dans lesquelles des personnes placées sous mandat de dépôt depuis 2019 ou 2020 n’avaient pas bénéficié d’un renouvellement régulier de leur titre de détention. Pour la CNDH, ces durées excessives fragilisent le droit à un procès équitable et à un jugement dans un délai raisonnable.

L’accès à la défense en question

Me Doumbia pointe un autre obstacle, moins visible : l’accès effectif à la défense. Le nombre limité d’avocats, particulièrement en dehors de Bamako, et les difficultés financières des détenus compliquent le suivi des dossiers. « Encore faut-il qu’il y ait quelqu’un qui soulève le cas pour que la libération suive », relève-t-il à propos des titres de détention arrivés à expiration. Il résume le problème par un facteur central : la pauvreté, qui éloigne de nombreux détenus des services d’un conseil.

À cette attente s’ajoutent les effets de la détention elle-même. Pour le Président d’ASF Mali, une détention prolongée peut entraîner d’importantes conséquences physiques et psychologiques. Il rappelle aussi la vocation de rééducation et de réinsertion de la prison, difficile à assurer lorsque les établissements sont saturés et les dispositifs d’accompagnement insuffisants.

La CNDH établit le même lien entre surpopulation et conditions de vie. Elle relève des difficultés d’accès à l’eau, à l’alimentation, à l’hygiène et aux soins. À la MCA, le service social ne compte que 7 agents pour près de 4 000 détenus. L’infirmerie compte également 7 agents, soit environ un pour 572 détenus, ainsi qu’un bénévole. Dans plusieurs établissements, l’insuffisance de produits d’hygiène et de personnel médical complique encore la prise en charge.

Les alternatives comme levier de désengorgement

Pour Boubacar Bocoum, le principal défi n’est désormais plus seulement d’adopter de nouveaux textes. « Il faut désormais passer d’une logique de réforme des textes à une véritable politique de maîtrise de l’incarcération », estime-t-il. Cela suppose, selon lui, de réserver effectivement la détention provisoire aux situations où elle est indispensable, d’accélérer le traitement des procédures et de rendre opérationnelles les mesures alternatives déjà prévues.

Le juriste plaide aussi pour une politique pénale différenciée, distinguant les formes graves ou organisées de criminalité des infractions moins lourdes, pour lesquelles l’incarcération peut se révéler disproportionnée. Il appelle également à renforcer les mécanismes d’aménagement des peines et de réinsertion.

Me Doumbia insiste lui sur la formation des magistrats, l’orientation plus rapide des dossiers et un recours accru aux mécanismes permettant d’éviter une instruction longue lorsqu’elle n’est pas indispensable. Pour lui, la réduction de la surpopulation passera aussi par une meilleure couverture du territoire par les avocats et un accès plus effectif à l’assistance juridique.

Le rapport du MNP livre une analyse similaire. Pour la CNDH, la forte proportion de détentions provisoires ne relève pas seulement d’un déficit d’infrastructures. Elle renvoie aussi aux lenteurs procédurales, à l’insuffisance du personnel judiciaire, aux difficultés logistiques, aux renvois d’audiences et au recours encore limité aux mesures alternatives.

Disposer de davantage de places pourrait desserrer une partie de la pression. Mais, avec 3 460 prévenus et inculpés sur 3 956 détenus à la MCA fin 2025, le désengorgement se jouera aussi en amont des murs de la prison, dans la manière dont les dossiers seront orientés, instruits et jugés.

 

Mohamed Kenouvi

Prisons : la politique nationale 2026-2030 approuvée

Le gouvernement a adopté le décret approuvant la Politique nationale pénitentiaire et son plan d’actions. Cette décision intervient dans un système qui comptait 10 773 détenus à la fin de 2023, dont 71,7 % en détention provisoire.

Le gouvernement malien a approuvé, vendredi 18 septembre, la Politique nationale pénitentiaire et son plan d’actions 2026-2030. Le décret a été adopté en Conseil des ministres sur proposition du ministre de la Justice et des Droits de l’Homme.
Selon le communiqué officiel, une communication écrite consacrée à cette politique avait été présentée au Conseil des ministres le 12 août. Le gouvernement explique que le document doit servir de référence à l’administration pénitentiaire dans le respect des normes nationales et internationales.
Le communiqué du 18 septembre ne présente pas le contenu détaillé du plan. Il ne précise ni son coût, ni les actions retenues, ni les établissements concernés en priorité. Les objectifs annuels et les administrations responsables de chaque activité n’y figurent pas non plus.
D’après le World Prison Brief, qui reprend les chiffres de la Commission nationale des droits de l’Homme, les établissements pénitentiaires maliens comptaient 10 773 détenus au 29 décembre 2023.
Les personnes en détention provisoire représentaient 71,7 % de la population carcérale. Près de trois détenus sur quatre attendaient donc leur jugement ou une décision définitive de la justice.
Cette donnée distingue les prévenus et les inculpés des personnes condamnées. Les premiers restent présumés innocents et sont détenus pendant la procédure judiciaire. Les seconds exécutent une peine prononcée par une juridiction.
Le World Prison Brief recensait 60 établissements pénitentiaires en 2022. Les données publiques disponibles ne fournissent pas un état actualisé de la capacité d’accueil de chacun de ces établissements.
La situation particulière des femmes
Selon la Direction nationale de l’administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée, citée dans un rapport de l’Association pour la prévention de la torture, 370 femmes étaient incarcérées au Mali à la fin de 2023. Elles représentaient 3,43 % de la population carcérale.
Parmi ces femmes, 224 se trouvaient en détention provisoire et 146 avaient été condamnées. La Commission nationale des droits de l’Homme avait également recensé, en avril 2023, 22 femmes vivant en détention avec leurs enfants.
Le rapport indique qu’un seul établissement était exclusivement réservé aux femmes, le Centre de détention, de rééducation et de réinsertion de Bollé. Les autres détenues étaient réparties dans des unités pour femmes au sein d’établissements mixtes.
L’Association pour la prévention de la torture relevait aussi le manque de personnel médical dans certains lieux de détention. Ses observations portaient notamment sur l’accès aux médicaments, la santé mentale, l’état des registres médicaux et les conditions de fouille.
Le document recommandait le recrutement de davantage d’agentes pénitentiaires, l’aménagement d’espaces pour les femmes accompagnées d’enfants et la mise en place d’activités de formation professionnelle.
Des conditions déjà documentées
Dans son rapport publié en septembre 2024, l’Association pour la prévention de la torture décrit un système marqué par la surpopulation, la précarité des conditions de détention et l’inadaptation de certaines infrastructures.
L’organisation relie également la forte présence de prévenus à la lenteur des procédures judiciaires. Elle souligne que les personnes en attente de jugement sont plus nombreuses que les détenus condamnés.
La Commission nationale des droits de l’Homme exerce le mandat de mécanisme national de prévention de la torture. D’après le même rapport, ce mécanisme ne disposait pas, en 2024, de ressources humaines propres suffisantes pour accomplir l’ensemble de ses missions de contrôle.
Les normes internationales auxquelles se réfère le gouvernement comprennent les Règles Nelson Mandela des Nations unies. Elles portent notamment sur l’hébergement, l’hygiène, l’alimentation, l’accès aux soins, la discipline, les contacts avec les familles, le travail et la préparation de la libération.
L’adoption du décret du 18 septembre rend officielle la Politique nationale pénitentiaire pour la période 2026-2030. À ce stade, les informations rendues publiques établissent son objectif général et sa durée. Le plan d’actions détaillé, son budget et ses indicateurs de suivi restent à publier.
Massiré Diop

Excision : l’appel à la loi revient au premier plan

La Commission nationale des droits de l’Homme demande aux autorités d’adopter une loi spécifique contre les mutilations génitales féminines. Les dernières données disponibles montrent que la pratique recule trop lentement pour être combattue par la seule sensibilisation.

Le communiqué publié le 26 août intervient au moment où les débats sur l’excision ont repris dans l’espace public malien. La Commission nationale des droits de l’Homme considère les mutilations génitales féminines comme une atteinte à l’intégrité physique, morale et psychique ainsi qu’à la dignité des femmes et des filles.
Le document, référencé n°0017-2026/CNDH-PI, est signé par la présidente par intérim de l’institution, Me Aïssata Founè Tembely. La Commission invite les autorités à adopter une loi spécifique et appelle les pouvoirs publics comme les organisations de la société civile à intensifier la sensibilisation.
La demande s’appuie sur un constat persistant. Selon l’Enquête démographique et de santé 2023-2024, 88,6 % des femmes maliennes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir été excisées. La proportion atteint encore 86,5 % parmi les jeunes femmes de 15 à 19 ans.
Chez les filles de moins de 15 ans, le taux rapporté est passé de 74 % en 2018 à 70 % en 2023-2024. Cette évolution représente un recul, mais elle demeure trop limitée au regard de l’objectif d’abandon. Les données doivent également être interprétées avec prudence, certaines filles les plus jeunes restant exposées à une excision ultérieure.
Les différences territoriales sont considérables. La prévalence parmi les femmes atteint 95,7 % dans la région de Kayes, contre 0,5 % à Gao, selon l’enquête. Une politique uniforme aurait donc peu de chances de répondre efficacement à des réalités sociales aussi différentes.
Droit
Le Mali dispose depuis décembre 2024 d’un nouveau Code pénal comportant des dispositions sur les violences et les atteintes aux personnes. Le texte promulgué ne contient cependant pas d’infraction autonome expressément intitulée « mutilations génitales féminines » ou « excision ». Une telle incrimination figurait dans une version préparatoire, mais elle n’apparaît pas dans la loi finalement adoptée.
Cette situation entretient une incertitude. Certaines conséquences de l’excision peuvent éventuellement relever d’infractions générales, selon les faits et l’appréciation de la justice. L’absence d’une qualification spécifique rend toutefois moins lisibles l’interdiction, les responsabilités des auteurs et les conditions de poursuite.
Une loi dédiée permettrait de définir les actes concernés, les responsabilités des parents, des praticiens et des éventuels complices, ainsi que les mesures de protection offertes aux enfants exposés. Elle devrait aussi encadrer le signalement, la prise en charge des victimes et la compétence des services sociaux, sanitaires et judiciaires.
Le Mali est par ailleurs lié par des instruments africains et internationaux protégeant l’intégrité des femmes et des enfants, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et le Protocole de Maputo. Des experts des Nations unies avaient déjà estimé en 2020 que l’absence de criminalisation explicite constituait un manquement à la protection des droits fondamentaux.
Adhésion
L’adoption d’une loi ne suffira pourtant pas à faire disparaître une pratique profondément inscrite dans certaines normes familiales. Selon l’UNFPA, 48 % des femmes et des hommes interrogés restent favorables à son maintien. Une interdiction appliquée sans préparation pourrait déplacer l’excision vers la clandestinité ou vers des zones où les contrôles sont plus faibles.
La réponse doit donc associer la règle pénale à une stratégie communautaire. Les chefs traditionnels, les responsables religieux, les associations de femmes, les agents de santé et les enseignants disposent d’une influence décisive pour corriger les croyances qui présentent la pratique comme une obligation sociale ou religieuse.
Les structures sanitaires doivent également être préparées à reconnaître et traiter les complications. Les mutilations génitales peuvent provoquer des douleurs chroniques, des infections, des traumatismes psychologiques et des difficultés lors des accouchements. Leur médicalisation ne les rend pas sûres et ne supprime pas l’atteinte portée à l’intégrité de l’enfant.
L’appel de la CNDH remet ainsi la responsabilité publique au centre. Après des décennies de programmes et de déclarations, l’État doit préciser la règle, protéger les filles menacées et garantir des services aux survivantes. La réussite dépendra toutefois de la manière dont cette règle sera expliquée, acceptée et appliquée jusque dans les familles.
Massiré Diop

La CNDH préoccupée par la situation sécuritaire et humanitaire du pays

La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) du Mali a publié un communiqué exprimant sa profonde préoccupation face à la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire dans le pays.

Se référant à la Constitution du 22 juillet 2023, au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et aux Conventions de Genève, la CNDH condamne l’escalade des violences et appelle les autorités maliennes à respecter leurs obligations en matière de protection des droits humains.

La CNDH rappelle les devoirs de l’État concernant l’assistance humanitaire et exhorte à faciliter l’accès sans entraves des secours, notamment en direction des personnes déplacées internes et des réfugiés.

Le communiqué souligne l’urgence d’un dialogue inclusif et constructif entre toutes les parties, afin d’instaurer un climat de paix durable.

La Commission soutient les Forces armées et de sécurité maliennes (FAMa) dans leurs opérations, tout en recommandant une collaboration accrue entre ces forces et la population pour une meilleure efficacité.

Enfin, la CNDH rappelle que la protection des droits de l’homme est une responsabilité partagée et insiste que nul n’est à l’abri de la violation de ses droits.

Yaya Cissé : ses soutiens plaident pour un nouveau procès

Le 30 mars 2024, Yaya Cissé a célébré ses 12 ans d’emprisonnement en Mauritanie. Ce Malien, résident dans ce pays, a été condamné en 2012 pour le meurtre d’un Mauritanien. Après de longues années de bataille pour « établir » la vérité, ses soutiens sont mobilisés pour la réouverture de son procès. Car, ils en sont convaincus, M. Cissé est victime d’une erreur judiciaire.

« Ça va, Dieu merci. Il a le moral », raconte Madame Cissé, l’épouse de Yaya Cissé. De retour de Nouackchott, où est incarcéré son mari, elle fait la navette entre la capitale mauritanienne et Nouadhibou, où elle vit avec leurs enfants. C’est ainsi depuis 2012 : elle partage son quotidien entre ses enfants et son mari, condamné et emprisonné pour « un crime qu’il n’a pas commis ». Son seul souhait est qu’il « recouvre sa liberté et qu’il nous revienne sain et sauf ». Dans l’attente d’une réponse officielle pour la réouverture de ce dossier judiciaire, pour lequel le collectif pour la défense de Yaya Cissé se mobilise, ce combat est aussi devenu celui de la Commission nationale des droits de l’Homme du Mali (CNDH). Son Président, Aguibou Bouaré, qui s’est personnellement impliqué, espère aussi un autre procès pour Yaya Cissé.

Nouveaux éléments

Dans l’espoir d’un nouveau procès, le collectif pour la défense de Yaya Cissé a adressé une lettre ouverte au Président de la Transition afin de demander son implication personnelle. Il l’a affirmé lors d’un point de presse qu’il a animé à l’occasion du douzième anniversaire de l’incarcération de M. Cissé.

De nouveaux éléments ont été découverts, permettant au moins d’émettre un doute sur les conditions de la condamnation de M. Cissé. Des éléments qui justifient, selon le collectif et les avocats de la défense, l’ouverture d’un nouveau procès qui pourrait le disculper. Outre sa présence en territoire malien le jour du meurtre dont on l’accuse, des témoignages éloquents et des documents de voyage officiels attestent de cette réalité.

Même s’il tient bon pour sa famille, l’état de santé de M. Cissé s’est dégradé au fil du temps et nécessite une prise en charge efficace, selon le collectif « Justice pour Yaya Cissé ». Saluant par ailleurs les efforts des autorités de la Transition, à travers le ministère de la Justice, et de la CNDH, il se dit confiant en la justice mauritanienne pour réparer cette « erreur judiciaire ».

CMAS : le gouvernement annonce la dissolution de la coordination

Au cours du conseil des ministres de ce mercredi, le ministre d’État, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation le Colonel Abdoulaye Maiga, a annoncé la dissolution de la « Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de l’Imam Mahmoud DICKO (CMAS) ».

Pour cause, selon le compte rendu du conseil, depuis un certain temps, la CMAS s’adonne à des activités contraires à ses objectifs de départ et à son statut. Selon le Chef de l’Administration territoriale, la CMAS, créée en vue d’œuvrer pour la stabilité et la paix sociales, s’est transformée en un véritable organe politique de déstabilisation et de menace pour la sécurité publique suite au « léger » report de l’élection présidentielle.

Il est reproché également au parrain de la CMAS, l’imam Mahmoud Dicko, de s’adonner clairement à des activités subversives susceptibles de troubler l’ordre public.

Cette dissolution fait également suite à des récentes visites à l’extérieur de l’Imam Dicko et ses rencontres
officielles avec des personnalités de puissances étrangères sur des questions d’intérêt national sans l’autorisation des autorités du Mali. Cette circonstance, selon le ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation, constitue un manquement aux dispositions statutaires de la CMAS et une atteinte aux intérêts supérieurs du pays selon le communiqué.

La dissolution intervient également alors que le retour de l’imam Dicko à Alger depuis plusieurs semaines est annoncé pour bientôt. Pour certains analystes, c’est un avertissement qui lui est lancé. La CMAS a réagi dans la foulée, assurant ne pas être surprise et appelant ses membres à garder leur calme en attendant que la décision leur soit formellement notifiée. Les dissolutions d’association deviennent récurrentes.  Pour rappel, L’ Observatoire pour les Élections et la Bonne Gouvernance et l’Association  Solidarité pour le Sahel (SOLSA), ont été également dissoute.

La dissolution la plus récente est celle de, L’association Kaoural Renouveau qui a été dissoute le mercredi dernier lors du conseil des ministres. L’association est accusée d’avoir orchestré une campagne de dénigrement contre la transition en place. Le président de l’association aurait tenu des propos diffamatoires et subversifs visant à discréditer les autorités et à semer le trouble dans l’ordre public.

La commission nationale des droits de l’Homme CNDH se dit préoccupée face aux menaces sérieuses pesant sur l’exercice de certains droits civiques et politiques, notamment la liberté d’association. Elle s’indigne contre la tendance systémique de dissolution et/ou de suspension de partis politiques et/ou d’associations.

Elle a par ailleurs rappelé les responsabilités de l’État sur la protection des citoyens, et sur la garantie des libertés fondamentales comme la liberté d’association, conformément à la réglementation, en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance.

Désengorger les prisons : une nécessité vitale

La surpopulation carcérale est un fléau qui mine les prisons maliennes depuis plusieurs années. Conçue pour accueillir seulement 450 pensionnaires, la Maison centrale d’arrêt (MCA) de Bamako compte plus de 3 800 prisonniers.

À en croire un rapport de la Mission d’appui à la formulation de la politique pénitentiaire du Mali datant de 2018, les principales causes de la surpopulation carcérale sont de deux ordres. D’abord une croissance du nombre des personnes incarcérées au regard du nombre de places en établissements pénitentiaires et d’éducation surveillée et une pratique judiciaire réduisant la prison au statut de « bonne à tout faire » du système pénal.

« En effet, alors que la législation prévoit quelques alternatives à l’incarcération, comme le travail d’intérêt général ou le contrôle judiciaire, force est de constater l’insuffisance de l’application des mesures alternatives à l’emprisonnement au Mali », indique le rapport.

Parmi les 3 590 pensionnaires que comptait la Maison centrale de Bamako le 25 avril 2023, 2 910, soit plus de 81%, étaient en détention provisoire. À l’instar de Bamako, les établissements pénitentiaires de quelques grandes villes du pays, comme Koulikoro, Kati, Kayes, Ségou, Mopti et d’autres sont confrontés à la même réalité.

Pour changer la donne, la CNDH, qui œuvre à la réduction des chiffres de la détention provisoire au Mali, s’attelle à établir un « dialogue constructif et permanent avec tous les acteurs concernés par la problématique dans le but de parvenir à un changement de paradigme ».

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Construite pour assurer le désengorgement de la prison centrale de Bamako, la maison d’arrêt de Kéniéroba accueille depuis 2021 des prisonniers en provenance de la capitale. Selon Ibrahim Tounkara, ancien Directeur national de l’Administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée, la mise à disposition de cette nouvelle maison d’arrêt a permis le transfert d’un grand nombre de détenus de la Maison centrale d’arrêt de Bamako, permettant « de façon très significative » de la désengorger.

Si la CNDH salue la poursuite du transfèrement des pensionnaires de la MCA vers la nouvelle prison et tous les autres efforts du gouvernement en matière de désengorgement des prisons, elle recommande dans son rapport annuel 2021 sur la situation des Droits de l’Homme, publié en octobre 2022, de construire de nouvelles prisons aux normes internationales et de mettre en œuvre des peines alternatives à l’incarcération.

Au pouvoir judiciaire, la Commission demande de « privilégier la liberté comme principe lorsqu’il existe d’autres alternatives, notamment en cas d’infractions mineures et certains délits » et « d’envisager la détention comme exception lorsqu’il n’existe pas d’autres alternative ».

Prison de Bamako -Coura : près de 3000 détenus en situation de détention provisoire

Sur environ 3600 détenus, près de 3000 sont dans une situation de détention provisoire. Ce qui résulte d’une visite de la commission nationale des droits de l’homme à la maison centrale d’arrêt de Bamako ce mardi 25 avril à l’occasion de la journée africaine de la détention provisoire. Placée sous le sceau du monitoring des lieux de privation de liberté, la journée africaine de la détention provisoire a été commémorée ce mardi 25 avril au Mali par une visite de la commission nationale des droits de l’homme à la maison centrale d’arrêt de Bamako et au niveau des unités d’enquête de la capitale. Au cours de cette visite à la maison centrale d’arrêt, il a été constaté une certaine insuffisance mais aussi quelques violations des droits de l’homme, notamment sur la situation de surpopulation carcérale. La CNDH par la voix de son président Aguibou Bouaré affirme qu’elle se donnera comme autre objectif, celui de sensibiliser les juges au décernement des mandats de dépôts. Cette visite a permis à la commission nationale des droits de l’homme de visiter quelques détenus mais aussi de s’entretenir avec l’administration pénitentiaire qui avoue souffrir aussi de cette situation de surpopulation carcérale.