Koulikoro : le couvre-feu s’installe dans la durée

Le couvre-feu est reconduit du 23 août au 21 septembre dans la région de Koulikoro, avec des horaires différents selon les localités. Cinquième mois de restrictions depuis les attaques du 25 avril, cette prolongation maintient une surveillance renforcée autour de Bamako et sur plusieurs axes stratégiques.

Le gouverneur de la région de Koulikoro, le colonel Lamine Kapory Sanogo, a prorogé d’un mois le couvre-feu instauré le 25 avril dernier. La nouvelle décision, signée le 21 août, couvre la période allant du dimanche 23 août au lundi 21 septembre 2026.
Dans les communes proches de Bamako, la circulation est interdite de minuit à 5 h 30. Sont notamment concernés Kalaban-Coro, Niamana, N’Tabacoro, Kabala, Kanadjiguila, Kabalabougou, Sangarébougou, Moribabougou, N’Gabacoro, Titibougou, Dialakorodji, Dogodouman et Taliko. Le même horaire s’applique à la ville de Koulikoro.
À Kati, Banamba, Kangaba et Kolokani, le couvre-feu reste fixé de 23 heures à 6 heures. Dans toutes les autres localités de la région, les déplacements sont interdits de 21 heures à 6 heures. La décision maintient également l’interdiction temporaire de circulation des camions-bennes, introduite le 15 mai. Les autorités administratives, les collectivités et les forces de défense et de sécurité sont chargées de l’application du dispositif.
Une ceinture sensible
Le couvre-feu avait été instauré le 25 avril, après les attaques coordonnées contre Bamako, Kati et plusieurs villes du pays. À Bamako, la mesure initiale avait été appliquée pendant 72 heures, puis brièvement prolongée. Dans la région de Koulikoro, les autorités avaient choisi dès le départ une durée de 30 jours, avant de procéder à plusieurs reconductions.
Cette différence s’explique par la position particulière de Koulikoro. La région entoure en grande partie le District de Bamako et comprend plusieurs localités désormais intégrées à l’agglomération de la capitale. Elle abrite aussi Kati, importante ville-garnison située sur l’un des principaux accès routiers à Bamako.
L’axe Kolokani-Kati-Bamako constitue notamment le dernier tronçon du corridor venant de Kayes, par lequel transitent une grande partie des marchandises destinées à la capitale. Du 23 au 29 juin, les Forces armées maliennes avaient escorté 940 camions civils sur l’itinéraire Kayes-Sandaré-Diéma-Bamako, en passant par Kolokani et Kati. Compte rendu de l’opération.
La région a également été concernée par l’offensive coordonnée du 4 juillet. Une attaque avait alors visé la prison de Kéniéroba, située à une soixantaine de kilomètres au sud de Bamako, en même temps que des positions à Gao, Anéfis, Aguelhok et Sévaré. Les forces de sécurité avaient repris le contrôle de l’établissement, selon les autorités.
Une mesure désormais durable
Les horaires différenciés montrent une tentative d’adapter les restrictions aux réalités locales. Dans les communes périurbaines, où les déplacements professionnels et commerciaux se prolongent tard dans la soirée, le couvre-feu ne commence qu’à minuit. Il demeure plus long à Kati et dans les zones rurales considérées comme plus difficiles à surveiller.
Mais cette cinquième prolongation marque aussi l’installation dans la durée d’une mesure initialement présentée comme exceptionnelle. Elle traduit la prudence des autorités face aux risques d’infiltration, de déplacement nocturne de groupes armés ou de menaces contre les axes menant à la capitale.
La décision du 21 août ne fait état d’aucun nouvel incident précis. Elle prolonge un dispositif préventif dont l’assouplissement dépendra vraisemblablement de l’évolution de la situation sécuritaire. Après près de cinq mois d’application, l’enjeu sera aussi d’évaluer régulièrement son efficacité et ses conséquences sur les activités économiques et les déplacements des populations.
La reconduction jusqu’au 21 septembre montre ainsi que, malgré l’allègement des horaires dans certaines communes, les autorités régionales ne considèrent pas encore réunies les conditions d’un retour au dispositif antérieur aux attaques d’avril.

Désengorger les prisons : une nécessité vitale

La surpopulation carcérale est un fléau qui mine les prisons maliennes depuis plusieurs années. Conçue pour accueillir seulement 450 pensionnaires, la Maison centrale d’arrêt (MCA) de Bamako compte plus de 3 800 prisonniers.

À en croire un rapport de la Mission d’appui à la formulation de la politique pénitentiaire du Mali datant de 2018, les principales causes de la surpopulation carcérale sont de deux ordres. D’abord une croissance du nombre des personnes incarcérées au regard du nombre de places en établissements pénitentiaires et d’éducation surveillée et une pratique judiciaire réduisant la prison au statut de « bonne à tout faire » du système pénal.

« En effet, alors que la législation prévoit quelques alternatives à l’incarcération, comme le travail d’intérêt général ou le contrôle judiciaire, force est de constater l’insuffisance de l’application des mesures alternatives à l’emprisonnement au Mali », indique le rapport.

Parmi les 3 590 pensionnaires que comptait la Maison centrale de Bamako le 25 avril 2023, 2 910, soit plus de 81%, étaient en détention provisoire. À l’instar de Bamako, les établissements pénitentiaires de quelques grandes villes du pays, comme Koulikoro, Kati, Kayes, Ségou, Mopti et d’autres sont confrontés à la même réalité.

Pour changer la donne, la CNDH, qui œuvre à la réduction des chiffres de la détention provisoire au Mali, s’attelle à établir un « dialogue constructif et permanent avec tous les acteurs concernés par la problématique dans le but de parvenir à un changement de paradigme ».

Actions

Construite pour assurer le désengorgement de la prison centrale de Bamako, la maison d’arrêt de Kéniéroba accueille depuis 2021 des prisonniers en provenance de la capitale. Selon Ibrahim Tounkara, ancien Directeur national de l’Administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée, la mise à disposition de cette nouvelle maison d’arrêt a permis le transfert d’un grand nombre de détenus de la Maison centrale d’arrêt de Bamako, permettant « de façon très significative » de la désengorger.

Si la CNDH salue la poursuite du transfèrement des pensionnaires de la MCA vers la nouvelle prison et tous les autres efforts du gouvernement en matière de désengorgement des prisons, elle recommande dans son rapport annuel 2021 sur la situation des Droits de l’Homme, publié en octobre 2022, de construire de nouvelles prisons aux normes internationales et dmettre en œuvre des peines alternatives à l’incarcération.

Au pouvoir judiciaire, la Commission demande de « privilégier la liberté comme principe lorsqu’il existe d’autres alternatives, notamment en cas d’infractions mineures et certains délits » et « d’envisager la détention comme exception lorsqu’il n’existe pas d’autres alternative ».