Afrique de l’Ouest : Des prisons sous forte pression

Au-delà du cas malien, la pression sur les établissements pénitentiaires traverse plusieurs pays de la sous-région. Du Sénégal au Niger en passant par le Burkina Faso et la Guinée, surpopulation et poids des personnes en attente de jugement sont au cœur des difficultés carcérales.

Au Sénégal, la population carcérale atteignait 15 267 détenus au 18 août 2025, selon le ministère de la Justice. Parmi eux, 547 personnes étaient en détention provisoire depuis au moins trois ans. Face à la pression, l’administration pénitentiaire a également renforcé ses capacités d’accueil : 1 390 places supplémentaires ont été créées entre 2024 et 2025, tandis qu’un programme de modernisation prévoit la construction de plusieurs établissements.

La pression apparaît moins forte au Burkina Faso, mais reste réelle. Les dernières statistiques nationales disponibles, arrêtées au 31 décembre 2024, font état de 8 799 détenus pour 5 403 places, soit un taux d’occupation de 162,9%. Les personnes en détention avant jugement représentaient 29% de la population carcérale, soit 2 552 détenus.

Entre surpopulation et pistes de désengorgement

Au Niger, des données plus récentes montrent une situation particulièrement tendue dans certains établissements. À la maison d’arrêt de Niamey, 1 895 personnes étaient détenues au 8 mars 2026, dont 1 496 prévenus et 399 condamnés. L’établissement affichait alors un taux d’occupation de 416%. À Dosso, la prison civile accueillait au 15 avril 2026 329 détenus pour 250 places, dont 149 prévenus.

La question du désengorgement figure d’ailleurs parmi les préoccupations affichées par les autorités nigériennes. En avril 2026, le ministère de la Justice mettait notamment en avant la mise en œuvre des alternatives à l’incarcération comme l’un des moyens de lutter contre la surpopulation carcérale. Le recours au travail d’intérêt général et à la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité est également encouragé pour accélérer le traitement de certains dossiers.

En Guinée, les dernières données nationales disponibles remontent à mars 2024. Elles faisaient état de 5 549 détenus, dont 55,5% en détention préventive. Le niveau d’occupation du système pénitentiaire était alors estimé à 171,4%.

D’un pays à l’autre, les niveaux de surpopulation et le poids de la détention préventive varient, mais aucun des systèmes observés n’échappe totalement à la pression carcérale. Une réalité qui fait de la gestion des prisons un défi partagé à l’échelle ouest-africaine, avec des réponses encore très inégales selon les États.

Mohamed Kenouvi

Désengorger les prisons : une nécessité vitale

La surpopulation carcérale est un fléau qui mine les prisons maliennes depuis plusieurs années. Conçue pour accueillir seulement 450 pensionnaires, la Maison centrale d’arrêt (MCA) de Bamako compte plus de 3 800 prisonniers.

À en croire un rapport de la Mission d’appui à la formulation de la politique pénitentiaire du Mali datant de 2018, les principales causes de la surpopulation carcérale sont de deux ordres. D’abord une croissance du nombre des personnes incarcérées au regard du nombre de places en établissements pénitentiaires et d’éducation surveillée et une pratique judiciaire réduisant la prison au statut de « bonne à tout faire » du système pénal.

« En effet, alors que la législation prévoit quelques alternatives à l’incarcération, comme le travail d’intérêt général ou le contrôle judiciaire, force est de constater l’insuffisance de l’application des mesures alternatives à l’emprisonnement au Mali », indique le rapport.

Parmi les 3 590 pensionnaires que comptait la Maison centrale de Bamako le 25 avril 2023, 2 910, soit plus de 81%, étaient en détention provisoire. À l’instar de Bamako, les établissements pénitentiaires de quelques grandes villes du pays, comme Koulikoro, Kati, Kayes, Ségou, Mopti et d’autres sont confrontés à la même réalité.

Pour changer la donne, la CNDH, qui œuvre à la réduction des chiffres de la détention provisoire au Mali, s’attelle à établir un « dialogue constructif et permanent avec tous les acteurs concernés par la problématique dans le but de parvenir à un changement de paradigme ».

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Construite pour assurer le désengorgement de la prison centrale de Bamako, la maison d’arrêt de Kéniéroba accueille depuis 2021 des prisonniers en provenance de la capitale. Selon Ibrahim Tounkara, ancien Directeur national de l’Administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée, la mise à disposition de cette nouvelle maison d’arrêt a permis le transfert d’un grand nombre de détenus de la Maison centrale d’arrêt de Bamako, permettant « de façon très significative » de la désengorger.

Si la CNDH salue la poursuite du transfèrement des pensionnaires de la MCA vers la nouvelle prison et tous les autres efforts du gouvernement en matière de désengorgement des prisons, elle recommande dans son rapport annuel 2021 sur la situation des Droits de l’Homme, publié en octobre 2022, de construire de nouvelles prisons aux normes internationales et de mettre en œuvre des peines alternatives à l’incarcération.

Au pouvoir judiciaire, la Commission demande de « privilégier la liberté comme principe lorsqu’il existe d’autres alternatives, notamment en cas d’infractions mineures et certains délits » et « d’envisager la détention comme exception lorsqu’il n’existe pas d’autres alternative ».