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AES – CEDEAO : Quel avenir pour la coopération ?

Le dialogue engagé à Dakar le 17 octobre doit donner un cadre durable aux relations entre l’AES et la CEDEAO.…

Le dialogue engagé à Dakar le 17 octobre doit donner un cadre durable aux relations entre l’AES et la CEDEAO. La circulation des personnes, le commerce et la sécurité appellent des engagements concrets entre les deux ensembles.

La séparation institutionnelle n’a pas effacé les interdépendances. Depuis le retrait effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, le 29 janvier 2025, les pays des deux ensembles continuent de partager des corridors commerciaux, des mouvements de populations et des défis sécuritaires. Il s’agit désormais d’organiser cette proximité dans un cadre différent de celui qui prévalait avant la rupture.

Dans le prolongement des consultations du 22 mai 2025 à Bamako, les ministres réunis à Dakar le 17 octobre ont décidé de constituer des groupes de travail thématiques conjoints, chargés de préparer un accord-cadre de coopération. Leurs conclusions seront soumises aux Exécutifs. Le communiqué conjoint renvoie la date et le lieu de la prochaine rencontre à des consultations diplomatiques.

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Changement de méthode

Pour l’analyste politique Amadou Haidara, cette évolution marque le passage progressif « d’une logique de rupture et de confrontation politique à une logique de coexistence institutionnelle et de coopération pragmatique ». Il y voit aussi un changement dans l’approche de la CEDEAO, désormais appelée à définir ses relations avec une organisation distincte.

Cette analyse est partagée par Bakary Sambe, Président-fondateur du Timbuktu Institute. Le chercheur évoque « un tournant de méthode plus que de fond ». À ses yeux, les divergences sur les transitions politiques, l’architecture sécuritaire et les questions monétaires demeurent, mais le dialogue s’inscrit désormais dans un processus formalisé.

Des divergences à surmonter

Les obstacles sont d’abord politiques et institutionnels. La CEDEAO est attachée à la défense de l’ordre constitutionnel et aux règles communautaires, tandis que l’AES met en avant la souveraineté des États et l’autonomie des choix stratégiques.

Selon M. Haidara, ces orientations « ne sont pas nécessairement incompatibles », mais elles peuvent compliquer les discussions sur la gouvernance régionale, la sécurité et les partenariats internationaux.

S’y ajoute la question du statut de la Confédération. Lors des concertations préparatoires du 16 octobre à Ouagadougou, l’AES a insisté sur la reconnaissance de sa personnalité juridique et institutionnelle. La reconstruction de la confiance, affectée par les tensions autour des transitions politiques et des sanctions, constitue un autre défi.

Intérêts convergents

Les interdépendances économiques et humaines offrent un terrain d’entente. Les échanges avec les États côtiers restent essentiels aux économies sahéliennes. Le 18 octobre à Dakar, des représentants de la diaspora de l’AES ont évoqué les difficultés liées aux documents administratifs et aux passages aux frontières. Pour Amadou Haidara, les facilités de circulation et de commerce maintenues après le retrait doivent être transformées en engagements réciproques, stables et juridiquement encadrés.

La sécurité offre également un terrain de coopération. « La sécurité de l’un est indissociable de celle de l’autre », souligne Bakary Sambe, qui préconise notamment une coordination des États-majors et un meilleur partage du renseignement.

À Dakar, Mamadou Tangara, Haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, a défendu une « coopération fonctionnelle » concernant notamment la sécurité, le commerce, la transhumance et le climat.

Perspectives de rapprochement

Trois trajectoires se dessinent pour l’après Dakar, selon Amadou Haidara. La première repose sur une coopération sectorielle, avec des accords pratiques sur la mobilité, le transit ou la sécurité frontalière. Les deux organisations pourraient ainsi répondre aux besoins immédiats des populations sans attendre de surmonter l’ensemble de leurs désaccords politiques.

Le deuxième scénario serait celui d’un partenariat plus structuré, encadré par un accord-cadre instituant des mécanismes permanents de concertation, de suivi et des réunions régulières. Une telle formule permettrait, selon M. Haidara, de stabiliser les relations tout en préservant l’autonomie des deux ensembles.

Enfin, l’analyste n’exclut pas un ralentissement des négociations, en raison des divergences sur les compétences respectives, les engagements sécuritaires ou la gouvernance régionale. Les groupes de travail pourraient alors prolonger les discussions sans parvenir rapidement à des décisions applicables.

Pour notre interlocuteur, la mise en place de ces groupes de travail ne préjuge pas de l’issue des négociations. « C’est une avancée procédurale, mais les véritables compromis restent à construire », souligne-t-il.

Mohamed Kenouvi 

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