Bamako face aux inondations : Sévir ne suffit pas

À Bamako, les autorités ont commencé à détruire plusieurs habitations construites dans les servitudes de marigots. L’objectif est clair : prévenir de nouvelles inondations dramatiques, comme celles de 2024. Pourtant, derrière le bruit des pelleteuses, ce sont aussi des cris étouffés que l’on entend, ceux des familles qui affirment n’avoir reçu ni avertissement, ni accompagnement, ni indemnisation.

Beaucoup découvrent du jour au lendemain que leur maison est devenue illégale. Ils soutiennent n’avoir pas été sensibilisés, encore moins associés à la démarche. Si certaines constructions sont à risque, faut-il pour autant confondre urgence et précipitation ? Démolir sans expliquer, c’est ajouter la douleur à la perte et l’humiliation à la précarité.

Le Mali traverse une période critique. L’insécurité persiste, les services sociaux sont fragilisés, les prix grimpent. Dans ce contexte, chaque décision devrait être pesée à l’aune de son impact humain. Une opération mal préparée, même justifiée, peut déclencher des tensions sociales. À force de frustrations non entendues, c’est la cohésion sociale qui s’érode.

Prévenir les inondations, oui, mais pas à n’importe quel prix. Il faut dialoguer, expliquer, proposer des solutions de relogement dignes. L’État gagnerait en autorité en montrant qu’il sait conjuguer fermeté et compassion. Sinon, ces démolitions risquent d’apparaître comme une punition plutôt qu’une protection.

Rien n’est plus légitime que de vouloir sauver des vies. Mais il faut le faire avec les populations et non contre elles. C’est à cette condition que la prévention deviendra une œuvre de reconstruction et non une source supplémentaire de fractures dont le pays pourrait vraiment se passer.

AES : Vers une union douanière

Le 15 mai 2025, les Directeurs généraux des Douanes des États de l’AES se sont retrouvés à Bamako autour de l’harmonisation des procédures douanières dans l’espace confédéral. Une étape importante destinée à faire le point sur les recommandations antérieures et à progresser vers un espace douanier unifié.

Les États de la Confédération de l’AES (Burkina Faso, Mali, Niger) sont désormais engagés dans un processus d’unification de leurs procédures et de leurs textes douaniers. Si la construction de cette nouvelle architecture juridique comporte des défis, elle s’inscrit dans la continuité logique du processus enclenché par ces États depuis leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Pour les futures négociations avec la CEDEAO, l’AES souhaite adopter une position commune, exprimée de manière collective et coordonnée, affirmant ainsi son unité. Une telle orientation ne suscite pas de blocages particuliers à ce stade. « En théorie, le retrait des États de l’AES de la CEDEAO ne devrait pas empêcher les pays de la sous-région de négocier des accords de partenariat dans des domaines stratégiques tels que la sécurité transfrontalière, les tarifs extérieurs communs, ainsi que la libre circulation des personnes et des capitaux », expliquait le Dr Abdoul Sogodogo, dans une étude intitulée « AES, Défis et Perspectives », publiée en septembre 2024.

La coexistence de plusieurs organisations dans l’espace sous-régional n’est d’ailleurs pas une réalité nouvelle, poursuit-il. Celle de la CEDEAO et de l’UEMOA en est une illustration. L’avènement de la nouvelle entité, l’AES, pourrait même représenter une opportunité pour attribuer à chaque organisation un mandat spécifique : à l’UEMOA, les questions monétaires ; à la CEDEAO, le développement intégré et la démocratisation ; à l’AES, les questions de sécurité, pour combler les lacunes des initiatives précédentes.

Dès sa création, l’AES s’est positionnée non seulement comme un instrument sécuritaire face aux défis communs, mais aussi comme un levier diplomatique et économique au service des trois États qui la composent.

Un espace intégré en construction

Avant la rencontre des Directeurs généraux des Douanes de l’AES à Bamako, plusieurs réunions avaient jeté les bases d’une coopération douanière plus étroite entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

À Niamey, en juillet 2024, la rencontre des DG des Douanes de l’AES a permis de créer des groupes de travail sur le transit, le Code des douanes, les tarifs communs et les règles d’origine. L’interconnexion des systèmes douaniers est apparue comme une priorité pour répondre aux difficultés d’approvisionnement et sécuriser les recettes douanières.

Ce processus s’est poursuivi lors de la réunion de Lomé, en septembre 2024, avec une recommandation forte en faveur de l’interconnexion des systèmes douaniers, y compris avec le Togo.

En janvier 2025, à Ouagadougou, les autorités douanières des trois pays ont évalué l’état d’avancement de cette interconnexion, notamment avec l’administration douanière togolaise.

La réunion de Bamako visait donc à dresser un état des lieux de l’évolution des chantiers engagés et des projets de textes. Parmi les dossiers examinés figuraient : l’encadrement du métier de Commissionnaire en douanes, l’adoption d’un Code des douanes unifié, l’établissement de règles d’origine spécifiques à l’AES, le régime de transit communautaire et l’élaboration de tarifs extérieurs communs (TEC) et préférentiels.

À l’issue des travaux, les Directeurs généraux ont validé le chronogramme proposé pour la finalisation du Code confédéral des douanes et des TEC entre le 28 et le 31 juillet 2025. Ils ont également fait le point sur les recommandations de Lomé : 7 sur 16 ont été réalisées, 6 sont en cours, et 3 restent à mettre en œuvre.

L’un des objectifs de cette réunion était de formuler des propositions concrètes à transmettre aux autorités de l’AES en vue des prochaines discussions avec la CEDEAO.

Interdépendance et dialogue

Le 22 mai 2025, les ministres des Affaires étrangères des pays de l’AES ont rencontré à Bamako le Président de la Commission de la CEDEAO. Cette première session de consultations visait à organiser les négociations entre les deux entités, après la formalisation du retrait de l’AES.

Les discussions ont porté sur les aspects politiques, diplomatiques, institutionnels, juridiques et sécuritaires, mais aussi sur le développement économique et social. Les deux parties ont souligné leur volonté de préserver les acquis majeurs de l’intégration régionale, en particulier la libre circulation des personnes et des biens.

La situation sécuritaire, point de friction majeur entre les États du Sahel et la CEDEAO, a également été abordée. Face à la menace persistante du terrorisme, les deux blocs ont réaffirmé leur volonté de coopérer dans ce domaine, essentiel à la stabilité régionale. Un impératif partagé dans un espace où les économies sont étroitement liées.

En 2024, 22,6% des importations du Mali provenaient de la CEDEAO, contre 31,3% pour le Burkina Faso. En 2022, les exportations du Niger vers la France, le Mali et le Burkina Faso représentaient 35,3% de son PIB. Ses importations – évaluées à environ 4 milliards de dollars – provenaient principalement de la France, de la Chine et des États-Unis.

Cadre parallèle avec l’UEMOA

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger restent membres de l’UEMOA. Dans son rapport annuel 2024, l’Union mentionne des progrès en matière d’union douanière, notamment avec l’élaboration d’un avant-projet de règlement sur les procédures simplifiées de dédouanement.

La Commission a poursuivi ses efforts pour dématérialiser l’octroi d’agrément de l’origine et a reconnu l’origine communautaire de 111 produits. Elle a aussi renforcé le système d’alerte contre les entraves à la libre circulation et au droit d’établissement. Toutefois, elle admet que la mise en œuvre de ces dispositifs reste incomplète. Des campagnes de plaidoyer, de sensibilisation et de renforcement des capacités ont été menées dans les postes de contrôle pour améliorer la situation sur les corridors commerciaux.

Trois mois après la sortie formelle de la CEDEAO, les autorités de l’AES se sont réunies à Bamako le 28 mars 2025. Dans une logique d’autofinancement, elles ont adopté un prélèvement communautaire de 0,5% sur les importations provenant de pays tiers non membres de l’AES, à l’exception des États de l’UEMOA, de l’aide humanitaire et des biens diplomatiques. Ce prélèvement (PC-AES) concerne uniquement les pays n’ayant pas d’accord douanier avec l’AES. L’issue des négociations en cours avec la CEDEAO permettra de savoir si cette mesure s’y appliquera.

Vers une Banque confédérale

Le 16 janvier 2025, les États de l’AES ont entamé des discussions sur la création d’une Banque d’investissement. Le 23 mai 2025, les ministres des Finances de l’AES ont adopté les documents fondateurs de la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID). Doté d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA, cet instrument vise à financer des projets structurants dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie, de l’éducation et de l’industrialisation.

Estimée à 6,9% du PIB de la CEDEAO et à 28,4% de celui de l’UEMOA, la production économique de l’AES reste encore modeste, mais ses États membres souhaitent se doter d’un instrument vital pour soutenir leur développement.

Les défis sont immenses pour cette nouvelle institution, pensée pour réduire la dépendance des économies aux financements extérieurs. Elle devra répondre aux nombreuses attentes, notamment en matière de dynamisation des économies locales, de lutte contre le chômage des jeunes, de promotion de l’entrepreneuriat et de modernisation des infrastructures.

CEDEAO : 50e anniversaire sous le signe de la résilience  

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a célébré ce mercredi son cinquantième anniversaire à Lagos, au Nigeria. Fondée en 1975 par 15 États, l’organisation régionale traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus sensibles de son histoire, marquée par le retrait officiel du Mali, du Burkina Faso et du Niger — désormais regroupés au sein de la Confédération AES.

La cérémonie, tenue à l’Eko Hotel & Suites en présence de onze chefs d’État, a été présidée par Bola Ahmed Tinubu, président du Nigeria et président en exercice de la CEDEAO. Dans un discours volontariste, il a rappelé que l’intégration régionale restait « une nécessité vitale pour relever les défis sécuritaires, économiques et sociaux ». Avec un PIB cumulé estimé à 761 milliards de dollars et une population dépassant les 400 millions d’habitants, l’espace CEDEAO représente le plus vaste marché régional du continent après la SADC.
Pourtant, l’absence des trois États sahéliens a conféré à l’événement un ton nettement moins consensuel. Le départ formalisé en janvier 2024 par Bamako, Ouagadougou et Niamey a réduit le nombre d’États membres à douze, rompant l’unité politique que l’organisation s’était efforcée de préserver depuis les années 1990.
Le poids croissant de l’AES
Créée officiellement en septembre 2023, puis transformée en Confédération en juillet 2024, l’AES regroupe plus de 70 millions d’habitants sur une superficie équivalente à 2,4 millions de km². L’AES a revendiqué son droit à une intégration alternative, fondée sur « la souveraineté assumée, la coopération de sécurité horizontale et le développement endogène ». Les trois États membres justifient leur départ de la CEDEAO par une série de sanctions jugées injustes, un manque de concertation et un éloignement des priorités sahéliennes.
Depuis leur retrait, l’AES travaille à la mise en place de son propre tarif extérieur commun, d’un passeport confédéral et d’un mécanisme de défense mutuelle. Autant d’initiatives qui résonnent comme une rupture avec les normes communautaires portées par Abuja.
Des signes de dialogue à Bamako
Le 22 mai 2025, dans un geste d’apaisement, le président de la Commission de la CEDEAO, Dr Omar Alieu Touray, a entamé à Bamako une série de consultations discrètes avec les ministres des Affaires étrangères des pays de l’AES. Cette première réunion « historique », visait à définir un cadre de dialogue sur les conséquences juridiques et techniques du retrait de la CEDEAO.
Reçu le lendemain par le général Assimi Goïta, président de la Transition malienne et président en exercice de la Confédération, le chef de la Commission a exprimé son attachement à la stabilité régionale et à la préservation des acquis communs, notamment en matière de libre circulation, d’électricité et d’infrastructures transfrontalières.
Malgré ces signaux d’ouverture, le fossé reste profond. La CEDEAO continue de plaider pour la réintégration à terme des pays sahéliens dans son giron. Mais les capitales de l’AES, elles, semblent vouloir construire une architecture propre, fondée sur une lecture réaliste des alliances militaires et économiques.
Alors que l’organisation célèbre un demi-siècle d’existence, la question de son avenir reste ouverte. Peut-elle encore incarner l’unité ouest-africaine sans ses membres sahéliens historiques ? Ou doit-elle accepter une coexistence institutionnelle, marquée par des pôles d’influence différenciés ?
Une chose est sûre, l’anniversaire des 50 ans de la CEDEAO restera comme celui d’un tournant. Moins festif, plus géopolitique.

Élevage : une nouvelle vision pour sécuriser les troupeaux

Face aux effets conjugués du changement climatique, de la pression foncière et des tensions récurrentes autour des ressources pastorales, le gouvernement malien a validé une nouvelle Stratégie nationale de stabilisation et de sécurisation du bétail. Le texte, pris en compte lors du Conseil des ministres du 28 mai 2025, est accompagné d’un premier plan quinquennal couvrant la période 2025–2029.

Le cheptel national compte environ 12 millions de bovins, 25 millions d’ovins, 26 millions de caprins, 1,3 million de camelins et plus de 35 millions de volailles. L’élevage représente environ 19 % du PIB agricole et mobilise plus de 30 % de la population active. Pourtant, ce socle économique et social est de plus en plus fragilisé. Dans plusieurs zones, les déplacements des éleveurs sont perturbés par l’insécurité, les conflits fonciers ou encore la dégradation des parcours de transhumance. La stratégie adoptée vise à organiser durablement le secteur sur des zones aménagées, tout en assurant la cohabitation pacifique avec les autres usagers des terres.
Structurée autour de quatre axes principaux, cette politique prévoit l’aménagement et la gestion des ressources pastorales, la promotion des cultures fourragères, la valorisation du potentiel économique du cheptel, ainsi que le renforcement du suivi technique et institutionnel. Elle s’inscrit dans les orientations stratégiques du pays, notamment la vision Mali Kura Ɲɛtaasira Ka Bɛn 2063 Ma, la SNEDD 2024–2033 et le Cadre stratégique de la Refondation de l’État.
Parmi les actions prévues figurent la sécurisation des couloirs de transhumance, la création de banques de fourrage, le développement de partenariats public-privé pour les infrastructures pastorales et le renforcement des capacités des éleveurs. L’enjeu est à la fois économique et social : améliorer la productivité, prévenir les conflits, garantir un accès équitable aux ressources et renforcer la résilience des communautés rurales.
Chaque année, les exportations de bétail malien, vivantes ou transformées, génèrent plusieurs dizaines de milliards de FCFA, notamment à destination des marchés ouest-africains comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Sénégal. En sécurisant les circuits de production, le Mali entend consolider sa position régionale dans le commerce pastoral tout en créant plus d’emplois dans les zones rurales.

220 000 réfugiés : le Mali en première ligne d’une aide de 100 millions $

Le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a reçu en audience, le mercredi 28 mai 2025, Abdouraouf Gnon-Kondé, Directeur du Bureau régional du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), en visite à Bamako depuis le 26 mai. Cette rencontre s’inscrit dans un contexte de coopération renforcée visant à soutenir les réfugiés et les communautés hôtes au Mali, dans une approche inclusive et durable saluée par les partenaires internationaux.

Le Mali accueille aujourd’hui plus de 220 000 réfugiés, principalement en provenance de pays de la sous-région confrontés à des crises sécuritaires persistantes. Contrairement aux modèles classiques, ces réfugiés ne sont pas regroupés dans des camps mais vivent au sein même des communautés locales maliennes, un choix d’intégration sociale qui témoigne d’une hospitalité remarquable mais qui engendre aussi des pressions importantes sur les ressources et les services de base. C’est dans ce cadre qu’Abdouraouf Gnon-Kondé a tenu à souligner l’importance d’un appui ciblé aux populations hôtes à travers des dispositifs nationaux coordonnés, notamment la Commission nationale chargée des réfugiés.

Au cœur de ces discussions figure une opportunité majeure : un financement de 100 millions de dollars, soit près de 58 milliards de francs CFA, mobilisé par la Banque mondiale au bénéfice conjoint des réfugiés et des communautés qui les accueillent. Le Mali, en raison du nombre de réfugiés présents sur son sol et des efforts déjà entrepris, est éligible à ce mécanisme de soutien. Ce financement vise à consolider les infrastructures, renforcer la résilience des territoires d’accueil et appuyer la mise en œuvre de solutions durables fondées sur le développement local.

Lors de l’audience, le Directeur du Bureau régional du HCR a salué les progrès enregistrés par le Mali en matière de sécurité, un facteur crucial pour envisager des politiques de réinstallation ou d’intégration à long terme. Il a également tenu à féliciter le Premier ministre pour l’adoption de documents stratégiques ambitieux comme la vision « Mali Kura Ɲɛtaasira Ka Bɛn San 2063 Ma » et la Stratégie Nationale pour l’Émergence et le Développement Durable (SNEDD 2024-2033), perçus comme des cadres cohérents et prometteurs face aux attentes des partenaires au développement et aux acteurs humanitaires.

Le Premier ministre Abdoulaye Maïga, pour sa part, s’est félicité de cette dynamique de coopération avec le HCR, qui vient conforter les orientations politiques de la Transition en matière de développement humain, de cohésion sociale et de souveraineté nationale. Il a réaffirmé l’engagement du gouvernement à poursuivre la mise en œuvre de solutions novatrices, adaptées au contexte malien et fondées sur la solidarité, la dignité et le respect des droits fondamentaux des réfugiés.

Par cette audience, le Mali affirme une fois de plus sa capacité à conjuguer impératifs de sécurité, priorités de développement et exigences humanitaires, dans un esprit de responsabilité partagée. Le partenariat avec le HCR s’annonce ainsi comme un levier stratégique dans la construction d’un avenir commun pour les réfugiés et les communautés hôtes, dans un pays qui, malgré les défis, continue de faire le choix de l’humain.

Kayes sous pression : les djihadistes frappent COVEC et paralysent un axe stratégique

Ce samedi 24 mai dans l’après-midi, un groupe armé a attaqué les travaux de réhabilitation de la RN1 à Tirena‑Marena, exploités par la société chinoise COVEC. Les assaillants, visiblement coordonnés, ont incendié grues, camions-citernes, entrepôts et matériaux avant de disparaître. Cet événement met un coup d’arrêt brutal à un projet crucial visant à relier Kayes à la frontière sénégalaise.

Loin d’être un acte isolé, cette attaque s’inscrit dans un schéma d’agressions successives contre des intérêts étrangers dans l’ouest malien. Le 4 mai, une société chinoise liée à l’orpaillage à Laghamané a été visée, puis le 17 mai un convoi logistique entre Diéma et Sandaré a été attaqué, causant la destruction de deux camions, d’un excavateur et la mort de plusieurs soldats selon des sources locales. Deux pick‑ups et du matériel militaire ont également été saisis.
Cette montée en puissance des attaques, notamment dans des zones périphériques jusqu’alors relativement épargnées comme Kayes, illustre un déplacement stratégique des groupes djihadistes affiliés au JNIM. Selon un rapport de l’Africa Center, les incidents violents dans la région de Koulikoro et Kayes ont presque triplé depuis le coup d’État de 2020. En 2023, près de 924 civils ont été tués dans tout le Mali dans le cadre d’opérations militaires et djihadistes, contre 84 en 2019, avec une progression particulièrement forte dans le sud-ouest .
ACLED relève quant à lui que le JNIM a étendu ses actions vers l’ouest malien au début de 2025, multipliant les attaques visant routes et sites économiques étrangers, notamment dans la région de Kayes .
Du point de vue socio-économique, le contexte local est particulièrement fragile : le PIB par habitant du Mali est d’environ 912 USD en 2023, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, et le chômage des jeunes reste endémique. La région de Kayes souffre aussi de discriminations persistantes, y compris l’esclavage par ascendance touchant environ 12 à 15 % de la population, qui alimente l’exclusion et la radicalisation latente .
L’arrêt des travaux de COVEC, financés à hauteur de 50 à 80 millions USD par la Banque africaine de développement et la Coopération chinoise, pourrait isoler davantage la région, fragiliser les perspectives économiques et détourner les investisseurs étrangers. Par ailleurs, l’armée malienne, concentrée sur les zones du centre (Ségou, Mopti) et du nord (Tombouctou, Gao), peine à sécuriser Kayes et ses axes stratégiques, laissant des poches urbaines et rurales sans couverture militaire suffisante. D’où la nécessité de revoir la stratégie.

 

Mali : Lancement de la BCID-AES lors de la rencontre consacrée au développement

Le 23 mai 2025 au Centre international de conférences de Bamako (CICB), la première réunion ministérielle de la Confédération des États du Sahel (AES) dédiée au pilier « Développement » a acté la création de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES).

À l’ouverture, les chefs de gouvernement du Mali et du Niger, ainsi que le ministre burkinabè des Finances, ont posé les premiers jalons de cette institution régionale.

La BCID-AES vise à mobiliser des financements autonomes pour financer des infrastructures clés dans les domaines de l’énergie, du transport, de l’agriculture et de l’éducation. Elle devrait disposer d’un capital initial estimé à 10 milliards de dollars, selon les annonces régionales récentes.
La Confédération AES, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger et compte environ 78 millions d’habitants, entend ainsi s’affranchir des bailleurs traditionnels et développer une intégration économique fondée sur sa propre capacité de financement.
La rencontre s’est inscrite autour de quatre priorités : sécurité collective, intégration économique, souveraineté financière et promotion de l’identité culturelle et éducative. Elle vise à asseoir le financement des infrastructures communes et à traduire les orientations politiques des chefs d’État en actions concrètes.
La Confédération prévoit d’alimenter la BCID-AES via plusieurs mécanismes, notamment un prélèvement confédéral de 0,5 % sur les importations non-AES mis en place en mars 2025. Elle prévoit également une réforme des cadres réglementaires miniers afin de capter jusqu’à 50 % des revenus extractifs d’entreprises étrangères sur son sol.
Les dirigeants ont reconnu que la réussite de la BCID-AES dépendra de la mise en place d’une gouvernance transparente et d’une coopération étroite entre les trois pays. Le ministre malien Alousseni Sanou a insisté sur l’importance de structurer les institutions dès cette phase initiale.
Parmi les défis estimés figurent la capacité à lever les ressources suffisantes dans un contexte marqué par une faible intégration financière et des retombées économiques encore limitées, ainsi que la nécessité d’un cadre juridique unifié. La BCEAO et d’autres institutions régionales et multilatérales (BOAD, FSA) ne sont pas directement associées pour le moment, ce qui limite l’accès à des garanties ou cofinancements externes.
La Banque confédérale doit devenir opérationnelle dans les prochains mois, après adoption finale des statuts et nomination d’un conseil d’administration interétatique. Aucun calendrier précis n’a été encore publié.

Mali–CEDEAO : Bamako relance le dialogue ouest-africain dans un esprit de responsabilité

Bamako a été le théâtre, le 22 mai 2025, d’une rencontre diplomatique d’une portée exceptionnelle. Les ministres des Affaires étrangères du Mali, du Niger et du Burkina Faso, regroupés au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), ont tenu des consultations directes avec le président de la Commission de la CEDEAO, le Dr Omar Alieu Touray.

Cette initiative intervient à un moment charnière, quelques mois après le retrait officiel des trois États de l’organisation sous-régionale. Elle marque une tentative sérieuse de renouer les fils du dialogue entre deux blocs que tout semblait opposer jusqu’ici.

Les entretiens ont permis l’adoption d’un relevé de conclusions servant de base au lancement de futures négociations. Dans une atmosphère jugée constructive par toutes les parties, les représentants ont convenu de préserver les droits fondamentaux acquis au fil de l’intégration régionale. La libre circulation des personnes et des biens reste garantie jusqu’à la mise en place de nouveaux accords. Loin des déclarations symboliques, ce cadre de discussions pose les fondations d’un mécanisme de coopération qui pourrait s’avérer décisif pour les millions de citoyens concernés.

Le climat sécuritaire a largement orienté les débats. La situation dans le Sahel est critique. Selon le rapport 2024 de l’Index mondial du terrorisme, le Burkina Faso est désormais classé premier pays le plus touché au monde, avec près de deux mille morts et 258 attaques enregistrées en une année. Le Niger connaît une dégradation brutale avec une hausse de 94 % du nombre de décès liés au terrorisme, atteignant 930 victimes. Le Mali occupe la troisième place mondiale du classement, consolidant le triste constat selon lequel les trois pays de l’AES cumulent à eux seuls plus de 4 700 morts liés au terrorisme en 2024. Ces chiffres sont glaçants. Ils confirment que le Sahel central concentre aujourd’hui plus de la moitié des victimes du terrorisme dans le monde. Dans ce contexte, la relance du dialogue initiée à Bamako dépasse le cadre diplomatique pour devenir une nécessité humanitaire et stratégique.

Au-delà de la sécurité, l’économie constitue un autre défi majeur. En 2024, le PIB réel du Mali est estimé à 18,3 milliards de dollars, avec une croissance de 4 % portée par les performances agricoles, malgré des ralentissements dans le secteur industriel. Le Niger a enregistré une croissance remarquable de 9,9 %, grâce à la reprise minière et à la hausse des investissements publics. Le Burkina Faso a, pour sa part, maintenu une croissance de 5,5 %, malgré la pression sécuritaire persistante. L’ensemble de l’espace AES, fort de plus de soixante-dix millions d’habitants, génère un PIB cumulé supérieur à 62 milliards de dollars. Pourtant, les besoins restent immenses et les déséquilibres flagrants. La vulnérabilité alimentaire, la dépendance énergétique et l’accès limité aux services sociaux de base aggravent les fractures.

Nouvelle ère

Les autorités présentes à Bamako ont reconnu l’urgence d’ouvrir une nouvelle ère de coopération, dans le respect des choix souverains et des intérêts des populations. L’idée d’une rupture brutale est désormais dépassée. Le ton, désormais, est à la réinvention. L’avenir dira si cette rencontre constitue une simple trêve diplomatique ou l’amorce d’une nouvelle architecture régionale plus souple, plus réaliste, et centrée sur les besoins concrets des citoyens.

La tenue des consultations du 22 mai 2025 introduit une nouvelle phase dans les relations entre les parties concernées. Dans un environnement régional traversé par des ruptures et des incertitudes, le choix d’un échange direct et structuré témoigne d’un repositionnement stratégique. À mesure que les tensions institutionnelles se recomposent, la mise en place d’un canal de discussion offre une base de travail susceptible de faire évoluer les équilibres. La suite dépendra de la capacité des acteurs à ancrer ce dialogue dans des mécanismes concrets, visibles et durables, au bénéfice des populations sahéliennes.

L’Europe doit changer son approche de l’Afrique

Ces dernières années, la Chine a dépassé l’Europe en termes de commerce avec l’Afrique subsaharienne et d’investissements dans les infrastructures. Les États du Golfe ont remodelé les flux financiers sur le continent, tandis que le Brésil, l’Inde et la Turquie ont également renforcé leurs liens avec les pays africains. Parallèlement, les dirigeants africains ont mis en place la zone de libre-échange continentale africaine (Zleca), qui devrait transformer le commerce intra-africain. Pourtant, l’Union européenne continue de se bercer de l’illusion qu’elle est le principal partenaire de l’Afrique.

 

En conséquence, alors que l’Afrique se repositionne stratégiquement dans le monde multipolaire d’aujourd’hui, l’Europe reste largement complaisante. L’UE se considère également comme une puissance normative, un champion mondial des droits de l’homme, de la gouvernance démocratique et de la durabilité. Si cela est vrai dans certains domaines, les relations commerciales et économiques de l’Europe – en particulier avec l’Afrique – suggèrent le contraire. Et, jusqu’à présent, l’Europe ne s’est pas montrée disposée à changer.

 

En tant que haut représentant de l’Union africaine pour les relations avec l’Europe, j’ai été le témoin direct de cette dynamique. En 2019, j’ai proposé que l’UA reçoive un mandat officiel pour négocier un accord commercial continental avec l’UE. L’idée n’était pas révolutionnaire ; elle reflétait simplement la demande légitime de l’Afrique pour un pouvoir de négociation collective, que l’UA, qui a fait de grands progrès vers la cohérence politique, est bien placée pour exercer.

 

Mais la Commission européenne a plus de poids dans les négociations avec les pays individuels ou les communautés régionales, et les acteurs africains de ce système fragmenté sont réticents à abandonner leur rôle d’intermédiaire. Ma proposition a donc été bloquée et l’UE a continué à contourner les institutions de l’UA en faveur d’accords bilatéraux ou d’initiatives régionales qui ne correspondent pas aux besoins, aux intérêts ou aux priorités de l’Afrique.

 

Les accords de partenariat économique (APE) négociés entre l’UE et les pays (ou groupes de pays) africains ont notamment renforcé la dépendance de l’Afrique à l’égard des exportations de produits de base et limité la marge de manœuvre politique dont les pays africains ont besoin pour s’industrialiser. Ces accords ont largement profité aux exportateurs européens, tout en laissant les pays africains dans l’incapacité de tirer parti du commerce pour développer l’industrie manufacturière nationale ou réorienter leur avantage comparatif vers des activités à plus forte valeur ajoutée.

 

Pendant ce temps, les investissements de l’UE sont largement consacrés aux activités extractives, au contrôle des migrations et aux compensations liées au climat, plutôt qu’au renforcement des chaînes de valeur industrielles ou à la facilitation des transferts de technologie. Si l’on a beaucoup parlé de l’initiative «  Global Gateway «  de l’UE, qui vise à stimuler les liaisons numériques, énergétiques et de transport « intelligentes, propres et sûres » et à renforcer « les systèmes de santé, d’éducation et de recherche », son ambition fait pâle figure par rapport à l’initiative « Belt and Road » de la Chine et même par rapport aux packages de transition verte de l’Amérique.

 

De plus, avec ses investissements en Afrique, l’UE ne partage pas les risques, mais s’en décharge. Les capitaux privés sont censés jouer un rôle moteur, alors que le financement du développement est loin d’être à la hauteur de ce qui est nécessaire pour débloquer la transformation industrielle. On demande à l’Afrique de réduire les risques des investissements pour les autres sans recevoir de garanties structurelles, comme un meilleur accès aux marchés des capitaux, des conditions commerciales favorables ou des engagements à long terme.

 

Toutefois, l’évolution de l’environnement mondial offre à l’Europe une occasion unique de transformer ses relations avec l’Afrique. Tout d’abord, les États-Unis tournent le dos au continent, en imposant des droits de douane élevés, en réduisant l’aide et en diminuant leur présence diplomatique. Plus généralement, l’économie mondiale subit une transformation fondamentale, car le système multilatéral du passé – qui mettait l’accent sur le libre-échange et la libéralisation financière – est remplacé par un nouveau terrain, plus fragmenté. Les nouvelles règles sont rédigées par les plus grandes puissances du monde, qui se soucient peu des besoins et des intérêts des économies en développement.

 

Dans un monde où le commerce est guidé principalement par le pouvoir de marché plutôt que par l’avantage comparatif, l’Afrique doit s’adapter en conséquence. Cela signifie qu’elle doit renforcer ses capacités de production plutôt que d’attendre des concessions. Cela signifie construire un écosystème commercial propre à l’Afrique, plutôt que de s’engager dans des négociations basées sur la conformité. Et cela signifie qu’il faut concevoir des moyens de façonner les chaînes de valeur mondiales en faveur de l’Afrique, plutôt que de chercher des occasions de rejoindre les structures existantes. Pour soutenir ces efforts, l’Afrique n’a pas besoin de mécènes ; elle a besoin de partenaires stratégiques qui reconnaissent son rôle, investissent dans sa capacité de production et s’adaptent à ses priorités.

 

Si l’Europe espère jouer ce rôle, elle doit commencer par abandonner l’idée qu’elle est le partenaire par défaut de l’Afrique. L’influence doit se mériter.

 

En outre, l’engagement de l’UE en Afrique doit s’inscrire dans le cadre de l’architecture institutionnelle africaine, en particulier dans les domaines du commerce, de la gouvernance numérique et de la diplomatie climatique. L’UE doit cesser de contourner l’UA et reconnaître l’organisation comme un interlocuteur légitime pour l’Afrique. Elle doit également fonder son engagement économique avec l’Afrique sur la logique de l’AFCFTA – l’innovation la plus importante en matière de politique économique du continent depuis des décennies – et non pas en contradiction avec elle.

 

En outre, l’UE doit dissocier l’aide du patronage moral. L’aide au développement n’est pas un don, mais un outil géopolitique, et une conditionnalité excessive sape souvent les institutions mêmes qu’elle est censée aider. Au lieu de micro-gérer les réformes de gouvernance, l’Europe devrait se concentrer sur le soutien des ambitions de l’Afrique, notamment en ce qui concerne les infrastructures, l’éducation et la transformation industrielle.

 

À cet égard, la meilleure approche consisterait à co-investir avec des partenaires africains dans des chaînes de valeur régionales. Cela signifie qu’il faut soutenir les industries africaines non pas en tant que « bénéficiaires », mais en tant qu’acteurs égaux ; repenser la politique agricole commune de l’UE, qui fausse les systèmes alimentaires africains ; et démanteler les barrières non tarifaires qui pénalisent les exportateurs africains.

 

Enfin, dans les enceintes internationales, l’UE devrait se coordonner avec l’UA sur des questions comme la réforme de la dette, le financement de la lutte contre le changement climatique et la propriété intellectuelle. L’appel de l’Afrique en faveur d’un mécanisme d’apurement de la dette souveraine doit faire l’objet de propositions concrètes, et non d’une multiplication des services de conseil. Le financement de la lutte contre le changement climatique doit refléter les responsabilités historiques et les coûts réels, et non l’opportunisme politique.

 

Quant à l’UA, elle doit faire preuve de plus d’audace en exigeant de véritables changements structurels dans les relations de l’Afrique, plutôt que de se contenter de belles paroles sur la souveraineté du continent. Il s’agit notamment d’affirmer le rôle de l’UA dans tous les partenariats extérieurs, de rejeter l’ingérence extérieure dans les processus d’intégration africains et d’investir dans la capacité à proposer des cadres macroéconomiques alternatifs. En bref, l’UA doit s’engager dans la politique désordonnée mais nécessaire de la réforme multilatérale – non pas en tant que pétitionnaire, mais en tant que responsable de la définition de l’ordre du jour.

 

Carlos Lopes, professeur honoraire à la Nelson Mandela School of Public Governance de l’université du Cap, est professeur invité à Sciences Po, chercheur associé à Chatham House, membre du conseil d’administration du World Resources Institute, président du conseil d’administration de la Fondation africaine pour le climat et haut représentant de l’Union africaine pour les relations avec l’Europe. Il est l’auteur de The Self-Deception Trap : Exploring the Economic Dimensions of Charity Dependency within Africa-Europe Relations (Palgrave Macmillan, 2024).

 

 Project Syndicate, 2025.
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Ce que la finance islamique apporte à la résilience climatique

En cette période de rassemblement des ministres des 57 États membres du Groupe de la Banque islamique de développement à Alger, dans le cadre de la 51e réunion annuelle de la BID, il n’est plus possible d’ignorer les effets dévastateurs du changement climatique. Les incendies de forêt anéantissent des communautés entières, les inondations entraînent le déplacement des millions de personnes, et les vagues de chaleur font plusieurs centaines de milliers de morts. Ces phénomènes météorologiques extrêmes ne sont plus des anomalies ; ils constituent la nouvelle normalité, menaçant la vie humaine et les moyens de subsistance au sein des régions du monde les plus vulnérables au changement climatique, en particulier dans les pays du Sud.

 

Les réponses traditionnelles se révélant insuffisantes face à cette menace croissante, il est nécessaire que des financements innovants occupent le devant de la scène. D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, pas moins de 3,6 milliards de personnes vivent actuellement dans des régions extrêmement vulnérables au changement climatique. Entre 2010 et 2020, le nombre de décès provoqués par les inondations, les sécheresses et les tempêtes dans ces régions a été 15 fois supérieur à celui observé dans les régions peu vulnérables, ce qui illustre la gravité et l’inégalité des effets de la crise climatique.

 

Selon la pensée dominante, l’action climatique constitue pour les économies dépendantes des ressources une question de survie économique, tandis qu’elle offre un chemin vers une croissance et un développement durables pour les économies en voie de développement. Or, de nombreuses économies s’inscrivent dans ces deux catégories – étant à la fois en voie de développement et dépendantes des ressources – ce qui accentue la difficulté de l’élaboration et de la mise en œuvre de stratégies climatiques efficaces.

 

Bien qu’une stratégie globale de résilience face au climat soit essentielle pour renforcer la capacité des économies en voie de développement à résister aux chocs, la résilience et l’adaptation doivent aller de pair. Pour les pays vulnérables, cela peut signifier consolider les infrastructures de protection contre les inondations, investir dans des variétés agricoles résistantes à la sécheresse, et diversifier les sources de revenus afin de réduire la dépendance aux secteurs sensibles au climat.

 

Les modes de financement conventionnels n’en demeurent pas moins limités, à la fois en termes de sources et de mécanismes de mise en œuvre. Les mesures cruciales de protection sociale et les systèmes de soutien sont par conséquent bien souvent sous-financés ou insuffisants. Vient s’ajouter au problème une incertitude croissante autour de la disponibilité de financements concessionnels en provenance des pays développés.

 

Face à cette réalité, il est nécessaire que l’innovation financière devienne un pilier de la résilience climatique. Institutions financières, gouvernements et autres parties prenantes doivent collaborer afin de mettre au point de nouveaux mécanismes de financement, destinés à protéger les régions vulnérables au climat.

 

Constat encourageant, plusieurs fonds et mécanismes de financement innovants ont vu le jour pour soutenir les efforts de résilience et d’adaptation. Parmi ces avancées figurent le Fonds vert pour le climat, qui fournit une assistance financière aux pays en voie de développement ; la Climate Bonds Initiative, qui favorise la croissance du marché des « obligations climat » ; l’assurance climatique, qui contribue à la gestion et réduction des risques liés au climat ; l’adaptation communautaire, qui permet aux communautés locales d’élaborer et de mettre en œuvre leurs propres stratégies d’adaptation ; ainsi que les solutions fondées sur la nature, qui se concentrent sur la restauration et la protection des écosystèmes naturels. Ces financements sont malheureusement très loin de répondre aux besoins.

 

Les banques multilatérales de développement (BMD) jouent un rôle essentiel dans la fourniture des fonds permettant aux pays vulnérables de réduire leurs émissions et d’investir dans des projets d’adaptation. D’après le plus récent rapport conjoint des banques multilatérales de développement sur le financement climatique, les BMD ont fourni en 2023 un montant record de 125 milliards $ de fonds publics pour l’action climatique. Il convient de souligner que 60 % de ce montant – 74,7 milliards $ – a été dirigé vers des pays à revenu faible et intermédiaire, ce qui illustre l’engagement des BMD à soutenir les pays les plus exposés aux risques climatiques.

 

La Banque islamique de développement fournit des efforts importants dans ce domaine. En novembre 2024, la BID a approuvé un financement de 1,15 milliard $ visant à renforcer la sécurité alimentaire et hydrique au Kazakhstan, grâce à l’irrigation durable de 350 000 hectares de terres. Ce projet a pour objectif d’accroître de 30 % le rendement moyen des cultures, ce qui améliorera la résilience des communautés face aux catastrophes climatiques, ainsi que le bien-être économique de 1,3 million de personnes vulnérables.

 

À l’instar des autres BMD, la BID est confrontée au défi du renforcement de la résilience climatique dans ses 57 États membres, dont plus de la moitié sont plus vulnérables au changement climatique que la moyenne mondiale. Pour remédier à ces vulnérabilités, il est nécessaire, d’après les estimations, que 75 à 90 milliards $ soient investis chaque année jusqu’en 2030 dans des projets d’agriculture durable, d’approvisionnement en eau et d’infrastructure. Les flux financiers en direction de ces pays aux fins de l’adaptation s’élèvent en moyenne à 23,9 milliards $ par an, ce qui signifie un déficit de financement de 68 %, que la BID s’efforce activement de combler.

 

L’offre croissante de financements pour l’adaptation illustre la contribution indispensable des BMD aux efforts mondiaux pour le climat. La réussite ne saurait toutefois se mesurer par les seuls montants déboursés, mais par les résultats tangibles et réels. Bien que le financement de l’action climatique progresse quantitativement, son efficacité dépend d’un suivi rigoureux et d’une évaluation de l’impact. Il est par conséquent essentiel que soient mis en place de solides cadres de reporting, afin de renforcer la confiance des parties prenantes, et de canaliser davantage de financements vers des projets d’adaptation. Pour renforcer leur impact, il est également nécessaire que les BMD adoptent des modèles de financement ciblés, axés sur les résultats et les politiques.

 

Au-delà du renforcement des capacités institutionnelles des emprunteurs ainsi que du développement des financements ciblés, une opportunité s’offre aux BMD de stimuler la mobilisation de ressources en attirant des capitaux en provenance de sources non conventionnelles. Le cadre de durabilité de la BID en constitue l’une des illustrations. Grâce à ce dispositif, la BID a mobilisé plus de 6 milliards $ en émettant des obligations islamiques (sukuk), qui attirent des investisseurs musulmans et non musulmans.

 

Axée sur l’adossement d’actifs et le partage des risques, la finance islamique est intrinsèquement alignée sur les principes de durabilité. Ces dernières années, plusieurs instruments tels que l’assurance coopérative (takaful), les dotations caritatives (waqf) et les plateformes de crowdfunding basées sur la foi religieuse sont apparus comme des sources alternatives de financement climatique dans le monde musulman.

 

Consciente de la nécessité de solutions de financement climatique ciblées, la BID promeut et soutient activement ces mécanismes. En tirant parti d’un secteur de la finance islamique qui représente 4 500 milliards $, ainsi qu’en adoptant son modèle d’adossement d’actifs et de partage des risques, d’autres BMD pourraient élargir et diversifier leurs sources de financement, ce qui leur permettrait de soutenir des initiatives d’adaptation et d’atténuation dans les régions les plus vulnérables du monde.

 

L’époque des projets pilotes et des interventions parcellaires est révolue. Pour bâtir un avenir de durabilité et de résilience face au climat, il est urgent que les BMD développent à plus grande échelle des solutions à fort impact, qu’elles s’ouvrent à l’innovation financière, et qu’elles favorisent la coopération mondiale. Forte de son expérience de plus d’un demi-siècle, la BID est prête à jouer son rôle.

 

Muhammad Al Jasser est président du Groupe de la Banque islamique de développement.

 

 Project Syndicate, 2025.
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Fin de mandat au BVG : Samba Alhamdou Baby dresse son bilan

Le Président de la Transition a reçu à Koulouba, le jeudi 22 mai 2025, le Vérificateur général sortant, Samba Alhamdou Baby, pour la remise officielle du rapport d’activité couvrant son mandat de 2018 à 2025. Cette rencontre marque la fin d’un cycle de sept années à la tête du Bureau du Vérificateur général (BVG), une institution clef du contrôle des finances publiques au Mali.

Selon les chiffres présentés, le BVG a mené 232 missions de vérification et d’évaluation au cours de cette période. Parmi elles, 140 ont porté sur la conformité et la gestion financière, 29 ont évalué la performance des structures publiques, 56 ont consisté à suivre l’application des recommandations précédentes, et 7 ont ciblé l’évaluation de secteurs spécifiques. Près de 80 % de ces missions, soit 183 au total, ont été conduites pendant la Transition, ce qui traduit un effort accentué de redevabilité sous l’actuel régime.

Le rapport remis au chef de l’État met également en lumière les résultats sur le plan judiciaire. Au total, 158 dossiers ont été transmis aux Procureurs des pôles économiques et financiers de Kayes, Mopti, Bamako ainsi qu’au parquet économique national. À ces dénonciations s’ajoutent 147 dossiers adressés à la Section des comptes de la Cour suprême pour suspicion d’irrégularités budgétaires ou financières.

Ces missions ont permis à l’État de recouvrer ou de régulariser près de 12 milliards de francs CFA, souvent avant même la fin des opérations de vérification. Par ailleurs, les suites judiciaires engagées ont conduit à des récupérations additionnelles estimées à environ 600 millions de F CFA au niveau du Pôle national économique et financier.

Au-delà des chiffres, Samba Alhamdou Baby a insisté sur la portée symbolique de ce rapport. Il a salué la collaboration avec les autorités de la Transition, affirmant que les résultats obtenus témoignent d’une volonté politique de promouvoir la bonne gouvernance et la transparence.

Sous son mandat, le BVG a également renforcé sa communication institutionnelle. Des rapports sectoriels ont été publiés pour la première fois sur son site web, et plusieurs évaluations du secteur public ont été menées afin d’élargir le périmètre du contrôle citoyen.

Le passage de témoin a déjà eu lieu. Le décret présidentiel du 16 mai 2025 a nommé Abdoul Aziz Aguissa au poste de Vérificateur général. Administrateur civil, ancien secrétaire général du BVG, il est titulaire d’un doctorat en droit public obtenu à Grenoble. Sa nomination intervient dans un contexte où les attentes sont élevées en matière de moralisation de la gestion publique et de résultats concrets dans la lutte contre la corruption.

Avec ce changement à la tête de l’institution, la continuité des missions de contrôle est attendue, de même qu’une intensification des efforts pour renforcer la confiance des citoyens dans l’utilisation des ressources publiques.

Sécurité régionale : Le Mali s’engage dans une nouvelle dynamique

Le 22 mai 2025, Bamako a accueilli le lancement de la phase nationale du Programme des États du Sahel, une initiative coordonnée par la Coalition Islamique Militaire Contre le Terrorisme (CIMCT).

Ce programme, financé à hauteur de 100 millions de riyals saoudiens (environ 26,7 millions de dollars), vise à renforcer la coopération régionale dans la lutte contre le terrorisme.
Le programme s’étend sur la période 2024-2029 et concerne plusieurs pays du Sahel, dont le Mali, le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie et le Tchad. Il repose sur quatre axes principaux : militaire, intellectuel, médiatique et financier. À Bamako, la cérémonie de lancement a réuni des représentants des forces de sécurité maliennes et des membres de la CIMCT, marquant le début d’une série d’ateliers et de formations destinés aux forces armées, aux services de renseignement et aux cellules de lutte contre le blanchiment de capitaux.
Un accent particulier est mis sur la prévention de la radicalisation, avec des sessions de sensibilisation prévues pour les jeunes, les leaders religieux et les médias. Cette approche communautaire, déjà expérimentée en Mauritanie et au Niger, vise à contrer les discours extrémistes et à renforcer l’adhésion des populations aux efforts de stabilisation.
Le Mali, confronté depuis plus d’une décennie à l’expansion des groupes armés, voit dans cette initiative une opportunité de diversifier ses partenariats sécuritaires tout en préservant sa souveraineté. Le pays, membre de l’Alliance des États du Sahel (AES), entend conjuguer indépendance stratégique et coopération régionale

Festival Sogobô 2025 : Les marionnettes au service de la paix et du développement

Depuis le 20 mai, le Musée national du Mali accueille la deuxième édition du Festival international Sogobô, porté par la Compagnie Sogolon. Devant un public nombreux, marionnettes géantes, masques rituels et danses initiatiques célèbrent la mémoire et l’ancrage culturel.

« Ce que vous voyez là, ce ne sont pas que des objets. Ce sont des voix, des héritages. Ce sont nos bibliothèques vivantes », rappelle Yaya Coulibaly, figure tutélaire du théâtre africain de marionnettes, dont l’œuvre est classée au Patrimoine mondial immatériel. Il voit dans cette édition un moment décisif pour sensibiliser la jeunesse à la richesse de l’oralité. Selon lui, « la marionnette, c’est politique, éducatif et profondément spirituel ».

Le terme « Sogobô » signifie « sortie des masques et marionnettes » en bambara. Une tradition ancestrale que Yaya Coulibaly s’efforce de préserver et de moderniser depuis la création de sa compagnie en 1980. « Je dépends des marionnettes, ma famille vit uniquement pour cela. C’est ma banque, c’est mon territoire, c’est mon livre, c’est tout mon domaine et chaque jour que Dieu nous donne », confie-t-il.

Le thème retenu cette année, « La culture, facteur de paix, de cohésion sociale et de développement socio-économique », donne le ton d’un programme riche, marqué par des spectacles inspirés des épopées bambaras, des restitutions de formations dans les quartiers périphériques et la participation de jeunes artistes issus de l’Institut national des arts et du Conservatoire. Le centre Happy Théâtre de Dialakorodji a notamment présenté une performance poignante sur les violences domestiques.

Le programme comprend également des ateliers de fabrication et de manipulation, des expositions, des conférences-débats et des master classes. Ces activités visent à renforcer les liens sociaux et à promouvoir la culture comme levier de développement.

En coulisses, l’organisation repose sur un équilibre fragile entre passion et faibles ressources. Aucune enveloppe budgétaire officielle n’a été rendue publique, mais les organisateurs évoquent des « moyens très limités », partiellement compensés par l’appui logistique de l’UNESCO et de partenaires comme Moov Africa ou Instruments 4Africa. « Il faut créer de la valeur culturelle avec presque rien, mais nous tenons debout », résume un membre de l’équipe.

Le festival joue aussi un rôle discret mais essentiel, en ce sens qu’il rémunère des dizaines d’artisans, couturiers, musiciens, forgerons, sculpteurs et jeunes comédiens. Il ravive des réseaux de transmission souvent rompus et remet en lumière des figures comme les Trésors Humains Vivants du Mali.

Le Festival international Sogobô s’impose comme un rendez-vous majeur pour les amateurs d’art et de culture, offrant une immersion rare dans l’univers des masques et marionnettes du Mali.

MD

Ligue 1 de Basket : Les playoffs en ligne de mire

Les matchs du carré d’as du championnat national de Basket Ligue 1 Orange ont débuté le 19 mai sur les deux tableaux, masculin et féminin. Il s’agit de l’ultime étape avant les playoffs, qui détermineront les équipes championnes du Mali pour la saison 2024 – 2025.

Les quatre meilleures équipes à l’issue de la saison régulière s’affrontent. Chez les Messieurs, il s’agit du Stade Malien de Bamako, de l’AS Police, de l’USFAS et du Centre de référence de Basketball de Tombouctou (CRBT). Dans le tableau féminin, les mêmes équipes s’affrontent, sauf le CRBT, remplacé par le Djoliba AC.

Pour son entrée en lice, le champion en titre, le Stade Malien de Bamako, porté par Ibrahim Cissé (16 points, 2 rebonds, 3 passes décisives), a envoyé un signal fort à tous les prétendants en s’imposant largement devant l’USFAS 82 – 42, soit une différence de 40 points entre les deux formations.

Les Blancs de Bamako ont enchaîné avec une deuxième victoire face à l’AS Police le 20 mai (92 – 71) et sont quasiment qualifiés pour les playoffs, même avec un dernier match à disputer ce jeudi 22 mai face au CRBT.

Lutte pour le 2ème ticket

Les Tombouctiens, qui ont créé la sensation lors de leur premier match en venant à bout de l’AS Police (77 – 68), ont ensuite été défaits par l’USFAS (76 – 72). Avec une victoire chacun en deux matchs, le CRBT et l’USFAS, qui sera opposé à l’AS Police, quasi éliminé, vont se livrer un duel à distance ce jeudi pour le 2ème ticket.

À l’instar de l’équipe masculine, les Dames du Stade Malien de Bamako ont également obtenu deux victoires en autant de rencontres et ont décroché leur ticket pour les playoffs avant la 3ème journée. Elles se sont imposées respectivement face à l’USFAS (86 – 58) et à l’AS Police (69 – 50), avant d’affronter le 22 mai le Djoliba AC.

Les Rouges de Hérémakono, qui se sont relancées lors de la 2ème journée face à l’USFAS (87 – 50) après leur défaite inaugurale contre l’AS Police (71-74), sont dans l’obligation de gagner ce 3ème match face au Stade Malien.

Le 2ème ticket pour les playoffs chez les Dames pourrait également revenir à l’AS Police, si les Policières, vainqueures face au Djoliba AC puis battues par le Stade Malien, prenaient le dessus lors de la 3ème journée sur l’USFAS, déjà éliminée.

Mohamed Kenouvi

Syndicats de l’Éducation et leur financier : Difficile compromis

Moins d’un mois après l’accord entre les syndicats de l’Éducation signataires du 15 octobre et les autorités, l’accalmie semble compromise. Un arrêt de travail prévu ce 21 mai 2025 vient d’être suspendu en attendant de nouvelles négociations.

Les syndicats de l’Éducation signataires du 15 octobre 2016 du District de Bamako, constitués du SYPESCO, du SYNEFCT, du SYNEM, du COSES, de la FENAREC et du SYLDEF, avaient entamé un arrêt de travail du 23 au 25 avril 2025. Ce mouvement avait été suspendu le 24 avril après « satisfaction des revendications ».

Cette grève des syndicats enseignants avait deux points de revendication : le départ sans délai du billeteur de l’Académie d’Enseignement de Bamako Rive Gauche et le rétablissement immédiat et effectif de toutes les primes d’enseignants suspendues.

La Coordination des syndicats d’enseignants accusait alors le financier d’avoir suspendu des primes auxquelles ils avaient droit. Un point concerne une cinquantaine d’enseignants fonctionnaires des collectivités territoriales en détachement au niveau d’autres départements.

Goulot d’étranglement

Entre les syndicats de l’Éducation et leur financier, le point d’achoppement était le départ de ce dernier de son poste. Cette décision, prise le 20 mai 2025, a provoqué le mot d’ordre d’arrêt de travail suspendu de justesse, à la demande de la centrale syndicale UNTM.

Il faut rappeler que les primes objet du différend entre les deux parties sont des « primes supplémentaires » qui doivent être payées par le service d’accueil.

Selon une note explicative émanant du financier de l’Académie d’enseignement, ces primes ont été payées par l’Académie d’enseignement dont ils relèvent par méconnaissance. C’est pourquoi elles avaient été suspendues une première fois en 2023. Suite à un préavis des syndicats signataires du 15 octobre 2016 et à une conciliation, il avait été convenu du paiement des primes pour les enseignants mis à disposition et du paiement d’une prime de risque aux professeurs d’informatique.

Ce « rétablissement » a fini par questionner le financier, qui a tenu à respecter les dispositions de la loi N°2018-035 du 27 juin 2018 portant statut des fonctionnaires des collectivités territoriales, dont l’article 51 stipule : « le fonctionnaire mis à disposition relève, du point de vue traitement, de la collectivité territoriale de départ. Toutefois, il peut bénéficier d‘avantages supplémentaires à la charge de la structure d’accueil ».

L’accord trouvé comprenait le rétablissement des primes au mois de mai et le rappel du mois d’avril, ainsi que le départ du financier, qui vient d’être acté, ce qui a provoqué la réaction du syndicat des financiers.

Soumaila Lah : « Le vrai chantier, c’est l’exemplarité du pouvoir »

Suite à la présentation du Plan d’Action Gouvernemental (PAG) 2025–2026 par le Premier ministre devant les membres du CNT, le 16 mai 2025, Soumaila Lah, chercheur-analyste, en livre une lecture lucide, critique et argumentée. Pour cet analyste indépendant, le vrai défi n’est pas d’accumuler les promesses, mais de garantir leur concrétisation, dans un contexte de tensions politiques persistantes.

La sécurité est de nouveau la grande priorité budgétaire. Est-ce soutenable ?

La défense et la sécurité ont toujours constitué les plus grosses poches budgétaires de l’État malien. Ce n’est pas nouveau et cela s’inscrit dans une continuité, avec des lois d’orientation et de programmation militaire, de réforme du secteur de la sécurité. Le gouvernement les considère comme prioritaires. Cependant, il s’agit là encore de prévisions. Leur exécution dépendra des capacités réelles à mobiliser les ressources. Si ces fonds ne sont pas disponibles, il faudra redéployer les moyens en puisant dans des secteurs jugés moins urgents, ce qui pourrait se faire au détriment de services sociaux déjà fragiles. L’équilibre budgétaire, dans un contexte aussi tendu, devient alors un enjeu majeur.

Les réformes annoncées (Relecture des lois, SIGRH) peuvent-elles garantir une meilleure gouvernance ?

Je ne le pense pas. Ce n’est pas une simple question de textes. Le vrai chantier, c’est l’exemplarité du pouvoir. Aucun logiciel, aucune relecture de loi ne remplace la volonté politique d’être exemplaire. Tant que ceux qui dirigent ne montrent pas l’exemple, les autres suivront difficilement. Revenir sur des textes déjà modélisés, vouloir tout changer sans raison claire, c’est parfois détourner l’attention, ou, pire, chercher à légitimer des desseins inavoués. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un pouvoir sobre, transparent et respectueux de la loi.

L’objectif agricole de 11 millions de tonnes est-il réaliste ?

C’est ambitieux, mais difficile à croire dans l’immédiat. Les capacités logistiques et techniques du pays sont encore mal connues. Il y a des aléas climatiques, des problèmes de distribution d’intrants. Et, surtout, on assiste depuis quelque temps à une inflation de promesses non suivies d’effets. Tant que les conditions ne sont pas réunies de façon concrète, cette projection reste une annonce politique parmi d’autres.

Peut-on croire à des élections transparentes bientôt ?

Je reste très sceptique. L’AIGE, bien qu’installée, ne dispose ni des moyens suffisants ni de l’autonomie nécessaire. On connaît les conditions floues de sa mise en place et ce flou persiste. Cela fait des années que le pouvoir répète les mêmes engagements, sans action concrète. Le Premier ministre a encore tenu un discours sans garanties, sans feuille de route claire. On est dans l’effet d’annonce, pas dans l’action réelle.

Charte pour la paix et la réconciliation : Outil d’unité ou texte vidé de l’essentiel ?

Annoncée comme un texte de référence, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation est en voie d’achèvement. Mais certains sujets majeurs, comme le sort des partis politiques, ont été exclus de ses discussions. Ce choix interroge sur sa portée réelle dans un contexte politique toujours tendu.

Selon Zeïni Moulaye, ancien ministre et membre de la Commission, la Charte vise à « unir tous les fils du Mali autour de l’essentiel » et doit servir de socle aux politiques de sécurité, de paix et de réconciliation. C’est ainsi qu’elle intègre cinq grands thèmes – Paix, Sécurité, Réconciliation nationale, Cohésion sociale et Vivre ensemble – et valorise plus de vingt mécanismes de règlement locaux issus des différentes cultures du pays. Le texte n’a pas vocation à être un document partisan, a précisé Zeïni Moulaye, mais plutôt un outil transversal à portée nationale.

Le volet Sécurité, piloté par le Général à la retraite Yamoussa Camara, insiste sur la nécessité d’un maillage sécuritaire complet du territoire en s’appuyant sur une collaboration active entre forces armées et populations civiles. Trois fonctions stratégiques sont retenues, la protection, l’anticipation et l’intervention. Le Général Camara a rappelé que les mesures d’autodéfense communautaire doivent être encadrées et intégrées à une stratégie nationale afin d’éviter les dérives constatées ces dernières années.

Sur le plan judiciaire, le Dr Marie-Thérèse Dansoko a souligné que la Charte aborde les questions de justice de manière globale, en intégrant la lutte contre l’impunité, la corruption, la délinquance financière et l’enrichissement illicite. La justice transitionnelle est également traitée, avec une reconnaissance du rôle des autorités traditionnelles dans la résolution des conflits mineurs, sans exclure les voies judiciaires classiques. Pour elle, « la réconciliation ne peut se faire au détriment de la justice ».

Suspens autour de l’ancrage juridique

Mais, au-delà du contenu, des zones d’ombre persistent. Le document est « pratiquement achevé », selon la Commission, mais son ancrage juridique n’est pas encore défini. Ce sera à la Présidence, avec l’avis de la Cour suprême et de la Cour constitutionnelle, de déterminer son statut légal. Ce flou soulève des inquiétudes sur la portée réelle de la Charte à court et moyen terme.

Autre interrogation de fond : nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi la question du sort des partis politiques, et notamment leur dissolution, n’a pas été confiée à cette Commission, déjà mandatée pour traiter de la paix et de la cohésion nationale ? Le Dialogue Inter-Maliens d’avril 2024, à l’origine de la création de cette Charte, avait pourtant abordé des sujets éminemment politiques. C’est cette même instance qui avait proposé l’élévation du Colonel Assimi Goïta et de 5 autres officiers supérieurs au grade de Général, décision entérinée depuis. Et, selon plusieurs sources, l’avant-projet de la Charte avait également recommandé la libération, en décembre 2024, de onze personnalités politiques arrêtées en juin de la même année. Ces éléments démontrent que la Commission a déjà traité de dossiers politiques sensibles.

Dès lors, pourquoi avoir choisi d’écarter cette même Commission de la gestion du dossier explosif des partis politiques et de leur avenir, en lui préférant un nouveau cadre – les Concertations nationales du 16 au 29 avril  – annoncé tardivement et préparé dans l’urgence ? Une meilleure articulation entre les deux cadres aurait peut-être permis une sortie de crise plus apaisée, dans un climat de confiance renforcée.

Publication retardée

De plus, le retard dans la publication officielle de la Charte interroge. Annoncée comme prioritaire dès 2024, sa remise au chef de l’État n’interviendra qu’à la fin du premier semestre 2025. Entre-temps, le pays a connu des bouleversements majeurs, tant sur le plan sécuritaire que politique, sans que ce texte ait pu jouer son rôle d’outil d’apaisement et de cohésion.

Autre aspect non négligeable, le Programme d’action gouvernementale 2025-2026 évoque bien la paix et la réconciliation dans l’un de ses huit axes, mais sans lien direct explicite avec le document en cours. Il reste donc à espérer que cette Charte, une fois remise, ne devienne pas un texte de plus, mais bien un guide concret d’action accepté par tous, y compris par ceux qui, jusqu’ici, n’ont pas été associés à son élaboration.

MD

Dissolution des partis politiques : Le grand nettoyage

Le 13 mai 2025, les autorités de la Transition ont annoncé par décret présidentiel la dissolution de l’ensemble des partis politiques et des associations à caractère politique. Officiellement présentée comme une étape décisive et un passage obligé vers la mise en œuvre des recommandations des Assises Nationales de la Refondation, cette mesure marque une rupture sans précédent dans l’histoire démocratique du pays.

Purge salutaire d’un système politique défaillant ou glissement préoccupant vers un pouvoir sans contrepoids ? La dissolution des partis politiques sur l’ensemble du territoire national ainsi que des associations à caractère politique continue de soulever des interrogations.

Le gouvernement de transition justifie cette mesure par la nécessité de reconstruire la scène politique sur des bases assainies, suite au constat, au fil des années, d’un pluralisme politique, vidé de sa substance, qui a réduit les partis à des instruments d’opportunisme électoral.

Plus de 280 partis politiques étaient enregistrés, dont une large majorité sans réelle activité ni ancrage territorial. En mettant fin à cette « cacophonie », le gouvernement entend ouvrir la voie à une nouvelle ère de gouvernance politique, mieux structurée et plus éthique.

Lors d’un point de presse tenu le 14 mai dernier, le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Réformes politiques et du Soutien au processus électoral, Mamani Nassiré, a indiqué que la décision du gouvernement était la suite logique des différentes réformes engagées sous la Transition depuis quelques années.

« La dissolution des partis politiques constitue une voie que nous avons trouvée pour appliquer l’une des recommandations fortes, qui a été d’ailleurs faite par l’ensemble des forces vives de la Nation ayant participé aux Assises Nationales de la Refondation, à savoir la réduction du nombre des partis politiques », a confié pour sa part le Premier ministre Abdoulaye Maïga le 19 mai 2025 devant les membres du Conseil national de Transition.

L’analyste politique Ousmane Bamba partage cet avis. « Je fais la part des choses entre la démocratie et la dissolution des partis politiques. Cela n’a rien d’anti-démocratique. Selon moi, cela permet simplement une réorganisation », soutient-il.

Des voix contre

La décision du 13 mai a été accueillie avec indignation par une grande partie de la classe politique dissoute. Dénonçant une dérive autoritaire, certains dirigeants de formations politiques ont annoncé des recours en justice, tant devant les juridictions nationales que régionales et internationales, pour obtenir l’annulation du décret de dissolution des partis politiques.

L’ancien ministre de la Justice Mamadou Ismaïla Konaté regrette pour sa part « un recul historique du Mali en matière de démocratie ». « Cette dissolution des partis politiques confirme une volonté assumée d’installer un pouvoir militaire personnel, en dehors de tout processus démocratique. C’est un acte de guerre contre le pluralisme, l’État de droit et la liberté », dénonce l’ancien Garde des sceaux du Mali.

Dans un communiqué publié le 16 mai 2025, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Volker Türk, a lui aussi appelé les autorités de la Transition malienne à abroger le décret de dissolution des partis et à rétablir pleinement les droits politiques dans le pays.

« Le Président de la Transition doit abroger ce décret draconien et toute restriction de la participation politique doit être conforme aux obligations internationales du Mali en matière de droits humains », a-t-il demandé.

Mais, dans un contexte où la Transition bénéficie d’un contrôle institutionnel renforcé et où les appels à la souveraineté nationale priment sur les injonctions extérieures, peu d’observateurs s’attendent à une issue favorable à court terme.

Les voies de recours, bien que légitimes, semblent symboliques face à la volonté politique affirmée de recomposition du champ politique.

Vers un système politique rationalisé ?

Le gouvernement ne cache pas ses intentions. Une nouvelle Charte des partis politiques est en cours d’élaboration. Le futur texte vise à définir un nouveau cadre légal, plus strict, pour autoriser l’existence et le fonctionnement des partis au Mali. Plusieurs pistes issues des recommandations des forces vives de la Nation sont déjà à l’étude.

D’abord, la mise en place de critères rigoureux de création, pour éradiquer les partis de façade et favoriser l’émergence d’acteurs politiques crédibles et enracinés. Parmi ces critères, entre autres, une implantation effective dans plusieurs régions, un fonctionnement interne démocratique et transparent et une caution de 100 millions francs CFA pour la création de tout parti politique.

Ensuite, la moralisation de la vie politique est érigée en principe fondateur. En vue de restaurer la confiance entre citoyens et représentants politiques, le futur texte pourrait interdire l’accès à la direction d’un parti à toute personne condamnée pour des faits de corruption ou de détournement de fonds publics.

Le financement public des partis sera lui aussi repensé. Pour éviter que les subventions publiques ne servent à enrichir quelques individus au lieu de soutenir l’action politique, la nouvelle charte pourrait supprimer tout simplement ce financement, comme recommandé d’ailleurs par les forces vives, ou établir de nouveaux mécanismes avec un contrôle renforcé de la Cour des comptes.

Enfin, des réflexions sont en cours autour de la limitation du nombre de partis autorisés. Si lors des dernières consultations des forces vives, fin avril dernier, elles avaient recommandé un maximum de cinq partis politiques dans le pays, certains évoquent l’instauration d’un système de regroupements politiques ou de blocs afin de structurer durablement la scène politique autour de grandes forces idéologiques cohérentes. Une telle configuration pourrait renforcer la lisibilité du débat public et la stabilité des institutions.

« Il faut que les nouveaux partis politiques naissent sur la base d’une idéologie. Les gens ont détaché la politique de l’idéologie. Or si l’on détache la politique de l’idéologie, on ne pourra plus faire la différence entre les partis politiques et le peuple n’aura plus de grille de lecture pour faire un choix conscient et civique », appuie l’analyste politique Ousmane Bamba.

Nouvelle architecture en vue

La dissolution des partis politiques actée le 13 mai 2025 ne signe pas la fin du jeu politique au Mali, mais son redémarrage sur des bases profondément remaniées. Pour exister dans le cadre du nouveau dispositif légal en gestation, les anciens partis devront se restructurer ou fusionner et revoir leur mode d’organisation. Si certains disparaîtront, d’autres renaîtront sous de nouvelles formes.

Lors de ce « nouveau départ », de nouveaux acteurs pourraient émerger. Des mouvements citoyens, des collectifs de jeunes, des personnalités issues de la société civile ou de la diaspora, ou même des jeunes leaders issus des anciennes formations politiques pourraient incarner une nouvelle dynamique. Le renouvellement générationnel et idéologique, souvent souhaité mais rarement observé, pourrait enfin s’amorcer.

Toutefois, cette probable recomposition de la scène politique ne va pas sans risques. Certains craignent que la refondation de la vie politique en cours dans le pays ne serve à verrouiller le système au profit d’un cercle restreint de fidèles du pouvoir.

Si la tentation d’exclure ou de marginaliser les voix discordantes semble bien réelle, le défi pour la Transition sera de concilier assainissement politique et pluralisme démocratique.

Le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Réformes politiques et du Soutien au processus électoral, Mamani Nassiré, assure que le gouvernement mettra tout en œuvre pour élaborer la nouvelle charte dans un contexte inclusif.

Dans le processus de rédaction du nouveau texte, il affirme que les autorités de la Transition feront appel à toutes les personnalités qui peuvent y contribuer, y compris les anciens acteurs politiques.

Mohamed Kenouvi

Énergie : 30 milliards FCFA pour renforcer l’alimentation électrique autour de Bamako

Le Conseil des ministres du mercredi 21 mai 2025 a adopté des projets de textes relatifs à la ratification d’un accord de prêt entre le gouvernement du Mali et la Banque Ouest-africaine de Développement (BOAD), signé à Lomé le 10 mars 2025.

Cet accord porte sur un financement de 30 milliards de francs CFA, destiné à appuyer la construction du tronçon nord de la boucle Nord de 225 kilovolts autour de Bamako, ainsi que l’extension de plusieurs postes électriques stratégiques.

Les travaux prévus concernent la construction d’une ligne haute tension 225 kV en double circuit, reliant les localités de Kodialani, Kambila, Safo et Dialakorobougou, la création de nouveaux postes de transformation à Safo et Kénié, ainsi que le renforcement des postes existants de Kodialani, Kambila et Dialakorobougou. Il est également prévu l’extension du réseau haute tension pour l’électrification de nouveaux quartiers dans ces zones périurbaines.

Ce projet s’inscrit dans la politique de renforcement des infrastructures énergétiques autour de la capitale, face à une demande en électricité en hausse constante. Selon des données de l’EDM-SA, la région de Bamako concentre près de 40 % de la consommation nationale d’électricité, avec une croissance annuelle moyenne de la demande estimée entre 7 et 10 %. La boucle Nord, qui constitue un maillon du réseau interconnecté national, vise à sécuriser l’alimentation de la capitale et à réduire les coupures récurrentes.

En plus de soulager la pression sur les installations actuelles, le projet permettra de soutenir le développement des zones industrielles autour de Bamako et de faciliter l’électrification de nouveaux quartiers résidentiels, notamment dans les communes rurales limitrophes confrontées à une urbanisation rapide. Il pourrait également permettre une meilleure intégration des projets d’énergies renouvelables à venir, en augmentant la capacité d’évacuation du réseau haute tension.

L’accord de financement conclu avec la BOAD prévoit une contribution de l’État malien, avec un cofinancement possible par d’autres partenaires techniques. Le calendrier d’exécution précis du projet sera arrêté à l’issue des études techniques en cours.

MÉNAKA: Enlèvement du président de la société civile 

Le lundi 19 mai 2025, aux environs de 20 heures, Sidi Barka a été enlevé à Ménaka alors qu’il rentrait de la mosquée. Selon plusieurs sources locales, l’enlèvement a eu lieu dans un quartier situé non loin de son domicile. À l’heure actuelle, aucune revendication n’a été rendue publique.

Sidi Barka est conseiller pédagogique au CAP de Ménaka, secrétaire général de l’UNTM dans la région, président de la société civile de Ménaka et président régional de l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE). Il est considéré comme une personnalité active dans les structures civiles locales.

Depuis l’annonce de sa disparition, des appels à la prière ont été lancés dans la ville. Des habitants se sont rassemblés devant son domicile dans la soirée du lundi.

L’incident intervient dans un contexte sécuritaire marqué par une multiplication des enlèvements dans la région. En janvier 2023, un agent de l’Organisation mondiale de la santé avait été enlevé à Ménaka dans des circonstances similaires. D’autres cas ont été signalés dans les communes voisines, notamment à Tidermène et Andéramboukane.

Lors de la Semaine nationale de la Justice, organisée en janvier 2025, Sidi Barka avait pris la parole pour dénoncer l’absence prolongée des services judiciaires dans la région et demandé le retour des autorités compétentes. Son intervention avait été relayée par les médias locaux.

Aucune opération officielle de recherche n’a été annoncée à ce stade. Les autorités administratives et sécuritaires n’ont pas encore communiqué publiquement sur l’incident.

Mali – Niger : signature d’une convention énergétique pour ravitailler le Nord

Une convention a été signée hier après-midi à Niamey entre les autorités maliennes et nigériennes pour renforcer l’approvisionnement en hydrocarbures des régions nord du Mali.

Cette cérémonie, empreinte de chaleur et de convergence stratégique, marque une nouvelle étape dans la coopération au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

L’accord prévoit une livraison régulière de carburant en direction des zones enclavées du Nord malien, confrontées à des pénuries sévères ayant fait grimper les prix du litre à plus de 2 000 FCFA, contre 775 FCFA au tarif réglementé. Ce partenariat logistique mobilise la SONIDEP côté nigérien, en lien avec les distributeurs maliens.

Il s’agit également d’une concrétisation d’un engagement formulé par le Niger en décembre 2023, à savoir la fourniture de 150 millions de litres de carburant au Mali, dans un contexte de crise énergétique nationale. L’objectif est double : soulager les populations du Nord malien et renforcer une souveraineté énergétique collective au sein de l’AES.

« Le Nord du Mali est notre neuvième région », a déclaré Abdoulaye Seydou, ministre nigérien du Commerce, en soulignant l’importance de l’intégration énergétique dans la construction d’une solidarité stratégique régionale. Cette convention, sans effet d’annonce exagéré, traduit une volonté commune d’investir dans une coopération pragmatique, fondée sur la complémentarité des ressources et la stabilité logistique.

OCI: le Mali recadre l’Algérie devant les parlements islamiques

Lors de la 19e conférence parlementaire de l’OCI, Bamako a accusé Alger d’ingérence et de soutien à des déstabilisateurs. Une confrontation qui révèle une fracture diplomatique entre deux voisins historiques.

Du 12 au 15 mai 2025, les regards diplomatiques étaient tournés vers Jakarta, en Indonésie, où se tenait la 19e session de l’Union parlementaire des États membres de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI). Un rendez-vous destiné à promouvoir la coopération entre parlements musulmans sur des enjeux tels que la paix, la solidarité et le développement. Mais au lieu d’un consensus fraternel, la session a été marquée par un affrontement verbal d’une rare intensité entre les représentants du Mali et de l’Algérie.
Prenant la parole à la tribune, le chef de la délégation malienne n’a pas mâché ses mots. Dans un discours tranchant, il a dénoncé “les attitudes ambivalentes et les interférences étrangères qui sapent la souveraineté et la stabilité du Mali.” Sans citer directement l’Algérie dans les premiers instants, le diplomate malien a rapidement levé l’ambiguïté en évoquant “des pays qui offrent protection et relais diplomatiques à des acteurs connus pour leurs visées subversives contre les autorités de la transition.” L’assistance, saisie par la gravité du ton, a vite compris que la cible était Alger.
Une réplique algérienne immédiate et indignée
Faisant usage de son droit de réponse, le représentant algérien s’est dit “profondément choqué par les insinuations et accusations graves proférées contre un pays frère qui n’a jamais cessé de prôner la paix et le dialogue au Sahel.” Il a rappelé l’engagement de longue date de l’Algérie dans les mécanismes de médiation régionaux et rejeté toute implication dans des actions hostiles au Mali.
Mais la tension était déjà installée. Le ton, d’habitude feutré des grandes conférences islamiques, a laissé place à une joute publique inhabituelle, révélatrice d’un contentieux diplomatique plus ancien. Car derrière cet échange se profilent des désaccords profonds sur la gestion du dossier sécuritaire malien, les acteurs légitimes du dialogue, et les alliances nouvelles nouées par Bamako depuis 2022.
En filigrane, les autorités de la transition reprochent à Alger une certaine complaisance à l’égard d’exilés politiques et de figures contestées du régime déchu. Dans les cercles diplomatiques maliens, la gêne est ancienne, mais cette fois-ci, la parole s’est libérée, dans un cadre multilatéral où chaque mot pèse double.
Jakarta, catalyseur d’un repositionnement diplomatique malien ?
Ce qui s’est produit à Jakarta n’est pas anodin. Il traduit un changement de posture du Mali sur la scène internationale. En effet, fini les formules prudentes, place à une diplomatie affirmée, offensive, et surtout alignée sur une logique de rupture avec certaines traditions jugées contre-productives.
Les autorités de Bamako, confortées par un soutien populaire autour de la souveraineté nationale, n’hésitent plus à nommer ce qui auparavant relevait de la coulisse. Ce nouvel équilibre, revendiqué, s’exprime désormais même dans des forums autrefois consensuels comme celui de l’OCI.
La déclaration finale du sommet, peu fournie sur cette tension particulière, n’a pas refermé le dossier. Au contraire, Jakarta aura servi de révélateur à une recomposition régionale dans laquelle le Mali entend peser, quitte à heurter certains partenaires historiques.

Cinéma : Le 7ème art à l’épreuve du temps et du numérique

Jadis fleuron du 7ème art africain avec des figures emblématiques telles que Souleymane Cissé (Yeelen, Prix du Jury à Cannes en 1987), le cinéma malien traverse aujourd’hui une période d’incertitude et de transition complexe. Depuis la dernière consécration majeure en 1995, avec « Guimba, un tyran, une époque » de Cheick Oumar Sissoko, le Mali n’a pas remporté l’Étalon d’or de Yennenga au FESPACO, ce qui souligne les défis persistants du secteur.

Le Centre National de la Cinématographie du Mali (CNCM) dispose d’un budget limité, souvent insuffisant pour soutenir une production régulière et de qualité. En 2019, le CNCM avait annoncé un budget de plus d’un milliard de francs CFA pour relancer le cinéma malien, mais les résultats tardent à se concrétiser et laissent les intervenants du secteur dans le désarroi. Parallèlement, la fermeture de nombreuses salles de cinéma réduit l’accès du public aux œuvres locales, entravant la diffusion et la rentabilité des productions.

L’essor des plateformes de streaming telles que Netflix, YouTube et Amazon Prime a transformé la consommation audiovisuelle en Afrique. De plus, Nollywood, l’industrie cinématographique nigériane, a su tirer parti de cette révolution numérique en devenant la deuxième plus grande industrie cinématographique mondiale en termes de volume de production. En revanche, le cinéma malien est sous-représenté sur les plateformes, ce qui limite sa visibilité et son accès à de nouveaux marchés. Le 7ème art malien, bien que voyant le train en marche, n’arrive toujours pas à s’accrocher à la locomotive.

Rôle social et perspectives de collaboration

Malgré ces défis, des cinéastes maliens comme Hawa Sogoba, Fatou Cissé, Mariam Cissé, Fousseyni Maïga, Tapa Kéïta ou Youssouf Doumbia continuent de produire des œuvres engagées, abordant des thématiques de réconciliation et d’espoir dans un contexte de conflits. Par exemple, Hawa Sogoba a souligné l’importance de collaborations entre le Mali et des industries cinématographiques dynamiques comme Nollywood pour ouvrir de nouvelles perspectives et inspirer une nouvelle génération d’artistes.

D’après certains observateurs, pour revitaliser le cinéma malien, une stratégie intégrée est nécessaire. Laquelle passera par une augmentation des investissements, le développement d’infrastructures modernes, la formation des professionnels et surtout l’intégration dans les circuits de diffusion numériques. Par ailleurs, à travers une volonté politique affirmée, en s’appuyant sur son riche héritage culturel et en s’adaptant aux nouvelles dynamiques du marché, le Mali peut aspirer à retrouver une place de choix sur la scène cinématographique africaine et internationale.

Liberté de la presse en Afrique de l’Ouest : Entre espoirs et reculs

Le dernier classement de Reporters Sans Frontières (RSF) révèle une situation contrastée en Afrique de l’Ouest. Si certains pays enregistrent des avancées notables, d’autres connaissent des reculs préoccupants.

Au Burkina Faso, la situation s’est nettement détériorée. Le pays, confronté à une explosion de la désinformation alimentée par la menace sécuritaire, a chuté de 19 places, passant de la 86ème position en 2024 à la 119ème dans le nouveau classement.

RSF impute cette dégringolade à la montée de l’insécurité et à l’instabilité politique, liée aux deux coups d’État, survenus en janvier et en septembre 2022, qui ont « considérablement dégradé les conditions d’accès à une information plurielle et l’exercice d’un journalisme libre ».

L’autre pays membre de la Confédération AES, le Niger, a également régressé en matière de liberté de la presse. Cependant, ce recul de 3 places (de la 80ème en 2024 à la 83ème en 2025) est le moins important au sein de l’AES.

Cette disparité dans l’AES se retrouve également dans la CEDEAO, l’autre organisation sous-régionale. La Côte d’Ivoire a perdu 11 places et est désormais classée 64ème, tandis que le Sénégal continue de progresser dans ses efforts pour garantir une liberté de presse accrue dans le pays.

Avec 20 places gagnées par rapport au classement 2024, le pays de la Téranga se positionne comme l’un des plus sûrs pour l’exercice du journalisme et le travail des médias en Afrique occidentale.

Cependant, c’est le Cap-Vert (30ème), 3ème en Afrique derrière l’Afrique du Sud et la Namibie, qui vient en tête du classement RSF pour la région ouest-africaine. « Le pays se distingue dans la région par un cadre de travail favorable pour les journalistes. La liberté de la presse est garantie par la Constitution », souligne le rapport.

Même si, de son côté, la Gambie n’a pas progressé et a conservé sa place de 58ème du classement précédent de 2024, le pays montre des signes positifs en matière de liberté de la presse depuis quelques années.

Des avancées telles que des réformes législatives, notamment l’adoption d’une loi d’accès à l’information et la dépénalisation de la diffamation, ont contribué à une baisse des attaques visant les journalistes et à une amélioration du climat médiatique.

Mohamed Kenouvi

Playoffs NBA 2025 : Surprises et nouveaux équilibres

Les demi-finales de Conférences des playoffs NBA 2025 ont démarré le 4 mai 2025 sur les chapeaux de roue, avec des résultats inattendus qui redessinent déjà la hiérarchie habituelle.

À l’Est, les Cleveland Cavaliers ont été cueillis à froid le 4 mai à domicile par les Indiana Pacers (121-112). Portée par Tyrese Haliburton, l’équipe de l’Indiana confirme son excellente dynamique après avoir éliminé les Bucks et met les Cavs sous pression dès le début de la série.

De leur côté, les Boston Celtics, favoris et champions en titre, ont également chuté à domicile face aux New York Knicks lors du premier match de la série, disputé lundi. Menés de 20 points, les Knicks ont renversé la situation grâce à une défense intense et à un Jalen Brunson exceptionnel, l’emportant en prolongation 108-105.

À l’Ouest, la surprise est venue des Denver Nuggets, qui ont battu les Oklahoma City Thunder mardi sur leur terrain. Le tir décisif d’Aaron Gordon dans les dernières secondes a permis aux champions de 2023 de prendre un avantage psychologique dans une série qui s’annonce disputée. Face à eux, OKC devra rapidement faire preuve de maturité pour ne pas laisser filer une saison prometteuse. Le 2ème match de la série est prévu ce jeudi 8 mai.

Enfin, le duel entre Minnesota et Golden State, attendu comme le choc générationnel de ces playoffs, a tenu ses promesses lors du premier match, disputé dans la nuit de mardi à mercredi. Les jeunes Timberwolves, emmenés par Anthony Edwards, défient les vétérans des Warriors et l’inoxydable Stephen Curry. Au-delà du spectacle, cette série incarne une possible transition dans la NBA, entre l’ère des dynasties passées et celle des nouvelles ambitions.

Entre confirmations et surprises, ces demi-finales dévoilent trois enjeux majeurs : la capacité des favoris à réagir, l’émergence d’outsiders solides et le choc entre l’expérience et la jeunesse. Rien n’est joué et chaque match pourrait s’avérer décisif dans la course au titre.

Ces matchs suivent un format classique, au meilleur des sept confrontations (Best-of-seven). Chaque série oppose deux équipes et la première qui remporte quatre matchs se qualifie pour la finale de Conférence. En d’autres termes, le vainqueur est simplement l’équipe qui atteint quatre victoires en premier, peu importe l’écart de points cumulés. Chaque match compte individuellement et la série peut durer de 4 à  7 matchs.

Mohamed Kenouvi

Tabaski 2025 : Le Mali riche en moutons difficiles d’accès

Chaque année à l’approche de la Tabaski, les marchés à bétail s’emplissent d’effervescence. Pourtant, l’accès à un mouton est un luxe pour une majorité de Maliens. À quelques semaines de l’Aïd el Adha, les indicateurs économiques et les tensions régionales font craindre une nouvelle fête inégalitaire.

Le Mali, avec un cheptel estimé à 19,2 millions de moutons en 2020, reste un acteur majeur de l’élevage en Afrique de l’Ouest. Pourtant, cette abondance ne se traduit pas par une accessibilité pour les populations locales. En 2024, sur les marchés de Bamako, un mouton moyen coûtait entre 75 000 et 250 000 francs CFA, avec des spécimens dépassant souvent 350 000 francs. Pour beaucoup, ces prix sont inatteignables.

Malgré cela, le Mali continue de jouer un rôle central dans l’approvisionnement régional. En 2024, le pays a exporté près de 110 000 moutons vers le Sénégal, soit  37% des importations sénégalaises pour la Tabaski. Ce commerce transfrontalier illustre un paradoxe. Alors que des moutons quittent le Mali en masse, les familles maliennes peinent à s’en procurer un. En valeur, les exportations de bétail, estimées à 140 milliards de francs CFA en 2021, ont chuté à 62 milliards en 2022, impactées par l’insécurité croissante dans les zones pastorales, la flambée des prix du transport, la cherté des aliments bétail et les prélèvements illégaux orchestrés par des groupes armés sur les routes commerciales.

Les éleveurs doivent également composer avec un accès difficile au financement. Les crédits d’accompagnement promis par les autorités arrivent souvent trop tard pour être utiles ou ne sont pas renouvelés. Le coût de production augmente alors que les débouchés se réduisent. Les petits exploitants n’ont d’autre choix que de vendre à perte ou de se retirer temporairement du marché.

Le paradoxe est d’autant plus criant que le secteur bénéficie officiellement d’un cadre juridique clair. La Loi d’Orientation Agricole (LOA), adoptée en 2006, reconnaît la place stratégique de l’élevage dans le développement rural et la sécurité alimentaire. Mais, entre le texte et sa mise en œuvre, l’écart est béant. Le Projet de Développement Durable des Exploitations Pastorales au Sahel (PDDES), lancé en 2023, ambitionnait pourtant de renforcer la résilience des éleveurs face aux chocs climatiques et sécuritaires. Sa portée sur le terrain, toutefois, est difficile à évaluer. De plus, depuis trois ans, les autorités de la Transition ont décidé d’octroyer 10% des recettes issues du coton aux éleveurs et acteurs du secteur. Un geste politique fort, mais dont les effets concrets sont encore peu mesurables à l’échelle nationale.

Frontières fermées, circuits cassés

Le commerce régional du bétail, longtemps vital pour les éleveurs maliens, traverse une période trouble. En avril 2025, le Gouverneur de Kankan, en Guinée, a ordonné l’expulsion de tous les troupeaux maliens présents dans sa région, en invoquant les règles de la CEDEAO sur la transhumance. Si le nombre de bêtes refoulées n’a pas été officiellement communiqué, la mesure a frappé durement les éleveurs, déjà éprouvés par des mois d’insécurité. En Côte d’Ivoire, un an plus tôt, 150 Maliens vivant du commerce du bétail avaient été expulsés du quartier Abattoir de Port-Bouët, à Abidjan, dans le cadre d’un programme d’aménagement urbain. Ce déguerpissement a mis fin à des années de présence économique et sociale des éleveurs maliens sur l’un des marchés les plus stratégiques de la région.

Ces événements marquent un tournant dans les relations économiques régionales et révèlent la précarité structurelle d’un secteur vital. Privés d’accès à des circuits commerciaux stables, les éleveurs se retrouvent piégés dans une spirale de vulnérabilité économique. Les marchés de substitution sont rares, les débouchés se réduisent et les coûts explosent. Le manque d’infrastructures, combiné à l’absence de politiques d’intégration régionale efficaces, fragilise davantage les réseaux d’échange traditionnels. Une étude du CILSS note que plus de 60% des flux commerciaux pastoraux de l’espace ouest-africain sont informels.

À l’intérieur du Mali, les difficultés s’additionnent. Faute d’infrastructures adéquates pour la vente, d’accès aux crédits à temps ou de régulation efficace des marchés, les éleveurs sont à la merci des spéculateurs.

Pourtant, une opération structurée existe. La vente promotionnelle de moutons mise en place par la Direction Nationale des Productions et des Industries Animales (DNPIA), en collaboration avec la DRPIA de Bamako, remonte à 2009. Son objectif était de proposer des moutons de qualité à moindre coût à la population et de réduire la pression spéculative sur les marchés traditionnels. En 2024, l’opération a porté sur un total de 32 000 têtes dans tout le pays, dont 22 000 destinées à Bamako. Les communes de Kayes, Sikasso, Ségou, Koutiala, Mopti, San et Tombouctou, ainsi que plusieurs sites de la capitale (Terrain de Lafiabougou, Commune III, Sogoniko, Hippodrome) ont accueilli ces points de vente.

Les animaux étaient répartis selon trois catégories identifiables par un code couleur : vert (1er choix), jaune (2ème choix) et rouge (3ème choix). À titre d’exemple, en  Commune III, 1 616 moutons ont été acheminés depuis Nioro du Sahel et répartis ainsi : 900 têtes de 100 000 à 140 000 francs CFA (1er choix), 566 entre 75 000 et 100 000 francs (2ème choix) et seulement 150 de 60 000 à 75 000 francs CFA (3ème choix) soulignant l’insuffisance de l’offre dans les catégories les plus accessibles.

Des mesures d’encadrement ont été prises : marquage des animaux, surveillance policière rotative à neuf jours de l’ouverture, contrôle vétérinaire par la DNPIA et la DRPIA, campagnes de sensibilisation sur les axes Nioro – Bamako. Plusieurs réunions préparatoires ont été tenues en amont avec les acteurs de la filière pour assurer la fluidité du dispositif.

Malgré cette organisation, la couverture est insuffisante. L’offre ne répond pas à la demande massive, en particulier dans les zones périphériques. De nombreux ménages se retrouvent encore contraints de recourir à l’endettement ou à la solidarité de quartier. Des collectes communautaires permettent parfois d’offrir un mouton aux familles les plus pauvres, mais ces élans de solidarité ne suffisent pas à pallier l’ampleur des besoins.

Le poids de l’insécurité est renforcé par une réalité peu connue mais documentée. Le bétail volé sert aussi de levier de financement pour les groupes armés terroristes. Selon des sources nationales, les pertes liées au vol organisé de bétail s’élèveraient à plus de 36 milliards de francs CFA par an. Cette manne illégale alimente les circuits du crime organisé et renforce les capacités logistiques des groupes djihadistes dans le centre et le nord du pays. Les éleveurs, extorqués ou menacés, voient non seulement leurs troupeaux disparaître mais aussi leur survie être compromise.

La décision des autorités maliennes de fermer sept marchés à bétail à Bamako, en septembre 2024, à la suite d’attaques terroristes, a marqué un tournant dans la gestion sécuritaire de la capitale. Les marchés de Lafiabougou-Koda, Sabalibougou, Faladié-Solola, Faladié-Zone Aéroportuaire, Niamana, Djélibougou et de la Zone Industrielle ont été fermés pour raisons d’ordre public. Si cette mesure visait à prévenir d’éventuelles infiltrations, elle a eu pour effet immédiat de désorganiser l’approvisionnement local et d’exacerber la flambée des prix dans les quartiers périphériques.

Une fête en sursis

La Tabaski n’est pas seulement un moment religieux. C’est aussi un révélateur social. Pour de nombreuses familles maliennes, ne pas pouvoir s’offrir un mouton à sacrifier est vécu comme une blessure, une humiliation silencieuse. Le Mali, pays d’éleveurs, ne parvient encore pas à organiser une Tabaski pour ses propres citoyens sans les mettre en difficulté.

Par ailleurs, les autorités sont critiquées pour leur manque d’anticipation et leur incapacité à réformer les filières d’élevage et à protéger les acteurs les plus vulnérables. Les organisations paysannes, quant à elles, réclament une meilleure représentativité et des mécanismes durables pour faire entendre leur voix. Le débat sur le modèle pastoral malien, longtemps reporté, s’impose aujourd’hui avec urgence. Il soulève des interrogations sur l’équité, la résilience face aux crises et le rôle de l’État dans la régulation de cette filière cruciale. À quelques semaines de la « Grande fête » de 2025, rien n’indique que la situation va s’améliorer.

À des milliers de kilomètres de là, le Maroc, lui aussi frappé par la cherté du mouton et la sécheresse, a décidé de renoncer au sacrifice rituel pour 2025. Une mesure radicale justifiée par la rareté des bêtes, leur coût prohibitif et la volonté d’éviter une inégalité flagrante entre les fidèles. Le contraste est saisissant. Tandis que certains pays optent pour des ruptures symboliques fortes, le Mali, riche en bétail mais en mal d’organisation, laisse ses citoyens se débrouiller seuls face à une fête de plus en plus coûteuse.

MD

Plan d’action 2025-2026 : le Premier ministre Abdoulaye Maïga expose la feuille de route du gouvernement

Le Premier ministre, Dr. Abdoulaye Maïga, a présenté ce vendredi 16 mai 2025, devant le Conseil National de Transition (CNT), le Plan d’Action du Gouvernement (PAG) pour la période 2025-2026. À travers ce document, l’exécutif définit ses priorités pour renforcer la sécurité, améliorer les conditions de vie des populations, et poursuivre les réformes engagées dans le cadre de la Transition.

Le chef du gouvernement a indiqué que le PAG s’articule autour de huit axes majeurs, tirés de la lettre de cadrage du Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, en date du 27 novembre 2024. Ces axes concernent la sécurité, les réformes politiques et institutionnelles, la satisfaction des besoins fondamentaux, la santé, l’éducation, la stabilité sociale, la diplomatie et la préparation des élections.

Sur le plan sécuritaire, le gouvernement entend poursuivre la montée en puissance des Forces de Défense et de Sécurité à travers le recrutement de 15 000 militaires, la construction de nouveaux camps, l’acquisition de matériel moderne, ainsi que la création de plateformes opérationnelles et d’un hôpital militaire. Il est également prévu la sécurisation des axes routiers avec le renforcement des effectifs de la police et de la gendarmerie à hauteur de 9 000 agents.

Concernant les réformes politiques, le Premier ministre a rappelé la mise en œuvre progressive des dispositions de la Constitution adoptée en juillet 2023. Il a annoncé l’opérationnalisation du Système intégré de gestion des ressources humaines (SIGRH), la révision de la loi sur les associations et l’engagement du gouvernement dans la lutte contre la corruption et les atteintes aux biens publics.

Le troisième axe porte sur la réponse aux besoins essentiels. Le Premier ministre a mis en avant des mesures pour améliorer la sécurité alimentaire, notamment à travers la distribution gratuite de 17 666 tonnes de céréales à 1 115 000 personnes vulnérables, la reconstitution des stocks stratégiques, le soutien aux producteurs agricoles, et l’amélioration des capacités nationales de production. Le secteur de l’élevage bénéficiera de campagnes de vaccination et de soutien à l’insémination. Des importations sont également prévues pour stabiliser les prix des produits de première nécessité.

Dans le domaine de la santé, le PAG prévoit la construction de nouvelles infrastructures sanitaires, l’équipement de centres de santé, la mise en place de sept cliniques modulaires, d’un laboratoire P2, de trois centrales d’oxygène, et le renforcement de l’inclusion sociale à travers la prise en charge des populations vulnérables.

Sur le plan éducatif, des efforts seront déployés pour améliorer l’offre de formation, construire 85 écoles fondamentales et 11 lycées, et digitaliser les contenus pédagogiques. Un soutien est également prévu pour les établissements privés agréés et les universités publiques.

L’axe social du plan prévoit la poursuite du dialogue social, l’application des accords syndicaux, l’amélioration des conditions de vie des agents publics, et l’insertion professionnelle des jeunes. Le gouvernement annonce des milliers de stages et de journées de travail à haute intensité de main-d’œuvre, ainsi que des actions en faveur des personnes en situation de handicap.

En matière de diplomatie, le Premier ministre a réaffirmé l’engagement du Mali dans la Confédération des États du Sahel (AES), en vue d’une coopération renforcée avec le Burkina Faso et le Niger. Il a aussi évoqué les efforts en cours pour mobiliser les ressources extérieures, valoriser la diaspora et promouvoir le Mali dans les instances internationales.

Enfin, le gouvernement entend créer les conditions d’un processus électoral transparent et apaisé, en collaboration avec l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE), à travers l’élaboration de textes juridiques adaptés et la prise en compte des aspects logistiques et sécuritaires.

Le Premier ministre a conclu son discours en insistant sur les principes de responsabilité, de redevabilité et d’exemplarité et a invité le CNT à approuver ce plan conçu dans un esprit d’écoute, de pragmatisme et de service à la Nation.

Ligue 1 française : Achraf Hakimi élu meilleur joueur africain 2025

Ce 12 mai 2025, Achraf Hakimi, vice-capitaine du Paris Saint-Germain, a été désigné lauréat du Prix Marc-Vivien Foé, récompensant le meilleur joueur africain évoluant en Ligue 1. Il devient ainsi le premier joueur du PSG à recevoir cette distinction, succédant au Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang, vainqueur en 2024.

Hakimi a devancé l’Ivoirien Evann Guessand (OGC Nice) et le Sénégalais Habib Diarra (RC Strasbourg), respectivement deuxième et troisième du classement. Avec cette victoire, il devient le quatrième Marocain à remporter ce prix, après Marouane Chamakh (2009), Younès Belhanda (2012) et Sofiane Boufal (2016).

Formé au Real Madrid, Hakimi a ensuite évolué au Borussia Dortmund et à l’Inter Milan, avant de rejoindre le PSG en 2021. Il s’apprête à affronter son ancien club, l’Inter Milan, en finale de la Ligue des champions le 31 mai prochain, une première pour le club parisien.

Sur la scène internationale, Hakimi a été un acteur clé du parcours historique du Maroc lors de la Coupe du monde 2022, où les Lions de l’Atlas ont atteint les demi-finales, une première pour une nation africaine. Il est également très attendu à la prochaine Coupe d’Afrique des nations, qui se déroulera au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026.

Le Prix Marc-Vivien Foé, créé en 2009 par RFI et France 24, honore chaque année le meilleur joueur africain du championnat de France. La victoire de Hakimi souligne l’importance croissante des talents africains en Ligue 1.

 

 

Côte d’Ivoire : Tidjane Thiam se retire de la présidence du PDCI-RDA après sa radiation de la liste électorale

Le dimanche 11 mai 2025, Tidjane Thiam a annoncé par une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux sa décision de quitter la présidence du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA). Ce départ intervient moins de deux semaines après sa radiation de la liste électorale ivoirienne par la justice, qui l’a déclaré inéligible pour la présidentielle d’octobre 2025.

Déjà, le 22 avril 2025, le tribunal compétent a acté que Tidjane Thiam ne disposait plus de la nationalité ivoirienne au moment de son inscription sur les listes électorales en 2022, en raison de son acquisition de la nationalité française en 1987. Bien qu’il ait officiellement renoncé à la nationalité française en mars 2025, cette démarche a été jugée trop tardive pour rétablir sa recevabilité. En conséquence, l’ancien patron du Crédit Suisse a été écarté de la course présidentielle, une décision qui a suscité de nombreuses réactions au sein de sa formation politique.

Élu à la tête du PDCI en décembre 2023, Tidjane Thiam incarnait le renouvellement du parti historique fondé par Félix Houphouët-Boigny. Son retrait de la vie politique nationale survient dans un contexte de recomposition politique, alors que le PDCI devra désormais désigner un nouveau candidat et une nouvelle stratégie pour le scrutin présidentiel à venir.

Le départ de Thiam ouvre une période de transition pour le PDCI, qui pourrait organiser un congrès extraordinaire ou désigner une direction intérimaire. Le parti, pilier de l’opposition en Côte d’Ivoire, entre ainsi dans une phase d’incertitude à quelques mois d’une échéance électorale décisive.

 

Bamako : un Fonds de solidarité pour la presse malienne lancé par la Maison de la Presse

Le samedi 10 mai 2025, la Maison de la Presse de Bamako a marqué la clôture de la Semaine nationale de la liberté de la presse par un geste fort et symbolique : le lancement officiel du Fonds de Solidarité de la Presse (FonsoPress). Ce mécanisme inédit vise à répondre à la précarité grandissante des journalistes maliens en leur offrant un soutien structuré, durable et autonome.

L’objectif principal du FonsoPress est d’améliorer les conditions de vie et de travail des professionnels des médias au Mali. Il s’agit notamment d’apporter des aides ponctuelles en cas de détresse, de faciliter l’accès à la protection sociale, de financer des formations qualifiantes, et de garantir un minimum de sécurité pour les journalistes les plus exposés ou marginalisés. Pour le président de la Maison de la Presse, Bandiougou Danté, ce fonds est une réponse à une réalité souvent tue : celle de la vulnérabilité extrême de nombreux acteurs de la presse, confrontés à des rémunérations irrégulières, au manque de couverture sociale, et à des pressions permanentes.

Le FonsoPress est structuré autour de trois organes clés : un Conseil d’Administration de 13 membres, un Comité de Gestion de sept personnes chargé de la mobilisation et de la répartition équitable des ressources, et un Comité Technique constitué d’experts spécialisés dans les domaines d’intervention du Fonds. Cette organisation a été pensée pour garantir la transparence, l’efficacité et l’orientation stratégique des actions menées.

L’adhésion au fonds est volontaire et ouverte à tous les professionnels de médias enregistrés légalement. Chaque membre cotise à hauteur de 1 000 francs CFA par mois, un montant modeste qui donne accès à l’ensemble des services proposés. La philosophie du FonsoPress repose sur la solidarité de la profession elle-même, soutenue par des partenaires techniques, institutionnels et privés.

Parrainée par Issa Arsina Cissé, président du Forum des Cadres et Notabilités des Régions du Nord et du Centre, la cérémonie de lancement a rassemblé de nombreuses figures du monde médiatique et associatif. Le parrain a salué une initiative ambitieuse, susceptible de transformer en profondeur le paysage de la presse au Mali, en posant les bases d’un écosystème plus résilient et mieux organisé.

Dans un contexte politique tendu et un environnement économique instable, où les journalistes sont souvent en première ligne, le lancement du FonsoPress apparaît comme une avancée significative. Il témoigne aussi de la capacité de la profession à s’organiser pour défendre ses intérêts de manière autonome et responsable.