Cheptel : un plan de 8 milliards de FCFA

Le plan 2025-2029 finance des ouvrages hydrauliques et des périmètres pastoraux. Selon L’Essor, cinq systèmes hydrauliques ont déjà été réceptionnés à Koulikoro.

Le Comité national de pilotage de la Stratégie nationale de stabilisation et de sécurisation du bétail malien a tenu sa première session le 1er octobre à Bamako. La réunion était présidée par le ministre de l’Élevage et de la Pêche, Youba Ba, en présence de la Direction nationale des productions et des industries animales, des services techniques et des organisations professionnelles.
La stratégie a été approuvée par le décret du 3 juillet 2025. Son premier plan d’action couvre la période 2025-2029 et représente une programmation financière de 8 milliards de FCFA. Le Journal officiel confirme l’approbation de la stratégie et du plan quinquennal par le décret n°2025-0435/PT-RM.
Un second décret, daté du 5 mai 2026, a organisé son pilotage. Le dispositif comprend un comité national, un comité technique de coordination ainsi que des organes régionaux et locaux. La session du 1er octobre constitue la première réunion du comité national établi dans ce cadre.
Des crédits concentrés sur les trois dernières années
D’après les chiffres présentés pendant la réunion, 600 millions de FCFA sont affectés aux activités de 2025 et 2026. Les 7,4 milliards restants sont programmés entre 2027 et 2029.
Le plan d’action prévoyait initialement 2,7 milliards de FCFA pour 2027. Selon L’Essor, les arbitrages budgétaires ont ramené l’allocation à un milliard de FCFA, soit une différence de 1,7 milliard avec la programmation initiale. Le ministre Youba Ba a demandé une augmentation de la contribution de l’État et la mobilisation de partenaires financiers.
Ces montants correspondent à une programmation pluriannuelle. La somme effectivement engagée apparaît dans les marchés conclus, les paiements exécutés et les ouvrages réceptionnés au cours de chaque exercice.
La stratégie répond, selon le ministère, aux difficultés rencontrées sur les parcours de transhumance, à la réduction des espaces pastoraux, à la pression foncière et aux différends liés à l’accès à l’eau ou aux terres. Les infrastructures prévues comprennent notamment des points d’eau améliorés et des périmètres destinés à l’élevage.
Cinq systèmes hydrauliques réceptionnés
Selon le bilan rapporté par L’Essor, les travaux de quatorze systèmes hydrauliques pastoraux améliorés ont été lancés en 2025 dans les régions de Koulikoro, Bougouni et Kita. Cinq ouvrages ont été réceptionnés à Koulikoro.
Ces systèmes doivent fournir de l’eau au bétail dans les zones aménagées. Leur utilisation concerne également l’organisation des déplacements des troupeaux et la fréquentation des points d’abreuvement par les éleveurs.
Deux périmètres pastoraux figurent dans le programme de 2025. Les publications consultées présentent différemment leur état d’exécution. L’Agence malienne de presse parle de deux périmètres réalisés, dont un à Balanfina, dans le cercle de Yanfolila. L’Essor indique que les travaux ont commencé à Yanfolila et que le projet de Kangaba rencontre une difficulté liée au choix du site.
Le statut administratif et technique de chaque site doit donc être confirmé par un état de réception de la Direction nationale des productions et des industries animales. La réception d’un ouvrage intervient après l’achèvement des travaux et leur contrôle, tandis qu’un chantier lancé reste en cours d’exécution.
Pour 2026, le programme comprend la poursuite des infrastructures déjà engagées et deux nouveaux périmètres pastoraux à Sikasso et Koutiala. L’AMAP attribue cette programmation au ministère de l’Élevage et de la Pêche.
La première session du comité fournit ainsi quatre repères chiffrés. Le plan quinquennal porte sur 8 milliards de FCFA, dont 600 millions pour ses deux premières années. Cinq systèmes hydrauliques sont signalés comme réceptionnés à Koulikoro et un milliard de FCFA est inscrit après arbitrage pour 2027.
Massiré Diop

Du pâturage aux étals, le parcours difficile de la viande au Mali

La 6ᵉ Assemblée générale ordinaire de l’Interprofession de la filière bétail-viande du Mali (IFBV-Mali) s’est tenue jeudi 27 août 2026 au Mémorial Modibo Keïta de Bamako. Elle a porté sur les difficultés de la filière et les moyens d’améliorer l’approvisionnement des marchés.

À Bamako comme dans plusieurs régions du pays, la question de la viande dépasse le simple prix affiché chez le boucher. Derrière un kilogramme vendu entre 3 500 et 4 000 francs CFA dans certaines localités se trouve une chaîne fragilisée par l’insécurité, les difficultés de transport et la réduction de l’offre.
C’est dans ce contexte que l’IFBV-Mali a réuni les principales familles professionnelles du secteur : éleveurs, transformateurs, marchands et transporteurs de bétail. Pour son président, Mamoudou Abdoulaye Diallo, la participation des délégations régionales, malgré la saison des pluies, témoigne de l’engagement des acteurs. « Cette mobilisation de toutes les régions du Mali et du District de Bamako montre vraiment la vitalité de notre organisation », estime-t-il.
L’assemblée intervient alors que l’insécurité perturbe les déplacements des éleveurs et des animaux, le fonctionnement des marchés à bétail et les circuits traditionnels d’approvisionnement.
Dans la région de Bandiagara, Amadou Traoré, président des bouchers, décrit une activité profondément ralentie. Il y a encore quelques années, les professionnels pouvaient se déplacer dans plusieurs villes pour acheter du bétail. Aujourd’hui, ces mouvements sont devenus plus difficiles et la baisse de l’offre se mesure jusque dans les abattoirs. « Maintenant, on n’abat plus que trois vaches, alors qu’auparavant, on pouvait en abattre jusqu’à 20, sans compter les moutons et les chèvres », témoigne-t-il. Plusieurs bouchers auraient également cessé leur activité.
La région dispose désormais d’un abattoir, mais celui-ci ne répond pas suffisamment aux besoins des professionnels, selon Amadou Traoré. Le manque d’équipements de conservation complique également la commercialisation de la viande.
À Bandiagara, le problème commence bien avant l’arrivée de la viande sur les étals. Boubacar Koïta, commerçant de bétail, situe l’un des principaux points de blocage sur l’axe Bandiagara-Fatoma, important pour l’approvisionnement de la région. « Nous, les commerçants, nous partions avec nos bouchers et chacun trouvait sa part, mais cette chaîne a été coupée », explique-t-il. Sa sécurisation permettrait, selon lui, de faciliter le ravitaillement de la ville, où le kilogramme de viande est vendu entre 3 500 et 4 000 francs CFA.
Le constat est similaire dans la région de Mopti. Alboucar Bocoum, secrétaire général de l’Union régionale des marchands de bétail, rappelle que cette zone est traditionnellement considérée comme un important bassin d’élevage. Certains éleveurs ont cependant quitté leurs espaces habituels, des animaux ont été enlevés et les déplacements vers les marchés sont devenus plus risqués. Le rapprochement des marchés à bétail ne suffit donc pas lorsque les éleveurs et les commerçants hésitent à prendre la route. « Quand le marché n’est pas suffisamment approvisionné, le peu qui s’y présente coûte vraiment cher », résume-t-il.
Une hausse saisonnière
Face à l’augmentation du prix de la viande, le président de l’IFBV-Mali appelle toutefois les consommateurs à ne pas céder à l’inquiétude. Selon Mamoudou Abdoulaye Diallo, cette hausse présente aussi un caractère saisonnier. L’hivernage et les mouvements de transhumance éloignent temporairement une partie du cheptel des grands centres urbains. Avec la fin progressive de cette période, les animaux devraient se rapprocher des centres de consommation et améliorer l’approvisionnement des marchés.
L’interprofession affirme que ses membres poursuivent les activités pastorales et d’embouche afin de renforcer l’offre. Pour les professionnels, cette réponse restera cependant insuffisante sans une amélioration de la sécurité sur les axes de circulation.
Abdoulaye Buimayara, représentant de la région de Douentza, décrit des difficultés qui commencent dans les zones de production et se prolongent jusqu’à Bamako. L’insuffisance des moyens de transport et les contraintes sur les routes compliquent l’activité. Dans sa région, le kilogramme de viande peut atteindre 4 000 francs CFA.
Pour Mahamadou Doucouré, secrétaire général de l’IFBV-Mali, les difficultés doivent être traitées à l’échelle de toute la chaîne. « Tout commence au niveau des éleveurs avant d’arriver aux autres », souligne-t-il. Les différentes familles professionnelles doivent donc agir ensemble pour améliorer l’approvisionnement des consommateurs.
Cette volonté de travailler collectivement constitue l’un des objectifs de l’Assemblée générale. Le président de l’interprofession souhaite l’instauration d’un cadre régulier de concertation avec les pouvoirs publics, afin que les professionnels puissent faire remonter leurs difficultés et participer à la recherche de solutions.
L’IFBV-Mali entend également renforcer les familles professionnelles et mieux valoriser leurs productions. L’opérationnalisation du label « Mali Sogo », enregistré comme marque collective auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, figure parmi les perspectives. Cette certification doit garantir l’origine et la traçabilité de la viande rouge malienne et renforcer son positionnement sur les marchés.
Le représentant du ministre de l’Élevage et de la Pêche a salué la régularité des sessions et appelé les acteurs à relever les faiblesses de la filière. L’objectif est de garantir une production plus régulière, d’améliorer l’approvisionnement et de contribuer aux différentes dimensions de la sécurité alimentaire.
Pour les professionnels, l’enjeu est de permettre au bétail de circuler, aux marchés d’être régulièrement approvisionnés et à la viande de redevenir plus accessible. Restaurer cette chaîne passe d’abord par la sécurité, la concertation et la circulation des animaux entre les zones d’élevage et les centres de consommation.
Salimata Wagué

Élevage, pêche et aquaculture : Les ruptures qui freinent la souveraineté alimentaire

Le Mali possède un cheptel considérable et d’importantes ressources halieutiques. Mais leur transformation en aliments accessibles, réguliers et compétitifs reste incomplète.

Annoncés initialement du 4 mai au 29 juillet 2026, les États généraux de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture ont été conçus pour établir un diagnostic des filières, recueillir les préoccupations des acteurs et améliorer la coordination. Leur thème officiel relie la modernisation des productions animales et halieutiques à la sécurité alimentaire et nutritionnelle. L’installation de la Commission nationale d’organisation, le 7 juillet à Bamako, a marqué une étape du processus.

Le débat intervient pendant une période de soudure difficile. Selon les projections du Cadre Harmonisé reprises par la FAO, près de 1,6 million de personnes pourraient connaître une insécurité alimentaire aiguë entre juin et août 2026, dont environ 56 700 en phase d’urgence. Les conflits, les déplacements et les perturbations commerciales fragilisent les ménages dans le Nord et le Centre.

Les ressources disponibles donnent pourtant la mesure du potentiel national. En 2024, les estimations administratives de la Direction nationale des productions et des industries animales, publiées par l’Institut national de la statistique du Mali, faisaient état de 14,04 millions de bovins, 24,48 millions d’ovins et 33,80 millions de caprins, soit 72,3 millions de têtes. La production de poisson atteignait 113 218 tonnes, contre 133 941 tonnes en 2023. La capture en fournissait 104 178 tonnes et la pisciculture 9 040 tonnes, environ 8% du total.

Ces volumes ne disent pas quelle quantité de lait, de viande ou de poisson parvient réellement aux consommateurs. Entre la ressource et le marché se succèdent l’alimentation, l’eau, la santé, la collecte, le transport, le froid, la transformation, le financement et le contrôle sanitaire. C’est dans ces passages mal assurés que se perd une part du potentiel productif.

Pressions

Converti en Unités de bétail tropical (UBT), le cheptel représentait 21,2 millions d’unités en 2024, une unité correspondant à un animal de 250 kilogrammes. Rapporté à près de 30 millions d’hectares de pâturages, ce volume équivalait à 0,71 unité par hectare, contre 0,63 en 2023. Mopti comptait le plus de bovins, tandis que Gao arrivait en tête pour les ovins et les caprins.

Cette moyenne masque des tensions locales. Un pâturage n’est utile que s’il reste accessible et pourvu d’eau. Les couloirs de passage, les points d’abreuvement, l’entretien des aménagements, la concurrence avec les cultures et l’insécurité des déplacements déterminent la capacité des éleveurs à approvisionner les marchés.

« Généralement, les politiques ne sont pas adaptées à nos réalités », estime Fodé Diallo, de l’Institut polytechnique rural de formation et de recherche appliquée de Katibougou. Il place l’alimentation animale parmi les premières urgences et préconise plus d’aliments de qualité, la valorisation des sous-produits agricoles, l’entretien des points d’eau et un meilleur suivi des exploitations. Il insiste aussi sur la formation des agents, les laboratoires, les services vétérinaires, les abattoirs et les équipements de transformation.

Fodé Diallo juge confuses certaines interventions de la Direction nationale des productions et des industries animales et de la Direction nationale des services vétérinaires, allant jusqu’à proposer leur fusion. Les textes distinguent pourtant la production animale et le pastoralisme, confiés à la première, de la santé et de l’inspection vétérinaires, relevant de la seconde. Son constat renvoie surtout à la coordination, aux moyens et au partage des responsabilités.

Circuits

La filière lait illustre l’écart entre potentiel biologique et offre marchande. La production est dispersée, saisonnière et en partie autoconsommée. Pour atteindre une laiterie, le lait doit être regroupé, contrôlé, refroidi et transporté rapidement. Des récipients inadaptés, une panne d’électricité ou plusieurs heures sur une route dégradée suffisent à compromettre sa qualité.

« Le transport pose problème », souligne Seydou Nourou Diallo, de la FENALAIT. À ses yeux, les difficultés de collecte, de refroidissement, de conservation et d’acheminement empêchent la filière de valoriser davantage le potentiel laitier national. Il évoque un réseau de centres autour de Bamako et un projet d’usine à Dialakorobougou qui n’a pas encore abouti. Ces indications décrivent le besoin d’un réseau reliant les bassins aux transformateurs.

Les coopératives et les femmes transformatrices assurent une partie du regroupement. Leur travail réclame des récipients hygiéniques, des tests de qualité, du froid, une énergie stable, des véhicules adaptés et des fonds de roulement. Sans contrats réguliers entre producteurs, collecteurs et laiteries, les équipements peuvent rester sous-utilisés et le lait local perdre du terrain face aux produits importés, prévient M. Diallo.

La réponse ne se résume pas à produire davantage. Elle suppose d’organiser les flux, de réduire les coûts et de faire respecter les normes depuis la traite jusqu’au consommateur. Une politique laitière cohérente doit lier alimentation du bétail, santé des troupeaux, collecte, énergie, transformation et débouchés.

Dépendance

Le poisson rend la contradiction encore plus visible. En 2023, le Mali a importé 76 939 tonnes de produits halieutiques, dont 75 856 tonnes de poissons congelés, soit 98,6% du volume. Ces importations équivalaient à environ 57% de la production nationale de la même année, sans permettre d’en déduire leur part exacte dans la consommation, faute de données consolidées sur l’autoconsommation.

Une partie du poisson local disparaît avant la vente. Les pertes après capture ont été estimées à 1 734 tonnes en 2023, dont 867 tonnes chez les pêcheurs, 312 chez les mareyeurs et 555 chez les commerçants. Elles surviennent pendant la manutention, le transport, le stockage ou la vente et traduisent l’insuffisance de la glace, du froid et des équipements de marché.

L’Enquête cadre de 2025 estime à 63 653 le nombre de ménages exerçant au moins une activité liée à la pêche sur les sites étudiés, où vivaient 696 595 personnes. Parmi eux, 48 694 ménages participaient à la transformation ou au commerce. Gao en regroupait 24 282, Mopti 13 677, Tombouctou 7 265 et Ségou 6 878. L’enquête recensait aussi 1 024 sites de débarquement sans aménagement, contre 313 aménagés.

« La demande locale dépasse largement l’offre disponible sur les marchés », observe Mme Traoré Assétou Sanogo, promotrice de l’Unité de production d’aliments pour animaux domestiques et active dans le secteur piscicole à Bamako. Elle met en cause l’état des routes, les moyens de transport et le matériel d’acheminement. Selon elle, le Festival du poisson rapproche producteurs et consommateurs, mais aliments et alevins restent décisifs.

Exécution

La pisciculture ne progresse pas assez vite pour compenser le recul des captures. Sa production n’a augmenté que de 59 tonnes entre 2023 et 2024. Son développement exige des alevins fiables, un aliment adapté, de l’eau, de l’énergie, une maîtrise technique, des équipements de conservation et des débouchés identifiés avant la récolte.

« L’accès au financement constitue le principal frein », explique Djibril Keïta, Secrétaire général de la coopérative Séné Yiriwa. Le projet piscicole de la structure demeure en préparation faute de ressources pour aménager les bassins, sécuriser l’eau, acquérir les équipements, acheter les alevins et l’aliment, puis former les membres. Les crédits doivent être compatibles avec des cycles imposant plusieurs mois de dépenses avant les premières recettes.

Certaines réponses sont inscrites dans les programmes publics. Le Mali a obtenu auprès de la Banque islamique de développement un prêt de 23,45 millions d’euros destiné au Programme de développement intégré des ressources animales et aquacoles, pour ses volets aviculture et aquaculture. Le programme prévoit des chambres froides, des entrepôts, des écloseries, des moulins à aliments, des forages et des installations piscicoles. Leur réalisation et leur fonctionnement détermineront leur apport réel.

Les États généraux auront surtout été utiles s’ils permettent de passer d’un inventaire connu à des engagements vérifiables. Chaque mesure devrait désigner une structure responsable, un budget, une zone, un délai et des indicateurs publics. La souveraineté alimentaire ne se mesure ni au nombre d’animaux ni aux tonnes produites, mais à la capacité de conserver, transformer et vendre localement une nourriture saine, régulière, abordable et accessible.

Élevage, pêche, aquaculture : Cap sur la valeur ajoutée

Du 4 mai au 29 juillet 2026, les États généraux de l’Élevage, de la Pêche et de l’Aquaculture se tiennent au Mali autour de la modernisation des filières rurales. L’enjeu est de mieux organiser la production, la transformation et les marchés afin de créer davantage de valeur.

Annoncée en Conseil des ministres, la rencontre s’inscrit dans une démarche de diagnostic et d’écoute des acteurs. Elle porte sur des filières présentées officiellement comme un moteur essentiel pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, mais aussi pour les revenus ruraux, les recettes locales et l’emploi.

Le poids économique est considérable. Selon les données sectorielles disponibles, l’élevage, la pêche et l’aquaculture sont pratiqués par plus de 85% de la population, procurent des revenus à environ 30% des Maliens et contribuent à près de 19% du PIB. Le pays dispose d’un cheptel estimé à plus de 15 millions de bovins, 32 millions de petits ruminants et 37 millions de volailles.

Ce potentiel contraste avec les limites observées sur le terrain. Les producteurs vendent encore souvent des animaux, du lait ou du poisson avec peu de transformation locale. Les pertes restent liées au manque de froid, de stockage, de transport, d’abattoirs modernes, d’unités laitières et d’équipements adaptés. Les femmes engagées dans le fumage, le séchage, la vente du poisson ou des produits laitiers travaillent souvent dans des conditions fragiles.

La pêche illustre bien ce paradoxe. En 2024, la production nationale de poisson était estimée à 113 218 tonnes, dont 9 040 tonnes issues de la pisciculture, soit environ 8%. Cette part encore limitée montre la marge de progression de l’aquaculture, au moment où 7 milliards de francs CFA ont été mobilisés en 2025 pour soutenir les alliances productives dans la filière poisson.

La modernisation attendue devra donc toucher les infrastructures, le financement et l’organisation des marchés. Chaînes du froid, aliments pour bétail, alevins de qualité, services vétérinaires, bassins piscicoles, routes rurales et dispositifs d’assurance peuvent améliorer la rentabilité. L’exemple de la poissonnerie moderne de Safo montre aussi l’importance d’investissements capables de rapprocher production, conservation et commercialisation.

À l’issue des États généraux, les acteurs attendront des mesures précises, financées et suivies. La modernisation se mesurera aux revenus conservés localement, aux pertes réduites, aux emplois créés et à la capacité du Mali à transformer davantage ses productions animales, halieutiques et aquacoles sur son territoire, au bénéfice des ménages, producteurs et territoires.

Koutiala : Fin de course pour des voleurs de bétail

Le Commissariat de Police de Koutiala, sous la houlette du Commissaire Divisionnaire de Police Fousseynou DIAKITÉ, a procédé à l’interpellation, entre le 31 août et le 15 septembre, d’un présumé voleur et de son complice dans une affaire de vol de bétails.

 

La lutte contre l’insécurité, notamment le vol de bétail est une préoccupation majeure des autorités en charge de la sécurité. Particulièrement dans les zones de provenance des animaux. Ces vols récurrents sont aussi l’une des causes de l’augmentation du coût d’acquisition de ces animaux. Ce qui contribue au renchérissement du prix de la viande.

C’est au cours d’une mission de patrouille menée par une équipe de la brigade de recherches policières que le suspect, en possession d’un troupeau de sept (07) moutons  a été arrêté dans le quartier de Médina Coura. Soumis à un interrogatoire, le mis en cause n’a pas tardé à faire son mea-culpa en affirmant avoir dérobé ces animaux sous la pluie, à proximité du cimetière, tout en dénonçant son complice. Tous deux, identifiés par les initiales M.D. (32 ans) et B.C. (46 ans), ont été déférés devant la justice. L’enquête se poursuit selon les sources sécuritaires afin de déterminer d’éventuelles complicités et de vérifier leur implication dans d’autres affaires similaires. À travers cette opération, la Police régionale de Koutiala réaffirme son engagement constant à assurer la sécurité des personnes et de leurs biens, conformément aux orientations du ministre de la Sécurité et de la Protection Civile.

Le Commissaire de police Fousseynou DIAKITÉ a tenu à féliciter ses équipes pour leur travail et a invité la population à faire preuve de vigilance et à renforcer sa collaboration avec les Forces de l’ordre, condition sine qua none pour une lutte efficace contre la criminalité sous toutes ses formes.

Joseph Amara DEMBELE

CICR : le programme d’appui à l’élevage fait son bilan

Le ministère de l’Élevage et de la Pêche, en collaboration avec le CICR, organise du 19 au 20 août 2025 un atelier de planification de la campagne de vaccination 2025/2026. Durant deux jours, les acteurs partageront les résultats de la campagne 2024/2025, avant d’évoquer les difficultés et les perspectives pour un secteur plus résilient.

Le CICR met en œuvre depuis 2011 un programme d’appui à l’élevage qui intervient dans la campagne de vaccination annuelle contre certaines maladies prioritaires, dont la Peste des petits ruminants (PPR), la Péripneumonie contagieuse bovine (PPCB) et le charbon bactéridien. Le CICR soutient également la mise en œuvre d’actions comme la formation et le recyclage des auxiliaires d’élevage, la réalisation d’infrastructures pastorales et l’insémination artificielle.

Depuis 2019/2020, le programme a entrepris une transition vers la prise en charge des coûts de la prestation par les éleveurs dans le cadre de la vaccination des bovins contre la PPCB. Cet objectif a été atteint lors de la campagne 2022/2023.

Pour la campagne 2024/2025, le programme visait la vaccination de plus de 3 millions de petits ruminants. Les résultats ont atteint plus de 2 millions de sujets vaccinés, soit un taux de réussite de 99 %. Ce bilan inclut également l’assistance directe à plus de 90 000 ménages pasteurs et agropasteurs.

Perspectives

Pour la campagne 2025/2026, le ministère de l’Élevage offrira 3 millions de doses contre la PPR. Un engagement salutaire qui permettra au CICR d’allouer à d’autres activités le fonds prévu pour les vaccins, tel que le renforcement du marquage des animaux faisant partie du plan national de lutte contre la maladie. Le CICR contribuera aussi à renforcer la chaîne du froid pour favoriser la conservation des vaccins.

Pour remédier aux difficultés d’accès dans les zones d’intervention, des agents communautaires de santé animale, également formés avec la contribution du CICR, participent aux côtés des services vétérinaires et des détenteurs de mandats sanitaires pour assurer le suivi de la santé des animaux. L’autre contrainte reste l’acceptation du marquage, pourtant nécessaire pour l’efficacité de la vaccination. La campagne de vaccination 2024/2025 vise 3 millions de têtes de petits ruminants pour contribuer à l’éradication de la peste des petits ruminants à l’horizon 2030.

Élevage : une nouvelle vision pour sécuriser les troupeaux

Face aux effets conjugués du changement climatique, de la pression foncière et des tensions récurrentes autour des ressources pastorales, le gouvernement malien a validé une nouvelle Stratégie nationale de stabilisation et de sécurisation du bétail. Le texte, pris en compte lors du Conseil des ministres du 28 mai 2025, est accompagné d’un premier plan quinquennal couvrant la période 2025–2029.

Le cheptel national compte environ 12 millions de bovins, 25 millions d’ovins, 26 millions de caprins, 1,3 million de camelins et plus de 35 millions de volailles. L’élevage représente environ 19 % du PIB agricole et mobilise plus de 30 % de la population active. Pourtant, ce socle économique et social est de plus en plus fragilisé. Dans plusieurs zones, les déplacements des éleveurs sont perturbés par l’insécurité, les conflits fonciers ou encore la dégradation des parcours de transhumance. La stratégie adoptée vise à organiser durablement le secteur sur des zones aménagées, tout en assurant la cohabitation pacifique avec les autres usagers des terres.
Structurée autour de quatre axes principaux, cette politique prévoit l’aménagement et la gestion des ressources pastorales, la promotion des cultures fourragères, la valorisation du potentiel économique du cheptel, ainsi que le renforcement du suivi technique et institutionnel. Elle s’inscrit dans les orientations stratégiques du pays, notamment la vision Mali Kura Ɲɛtaasira Ka Bɛn 2063 Ma, la SNEDD 2024–2033 et le Cadre stratégique de la Refondation de l’État.
Parmi les actions prévues figurent la sécurisation des couloirs de transhumance, la création de banques de fourrage, le développement de partenariats public-privé pour les infrastructures pastorales et le renforcement des capacités des éleveurs. L’enjeu est à la fois économique et social : améliorer la productivité, prévenir les conflits, garantir un accès équitable aux ressources et renforcer la résilience des communautés rurales.
Chaque année, les exportations de bétail malien, vivantes ou transformées, génèrent plusieurs dizaines de milliards de FCFA, notamment à destination des marchés ouest-africains comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Sénégal. En sécurisant les circuits de production, le Mali entend consolider sa position régionale dans le commerce pastoral tout en créant plus d’emplois dans les zones rurales.