La radio à l’épreuve de l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle s’impose peu à peu dans tous les secteurs et bouleverse les habitudes. Dans l’univers des médias, elle transforme la manière de produire, de diffuser et même de consommer l’information, notamment à la radio, où elle suscite autant d’espoirs que de craintes.

La révolution technologique n’a pas attendu l’IA pour transformer la production radiophonique. Le passage de l’analogique au numérique a profondément changé les pratiques, avec un montage simplifié, une qualité sonore améliorée et une plus grande autonomie pour les journalistes et les animateurs. Là où l’on manipulait autrefois des bandes magnétiques, des ciseaux et de lourds enregistreurs Nagra, quelques clics suffisent désormais pour créer, monter et diffuser un contenu. « La différence entre les deux époques, c’est de la lune à la terre », résume le journaliste Baba Djourté.

Mais l’arrivée de l’intelligence artificielle a ouvert une nouvelle étape. Voix synthétiques, textes générés, sons produits automatiquement… l’IA propose aujourd’hui une panoplie d’outils qui simplifient considérablement la production. De nombreuses radios disposent désormais de studios entièrement numériques capables de créer des éléments audio sophistiqués sans intervention humaine directe. Cependant, cette automatisation soulève une question essentielle : la radio peut-elle conserver son identité sans la voix humaine ?

Pour plusieurs professionnels, la réponse est claire. « L’IA peut aider, mais elle ne remplacera jamais l’émotion humaine », souligne Diakaridia Dembélé, journaliste et enseignant à l’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication. Selon lui, la machine ne fait que répondre à ce qu’on lui demande, alors que l’humain reste capable d’interprétation, de nuance et d’intuition.

Cette différence reste déterminante pour les rédactions qui veulent préserver leur authenticité. À Radio Kledu, par exemple, l’IA n’est pas utilisée dans la production quotidienne. « Elle peut être utile pour des tâches ponctuelles, mais elle ne peut pas respecter les principes fondamentaux de notre métier, comme la rigueur, l’éthique, la déontologie et le recoupement de l’information », explique M. Kane, rédacteur en chef adjoint. La vérification des faits demeure, selon lui, une responsabilité humaine.

L’intelligence artificielle comporte également des risques. Ses contenus ne sont pas toujours fiables et peuvent entraîner la diffusion d’informations inexactes si le travail de vérification n’est pas réalisé avec soin. Même si des outils comme ChatGPT ou Gemini sont de plus en plus consultés pour la recherche documentaire, ils ne remplacent pas le jugement professionnel du journaliste.

Reste que l’IA offre aussi de réelles opportunités. En accélérant la recherche d’informations, en facilitant le montage ou en suggérant des contenus, elle peut devenir un allié précieux pour les rédactions prêtes à évoluer. « Dans l’avenir, ces outils pourront même nourrir nos émissions sur les réseaux sociaux », anticipe Harouna Tidiane Ba, journaliste à Radio Kledu.

L’intelligence artificielle est donc à la fois une promesse et un défi pour la radio. Elle apporte des solutions techniques puissantes, mais elle ne saurait remplacer la dimension humaine qui fait la richesse de ce média : la voix, l’émotion, la sensibilité. Dans un environnement de plus en plus automatisé, c’est sans doute là que se jouera l’avenir de la radio.

 

80e Assemblée de l’ONU : l’AES défend sa souveraineté

Le Premier ministre et chef du gouvernement Abdoulaye Maïga a pris la parole le 26 septembre à New York lors du débat général de la 80e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies.

Il s’est exprimé au nom de la Confédération des États du Sahel (AES), qui regroupe le Burkina Faso, le Niger et son pays, pour présenter la vision et les priorités de cette alliance née de la volonté des trois États de renforcer leur sécurité et de consolider leur souveraineté.

Dans son allocution, Abdoulaye Maïga a réaffirmé l’engagement des pays de l’AES à lutter ensemble contre le terrorisme, qu’il a qualifié de menace majeure à la paix et à la stabilité. Il a mis en avant la nouvelle approche sécuritaire adoptée par les trois États, fondée sur la mutualisation des forces, le renforcement des capacités militaires, le recrutement massif et l’équipement des armées. Il a estimé que cette dynamique, née après le retrait des forces internationales, a permis d’obtenir des résultats sur le terrain et de réduire la dépendance sécuritaire vis-à-vis de partenaires étrangers.

Le chef du gouvernement a accusé certains États d’ingérence dans la région, citant notamment la France, soupçonnée de soutien à des groupes armés, et l’Ukraine, qu’il a accusée d’avoir revendiqué une attaque contre une patrouille malienne en juillet 2024 et de fournir des drones aux groupes terroristes. Il a aussi dénoncé l’inaction des Nations unies face à la détérioration de la situation sécuritaire au Sahel. Abdoulaye Maïga a annoncé que l’AES s’était retirée du Statut de Rome de la Cour pénale internationale le 22 septembre 2025 et qu’elle entendait désormais mettre en place des mécanismes de justice internes adaptés à ses valeurs et à ses réalités.

Le discours a insisté sur la nécessité d’une réforme profonde de l’Organisation des Nations unies, notamment du Conseil de sécurité, afin d’accorder à l’Afrique deux sièges permanents et cinq non permanents, conformément au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte. Le Premier ministre a plaidé pour un multilatéralisme plus équitable, capable de traduire les résolutions en actions concrètes et de garantir le respect du droit international. Il a également appelé à une refondation de la gouvernance mondiale pour mieux répondre aux défis sécuritaires et économiques, citant les initiatives des BRICS comme alternatives au modèle actuel.

Le Premier ministre a abordé les tensions diplomatiques avec l’Algérie, accusée d’avoir permis la planification d’une attaque contre les forces maliennes à proximité de sa frontière et d’avoir abattu un drone malien le 1er avril 2025. Il a indiqué que son pays avait saisi la Cour internationale de justice et dénoncé le refus d’Alger de reconnaître la compétence de cette juridiction. Il a averti que toute agression future ferait désormais l’objet d’une réponse par réciprocité.

Sur le plan du développement, Abdoulaye Maïga a présenté la stratégie économique de l’AES fondée sur l’exploitation de ses ressources naturelles, l’investissement dans les infrastructures, l’énergie et l’industrialisation, ainsi que la création d’une Banque confédérale pour l’investissement et le développement. Il a souligné l’importance d’un modèle économique endogène et la volonté de rompre avec la dépendance extérieure.

Il a réaffirmé l’attachement de la Confédération des États du Sahel aux principes de la Charte des Nations unies, tout en insistant sur l’urgence d’une réforme du système multilatéral. Il a appelé la communauté internationale à reconnaître les efforts de l’AES dans la lutte contre le terrorisme et à soutenir une alliance qui, selon lui, œuvre pour la stabilité de l’Afrique et, au-delà, pour celle du monde entier.

 

Deux Maliens parmi les migrants expulsés des États-Unis et transférés du Ghana vers le Togo

Onze ressortissants d’Afrique de l’Ouest expulsés des États-Unis ont été transférés début septembre vers le Ghana, avant qu’au moins six d’entre eux ne soient envoyés vers le Togo, selon leurs avocats. Parmi eux figurent deux Maliens dont la situation demeure incertaine, aucune confirmation officielle n’ayant été donnée sur leur lieu de détention actuel ou leur statut.

Ces personnes, originaires notamment du Mali, du Nigeria, du Libéria, de la Gambie et du Togo, ont été rapatriées par les autorités américaines dans le cadre d’une opération d’expulsion coordonnée avec plusieurs États africains. À leur arrivée au Ghana, elles ont été placées dans des installations sous contrôle militaire, selon leur avocat Oliver Barker-Vormawor, qui dénonce une détention sans base légale claire. Il affirme que ses clients n’ont reçu aucune information sur les procédures en cours et que plusieurs d’entre eux ont signalé des conditions de détention difficiles, incluant des problèmes de santé et un accès limité aux soins.

Toujours selon la défense, au moins six des migrants ont été transférés vers le Togo sans notification préalable ni décision judiciaire apparente. Les autorités ghanéennes ont de leur côté indiqué que les personnes concernées avaient « quitté le pays pour rejoindre leurs États d’origine », sans fournir de précisions sur les conditions de ce départ ni sur les pays vers lesquels elles ont été envoyées. L’avocat affirme par ailleurs avoir perdu le contact avec plusieurs d’entre elles, ce qui renforce l’incertitude sur leur sort.

La présence de deux ressortissants maliens parmi ce groupe confère à cette affaire une portée particulière au niveau national. Aucune réaction officielle n’a pour l’heure été enregistrée à Bamako concernant leur prise en charge ou d’éventuelles démarches consulaires. Leur situation s’inscrit dans un contexte plus large de renvois de migrants d’origine africaine depuis les États-Unis, souvent effectués dans des conditions dénoncées par les organisations de défense des droits humains, qui appellent à davantage de transparence et de garanties juridiques dans les procédures de retour.

À ce jour, la localisation précise des deux Maliens n’a pas été confirmée. Les procédures judiciaires engagées au Ghana devraient permettre d’apporter des éléments supplémentaires sur leur situation dans les prochaines semaines.

El Bachir Thiam retrouve la liberté après plus de quatre mois d’absence

L’activiste et journaliste El Bachir Thiam est réapparu après une disparition qui aura duré plus de cent vingt jours. Sa libération a été rendue publique ce vendredi 26 septembre 2025 par le Collectif des Amis et Camarades d’El Bachir Thiam, qui a salué la fin d’une épreuve marquée par l’incertitude et l’attente.

Connu pour ses prises de position sur les questions de gouvernance et de droits fondamentaux, Thiam avait été aperçu pour la dernière fois le 8 mai dernier à Kati, avant que toute trace de lui ne disparaisse. Pendant plus de quatre mois, sa famille et ses proches ont multiplié les démarches pour obtenir des nouvelles, en vain. Cette absence prolongée avait suscité une mobilisation importante, notamment de la part d’organisations nationales et internationales réclamant des informations sur sa situation.

Le communiqué publié vendredi annonce qu’il a été libéré sain et sauf et qu’il a pu rejoindre les siens. Le Collectif a exprimé sa gratitude envers les autorités pour leur implication dans ce dénouement, ainsi qu’envers l’ensemble des personnes et organisations qui ont manifesté leur solidarité tout au long de cette période.

Le retour d’El Bachir Thiam met fin à une parenthèse de plusieurs mois qui avait profondément marqué ses proches et mobilisé de nombreuses voix de la société civile. Les circonstances exactes de son absence n’ont pas été précisées, mais sa libération apporte un soulagement largement partagé.

Alger refuse de comparaître devant la CIJ dans l’affaire du drone abattu

La Cour internationale de Justice a mis fin à la procédure engagée contre l’Algérie après que cette dernière a refusé de reconnaître sa compétence dans l’affaire du drone malien détruit par son armée. Une décision qui relance les tensions diplomatiques entre Bamako et Alger.

Le gouvernement de la transition a confirmé, dans un communiqué rendu public le 19 septembre 2025, que la Cour internationale de Justice (CIJ) a notifié la fin de la procédure judiciaire ouverte à la suite de la destruction d’un drone de reconnaissance malien par les forces armées algériennes. L’Algérie a en effet officiellement refusé de reconnaître la compétence de la Cour dans ce différend, bloquant ainsi toute poursuite de la procédure.

L’appareil malien avait été abattu dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025 alors qu’il effectuait une mission de surveillance dans l’espace aérien national, à proximité de la frontière algérienne. Bamako considère cet acte comme une violation de sa souveraineté et avait saisi la CIJ pour obtenir reconnaissance et réparation.

Une décision perçue comme un « aveu de culpabilité »

Dans sa réaction officielle, le gouvernement a vivement critiqué l’attitude d’Alger, la qualifiant de « négation de la justice internationale » et de « fuite en avant ». Selon les autorités, ce refus traduit « le mépris de la junte algérienne pour la légalité internationale » et constitue « un aveu implicite de culpabilité ».

Le communiqué va plus loin, accusant Alger de soutenir certains groupes extrémistes opérant dans le Sahel. « Plutôt que de répondre aux faits documentés, le régime algérien choisit les invectives pour tenter de masquer ses liens avec des chefs terroristes, notamment ceux visés par l’appareil détruit », affirme le texte.

Des relations de plus en plus tendues

Cette affaire s’inscrit dans un contexte de relations déjà dégradées entre les deux pays. Bamako reproche depuis plusieurs mois à Alger d’intervenir dans ses affaires intérieures, notamment en tentant de relancer un dialogue politique avec les groupes armés signataires de l’accord de 2015 sans concertation.

Ce climat de méfiance grandissant s’ajoute à un contexte régional particulièrement fragile, alors que les groupes armés multiplient leurs attaques dans les zones frontalières. Avec plus de 1 300 kilomètres de frontière commune, la coopération sécuritaire entre les deux pays reste pourtant un élément clé de la stabilité régionale.

Un appel à la coopération régionale

Malgré la fin de la procédure devant la CIJ, le gouvernement réaffirme sa détermination à défendre l’intégrité du territoire et à garantir la sécurité nationale. Sous l’autorité du président de la Transition, le général Assimi Goïta, il assure qu’« aucun effort ne sera ménagé pour assurer la paix, la stabilité et le développement durable ».

Le communiqué appelle enfin les autorités algériennes à « mettre un terme à leurs ingérences » et à « travailler de bonne foi pour la sécurité collective et la stabilité régionale ». Dans un Sahel de plus en plus exposé aux menaces transnationales, Bamako considère que seule une coopération sincère entre pays voisins permettra d’inverser la tendance.

 

CPI : L’AES annonce son retrait du Statut de Rome

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé lundi soir, à travers un communiqué conjoint, leur retrait immédiat du Statut de Rome, traité fondateur de la Cour pénale internationale. La décision a été rendue publique à Bamako par le président de la Transition du Mali et président en exercice de la Confédération des États du Sahel (AES), le général Assimi Goïta.

Les trois pays rappellent avoir souverainement ratifié le Statut de Rome au début des années 2000 et soulignent avoir coopéré avec la Cour sur la base des dispositions prévues et d’accords conclus pour faciliter ses activités sur leur territoire. Mais ils affirment avoir constaté, au fil du temps, que la juridiction s’était transformée en « instrument de répression néocolonial aux mains de l’impérialisme », devenant « l’exemple mondial d’une justice sélective ». Dans leur communiqué, ils accusent la CPI de s’être révélée incapable de juger certains crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes de génocide et crimes d’agression, tout en « s’acharnant contre des acteurs qui ne relèvent pas du cercle fermé des bénéficiaires de l’impunité internationale ».

La décision de retrait, présentée comme un choix de « souveraineté », s’inscrit dans une dynamique déjà amorcée. Du 15 au 17 septembre, les ministres de la Justice des trois pays réunis à Niamey avaient proposé à leurs chefs d’État de réexaminer la coopération pénale internationale et d’accélérer la mise en place des instances juridictionnelles prévues par le traité constitutif de l’AES. Les discussions avaient porté sur la création d’une Cour pénale sahélienne des droits de l’homme, compétente pour juger les crimes internationaux, le terrorisme et la criminalité organisée, comme alternative aux mécanismes actuels.

Dans le communiqué de Bamako, les gouvernements affirment désormais leur volonté de recourir à des mécanismes endogènes de règlement des conflits, de consolidation de la paix et de promotion de la justice. L’AES réaffirme dans le même temps son engagement à défendre les droits de l’homme « en adéquation avec ses valeurs sociétales » et à lutter contre l’impunité.

Tout en exprimant leur gratitude aux Nations unies et à leurs États membres, les trois pays assurent qu’ils continueront à coopérer dans d’autres cadres jugés appropriés pour la promotion et la protection des droits humains, dans le respect de la souveraineté des États.

Cette rupture marque une nouvelle étape dans le repositionnement diplomatique et institutionnel des régimes sahéliens. Après avoir quitté successivement le G5 Sahel, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et l’Organisation internationale de la Francophonie, la Confédération des États du Sahel claque désormais la porte d’une autre grande organisation internationale, la Cour pénale internationale.

Coupes CAF : large victoire du Stade Malien, nul prometteur du Djoliba

Les représentants maliens ont bien entamé leur parcours continental ce dimanche 21 septembre 2025. Le Stade Malien s’est imposé largement en Ligue des champions, tandis que le Djoliba AC a décroché un nul précieux à l’extérieur en Coupe de la Confédération.

À Bangui, le Stade Malien a dominé Tempête MOCAF sur le score sans appel de 5-0. Les buts ont été inscrits par Ousmane Coulibaly (11ᵉ et 60ᵉ minutes), Zoumana Simpara (38ᵉ), Taddeus Nkeng (76ᵉ) et Daouda Coulibaly (89ᵉ). Grâce à cette victoire, les Bamakois prennent une option quasi définitive pour la qualification avant le match retour, prévu à Bamako le week-end prochain.

De son côté, le Djoliba AC a réussi à accrocher Abia Warriors au Nigeria dans le cadre de la Coupe de la Confédération. Menés dès la 22ᵉ minute sur un but de Chukwuemeka Obioma, les Rouges ont arraché l’égalisation à la 87ᵉ minute. Ce résultat nul 1-1 permet aux Maliens d’aborder le match retour du 28 septembre au Stade Mamadou Konaté avec un léger avantage psychologique et la possibilité de valider leur billet à domicile.

En perspective, le Stade Malien devra confirmer sa supériorité devant son public. Une qualification lui ouvrirait les portes du second tour préliminaire de la Ligue des champions, dernière étape avant la phase de groupes. Quant au Djoliba AC, il lui faudra s’imposer à Bamako pour franchir ce premier obstacle et atteindre le second tour préliminaire de la Coupe de la Confédération, où se joue l’accès aux barrages qualificatifs pour la phase de groupes.

 

Afflux de réfugiés burkinabè à Koro : près de 51 000 arrivées depuis avril

Le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara, fait face depuis avril 2025 à une arrivée massive de réfugiés venus du Burkina Faso. En l’espace de cinq mois, près de 51 000 personnes se sont installées dans la zone, doublant le nombre de réfugiés déjà présents. Les autorités locales, le HCR, la Commission nationale chargée des réfugiés (CNCR) et plusieurs partenaires humanitaires s’efforcent de répondre à une situation qualifiée d’urgence.

Les évaluations multisectorielles menées sur le terrain font ressortir plusieurs besoins prioritaires. Dans le domaine de l’éducation, plus de 200 ménages réfugiés occupent encore des salles de classe, qui doivent être libérées avant la rentrée prévue le 1er octobre. La question des abris reste centrale, des milliers de familles vivant dans des conditions de surpopulation, dans des écoles, des maisons de fortune ou auprès de familles hôtes.

La santé est également un secteur critique : le bloc opératoire du centre de référence de Koro fonctionne sans source d’électricité fiable, ce qui a de graves conséquences lors des interventions chirurgicales, notamment les césariennes. Le centre de traitement de la malnutrition manque par ailleurs de produits essentiels. Les structures locales sont soutenues par Médecins Sans Frontières, tandis que l’UNICEF, l’OMS, le PAM et l’UNFPA participent au renforcement des services.

Sur le plan alimentaire, le PAM a déjà distribué des vivres à plus de 4 500 familles, soit environ 22 000 réfugiés. Dans le domaine des abris, le HCR a lancé, le 19 septembre, la construction de 200 logements transitoires à cinq kilomètres au nord de Koro. L’objectif est de reloger 200 ménages actuellement installés dans des classes, afin de permettre la reprise de l’année scolaire. Le HCR a également distribué des articles essentiels à plus de 2 000 familles.

Les besoins en eau, assainissement et hygiène demeurent un défi majeur, accentué par l’augmentation rapide de la population. Les réfugiés manquent aussi d’articles non alimentaires tels que vêtements, ustensiles de cuisine, moustiquaires ou kits d’hygiène menstruelle. L’énergie et la protection figurent également parmi les priorités, avec une demande d’installation de lampadaires et lampes solaires pour réduire les risques liés à l’insécurité et limiter la pression sur l’environnement.

Le HCR a déjà enregistré plus de 65 000 personnes avec l’appui de la CNCR, du PAM et d’ONG partenaires, garantissant ainsi leur identité et l’accès à l’assistance. L’UNICEF travaille parallèlement à l’intégration des enfants réfugiés dans le système éducatif malien. Selon les derniers chiffres, 203 cas de vulnérabilités ont été référés, dont 172 femmes enceintes bénéficiant désormais d’un suivi prénatal.

Face à cette crise, le HCR appelle les donateurs et les partenaires à mobiliser davantage de ressources afin de soutenir la réponse humanitaire et de renforcer la résilience des communautés hôtes, déjà fortement sollicitées par l’afflux.

 

65ᵉ anniversaire de l’indépendance : Goïta insiste sur la souveraineté, l’économie et l’unité nationale

À la veille du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance, le président de la Transition, le général Assimi Goïta, a adressé un message à la nation. Son discours a mêlé hommage aux pères fondateurs, bilan sécuritaire, perspectives économiques et appel à l’unité autour du projet de « Mali Kura ».

Dans son intervention, il a salué la mémoire des figures de l’indépendance, notamment Modibo Keïta, présentées comme des sources d’inspiration pour la consolidation de la souveraineté nationale.

Le chef de l’État a insisté sur le rôle central des forces armées. Il a dénoncé les attaques terroristes et mis en garde contre la désinformation, tout en soulignant la montée en puissance de l’armée. À ce titre, il a cité l’acquisition d’avions Su-24, Casa C-295, L-39 Albatros, d’hélicoptères Mi-24 et de drones Bayraktar TB2. Il a également évoqué deux opérations militaires : Dougoukoloko, destinée à renforcer l’autorité de l’État, et An Siguignogon, menée avec les pays de l’Alliance des États du Sahel pour améliorer la coordination régionale.

Sur le plan économique, Assimi Goïta a annoncé une croissance estimée à 6 % pour 2025. Il a mis en avant la digitalisation des finances publiques et les réformes en cours dans le secteur minier, incluant la création d’une raffinerie d’or pour mieux valoriser les ressources nationales. Le président a aussi insisté sur l’amélioration de l’accès à l’électricité grâce à de nouvelles centrales solaires, dont celles de Safo, Sanankoroba et Tiakadoukou.

Dans le domaine social, il a cité la construction et l’équipement de nouveaux hôpitaux de district, la modernisation d’universités et la création de centres de formation professionnelle. Il a rappelé le lancement du Centre d’intelligence artificielle et de robotique (CIAR-Mali), destiné à préparer la jeunesse aux métiers du futur.

Enfin, il a souligné l’adoption de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, présentée comme un cadre essentiel pour consolider l’unité et la stabilité. Le président a conclu en invitant chaque citoyen à s’engager dans la construction du « Mali Kura », avant de souhaiter une bonne fête de l’indépendance à l’ensemble de la population.

La Haye confirme avoir reçu une plainte du Mali visant l’Algérie

La Cour internationale de Justice (CIJ) a annoncé le 19 septembre 2025 avoir reçu, trois jours plus tôt, une requête introductive d’instance du Mali contre l’Algérie. Le différend porte sur la destruction alléguée d’un drone de reconnaissance malien dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, au nord du territoire malien.

Selon Bamako, la plainte a été transmise dès le 4 septembre. Les autorités maliennes soutiennent que l’acte imputé aux forces algériennes constitue une violation flagrante du principe de non-recours à la force, un acte d’agression au regard de la résolution 3314 de l’Assemblée générale des Nations unies, et une atteinte aux textes fondateurs de l’Union africaine, dont le Pacte de non-agression et de défense commune adopté en 2005.

Le 13 septembre, le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf a formellement démenti l’existence de cette plainte, affirmant qu’aucune notification officielle n’avait été adressée à son pays par la CIJ. Ce déni s’explique par le décalage entre la date avancée par Bamako et la date effective d’enregistrement confirmée par le greffe. Le 16 septembre, la Cour a formellement accusé réception de la requête et en a donné publicité trois jours plus tard.

La CIJ a précisé que la requête malienne est transmise à l’Algérie conformément à l’article 38, paragraphe 5, de son Règlement. Elle ne sera pas inscrite au rôle général de la Cour tant qu’Alger n’aura pas accepté sa compétence pour ce différend. Aucune procédure ne pourra donc débuter sans un consentement exprès du gouvernement algérien, qui continue de nier toute implication dans la destruction de l’appareil.

L’affaire s’inscrit dans un contexte de tensions bilatérales persistantes, marqué par des désaccords sur la médiation algérienne dans le processus de paix au Mali et par la fragilité sécuritaire des zones frontalières. Elle illustre aussi les limites du règlement judiciaire des différends lorsqu’une partie refuse la compétence de la juridiction internationale.

Ce type de contentieux n’est pas inédit à La Haye. En 1984, le Nicaragua avait saisi la CIJ contre les États-Unis pour des opérations militaires sur son territoire, affaire dans laquelle la Cour s’était déclarée compétente. En 1999, la République démocratique du Congo avait porté plainte contre l’Ouganda pour occupation de son sol, obtenant une condamnation en 2005. À l’inverse, la Géorgie n’avait pas vu sa requête contre la Russie prospérer en 2008, faute de base suffisante pour établir la compétence de la Cour. Ces précédents rappellent que l’issue dépendra avant tout de la position d’Alger, seule habilitée à reconnaître ou non la compétence de la CIJ dans cette affaire.

 

La Fondation Orange Mali ouvre des bourses d’excellence pour les lauréats du DEF 2025

La Fondation Orange Mali a annoncé le lancement de la première phase de son programme Orange Excellence, un dispositif de soutien destiné aux lauréats du Diplôme d’Études Fondamentales (DEF) 2025 ayant obtenu la mention Bien ou Très Bien. L’initiative s’inscrit dans le prolongement de son engagement en faveur de l’égalité des chances et de l’accompagnement des jeunes.

Les bénéficiaires de ce programme auront accès à une bourse de scolarité complète, à un programme de mentorat personnalisé, à des formations complémentaires ainsi qu’à des stages pratiques. L’objectif est de permettre aux élèves retenus de poursuivre leurs études dans de meilleures conditions et de renforcer leurs compétences académiques et professionnelles.

Pour déposer leur candidature, les élèves doivent remplir un formulaire en ligne disponible sur le site dédié (msurvey.orange.com/Orange_ExcellenceDEF). Ils sont tenus de joindre une copie scannée de leurs bulletins de notes de l’année scolaire, une pièce d’identité et une photo récente. La Fondation précise que les dossiers incomplets ne seront pas examinés.

La date limite de dépôt est fixée au dimanche 21 septembre 2025. Au-delà de cette échéance, les candidatures ne seront plus prises en compte.

Créée en 2006, la Fondation Orange Mali mène ses actions dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la culture, de la solidarité et de l’employabilité. Elle travaille en collaboration avec les autorités et des organisations de la société civile afin de contribuer à des initiatives durables au service du développement humain.

 

 

Le Sahel central en crise prolongée selon OCHA

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) alerte dans son rapport couvrant la période de janvier à août 2025 sur la gravité de la situation au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Le document indique que les besoins humanitaires sont importants alors que les financements restent très limités.

Près de trois mille incidents sécuritaires ont été enregistrés au cours des huit premiers mois de l’année, entraînant des déplacements massifs. Plus de 2,7 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées internes et environ 390 000 ont trouvé refuge à l’étranger, soit une hausse de 14 % depuis janvier. Au Mali, l’éducation est particulièrement touchée avec plus de 2 036 écoles fermées en juin, ce qui concerne plus de 610 000 élèves et 12 216 enseignants.

Dans l’ensemble de la région, plus de 8 200 écoles sont non fonctionnelles et plus de 900 centres de santé hors service. L’alimentation reste un point sensible avec 8,26 millions de personnes classées en phase de crise et 906 000 enfants admis pour malnutrition aiguë sévère.

Le financement disponible reste faible par rapport aux besoins. Sur 2,1 milliards de dollars recherchés pour 2025, seuls 379 millions ont été mobilisés à la mi-septembre, soit 18 % du total. Ces chiffres s’appuient sur plusieurs sources regroupées par OCHA, dont ACLED pour les incidents sécuritaires, UNICEF pour la nutrition et le Cluster Éducation pour la scolarité.

Le rapport souligne enfin que sans un renforcement rapide des financements, la réponse humanitaire restera limitée face à l’ampleur des besoins, laissant des millions de personnes sans assistance dans le Sahel central.

 

 

AES : réunion des ministres de la Justice à Niamey

Les ministres de la Justice du Burkina Faso, du Mali et du Niger se sont réunis à Niamey du 15 au 17 septembre 2025 pour la deuxième réunion ministérielle de l’Alliance des États du Sahel. Les travaux, ouverts par le ministre d’État nigérien Mohamed Toumba au Centre international de conférences Mahatma-Gandhi, ont porté sur l’intégration juridique et judiciaire entre les trois pays.

Dans leur communiqué final, les ministres ont indiqué avoir proposé aux chefs d’État de l’Alliance de réexaminer la coopération pénale internationale et d’accélérer la mise en place des instances juridictionnelles prévues par le traité constitutif signé en septembre 2023. Ce texte fondateur prévoit notamment la création d’une Cour de justice de l’Alliance. Les discussions ont également porté sur le renforcement de l’entraide judiciaire et la mutualisation des moyens de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée.

Cette rencontre s’inscrit dans le prolongement du sommet des chefs d’État tenu à Niamey en juillet 2025, qui avait validé l’accélération de la mise en place des institutions communes. Les ministres ont précisé que les textes relatifs aux organes judiciaires seront transmis aux chefs d’État pour examen et adoption lors d’une prochaine session.

L’article 127 du Statut de Rome encadre toute décision de retrait de la Cour pénale internationale et prévoit qu’une telle démarche prend effet un an après notification au Secrétaire général des Nations unies. À ce jour, aucune notification n’a été rendue publique. La réunion de Niamey marque une nouvelle étape dans la construction institutionnelle de l’Alliance, qui entend doter la région d’organes communs de justice et de mécanismes propres de coopération judiciaire.

Accès humanitaire : 58 incidents enregistrés en août

En août 2025, cinquante-huit incidents d’accès humanitaire ont été recensés au Mali selon OCHA, soit une baisse de près d’un tiers par rapport au mois précédent. Derrière cette diminution apparente se cache toutefois une situation fragile, marquée par des violences ciblées, des routes coupées et des restrictions qui continuent de peser sur les opérations de secours.

Les chiffres du mois d’août offrent une photographie contrastée. Alors que les incidents d’accès reculent de 29 % par rapport à juillet, passant de 82 à 58, les menaces liées aux engins explosifs restent préoccupantes avec 34 cas enregistrés. Cela représente une légère baisse de 11 %, mais ce type d’incident demeure la principale contrainte pour les humanitaires. Les opérations militaires et les hostilités armées perturbant les activités humanitaires connaissent quant à elles un repli marqué, avec une chute de 61 %. Les incidents de sécurité dans leur ensemble diminuent également, passant de 385 en juillet à 347 en août, soit une réduction de 10 %. Malgré cette tendance à la baisse, les travailleurs humanitaires continuent d’être exposés, avec huit cas de violences recensés au cours du mois, dont l’enlèvement d’un agent et de son véhicule dans la région de Koutiala.
Au-delà des chiffres, le mois d’août révèle une extension progressive des contraintes vers le sud du pays. La région de Sikasso, jusque-là relativement épargnée, a enregistré onze incidents d’accès. Des infrastructures essentielles y ont été délibérément visées, notamment des antennes de téléphonie mobile détruites dans les localités de Doumanani, Tella, Niaradougou et Fonsebougou. Ces sabotages, combinés à des contrôles irréguliers menés par des groupes armés, sont interprétés comme des signaux inquiétants de restrictions imposées dans cette partie du territoire.
Les conditions climatiques ont également contribué à limiter l’accès humanitaire. De fortes pluies ont provoqué d’importants ruissellements dans la région de Douentza et endommagé la route nationale 16, reliant Douentza à Gao. Cette voie, fracturée en plusieurs points, freine considérablement la mobilité et retarde l’acheminement de l’aide. Plus au nord, la situation reste hétérogène. À Tombouctou, les restrictions pesant sur la localité de Gossi ont été levées le 26 août, permettant à la population et aux commerçants de reprendre leurs activités et de réalimenter les marchés. À l’inverse, l’accès à la ville de Kidal demeure entravé. La route reliant Gao à Anefif et Kidal reste très dangereuse, ce qui restreint sévèrement les flux de biens et de personnes et accentue les besoins humanitaires dans la zone.
Le transport aérien, qui constitue souvent une alternative face à l’insécurité routière, est lui aussi fragilisé. Malgré la mise en place de stocks de carburant à Gao et Mopti, les vols humanitaires continuent de subir des perturbations, conséquence directe des difficultés d’approvisionnement liées à l’instabilité sécuritaire.
Ces évolutions montrent que, derrière la baisse des statistiques, le contexte d’accès humanitaire reste extrêmement volatil et imprévisible. Pour les organisations présentes sur le terrain, la nécessité d’adapter les stratégies communautaires, de renforcer les mécanismes sécurisés et de maintenir une coordination de proximité apparaît plus que jamais essentielle afin de garantir la continuité des opérations et de protéger les populations affectées. Au-delà des contraintes opérationnelles, ces chiffres traduisent surtout un impact direct sur les communautés vulnérables, qui voient retarder l’arrivée de vivres, de médicaments et d’autres services de première nécessité.
Le Mali reste ainsi l’un des contextes les plus complexes du Sahel en matière d’accès humanitaire. Les tendances observées en août s’inscrivent dans une dynamique plus large de restrictions qui, depuis plusieurs années, mettent à l’épreuve la capacité des acteurs humanitaires à maintenir leur présence et à répondre aux besoins croissants.

Rentrée scolaire 2025-2026 : le Mali fixe la date du 1er octobre malgré les défis  

Le ministère de l’Éducation nationale confirme l’ouverture des classes le 1er octobre 2025 sur tout le territoire. Mais entre les pluies encore présentes, les milliers d’écoles fermées et la suspension des subventions aux établissements catholiques, l’année scolaire s’annonce fragile.

Le ministère de l’Éducation nationale a publié le 3 septembre 2025 un communiqué rappelant que la rentrée scolaire 2025-2026 aura lieu le mercredi 1er octobre. Tous les acteurs de la communauté éducative, des élèves aux enseignants en passant par les parents et les responsables administratifs, sont invités à prendre les dispositions nécessaires pour la reprise des cours.
Cette annonce intervient alors que l’expérience de l’année dernière reste dans les mémoires. La rentrée 2024-2025, prévue elle aussi le 1er octobre, avait été reportée au 4 novembre à cause d’intempéries exceptionnelles. Plusieurs écoles avaient alors été réquisitionnées pour abriter des sinistrés des inondations, retardant le retour en classe de milliers d’élèves.
Pour cette année, la saison des pluies n’est pas encore terminée. Si les précipitations s’intensifient, la question d’un report pourrait à nouveau se poser, même si aucune décision officielle n’a encore été envisagée dans ce sens.
La situation de l’éducation au Mali reste par ailleurs préoccupante. Le dernier rapport du Cluster Éducation fait état de plus de 2 000 écoles fermées, privant plus de 600 000 enfants d’accès à l’enseignement et laissant plus d’un millier d’enseignants sans poste effectif. Ces fermetures sont liées à l’insécurité, aux catastrophes naturelles et aux faiblesses structurelles du système éducatif.
À ces difficultés s’ajoute la récente fermeture des écoles catholiques, conséquence directe de l’arrêt de la subvention de l’État. Selon les données disponibles, cette mesure touche plus de 40 000 élèves, entraîne la mise en veille d’une centaine d’établissements et plonge près d’un millier d’enseignants dans l’incertitude professionnelle.
Le Mali compte plusieurs millions d’élèves et des dizaines de milliers d’établissements scolaires, mais les disparités régionales et les aléas sécuritaires compliquent l’accès universel à l’éducation. Dans ce contexte, la confirmation officielle d’une rentrée au 1er octobre se heurte à une réalité instable où la moindre crise climatique ou financière peut remettre en cause le calendrier annoncé.

Violences basées sur le genre : 901 cas recensés entre avril et juin 2025

Dans son rapport trimestriel publié le 2 septembre, l’UNFPA à travers le mécanisme GBVIMS rend compte de la situation des violences basées sur le genre pour la période d’avril à juin 2025. L’étude indique une baisse par rapport au trimestre précédent mais souligne des chiffres qui demeurent préoccupants.

Au total, 901 cas de violences basées sur le genre ont été documentés contre 1 237 au premier trimestre, soit une diminution de 27 %. Les femmes constituent 97 % des survivantes, dont 77 % sont des adultes et 20 % des filles mineures. Les violences physiques et psychologiques représentent plus de la moitié des cas, suivies des violences sexuelles qui comptent pour 20 %, dont 8 % de viols et 12 % d’agressions sexuelles. Les mariages forcés représentent également une part importante, dont 60 % sont des mariages précoces.
Le rapport note que 63 % des viols concernent des filles de moins de 18 ans, confirmant la forte exposition des adolescentes aux violences sexuelles. Les femmes adultes âgées de 18 à 59 ans comptabilisent 2 186 cas de violations toutes catégories confondues, soit deux fois plus que les hommes, tandis que les adolescentes représentent 583 cas. Les personnes déplacées internes constituent 8 % des survivantes et 2 % sont des réfugiées, des chiffres probablement sous-estimés en raison du faible signalement.
Concernant les auteurs, 87 % sont des hommes et plus de la moitié sont des partenaires intimes ou d’anciens conjoints. Les porteurs d’armes, qu’il s’agisse de groupes armés non étatiques ou d’individus armés non identifiés, sont responsables de 95 % des violations signalées et 6 % des cas de viols leur sont attribués.
Le rapport insiste aussi sur les limites dans la prise en charge. 22 % des survivantes qui avaient besoin de soins médicaux n’y ont pas eu accès. L’absence est encore plus marquée pour l’assistance sécuritaire, non fournie dans 76 % des cas et pour le soutien juridique, inaccessible dans 80 % des cas. Enfin, 69 % des survivantes nécessitant une aide pour la réinsertion socio-économique n’ont pas reçu d’appui. Dans certaines régions comme Tombouctou et Diré, les centres de prise en charge spécialisés sont restés fermés tout au long du trimestre faute de financement.
Ces données confirment que les violences basées sur le genre demeurent une réalité alarmante, malgré une baisse apparente des cas signalés. L’UNFPA rappelle que l’accès à des services de qualité reste essentiel pour accompagner les survivantes et répondre à une situation qui continue de fragiliser des milliers de femmes et de filles.

UNICEF alerte : six millions d’enfants menacés de déscolarisation d’ici 2026

Dans un rapport publié le 2 septembre 2025, l’UNICEF tire la sonnette d’alarme sur la baisse drastique des financements mondiaux pour l’éducation. L’organisation prévient que six millions d’enfants supplémentaires pourraient être privés d’école, portant à 278 millions le nombre d’élèves non scolarisés à travers le monde.

Selon l’agence onusienne, l’aide publique au développement destinée à l’éducation devrait reculer de 3,2 milliards de dollars d’ici 2026, soit une réduction de 24 % par rapport à 2023. Une contraction budgétaire qui, selon les projections, touchera en priorité les pays les plus fragiles. En Afrique de l’Ouest et du Centre, 1,9 million d’enfants sont menacés de déscolarisation. Le Mali figure parmi les pays les plus exposés, avec près de 180 000 élèves à risque de quitter les bancs de l’école dès cette rentrée, soit une baisse estimée à 4 % des effectifs.
Le rapport insiste sur l’impact particulier au niveau du primaire, où un tiers des financements pourraient disparaître. Cette perte se traduirait par un déficit d’apprentissage généralisé et par une chute estimée à 164 milliards de dollars en revenus futurs pour cette génération d’enfants. Même ceux qui resteront scolarisés ne seront pas épargnés. L’UNICEF estime que 290 millions d’élèves risquent de voir la qualité de leur enseignement fortement dégradée, faute d’enseignants formés et de moyens pédagogiques suffisants.
Les contextes humanitaires apparaissent comme les plus vulnérables. Dans certaines situations, les coupes budgétaires pourraient atteindre 10 % du financement national de l’éducation. L’exemple le plus marquant cité par l’UNICEF est celui des Rohingyas, dont 350 000 enfants réfugiés pourraient perdre définitivement l’accès à l’école.
Au-delà des chiffres, l’organisation insiste sur la fonction vitale de l’éducation. L’école, rappelle l’UNICEF, n’est pas seulement un lieu d’apprentissage, mais un espace qui protège les enfants, leur assure un accès à la nutrition et à la santé, et leur ouvre des perspectives de stabilité. Sa directrice exécutive résume ainsi l’urgence de la situation : « Chaque dollar coupé dans l’éducation n’est pas juste une décision budgétaire ; c’est l’avenir d’un enfant qui s’éteint ».

Koro : Une crise humanitaire face à l’afflux massif de réfugiés

Dans la région de Bandiagara, la ville de Koro fait face depuis plusieurs semaines à un afflux continu de réfugiés burkinabè. La proportion des déplacés par rapport à la population locale illustre l’ampleur d’une urgence humanitaire qui dépasse les capacités d’accueil.

Au 30 juin 2025, le HCR estimait à plus de 121 500 le nombre de réfugiés burkinabè et nigériens installés au Mali, dont environ 85 700 Burkinabè encore en attente d’enregistrement officiel. Ces hommes, femmes et enfants fuient l’insécurité provoquée par les attaques répétées de groupes armés et les opérations militaires qui ravagent plusieurs zones frontalières.

La tendance s’est brutalement accélérée en août. Entre le 7 et le 15 du mois, le nombre de personnes enregistrées à Koro est passé de 1 733 à près de 12 000, soit une moyenne de plus de 1 500 arrivées par jour. Le 31 août, 265 ménages supplémentaires, représentant environ 1 509 personnes, sont venus s’ajouter aux flux précédents. À ces nouveaux arrivés s’additionnent plus de 83 000 réfugiés déjà présents dans la localité, soit quasiment l’équivalent de la population résidente, estimée à 100 400 habitants.

Les réfugiés arrivent souvent sans ressources, contraints d’abandonner leurs biens et leurs champs. Leur survie dépend largement de la solidarité des familles hôtes, elles-mêmes confrontées à une pression inédite sur leurs moyens de subsistance. Les besoins prioritaires sont nombreux : abris, vivres, eau potable, articles d’hygiène, biens ménagers essentiels et accompagnement psychosocial.

Le HCR et ses partenaires tentent d’apporter une réponse, mais les moyens restent très en deçà de la demande. Fin août, des kits comprenant couvertures, lampes solaires, moustiquaires et jerricans ont été distribués à 1 478 ménages sur 1 733 préenregistrés. Toutefois, la crise budgétaire qui touche la plupart des organisations humanitaires limite fortement la continuité des opérations.

Les données recueillies par le HCR soulignent également la fragilité des nouveaux arrivants. Près de 55 % d’entre eux présentent des besoins spécifiques liés à la protection, notamment des femmes exposées aux violences, des enfants non accompagnés, des personnes handicapées et des malades nécessitant une prise en charge régulière. Cette dimension rend l’urgence encore plus pressante et complique la tâche des acteurs humanitaires sur le terrain.

Dans cette ville de la région de Bandiagara, la population locale fait preuve d’une solidarité exemplaire, mais l’équilibre reste précaire. Les autorités multiplient les appels pour éviter une détérioration rapide de la situation. Sans un appui renforcé, des milliers de vies risquent de basculer dans une détresse encore plus profonde, au détriment à la fois des réfugiés et des communautés qui les accueillent.

Guinée : trois morts dans un accident impliquant un convoi militaire malien à Kindia

Un accident de la route survenu le 1er septembre 2025 à Ségueya, dans la préfecture de Kindia, a impliqué un convoi militaire malien transportant des véhicules blindés. Selon les médias guinéens, le porte-char malien a percuté une voiture sur la Route Nationale 1, causant la mort de trois passagers et blessant huit autres, dont un bébé. Le bilan a été confirmé par l’hôpital régional de Kindia, où les victimes ont été admises.

Le convoi, qui venait de quitter le port de Conakry pour rejoindre Bamako, convoyait du matériel militaire destiné au Mali. Après l’accident, chaque véhicule a été inspecté avant que le convoi ne reprenne la route, sous supervision des forces maliennes et des autorités locales.

Les circonstances exactes du drame ne sont pas encore établies. Toutefois, des sources sur place évoquent l’état dégradé de la chaussée et la lourde charge du porte-char comme facteurs probables. Une enquête a été ouverte par les autorités guinéennes afin de déterminer les responsabilités.

Cet accident souligne la vulnérabilité du trafic routier sur l’axe Conakry-Bamako, corridor stratégique pour le transport militaire et commercial entre les deux pays. À Bamako, aucune réaction officielle n’a encore été publiée, mais la confirmation du drame par plusieurs organes de presse guinéens et par l’hôpital de Kindia lui confère une crédibilité difficilement contestable.

Marché financier de l’UMOA : le Mali sollicite à nouveau les investisseurs régionaux

Le gouvernement malien se prépare à lever 25 milliards de francs CFA ce mercredi 3 septembre 2025 sur le marché financier de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Cette opération, annoncée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et gérée par l’agence UMOA-Titres, combine des bons et des obligations du Trésor de différentes maturités, reflétant la stratégie de diversification des instruments de financement de l’État.

Selon l’avis d’appel d’offres, l’émission porte sur un Bon assimilable du Trésor (BAT) d’une maturité de 364 jours et trois Obligations assimilables du Trésor (OAT) de 3, 5 et 7 ans. Le montant global recherché est de 25 milliards de FCFA, dont 25 % sont réservés aux soumissions non compétitives destinées aux Spécialistes en valeurs du Trésor (SVT). Le BAT, d’une valeur nominale unitaire d’un million de FCFA, arrivera à échéance le 2 septembre 2026 avec des intérêts précomptés. Les OAT, quant à elles, affichent des coupons fixes respectifs de 6,15 % pour la maturité 3 ans, 6,35 % pour la maturité 5 ans et 6,45 % pour la maturité 7 ans. Les remboursements sont prévus in fine à la date d’échéance de chaque titre.

Cette émission s’inscrit dans la continuité des opérations menées par le Mali ces derniers mois. En juillet 2025, Bamako avait mobilisé près de 110 milliards de FCFA sur le marché régional, répartis entre 65,15 milliards en BAT et 44,83 milliards en OAT. Les rendements observés au cours de ces adjudications donnaient le ton de la demande des investisseurs : autour de 8 % pour les bons de trésor à un an, de 9 % pour les obligations à trois ans et de 7,6 à 8 % pour les obligations de maturités plus longues. Ces niveaux témoignent d’un appétit marqué mais sélectif pour la dette souveraine malienne.

Plus largement, le marché primaire de l’UMOA connaît en 2025 une activité soutenue. Au 31 juillet, les États membres avaient mobilisé plus de 8 200 milliards de FCFA, avec un taux de couverture moyen supérieur à 230 %. L’encours global de la dette régionale atteignait alors 21 088 milliards de FCFA, dont près de 2 452 milliards pour le seul Mali. Ces chiffres traduisent le rôle croissant du marché régional comme source de financement des budgets nationaux, face à des besoins accrus et à des marges de manœuvre limitées sur les marchés internationaux.

L’opération du 3 septembre représente donc un nouveau test de confiance entre le Mali et ses partenaires financiers régionaux. Le succès de cette levée dépendra du positionnement des investisseurs face aux conditions de marché, marquées par une demande soutenue mais vigilante sur le niveau des rendements. Pour Bamako, il s’agit non seulement de répondre à des impératifs de trésorerie immédiats, mais aussi de maintenir sa crédibilité sur le marché régional, dans un contexte où les équilibres budgétaires restent fragiles.