FACEJ SUGU 5 : la jeunesse entreprend

La cinquième édition de la Foire des jeunes entrepreneurs du Mali, dénommée FACEJ SUGU, a été officiellement lancée le vendredi 18 septembre, dans les locaux du ministère de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Prévue du 23 au 26 septembre au Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ, cette rencontre ambitionne de valoriser les résultats du FACEJ II et de renforcer la dynamique entrepreneuriale des jeunes au Mali, dans un contexte où l’accès à l’emploi demeure une préoccupation majeure.

Le lancement a été annoncé au cours d’un point de presse présidé par le secrétaire général du ministère de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle. La cheffe de mission du FACEJ II, Mme Christine Kaboré Kayitesi, des représentants des bailleurs de fonds, des partenaires techniques et financiers ainsi que des entrepreneurs ont également pris part à la rencontre. Le Fonds d’appui à la création d’entreprise par les jeunes (FACEJ II) vise à renforcer l’autonomisation économique des jeunes à travers la création et le développement d’entreprises durables, notamment dans le domaine de l’économie verte. Dotée d’un budget de 17 milliards de FCFA pour la période 2024-2027, cette deuxième phase prévoit de soutenir 1 500 entreprises à Bamako, Ségou, Sikasso, Bougouni, Kita, Tombouctou, Mopti, Dioïla, Koutiala et San, a indiqué le secrétaire général dans son allocution d’ouverture.
Au 31 août 2026, 1 435 entreprises avaient déjà bénéficié d’un financement. Parmi elles, 39 % sont dirigées par des femmes, tandis que 280 projets relevant de l’économie verte ont été accompagnés. Placée sous le thème « De l’idée à l’entreprise : la jeunesse au cœur de l’entrepreneuriat au Mali », cette cinquième édition réunira plus de 150 exposants. Au programme figurent des ventes de produits, des rencontres interentreprises, des séances de réseautage et des échanges avec des institutions financières.
Des financements qui changent d’échelle
Partenaire du FACEJ depuis sa première phase, la Banque nationale de développement agricole (BNDA) indique avoir financé 892 projets de jeunes dans le cadre du FACEJ I et 695 autres au titre du FACEJ II. Au total, 1 587 entreprises ont ainsi été accompagnées pour un montant supérieur à 3 milliards de FCFA. Selon Hamadoun Ousmane Bocoum, directeur du Pôle Exploitation commerciale de la BNDA, le mécanisme de partage des risques facilite l’accès au crédit pour des entrepreneurs qui ne disposent pas toujours des garanties habituellement exigées par les banques. Les bénéficiaires du programme peuvent notamment accéder à des financements au taux annuel de 8 %, contre 10 à 11 % pour des crédits comparables accordés en dehors du dispositif. Pour les jeunes entrepreneurs, toutefois, l’apport du FACEJ ne se limite pas au financement : il comprend également un suivi de proximité et un accompagnement assuré par des bureaux de facilitation comme CASA.
Fatimata Traoré, promotrice de TEEM House, une entreprise spécialisée dans la transformation des matières premières agricoles maliennes, explique que l’appui reçu lui a permis d’acquérir de nouveaux équipements, notamment des installations fonctionnant à l’énergie solaire. Ce soutien a également contribué à augmenter sa capacité de production et à mieux structurer son activité. « Financer une entreprise lui permet d’avancer, mais l’accompagner et renforcer ses compétences lui permettent de devenir pérenne », a-t-elle souligné.
Son ambition est désormais de développer des produits locaux capables de conquérir les marchés national et international, tout en contribuant à réduire les pertes post-récolte et à créer des emplois au profit des jeunes et des femmes.
Madi Diaby, gérant d’I KATCHI Express, une entreprise spécialisée dans les services de livraison, a lui aussi insisté sur l’importance du suivi. Grâce au financement obtenu, son entreprise a pu acquérir de nouvelles motos, acheter un véhicule de livraison et s’installer dans des locaux plus spacieux.
« Le financement nous a permis d’acquérir de nouvelles motos et un véhicule de livraison », a-t-il expliqué. Il estime que le suivi régulier assuré par le FACEJ aide également les bénéficiaires à se fixer des objectifs précis et à mieux organiser leurs activités. I KATCHI Express ambitionne désormais de recruter davantage de jeunes et de diversifier ses services.
L’accompagnement comme levier
Partenaire du FACEJ depuis 2019, le bureau de facilitation CASA indique avoir accompagné 159 entrepreneurs au cours des deux phases du programme, contribuant ainsi à la création ou à la consolidation de 733 emplois. Selon Drissa Gnamba, représentant de CASA, le dispositif affiche un taux de remboursement de 92 % et un taux de survie des entreprises de 83 %. L’accompagnement couvre notamment l’identification des porteurs de projets, leur formation, la gestion financière, l’accès au financement et le suivi technique des entreprises. Durant les quatre jours de la foire, FACEJ SUGU 5 proposera également un espace « Green Tech City », composé de 15 stands consacrés aux solutions écologiques, un « grin des femmes » dédié à l’entrepreneuriat féminin, des panels thématiques ainsi qu’un défilé de mode.
Les organisateurs entendent surtout faire de cette foire un véritable espace de promotion et de commercialisation. Les visiteurs pourront acheter directement les produits des bénéficiaires et participer à une tombola quotidienne pour tout achat d’un montant minimum de 5 000 FCFA. L’enjeu est désormais de transformer le financement et l’accompagnement en un véritable tremplin vers des entreprises plus solides, créatrices d’emplois et capables de s’imposer durablement sur leurs marchés.
Joseph Amara Dembélé

Validation des documents PPP: Quels impacts pour les investissements?

La validation des documents standard de Partenariat Public-Privé (PPP) est un nouveau pas dans l’accélération des projets d’infrastructures au Mali. Mais la réussite de cette nouvelle étape dépendra d’un suivi rigoureux de la mise en œuvre des règles convenues.

La validation des documents standard de Partenariat Public-Privé (PPP) a réuni les acteurs, du 13 au 17 avril 2026, autour de l’adoption de textes dont les contrats types, les guide d’évaluation et les procédures d’appel d’offres. L’adoption de ces documents modèles constitue une étape-clé pour booster les investissements mais aussi pour assurer la transparence dans le climat des affaires.

Grâce à des « règles claires et préétablies », ces documents assurent une « sécurité juridique » aux investisseurs privés, explique le Pr Daman-Guilé Diawara, spécialiste en analyse de politique économique. La standardisation permet une accélération de la réalisation en réduisant considérablement les délais, souvent très longs, pour la rédaction de contrats sur mesure pour chaque projet. L’harmonisation avec les outils standard de l’UEMOA est également une garantie de « crédibilité internationale », insiste le Pr Diawara.

Depuis 2017, l’Unité PPP a permis la réalisation de 10 contrats, pour un montant de 641, 178 milliards de francs CFA, dans les domaines de l’énergie et de la sécurité. Les nouveaux documents devraient permettre de booster la réalisation de 12 projets en phase de structuration pour plus de 588 milliards de francs CFA dans les domaines de l’énergie et de l’eau potable, ou encore les équipements marchands.

Éviter le piège économique

Dans un contexte de contraintes budgétaires où les besoins sociaux restent importants, les PPP offrent une possibilité de mobilisation de financements du secteur privé, une expertise et la pérennité dans la gestion des ouvrages, ainsi qu’un allègement du paiement étalé sur la durée du contrat.

Des avantages certains dans le contexte malien, mais qui ne doivent pas occulter les risques pour ces types de projets. En effet les PPP, ne représentant pas immédiatement des « charges » pour le budget, sont souvent perçus comme des infrastructures « gratuites » pouvant transformer ces réalisations en « fardeau » pour le budget. Pour éviter que ces investissements deviennent des pièges pour l’économie nationale, le Pr Diawara préconise quelques leviers de surveillance. D’abord, une évaluation préalable rigoureuse, afin que le coût d’exploitation soit soutenable par le contribuable. Puis le partage équitable des risques entre les parties prenantes et enfin la transparence et le plafonnement, afin que les engagements publics ne soient pas « une bombe à retardement » pour la dette nationale.

 

Chiffres

Projets signés : 641, 178 milliards de francs CFA

Projets en structuration : Plus de 588 milliards de francs CFA

PME-PMI : financement, risques bancaires et transformation locale au cœur des échanges

L’accès au financement des PME-PMI, la faible transformation locale des ressources et les contraintes de l’inclusion financière ont occupé le centre des échanges lors d’un afterwork organisé à Bamako par l’Institut Africain de Management et le Club Aliber. Les discussions ont réuni experts, acteurs de l’accompagnement et porteurs de projets autour des principaux freins qui pèsent sur le développement des entreprises.

Organisé le 10 avril 2026 à IAM Bamako dans le cadre du Grin du Manager, l’événement, porté par IAM Executive Education Bamako et le Club Aliber, était consacré au thème : Financement des PME-PMI : blocages et pistes de solutions. La rencontre a été ouverte par Mme Seynabou Diallo, Directrice Générale de l’IAM Bamako, qui a replacé les échanges dans la problématique du modèle de financement à adopter pour soutenir la croissance des entreprises et améliorer leur accès au crédit. Les interrogations ont notamment porté sur les mécanismes les plus adaptés pour renforcer la bancabilité des PME-PMI et les sortir durablement des difficultés de financement.
Prenant ensuite la parole, Mohamed Maïga, directeur d’Aliber Conseil et initiateur de l’activité, a présenté la vocation de sa structure ainsi que celle du Club Aliber, conçu comme un espace d’échanges entre entrepreneurs, experts et décideurs sur les enjeux de management, de financement et de développement des entreprises. L’afterwork a été présenté comme un cadre de dialogue direct, de partage d’expériences et de recherche de solutions pratiques.
Les discussions ont ensuite été animées par Modibo Mao Macalou, économiste et spécialiste des questions financières, Mahamane Badou Traoré, expert en financement des entreprises et ancien cadre de la BNDA, ainsi que Eli Sinayoko, coordinateur du FACEJ, le Fonds d’Appui à la Création d’Entreprises par les Jeunes.
Les échanges ont porté en premier lieu sur la place des PME-PMI dans l’économie nationale et sur la structure du tissu productif malien, articulé autour des secteurs primaire, secondaire et tertiaire. L’accent a été mis sur les activités agrosylvopastorales, minières, commerciales et de services, avec un rappel du poids du bétail, domaine dans lequel le Mali figure parmi les principaux pays d’Afrique de l’Ouest derrière le Nigeria, avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire parmi les principaux marchés de destination.
Le potentiel minier a également occupé une place importante dans les débats, notamment autour du lithium, avec deux projets miniers majeurs en développement dans le pays. Les échanges ont surtout mis en évidence le décalage entre l’abondance des ressources naturelles et la faiblesse de leur transformation locale, ce qui maintient une forte dépendance aux importations de produits transformés et limite la création de valeur sur le territoire national.
Sur le plan financier, les participants ont rappelé la faiblesse persistante de l’inclusion bancaire. Le chiffre de 16 % a été cité au cours des échanges comme repère de bancarisation classique, tandis que les données récentes de la BCEAO situent le taux de bancarisation strict du Mali à 24 %, avec un taux plus large d’utilisation des services financiers intégrant la microfinance et la monnaie électronique. Il a également été rappelé que le pays compte 17 établissements bancaires, mais que le problème ne réside pas uniquement dans l’existence de l’offre bancaire.
Les discussions ont mis en évidence la prudence persistante des banques commerciales vis-à-vis des PME-PMI, en raison du niveau de risque associé à ce segment, notamment l’insuffisance des garanties, la faiblesse de la structuration financière, la qualité de la gouvernance et les difficultés de remboursement rencontrées par certaines entreprises. Il a été relevé que les établissements bancaires privilégient souvent les structures jugées les plus solvables, laissant une part importante des petites et moyennes entreprises en marge du crédit classique.
À l’inverse, les dispositifs de microfinance et de microcrédit apparaissent plus accessibles pour les petites unités économiques et les activités évoluant encore dans l’informel. Les échanges ont rappelé que ces structures enregistrent généralement des taux de remboursement élevés, souvent supérieurs à 90 %, ce qui renforce leur rôle dans l’accompagnement des petits entrepreneurs et des activités à faible niveau de formalisation.
Il a toutefois été relevé que cette accessibilité s’accompagne souvent de coûts de financement plus élevés, avec des taux d’intérêt et des frais pouvant dépasser ceux du système bancaire classique. Cette réalité place de nombreuses PME-PMI face à un arbitrage entre un crédit bancaire difficilement accessible et des solutions de microfinance plus rapides, mais plus onéreuses.
Les échanges ont également porté sur les mécanismes d’accompagnement existants, notamment ceux du FACEJ, ainsi que sur les difficultés persistantes à amener certaines entreprises à formaliser leurs activités, à améliorer leur gestion et à se rapprocher des instruments de financement disponibles.
Les pistes évoquées ont porté sur le renforcement de l’inclusion bancaire, le recours aux FinTech, l’amélioration de l’environnement des affaires, la formation des promoteurs, le développement de solutions de financement adaptées et le soutien à la transformation locale des ressources nationales.

UNICEF alerte : six millions d’enfants menacés de déscolarisation d’ici 2026

Dans un rapport publié le 2 septembre 2025, l’UNICEF tire la sonnette d’alarme sur la baisse drastique des financements mondiaux pour l’éducation. L’organisation prévient que six millions d’enfants supplémentaires pourraient être privés d’école, portant à 278 millions le nombre d’élèves non scolarisés à travers le monde.

Selon l’agence onusienne, l’aide publique au développement destinée à l’éducation devrait reculer de 3,2 milliards de dollars d’ici 2026, soit une réduction de 24 % par rapport à 2023. Une contraction budgétaire qui, selon les projections, touchera en priorité les pays les plus fragiles. En Afrique de l’Ouest et du Centre, 1,9 million d’enfants sont menacés de déscolarisation. Le Mali figure parmi les pays les plus exposés, avec près de 180 000 élèves à risque de quitter les bancs de l’école dès cette rentrée, soit une baisse estimée à 4 % des effectifs.
Le rapport insiste sur l’impact particulier au niveau du primaire, où un tiers des financements pourraient disparaître. Cette perte se traduirait par un déficit d’apprentissage généralisé et par une chute estimée à 164 milliards de dollars en revenus futurs pour cette génération d’enfants. Même ceux qui resteront scolarisés ne seront pas épargnés. L’UNICEF estime que 290 millions d’élèves risquent de voir la qualité de leur enseignement fortement dégradée, faute d’enseignants formés et de moyens pédagogiques suffisants.
Les contextes humanitaires apparaissent comme les plus vulnérables. Dans certaines situations, les coupes budgétaires pourraient atteindre 10 % du financement national de l’éducation. L’exemple le plus marquant cité par l’UNICEF est celui des Rohingyas, dont 350 000 enfants réfugiés pourraient perdre définitivement l’accès à l’école.
Au-delà des chiffres, l’organisation insiste sur la fonction vitale de l’éducation. L’école, rappelle l’UNICEF, n’est pas seulement un lieu d’apprentissage, mais un espace qui protège les enfants, leur assure un accès à la nutrition et à la santé, et leur ouvre des perspectives de stabilité. Sa directrice exécutive résume ainsi l’urgence de la situation : « Chaque dollar coupé dans l’éducation n’est pas juste une décision budgétaire ; c’est l’avenir d’un enfant qui s’éteint ».

Financement du cinéma malien : Le FAIC attend sa dotation initiale

Le Fonds d’Appui à l’Industrie Cinématographique du Mali (FAIC) a organisé une conférence-débat sur le thème de la « Problématique du financement du cinéma malien, rôle et place du FAIC », au Centre International de Conférences de Bamako, le mardi 15 octobre.

Pour remédier au problème de financement du cinéma malien, le gouvernement a décidé de créer en 2017 une structure dont le rôle est de soutenir la production cinématographique en apportant un soutien financier aux œuvres. Cette rencontre, qui a réuni plusieurs réalisateurs, producteurs et acteurs du paysage cinématographique malien, n’a toutefois pas atteint son objectif, selon Bréhima Moussa Koné, Directeur général du FAIC. Lors de son mot introductif, il a déploré le manque d’affluence des cinéastes à la conférence.

De son côté, Mme Diarrah Sanogo, représentante du Secrétaire général par intérim du ministère de la Culture, a salué cette initiative qui, selon elle, permettra de pallier plusieurs difficultés. Elle a cependant souligné la problématique du financement du FAIC. En effet, chaque année, le FAIC est censé percevoir une dotation de 6 milliards de francs CFA pour financer des films. « À ce jour, ce fonds n’a pas été alimenté, alors qu’il est destiné à appuyer les réalisateurs dans leurs projets », a-t-elle regretté.

Malgré les difficultés, M. Koné a précisé que le FAIC a pu financer plusieurs films ces dernières années, grâce à ses fonds propres. Il a ajouté : « nous sommes en train de mettre en place les outils et les mécanismes nécessaires pour être prêts le jour où nous recevrons notre dotation initiale annoncée, d’une valeur de 6 milliards de francs CFA ».

Lors des débats, de nombreux questionnements ont émergé, notamment sur le rôle du cinéma dans la société. Présent à la conférence, M. Alou Konaté, Président de la Fédération Nationale du Cinéma et de l’Audiovisuel du Mali (FENACAM), a affirmé que : « le cinéma représente un enjeu sociétal et culturel majeur et constitue un puissant levier de développement de la vie socioéconomique et culturelle d’un pays ». De son côté, M. Salif Konaté, ancien Président de l’Union Nationale des Cinéastes Maliens, a dénoncé le manque de financement des productions, ce qui, selon lui, risque de condamner certains pays à la dépendance malgré leurs riches potentialités artistiques. Toutefois, il a exhorté les autorités à investir dans le secteur du cinéma, affirmant que « la culture est le socle, le poumon de tout État ».

La conférence s’est achevée sur la projection d’un court-métrage mettant en scène une petite fille dialoguant avec le Président Modibo Kéïta sur la situation actuelle du Mali, une séquence qui a enchanté le public.

Fatouma Cissé