Intelligence artificielle : Entre avantages et limites pour le journaliste

Le recours des professionnels des médias à des robots numériques pour la recherche, le tri, la rédaction d’articles et la génération d’images connaît une expansion fulgurante dans les rédactions. Malgré les opportunités, savoir manier ces outils préserve de nombreux dangers. Tel a été l’objet de réflexion des journalistes, en prélude à la 4e nuit de l’Union Nationale des Journalistes Reporters du Mali (UJRM).

Le Centre International de Conférence de Bamako (CICB) a servi de cadre à cette journée de réflexion organisée par l’UJRM, ce vendredi 08 août 2025. Placée sous le parrainage et la co-animation de M. Salif Sanogo, journaliste, et de M. Yacouba Diarra de Robot Mali, cette rencontre avait pour thème l’apport et les dangers de l’intelligence artificielle dans les rédactions. Selon M. Sanogo, « un article écrit à 15% par l’IA n’est plus un article de journaliste, c’est l’article d’un robot. Certains vont jusqu’à 80% d’usage d’IA au Mali ».

L’usage de l’IA connaît une progression rapide dans tous les secteurs, et particulièrement chez les journalistes. Selon l’enquête « State Of The Media » menée par Cision, 17% des journalistes dans le monde déclaraient utiliser régulièrement l’IA en 2024, 28% de façon occasionnelle, et le reste pas du tout. Ce taux a considérablement augmenté, atteignant 53% en 2025. Les journalistes y recourent principalement pour gagner du temps dans des tâches chronophages : transcription d’interviews ou de contenus audio, recherche documentaire, correction de textes, voire rédaction partielle d’articles. Pour M. Sanogo, utiliser l’IA pour rédiger entièrement un article soulève une question éthique importante.

Face aux risques d’un usage non contrôlé, M. Sanogo rappelle que faire écrire un texte par l’IA comporte plusieurs dangers : celle-ci puise dans des sources multiples sans toujours garantir la fiabilité, ce qui expose à des risques de plagiat, de mésinformation ou de désinformation.

Contrôler l’usage

Nonobstant ses avantages, l’intelligence artificielle a ses limites, puisqu’il faut de l’intelligence humaine pour l’utiliser efficacement. Sans requêtes claires et objectives, elle ne peut produire de résultats pertinents. Pour cela, il est essentiel de former les journalistes à une utilisation maîtrisée de ces outils. Selon le conférencier, « l’intelligence artificielle ne peut pas remplacer l’intelligence humaine ».

Pour sa part, M. Yacouba Diarra, de Robot Mali, après avoir énuméré les apports de l’IA dans le travail journalistique, a expliqué ses limites, notamment son incapacité à reproduire le sens critique et le jugement humain.

Pour contrer les menaces croissantes liées à l’IA, M. Sanogo a lancé un appel à la réflexion sur l’élaboration d’une charte visant à limiter l’usage de l’IA à 15% dans les rédactions, comme cela se fait dans certains pays.

Joseph Amara Dembélé

Camp des jeunes : Un tremplin pour le civisme

Les camps de jeunesse sont pour de nombreuses organisations l’occasion de transmettre aux jeunes les valeurs de civisme et de citoyenneté. Pour leurs initiateurs, ces cadres sont des tremplins nécessaires pour redonner à ces valeurs leur place dans une société qui cherche ses repères.

Le camp fait partie de la formation des Pionniers. L’organisation, qui existe depuis 1960, forme aux questions de citoyenneté et de civisme, explique Amadou Diawara, Commissaire au sein de l’organisation en charge du projet du Camp de la Commune III du District de Bamako. Si l’association organise régulièrement des regroupements de deux ou trois jours, cela faisait quelques années qu’elle n’avait pas pu mettre en place ce camp de deux semaines.

Dans un contexte de relance de la citoyenneté, qui est devenue une question cruciale, le Camp des Pionniers s’inscrit dans une dynamique de construction citoyenne.

Impacts positifs

L’objectif du Camp est de former les Pionniers aux principes de citoyenneté, de civisme et de don de soi pour une participation à la vie de la nation. Le camp est ouvert aux jeunes de 7 à 16 ans qui souhaitent apprendre la citoyenneté et partager l’esprit des Pionniers.

Durant deux semaines, ces jeunes seront initiés à des métiers à travers des ateliers et apprendront les techniques pionnières. Des feux de camp seront également animés, permettant une expression des talents dans divers domaines. Réservé à une centaine de participants venant des communes de Bamako et des environs, le Camp suscite l’engouement chez de nombreux jeunes en quête de repères.

Encadrés par des Pionniers et engagés à respecter un règlement, les jeunes formés sont souvent « transformés », témoignent certains parents. En collaboration avec les autorités locales, le Camp est aussi l’occasion de familiariser les jeunes avec les institutions communautaires. Les sorties de terrain qui rythment la vie au Camp permettent aux jeunes de visiter des lieux symboliques et d’effectuer un reboisement.

Financé par une participation des jeunes et une contribution de l’Association des Pionniers, le Camp se tient également grâce à des soutiens bénévoles. S’il accueille aussi bien des jeunes scolarisés que non scolarisés, il requiert surtout d’avoir « l’esprit Pionnier », insistent ses initiateurs. Donc d’intégrer les valeurs de civisme, de vivre ensemble et de cohésion sociale.

Le Camp est aussi un mode de transmission de valeurs sociétales en perte de vitesse. Ainsi, « il est certain que si chaque jeune participe à un Camp, les questions de civisme seront réglées », assure son premier responsable.

Fatoumata Maguiraga

Café statistique : favoriser la diffusion des données statistiques  

L’Institut National de la Statistique (INSTAT) a organisé le 17 juillet 2025 un « café statistique » à l’intention des représentants des médias. Une trentaine de journalistes et de membres de l’INSTAT ont pris part à ce cadre d’échanges destiné à sensibiliser sur l’utilisation des données statistiques.

Le café statistique de l’INSTAT vise à établir de meilleures relations entre les journalistes et cette structure chargée de la production des données. Ce cadre, qui garantit une meilleure interprétation des données, assure l’efficacité de la communication dans un monde où la diversité des sources ne représente pas qu’une opportunité. Renforcer la culture statistique des journalistes permet une utilisation et une diffusion judicieuses des données produites. L’information statistique est élaborée par des spécialistes sur des questions cruciales, et son utilisation appropriée contribue au débat public. Toutefois, sa diffusion à un large public passe par une maîtrise des concepts, d’où l’intérêt du café statistique.
Améliorer la prise de décision
Les données acquièrent leur pertinence si elles sont utilisées pour la prise de décisions visant à améliorer les conditions de vie des populations, estiment les responsables de l’INSTAT. C’est pourquoi une attention doit être accordée à leur diffusion efficace auprès du public. En effet, une bonne diffusion peut influencer positivement les décisions. Ainsi, dans le domaine de la santé, de l’éducation ou de l’emploi, la publication des « chiffres » peut contribuer à une sensibilisation de masse sur les enjeux et les opportunités dans ces domaines. De plus, créer un cadre d’échanges entre les producteurs et les utilisateurs des données statistiques permet à l’INSTAT d’atteindre ses objectifs. Ces données servent à élaborer, mettre en place, suivre et évaluer les projets de développement, au-delà de l’aide à la décision.
Le cadre d’échange était aussi l’occasion d’offrir une visibilité aux canaux et outils de diffusion de l’INSTAT. Des outils numériques sont à la disposition des étudiants, chercheurs, journalistes ou simples citoyens pour s’informer et participer au débat public. Dans un souci de digitalisation, l’INSTAT procède actuellement à la mise à jour des données dans plusieurs secteurs de développement, comme l’agriculture, l’élevage ou encore le commerce. La finalité de cette démarche est de rendre plus accessibles des données fiables pouvant servir de repères aux utilisateurs.

L’économie américaine prospérera malgré les politiques économiques de Trump

Depuis le « Jour de la libération » proclamé par Trump le 2 avril, date à laquelle le président des États-Unis a annoncé l’imposition de droits de douane très élevés à l’encontre de ses adversaires comme de ses alliés, l’opinion générale est pessimiste quant aux perspectives de l’économie américaine à court, moyen et long terme : ces droits de douane démesurés provoqueront une récession aux États-Unis et à travers le monde, c’en est fini de l’exceptionnalisme américain, le déficit budgétaire et celui de la balance courante du pays deviendront insoutenables, le statut du dollar américain en tant que monnaie de réserve mondiale disparaîtra, et le billet vert s’affaiblira considérablement au fil du temps, entend-on actuellement.

 

Ce pessimisme est certes justifié par plusieurs des politiques annoncées par Trump. Droits de douane, protectionnisme et guerre commerciales sont en effet de nature à provoquer une stagflation (augmentation de l’inflation et ralentissement de la croissance), tout comme les restrictions draconiennes sur l’immigration, les expulsions massives de travailleurs sans papiers, les importants déficits budgétaires non financés, ou encore les démarches contraires à l’indépendance de la Réserve fédérale des États-Unis. De même, l’économie américaine ne tirerait aucun bénéfice d’un accord de Mar-a-Lago consistant à affaiblir le dollar, de nouvelles atteintes à l’État de droit dans le pays et à travers le monde, ou de restrictions plus sévères sur les talents étrangers – scientifiques et étudiants – accueillis aux États-Unis.

 

Je maintiens pour autant (depuis l’hiver dernier) que l’économie américaine continuera de bien se porter – non pas grâce aux politiques de Trump, mais en dépit de celles-ci. Pour commencer, je m’attendais à ce que la discipline de marché, les conseillers plus raisonnables de Trump ainsi que l’indépendance de la Fed l’emportent, et c’est précisément ce qui s’est produit. Trump a systématiquement reculé, et il a préféré conclure des accords commerciaux plutôt que d’appliquer les droits de douane annoncés le Jour de la libération.

 

Si Trump a pour défaut de toujours s’emporter (« TALO », « Trump Always Lashes Out »), les justiciers obligataires et les marchés financiers l’ont davantage conduit à toujours finir par se dégonfler (« TACO », « Trump Always Chickens Out »). Ses politiques économiques les plus préjudiciables s’assouplissant, l’économie américaine connaîtra certes des difficultés, mais le scénario le plus probable pour la fin de l’année réside davantage dans ce que l’on appelle une récession de croissance (taux inférieur à la croissance potentielle) que dans une récession à proprement parler (généralement définie comme deux trimestres consécutifs de croissance négative).

 

Deuxièmement, dans la mesure où les effets positifs de la technologie l’emporteront toujours sur les effets négatifs des droits de douane, il est erroné de parler de fin de l’exceptionnalisme économique américain. Les États-Unis demeurent en avance sur tous les pays du monde – Chine incluse – en ce qui concerne la plupart des innovations révolutionnaires qui façonneront l’avenir. La croissance annuelle potentielle des États-Unis devrait par conséquent augmenter à un taux de 2 à 4 % jusqu’à la fin de cette décennie, avant d’afficher un taux bien supérieur dans les années 2030. Supposons que les nouvelles technologies conduisent sa croissance potentielle à augmenter de 200 points de base, et que les politiques commerciales et autres mauvaises décisions la réduisent de 50 points de base ; l’Amérique conserverait pour autant son exceptionnalisme. C’est le secteur privé singulièrement dynamique des États-Unis qui déterminera les futures perspectives de croissance du pays, pas les politiques de Trump.

 

Troisièmement, si la croissance potentielle s’accélère au fil du temps jusqu’à atteindre 4 %, la dette publique et la dette extérieure des États-Unis en part du PIB demeureront viables, et se stabiliseront puis diminueront progressivement (sauf imprudence budgétaire encore plus conséquente). Si le Bureau du budget du Congrès prévoit une augmentation du ratio dette publique/PIB, c’est parce qu’il présume que la croissance potentielle américaine plafonnera à 1,8 %.

 

Quatrièmement, tant que l’exceptionnalisme économique américain perdurera, il ne faut pas s’attendre à voir disparaître le « privilège exorbitant » conféré par la primauté mondiale du dollar. Malgré l’augmentation des droits de douane, les déficits extérieurs américains resteront probablement élevés, l’investissement en part du PIB augmentant grâce à un boom technologique prolongé, et le taux d’épargne demeurant relativement stable. Le creusement qui en résultera du côté du déficit de la balance courante sera financé par les flux entrants de capitaux (investissements de portefeuille et investissements directs étrangers).

 

Dans ce contexte, il est peu probable que le rôle du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale soit significativement remis en cause, même en cas de légère diversification des actifs libellés en dollars. De même, ces flux entrants structurels limiteront les risques de baisse des taux de change, et pourraient même renforcer le dollar à moyen terme.

 

En résumé, il faut s’attendre à ce que les États-Unis se portent bien au cours de cette décennie, pas grâce à Trump, mais malgré lui. Il ne fait aucun doute que bon nombre de ses politiques sont potentiellement stagflationnistes. Pour autant, les États-Unis s’inscrivent au cœur de certaines des innovations technologiques les plus importantes de l’histoire de l’humanité, qui produiront un important choc positif sur l’offre globale, lequel entraînera avec le temps une augmentation de la croissance et une réduction de l’inflation. Cet effet sera certainement sans commune mesure avec les dégâts susceptibles de résulter des politiques stagflationnistes de Trump.

 

Il ne s’agit pas de se satisfaire de politiques préjudiciables, dont l’impact pourrait être sérieux. Mais tant que les marchés et les acteurs vigilants du marché obligataire feront leur travail, les pires instincts de Trump demeureront sous contrôle.

 

Nouriel Roubini, conseiller principal chez Hudson Bay Capital Management LP, est professeur émérite à la Stern School of Business de l’Université de New York. Son ouvrage le plus récent s’intitule Megathreats : Ten Dangerous Trends That Imperil Our Future, and How to Survive Them (Little, Brown and Company, 2022).

 

Project Syndicate, 2025.
www.project-syndicate.org

CHAN 2024 : Algérie et Sénégal frappent fort, la RDC s’enfonce

Coorganisé par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, le CHAN 2024 a démarré le 2 août dernier et se poursuit jusqu’au 31 août. Voici un récapitulatif des résultats de la première journée des matchs de groupes, qui s’est achevée le 5 août. Débuts réussis pour le Sénégal, le Maroc, la Tanzanie et l’Algérie, tandis que la RDC continue de broyer du noir.

La phase de groupes du Championnat d’Afrique des Nations 2024 a débuté sur les chapeaux de roue avec des premiers matchs très disputés. Dans le Groupe A, la RDC a une nouvelle fois déçu. Battus 1-0 par le pays hôte, le Kenya, les Léopards enchaînent un quatrième match sans victoire en phase finale de CHAN. Le Maroc, quant à lui, a fait respecter son statut en dominant l’Angola (2-0) grâce à une performance solide.

Dans le Groupe B, la Tanzanie a parfaitement lancé « son » CHAN en s’imposant 2-0 devant le Burkina Faso en match d’ouverture le 2 août, avec un but sur penalty d’Abdul Hamisi Suleiman et une réalisation de Mohamed Hussein. Le duel entre Madagascar et la Mauritanie, plus fermé, s’est soldé par un score nul et vierge (0-0).

Le Groupe C a été marqué par la victoire précieuse de la Guinée face au Niger (1-0), obtenue sous une chaleur accablante au Mandela Stadium de Kampala. Mais la prestation la plus marquante est sans doute celle de l’Algérie, finaliste malheureux de la dernière édition, qui a dominé l’Ouganda devant son public (3-0), envoyant un message fort à ses rivaux. Ayoub Ghezala a ouvert le score d’une tête sur corner à la 35ème minute, avant les deux buts inscrits dans le dernier quart d’heure de la rencontre par Abderrahmane Meziane (76ème minute) et Soufiane Bayazid (79èmminute).

Enfin, dans le Groupe D, le Congo a arraché le nul contre le Soudan (1-1), grâce à un but tardif qui a frustré les Soudanais, en tête depuis la première période. Le match le plus attendu de cette première journée de la phase de groupes du CHAN 2024, le choc entre le Sénégal et le Nigeria, a tenu ses promesses d’intensité. Champions en titre, les Lions ont pris le dessus (1-0) grâce à un but de Christian Gomis à la 75ème minute, dans un duel tactique très disputé.

Mohamed Kenouvi

Partis politiques : La bataille judiciaire post dissolution se poursuit

Les procédures judiciaires engagées par les partis politiques dissous par décret présidentiel le 13 mai dernier se poursuivent devant les juridictions nationales. Les premiers jugements sont attendus fin août.

Après deux reports, le Tribunal de Grande instance de la Commune I du District de Bamako a finalement tenu le 4 août 2025 l’audience de fond sur la requête visant l’annulation des textes portant dissolution des partis politiques.

Lors de cette audience, les avocats ont axé leurs plaidoiries sur les « violations de la Constitution du 22 juillet 2023, de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples », ainsi que sur la « jurisprudence » des Cours suprême et constitutionnelle du Mali.

Ils ont demandé la suspension des effets de la dissolution à titre de mesure conservatoire, en attendant que la Cour constitutionnelle ne statue sur l’affaire. Les représentants du Contentieux de l’État ont, quant à eux, soulevé « l’incompétence » du tribunal à juger cette affaire. Celle-ci a été mise en délibéré pour jugement le 25 août 2025.

En parallèle, le Tribunal de grande instance de la Commune VI reprendra également l’examen d’un recours similaire. Après le renvoi vers la Chambre de jugement le 29 juillet dernier, une nouvelle audience est prévue pour le 26 août prochain.

Des recours sur plusieurs fronts

D’autres juridictions, notamment celles des Communes III, IV et V, qui ont également été saisies, ont déclaré leur incompétence dans cette affaire. Les avocats ont déféré ces décisions devant la Cour d’appel de Bamako, afin qu’une autorité judiciaire supérieure puisse trancher sur la recevabilité de ces recours.

Le dossier est également pendant devant la Section administrative de la Cour suprême, où une requête a été transmise à l’État. Le pool d’avocats attend le mémoire en défense du gouvernement, indispensable pour faire avancer la procédure.

Malgré les lenteurs et les obstacles, les avocats des partis dissous réaffirment leur engagement. « Nous gardons foi en la justice de notre pays », ont-ils indiqué dans un communiqué de presse publié le 5 août. « À elle de confirmer que nous ne sommes pas de doux rêveurs, en se rappelant qu’elle a été une actrice majeure de l’instauration de l’État de droit au Mali », poursuit le communiqué.

Le jugement du 25 août en Commune I, suivi des autres décisions à venir, pourrait ouvrir un nouveau chapitre dans ce bras de fer entre anciens partis politiques et autorités de la Transition.

Mohamed Kenouvi

Mali – FMI 2025 : Vers des réformes indispensables pour un développement durable

Le Fonds monétaire international (FMI) a clôturé ses consultations annuelles avec le Mali le 30 juillet 2025. Malgré une croissance économique estimée à 5%, plusieurs réformes structurelles sont indispensables pour assurer un développement équitable et résilient face aux défis actuels.

Selon le FMI, « l’économie malienne affiche une certaine résilience malgré des vents contraires majeurs ». La croissance prévue pour 2025 est soutenue par la bonne performance du secteur agricole, le démarrage progressif de l’exploitation du lithium, ainsi qu’une bonne dynamique dans les services.

Cependant, ces perspectives positives sont fragilisées par des contraintes immédiates, telles que la baisse de l’aide extérieure, la chute de la production aurifère et la fermeture de la plus grande mine d’or. La normalisation des activités pourrait toutefois favoriser un rebond de la croissance à 5,4% en 2026.

Au plan budgétaire, le déficit est anticipé à 3,4% du PIB en 2025, affecté par les dépenses liées à la gestion des inondations persistantes.

Des réformes prioritaires à engager

L’objectif est de ramener le déficit budgétaire à 3%, conformément aux critères de convergence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le FMI recommande au gouvernement malien de se concentrer sur l’amélioration des recettes internes et une gestion rigoureuse des ressources pour préserver l’investissement public.

Un enjeu humanitaire majeur nécessite également une attention urgente. Environ 6 millions de Maliens, selon l’UNICEF, auraient besoin d’assistance en raison de situations de fragilité, notamment parmi les populations déplacées. La lutte contre la pauvreté et la protection sociale demeurent des priorités pressantes.

Le FMI salue les progrès accomplis, comme la sortie récente du Mali de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), valorisant les actions contre le blanchiment d’argent. Il encourage la poursuite de l’assainissement du climat des affaires, avec un accent sur la lutte contre la corruption, le renforcement des déclarations de patrimoine, une meilleure régulation du secteur minier et un contrôle accru des entreprises publiques.

Pour réaliser les ambitions du programme national « Mali 2063 », visant une croissance annuelle de 10% à partir de 2030, le pays doit lever les goulets d’étranglement à la croissance. Cela passe par des réformes audacieuses dans la gestion publique, une adaptation renforcée au changement climatique et une diversification accrue de l’économie.

Aujourd’hui, plus de 45% des Maliens vivent sous le seuil de pauvreté. Selon le plan de réponse humanitaire, 6,4 millions de personnes, soit 27,7% de la population, nécessitent une aide multisectorielle.

Fatoumata Maguiraga

Indicateurs clés 2025

– Croissance du PIB : 5%

– Inflation : 3,5%

– Dette publique : 50,5% du PIB

Charte nationale pour la paix – Accord pour la paix : Deux trajectoires pour une même quête

Depuis près d’une décennie, le Mali cherche une solution durable à ses crises. Entre l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger de 2015, rejeté en 2024, et la Charte nationale pour la paix, adoptée en 2025, deux approches divergentes incarnent la quête malienne de stabilité et de réconciliation. La seconde sera-t-elle en mesure de combler les lacunes de la première? 

Signé en 2015, ce qu’il est convenu d’appeler « Accord d’Alger » visait à pacifier le nord du Mali en impliquant le gouvernement et deux coalitions armées, à savoir la CMA (Rébellion) et la Plateforme (Pro État). Il s’inscrivait dans un cadre international robuste, orchestré par l’Algérie et soutenu par l’ONU, l’Union africaine, l’Union européenne, la CEDEAO, l’OCI et plusieurs puissances. Ce pacte reposait sur une régionalisation avancée, un plan structuré de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR), un mécanisme de gouvernance sécuritaire mixte, ainsi qu’un programme économique ambitieux, financé en partie par un fonds fiduciaire international. Il renforçait également la représentativité des populations du nord dans les institutions nationales et reconnaissait la diversité culturelle du pays. Pour garantir son exécution, il avait mis en place un Comité de Suivi de l’Accord (CSA), composé de toutes les parties signataires, de la médiation internationale et des partenaires techniques et financiers (PTF). Le CSA était chargé de suivre les étapes, d’arbitrer les différends et de proposer des solutions de mise en œuvre. Il comptait également plusieurs sous-comités spécialisés sur les volets politique, sécuritaire et économique. Ce mécanisme de suivi, inédit dans les précédents processus maliens, visait à encadrer le respect mutuel des engagements.

Malgré ce dispositif étayé, l’Accord a patiné, miné par l’insécurité persistante, la méfiance entre les parties signataires, la fragmentation des groupes armés et la complexité bureaucratique de son application. Moins de 30% de ses dispositions ont été mises en œuvre, selon les derniers rapports indépendants. Le Comité de Suivi de l’Accord (CSA), créé pour en superviser l’exécution, s’est progressivement enlisé et les réunions ont été boycottées ou interrompues à plusieurs reprises. En janvier 2024, le gouvernement de transition a annoncé sa dénonciation officielle de l’accord, estimant qu’il n’était plus adapté aux évolutions du terrain ni aux nouvelles aspirations du peuple malien.

Voie endogène

En rupture avec ce modèle internationalisé, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, adoptée en juillet 2025, propose une voie endogène, fondée sur les traditions socioculturelles maliennes, le retour à l’autorité de l’État et un engagement civique renouvelé. Elle n’est pas un traité entre belligérants mais un texte de principes structurés autour de la souveraineté nationale, de la justice sociale, de la moralisation de la vie publique et de la promotion d’un Islam enraciné, tolérant et républicain. L’approche valorise les mécanismes coutumiers, le rôle des Cadis, la médiation communautaire, la parenté à plaisanterie et les solidarités locales comme socles de la reconstruction du lien social.

Cette Charte, fruit du Dialogue inter-maliens organisé entre février et mai 2024, s’inscrit dans une démarche de réappropriation nationale. Elle n’a été négociée avec aucune partie armée ni encadrée par une médiation extérieure. Le processus de rédaction, conduit par une Commission nationale, a exclu les formations politiques suspendues, la majorité des mouvements signataires de l’Accord d’Alger et les représentants des groupes armés jihadistes. Ce qui alimente les critiques sur son manque d’inclusivité. Des groupes comme la filiale sahélienne d’Al-Qaïda (JNIM) ont rejeté le document, évoquant une initiative unilatérale, sans interlocuteur ni compromis.

Énormes différences

Sur le fond, la Charte se distingue de l’Accord par l’accent mis sur des valeurs immatérielles. Elle engage la nation autour des principes de tolérance, de pardon, d’écoute mutuelle et de réconciliation. Elle met en avant la cohésion nationale, la réforme morale de l’administration, la promotion de la culture, de la mémoire collective et d’une gouvernance sobre et responsable. Elle va plus loin que l’Accord sur certains aspects éthiques et civiques, en tentant de refonder la paix à partir de l’intérieur, sans dépendance vis-à-vis d’acteurs étrangers. À la différence de l’Accord, la Charte ne traite pas de la représentativité territoriale dans les institutions nationales, ni de la réforme constitutionnelle, ni du statut des régions du Nord. Elle ne fait pas non plus mention d’un calendrier de mise en œuvre, d’indicateurs de suivi ou d’engagements budgétaires contraignants. Certains observateurs y voient une faiblesse, d’autres le choix assumé d’alléger les procédures pour favoriser l’appropriation sociale.

Mais elle est plus limitée sur les mécanismes tangibles de sortie de crise. Contrairement à l’Accord de 2015, elle ne prévoit aucun programme explicite de DDR, aucun quota d’intégration dans l’armée ou plan de réintégration structurée des ex-combattants et ne mobilise aucun financement international. Aucun cadre n’est défini pour un dialogue direct avec les principaux groupes armés actifs, comme le GSIM ou l’EIGS. En parallèle, un volet du DDR a été relancé par l’État malien début 2025. Ce processus, distinct de celui prévu dans l’Accord, vise l’intégration de 3 000 ex-combattants dits « républicains », 2 000 dans l’armée nationale et 1 000 dans des programmes d’insertion civile. Bien qu’il ne soit pas directement rattaché à la Charte nationale, ce programme traduit une volonté des autorités de réintégrer certains groupes armés dans une logique nationale, sans médiation étrangère ni négociation avec les groupes jihadistes. Par contraste, le DDR de l’Accord envisageait l’intégration de 21 000 ex‑combattants, en deux vagues successives de 13 000 puis de 8 000, dans les forces armées et la réinsertion socio-économique.

Double défi

La Charte pose ainsi donc un double défi, à savoir celui de son financement autonome et celui de son appropriation collective, dans un contexte marqué par la fragmentation de l’espace national et la défiance envers les institutions de la Transition. Sa mise en œuvre repose entièrement sur l’engagement de l’État, des collectivités, des communautés et des leaders religieux, sans levier externe de pression ni garantie internationale.

Ce changement de paradigme illustre deux visions. L’une, diplomatique et multilatérale, basée sur la négociation entre acteurs armés et institutions étatiques; l’autre, politique et culturelle, centrée sur une refondation interne portée par les Maliens eux-mêmes. L’Accord offrait une architecture ambitieuse, juridiquement encadrée, mais sa mise en œuvre a souffert de rivalités, d’ambiguïtés et de divergences d’interprétation. La Charte, plus légère institutionnellement, cherche à rétablir le lien civique et le pacte moral entre l’État et ses citoyens, sans répondre directement à la réalité des armes.

De plus, les risques liés à la Charte résident dans ses ressources limitées, l’absence d’appui logistique ou financier externe et l’exclusion de certains acteurs clés du terrain. Pourtant, elle incarne une volonté forte de réaffirmer la souveraineté nationale, de reconstruire la confiance interne et de construire un modèle de paix enraciné dans le patrimoine moral, religieux et coutumier du Mali.

Attentes non comblées

Dans plusieurs localités du nord et du centre, des populations expriment encore des attentes vis-à-vis de promesses restées inachevées depuis l’Accord de 2015, notamment en matière de sécurité, d’accès aux services de base et de développement local. La Charte, qui insiste sur la réconciliation nationale, est encore peu connue dans certaines zones rurales, malgré des efforts de sensibilisation. Cette asymétrie de réception souligne les défis liés à la vulgarisation et à l’appropriation d’un document conçu au sommet de l’État.

La trajectoire malienne reste en cours de définition. Elle est partagée entre la mémoire encore vive d’un cadre diplomatique structuré mais inachevé et l’émergence d’une architecture nationale recentrée sur les ressorts internes de cohésion. Les repères évoluent. La manière dont ces deux démarches s’inscrivent dans le vécu des populations, la capacité des institutions à en porter l’esprit et surtout l’évolution des dynamiques sécuritaires locales diront peut-être, à terme, laquelle aura été la plus opérante et efficace pour faire émerger une paix concrète et durable au profit des populations. Lesquelles ont souffert d’une crise dont le bout du tunnel n’est toujours pas à portée de vue.

MD

Ghana : Deux ministres périssent dans un crash d’hélicoptère militaire

Le Ghana est en deuil après le crash tragique d’un hélicoptère militaire qui a coûté la vie à huit personnes, dont deux ministres du gouvernement, ce mercredi dans la matinée.

L’appareil, un hélicoptère Z-9 de la Ghana Air Force, avait décollé de la capitale Accra à destination d’Obuasi, dans la région d’Ashanti, lorsqu’il a disparu des radars quelques minutes après son envol. Selon les autorités, aucun survivant n’a été retrouvé sur les lieux de l’accident.
Parmi les victimes figurent deux membres du gouvernement à savoir le ministre de la Défense, Dr Edward Omane Boamah, et le ministre de l’Environnement, de la Science et de la Technologie, Dr Ibrahim Murtala Mohammed. Le crash a également emporté Dr Samuel Sarpong, vice-président du parti NDC, Alhaji Muniru Mohammed, coordinateur adjoint de la sécurité nationale, et Samuel Aboagye, ancien candidat parlementaire. L’équipage, composé du Squadron Leader Peter Bafemi Anala, du Flying Officer Manaen Twum Ampadu et du Sergeant Ernest Addo Mensah, a également péri.
En réaction à la tragédie, le gouvernement a décrété la mise en berne immédiate des drapeaux sur l’ensemble du territoire. L’agenda officiel du président John Dramani Mahama a été suspendu, tandis qu’une enquête a été lancée pour déterminer les causes exactes de l’accident.
La disparition de ces deux figures majeures du gouvernement, toutes deux récemment nommées à leurs fonctions, suscite une vive émotion au sein de la population et de la classe politique. Plusieurs chefs d’État et représentants de la sous-région ont exprimé leurs condoléances au peuple ghanéen.

Libération sans opération militaire de quatre chauffeurs marocains enlevés en janvier 2025

Le Gouvernement du Mali a annoncé, le 4 août 2025, la libération de quatre chauffeurs routiers marocains enlevés le 18 janvier 2025 dans le nord-est du Burkina Faso, près de la frontière nigérienne. L’enlèvement avait été attribué au groupe armé « État islamique dans la province du Sahel » (EIPS), actif dans la zone dite des trois frontières.

Les chauffeurs transportaient du matériel vers le Niger lorsqu’ils ont été interceptés sur un axe isolé, dans une zone où circulent fréquemment des groupes armés non étatiques.

Selon le communiqué officiel, la libération a été rendue possible grâce à une coordination entre l’Agence nationale de la sécurité d’État du Mali (ANSE) et la Direction générale des études et de la documentation du Maroc (DGED). Aucun affrontement ni opération militaire n’a été signalé au cours du processus, et les circonstances précises de la récupération n’ont pas été détaillées.
Les quatre chauffeurs ont été retrouvés vivants et en sécurité. Les autorités n’ont pas communiqué d’éléments sur leur état de santé, leur lieu de détention, ni sur la localisation exacte de leur libération. Aucun détail n’a été fourni concernant les véhicules et les marchandises qu’ils transportaient au moment de leur enlèvement.

AfroBasket 2025 : le Mali tombe en finale face au Nigeria, quintuple champion d’Afrique

Le Nigeria a conservé son titre continental en battant le Mali 78 à 64 en finale de l’AfroBasket féminin 2025, dimanche 3 août au Palais des Sports de Treichville à Abidjan. Déjà quadruple tenant du titre (2017, 2019, 2021, 2023), le Nigeria devient la première nation à remporter cinq titres consécutifs dans l’histoire de la compétition.

Le Mali avait entamé la rencontre avec intensité, remportant le premier quart-temps 26 à 21. Les Nigérianes ont ensuite rééquilibré les débats avant la pause (15-20), portant le score à 41 partout à la mi-temps. Plus tranchantes au retour des vestiaires, les D’Tigress ont pris l’ascendant dans le troisième quart (20-15), avant de conclure la rencontre avec autorité dans les dix dernières minutes (17-8), pour un score final de 78 à 64.

Sika Koné a été la meilleure marqueuse du Mali avec 16 points et 13 rebonds, bien accompagnée par Sira Thienou (14 pts), Djeneba N’Diaye (13 pts, 5 rbds) et Alima Dembélé (11 pts, 5 rbds). Le parcours malien reste solide, avec une demi-finale parfaitement maîtrisée face au Soudan du Sud (76-50).

Cette édition 2025 a été marquée par la performance historique du Soudan du Sud qui, pour sa toute première participation, a remporté la médaille de bronze en s’imposant face au Sénégal (66-65). Quatre nations — Nigeria, Mali, Soudan du Sud et Sénégal — sont qualifiées pour les tournois de qualification à la Coupe du Monde FIBA Women 2026, qui se déroulera à Berlin du 4 au 13 septembre.

Organisé du 26 juillet au 3 août en Côte d’Ivoire, l’AfroBasket 2025 a réuni 12 sélections nationales. Le Mali, déjà finaliste en 2021, confirme sa régularité au plus haut niveau africain, en attendant les prochaines échéances internationales.

Cybercriminalité : Moussa Mara en détention provisoire après un tweet sur des détenus

L’ancien Premier ministre Moussa Mara a été placé sous mandat de dépôt ce vendredi 1er août 2025 à Bamako, après une audition devant le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité. Cette mesure intervient dans le cadre d’une procédure liée à un message publié le 4 juillet 2025 sur le réseau social X (anciennement Twitter), dans lequel il exprimait sa solidarité à l’égard de plusieurs personnes détenues.

Dans le message en question, M. Mara évoquait les visites qu’il a effectuées à plusieurs figures de la société civile incarcérées, dont Mohamed Youssouf Bathily dit Ras Bath, Rose « La Vie Chère », Clément Dembélé, Issa Kaou N’Djim et l’imam Bandiougou. Il écrivait notamment : « Nous faisons ces périples régulièrement pour leur signifier notre solidarité. Nous poursuivons des efforts auprès des familles également. Tout cela pour que jamais ne s’éteigne en eux la flamme de l’espoir. […] Aussi longtemps que dure la nuit, le soleil finira évidemment par apparaître. Et nous nous battrons par tous les moyens pour que cela arrive et le plus tôt possible ».

Ce message avait déjà donné lieu à des auditions successives. Le 15 juillet devant la Brigade d’investigations judiciaires, puis le 16 juillet devant le procureur du tribunal de grande instance de la Commune IV. À cette date, aucune suite judiciaire n’avait été annoncée.

Selon l’avocat de Moussa Mara, Me Mountaga Tall, le procureur du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a statué sur les mêmes faits et le même dossier, sans qu’aucun nouvel élément ne soit versé. « Le même dossier, les mêmes faits, aucun élément nouveau. Et pourtant, le procureur décide de placer mon client en détention provisoire », a-t-il déclaré. Il précise que le procès est prévu pour le 29 septembre 2025.

Me Tall indique que les chefs d’inculpation notifiés à son client sont les suivants : atteinte au crédit de l’État, opposition à l’autorité légitime, incitation au trouble à l’ordre public et publication et diffusion de fausses nouvelles mensongèrement attribuées à des tiers, faites de mauvaise foi, susceptibles de troubler la paix publique. L’avocat conteste l’ensemble de ces qualifications et affirme que la défense reste déterminée à « faire triompher le droit ».

Ce placement sous mandat de dépôt intervient après une mesure d’interdiction de sortie du territoire prise à l’encontre de M. Mara le 21 juillet 2025.

Moussa Mara, ancien maire de la Commune IV de Bamako, a dirigé le gouvernement entre avril 2014 et janvier 2015. Il a également été député et président du parti Yelema.

Aucune information officielle n’a été communiquée par le parquet quant à la durée de la détention provisoire ni sur la date exacte de l’inculpation formelle.

Al’Ada 2025 : Le Sahel célèbre sa culture sous le signe de l’unité

Du 26 juillet au 3 août, la capitale nigérienne, Niamey, accueille la deuxième édition de la Semaine culturelle Al’Ada, un rendez-vous qui prend cette année une dimension régionale inédite. Le Mali et le Burkina Faso, invités d’honneur, y prennent part pour célébrer avec le Niger l’identité culturelle commune des peuples sahéliens.

Née d’une volonté politique de renforcer la coopération entre les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), la Semaine Al’Ada n’est plus seulement un événement national. Elle devient une vitrine de la solidarité culturelle entre trois pays engagés dans une redéfinition de leur souveraineté. À travers danses traditionnelles, concerts, contes, expositions d’artisanat ou encore compétitions sportives populaires comme la lutte traditionnelle, les peuples du Sahel entendent se réapproprier leurs récits et leurs imaginaires.

Dans les rues de Niamey, l’événement bat son plein. Les délégations malienne et burkinabè sont déjà présentes avec leurs artistes, conteurs, musiciens et créateurs. Côté malien, l’on évoque la participation de troupes folkloriques originaires de Ségou et de Mopti, ainsi que d’artisans de Tombouctou porteurs d’un patrimoine transmis oralement depuis des siècles. Pour le Niger, chaque région a envoyé ses meilleurs talents, sélectionnés au cours de concours régionaux organisés dans les semaines précédentes. À Agadez, par exemple, un concours régional organisé le 21 juin a permis de départager une vingtaine d’artistes dans les catégories chant, ballet, humour et conte, sous l’œil d’un jury pluridisciplinaire.

Mais, au-delà de la fête, l’événement porte un message politique assumé. En février dernier à Ségou les trois États sahéliens ont posé les bases d’une politique culturelle et sportive commune. Al’Ada 2025 doit en être la première concrétisation. Des rencontres officielles sont prévues en marge des festivités pour poser les jalons d’un cadre de coopération pérenne dans les domaines des arts, du sport et du tourisme. Le projet s’inscrit aussi dans la continuité des Jeux de l’AES, organisés à Bamako en juin dernier.

Dans un contexte sécuritaire et diplomatique tendu, la culture devient ainsi un levier de rapprochement entre peuples, mais aussi un vecteur de résilience. « Ce n’est pas un simple festival, c’est une déclaration d’unité », confie un membre du Comité d’organisation nigérien.

En résonance avec des initiatives comme le festival Ségou’Art au Mali, la Semaine Al’Ada s’impose comme un carrefour où traditions et avenir se croisent et où l’art devient un langage diplomatique. L’édition 2025 promet d’être plus qu’un événement culturel, un moment de communion et d’unité autours des valeurs communes. Les organisateurs ambitionnent d’en faire un acte fort d’affirmation identitaire dans un Sahel en recomposition.

Massiré Diop

Dissolution des partis politiques : Vers la phase des débats judiciaires

Les audiences des 28 et 29 juillet 2025, tenues respectivement aux Tribunaux de grande instance des Communes I et VI du District de Bamako, ont permis de faire le point sur l’évolution des recours. Les débats contradictoires ont été reportés à une date ultérieure, prolongeant l’incertitude sur l’issue de cette affaire hautement politique.

Le Tribunal de grande instance de la Commune I du District de Bamako devait examiner pour la deuxième fois le 28 juillet les recours introduits par les ex-partis politiques contre leur dissolution par décret du Président de la Transition, le 13 mai dernier.

À l’ouverture du procès, les avocats des partis requérants ont sollicité une confrontation sur le document fourni par le Contentieux de l’État. Acceptant cette requête, la Cour a décidé de renvoyer l’affaire au lundi 4 août 2025 afin de permettre la tenue de débats contradictoires entre les parties. Contrairement à la première audience du 7 juillet, marquée par l’absence du représentant de l’État, les deux camps étaient cette fois-ci présents.

Le 29 juillet, c’est le Tribunal de grande instance de la Commune VI qui a tenu une audience sur la même procédure en cours concernant la décision de dissolution. Là aussi, l’affaire a été renvoyée, cette fois à une date ultérieure non encore fixée.

Pour Maître Mamadou Camara, l’un des avocats du collectif des partis dissous, il s’agit d’un renvoi normal pour que l’affaire soit transférée de la chambre de mise en état à la chambre de jugement. « Lors de la première audience, le Contentieux de l’État n’avait pas encore pris connaissance du dossier. Ils ont depuis remis leurs conclusions et les écritures sont désormais terminées », explique-t-il.

Selon lui, le collectif d’avocats attend désormais que la lumière soit faite devant le juge. « Nous n’entendons plus écrire. Nous voulons que le débat soit posé publiquement sur la table et que les discussions aient lieu devant le juge ».

Un recours fondé sur la Constitution

Le collectif d’avocats s’appuie sur l’article 153 de la Constitution du 22 juillet 2023, qui permet à un justiciable de soulever une question de constitutionnalité. Maître Camara précise que le juge civil n’étant pas compétent pour trancher directement sur la constitutionnalité du décret il sera invité à renvoyer la question à la Cour suprême, laquelle à son tour devra la transmettre à la Cour constitutionnelle.

L’enjeu est clair : démontrer que le gouvernement a outrepassé ses prérogatives en prononçant la dissolution des partis. « Le pouvoir exécutif ne peut pas dissoudre les partis politiques, dont l’existence est prévue par la Constitution. Cette dernière ne laisse aucune marge à un gouvernement pour prendre une telle décision », argue l’avocat.

Malgré les critiques qui pleuvent sur la Transition, les avocats des partis dissous affirment garder confiance en la justice malienne. « Si nous n’avions pas foi en cette procédure, nous ne l’aurions pas enclenchée », confie Maître Camara, pour lequel le Mali reste un État de droit, « malgré les atteintes et les reculs quotidiens que l’on observe ».

Pas de dilatoire, mais un processus complexe

Interrogé sur les nombreux renvois qui ralentissent l’instruction des recours déposés par les partis politiques dissous, Maître Mamadou Camara réfute toute manœuvre dilatoire. Il explique que les reports précédents étaient liés à des irrégularités de procédure, notamment l’absence de communication du dossier au Contentieux de l’État. « Ils avaient la charge de prendre communication du dossier mère au tribunal. Le jour de l’audience, ils ne l’avaient pas avec eux. Il était donc difficile de juger l’affaire sans qu’ils aient accès au dossier », détaille-t-il.

Maintenant que toutes les parties ont pris connaissance des pièces et déposé leurs écritures, la phase des débats publics devrait pouvoir débuter dans les prochains jours, notamment avec l’audience programmée le 4 août en Commune I. En revanche, pour la Commune VI, la date reste à déterminer, le dossier ayant été transmis à la chambre de jugement.

Mohamed Kenouvi

Mohamed Lamine Ouattara : « Il faut changer les mentalités pour refonder le Malien »

La session nationale du Dialogue multi-acteurs sur le renforcement de l’engagement citoyen dans la vie publique et la participation au processus de refondation au Mali, dans le cadre du Programme de recherche et de dialogue pour la refondation (PREDIRE) de l’Institut néerlandais pour la démocratie multipartite (NIMD), s’est tenue les 24 et 25 juillet à Bamako. Dans cet entretien, Mohamed Lamine Ouattara, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’Université Kurukanfuga de Bamako et membre de la Commission scientifique du PREDIRE, aborde les échanges et les recommandations issues de la session. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quelle est l’importance de cette phase de dialogue multi-acteurs au niveau national ?

C’est l’aboutissement d’un très long processus qui a commencé à l’initiative du NIMD, puis a été peaufiné et affiné par une Commission scientifique bien triangulée, représentant divers bords. Cela a donné lieu à un processus qui a démarré au niveau local, puis régional, pour aboutir à un niveau national. Nous avons voulu regrouper les deux grandes études menées sur les questions de démocratie et de participation citoyenne en une seule thématique intitulée : « Renforcement de l’engagement citoyen dans la vie publique et la participation au processus de refondation au Mali ».

De quoi a-t-il été question lors de ces deux jours d’échanges ?

Cette session nous a permis de faire le point sur les conclusions des Plans d’action des niveaux local et régional et d’y apporter des ajouts. Nous avons effectué des modifications et formulé des recommandations qui nous ont permis d’élaborer des actions prioritaires, en désignant des responsables pour leur mise en œuvre ainsi que des acteurs associés, à travers un chronogramme stratégique.

Quels sont les défis et les actions à mener pour un engagement citoyen renforcé et une meilleure participation à la refondation ?

Le premier élément identifié en termes d’engagement citoyen et de participation politique est le faible niveau de culture démocratique dans notre pays. Cela se traduit par un corollaire, le faible niveau de civisme et de citoyenneté. Pour rehausser le niveau de culture démocratique, nous avons proposé un certain nombre d’actions prioritaires à mener. Par exemple, la création de cadres de dialogue citoyen au niveau local, entre les élus, les citoyens et des acteurs de la société civile. En ce qui concerne l’amélioration du civisme et de la citoyenneté, nous avons estimé qu’il fallait changer les mentalités pour refonder complètement le Malien. Pour cela, il faudra agir dès le plus jeune âge. Il s’agira de créer au niveau des écoles des applications et des sites web permettant de développer des manuels pédagogiques et éducatifs à la fois ludiques et modernes.

Mali – Égypte : Le pari d’un axe économique ambitieux

Le premier Forum économique Mali–Égypte, tenu à Bamako les 24 et 25 juillet 2025, a posé les fondations d’un partenariat sud-sud plus structuré. Si les chiffres restent modestes, les ambitions affichées sont claires et visent à diversifier, investir et bâtir.

Pendant deux jours, les délégations ministérielles et patronales des deux pays ont échangé autour d’une vision commune, à savoir faire de la coopération économique un levier de développement partagé. Un mémorandum d’entente a d’ailleurs été signé, prévoyant des mécanismes de dialogue régulier et d’appui technique. L’Égypte, représentée par une trentaine de dirigeants issus des secteurs industriel, minier, énergétique ou pharmaceutique, a exprimé sa volonté d’approfondir sa présence économique au Mali.

Les échanges commerciaux, pour l’instant déséquilibrés, traduisent un potentiel largement inexploité. En 2024, les exportations égyptiennes vers le Mali ont atteint 22,8 millions de dollars, contre moins de 200 000 dollars d’importations maliennes vers l’Égypte. À titre de comparaison, les échanges du Mali avec la Chine dépassaient les 300 millions de dollars sur la même période, soulignant le retard des flux bilatéraux avec l’Égypte. Aucun investissement structurant n’a encore été enregistré, mais les discussions ouvertes à Bamako visent à changer cette donne.

Le Mali espère ainsi accélérer cette dynamique en s’appuyant sur un cadre juridique rénové, à travers un Code des investissements actualisé et des incitations fiscales ciblées pour les partenaires étrangers. L’Égypte dispose d’atouts économiques majeurs susceptibles d’accompagner les priorités maliennes. Le secteur agroalimentaire, notamment la transformation des mangues, du sésame et du karité, représente aussi un axe stratégique à explorer avec les industriels égyptiens.

Leur expertise en infrastructures et travaux publics pourrait accélérer la modernisation des routes, barrages et zones industrielles. Leur solide industrie pharmaceutique offrirait des perspectives pour la production locale de médicaments génériques. Leur savoir-faire en agriculture irriguée serait particulièrement précieux pour les zones arides du Mali.

De plus, le pays des Pharaons excelle également dans la transformation du coton, un secteur clé pour le Mali, deuxième producteur africain. Son expérience dans les énergies renouvelables, notamment le solaire, est une opportunité pour améliorer l’accès à l’électricité, notamment dans les zones rurales. Enfin, l’économie numérique égyptienne – fintechs, cybersécurité, e-gouvernement – pourrait inspirer la digitalisation des services maliens.

Les deux États misent ainsi sur des complémentarités claires, dans l’objectif de bâtir un corridor économique afro-arabe. Si la volonté politique semble acquise, l’essentiel reste à faire. Il s’agira de mobiliser des capitaux, de sécuriser les projets et de démontrer par des résultats concrets que cette coopération peut devenir un véritable accélérateur de développement.

Massiré Diop

Femmes maliennes :  Des droits en marche malgré des défis persistants

À l’occasion de la 35ème Journée panafricaine des Femmes (31 juillet), le Mali dresse un bilan contrasté de la situation des droits de ses citoyennes. Malgré un cadre légal solide, les inégalités sociales et économiques persistent, freinant la pleine réalisation de l’égalité. Cette journée rappelle l’urgence d’agir pour transformer les avancées juridiques en droits concrets pour toutes les Maliennes.

Le Programme 2030 des Nations unies sur le développement durable est un engagement mondial fondé sur le respect des droits de l’Homme et de l’environnement. Une boussole à travers laquelle on mesure désormais les progrès pour une égalité de chances. Si le Mali dispose d’un cadre législatif propice, la réalisation d’une justice sociale, notamment en faveur des femmes, reste confrontée à des défis importants.

Le cadre législatif relatif à l’égalité des sexes est riche de plusieurs textes nationaux et internationaux auxquels le Mali a souscrit. Il comprend entre autres la Convention internationale de l’ONU sur les droits économiques sociaux et culturels, qui a été ratifiée par le Mali le 16 juillet 1974, ainsi que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ratifiée par le Mali le 10 septembre 1985.

Le Mali a souscrit à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples le 21 juin 1981 et à son Protocole facultatif relatif aux droits des femmes en Afrique. À cela s’ajoute la Constitution adoptée le 22 juillet 2023, qui prône l’égalité. Ces instruments juridiques nationaux, internationaux et régionaux s’inscrivent donc dans le cadre de l’établissement d’une justice sociale, afin que toutes les personnes jouissent de leurs droits en termes de participation à la vie publique. C’est dans ce cadre que, pour favoriser la participation à la prise de décision, la loi N°2015-052 du 18 décembre 2015 instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives a été adoptée.

L’adoption de ces textes peut donc être considérée en soi comme une « avancée », estime Diarra Djingarey Maïga, Présidente du Mouvement féministe du Mali (MFM). Mais si les lois permettent la participation de tous, la pratique limite la jouissance équitable de leurs droits par les citoyens, en fonction notamment de leur sexe et des stéréotypes associés.

Inégalités de fait

Malgré l’existence de ces lois, les inégalités persistent dans la pratique. En raison d’une tradition de forte oralité, où les interdits et les permissions sont plus forts que les lois, ajoute Mme Maïga. Si on y ajoute le poids des religions, cela accentue les disparités. Une personne s’identifie d’abord par sa famille, son ethnie, sa communauté ou sa religion. Et lorsque les interprétations « erronées » se mêlent aux difficultés d’analyse, les femmes sont souvent peu nombreuses à faire la part des choses. Dans la plupart des cas, les rôles souvent dévolus aux femmes limitent leurs compétences et capacités. Mais c’est aussi dans les textes mêmes que subsistent les « injustices ». L’ordonnance n° 02-02/PRM du 22 mars 2000 portant Code domanial et foncier a reconnu la coutume comme mode d’accès à la propriété foncière. Or, de façon coutumière, les femmes n’ont généralement pas accès à la propriété, ce qui limite de fait leur jouissance de ce droit.

« L’emploi constitue l’un des domaines dans lesquels les inégalités entre femme et homme sont les plus prononcées », relève le livret homme-femme de l’Institut national de la statistique (INSTAT), publié en février 2024. « Le travail de la femme est en général sous-évalué, notamment dans les pays en développement, la raison principale est le fait que les activités ménagères, presque entièrement assumées par les femmes, sont improductives et ne sont généralement pas perçues comme du travail ».

Selon le rapport, les femmes sont moins rémunérées que les hommes, quels que soient le milieu de résidence, le groupe d’âge et le niveau d’instruction. En 2020, en milieu urbain, 35,1% des femmes étaient payées en dessous du SMIG, contre 6,3% des hommes. Même si cette proportion a diminué en milieu rural, où 31,2% des femmes sont rémunérées contre 9,8% des hommes, toujours en dessous du SMIG.

Au niveau du groupe d’âge, les femmes âgées de 15 à 24 ans sont beaucoup plus nombreuses que les autres tranches d’âge, avec 72% payées en dessous du SMIG, contre 31,4% chez les hommes. Les femmes n’ayant aucun niveau d’instruction (86%) sont plus nombreuses que les autres niveaux d’éducation qui n’atteignent pas le SMIG. Chez les hommes, les sans niveau sont plus importants, avec 19,4%, que les autres niveaux d’instruction.

Le niveau d’éducation est également l’un des domaines où l’on observe cette inégalité. Selon les résultats de l’enquête, environ six personnes sur dix (60,4%) sont sans instruction, une petite portion de la population a atteint le niveau universitaire (1,3%) et seulement 5,1% a atteint le niveau d’éducation secondaire. La partie restante, qui représente près d’un tiers de la population, n’a pas dépassé le niveau primaire. Les résultats selon le sexe montrent que les hommes sont plus scolarisés que les femmes à partir du secondaire. En effet, 5,9% des hommes ont un niveau secondaire contre 4,3% des femmes. Au primaire, 30,5% ont accès à l’éducation, contre 35,9% pour les hommes, alors qu’ils sont 1,8% au niveau supérieur contre 0,9% pour les femmes.

Violences et mariages précoces

De façon globale, la remise en cause des droits humains, en particulier ceux des femmes, se manifeste à travers la violence sous plusieurs formes, des violences physiques aux violences émotionnelles, en passant par les mariages précoces et forcés. En Afrique de l’Ouest, 44% des femmes de 20 à 24 ans sont mariées avant l’âge de 15 ans. Au Mali, cette proportion atteint 61%, en contradiction avec les engagements internationaux du pays, qui fixent l’âge du mariage à la majorité civile.

« Violations perpétuées »

En raison d’une peur de la stigmatisation, certaines victimes « préfèrent souffrir que de dénoncer », déclare Mme Diawara Bintou Coulibaly, Présidente de l’Association pour la défense et le progrès des femmes (APDF). Mais elle note tout de même un changement dans ce domaine. « En 2023, nous avons géré 475 dossiers », témoigne-t-elle. Ce qui prouve que « petit à petit les femmes dénoncent et c’est une avancée ». Malgré les préjugés, certaines femmes acceptent de « se jeter à l’eau », parce qu’elles « n’ont pas où s’exprimer », ajoute Mme Diawara. Souvent invitées à endurer, les victimes de violences ont parfois un choix difficile entre dénoncer ou renoncer, au prix de leur santé ou de leur vie. Un dilemme face auquel les organisations de défense des droits humains prônent la sensibilisation et une application effective des textes.

Sensibiliser

Pour changer la donne, il faut faire comprendre sur l’égalité des sexes et adopter un langage uniforme qui permettra à tout le monde d’appréhender les concepts, quels que soient son niveau et sa langue, suggère Mme Diarra. L’égalité des genres doit devenir une réalité. Au-delà des lois, des politiques et des décideurs, un lobbying est nécessaire pour aboutir au changement de comportement sur l’égalité des sexes.

La lutte doit être plus ancrée, reconnaissent les défenseurs des droits de la femme. Les communautés locales doivent s’engager afin d’amener les décideurs à opter pour le changement. Parallèlement, les efforts doivent se poursuivre pour les changements et la « relecture des lois inégalitaires du niveau local au niveau national ».

D’après l’Indice de l’Égalité des genres en Afrique produit par la Banque Africaine de Développement (BAD), qui mesure trois dimensions : économique, sociale, représentation et autonomisation, le score régional du Sahel est de 32,4% pour 5 pays dont le Mali. Il en résulte un écart entre les femmes et les hommes de 67,6% sur ces trois dimensions. Ce qui indique un fort taux d’inégalités dans la région. Des efforts doivent donc être faits afin de réduire ces inégalités, selon le Bulletin des droits des femmes au Mali de l’UNFPA publié en mars 2024. Le Mali compte aujourd’hui une population d’environ 22,40 millions d’habitants, répartie quasi équitablement entre 11,26 millions d’hommes et 11,14 millions de femmes.

Fatoumata Maguiraga

Mouvement féministe du Mali : les acteurs formés en communication interne

Le Mouvement féministe du Mali (MFM) a organisé les 18 et 19 juillet 2025 un atelier sur la communication interne à l’intention de ses membres. Cet atelier s’inscrit dans le cadre du renforcement des capacités des membres, en vue d’une pleine opérationnalisation du mouvement.

« Le mouvement entre dans une phase d’extension de ses activités dans les régions déjà couvertes », explique madame Diarra Djingarey Maïga, présidente du MFM. Ce renforcement institutionnel doit donc permettre aux membres de participer pleinement à cette extension. En outre, le mouvement féministe a des valeurs et des principes qu’il entend partager pour une meilleure appréhension par le public et pour lutter contre les stéréotypes souvent négatifs liés au féminisme. C’est pourquoi il est important que ces valeurs soient d’abord celles des membres, à travers leurs interactions internes et avec les autres.

Conformément à l’un de ses principes, qui est l’inclusion et la non-discrimination, le mouvement a intégré à cette formation une communication sur la langue des signes, qui est le mode d’expression de certains de ses membres, afin de les outiller sur des messages clés du mouvement.

L’atelier sur la communication interne vise donc un double objectif : dans le cadre de l’extension régionale, mieux faire connaître et comprendre les droits des femmes sur le plan local et être des vecteurs de changement.

Communication stratégique

Animé par un expert en communication, « l’atelier sur la communication interne consistait à expliquer les généralités sur la communication », a précisé Sadou Yattara, chargé de la formation. En permettant aux responsables d’avoir une communication stratégique à destination des structures d’exécution, la communication interne permet aussi à ces dernières d’émettre des avis pour orienter les décideurs. Dans le même temps, elle facilite l’échange entre les différents membres, quel que soit leur niveau, afin que personne ne se sente exclu et que chaque membre devienne un « ambassadeur » du mouvement, a conclu M. Yattara.

Dans un monde où la communication reste incontournable mais complexe, le MFM entend être un acteur engagé dans la construction de son image et de son message.

Afrobasket féminin 2025 : Le Mali retrouve le Soudan du Sud en demi-finale ce samedi  

Après un parcours sans faute, les Aigles Dames du Mali se sont qualifiées pour les demi-finales de la 29ᵉ édition de l’Afrobasket féminin, organisée à Abidjan (Côte d’Ivoire). En quart de finale ce jeudi 31 juillet, les Maliennes ont dominé le Mozambique sur le score net de 86 à 68, confirmant leur statut de prétendantes sérieuses au titre.

Menées par une Djeneba N’Diaye inspirée (élue joueuse du match avec 12 points), les Maliennes ont imposé leur intensité et leur collectif face à une équipe du Mozambique qui n’a résisté que par séquences. Le Mali avait déjà affiché sa solidité en phase de groupes avec 2 victoires, dont un succès marquant contre le Cameroun (75-49) et une victoire disputée face au Soudan du Sud (55-53).
Grâce à ce résultat, le Mali affrontera en demi-finale le Soudan du Sud, véritable révélation du tournoi, qui a signé l’exploit d’éliminer successivement l’Égypte en huitièmes (75-65), puis l’Ouganda en quart de finale par la plus courte des marges (69-68). Cette confrontation Mali-Soudan du Sud revêt un parfum de revanche après leur duel très serré en poule.
La demi-finale Mali vs Soudan du Sud se jouera au Palais des Sports de Treichville, à Abidjan, ce samedi 2 août 2025. Les Aigles Dames auront l’occasion d’accéder à une nouvelle finale continentale et de confirmer la montée en puissance du basket féminin malien.
Le rendez-vous est pris pour un choc entre deux équipes ambitieuses, avec à la clé une place en finale de l’Afrobasket féminin 2025.

Afrobasket féminin 2025 : Le Mali en quart de finale face au Mozambique, un défi décisif

Les Aigles Dames du Mali ont brillamment validé leur ticket pour les quarts de finale de la 29ᵉ édition de l’Afrobasket féminin, organisée à Abidjan (Côte d’Ivoire) depuis fin juillet 2025. Avec deux victoires lors de la phase de groupes, elles ont terminé en tête du groupe B, devant le Cameroun et le Soudan du Sud, affichant une belle régularité et un collectif soudé.

 

Le début du parcours malien a été marqué par un match tendu, remporté de justesse 55-53 face au Soudan du Sud, adversaire coriace et prometteur du tournoi. La capitaine Djeneba N’Diaye et ses coéquipières ont ensuite confirmé leur solidité face au Cameroun en infligeant un large revers (75-49), montrant ainsi un équilibre entre défense et attaque.

 

Ce jeudi 31 juillet, le Mali affrontera le Mozambique en quart de finale, une étape cruciale qui pourrait ouvrir la voie vers le dernier carré. Le Mozambique a réussi à se qualifier en dominant largement la Guinée (91-38), mais le match s’annonce disputé. Les Mozambicaines sont réputées pour leur jeu physique et leur expérience sur la scène continentale.

 

Si les Aigles Dames s’imposent, elles retrouveront le Soudan du Sud, qui s’est imposé de justesse (69-68) contre l’Ouganda lors des huitièmes de finale, confirmant son statut d’équipe surprise du tournoi. Cette possible revanche promet une confrontation intense, avec en jeu une place en demi-finale.

 

Le basket féminin malien montre ainsi un net regain de compétitivité, porté par un groupe jeune mais talentueux, notamment grâce aux performances remarquées d’Alima Dembélé et Sika Koné. Leurs qualités individuelles alliées à une cohésion collective solide font du Mali une des équipes à suivre pour les phases finales.

 

Le Mali a ainsi une belle carte à jouer et un objectif clair visant à poursuivre l’aventure au-delà des quarts de finale pour renouer avec les grandes performances continentales et honorer ses ambitions.

Renforcement de l’engagement citoyen : Le NIMD réunit les acteurs nationaux

Les 24 et 25 juillet 2025, le Centre International de Conférence de Bamako (CICB) a accueilli une session nationale de dialogue multi-acteurs organisée par l’Institut néerlandais pour la démocratie multipartite (NIMD). L’objectif était de renforcer l’engagement citoyen dans la vie publique et de favoriser la refondation au Mali à travers la validation collective d’actions concrètes et inclusives.

Après les étapes régionales de Bamako et Kayes, cette session nationale vient clore un processus de consultation autour des résultats d’études menées par le programme PREDIRE (Programme de Recherche et de Dialogue pour la Refondation), financé par l’Union européenne. Ce programme du NIMD vise à contribuer à la gouvernance démocratique en valorisant la recherche, le dialogue et l’inclusion comme leviers de refondation.
Durant deux jours, une trentaine d’acteurs issus du monde universitaire, des collectivités territoriales, de la société civile, et des institutions étatiques ainsi que des membres de la Commission scientifique du PREDIRE, ont partagé leurs perspectives sur les enjeux cruciaux de la participation citoyenne.
Dès l’ouverture de la session, les allocutions ont souligné l’importance de créer un espace d’expression libre et constructif, permettant l’émergence de solutions adaptées au contexte malien. Mahamadou Cissé, chargé de programme au NIMD, a rappelé que la rencontre visait à « mettre ensemble les résultats des phases régionales afin d’établir une feuille de route pour la mise en œuvre des priorités identifiées ».
L’initiative du NIMD s’inscrit pleinement dans les orientations du Cadre stratégique de la refondation de l’État (CSRE 2022–2031), piloté par le Comité indépendant de suivi-évaluation des recommandations des Assises nationales de la Refondation (CINSERE-ANR). La session nationale du dialogue multi-acteurs représente ainsi un jalon important dans le renforcement de la concertation entre les différentes sphères de la vie publique au Mali.
Des Défis Structurels Bien Identifiés
Le diagnostic posé par les chercheurs et les participants met en lumière plusieurs défis récurrents, dont notamment un déficit de culture démocratique, une méfiance persistante entre citoyens et autorités, une faible application des textes, des niveaux insuffisants d’information et de formation civique, sans oublier le besoin urgent de changement de mentalités.
Ces constats ont été enrichis par deux études menées respectivement par Point Sud et l’Institut des Sciences Humaines (ISH), portant sur les thématiques « Démocratie et Participation Politique : Quels Leviers pour Renforcer l’Engagement Citoyen ? » et « Dynamique de Refondation au Mali : Garantir la Participation Citoyenne et l’Inclusivité Sociale ».
Les résultats montrent une exigence croissante d’éducation à la citoyenneté, de revitalisation des espaces de socialisation et de promotion d’une gouvernance locale plus ouverte et accessible.
Des recommandations tournées vers l’action
La méthode participative adoptée durant la session s’est traduite par des travaux en deux groupes mixtes, réunissant chercheurs, acteurs locaux et nationaux, représentants institutionnels et partenaires techniques du NIMD. Ces deux groupes ont affiné les propositions issues des dialogues régionaux et formulé des recommandations qui nourriront un document stratégique destiné aux décideurs politiques.
« L’objectif est d’élaborer un document stratégique pour indiquer les actions prioritaires en matière de participation politique, d’engagement citoyen et de refondation. Cela permettra sans aucun doute aux décideurs d’être proactifs face aux défis », a souligné Mohamed Lamine Ouattara, enseignant-chercheur à l’Université Kurukanfuga de Bamako et membre de la Commission scientifique du PREDIRE.
Des actions concrètes ont été proposées. Parmi elles figurent la création de cadres de dialogue au niveau local entre citoyens, élus et société civile ; la production de contenus pédagogiques ludiques (bandes dessinées, vidéos, sketchs en langues locales) pour renforcer l’éducation civique ; et l’introduction d’élections simulées dans les écoles et universités pour familiariser les jeunes à la vie démocratique.
Mohamed Kenouvi

Baccalauréat 2025 : le taux de réussite stagne à 27 %

Le ministère de l’Éducation nationale du Mali a rendu publics, le 25 juillet 2025, les résultats officiels du baccalauréat session de juin. Sur 157 821 candidats inscrits, 43 363 ont été déclarés admis, portant le taux de réussite national à 27,48 %. Ce résultat reste pratiquement identique à celui de l’année précédente, où il s’élevait à 27,42 %.

Cette stabilité confirme une tendance de fond : malgré les efforts engagés ces dernières années, notamment l’organisation des États généraux de l’éducation, les performances globales à l’examen de fin d’études secondaires ne montrent pas de progrès significatif.

Les États généraux de l’éducation, organisés à Bamako en janvier 2024, avaient pour objectif de redéfinir les priorités et les mécanismes du système éducatif malien. Neuf piliers stratégiques avaient été définis, incluant la professionnalisation du corps enseignant, la révision des curricula, l’intégration des langues nationales, l’inclusion scolaire, ainsi que la sécurisation des établissements. Ces recommandations s’inscrivaient dans le cadre plus large du PRODEC 2 et des Assises nationales de la refondation.

À ce jour, aucun indicateur national ne permet d’établir une amélioration sensible sur le terrain. Les syndicats d’enseignants comme plusieurs établissements d’enseignement privé signalent que les conditions d’apprentissage demeurent inchangées dans de nombreuses régions.

Sur le plan statistique, la situation éducative au Mali reste préoccupante. Selon les données consolidées du secteur, près de 60 % de la population n’a jamais été scolarisée, un taux qui dépasse 64 % en milieu rural. L’analphabétisme affecte également 61 % des femmes, ce qui limite largement l’accès à l’enseignement supérieur et à la formation professionnelle.

Comparativement à d’autres pays de la région, les écarts sont marqués. Le Bénin, par exemple, a enregistré un taux d’admissibilité de 73,02 % en 2025. En Côte d’Ivoire, le taux de réussite au baccalauréat cette année est de 36,73 %. Le Sénégal affichait déjà 56,6 % en 2024. Ces données confirment que le Mali reste, à l’échelle ouest-africaine, l’un des pays où l’accès à l’enseignement supérieur demeure le plus faible après l’enseignement secondaire.

Le suivi-évaluation des recommandations issues des États généraux de l’éducation n’a pas encore permis de mesurer l’état de leur mise en œuvre. Le tableau de bord national des statistiques enseignantes, élaboré en partenariat avec l’UNESCO, reste en cours de déploiement.

Les autorités n’ont pour l’instant annoncé aucun ajustement spécifique à la politique d’évaluation ou au dispositif de préparation du baccalauréat pour 2026.

Environnement : la CIJ affirme que l’inaction climatique peut constituer un acte illicite international

Le 23 juillet 2025, la Cour internationale de justice a publié un avis consultatif unanime affirmant que l’inaction face au changement climatique peut relever du droit international. Si ces avis ne sont pas juridiquement contraignants, ils façonnent désormais un nouveau cadre juridique potentiellement mobilisable par les tribunaux ou les institutions onusiennes.

La Cour rappelle que les traités climatiques mondiaux, dont la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP21, Protocole de Kyoto, Accord de Paris), ne se substituent pas à d’autres instruments juridiques internationaux. Elle opère une harmonisation entre plusieurs régimes légaux, notamment le droit de la mer, la lutte contre la désertification, le droit à un environnement sain, et les principes coutumiers tels que la responsabilité différenciée ou le principe de précaution.
La CIJ précise qu’il revient aux États d’agir avec diligence raisonnable, non seulement en élaborant et en mettant à jour des plans nationaux de réduction des émissions (CDN), mais aussi en régulant les acteurs privés responsables de la pollution et en finançant les pays les plus vulnérables pour l’adaptation au climat. L’argument selon lequel ces CDN relèveraient d’une discrétion totale des États a été rejeté par la Cour qui considère que les obligations sont plus strictes.
La décision envisage également des réparations pour les dommages causés par le changement climatique. Les États puissants pourraient être tenus responsables, y compris financièrement, si leur rôle dans la production ou le financement de combustibles fossiles est établi comme causalité directe des dommages subis par d’autres nations. Bien que non contraignant, cet avis structure un cadre légal susceptible d’inspirer des recours devant les tribunaux internationaux ou nationaux.
Cette juridiction constitue déjà la cinquième instance internationale à formuler une position claire sur le droit à un climat viable, après la Cour interaméricaine des droits de l’homme et le Tribunal international du droit de la mer. Elle renforce la logique de responsabilité juridique des États, y compris ceux non signataires de l’Accord de Paris.

Nigeria : au moins 652 enfants morts de malnutrition au premier semestre 2025

Le Nigeria traverse une crise alimentaire sans précédent. Entre janvier et juin 2025, au moins 652 enfants sont décédés de malnutrition dans l’État de Katsina, au nord du pays, selon Médecins Sans Frontières (MSF). Le nombre de cas sévères a augmenté de 208 % par rapport à la même période en 2024, tandis que 70 000 enfants ont reçu des soins nutritionnels, dont presque 10 000 en état critique.

Le rapport de MSF pointe du doigt des réductions drastiques du financement international, notamment de la part des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union européenne, comme l’une des causes principales de cette mortalité accrue. Ces baisses ont gravement compromis l’accès aux traitements essentiels dans les régions les plus fragilisées.
Sur l’ensemble du Nigeria, l’agence des Nations unies pour l’alimentation (WFP) signale que près de 31 millions de personnes sont exposées à l’insécurité alimentaire aiguë, un chiffre équivalent à la population du Texas. À cause des réductions de budget, plus de 1,3 million de personnes risquent bientôt de perdre l’accès à l’aide alimentaire, 150 centres nutritionnels dans l’État de Borno pourraient fermer, 300 000 enfants pourraient souffrir de malnutrition sévère, et 700 000 déplacés internes pourraient se retrouver sans assistance vitale.
Au premier semestre de 2025, WFP a tout de même fourni une aide de secours à 1,3 million de personnes au nord du pays, en coordination avec les ONG locales et l’UNICEF. Mais la suspension prévue des programmes dans les zones de conflit menace désormais ces populations.
Le plan humanitaire national de 2025 estimait que 2,55 millions d’enfants de moins de cinq ans souffriraient de malnutrition aiguë, nécessitant des interventions urgentes. Dans les régions du nord-est et du nord-ouest, on recense 5,44 millions d’enfants en état de malnutrition selon les projections IPC-AMN couvrant fin mai 2024 à avril 2025.
Au-delà des chiffres, les causes de cette crise sont multiples. L’inflation record ainsi que les fluctuations monétaires alimentent l’impossibilité d’acheter des aliments de base. Les violences de Boko Haram et le banditisme continuent de déplacer des populations dans le nord, fragilisant l’approvisionnement agricole local. Le climat extrême, entre sécheresses et inondations comme celles de Mokwa (mai 2025), a également dévasté les cultures et les moyens de subsistance.

France: Un ancien agent de la DGSE placé en détention pour avoir organisé des viols en Afrique  

Un siège judiciaire de Strasbourg a été saisi le 25 juillet 2025 d’un dossier hors du commun. Un ex-agent de la DGSE a été mis en examen pour traites d’enfants aggravées, viols et agressions sexuelles sur mineurs, et production de contenu pornographique mettant en scène des enfants. Il a été placé en détention provisoire pour ces accusations gravissimes.

L’homme, âgé d’une cinquantaine d’années, vivait à Strasbourg depuis plusieurs mois. Selon les enquêteurs, il aurait organisé à distance des viols d’enfants en Afrique de l’Est, notamment au Kenya. Il est soupçonné d’avoir financé ces actes, filmé les scènes puis diffusé ces vidéos à des fins personnelles, ce dernier élément qualifié de pédopornographique.
Le parquet de Strasbourg indique que la mise en cause a été présentée à un juge d’instruction à l’issue de sa garde à vue, menant à une incarcération assortie de contrôle judiciaire. Les charges sont formelles : détention et diffusion de contenu pédopornographique, exploitation sexuelle de mineurs et traite des êtres humains aggravée.
Les publications citoyennes et les ONG françaises spécialisées dans la lutte contre la pédopornographie numérique ont joué un rôle décisif en alertant les autorités. Une fondation américaine aurait signalé des échanges en ligne suspectés dès début 2025, ce qui a incité les enquêteurs à lancer des vérifications approfondies sur les réseaux utilisés et les voyages en Afrique suivis par l’accusé.
Les médias mentionnent que l’ancien agent menait fréquemment des déplacements professionnels au Kenya, où certains abus auraient été perpétrés. Des enregistrements vidéo capturés lors de ces missions serviraient de preuve principale, selon le parquet. Les détails précis restent confidentiels, notamment ceux liés à son ancienneté et à la nature de ses précédentes missions au sein de la DGSE.
L’affaire est actuellement qualifiée de crime organisé à dimension internationale. Plusieurs pistes sont à l’étude, y compris la recherche de complicités potentielles sur place. Les investigations menées par la justice française pourraient durer plusieurs mois. Aucune audience publique n’a encore été programmée mais l’enquête suit son cours avec des analyses techniques et judiciaires en tandem.

Alino Faso retrouvé mort à Abidjan : les accusations ivoiriennes dévoilées 

L’activiste burkinabè Alain Christophe Traoré, connu sous le pseudonyme Alino Faso, a été retrouvé pendu dans sa cellule à l’École de gendarmerie d’Abidjan le jeudi 24 juillet 2025 à 7 h 30. Le procureur a précisé que l’examen médico-légal concluait à un suicide après une tentative d’auto-mutilation du poignet avec une lame.

Alino Faso avait été arrêté en Côte d’Ivoire le 10 janvier 2025. Les autorités l’ont visé pour des motifs précis : intelligence avec un État étranger susceptible de compromettre la stabilité militaire ou diplomatique de la Côte d’Ivoire, complot contre l’autorité de l’État, espionnage et diffusion de fausses informations visant à atteindre le moral de la population et la défense nationale.
Le porte-parole du gouvernement ivoirien avait déclaré en janvier que son arrestation s’était déroulée « en bonne et due forme », sans mettre en cause sa disparition. Aucune charge n’a été rendue publique pendant les mois de détention qui ont suivi.
La révélation du décès le 27 juillet 2025, soit trois jours après les faits, a suscité scepticisme au Burkina Faso. Ni la famille, ni l’ambassade burkinabè n’a reçu d’informations officielles avant la diffusion du communiqué du procureur. Plusieurs acteurs de la société civile et internautes demandent à présent une autopsie indépendante et une enquête impartiale pour vérifier les circonstances de cette mort.
En Côte d’Ivoire, Alino Faso était considéré comme un soutien actif au régime militaire du Burkina Faso. Son influence médiatique reposait notamment sur son appartenance supposée aux “Bataillons d’intervention rapide de la communication (BIR‑C)”, un groupe de cyberactivistes liés aux autorités burkinabè. Il était aussi suspecté d’avoir noué un contact avec un activiste influent des États-Unis pour propager des messages très virulents à l’encontre d’Abidjan.
Installé à Abidjan depuis 2021, il avait ouvert un restaurant communautaire et menait des actions sociales en faveur des déplacés internes du Burkina Faso. Il organisait aussi des événements pour soutenir les autorités de son pays traçant sa propre narration politique au sein de la diaspora.
Au-delà du décès d’un individu, cette affaire interroge sur l’encadrement juridique des influenceurs et activistes ouest‑africains engagés politiquement à l’étranger. Alors que certains États africains mettent en place des mécanismes de médiation et de suivi pour leurs ressortissants en difficulté, le Burkina Faso est resté discret jusqu’à l’annonce publique du décès, ce qui a nourri un sentiment d’abandon ou de postérité.

Développement humain : L’IA comme facteur de progrès

Le Mali a conjointement lancé, le 17 juillet 2025, le Rapport mondial et le Rapport national sur le Développement humain. En collaboration avec le PNUD, le Rapport national sur le Développement durable (RNDH), intitulé « Impact de la digitalisation des soins de santé sur la couverture sanitaire universelle au Mali », explore les progrès technologiques et leur apport pour l’atteinte des objectifs de l’Agenda 2063.

L’étude sur la digitalisation des soins de santé au Mali entend s’approprier les possibilités de ces nouveaux outils pour l’avenir. L’objectif est d’analyser les potentialités institutionnelles actuelles et les outils numériques, tout en tenant compte des réalités locales. Pour le Secrétaire général du ministère de la Santé, ces deux rapports « constituent des instruments de sensibilisation et de plaidoyer à l’intention de différents publics cibles ».

Le Rapport mondial sur le Développement humain explore les transformations induites par l’Intelligence Artificielle, analyse la manière dont cette technologie redéfinit le développement humain et aborde les opportunités ainsi que les risques de l’IA.

Quant au RNDH 2025, il s’inscrit dans cette dynamique de digitalisation et dans l’ère de l’Intelligence Artificielle. Selon le Secrétaire général du ministère de la Santé, l’analyse menée à cet effet révèle des tendances significatives liées à l’adoption de la digitalisation des soins au Mali. Environ 65,9% des répondants à cette étude indiquent que la digitalisation est principalement mise à profit pour renforcer les Systèmes d’information sanitaires (SIS).

Transformations lentes

Si la digitalisation des soins offre plusieurs options pour l’accès à la santé au Mali, elle comporte des défis importants pour lesquels des efforts d’anticipation sont nécessaires afin d’en tirer un meilleur parti.

Le Rapport mondial met l’accent sur les opportunités, mais aussi sur les risques liés à l’utilisation de l’IA. C’est pourquoi il évoque la liberté de choix pour une mobilisation éthique de ces progrès. Le RDH 2025 note un ralentissement des progrès dans les domaines de la santé, de l’éducation et du niveau de vie. Si ce rythme devient la norme, « les objectifs de développement pourraient être retardés de plusieurs décennies », s’alarme le PNUD.

Au-delà de ces progrès lents, le rapport souligne l’aggravation des inégalités entre pays riches et pays pauvres. Il prône une approche de l’IA centrée sur l’humain pour redéfinir les approches sur le développement. Dans les pays à IDH faible ou moyen, 70% des personnes sondées attendent que l’IA augmente leur productivité et s’apprêtent à utiliser cette technologie dans la santé, l’éducation ou le travail au cours de l’année à venir.

SAMAC : Bamako capitale de l’architecture durable et innovante

Le Salon Malien de l’Architecture et de la Construction (SAMAC) ouvre sa première édition à Bamako du 31 juillet au 3 août 2025. Dans un pays confronté à une urbanisation rapide, un déficit de logements massifs et une pression foncière croissante, il veut être un rendez‑vous économique majeur pour repenser le secteur du bâtiment.

Le secteur de la construction contribue significativement à la création d’emplois et représente une part importante des investissements privés dans le pays. Le Salon Malien de l’Architecture et de la Construction se tiendra au Centre International de Conférences de Bamako, sous le haut patronage du Général Assimi Goïta. L’événement, initié par l’Ordre des Architectes du Mali, fondé en 1989 et réunissant aujourd’hui 250 membres, prévoit la participation d’environ 2 000 visiteurs et 30 exposants, dont des architectes, urbanistes, ingénieurs et décideurs économiques. Le thème choisi, « Habitat durable, culture et innovation », illustre la volonté de positionner l’architecture comme un moteur de développement économique et social.

Avec 47% de la population vivant en milieu urbain et une croissance urbaine estimée à 4,7% par an, la demande en logements et infrastructures ne cesse de croître. Selon le ministère de l’Habitat et le CAHF, le déficit en logements atteindra environ 1,5 million d’unités dans les cinq prochaines années. Pourtant, le coût du foncier reste prohibitif, représentant parfois jusqu’à 50% du coût final d’une maison et le prix d’un sac de ciment dépasse les 6 000 francs CFA, alourdissant la facture pour les ménages. Cette pénurie alimente la croissance des quartiers informels, fragilise la cohésion sociale et pèse sur les finances publiques, contraintes d’intervenir en urgence.

Impact environnemental

Face à ces défis, le SAMAC valorise les innovations locales, écologiques et résilientes. En 2024, près de 30% des constructions neuves incorporaient déjà des matériaux locaux et des techniques traditionnelles pour réduire leur impact environnemental et leur coût. Ces approches locales permettent aussi de limiter l’importation de matériaux coûteux, réduisent l’empreinte carbone des constructions et favorisent l’économie circulaire. Cependant, 41,9% des foyers urbains vivaient encore dans des conditions précaires la même année, traduisant l’ampleur du chemin à parcourir.

Le salon ambitionne aussi de dynamiser davantage les partenariats régionaux, notamment avec l’AES et l’UEMOA. En 2024, la CRRH‑UEMOA a mobilisé plus de 340 milliards de francs CFA pour soutenir le logement social, démontrant l’importance économique d’un secteur qui génère des milliers d’emplois et structure durablement les villes.

Cette première édition du SAMAC veut inscrire durablement l’architecture malienne dans une dynamique où la durabilité, la performance économique et la qualité iront de pair.

Massiré Diop

Paix et réconciliation : Un texte ambitieux face à la réalité du terrain

Officiellement remise au Président de la Transition le 22 juillet 2025 à Bamako, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation incarne l’espoir d’un Mali souverain, uni et apaisé. Fruit d’un an et demi de consultations nationales et de contributions de la diaspora, elle entend restaurer la cohésion sociale et la confiance entre l’État et les citoyens. Mais, derrière la solennité, la question de son adoption et de sa mise en œuvre reste posée.

Le mardi 22 juillet 2025, au Centre international de conférences de Bamako (CICB), le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, a reçu des mains d’Ousmane Issoufi Maïga, Président de la Commission de rédaction, le projet de Charte nationale pour la paix et la réconciliation. Ce document structurant comprend 16 titres et 106 articles.

La cérémonie, en présence des corps constitués, des forces vives, de la diaspora et du public, a mêlé solennité et symboles, puisqu’elle a été marquée par des ballets aux couleurs de la paix, des chants patriotiques et des hommages aux efforts collectifs. Les journées de restitution des 20, 21 et 22 juillet ont permis d’amender et de valider le texte avant sa remise. À cette occasion, le CICB a même été symboliquement rebaptisé « Centre international de la paix ».

Des valeurs fortes

Dans son contenu, la Charte fixe des objectifs ambitieux, tels que la restauration de la paix, la justice, la cohésion sociale, la souveraineté et la lutte contre la corruption et l’impunité. Elle insiste sur la jeunesse comme moteur de l’avenir, sur le rôle des médias dans la guerre informationnelle et sur la nécessité d’utiliser les mécanismes endogènes de règlement des conflits en plus des institutions modernes.

Le préambule célèbre « la fierté d’être les héritiers d’une histoire millénaire » et le texte appelle à une gestion transparente des ressources et à la réhabilitation de la confiance entre l’administration et la population.

Pour Ousmane Issoufi Maïga, la Charte est « le témoignage d’une promesse populaire », et selon le Président Assimi Goïta, elle exprime « le rêve collectif d’un Mali réconcilié », tout en marquant « la souveraineté retrouvée du pays ».

Critiques et des défis

Si la Charte cristallise des espoirs, elle suscite également des réserves. D’abord sur la méthode. Malgré les consultations régionales et avec la diaspora, certains acteurs politiques et de la société civile jugent le processus trop contrôlé et fermé aux critiques. Certains ont souligné le manque de débat public élargi et l’absence d’implication de certains partis, dissous en juin 2025.

Ensuite, la légitimité populaire est interrogée. Certes, l’adoption doit passer par le Conseil national de Transition (CNT), avant une promulgation présidentielle, mais plusieurs voix réclament un référendum pour valider le texte. Aucun calendrier officiel n’a été communiqué sur cette possibilité.

La Charte est aussi floue sur ses mécanismes de mise en œuvre. Elle proclame des principes, mais sans calendrier ni mesures précises pour les réaliser. Certains juristes estiment également qu’elle fait double emploi avec la Constitution ou l’Accord d’Alger, aujourd’hui caduc.

La remise de la Charte intervient dans un climat tendu. La dissolution des partis politiques en juin 2025 a renforcé le contrôle central de la Transition, mais aussi nourri des contestations. Dans le nord, la reprise des hostilités par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et l’intensification des combats contre les groupes armés compliquent la perspective de réconciliation.

Le choix d’une approche exclusivement militaire contre les groupes qualifiés de terroristes, alors que des voix locales plaidaient pour des discussions avec certains chefs maliens, semble en contradiction avec l’esprit de la Charte, qui appelle à des solutions endogènes et inclusives.

Une étape cruciale mais inachevée

Le texte constitue néanmoins un jalon historique. Il synthétise les aspirations des Maliens à la paix et à la justice, mais la confiance et l’adhésion populaire restent à conquérir. Les autorités ont annoncé une campagne nationale de vulgarisation et la traduction du texte en langues nationales pour faciliter son appropriation.

Il faut désormais un plan d’action concret pour que la Charte dépasse le symbole et devienne la base d’une véritable politique de réconciliation et de développement. Comme l’a dit le Président Goïta, « les épreuves traversées doivent constituer le ciment de notre unité ». Encore faut-il traduire cet espoir en actes.

Massiré Diop

Coopération sécuritaire : Bamako et Washington amorcent une nouvelle relance

Après des années de rupture, la coopération sécuritaire entre le Mali et les États-Unis connaît une relance progressive, marquée par des visites diplomatiques de haut niveau. Au-delà du symbole politique, cette reprise soulève d’importants enjeux sécuritaires et stratégiques pour Bamako, qui cherche à diversifier ses partenariats dans la lutte contre le terrorisme.

La coopération militaire entre le Mali et les États-Unis reprend vie après plus de quatre années de gel. Entre réunions diplomatiques, séances de travail sécuritaires et engagements mutuels affichés, les signes d’un rapprochement se multiplient. Washington affiche sa volonté de redevenir un acteur sécuritaire clé au Sahel, dans un contexte de concurrence géopolitique accrue, tandis que les autorités maliennes semblent prêtes à réactiver un partenariat jadis structurant.

Ce retour intervient alors que l’armée malienne est engagée sur plusieurs fronts contre les groupes terroristes qui continuent de mener des attaques dans différentes régions du pays. À travers cette relance, le Mali pourrait renforcer ses capacités opérationnelles et techniques, tout en diversifiant ses partenariats stratégiques pour affronter la complexité de la crise sécuritaire.

Un retour américain qui se précise

Ce mois de juillet 2025 marque un tournant significatif dans la coopération sécuritaire entre le Mali et les États-Unis, avec deux visites diplomatiques majeures traduisant un réchauffement des relations entre les deux pays.

Le 8 juillet, lors de la célébration du 249ème anniversaire de l’indépendance américaine à l’ambassade des États-Unis à Bamako, le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a salué cette dynamique naissante. Il a estimé que ces visites de haut niveau constituaient « un signal pour un renouveau du dialogue politique, fondé sur le réalisme, le pragmatisme et les intérêts mutuels ».

Dans cette perspective, la visite du 9 juillet de Rudy Atallah, Directeur adjoint principal de la lutte contre le terrorisme au Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, a posé un acte fort. Accompagné de l’Ambassadrice des États-Unis au Mali, Mme Rachna Korhonen, il a tenu une séance de travail avec les ministres maliens des Affaires étrangères et de la Sécurité.

Cette mission visait à « s’imprégner des réalités maliennes » et à relancer la coopération bilatérale sur des bases renouvelées. Plusieurs points ont été abordés, notamment la reprise en main de la sécurité nationale par les autorités de la Transition, le renforcement des capacités opérationnelles de l’armée, la prise en compte de la Confédération AES dans la lutte antiterroriste, ainsi que la nécessité d’une action sincère et globale contre le terrorisme.

Ce rapprochement s’est consolidé avec la visite le 21 juillet de William Stevens, Sous-Secrétaire d’État adjoint américain pour l’Afrique de l’Ouest et Envoyé spécial au Sahel. Reçu à Bamako par le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop, il a insisté sur la vision du Président Trump « de travailler avec les pays amis » et a évoqué les opportunités de coopération économique et sécuritaire, ainsi que l’amélioration du climat des affaires au Mali. Les deux parties ont souligné leur convergence de vues sur des questions stratégiques, notamment la lutte contre les groupes armés terroristes et la promotion des intérêts mutuels dans le respect de la souveraineté.

Plus tôt, en février dernier, une rencontre avait eu lieu à Bamako entre des officiers maliens et des officiers américains, représentants de l’US Africa Command.

Enjeux stratégiques

La relance progressive de la coopération sécuritaire entre le Mali et les États-Unis soulève plusieurs enjeux majeurs. Sur le plan opérationnel, l’armée malienne reste confrontée à la résistance des groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Le retour américain pourrait se traduire par un accès aux renseignements satellitaires et aux drones de surveillance américains, particulièrement précieux pour le suivi des déplacements terroristes transfrontaliers, la remise à niveau des systèmes de communication sécurisés de l’armée malienne, la formation d’officiers supérieurs à la planification stratégique et aux opérations combinées, ainsi qu’un appui à la sécurisation des frontières — domaine dans lequel les États-Unis disposent d’une expertise régionale avérée.

Par ailleurs, selon une analyse du Centre Awdagust d’Études Régionales, un institut de recherche indépendant spécialisé dans l’analyse des dynamiques géopolitiques au Sahel et au Maghreb, en plus de renforcer les capacités maliennes face aux organisations extrémistes, les États-Unis cherchent à rétablir une présence de leur renseignement dans le Sahel central après leur retrait du Niger, tout en contrecarrant l’influence russe à Bamako sans confrontation directe avec Moscou.

« Pour Bamako, cette relance pragmatique élargit ses marges de manœuvre : tout en consolidant ses liens stratégiques avec Moscou et Ankara, le Mali cherche à diversifier ses partenariats afin d’éviter toute dépendance exclusive et bénéficier des expertises américaines en matière de renseignement et de logistique », avance l’institut.

La note d’analyse du Centre Awdagust souligne également que, bien que le Mali ait bénéficié du soutien russe et ait étendu ses collaborations avec la Turquie, le gouvernement de transition est conscient que les États-Unis possèdent des capacités techniques et de renseignement « difficiles à compenser ».

Enfin, au plan symbolique, la relance de la coopération américaine consolidera la légitimité internationale du Mali après des années d’isolement partiel. Elle pourrait même faciliter un retour progressif des financements multilatéraux conditionnés à un cadre sécuritaire stable.

Vers un équilibre incertain ?

Dans un contexte où la Russie est devenue depuis 2021 un allié stratégique central du Mali — avec la livraison d’avions de combat Sukhoï, de blindés et le déploiement massif de formateurs militaires — la relance de la coopération sécuritaire américaine pose la question de la compatibilité entre ces deux appuis stratégiques.

D’un point de vue strictement militaire, la cohabitation pourrait être bénéfique si elle est bien coordonnée, estiment certains analystes. Les Russes assureraient l’appui direct au sol et l’armement lourd, tandis que les Américains apporteraient la logistique, la formation ciblée et le renseignement stratégique, domaine où leur expertise est reconnue.

Toutefois, au plan géopolitique, Washington est très critique vis-à-vis de la présence russe en Afrique de l’Ouest, qu’elle considère comme une menace pour ses intérêts et ceux de ses alliés européens. « Pour le Mali, l’enjeu sera d’éviter que cette rivalité ne vienne parasiter sa stratégie sécuritaire. Une coopération équilibrée nécessitera une diplomatie agile afin de préserver l’appui de chaque puissance sans être perçu comme un terrain d’affrontement géopolitique », souligne Dramane Diarra, expert en relations internationales et géopolitique.

Un historique dense de coopération sécuritaire

Avant la rupture de 2021, les États-Unis entretenaient avec le Mali une coopération militaire et sécuritaire étroite. Après la chute du régime dictatorial en 1991, Washington avait progressivement accru son appui à Bamako, notamment à travers la formation d’officiers maliens dans les académies militaires américaines et la fourniture de matériels logistiques.

Entre 2002 et 2012, la coopération s’est intensifiée dans le cadre de l’Initiative Pan-Sahel, puis du Trans-Saharan Counterterrorism Partnership (TSCTP), un vaste programme américain visant à renforcer les capacités antiterroristes des pays du Sahel et du Maghreb. Les États-Unis ont ainsi formé des unités spéciales maliennes, fourni des véhicules blindés légers, financé l’équipement en communication sécurisée et renforcé les structures de renseignement militaire.

Après la crise sécuritaire de 2012, consécutive à l’occupation du nord du Mali par les groupes terroristes, l’appui américain s’est réorienté vers la stabilisation et la reconstruction des capacités de l’armée malienne. Le Mali bénéficiait également d’aides budgétaires destinées à l’armée, ainsi que de formations sur la lutte contre les engins explosifs improvisés et la sécurisation des zones rurales vulnérables.

Cependant, après le renversement de la Transition dirigée par le Colonel-major Bah N’daw en mai 2021, Washington avait décidé de suspendre toute assistance militaire directe, conformément à ses lois interdisant de coopérer avec des régimes issus de putschs jusqu’au retour à un ordre constitutionnel normal.

Alors que Bamako et Washington s’engagent dans ce nouveau chapitre de coopération sécuritaire, l’avenir dépendra de leur capacité à naviguer avec finesse entre ambitions stratégiques et réalités politiques, dans un Sahel où chaque alliance pèse lourd et où la stabilité reste fragile.

Mohamed Kenouvi