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Sierra Leone : Désarmer pour reconstruire
La Sierra Leone est l’un des exemples africains les plus utiles pour comprendre comment le contrôle des armes légères peut accompagner une sortie de crise. Après une guerre civile meurtrière achevée en 2002, le pays a fait du désarmement un levier de sécurité, mais aussi de reconstruction sociale.
La première phase a été massive. En janvier 2002, la fin officielle de la guerre a été précédée par le désarmement d’environ 45 000 combattants, dont 6 774 enfants soldats. Les opérations menées entre 1998 et 2002 ont aussi permis de collecter environ 25 000 armes de petit calibre, 1 000 armes légères et près d’un million de munitions. Ces chiffres donnent la mesure d’un processus qui visait autant les hommes en armes que les instruments de la violence.
Mais l’expérience sierra-léonaise ne s’est pas limitée à une collecte sécuritaire. Avec le programme Arms for Development, soutenu par le PNUD, la remise volontaire des armes a été liée à des bénéfices communautaires. Les chefferies déclarées sans armes pouvaient recevoir un appui pour financer des projets choisis localement, comme des écoles, des marchés ou des centres communautaires. La remise des armes devait ouvrir un chemin vers la reconstruction, pas seulement répondre à une exigence de sécurité.
Confiance locale
La méthode reposait sur la confiance locale. Les autorités traditionnelles, les comités communautaires et la police participaient à la vérification et au suivi. Les communautés devenaient actrices du processus, ce qui réduisait le sentiment de risque individuel et donnait une visibilité concrète aux dividendes de la paix.
L’autre leçon vient du soutien international. L’ONU a accompagné la transition du maintien de la paix vers la consolidation de la paix, avec des appuis à la gouvernance, à la justice, à l’emploi des jeunes et au renforcement institutionnel. Le désarmement a donc été intégré à une reconstruction plus large.
Cette dynamique s’est prolongée dans un cadre plus structuré. Le Plan national 2025-2029 sur la gestion des armes et munitions, élaboré avec l’appui technique du Small Arms Survey et de MAG, a inscrit ce travail dans un cadre national plus large, selon une démarche méthodique allant du diagnostic à la stratégie, puis au plan opérationnel, à la validation et au suivi.
La Sierra Leone n’a pas effacé tous les trafics. Mais son expérience montre qu’un contrôle durable combine collecte, destruction, marquage, stockage sécurisé, développement local et institutions capables de maintenir la confiance.
Armes légères : Le défi du contrôle
Le 9 juillet, Journée internationale de destruction des armes légères, intervient cette année au Mali dans une atmosphère sécuritaire lourde, quelques jours après les attaques coordonnées du 4 juillet. Cette date rappelle l’urgence de retirer des circuits des armes dont la prolifération nourrit les violences, les trafics et la peur.
Confronté à une crise profonde depuis plus d’une décennie, le Mali mesure le poids des armes légères sur la sécurité et la cohésion sociale. Les attaques coordonnées du 25 avril, puis celles du 4 juillet contre Aguelhoc, Anéfis, Gao, Sévaré et Kéniéroba, rappellent l’ampleur du défi. Elles relèvent d’une combinaison de facteurs, entre planification, mobilité, renseignement, ressources logistiques et disponibilité d’armes portables. De plus, elles illustrent aussi le rôle des armes légères et des munitions dans la capacité des groupes armés à frapper sur plusieurs fronts, intimider les populations et contester des espaces.
Les armes légères dépassent le statut d’objets saisis lors d’opérations ou déposés pendant des campagnes de sensibilisation. Fusils détournés, armes de guerre, munitions informelles ou armes artisanales produites localement nourrissent une réalité complexe. Leur prolifération alimente la criminalité armée, les conflits communautaires, l’autodéfense et la capacité d’action des groupes armés. Dans les classifications internationales, elles renvoient à des armes portables, utilisées par une personne ou une petite équipe. Dans le cas malien, la distinction est essentielle entre armes détenues légalement, armes illicites, armes artisanales et armes détournées des zones de conflit.
Traçabilité
Cette précision compte, car le contrôle couvre plusieurs catégories : détenteurs autorisés, circuits clandestins, stocks publics ou privés, fabricants artisanaux et munitions. Les estimations disponibles restent fragiles et anciennes. Le Small Arms Survey évaluait en 2017 à environ 206 000 le nombre d’armes à feu détenues par des civils au Mali, soit 1,1 arme pour 100 habitants. Ce chiffre, antérieur aux évolutions sécuritaires récentes, sert surtout de repère. Il montre que la question dépasse les seules armes saisies ou déposées volontairement. Faute de données récentes, l’écart entre stocks estimés, armes enregistrées et armes illicites reste difficile à apprécier.
Le cadre juridique national repose notamment sur la loi n°2021-028 du 31 mars 2021, qui régit les armes et munitions. Elle encadre la détention, le port, la fabrication, le commerce, l’importation et l’exportation. S’y ajoutent les instruments onusiens de contrôle et de traçage, ainsi que le Traité sur le commerce des armes. L’ancienne Convention de la CEDEAO a longtemps constitué un cadre régional de référence, mais le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, effectif depuis le 29 janvier 2025, impose une coopération sahélienne renouvelée. Les instruments internationaux insistent sur le marquage, l’enregistrement et le traçage pour limiter les détournements.
L’un des instruments les plus visibles est le permis biométrique. Il vise à mieux savoir qui détient quelle arme, sous quelle autorisation et dans quelles conditions. Cette traçabilité peut aider à distinguer les détenteurs autorisés des circuits clandestins, à condition que les fichiers soient fiables, les contrôles réguliers, les services coordonnés et les moyens suffisants. Le contrôle administratif est nécessaire, mais son efficacité dépend aussi de la présence de l’État, de l’accès au terrain et de l’adhésion des populations. Cette chaîne de traitement compte autant que la saisie, car une arme mal suivie peut redevenir une menace.
Bilan
Les résultats publics de 2024 montrent une action réelle. Selon le bilan du Secrétariat permanent, 490 armes et 1 915 munitions ont été saisies. À ces chiffres s’ajoutent 78 armes et 2 686 munitions déposées volontairement. Ces données traduisent des efforts concrets, tout en rappelant l’ampleur du chantier. Une arme saisie réduit un risque immédiat. Une arme déposée volontairement indique un début d’adhésion. Ces deux actions donnent toutefois une image partielle du volume réel des armes en circulation et des motivations de ceux qui les conservent.
La crédibilité du dispositif dépend aussi du traitement réservé aux armes récupérées. Dans ses rapports transmis au Programme d’action des Nations unies, le Mali indique que les armes collectées sont marquées, enregistrées puis détruites. La méthode privilégiée reste la découpe à l’aide d’une cisaille hydraulique, afin d’éviter qu’une arme saisie, déposée ou récupérée ne retourne dans les circuits de violence.
Pour Ahmed Ag Abdoulaye, analyste des dynamiques de conflit, les armes légères constituent une ressource critique pour les groupes armés. « Dans la relation entre groupes armés et réseaux criminels, ce sont généralement ces derniers qui sont les pourvoyeurs d’armes, notamment les armes légères », explique-t-il. La multiplication des foyers de conflit en Afrique facilite selon lui cette circulation, notamment dans les espaces marqués par la porosité des frontières et l’activité des réseaux criminels. Ces armes donnent aux groupes armés une capacité opérationnelle, mais aussi un pouvoir d’intimidation. « Elles sont des instruments de contrôle social et territorial », affirme-t-il. Dans certaines zones sahéliennes, ajoute-t-il, des armes peuvent même circuler dans des systèmes de troc où le bétail volé sert de monnaie d’échange.
Confiance
La difficulté tient à cette imbrication entre insécurité, trafics, tensions locales et peurs. Là où la protection publique est jugée insuffisante, l’arme peut devenir une assurance. Elle rassure, dissuade, protège ou donne le sentiment de pouvoir faire face à une menace. Cette dimension humaine explique la délicatesse des dépôts volontaires. Une population qui se sent seule face au danger hésite naturellement à remettre ce qu’elle considère comme son dernier moyen de protection.
Alassane Maïga, spécialiste des dynamiques de conflits au Sahel, replace cette question au cœur de la gouvernance. Selon lui, la prolifération des armes légères « reflète un affaiblissement du lien de confiance entre certaines communautés et les institutions chargées de leur protection ». Depuis 2012, la perception d’une présence sécuritaire insuffisante a poussé certains groupes à s’organiser pour leur propre défense, alimentant la demande d’armes hors des circuits officiels. « Les réponses militaires et administratives seules ne suffiront pas », estime-t-il. La réduction durable de la prolifération passe, selon lui, par une présence de l’État respectueuse des populations, l’accès équitable à la justice, la lutte contre l’impunité et la correction des injustices sociales.
Le Plan d’action national 2026-2030 doit répondre à cette complexité. Validé en décembre 2025, il vise à renforcer coordination, sensibilisation, traçabilité, gestion des stocks, contrôle des détenteurs et prévention des violences. Les documents associés évoquent un registre des armes, la cartographie des fabricants artisanaux, des procédures opérationnelles normalisées et une stratégie de communication. L’enjeu est de sortir de la logique du coup par coup pour inscrire la lutte contre les armes légères dans une politique suivie, mesurable et adaptée aux réalités locales.
Prévention
Les avancées de 2025 montrent que l’approche s’élargit. Avec l’appui du projet SALIENT, du PNUD et du Bureau des affaires de désarmement des Nations unies, plus de 5 000 acteurs communautaires et institutionnels ont été formés. 12 plans communaux de sécurité ont été validés, 12 comités de gestion des conflits mis en place, 1 guide sur les armes artisanales élaboré, 3 antennes du SP-CNLP (Secrétariat permanent de la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre) opérationnalisées et un cadre Mali – Niger – Burkina Faso instauré.
Reste l’impact quotidien, souvent moins visible que les bilans des saisies. Les armes ferment des marchés, déplacent des familles, perturbent l’école, fragilisent l’élevage et empoisonnent les relations entre communautés. Non seulement elles détruisent des vies, mais aussi et surtout elles abîment les économies locales et la confiance nécessaire au vivre-ensemble.
Le pari du contrôle est donc sécuritaire, social et politique. Il vise à empêcher les armes de nourrir le terrorisme, la criminalité et les violences locales, tout en comprenant pourquoi des citoyens gardent une arme. À l’épreuve du terrain, les saisies, les dépôts volontaires et la destruction des stocks récupérés restent indispensables, mais ils suffisent rarement à contenir durablement leur circulation. La confiance envers les institutions, l’accès à la justice, la présence publique dans les zones exposées et la réduction des facteurs qui entretiennent la demande d’armes demeurent tout aussi décisifs.
Développement humain : L’IA comme facteur de progrès
Le Mali a conjointement lancé, le 17 juillet 2025, le Rapport mondial et le Rapport national sur le Développement humain. En collaboration avec le PNUD, le Rapport national sur le Développement durable (RNDH), intitulé « Impact de la digitalisation des soins de santé sur la couverture sanitaire universelle au Mali », explore les progrès technologiques et leur apport pour l’atteinte des objectifs de l’Agenda 2063.
L’étude sur la digitalisation des soins de santé au Mali entend s’approprier les possibilités de ces nouveaux outils pour l’avenir. L’objectif est d’analyser les potentialités institutionnelles actuelles et les outils numériques, tout en tenant compte des réalités locales. Pour le Secrétaire général du ministère de la Santé, ces deux rapports « constituent des instruments de sensibilisation et de plaidoyer à l’intention de différents publics cibles ».
Le Rapport mondial sur le Développement humain explore les transformations induites par l’Intelligence Artificielle, analyse la manière dont cette technologie redéfinit le développement humain et aborde les opportunités ainsi que les risques de l’IA.
Quant au RNDH 2025, il s’inscrit dans cette dynamique de digitalisation et dans l’ère de l’Intelligence Artificielle. Selon le Secrétaire général du ministère de la Santé, l’analyse menée à cet effet révèle des tendances significatives liées à l’adoption de la digitalisation des soins au Mali. Environ 65,9% des répondants à cette étude indiquent que la digitalisation est principalement mise à profit pour renforcer les Systèmes d’information sanitaires (SIS).
Transformations lentes
Si la digitalisation des soins offre plusieurs options pour l’accès à la santé au Mali, elle comporte des défis importants pour lesquels des efforts d’anticipation sont nécessaires afin d’en tirer un meilleur parti.
Le Rapport mondial met l’accent sur les opportunités, mais aussi sur les risques liés à l’utilisation de l’IA. C’est pourquoi il évoque la liberté de choix pour une mobilisation éthique de ces progrès. Le RDH 2025 note un ralentissement des progrès dans les domaines de la santé, de l’éducation et du niveau de vie. Si ce rythme devient la norme, « les objectifs de développement pourraient être retardés de plusieurs décennies », s’alarme le PNUD.
Au-delà de ces progrès lents, le rapport souligne l’aggravation des inégalités entre pays riches et pays pauvres. Il prône une approche de l’IA centrée sur l’humain pour redéfinir les approches sur le développement. Dans les pays à IDH faible ou moyen, 70% des personnes sondées attendent que l’IA augmente leur productivité et s’apprêtent à utiliser cette technologie dans la santé, l’éducation ou le travail au cours de l’année à venir.
Extrémisme violent : sortir de l’engrenage
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a lancé ce 7 février 2023 son rapport sur le « Voyage vers l’extrémisme violent ». Il s’agit non seulement de résoudre les atteintes qui peuvent conduire certains à choisir cette voie mais aussi de faire sortir ceux qui ont été pris dans l’engrenage. Dans cette quête, l’organisation travaille non seulement avec les dirigeants et responsables politiques, mais également avec les acteurs locaux, confessionnels et la jeunesse, qui sont « les gardiens des solutions nationales à l’extrémisme violent ».
Phénomène assurément mondial, l’extrémisme violent ne connaît pas de frontières, selon le rapport. Et partout ce sont les mêmes facteurs qui contribuent à son expression : pauvreté, inégalités, exclusion, manque d’opportunités et perceptions d’injustice.
Face à ce fléau dont l’ampleur ne cesse de s’étendre, le PNUD préconise une approche différente, basée sur « les solutions de développement ». En effet, des alternatives complémentaires doivent être trouvées au « tout sécuritaire » afin que ceux qui sont censés être protégés contre le recours à l’extrémisme violent ne soient pas les victimes de « mesures de sécurité excessive ». Le rapport, qui estime que les personnes radicalisées sont aussi souvent celles qui se sentent en insécurité, redoute qu’elles ne soient davantage marginalisées et donc plus vulnérables à la radicalisation.
Alternatives positives
En Afrique subsaharienne, le PNUD mène des programmes dans 25 pays pour essayer de contrer les facteurs d’émergence de « la région comme nouveau épicentre de l’extrémisme violent ». « Au Mali, le projet a contribué à renforcer la radio communautaire en tant que plateforme pour défier les stéréotypes, résoudre les tensions et diffuser des messages de cohésion sociale ».
Pour recruter de nouveaux adhérents, les groupes extrémistes surfent sur les échecs des politiques de développement. En effet, le manque d’emplois ou d’opportunités de subsistance, les inégalités ou l’exclusion sociale sont autant de maux exploités par ces groupes.
C’est pourquoi, le PNUD a entrepris de « travailler avec 40 pays pour améliorer la gouvernance et la prestation de services et renforcer la confiance entre les gouvernements et les citoyens ». Prévenir l’extrémisme violent, c’est aussi donner la chance à ceux qui ont basculé d’en sortir. « La réintégration, bien que difficile », semble être la voie la mieux indiquée pour la réconciliation et une stabilité à long terme, selon le rapport.
Pour faciliter le processus, le PNUD encourage les autorités dans la sensibilisation des communautés aux défis des rapatriés. Ces « survivants », grâce au partage de leurs expériences, peuvent aider à travers des informations cruciales sur les déclencheurs et les signes avant-coureurs.



