Étiquette : Mali
Réconciliation nationale : deux membres du CNT suspendus
Le ministère de la Réconciliation a annoncé, ce 10 décembre, la suspension de sa collaboration avec deux membres du CNT après des échanges jugés contraires à la Charte nationale pour la paix. Cette décision intervient alors que la Transition met officiellement en avant le rôle des chefferies et légitimités traditionnelles dans la mise en œuvre de cette Charte.
Ségou : couvre-feu reconduit sur fond d’insécurité persistante
Décidée le 8 décembre 2025, l’autorité régionale de Ségou a prorogé pour trente jours le couvre-feu instauré en juin dernier. La mesure s’applique chaque nuit de 23 h à 5 h du matin sur l’ensemble de la région.
Par la décision n° 2025-505/GRS-CAB en date du 8 décembre 2025, le gouverneur de la région de Ségou a prorogé le couvre-feu institué par la décision n° 2025-233/GRS-CAB du 4 juin 2025. Le texte prévoit une nouvelle période de trente jours, reconductible, allant du lundi 8 décembre 2025 au mardi 6 janvier 2026, de 23 h à 5 h, sur tout le territoire régional.
La décision rappelle que, pendant la durée du couvre-feu, la liberté de circulation des personnes et de tous les engins de transport est restreinte. Seuls les véhicules et autres engins des forces de défense et de sécurité, ainsi que les ambulances bénéficiant d’un ordre de mission, ne sont pas concernés par la mesure. Le document précise que le couvre-feu prend effet à compter de sa date de signature et qu’il doit être publié et communiqué partout où le besoin se fait sentir.
L’acte énumère les autorités chargées de l’application de la mesure : le commandant de la zone de Défense n° 2, le commandant de la région de Gendarmerie n° 5, le commandant de la quatrième région de la Garde nationale, ainsi que les directeurs régionaux de la Police nationale et de la Protection civile. Chacun est mandaté, dans son domaine de compétence, pour veiller à l’exécution du couvre-feu. La décision est signée au nom du gouverneur par le directeur de cabinet, membre du corps préfectoral.
Cette prorogation intervient après plusieurs mois de restrictions nocturnes. Une première décision de couvre-feu avait été prise début juin 2025, pour une durée initiale de trente jours, renouvelable, avec des limitations de circulation visant les personnes, les motos et les véhicules sur l’ensemble de la région. Les reconductions successives traduisent la volonté des autorités d’encadrer les déplacements nocturnes dans un contexte que les services de sécurité décrivent comme marqué par la multiplication d’incidents dans plusieurs zones de la région.
Les données collectées sur le premier semestre 2025 illustrent ce climat sous tension. Une note du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) consacrée aux restrictions sécuritaires et de mouvement au Mali, arrêtée au 30 juin 2025, indique que la région de Ségou a enregistré 323 incidents sécuritaires et 736 victimes civiles entre le 1ᵉʳ janvier et le 30 juin 2025. Le même document précise qu’un couvre-feu y a été instauré à partir du 4 juin 2025, avec des restrictions de circulation pour les personnes, les motos et les véhicules, assorties d’exceptions pour les forces de défense et de sécurité et les ambulances, et la possibilité d’autorisations spéciales.
En reconduisant le couvre-feu jusqu’au début du mois de janvier 2026, les autorités régionales de Ségou maintiennent ainsi un dispositif qui combine limitation des mouvements nocturnes et mobilisation des forces de défense et de sécurité, dans une région où les indicateurs de sécurité du premier semestre ont mis en évidence un nombre élevé d’incidents et de victimes civiles.
Visite du Premier ministre en Guinée : économie, rail et transhumance au menu des échanges
En visite d’amitié et de travail à Conakry le 9 décembre 2025, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a rencontré son homologue guinéen Amadou Oury Bah. Les discussions ont porté sur l’interconnexion ferroviaire, les corridors de transit et la transhumance entre les deux pays.
Arrivé dans la matinée à Conakry à la tête d’une délégation gouvernementale, le Premier ministre, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le général de division Abdoulaye Maïga, a pris part à une séance de travail avec le chef du gouvernement guinéen, Amadou Oury Bah. La délégation malienne comprend notamment le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, le ministre de l’Économie et des Finances, la ministre des Transports et des Infrastructures et le ministre de l’Élevage et de la Pêche.
Au cours de la réunion, les deux parties ont examiné plusieurs dossiers jugés prioritaires pour la coopération bilatérale. Les échanges ont porté sur le projet d’interconnexion ferroviaire entre les deux pays, destiné à faciliter l’acheminement des marchandises vers l’hinterland malien, sur l’opérationnalisation de nouveaux corridors de transit et sur la gestion de la transhumance du bétail à la frontière. À l’issue de la séance de travail, le gouvernement guinéen a réaffirmé sa disponibilité à accompagner le gouvernement malien sur ces différents volets et un point de presse conjoint a été animé par les deux Premiers ministres.
Le volet des corridors s’inscrit dans la continuité des efforts engagés autour de l’axe Conakry–Bamako. Ces dernières années, les administrations douanières des deux pays ont renforcé leur coopération pour améliorer la fluidité du transit et sécuriser les recettes, notamment à travers l’installation d’une représentation permanente des Douanes maliennes dans les entrepôts maliens au port autonome de Conakry. Ce dispositif vise à consolider le rôle du port guinéen comme point de passage majeur pour les marchandises à destination du Mali.
Le dossier de la transhumance constitue un autre aspect structurant des discussions. En 2025, des décisions prises au niveau local en Guinée avaient entraîné le départ de troupeaux maliens de la région de Kankan et limité l’accès des éleveurs aux pâturages guinéens, avant la conclusion d’un accord bilatéral encadrant la circulation du bétail et la gestion des flux pastoraux le long de la frontière. La présence du ministre de l’Élevage et de la Pêche au sein de la délégation malienne s’inscrit dans ce contexte de recherche de mécanismes stabilisés pour la transhumance.
La visite du Premier ministre en Guinée et la séance de travail tenue à Conakry s’insèrent ainsi dans une série d’initiatives destinées à renforcer la coopération économique et commerciale entre les deux pays. Les autorités des deux côtés mettent en avant la volonté d’accélérer les projets d’infrastructures, de consolider les corridors de transit et de sécuriser la gestion de la transhumance, sur la base des accords déjà conclus et des engagements pris au niveau bilatéral.
CPI : Une session décisive face aux critiques et aux attentes de réforme
Du 1ᵉʳ au 6 décembre 2025, l’Assemblée des États parties au Statut de Rome tient sa 24ème session à La Haye pour discuter de l’avenir de la Cour pénale internationale. Dans un contexte de fortes contestations, les délégations doivent défendre la Cour, répondre aux critiques et améliorer son fonctionnement.
Créée pour juger les crimes les plus graves, la CPI arrive à cette session avec un bilan fortement scruté. Depuis 2023, elle a franchi un seuil politique en émettant un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour la déportation d’enfants ukrainiens, une première visant un dirigeant d’un membre permanent du Conseil de sécurité. En 2024, elle a aussi visé Benjamin Netanyahu, Yoav Gallant et Mohammed Deif pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité liés à la guerre de Gaza et aux attaques du 7 octobre.
Ces décisions ont ravivé les critiques contre la CPI. La Russie, Israël et les États-Unis l’accusent de dérives politiques, tandis que plusieurs pays africains maintiennent leurs reproches de « justice sélective ». En septembre 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé leur retrait du Statut de Rome, qu’ils qualifient d’instrument « néocolonial », même si ce retrait ne sera effectif qu’au bout d’un an et ne suspend pas les enquêtes en cours, notamment celles visant les crimes commis au Mali depuis 2012.
À La Haye, les États parties examineront le budget 2026, renouvelleront plusieurs organes techniques et passeront en revue les chantiers de réforme déjà engagés. Les discussions porteront aussi sur la coopération des États, la protection des témoins et l’avenir du Fonds au profit des victimes. Plusieurs délégations et ONG réclament une Cour plus visible sur le terrain, mieux comprise des communautés affectées et capable de rendre effectives les réparations ordonnées.
Dans le même temps, les États parties doivent gérer des pressions croissantes. Les sanctions américaines visant des juges impliqués dans les mandats contre les dirigeants israéliens rappellent la fragilité d’une Cour théoriquement indépendante mais toujours tributaire de la coopération de ses membres pour appliquer ses décisions.
Cette 24ème session constitue une double épreuve. Les États parties doivent défendre un outil essentiel contre l’impunité dans un contexte international fragmenté, tandis que la Cour cherche à démontrer sa capacité à se réformer, à élargir réellement le champ de ses poursuites au-delà des États les plus exposés et à rester une instance crédible pour les victimes lorsque les juridictions nationales échouent.
Enseignement : Des retards de salaires qui fragilisent tout le système
L’arrêt de travail déclenché par les syndicats de la région de Dioïla le 26 novembre a pris fin ce 1er décembre 2025, mais la crise révèle un malaise bien plus profond. Le retard récurrent dans le paiement des salaires des enseignants des collectivités, à l’origine de la paralysie dans cette région, touche en réalité plusieurs localités du pays et menace une année scolaire déjà marquée par des perturbations.
Le mouvement spontané des enseignants fonctionnaires de Dioïla, qui a mis toutes les écoles à l’arrêt pendant plusieurs jours, repose sur un point de rupture bien connu. Il s’agit de l’application de la décision de 2011 du ministère des Finances qui prévoit le paiement des salaires des enseignants des collectivités au plus tard le 25 du mois. Lorsque cette date n’est pas respectée, les syndicats observent traditionnellement un arrêt de travail. Les organisations locales affirment que, malgré la patience observée ces derniers mois en raison des difficultés liées au SIGRH et à la pénurie de carburant qui a perturbé la rentrée, les retards persistent.
Selon M. Famoussa Keita, Secrétaire général du SYNEM et Porte-parole de la Synergie régionale, la situation n’est plus tenable. Il estime que les efforts consentis jusque-là n’ont pas permis de corriger les dysfonctionnements dans la chaîne de traitement des salaires.
Casse-tête
À peine la crise de Dioïla suspendue, une autre localité est entrée en mouvement. Les enseignants de Koutiala ont entamé le 1er décembre un arrêt de travail similaire, pour les mêmes motifs. Cette simultanéité illustre que les perturbations liées au paiement des salaires ne relèvent pas d’un simple incident administratif régional, mais d’un problème structurel.
Des rapports syndicaux consultés récemment évoquent des retards répétitifs dans plusieurs cercles, notamment dans certaines communes de Sikasso, Koulikoro et Ségou. Les mêmes griefs reviennent, à savoir lenteurs administratives, circuits de validation trop longs, absence de remontées systématiques des services déconcentrés, surcharge persistante du Bureau central des soldes.
Les mesures annoncées par l’État – obligation pour les représentants de rendre compte du traitement dans les délais et réflexion sur une recentralisation du paiement des enseignants – ne se sont pas encore traduites par des résultats visibles sur le terrain.
Si l’arrêt de travail à Dioïla n’a duré que trois jours, ces interruptions répétées, cumulées aux retards de rentrée, représentent des heures de cours perdues pour des milliers d’élèves du public. La multiplication de ces mouvements confirme que la question du paiement des enseignants des collectivités est désormais un enjeu national, au cœur de la stabilité du calendrier scolaire.
Afrique de l’Ouest : les femmes de plus en plus visibles sur les routes migratoires
Publié début décembre 2025 par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), un nouveau rapport intitulé « Women on the move » analyse les déplacements de 15 360 voyageuses en Afrique de l’Ouest et du Centre en 2024.
Cette étude, fondée sur le dispositif de Flow Monitoring de l’OIM, documente les profils, les itinéraires et les risques auxquels sont exposées les femmes, notamment au Mali et au Niger.
Thé malien à l’ère du numérique : Une startup innove
Au Mali, où le thé est au cœur de la vie sociale, Abdoulaye Farota et Bakary Bengaly, deux jeunes ingénieurs, ont décidé de moderniser un rituel profondément ancré. Avec leur startup Mandé Tech, ils ont créé une machine automatique capable de préparer le thé malien en respectant les préférences de chaque consommateur. Baptisée Mandé Barrada, cette invention compacte et accessible attire déjà une forte attention et pourrait transformer la manière dont les Maliens partagent leur boisson favorite.
Dans un Mali où l’écosystème technologique national se développe rapidement, la Mandé Barrada s’impose comme une innovation à la fois surprenante et cohérente avec les usages locaux. Présentée au Salon des entrepreneurs de la Confédération des États du Sahel, elle a immédiatement suscité la curiosité du public. Les fondateurs expliquent que l’idée leur est venue presque spontanément en observant l’importance du thé dans les « grins », ces espaces de sociabilité où les discussions se prolongent souvent autour de plusieurs services traditionnels.
L’appareil, léger et facile à transporter, reprend le principe des machines à café, mais avec une adaptation au thé malien, dont la préparation exige habituellement du temps, de la précision et un véritable savoir-faire. La Mandé Barrada permet de choisir la force de la préparation – premier, deuxième ou thé plus corsé – ainsi que la quantité de sucre, allant du très sucré au sans sucre, le tout pour un prix fixé à 200 francs CFA, pensé pour rester accessible.
Depuis les premières démonstrations, l’engouement est palpable. Dans les grins de Bamako, les curieux se succèdent pour découvrir cette machine qui allie tradition et modernité sans dénaturer l’esprit convivial du thé malien. Plusieurs consommateurs affirment y voir une manière pratique de gagner du temps tout en retrouvant les saveurs auxquelles ils sont attachés.
Les deux ingénieurs travaillent déjà sur de nouvelles améliorations, notamment une production plus large et des déclinaisons destinées à d’autres boissons locales. À terme, ils espèrent faire de leur invention une référence nationale, voire sous-régionale.
Avec la Mandé Barrada, Mandé Tech démontre qu’innover peut naître de gestes quotidiens. Une belle promesse forte pour la technologie « Made in Mali » et pour l’avenir d’une tradition bien vivante aujourd’hui.
Ibrahim Baby
Stabilité financière : premier rapport commun des banques centrales africaines
À Yaoundé, la 47ᵉ Assemblée des Gouverneurs de l’Association des banques centrales africaines (AACB) a été marquée par la présentation du premier Rapport africain sur la stabilité financière, élaboré à l’échelle du continent.
Karidia Sangaré, Cheffe du projet Citoyenneté 2.0 : « Ma sécurité numérique est mon devoir »
L’explosion des risques en ligne – cyberharcèlement, hameçonnage, désinformation, violation de données – pousse aujourd’hui les acteurs des médias et de la société civile à renforcer leurs pratiques numériques. À Bamako, Women Tech Mali mobilise ces professionnels autour d’une démarche visant à mieux protéger les informations, les sources et les utilisateurs. Propos recueillis par Massiré Diop.
Vous portez aujourd’hui un plaidoyer fort autour de la sécurité numérique. Quel en est l’enjeu principal ?
La sécurité numérique est désormais un devoir pour chacun. Avec le projet Citoyenneté 2.0, financé par les Affaires étrangères du Danemark à travers le Fonds d’appui aux moteurs du changement, nous travaillons à renforcer la capacité des organisations de la société civile et des médias à évoluer dans un environnement numérique qui expose leurs données, leurs communications et leurs sources. L’objectif est d’amener ces acteurs à maîtriser les outils essentiels pour se protéger et protéger les personnes qu’ils représentent.
Qu’est-ce qui rend cette démarche urgente aujourd’hui au Mali ?
La circulation rapide et massive des informations sur les réseaux sociaux a fait émerger de nouveaux risques. Nous observons une multiplication des contenus non vérifiés, des tentatives d’hameçonnage, des cyberescroqueries et des atteintes à la vie privée. Les organisations de la société civile et les professionnels des médias relaient beaucoup d’informations sans toujours disposer des connaissances nécessaires pour vérifier leur authenticité ou détecter les manipulations. Il est indispensable qu’ils puissent identifier les menaces, sécuriser leurs comptes, comprendre les techniques de phishing et mesurer l’impact d’une publication sur la protection des données à caractère personnel.
Quels résultats attendez-vous de cette mobilisation autour du numérique responsable ?
Nous attendons un engagement concret des participants à adopter des pratiques plus sûres et à devenir des relais de prévention dans leurs communautés. Nous voulons que chacun comprenne qu’un simple partage peut exposer une personne, une organisation ou même une communauté entière. La sécurité numérique n’est plus un choix, c’est une responsabilité. Il s’agit d’intégrer les bonnes pratiques de cybersécurité, d’appliquer systématiquement les règles de vérification des sources, de refuser la diffusion de données personnelles sans consentement. L’idée est de créer un environnement où chacun maîtrise les risques et agit en connaissance de cause.
Comment cette initiative s’inscrit-elle dans la vision portée par Women Tech Mali ?
Elle s’inscrit dans notre volonté d’accompagner une société malienne plus informée, plus consciente des enjeux numériques et capable de défendre ses droits en ligne. Protéger les données, lutter contre le cyberharcèlement et freiner les manipulations sont des responsabilités collectives. Nous voulons que cette démarche devienne un réflexe partagé.
Bénin : tentative de coup d’État déjouée
Une tentative de coup d’État menée par un groupe de militaires a été déjouée dimanche au Bénin. Si le président Patrice Talon reste en place, l’épisode révèle la fragilité du climat politique à l’approche de la fin de son mandat.
Axe Bougouni–Bamako : tirs contre un convoi de citernes escorté par les FAMa
Un convoi de camions-citernes escorté par les Forces armées maliennes a été visé ce samedi sur l’axe Bougouni-Bamako.
Projet de loi de finances 2026 : un budget de 3 578 milliards adopté à l’unanimité
Le Conseil national de Transition a adopté ce 4 décembre la première partie du projet de loi de finances 2026, qui porte les dépenses de l’État à 3 578 milliards de FCFA.
Lutte contre le terrorisme : Les violences progressent malgré les initiatives régionales
La région ouest-africaine fait face à une intensification des violences armées qui oblige les organisations sous-régionales à renforcer leurs dispositifs collectifs de sécurité. Les attaques répétées contre les corridors maliens et les données alarmantes publiées par la CEDEAO, l’AES et divers organismes spécialisés témoignent d’une menace désormais pleinement transfrontalière.
La coordination sécuritaire en Afrique de l’Ouest se trouve à un moment charnière. Selon les chiffres présentés en novembre 2025 au Conseil de sécurité de l’ONU par le Président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, l’espace communautaire a enregistré environ 450 incidents terroristes et plus de 1 900 morts entre janvier et novembre. Le Sahel central concentre à lui seul près de 80% des attaques et plus de 85% des victimes, confirmant les tendances relevées par l’ACLED et l’Index mondial du terrorisme.
Les attaques contre les convois de carburant reliant le Mali à ses ports ont mis en évidence une fragilité logistique qui dépasse les frontières nationales. Cette pression a précipité la mise en place de réponses collectives mieux structurées, fondées sur un renseignement partagé et une coordination opérationnelle renforcée.
Dans ce contexte, l’Alliance des États du Sahel s’affirme comme un acteur central, même si sa force unifiée est en phase de mise en place et loin de son plein potentiel. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger multiplient néanmoins les opérations coordonnées pour sécuriser les corridors vitaux et commencent à mutualiser plus systématiquement leurs capacités de renseignement et de riposte.
Parallèlement, la CEDEAO poursuit ses propres initiatives, malgré les tensions politiques qui l’opposent à certains États sahéliens. Sa Force d’intervention régionale, annoncée en 2023, dispose d’une capacité initiale de 1 650 personnels et pourrait atteindre 5 000 hommes selon les contributions des États membres. Touray a rappelé que le terrorisme constitue désormais une menace existentielle, y compris pour les pays côtiers, où des cellules dormantes ont été détectées. Le mécanisme d’alerte précoce de la CEDEAO demeure un instrument majeur d’anticipation et d’analyse.
Des mécanismes déjà disponibles
La région bénéficie également du Processus de Nouakchott, lancé en 2013 par l’Union africaine pour renforcer la coopération sécuritaire sahélienne. Ce mécanisme facilite la circulation des renseignements et l’harmonisation des stratégies de surveillance frontalière tout en intensifiant les formations spécialisées destinées aux forces des pays membres. Son rôle est devenu plus visible à mesure que les groupes armés étendaient leurs zones d’influence.
Par ailleurs, le CEMOC, basé à Tamanrasset et réunissant l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie, est un cadre de coopération axé sur le partage du renseignement et la surveillance des zones frontalières. Bien que moins visible ces dernières années, il continue d’alimenter les échanges stratégiques entre États sahéliens, en complément des autres dispositifs régionaux.
À ces dispositifs s’ajoutent l’Initiative d’Accra et la Force Multinationale Mixte du Lac Tchad, deux architectures complémentaires dans la lutte contre l’expansion djihadiste. L’Initiative d’Accra, regroupant notamment le Ghana, le Togo, le Bénin et la Côte d’Ivoire, mène des opérations coordonnées pour contenir la progression des groupes armés vers le Golfe de Guinée. Tandis que la Force du lac Tchad, engagée contre Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest, est l’un des cadres opérationnels les plus actifs du continent.
Violences armées
Pourtant, les données d’ACLED montrent que le Sahel central était en 2024 et au premier semestre 2025 l’un des foyers de violences les plus meurtriers hors zones de guerre. Les attaques visent aussi bien les villages que les forces armées et les axes économiques. L’Index mondial du terrorisme classe le Mali, le Burkina Faso et le Niger parmi les pays les plus touchés au monde.
Ces dynamiques mettent en relief à la fois la multiplication des initiatives régionales et les tensions qui subsistent entre certaines organisations. Les divergences institutionnelles ne masquent toutefois pas une réalité largement partagée. En effet, il est évident qu’aucune réponse strictement nationale ne peut enrayer une menace qui ignore les frontières et exploite les vulnérabilités structurelles des États.
Les attaques visant les civils, les services locaux et les infrastructures économiques rappellent l’urgence d’une action régionale réellement coordonnée. La protection des corridors maliens a montré que l’efficacité collective repose avant tout sur la mutualisation des moyens, la rapidité de réaction et le partage du renseignement. Malgré les dispositifs complémentaires qui se renforcent, la réponse reste encore insuffisante face à l’ampleur de la menace.
Massiré Diop
Secteur minier : Un rapport qui rebat les cartes
Le rapport présenté le 1ᵉʳ décembre par la commission de négociation et de renégociation marque une étape décisive dans la refonte de la relation entre l’État et les sociétés minières. Ses conclusions, attendues depuis plusieurs mois, replacent les enjeux du secteur au cœur de l’actualité alors que les discussions autour de Loulo-Gounkoto et l’accord signé avec Barrick ont dominé les derniers jours.
Journalistes enlevés : une inquiétude renouvelée après la preuve de vie de deux agents de l’ORTM
Une vidéo récente attribuée au JNIM a ravivé les inquiétudes autour des journalistes disparus. La situation des professionnels capturés ces dernières années demeure entourée d’incertitudes.
La diffusion d’un enregistrement montrant Daouda Koné, directeur régional de l’ORTM à Douentza, a rappelé la persistance des risques auxquels sont exposés les acteurs des médias dans les zones d’insécurité. Lui et son caméraman Salif Sangaré ont été enlevés le 14 octobre 2025 sur l’axe Sévaré–Konna alors qu’ils rentraient d’une mission. Dans la vidéo, Daouda Koné confirme leur capture et évoque leurs conditions de détention, sans donner d’indication sur l’état de santé de son collègue. Depuis la publication de cette séquence, aucune information officielle n’a été communiquée, laissant leur sort en suspens et maintenant l’incertitude pour leurs familles comme pour leur rédaction.
Ce nouvel épisode survient dans un contexte marqué par plusieurs disparitions non résolues. Hamadoun Nialibouly, journaliste de la radio Dandé à Douentza, est porté disparu depuis le 27 septembre 2020, date à laquelle il avait été enlevé lors d’un déplacement sur l’axe Douentza–Boni. Les recherches menées au fil des années n’ont permis d’établir ni les conditions de sa détention ni l’identité de ses ravisseurs, et aucune revendication n’a été confirmée. Malgré les appels répétés des associations professionnelles, aucune évolution publique n’a été signalée.
Le cas de Moussa M’Bana Dicko, disparu également dans la région de Boni, illustre les mêmes incertitudes. Les informations disponibles sur les circonstances de son enlèvement demeurent limitées et aucune trace de vie n’a été rendue publique depuis sa disparition. Son nom figure régulièrement dans les mobilisations en faveur des journalistes introuvables, mais aucun élément récent n’a permis de relancer les recherches.
La diffusion de cette vidéo a mis en évidence la fragilité persistante des journalistes travaillant dans les régions du centre, où les déplacements restent risqués et les informations difficiles à vérifier. Elle intervient alors que plusieurs d’entre eux manquent toujours à l’appel, sans indication fiable sur leur situation. Les rédactions et les proches poursuivent leurs démarches pour obtenir des nouvelles, mais l’absence de communication officielle et l’accès limité aux zones concernées compliquent toute tentative d’éclaircissement.
Douane malienne : une transition sous pression
Le gouvernement a nommé un nouveau directeur général des Douanes lors du conseil des ministres du 3 décembre, à un moment où l’institution se trouve au centre d’enjeux économiques majeurs.
Cette transition intervient alors que les débats sur la gestion des flux d’hydrocarbures, les projections de recettes et les perspectives de réforme se multiplient.
La nomination marque la fin officielle des fonctions d’Amadou Konaté, appelée à intervenir quelques semaines avant la date à laquelle il devait atteindre la limite d’âge dans la fonction publique. Au-delà de l’aspect administratif, ce départ s’inscrit dans une période où la Douane occupe une place sensible dans la dynamique économique nationale. Les derniers mois ont été marqués par une série d’opérations de saisies mises en avant comme significatives, par des communications régulières soulignant des prévisions de recettes dépassées et par une forte visibilité de l’institution dans la lutte contre la fraude et la régulation des flux commerciaux. Ces éléments avaient contribué à renforcer l’image d’une administration en activité constante, dans un contexte où la performance douanière demeure directement liée à la capacité de l’État à sécuriser ses ressources intérieures.
Cette transition s’opère également dans un climat particulier, marqué par la pénurie de carburant qui a touché le pays depuis mi-septembre 2025. Les autorités avaient assuré que le nombre de camions-citernes entrant sur le territoire, après les mesures de déblocage, était supérieur aux volumes observés avant la crise. Cette affirmation avait déclenché de nombreuses interrogations sur la chaîne d’approvisionnement, la fluidité des contrôles et la capacité des administrations concernées à garantir une distribution régulière. Plusieurs acteurs économiques avaient relevé que, malgré l’augmentation des volumes déclarés, la disponibilité du carburant demeurait inégale selon les zones, révélant des décalages entre les flux enregistrés et l’impact réel sur le marché intérieur. Dans ces discussions, la Douane apparaissait comme l’un des maillons essentiels dont l’action conditionnait l’issue d’une crise devenue un test de coordination et de gouvernance.
Succession
Le départ d’Amadou Konaté intervient donc au moment où la Douane cristallise de fortes attentes. Les discussions autour de son avenir professionnel, sa présence dans les instances régionales des administrations douanières et la perspective de sa retraite avaient alimenté des interrogations sur la continuité de la direction. Sa participation active à des structures internationales avait été perçue comme le signe d’une installation durable dans le paysage institutionnel, tandis que la succession restait largement ouverte jusqu’à la décision gouvernementale.
La désignation de Cheickna Amala Diallo replace désormais l’attention sur les orientations à venir. Inspecteur des Douanes, il connaît les services et les contraintes techniques qui structurent l’institution, ainsi que les exigences opérationnelles liées à la surveillance des corridors et à la collecte des ressources. Sa prise de fonction survient dans un contexte où la Douane demeure un pilier de l’équilibre budgétaire, dans un pays où les recettes intérieures constituent un levier essentiel face au recul des appuis extérieurs et à la pression des dépenses sécuritaires. La capacité de l’administration à maintenir un niveau de mobilisation des ressources conforme aux projections sera suivie de près, tout comme son rôle dans la sécurisation des flux commerciaux, la transparence des procédures et l’accompagnement des mesures destinées à stabiliser les approvisionnements stratégiques, notamment en hydrocarbures.
Au-delà du changement à la tête de l’institution, les prochains mois montreront si cette transition ouvre une nouvelle phase de modernisation ou s’inscrit dans la continuité des pratiques engagées. Dans un environnement où les crises successives rappellent l’importance de chaque maillon de la chaîne économique, la direction des Douanes se retrouve une nouvelle fois face à la nécessité d’assurer la régularité des flux, de renforcer la confiance des opérateurs et de soutenir la prévisibilité de l’activité économique. L’évolution des décisions, des résultats et du rythme des réformes permettra de mesurer la manière dont l’institution répondra aux défis immédiats tout en se projetant dans une dynamique durable.
Lutte contre le Sida : Des avancées indéniables mais un financement incertain
À l’occasion du lancement, le 1ᵉʳ décembre 2025, du Mois national de lutte contre le VIH – Sida, la situation révèle une riposte marquée par des progrès réels mais fragilisée par la crise du financement extérieur. La baisse de la prévalence, l’amélioration de la prise en charge et le renforcement des capacités nationales contrastent aujourd’hui avec des menaces persistantes.
Depuis le début des années 2000, la lutte contre le VIH au Mali s’est progressivement structurée autour de politiques publiques plus efficaces, de l’implication active de la société civile et de l’appui constant des partenaires techniques et financiers. Cette dynamique collective a permis de réduire significativement la mortalité, d’améliorer l’accès au dépistage, de renforcer les services de prévention et d’augmenter le nombre de personnes sous traitement antirétroviral.
La prévalence au Mali, autrefois préoccupante, a régulièrement reculé, passant de 1,3% en 2010 à 0,76% en 2024. Cette évolution traduit les progrès accomplis dans la sensibilisation, la prévention et la prise en charge. Parallèlement, la couverture thérapeutique a connu une progression notable, passant de 5% au début des années 2000 à 68% aujourd’hui. La mortalité liée au VIH a quant à elle diminué d’environ 60% en vingt ans.
Lors de la cérémonie du 1ᵉʳ décembre, le Secrétaire général de la Présidence, Dr Alfousseyni Diawara, a salué ces avancées, affirmant que le pays avait accompli des progrès considérables, tout en soulignant que l’épidémie était concentrée au sein de groupes vulnérables, ce qui exige une vigilance constante.
Il a rappelé que la réduction de la prévalence, la baisse des décès et le recul des nouvelles infections montrent que la majorité des personnes vivant avec le VIH connaissent désormais leur statut, sont traitées et vivent mieux.
Malgré des résultats encourageants, les autorités reconnaissent que des poches de vulnérabilité persistent et qu’il reste beaucoup à faire pour consolider les acquis et éliminer le Sida comme problème de santé publique dans les prochaines années.
Une épidémie maîtrisée mais toujours présente
Le Mali se distingue par une prévalence relativement faible, comparée à certains pays de la sous-région, mais l’épidémie reste significative dans plusieurs groupes de population, notamment les femmes, les jeunes et les enfants.
Le Secrétaire exécutif du Haut Conseil national de lutte contre le Sida (HCNLS), Dr Ichiaka Moumine Koné, a rappelé lors de la cérémonie qu’il fallait garder en tête une double réalité : celle des progrès indéniables et celle de la fragilité persistante de la riposte.
Il a indiqué que 62% des adultes séropositifs au Mali sont des femmes et que le pays a enregistré en 2024 un total de 4 003 nouvelles infections, contre 5 800 en 2022. Les décès liés au VIH ont également diminué, passant de 4 300 en 2022 à 3 236 en 2024.
Sur les 111 000 personnes vivant avec le VIH recensées dans le pays, 75 000 sont aujourd’hui sous traitement. Toutefois, les performances de la cascade 95-95-95 restent insuffisantes, avec 71% des personnes connaissant leur statut sérologique, 68% sous traitement et 58% présentant une charge virale supprimée. Les écarts sont particulièrement marqués chez les enfants, dont seulement 56% sont sous traitement et 49% ont une charge virale contrôlée.
L’un des défis majeurs est la prévention de la transmission mère-enfant (PTME). En 2024, sur 4 361 femmes enceintes séropositives attendues dans les structures de santé, seules 2 003 ont été mises sous traitement, soit une couverture de 46%.
Selon Dr Koné, cette situation reflète des efforts réels mais également des limites structurelles à surmonter, notamment en matière de prévention, de prise en charge pédiatrique et de protection de la femme enceinte.
La stigmatisation, les pesanteurs sociales, les lourdeurs administratives dans la chaîne d’approvisionnement et l’insuffisance du dépistage ciblé chez les jeunes et les femmes continuent de freiner la riposte. Le Mali bénéficie néanmoins d’un cadre multisectoriel dynamique, d’un tissu associatif actif et d’avancées significatives dans l’accès au dépistage et au traitement.
En 2025, le HCNLS a ainsi conduit plusieurs actions majeures : promotion du dépistage et de la connaissance du statut sérologique, extension et renforcement des sites de prise en charge pédiatrique, amélioration du diagnostic précoce et des laboratoires et intensification du dépistage parmi les femmes en âge de procréer et dans les services de santé reproductive.
Le renforcement continu des structures de prise en charge s’est traduit par l’amélioration des équipements, l’élargissement de l’offre thérapeutique et la disponibilité des médicaments pédiatriques. Par ailleurs, plusieurs organisations communautaires soulignent que l’implication des associations de personnes vivant avec le VIH a joué un rôle déterminant dans l’amélioration du suivi, la réduction de l’abandon de traitement et la sensibilisation des populations rurales, encore confrontées à des barrières sociales et géographiques importantes.
Un contexte mondial qui fragilise les acquis
Les progrès réalisés par le Mali interviennent dans un environnement international marqué par un recul du financement de la lutte contre le VIH. De nombreux pays d’Afrique subsaharienne subissent déjà les effets de coupes budgétaires importantes. La réduction progressive des financements américains, notamment ceux de l’Agence américaine pour le développement international et du programme PEPFAR, a également pesé lourdement sur les services de prévention, de dépistage communautaire et de prise en charge pédiatrique, traditionnellement soutenus par ces partenaires.
À l’échelle mondiale, près de 2,5 millions de personnes ont été privées de médicaments de prophylaxie pré-exposition et les programmes de prévention connaissent une pression croissante. Les projections indiquent que 3,3 millions de nouvelles infections supplémentaires pourraient survenir d’ici 2030 si cette tendance se poursuit.
Le Mali, dont plus de 80% du financement de la riposte dépend de partenaires extérieurs tels que le Fonds mondial, est particulièrement vulnérable à cette situation. « Cette dépendance fragilise notre capacité de planification à long terme et nous expose aux fluctuations des aides internationales », alerte Dr Koné.
Cette vulnérabilité menace la continuité de nombreux programmes essentiels : dépistage communautaire, prise en charge pédiatrique, prévention ciblée chez les jeunes et les femmes, approvisionnement en antirétroviraux et tests de diagnostic. L’une des principales inquiétudes est que les avancées scientifiques et techniques des dernières années ne puissent être maintenues faute de ressources. Cette incertitude pèse également sur les programmes de formation du personnel de santé, dont la mise à jour des compétences constitue pourtant un maillon essentiel pour maintenir la qualité de la prise en charge dans tout le pays.
Vers une riposte souveraine et durable
Face à ce contexte, la question du financement endogène s’impose comme une priorité stratégique. Le thème retenu pour le mois national de mobilisation 2025, « Sida, crise de financement extérieur, une opportunité pour promouvoir le financement souverain », traduit pleinement cette orientation. « Si la solidarité internationale est précieuse, notre lutte pour la santé de notre peuple ne peut plus reposer uniquement sur l’aide extérieure. Il est temps de faire du financement souverain un pilier de notre riposte », souligne Mme Djiré Mariam Diallo, Maire de la Commune III du District de Bamako.
Pour le Haut Conseil national de lutte contre le Sida également, cette crise doit être transformée en levier d’action. « Nous ne pouvons plus considérer la crise financière extérieure uniquement comme un choc négatif. Elle doit devenir une opportunité de rationaliser, réorienter et nationaliser notre riposte », insiste Dr Koné. Cette vision exige une refonte des mécanismes nationaux, un engagement renforcé de l’État, une gestion optimisée des ressources et une meilleure intégration de la lutte contre le VIH dans les systèmes de santé.
La ministre de la Santé et du Développement social, le Colonel-Major Assa Badiallo Touré, partage cette analyse. Selon elle, la raréfaction du financement constitue un obstacle majeur qui menace les progrès, mais « nous devons tout mettre en œuvre pour lui opposer des mécanismes et des sources de financement innovants ». Elle rappelle que le ministère a déjà élaboré plusieurs documents normatifs, renforcé les plateaux techniques et décentralisé les soins pour améliorer l’accès aux services.
Protéger les avancées scientifiques et consolider la riposte
Les innovations récentes dans la prévention et le traitement ont renforcé l’efficacité de la lutte contre le VIH. De nouveaux médicaments offrent davantage d’options préventives et thérapeutiques, tandis que l’intégration progressive de la prophylaxie pré-exposition et des autotests dans les systèmes nationaux a contribué à réduire les risques d’infection.
Selon plusieurs observateurs, le Mali doit impérativement maintenir l’accès à ces outils, car l’épidémie reste présente et les nouvelles infections touchent encore plus de 4 000 personnes par an. Le pays se trouve aujourd’hui à un moment décisif, où la qualité de la riposte dépendra de sa capacité à préserver les avancées, surmonter la crise financière et construire une véritable souveraineté sanitaire.
Pour garantir une réponse durable, les autorités doivent intensifier les efforts dans le dépistage communautaire, l’accompagnement des jeunes, la réduction de la transmission mère-enfant et la prise en charge pédiatrique. La consolidation des acquis passe également par une meilleure articulation entre les structures nationales, les collectivités, la société civile et les partenaires techniques, afin de renforcer une réponse plus intégrée, résiliente et équitable.
Comme le rappelle Dr Alfousseyni Diawara, la lutte contre le Sida exige de renforcer les capacités locales, de soutenir la recherche, d’améliorer la logistique et de garantir la disponibilité continue des antirétroviraux. La pérennité de ces progrès dépendra enfin de la capacité collective à anticiper les ruptures de financement, à renforcer la mobilisation citoyenne et à inscrire durablement la lutte contre le VIH au cœur des priorités nationales.
Mohamed Kenouvi
Stabilité et développement économique : un appui de 2,4 milliards CFA lancé
Le Japon a lancé à Bamako deux projets destinés à soutenir les populations déplacées et à renforcer la filière textile. Annoncées le 1ᵉʳ décembre 2025, ces initiatives marquent une nouvelle étape dans la coopération engagée avec les autorités nationales et les partenaires du développement.
L’ambassadeur du Japon, Murata Yukuo, a présidé la cérémonie en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Le premier projet vise une réponse multisectorielle en faveur des femmes et des jeunes déplacés internes dans les régions du centre. Le second s’attache à renforcer la durabilité et la compétitivité du secteur textile, à travers une collaboration plus étroite avec les acteurs privés d’une filière essentielle pour l’économie locale.
Le programme consacré aux déplacés met l’accent sur la stabilisation, l’accès aux services essentiels et la relance des moyens de subsistance dans les zones les plus touchées, notamment à Bandiagara. Celui dédié au textile entend moderniser une filière porteuse mais vulnérable, en soutenant l’innovation, la formation et une meilleure structuration des unités de production.
Dans son allocution, Murata Yukuo a rappelé que ces initiatives concrétisent les engagements pris par le Japon lors de la TICAD9, où Tokyo avait réaffirmé sa volonté de promouvoir la coexistence pacifique entre communautés, de renforcer l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » et d’appuyer le développement du secteur privé africain. Les communications en bamanankan et en japonais présentées lors de la cérémonie ont également souligné l’importance du double appui pour renforcer la résilience sociale et stimuler le développement économique.
Avec ce financement de 2,4 milliards de francs CFA, le Japon confirme son rôle de partenaire engagé dans les efforts de stabilisation et d’accompagnement économique. Les deux projets, désormais entrés en phase de mise en œuvre, sont attendus pour leurs contributions concrètes à la cohésion sociale et à la dynamisation d’un secteur productif clé.
Le Pr Daman-Guilé Diawara, premier Docteur Honoris Causa de l’USSGB
Pour la première fois, l’Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako (USSGB) voit l’un de ses enseignants-chercheurs recevoir le titre de Docteur Honoris Causa. La distinction, attribuée au professeur Daman-Guilé Diawara, marque une étape importante pour son institution et souligne une trajectoire académique reconnue au Mali comme à l’étranger.
ODD : une nouvelle carte des investissements voit le jour
L’Agence pour la Promotion des Investissements (API-Mali) a dévoilé ce mardi une carte nationale des investissements alignée sur les Objectifs de Développement Durable (ODD), lors d’une cérémonie organisée à l’hôtel Maëva Palace.
Un an à la Primature : Bilan nuancé pour Abdoulaye Maïga
Un an après sa nomination, Abdoulaye Maïga dirige la Primature avec un style axé sur la discipline et l’action de terrain. Cette année a été marquée par des réformes en cours et par la gestion de tensions énergétiques et politiques persistantes.
Nommé Premier ministre le 21 novembre 2024, Abdoulaye Maïga avait déjà occupé cette fonction par intérim du 21 août au 5 décembre 2022, durant l’indisponibilité médicale de Choguel Maïga. Cette première expérience a contribué à sa connaissance du poste et à la continuité administrative observée lors de sa prise de fonction officielle.
Sa première année s’articule autour du Programme d’Action du Gouvernement 2025 – 2026 (PAG), adopté par le Conseil national de transition (CNT) le 19 mai 2025. Ce document s’appuie sur huit missions prioritaires définies par le Président de la Transition : défense et sécurité, réformes institutionnelles, gouvernance et lutte contre la corruption, relance économique, amélioration des services sociaux de base, cohésion sociale, diplomatie et organisation d’élections transparentes. En matière de suivi, les données communiquées pour le premier semestre 2025 mentionnent 57 activités réalisées, 57 en cours et 18 non exécutées.
Sur le plan sécuritaire, les forces nationales, appuyées par l’Alliance des États du Sahel (AES), ont annoncé la sécurisation de plusieurs axes et la neutralisation de nombreux combattants. Malgré ces opérations, certaines zones du pays demeurent exposées à des incidents récurrents, avec des effets sur l’approvisionnement, les transports et certaines activités économiques.
Par ailleurs, l’Exécutif met en avant une dynamique axée sur la souveraineté économique, avec la révision du cadre minier, des discussions avec les sociétés aurifères et des investissements annoncés dans les infrastructures, l’énergie et la santé. La Primature indique avoir consacré une part importante de son fonds de souveraineté aux actions sociales.
Le Premier ministre a multiplié les missions dans les régions pour suivre des projets et échanger avec les populations. Cette présence régulière sur le terrain contraste avec le style plus politique de son prédécesseur et s’inscrit dans une approche administrative et alignée sur les orientations présidentielles.
Des tensions
L’adoption de la Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale, le 30 juillet 2025, constitue un autre jalon du mandat. Le texte fixe un cadre de référence pour les politiques relatives à la paix, la cohésion, la réconciliation et l’unité nationale. Sa mise en œuvre opérationnelle se poursuit dans plusieurs départements sectoriels, avec des initiatives à différents niveaux territoriaux.
Cette première année a aussi été marquée par de fortes difficultés. Depuis juillet 2025, Bamako et plusieurs localités subissent de longues coupures d’électricité, EDM-SA ayant réduit l’activité de certaines centrales faute de carburant, avec des fournitures limitées à environ six heures par jour. Le pays a également connu des pénuries de carburant, des rationnements et une hausse des prix, touchant les transports, la chaîne du froid, les petites industries et le quotidien des ménages.
Hausse du coût de la vie
Par ailleurs, le coût de la vie constitue un autre point sensible. La combinaison des difficultés logistiques, des tensions sur l’énergie, de l’inflation régionale et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement exerce une pression notable sur les ménages. Plusieurs mesures de soutien ont été annoncées, mais la situation économique continue d’être un défi majeur.
Selon l’analyste Moulaye Sidibé, la présence régulière du Premier ministre dans les régions n’a pas compensé l’effet des difficultés énergétiques, qui « altèrent fortement la perception de l’action publique ». La juriste Fatoumata Konaté souligne que les réformes engagées en 2025 ont profondément reconfiguré le paysage politique. Pour le politologue Amadou Sabaly, ce style de gouvernance, fondé sur l’exécution, reste fortement contraint par le contexte économique et sécuritaire.
Sur le plan institutionnel, la dissolution des partis et associations politiques en mai 2025, ainsi que l’abrogation de la charte qui les régissait, a recentré l’action publique autour des institutions de la Transition. Les autorités invoquent l’ordre public, tandis que la mesure réduit le pluralisme organisé.
Dans un paysage politique désormais dépourvu de partis et sans échéances électorales annoncées, la suite du mandat d’Abdoulaye Maïga s’inscrit dans une dynamique où l’Exécutif occupe seul le terrain. Les prochains mois seront marqués par plusieurs chantiers sensibles, notamment la poursuite des réformes institutionnelles, la gestion de la crise énergétique, les tensions sécuritaires, ainsi que les dossiers diplomatiques ouverts au sein de la Confédération des États du Sahel. Autant d’enjeux qui détermineront la capacité du Premier ministre à consolider l’action gouvernementale dans un contexte où l’espace politique, économique et sécuritaire est sous forte pression.
Enlevés début novembre : trois Égyptiens désormais libres
L’ambassade d’Égypte à Bamako a annoncé, samedi 29 novembre 2025, que trois de ses ressortissants enlevés au début du mois ont été remis aux autorités et placés sous protection consulaire. Cette libération intervient après plusieurs semaines d’échanges entre le Caire et Bamako, en coordination avec les services diplomatiques installés dans la capitale malienne.
30 000 tonnes de carburant à bord : dispositif d’urgence déclenché au large de Dakar
Les autorités sénégalaises ont activé un dispositif d’urgence dans la nuit du 27 au 28 novembre 2025 après un incident survenu à bord du pétrolier MERSIN, en opération au large de Dakar. Une entrée d’eau a été signalée dans la salle des machines, entraînant le déclenchement immédiat des procédures de sécurité.
Dès la réception de l’alerte, la Haute Autorité chargée de la sécurité maritime (HASSMAR) a mis en place une cellule de crise en coordination avec la Marine nationale, l’Agence nationale des affaires maritimes et le Port autonome de Dakar. Des remorqueurs, des équipes d’intervention spécialisées et un navire militaire ont été dépêchés sur zone. L’ensemble des membres d’équipage a été secouru sans incident.
Selon les informations recueillies, le MERSIN transporte environ 30 000 tonnes de carburant. Les premières évaluations techniques portent sur l’identification et l’obturation des voies d’eau afin de stabiliser le bâtiment. Les autorités étudient également les modalités d’un transfert sécurisé de la cargaison si les conditions l’exigent.
Par mesure de précaution, un barrage antipollution est en cours d’installation autour du navire pour prévenir tout rejet d’hydrocarbures. Des équipes spécialisées poursuivent l’inspection de la structure et le suivi de l’évolution de la situation en mer. Les services compétents indiquent que la priorité porte sur la sécurisation du navire, la protection du personnel et la préservation de l’environnement marin.
Les institutions impliquées annoncent qu’une information régulière sera fournie au public au fur et à mesure de l’avancée des opérations.
Le Gouvernement habilité à légiférer durant l’intersession
Le 26 novembre 2025, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi autorisant le Gouvernement à légiférer par ordonnance jusqu’à la prochaine session du CNT, prévue le 13 avril 2026. Cette mesure vise à garantir la continuité de l’action publique dans une période de transition institutionnelle et de réformes en cours.
Coupes CAF : soirée contrastée pour le football malien
Le Stade Malien s’est relancé lors de la deuxième journée en Ligue des champions, tandis que le Djoliba AC s’enfonce un peu plus en Coupe de la Confédération. Les deux clubs abordent désormais la suite de leurs parcours continentaux avec des dynamiques opposées.
Administration pénitentiaire : une conférence sous forte pression sécuritaire à Koulikoro
Réunis du 27 au 29 novembre à Koulikoro, les responsables de l’administration pénitentiaire ont passé en revue le fonctionnement des établissements et les enjeux liés à la gestion des personnes détenues. Cette rencontre intervient dans un contexte où les prisons doivent s’adapter au défi posé par le radicalisme violent et à la montée des risques de sécurité.
Renouveau du contrat social : une journée pour revisiter les valeurs fondatrices du Mali
Chercheurs, acteurs communautaires et organisations citoyennes se sont réunis jeudi à Bamako pour réfléchir aux valeurs qui doivent porter la refondation du Mali. La rencontre s’appuyait sur une note approfondie de l’OCGS, devenue le fil conducteur des échanges.
Crise du carburant : Un choc humanitaire silencieux mais profond
Alors que le Mali fait face à une crise aiguë d’approvisionnement en carburant depuis plusieurs semaines, les opérations humanitaires se retrouvent entravées à grande échelle. Le manque d’hydrocarbures dans un pays immense, où l’accès aux populations dépend largement de la mobilité terrestre et aérienne, crée un goulot d’étranglement logistique qui menace la continuité d’une aide vitale.
La crise du carburant qui secoue le Mali frappe durement le secteur humanitaire, déjà affaibli par l’insécurité, les restrictions de mouvements et les conditions d’accès difficiles. Le dernier tableau de bord du Bureau de la Coordination des affaires humanitaires (OCHA) révèle qu’en octobre dernier 51 incidents d’accès ont été recensés, soit une hausse de 13% par rapport au mois précédent. Dans ce contexte déjà tendu, la pénurie d’hydrocarbures agit comme un multiplicateur de contraintes, obligeant les organisations à revoir leurs plans de déploiement et à réduire considérablement leurs activités dans des zones où les besoins restent critiques. Les acteurs humanitaires signalent que la situation actuelle survient à un moment où la demande d’assistance n’a cessé de croître depuis le début de l’année, avec plus de 7,1 millions de personnes nécessitant une aide multisectorielle, selon les données des Nations unies pour 2025.
Action humanitaire versus contraintes logistiques
Les régions de Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara figurent parmi les plus affectées. Faute de carburant, les partenaires humanitaires ont dû réduire drastiquement leurs opérations. Les cliniques mobiles, pourtant indispensables pour atteindre les localités enclavées, sont désormais limitées à un rayon de 10 km autour de leurs bases. Ce chiffre, devenu un symbole de la crise, illustre une réalité brutale, à savoir que l’aide n’atteint plus les populations éloignées, notamment dans les zones marquées par les violences, les déplacements et la dégradation des conditions de vie.
Le secteur de la santé n’est pas épargné. Selon une note du Cluster Santé publiée en octobre, les services publics et leurs partenaires subissent de plein fouet les conséquences de la pénurie. Le ralentissement général de la réponse affecte directement les activités sanitaires, avec un risque de non-respect des planifications et d’un recul de l’accès aux soins, surtout dans les zones où la sécurité est déjà compromise. Le cluster estime que 1,83 million de personnes auront besoin d’une assistance sanitaire en 2026, alors que seulement 23% des financements requis ont été mobilisés avant la fin de 2025.
Les premiers effets sont déjà perceptibles : absentéisme intense dans les structures, réduction des activités des cliniques mobiles et des postes de santé avancés, baisse des supervisions. Les hôpitaux régionaux, bien qu’équipés de groupes électrogènes, peinent à maintenir une alimentation électrique stable. La chaîne du froid, indispensable aux vaccins et produits médicaux sensibles, est fragilisée, augmentant les risques de détérioration des stocks. Plusieurs organisations préviennent également que les ruptures de carburant pourraient perturber les campagnes de vaccination de routine, notamment pour la rougeole et la poliomyélite, dont la couverture est déjà en dessous des seuils recommandés. À moyen terme, la réduction du déploiement sanitaire pourrait entraîner une hausse des complications médicales, une augmentation de la morbidité et un affaiblissement significatif du système de santé. Selon les experts du Cluster Santé, sans amélioration d’ici fin décembre, 257 702 personnes vulnérables risquent de se retrouver sans accès aux soins essentiels, dont 19 001 femmes enceintes et allaitantes et 56 695 enfants de 0 à 5 ans, parmi lesquels 5 670 souffrant de malnutrition aiguë sévère avec complications.
Pression grandissante sur la sécurité alimentaire
La crise du carburant exerce également une pression sur la sécurité alimentaire. Le rapport du Cluster Sécurité alimentaire, publié le 18 novembre, décrit un impact multidimensionnel sur l’économie, la production agricole et la distribution des denrées. La pénurie ralentit les transports, perturbe les chaînes d’approvisionnement et augmente les coûts logistiques. Si les prix des denrées n’ont pas encore explosé, selon l’analyse du Système d’alerte précoce (FEWS NET), les spécialistes évoquent un risque réel d’inflation rapide.
Les zones les plus touchées sont des pôles agricoles essentiels. À Bamako, les motos tricycles assurant l’essentiel du transport du Grand Marché vers les détaillants sont souvent immobilisées, provoquant des ruptures ponctuelles de stocks et une baisse de disponibilité de produits frais. Dans plusieurs régions, l’acheminement des fruits, légumes, produits laitiers ou poissons fumés devient imprévisible. Les réseaux de commerçants confient également que la fluctuation des arrivages provoque une instabilité des volumes disponibles sur les marchés hebdomadaires, compliquant l’organisation des circuits de distribution basés sur la régularité des flux.
Une agriculture fortement bousculée
Dans les zones rurales, la pénurie perturbe le calendrier agricole. Le riz est la culture la plus affectée, avec des retards de récoltes, des parcelles qui se dessèchent faute d’irrigation et des pertes post-récoltes provoquées par le manque de carburant pour les moissonneuses, motoculteurs et batteuses. Des filières comme l’échalote à Bandiagara ou le maraîchage dans les zones péri urbaines sont également touchées. Si les céréales sèches – mil, maïs, sorgho – sont momentanément moins affectées, elles demeurent vulnérables à une crise prolongée.
Les difficultés de transport des intrants agricoles ralentissent la préparation des prochaines campagnes. Les unités de transformation font face à une hausse des coûts énergétiques tandis que les capacités de stockage sont fragilisées. Dans certaines zones irriguées, les associations paysannes alertent également sur la baisse de performance des motopompes alimentant les périmètres agricoles, ce qui pourrait compromettre les activités de contre-saison attendues début 2026. À moyen terme, la réduction des superficies cultivées et la baisse des volumes récoltés pourraient entraîner une diminution des stocks, une hausse durable des prix et un appauvrissement accru des petits producteurs. Dans certaines localités, ces dynamiques risquent d’amplifier l’exode rural, notamment chez les jeunes.
Un contexte sécuritaire qui aggrave la crise
La pénurie survient alors que le climat sécuritaire continue de se dégrader. En octobre, les incidents liés aux engins explosifs improvisés ont augmenté de 40%, atteignant 28 cas. Les violences contre les humanitaires ont conduit à l’enlèvement de 9 travailleurs dans les régions de Ségou et Gao. Pour éviter les routes les plus dangereuses, certaines équipes empruntent des itinéraires alternatifs, parfois avec des conséquences tragiques. À Douentza, 2 agents humanitaires ont perdu la vie dans le chavirement d’une pinasse sur le fleuve Niger, un accident reflétant les risques auxquels sont confrontées les équipes lorsqu’elles contournent les zones d’insécurité. Les restrictions de mouvement imposées par l’insécurité limitent aussi la capacité des équipes humanitaires à effectuer des évaluations rapides des besoins, un élément pourtant essentiel pour ajuster les réponses dans un environnement en constante évolution.
Dans certaines localités, comme à Léré, dans la région de Tombouctou, l’accès humanitaire est entièrement bloqué. Depuis le 27 octobre, selon OCHA, des acteurs armés empêchent toute entrée ou sortie, limitant les interventions aux seules organisations encore présentes. Les blocages aggravent les conditions de vie des populations, déjà confrontées à une pénurie de produits essentiels.
Les vols humanitaires ne sont pas épargnés. En septembre, les difficultés d’approvisionnement en carburant ont perturbé plusieurs rotations, affectant 236 passagers et près de 900 kg de cargaison vers Kidal, Ménaka et Ansongo. Malgré la réhabilitation de la piste de Ménaka en octobre, les contraintes persistent, compromettant l’acheminement des médicaments, kits nutritionnels et intrants vitaux. Plusieurs organisations rappellent qu’un accès humanitaire fiable dépend d’une disponibilité minimale de carburant, condition indispensable au fonctionnement des flottes de véhicules, des générateurs et des systèmes de communication déployés dans les zones reculées.
Selon plusieurs observateurs, si la crise du carburant perdure, l’impact cumulatif de ses effets pourrait aggraver durablement les conditions de vie de milliers de personnes dépendantes de l’aide dans des zones éloignées et sous forte pression sécuritaire.
Orphelinat Nelson Mandela : Canal+ rénove les locaux
Le 26 novembre 2025, l’orphelinat « Nelson Mandela » a abrité une cérémonie de remerciement suite à la rénovation de ses locaux par la société Canal+. Une cérémonie sobre mais pleine de significations pour le donateur et les bénéficiaires. Le centre qui accueille des enfants en situation difficile offrira désormais un cadre plus accueillant à ses pensionnaires.
Après deux semaines de travaux, l’orphelinat Nelson Mandela fait peau neuve et offre à ses pensionnaires un cadre plus convivial et plus agréable. Les travaux ont consisté en la rénovation des locaux, la peinture, la réhabilitation de la salle commune et l’installation d’un téléviseur et d’un décodeur. Une mini-bibliothèque a également été construite, accompagnée de livres et de tables-bancs. Cette intervention s’est faite en collaboration avec la Fondation SAER, qui a fourni des matelas et d’autres matériels. L’initiative a été saluée par Mah Sacko, coordinatrice du centre Nelson Mandela. Ce centre d’éducation et d’hébergement existe depuis une dizaine d’années et accueille des enfants abandonnés, des enfants dont les mamans sont en détention, ainsi que des enfants égarés.
Âgés de 0 à 12 ans, les 110 enfants hébergés sont scolarisés dans une école privée située non loin du centre, leur scolarité étant prise en charge par un système de parrainage. Le centre entretient aussi un partenariat technique avec l’Ambassade d’Afrique du Sud. En plus des vivres, dont le lait infantile pour les nourrissons, les responsables rappellent la nécessité de non-vivres et d’appuis divers pour soutenir le personnel, qui travaille principalement de manière bénévole.
